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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 09:01

wivenhoepark.jpg Toile de John Constable


 

Belles lettres d’Albion

Quittant l’Irlande, ses vertes prairies, ses pubs et ses écrivains géniaux, nous traversons, en quatre coups de rames, ce bout de mer qui sépare les ennemis héréditaires pour accoster sur les côtes anglaises où nous irons à la rencontre d’une littérature peut-être encore plus riche qu’en Irlande Pour cette première étape en Grande-Bretagne, nous resterons en compagnie de William Mackepeace Thackeray et de son livre « L’histoire d’Henry Esmond » que j’ai eu envie de comparer à «Le rouge et le noir» de Stendhal, car j’ai lu ces deux livres dans la même période et que certaines similitudes avaient attiré mon attention. Pour compléter ce premier séjour littéraire, nous rendrons un hommage particulier à trois grands auteurs classiques qui ont marqué la littérature anglaise et que j’ai eu le plaisir de lire dans mon programme de lecture. Honneur aux dames, et quelles dames, Jane Austen et son excellent «Orgueil et préjugés» qui attire toujours autant les lecteurs que les cinéphiles et l’une des trois sœurs Brontë, en l’occurrence Emily, pour « Les Hauts de Hurlevent » qui m’a vraiment passionné et qui semble si contemporain. Et, nous terminerons ce séjour avec un autre livre d’amour, « Les yeux bleus » de Thomas Hardy pour rester dans la passion et les amours contrariés.

 

L’histoire d’Henry Esmond

William Mackepeace Thackeray (1811 - 1863)

Dans une évocation comparative avec « Le rouge et le noir » de Stendhal

Je voudrais évoquer la lecture de « Le rouge et le noir » à travers un parallèle avec le livre de WM Thackeray, « L’histoire d’Henry Esmond », que j’ai lu quelques semaines seulement avant celui de Stendhal. Thackeray est, selon l’expression de Françoise Estèbe de France Culture « …, avec Dickens son contemporain, le grand romancier victorien, caricaturiste et observateur satirique des mœurs et des hypocrisies d’une époque qu’il pourfend en moraliste et en rebelle. »

Je n’ai jamais entendu parler d’une quelconque comparaison établie entre ces deux œuvres mais je ne suis pas un spécialiste de cette période et cela a pu m’échapper. Ces deux textes ne sont pas vraiment contemporains mais cependant ils ont été écrits au cours du même quart de siècle : Stendhal publie « Le rouge et le noir » en 1830 et Thackeray livre son ouvrage en 1852.

Ces deux œuvres ont le même argument : la revanche sur le sort d’un enfant mal né qui veut réussir dans la vie, l’un bâtard, Henry Esmond, l’autre puîné et mal aimé, Julien Sorel. Et les deux constatent très rapidement que leur ambition ne peut se réaliser que par le sabre ou le goupillon. Tous deux feront leurs humanités, se rapprocheront du clergé et pourront ainsi aborder les personnes d’un rang supérieur en qualité de précepteur. Ce qui leur donnera l’occasion de rencontrer des femmes de grande beauté dont ils tomberont amoureux tous les deux et chacun d’eux rencontrera deux femmes d’âge différent qu’ils essaieront de séduire par leur talent et leur comportement.

La naissance, l’argent et le talent sont les trois thèmes qu’un jury avait proposés comme question à l’agrégation d’histoire dans les années soixante. Nous retrouvons ces trois thèmes traités avec une réelle convergence par nos deux auteurs dans ces deux romans. La différence de naissance est, bien entendu, un thème essentiel de l’ouvrage car c’est elle qui contrarie l’accès au pouvoir, à l’argent et surtout à l’amour de la dame aimée et les deux héros n’auront de cesse de faire oublier leur naissance par des actes héroïques ou des comportements remarquables pour faire reconnaître leur qualité et leur mérite. L’argent joue lui aussi un rôle central dans nos deux récits, il est le moyen d’exister, d’appartenir à une classe supérieure ou d’être reconnu comme digne d’intérêt. Les deux héros critiquent son importance et l’utilisation qu’en font ceux qui en possèdent mais font tout  pour, à leur tour, en posséder suffisamment pour s’immiscer dans un milieu que leur naissance ne leur permet pas d’intégrer et être dignes des dames qu’ils courtisent. Le talent est le seul argument qui leur reste pour assouvir leur revanche sur le sort et ils l’exercent avec adresse et bravoure par les armes pour Henry et par la plume pour Julien.

