Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 juillet 2013 1 15 /07 /juillet /2013 08:08

Maroni-2012-0838-Belikamp.JPG

 

Cet article, l'avant-dernier de Denis dans la rubrique " Les voyages littéaires", avait été oublié dans ma messagerie. Avec mes excuses, je vous le présente à la suite de son article de clôture et vous réitère la nouvelle que notre ami nous prépare une nouvelle rubrique pour les toutes prochaines semaines.


Lire entre Bogota et Georgetown


Dernier séjour sur le continent sud-américain avant de jeter l’ancre de notre périple dans la Mer des Caraïbes, là nous nous l’avions levée il y a près de deux ans maintenant. Pour cette dernière étape, j’ai regroupé le Venezuela, la Colombie et les Guyane (Guyana, Surinam et Guyane française) et c’est le Colombien Evelio Rosero qui nous accompagnera à la rencontre de son compatriote Alvaro Mutis, du Vénézuélien Arturo Uslar Pietri et enfin d’Oonya Kempadoo au Gyana. Un périple dans un immense territoire qui a été un véritable Eldorado avant que les blancs n’y importent la cupidité, l’envie, la violence, le cynisme et quantité de microbes qui ont décimé des populations fières et nobles qui voulaient vivre en paix.

 

Les armées

Evelio Rosero (1958 - ….)


Tout semble pourtant paisible dans cette petite ville de Colombie noyée au milieu des champs de coca. Ismael, ce vieux professeur respecté, est heureux au-dessus de son échelle à cueillir ses oranges mais surtout à mater la jolie voisine qui s’exhibe nue dans son jardin. S’il n’a plus la vitalité, il a pourtant conservé l’envie et il ne peut s’empêcher de contempler les jolies femmes et de les imaginer soumises à leurs désirs et au sien. Et, avec la séduisante voisine, s’instaure un petit jeu, entre le voyeur et l’exhibitionniste, plein d’innocence mais cependant empreint d’un certain raffinement sexuel. « Tout en elle suggère l’intime désir que je la regarde, l’admire, comme la regardent et l’admirent les autres … Elle a envie que des générations entières la regardent, l’admirent, la poursuivent, l’attrapent, la culbutent, la mordent, la tuent, la ressuscitent et la tuent encore. »

Et pourtant, ce petit monde, où les seules tensions sont celles que provoquent les hormones un peu trop agitées chez certains, bascule dans la violence, le cynisme et l’horreur quand la guerre débarque dans la région puis dans la ville. Les tueurs, armée et narcotrafiquants, paramilitaires et guérilla sont tous confondus dans une seule et même troupe qui sème la mort et la peur sur son passage sans que la population sache bien faire la différence entre tous ces « hommes en armes » comme les dénomme Horacio Castellanos Moya.

Voilà que les massacres commencent, les enlèvements avec demandes de  rançons se multiplient, les exactions deviennent courantes et l’horreur se banalise si bien qu’elle finit par faire partie de la vie de ces braves citoyens qui s’enfuient comme ceux qui ont déjà déserté les montagnes avoisinantes.  « Il y a moins de deux ans on comptait près de quatre-vingt-dix familles, mais avec l’arrivée de la guerre – narcotrafic et armée, guérilla et  paramilitaires – seize seulement sont restées. Beaucoup de famille ont été décimées, les autres ont dû partir de force et, depuis, qui sait combien de familles vivent encore là-bas. »

A son tour, Otilia, la femme d’Ismael,  disparait sans laisser de traces et le vieux professeur part à sa recherche sans grand espoir de la retrouver, à l'image de  tout un pays en quête d’une paix en laquelle il ne croit plus guère. Perdant de plus en plus ses facultés, Ismael divague dans la ville où il ne rencontre que la peur, la mort et bientôt plus rien, car il est resté l’unique  résistant malgré son apparente folie qui est peut-être, en fin de compte, la seule arme qui lui reste. « Comment puis-je rire alors que je n’aie qu’une envie : dormir et ne pas me réveiller ? C’est la peur, cette peur, ce pays que je préfère carrément ignorer en jouant les idiots avec moi-même pour rester vivant, ou avec l’envie apparente de rester vivant, car il est fort possible que je sois mort et bien mort, en enfer, et j’en ris. »

Là réside le drame de ce pays, pris entre des forces toutes aussi corrompues et cyniques, n’ayant aucun égard pour les populations qu’elles martyrisent, comme Ramon Chao en a rencontrées lors de son épopée, avec la Mano Negra, à travers la Colombie qu’il a décrite dans un « Un train de glace et de feu ». Cette violence, qui semble si  fatale qu’elle est devenue quotidienne, banale et inéluctable, a de quoi rendre encore plus crédible le livre de Fernando Vallejo : « Et nous irons tous en enfer ». L’humanité mériterait sans doute une telle sanction si on la regardait à travers le seul prisme colombien, tant l’inhumanité y a été poussée loin.

