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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 09:44

Seoul_Gyeongbokgung_01.jpg  Séoul

 

 

Lire entre Pyongyang et Séoul

Après une longue traversée de l’immensité chinoise, nous rejoignons la Corée et, à dessein, conservons le singulier car il n’y a aucune raison valable d'évoquer deux Corée, en littérature du moins. Il serait tellement dommage de chercher des lignes de fracture dans cette littérature tellement riche qui puise désormais abondamment dans l’immense souffrance que ce pays a connue et connait encore, au nord. La souffrance n’est ni du sud, ni du nord, elle est pour les pauvres Coréens qui ont subi l’invasion japonaise, les dictateurs, aussi fous au sud qu’au nord. Si Hwang Sun-Won évoque les malheurs des paysans du nord lors de la réforme agraire, Hwang So-Yong, lui, nous parlera des malheurs des pauvres étudiants et ouvriers qui voulaient lutter contre la dictature au sud. Et, comme si la misère n’était suffisante en Corée, Chang Rae-Lee est allé en chercher un supplément sur les champs de bataille du Sud-est asiatique avec les Coréens de la diaspora émigrés aux Etats-Unis. Pour visiter ces différentes faces de la littérature coréenne, nous voyagerons avec Kim Won-Il comme Monsieur Lee voyage dans le roman de cet auteur.

 

Le voyage de Monsieur Lee

Kim Won Il (1942 - ….)

Quand Monsieur Lee rencontre Choi, c’est Ouranos qui rencontre Chthonos, le nomade qui croise le sédentaire, le yang qui se confronte au yin, l’activité qui s’oppose à la tranquillité. En effet, Lee, trop pauvre pour vivre dans son village, quitte son pays pour un périple qui le conduira de Mandchourie en Sibérie, puis en Chine, pour un long voyage, et enfin au Japon avant de revenir en Corée, à Ipam, où il se fixe définitivement auprès de la femme du bistrot. Ce périple, qui ne l’a point enrichi, lui a valu mille misères et mille aventures, la faim, le froid, la guerre, la mort des compagnons, la torture, l’errance, … avant de connaître un peu de repos auprès de la veuve qui l’a accueilli dans sa couche. Mais à présent, il sent son corps se décomposer et la mort rode dans ses nuits d’insomnie, alors il décide d’organiser sa postérité en choisissant le lieu de son tombeau avec le concours de son ami Choi, le géomancien qui n’a jamais quitté son village où, en bon fils aîné, il a cultivé la terre de ses ancêtres malgré son désir de voir le monde.

A travers la rencontre de ces deux personnages, Kim aborde le thème du sens de la vie et du bilan que l’on fait au moment de partir pour l’autre monde. Il explore les deux possibilités : une vie d’errance et de quête où le plaisir a plus de place que l’effort mais où la douleur et la souffrance ont, elles aussi, une place non négligeable, et une vie paisible de labeur et de dévotion sur la terre des ancêtres. Les deux solutions engendrent leur part de frustration et d’inquiétude et la rédemption n’est pas acquise à priori. Le passage dans le monde des morts fait aussi partie de la vie, « mourir, c’est seulement changer de façon de vivre », et il faut trouver le bon chemin vers un monde meilleur, mais quel est-il ? Celui de Bouddha ou celui de Jésus ou ni l’un ni l’autre ? Lee et Choi s’interrogent sur le sens de leur vie et sur l’avenir de leur âme à travers les expériences qu’ils ont vécues, les souffrances qu’ils ont endurées, les efforts qu’ils ont consentis, mais aussi les péchés et les fautes qu’ils ont commis.

Lee et Choi peuvent aussi être considérés comme le symbole de la Corée divisée en deux, le Sud - Lee, plus enclin à l’ouverture sur le monde et aux plaisirs malsains qu’on y rencontre et le Nord - Choi, solidement ancré et enfermé dans son territoire où il est incapable de faire vivre ses enfants. C’est l’histoire de toutes les souffrances subies par la Corée depuis les guerre d’indépendance et l’invasion, puis à nouveau la guerre et la partition qui a séparé les Coréens, comme la destinée qui éloigne ces deux êtres qui ne peuvent se quitter mais que tout oppose. 