L’amour, qui supporte une bonne partie de l’intrigue de ces deux histoires, est toujours impossible. Il est tout aussi cérébral, calculé, raisonné chez l’un que chez l’autre. Les héros ne semblent pas avoir d’hormones, leur chair et leur sang n’ont pas leur place dans ces deux romans, seule la raison à ses raisons puisque le cœur n’en a guère plus que les tripes !

Dans ces deux œuvres, il manque de la passion, de la ferveur, de l’intensité dans les sentiments, un peu d’érotisme tant les scènes d’amour sont invisibles, à peine suggérées, et peut-être seulement imaginées par le lecteur pour comprendre le récit. Ces romans ne sont pas assez charnels, les femmes sont très belles mais ne vivent pas, elles paraissent seulement et les hommes n’ont pas d’impulsion, ils calculent. Et pourtant on défaille moultement dans ces deux histoires. Comme nous sommes loin encore de Constance Chatterley et de son garde chasse !

D’autres points de convergence apparaissent à travers le contexte historique et ses intrigues, l’engagement politique des protagonistes et leur participation aux diverses cabales et complots de leur époque respective. Et tous deux portent un regard assez acide sur la société et sur la noblesse qui n’en finit pas de laisser sa place à la bourgeoisie industrielle qui voudrait bien prendre le pouvoir. Mais, s’ils critiquent le comportement de la classe sociale dominante, ils n’en restent pas moins fascinés, comme des papillons, par les lumières de la noblesse.

En constatant de telles convergences et similitudes, on pourrait se demander si Thackeray a lu « Le rouge et le noir ». Mais malgré toutes ces constatations, les deux récits conservent bien des différences notamment celle concernant la personnalité des héros, chevaleresque pour Esmond et plutôt digne de la tragédie grecque pour Sorel. Ajoutons aussi que Thackeray a évité de sombrer dans le mélodrame contrairement à Stendhal qui semble y avoir pris un certain plaisir.

Ce commentaire est bien long, il fait honneur à ces deux romans qui sont eux aussi bien longs et qui n’auraient que peu souffert d’une petite cure d’allègement. D’ailleurs, Stendhal en a conscience car au chapitre XXVIII de son ouvrage, il nous confie : « Tout l’ennui de cette vie sans intérêt que menait Julien est sans doute partagé par le lecteur. » Je ne te le fais pas dire mon cher !

 

Orgueil et préjugés - Jane Austen (1775 - 1817)

La critique est quasi unanime sur la grande qualité de ce roman et bien que je l'aie lu il y a au moins dix ans j'en garde un excellent souvenir. Ce qui m'avait surtout frappé à l'époque c'était la grande modernité de ce livre écrit il y a environ deux siècles et je viens de trouver une confirmation de cette  impression dans "La confession frivole" de Miklos Szentkuthy qui lui aussi souligne la modernité de l'oeuvre et rapporte "Les romans de Jane Austen appartiennent depuis longtemps à mes lectures favorites". Ce livre restera à jamais moderne car il est écrit avec beaucoup d'esprit et traite de problèmes atemporels. C’est l’histoire d’une jeune fille d’une honorable famille qui rencontre un jeune homme énigmatique et plein d’orgueil qui la fascine. Alors, les préjugés de la belle vont se heurter à l’orgueil du séducteur pour créer une histoire comme les Anglaises savent si bien les écrire.

Les Hauts de Hurlevent - Emily Brontë (1818 - 1848)

Ce livre a été suffisamment loué mais je voudrais, là aussi, ajouter l'opinion de Miklos Szentkuthy publiée dans « La confession frivole »  éditée en 1988 à Budapest : « ... Les Hauts de Hurlevent, roman d'horreur, très captivant, plein d'histoires de familles très complexes et que j'ai lu à deux reprises, à quarante ans de distance. » Ce passage est extrait d'un paragraphe consacré aux soeurs Brontë qui précise aussi : « ... j'aimais beaucoup les trois soeurs Brontë. » Moi, j'ai lu ce livre en ayant l'impression qu'il se passait dans les grands espaces américains tant il préfigure déjà les premiers westerns ceux qui sont bâtis comme des tragédies grecques (Schaefer, Dorothy M Johnson, etc ....) et j'ai beaucoup aimé cette ambiance lourde, pleine de violence où les sentiments sont exacerbés, où le fils adopté et chéri se heurte à l’enfant légitime et tombe amoureux de  la fille. Une histoire dramatique, tragique et romantique.