 

Ecoute-moi, Amirbar – Alvaro Mutis (1923 – ….)


Saisi par l’appât de l’or, cet or qui a enrichi les conquistadors espagnols, Magroll le Gabier,  déserte la haute mer et ses aventures pour escalader les montagnes andines à la recherche de cet or tellement désiré. Il ne trouvera peut-être pas d’or dans les gisements abandonnés qu’il prospecte, au milieu des fantômes de femmes qui font courir amour et folie sur le plateau,  mais il retrouvera le chant de la terre, la voix de la terre, de la terre de ceux qui étaient là avant les blancs, au temps où ce pays était encore un Eldorado. Un voyage dans un pays lunaire, abandonné, entre hauts plateaux glacés et vallées brûlantes, un pays mythique, un océan terrien que le gabier parcourra avant de rejoindre un estuaire envasé où il découvrira  un rafiot en ruines prêt à l’emmener vers de nouvelles aventures océaniques.


Le secret du manguier – Oonya Kempadoo (1966 – ….)


Oonya Kempadoo souffle un vent de fraîcheur venu d’un pays moite et brûlant, la Guyana, où Lula, l’héroïne qui n’a rien à voir avec le président brésilien, surprend les secrets d’une société gouvernée par un dictateur marxiste, en même temps qu’elle apprend à connaître les secrets de son corps et de son sexe. Isolée dans une campagne où il n’y a rien à faire, elle lit, se confie au manguier qui vient jusque sous les fenêtres de sa chambre, et, avec sa sœur et quelques amies, entreprend un voyage initiatique qui la fera passer de l’enfance à l’âge adulte, de l’innocence à la connaissance, de l’insouciance à la responsabilité.


Le chemin de l’Eldorado – Arturo Uslar Pietri (1906 – 2001)


L’or qui, au XVIe siècle,  coulait du continent sud-américain comme d’une source généreuse, a grisé bien des esprits, attisé bien des appétits et tenté les plus envieux dont Lope de Aguire qui, dans ce récit, constitue une troupe de mercenaires les plus douteux, pour partir à la recherche du pays où l’or est tellement abondant qu’il recouvre les maisons et le buste des indiens. La petite troupe s’engage sur le chemin de l’Eldorado qu’elle est persuadée de trouver au cœur de l’Amazonie, mais le voyage s’éternise et pas la moindre once d’or n’est découverte. Les moins téméraires se découragent, les plus faibles s’épuisent et les plus lucides commencent à douter. Néanmoins, le capitaine persiste dans son rêve et sa folie et poursuit sa route vers l’or qui le rend de plus en plus fou. Il doute de plus en plus de ses hommes, les surveille étroitement, élimine ceux qu’il juge les moins sûrs jusqu’à ce que sa paranoïa le conduise à anéantir complètement sa troupe. Un livre qui montre comment la cupidité et l’entêtement peuvent anéantir les entreprises les plus téméraires.
 

Denis BILLAMBOZ


Et pour prendre connaissance de la liste complète de mes articles, cliquer sur le lien ci-dessous :

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS


Partager cet article

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
commenter cet article

commentaires

denis billamboz 19/08/2013 11:33

Merci Nath, ton commentaire est vraiment très gentil et je t'invite à suivre la nouvelle rubrique que j'ai débutée il y a peu, j'y parle des livres que j'ai appréciés pour une raison ou pour une
autres, des livres souvent peu médiatisés mais bourré du talent d'auteur souvent pas suffisamment reconnus. J'ai déjà publié Armelle, bien sûr, Léo Ferré, Catherine Ysmal et, bientôt, Victor Gary.

Nath 19/08/2013 08:16

Bravo, pari réussi (pour moi en tout cas) ! Ce recueil de voyages imaginaires m’a littéralement transporté. Le seul pouvoir des mots nous mène où on veut. Ce fameux Eldorado qui nous fait tant
rêver est à portée de main, grâce à ton blog. Merci à toi.

"Denis.Billamboz 22/07/2013 18:49

Armelle était tellement pressée d'entreprendre le nouveau projet que nous avons échafaudé en commun, qu'elle a oublié de publier cette étape qui figurait normalement avant la précédente concernant
les Caraïbes, mais comme vous êtes tous des lecteurs assidus et des géographes avertis vous avez sans difficulté restitué l'ordre chronologique de publication.

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )


1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

ET SI VOUS AIMEZ LES ANIMAUX, RENDEZ-VOUS SUR " MEMOIRE D'EAU" :

 

P1080160.JPG

Recherche