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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 09:21

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Lire à l’ombre des pyramides


Pour notre dernière étape en Afrique de l’est, nous évoquerons l’Egypte, terre d’une riche littérature que nous explorerons, en hommage à toutes les femmes arabes bafouées dans leurs droits les plus élémentaires et même jusque dans leur chair, sous la conduite de Nawal El Saadawi, la grande féministe arabe. Elle nous conduira bien sûr à la rencontre du Prix Nobel égyptien Naguib Mahfouz qui a vécu jusqu’à quatre-vingt-quinze ans malgré l’agression dont il a été victime dans ses vieux jours. Nous irons ensuite vers Ibrahime Abdel Meguid et Gamal Ghitany deux contestataires qui sont allés jusqu’au bout de leurs idées, récoltant ainsi chacun le droit de séjourner pendant un certain temps dans les geôles de Nasser ou de Sadate.

 

Ferdaous, une voix en enfer

Nawal El Saadawi (1932 - ….)

 

« Combien d’années de ma vie se sont écoulées avant que je ne dispose de moi-même et de mon corps ? » s’interroge Ferdaous, jeune femme condamnée à mort pour le meurtre d’un homme et qui doit être exécutée dans les heures à venir, en confessant sa vie à une psychologue qui conduit une étude sur les femmes en milieu carcéral.

Ferdaous se souvient de son enfance dans une campagne égyptienne entre un père tyrannique et une mère totalement asservie qui n’avait pas d’amour à lui donner et pas de temps à lui consacrer,  sauf celui de lui faire subir la mutilation intime que subissent maintes femmes à l’âge de la puberté. « Ma mère ne pouvait pas me réchauffer en hiver. Elle devait réchauffer mon père. »

Après le décès du père, c’est le départ pour la ville avec l’oncle et les mains de celui-ci remplacent  celles du petit voisin qui lui ont fait connaître cet étrange frisson venu d’ailleurs. C’est aussi la découverte de l’instruction et les premiers frissons pour une femme, le souvenir des « cercles noirs brillants dans les grands cercles blancs », cette vision qui marque les étapes importantes de sa vie. Mais, quand vient l’heure de quitter l’école, il faut bien trouver une solution pour se débarrasser de cette nièce encombrante et le mariage avec un vieux repoussant est une solution bien aisée.

Le vieux mari est un tyran brutal, c’est alors le début des fuites dans les rues qui semblent si accueillantes, mais ne sont peuplées que d’hommes qui deviennent vite des souteneurs violents et la meilleure façon de leur échapper est d’accepter la protection d’une maquerelle. Mais la véritable indépendance ne s’acquiert qu’avec la liberté et Ferdaous a vite compris « qu’il vaut mieux être prostituée de luxe que prostituée à bon marché. » Toutefois, si ce statut confère argent, confort et liberté, il fait fi de la respectabilité que l’expérience d’un travail honorable dans un bureau ne lui donnera pas non plus  après la trahison de l’amant syndicaliste.

La boucle est ainsi bouclée et Ferdaous revient à ce qui lui apporte le luxe et la liberté en monnayant ses charmes au prix le plus élevé et en cultivant son désir de respectabilité jusqu’au geste ultime.

A travers ce roman court mais dense, El Saadawi, poursuit son combat pour la place de la femme arabe dans la société en dénonçant toutes les brutalités, mutilations, humiliations et autres maltraitances mais aussi cet abaissement permanent qui se traduit également par le refus de l’instruction. Cette voix, qui vient de l’enfer, est celle de Ferdaous qui signifie paradoxalement paradis en arabe, et qui a charge d’indiquer le chemin que les femmes arabes doivent emprunter pour sortir de leur esclavage surtout sexuel d’après ce roman.

Mais même si, Assia Djebar l’académicienne qui a préfacé ce livre, ne le souligne pas, j’ai peut-être, dans un second niveau de lecture, vu cet ouvrage come une fable, comme la fable de la femme arabe agneau dévoré par l’homme loup, comme la parabole du faible qui sera toujours mangé par le fort, parce qu’il n’aura toujours que sa fierté à opposer à la force conquérante. Une fable dont Ferdaous aurait tiré une morale qui indique cependant une voie à suivre pour sortir de cette situation de domination. Nous sommes les propres responsables de cette situation,  « rien ne nous aliène dans nos vies, sinon nos désirs de passions, nos espoirs, nos peurs. » - et si nous étions assez sages pour mettre nos ambitions, nos désirs et nos angoisses à la mesure de nos moyens et de nos êtres nous serions certainement moins dépendants des autres et moins tributaires des forts qui en profitent pour nous terroriser et nous exploiter. Ferdaous a dit la vérité et « c’est la vérité qui est dangereuse et sauvage », nous laisserons donc Guy Béart chanter notre conclusion : « le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté…. »

 

La chanson des gueux – Naguib Mahfouz – 1911 – 2006)

 

Le Prix Nobel de littérature égyptien atteint, selon certains, avec ce roman et quelques autres qui retracent eux aussi la vie des vieux quartiers du Caire, la plénitude de son art. « La chanson des gueux » raconte cent ans de la vie du quartier cairote des crève-la-faim, des sans travail, des sans toit, des sans lois sauf celles des chefs de clan immuables depuis des lustres. Ce livre a gommé le temps pour raconter l’humanité hors de toutes contraintes et ne conserver que celles qui concernent  l’être humain en tant qu’être vivant occupant la planète comme il habite ce quartier multiséculaire. Un monument littéraire, une fresque impressionnante, un énorme moment d’émotion. On ne peut pas raconter ce livre sans risquer de le trahir.

La maison aux jasmins – Ibrahim Abdel Meguid (1946 - ….)


Avec ce livre Aldel Meguid dénonce la corruption qui s’est installée en Egypte après la guerre de 1973. Un employé aux archives d’une société de construction navale est aussi chargé de transporter et rémunérer ses collègues quand ses employeurs jugent bon d’organiser un soutien populaire en certaines circonstances. Mais un jour, le fidèle employé détourne l’argent et ne rempli pas la mission particulière qui lui est confiée, il veut acheter une maison pour héberger l’amour de sa vie avec lequel il veut fonder un foyer. Il met ainsi le doigt dans un système mafieux que d’autres maitrisent beaucoup mieux que lui.

Zayni Barakat – Gamal Ghitany (1945 - ….)


Zayni Barakat est un ministre des comptes qui a sévi en Egypte à l’époque des Mamelouks. Cruel et sans scrupule, il a modernisé les techniques d’interrogatoire et de torture pour convaincre les pauvres paysans et les étudiants d’accepter le régime au pouvoir à l’époque et de payer leurs impôts. Mais, avec ce roman, Gamal Ghitany voulait surtout dénoncer le pouvoir dictatorial de Nasser qui a réagi violement en faisant interner l’écrivain.

 

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de cet itinéraire littéraire autour du monde  -

 

Et pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer sur le lien ci-dessous :


Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

 


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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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