 

Les sombres feux du passé - Chang-Rae Lee (1965 - ….)

Très belle lecture que ce livre de ce Coréen émigré aux Etats-Unis qui raconte l'histoire d'un autre Coréen qui s'est installé lui aussi en Amérique après la guerre de 1945, et qui a fait tout ce qu'il convient de faire pour s'intégrer dans sa nouvelle patrie et devenir un citoyen américain respectable. Mais tout dérape lorsque sa fille adoptive, qu'il  a sans doute mal élevée en la gâtant trop, quitte la maison pour rejoindre ses amis marginaux.

Hata, notre Coréen, perd peu à peu pied et détruit sa maison, symbole de sa réussite américaine et surtout symbole de son triomphe sur un passé qu'il avait tenté d'oublier mais qui le rattrape au moment où sa fille s'enfuit. Il se souvient du rôle qu'il a joué dans un hôpital militaire où des filles indigènes étaient offertes aux soldats envahisseurs.

Un livre sur l'émigration et l'insertion mais surtout sur la culpabilité et la rédemption.

Les descendants de Caïn - Hwang Sun-Won (1915 – 2000)

Né en Corée du nord, Hwang Sun-Won est l’une des figures majeures de la littérature coréenne, de même qu’il est l’un des témoins privilégiés des bouleversements sociaux et économiques qui ont affecté le pays au cours du siècle dernier. Dans ce roman, il raconte la vie d’un jeune propriétaire qui hésite à fuir vers le sud car il est follement épris de la fille de son intendant, mais il ne sait pas faire face à cet amour ni comment approcher la belle.

C’est aussi l’histoire de la Corée du nord qui bascule dans le stalinisme et de la réforme agraire qui risque de poser bien des problèmes à ce jeune propriétaire. Un document très intéressant sur les vicissitudes qui ont accompagné ce changement politique et sur la fracture qui partage ce pays de plus en plus largement. Une très belle lecture.

Le vieux jardin - Hwang Sok-Yong (1943 - ….)

Après dix-huit ans de détention, un opposant au régime dictatorial en Corée du Sud recherche son dernier amour qui, hélas, est mort depuis un certain temps. Il se réfugie alors dans la maison de celle qu’il a aimée et lit les lettres et documents qu’elle lui a laissés. Ainsi, revit-il  les années de lutte, les années qu’il a passées avec elle et le parcours de cette femme quand elle était jeune encore et s’était engagée dans l’opposition active au régime. Ce récit entremêle leurs deux destins et, notamment, son séjour en prison qu’il décrit par le menu jusqu’à en faire un véritable manuel du parfait petit détenu.

Un beau livre qui plonge au cœur de l’âme humaine, conduit aux limites de la vie et navigue de la tendresse la plus douce à la cruauté la plus sévère.

Denis BILLAMBOZ  -  exceptionnellement, en raison des fêtes,  mes articles de cette semaine et de la semaine prochaine sont publiés un mercredi au lieu d'un lundi, alors à mercredi prochain pour la suite de notre périple littéraire  -

Et pour consulter mes articles précédents, cliquer sur le lien ci-dessous :

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

denis billamboz 02/01/2013 20:51

Bonsoir Dominique,

Hélas ma culture poétique est très mince, c'est Armelle la grande spécialiste de cette question, je n'en suis qu'au début de ma quête, je commence seulement à lire de la poésie de temps en temps et
même à en écrire un peu mais pas des vers ciselés comme Armelle, des tous petits textes dans des normes plus actuelles... moins contraignantes.

Belle année 2013 Dominique !

Dominique 02/01/2013 15:57

Là aussi deux auteurs inconnus dont je prend note
Connaissez vous ce recueil de poésie coréenne qui m'a subjugué totalement " Ivresse de brumes griserie de nuages" ?

"Denis.Billamboz 30/12/2012 18:13

Oui mais je conseillerais bien aussi de lire les deux Hwang que j'ai bien appréciés. merci pour cet avis.

Eeguab 30/12/2012 13:12

Les sombres feux du passé est effectivement un très beau livre.

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