Les yeux bleus - Thomas Hardy (1840 - 1928)

Les yeux bleus de la fille du pasteur, dans une province perdue de l’Angleterre victorienne, se portent  avec insistance sur un jeune architecte un peu trop candide, un peu trop naïf pour comprendre ce qui lui arrive. Alors, les yeux bleus voient arriver un dandy, plus très jeune mais très mondain, et succombent à la séduction. Mais, le dandy est aussi le tuteur du jeune architecte et ne supporte pas d’avoir été précédé par son élève pour recueillir les faveurs de la belle aux yeux bleus. Et, dans cette Angleterre victorienne, on ne transige pas avec les sentiments ou plutôt avec les apparences de la vie sociale. Il faut savoir dignité et honorabilité garder. Thomas Hardy livre ainsi un roman de la passion féminine, de l’amour contrarié, d’une société corsetée et d’une Angleterre toute victorienne.

Denis BILLAMBOZ - à lundi prochain pour la suite de nos lectures anglaises -

 

Pour consulter la liste des précédents articles de DENIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Les voyages littéraires de Denis - Liste des articles

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

Denis.Billamboz 28/12/2011 12:29

Oui, Maxime, je partage totalement et je reste toujours aussi ébahi devant cette capacité à imaginer, à construire, ce dont elle rêvait certainement mais qu'elle devait cependant bien mal
connaître.

On va pouvoir fonder un fan club des admirateurs de la famille Brontë. il faudra cependant que je lise une oeuvre d'Ann que je n'ai pas encore abordée.Il y en a une à la bibliothèque que je
fréquente, je l'ai déjà vu.

Joyeuses fêtes !

Maxime 28/12/2011 11:44

Comme vous deux, Les Hauts de Hurlevent a été un choc. C'est d'autant plus incroyable que l'auteure a vécu dans la solitude et l'isolement et nous décrit une passion dévorante qui est tout à fait
imaginaire et pourtant très crédible.
On peut dire qu'Emily Brontë vivait entièrement dans l'imagination comme décrit dans l'article qui est consacré à cette fonction humaine et qu'Armelle cerne très bien.

Denis.Billamboz 27/12/2011 18:18

Jane Austen m'a enthousiasmé par la modernité de son écriture, par l'allégresse de son ton, ... son oeuvre semble atemporelle.
Thomas Hardy m'a bien plu mais je suis totalement subjugué par les soeurs Brontë qui ont écrit des oeuvres d'une puissance étonnante alors qu'elle vivait dans un trou perdu loin de tout. Quelle
capacité d'imagination,quelle faculté de perception, quelle talent d'évocation, etc... , j'ai remis au moins un livre de chacune d'elle dans ma liste à lire dans les années à venir (mois si
possible).

Je me demande encore si je n'ai pas trouvé plus de sensibilité et de finesse chez Thackeray que chez Stendhal mais ... moins de profondeur, de consistance, d'épaisseur, ...

Mais quelle galère de choisir quatre écrivains dans une telle masse d'une telle qualité, même si j'en ajoute encore quatre la semaine prochaine !

Armelle 27/12/2011 10:48

Tu nous gâtes cette semaine, cher Denis. Que des livres que nous aimons, avons lu et relu. Je ne saurais dire celui que j'ai le plus aimé. Le plus choc certainement : Les hauts de Hurlevent
découvert à 17 ans, juste après le bac pour me changer des fastidieuses révisions. Je l'ai relu depuis plusieurs fois.
Quant à Stendhal, il y a certes des longueurs dans "Le rouge et le noir", mais quel roman ! Autre roman sur le désir d'ascension d'un jeune homme modeste " Bel-Ami" de Maupassant, rédigé en 1875,
alors que le roman de Stendhal date de 1830. L'influence est probable. De Stendhal, c'est "La chartreuse de Parme " que je préfère. Quant à Thackeray, c'est une brillante peinture de la société
qu'il nous donne avec des coups de griffe souvent excessifs et injustes, mais la littérature a ce devoir de ne jamais aller dans le sens du courant.

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