Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 08:13

acropole-athenes.jpg

 

 

Lire sur l’Acropole

Après cette traversée littéraire du Maghreb, survolons une nouvelle fois la Méditerranée pour atterrir, cette fois, dans l’autre patrie de la littérature, après l’Italie que nous avons déjà visitée, la Grèce des temps modernes. Car, bien sûr, nous nous limiterons là aussi aux auteurs des derniers siècles, nous ne visiterons pas la Grèce des grands auteurs classiques des périodes hellénique ou hellénistique. Ce travail pourrait faire l’objet d’un autre travail que je ne saurais pas conduire car, hélas, je n’ai pas fait mes humanités et je ne connais pas la littérature ancienne, ou si peu. Je me contenterai donc de vous proposer la lecture de trois auteurs qui sont à peu près du même âge et évoquent tous les trois les temps où la Grèce connut, comme une bonne partie de la planète à cette époque, les affres de la guerre avec son cortège de souffrances, de malheurs, d’injustices, de règlements de compte et plus généralement toutes les douleurs qu’on rencontre dans des conflits aussi sauvages. Et, pour nous guider sur ce rude chemin, nous prendrons la compagnie de Panos Karnésis qui nous conte l’odyssée d’une troupe grecque en perdition dans la région de Smyrne lors d’un autre conflit. Une odyssée qui rejoint les légendes grecques.

 

Le labyrinthe

Panos Karnésis – 1967 - ….)

La présentation du livre « évoque, bien sûr, le Désert des Tartares de Dino Buzzati » et son armée vaine et puérile mais aussi, et surtout, « un formidable roman épique où résonne l’écho d’une geste plus ancienne ». Le labyrinthe est en fait l’épopée tragique et grotesque d’une brigade grecque défaite en 1919 dans la guerre contre la Turquie, en Anatolie, et qui erre dans le désert pour chercher une issue vers la mer et vers la mère patrie. Cette épopée est retracée à travers quelques personnages qui constituent la théogonie de cette troupe en déroute : le général morphinomane écrasé par l’humiliation de la défaite et le décès de sa femme, le colonel, homme de guerre, qui a perdu sa motivation militaire et ne croit plus ni en sa hiérarchie, ni dans le pouvoir en place, le prêtre qui a vu s’égarer ses ouailles et persiste à conserver sa foi, le médecin militaire qui garde confiance en la science mais qui, peu à peu, désespère des homme et, enfin, un caporal, candide au milieu de ceux qui ont le pouvoir, qui ne pense plus qu’en l’amour d’une belle, bien hypothétique là-bas au pays. Cette petite troupe défaite, accablée par la malédiction et les éléments, traîne sa misère sous un soleil de plomb avec un vilain secret dans ses bagages qui pèse aussi lourd sur les consciences que sur le moral de ces soldats en déroute.

Ce récit serait trop improbable si Karnézis ne nous invitait pas, par des allusions régulières, à lire cette histoire comme une épopée antique avec ses héros et ses traîtres, ses exploits et ses viles bassesses et tous ces preux guerriers en quête d’une gloire quelconque, militaire, religieuse, scientifique, ou plus simplement populaire. Même l’aviateur, qui aurait pu sauver la troupe qu’il a repérée dans le désert, se brûle les ailes en tombant du ciel comme un Icare, mais en sens inverse, brûlant les siennes en voulant s’évader lui aussi de son labyrinthe. Et le général reste convaincu qu’« il est regrettable de ne pas connaître l’histoire de son propre peuple. Mais presque criminel d’ignorer sa mythologie… Car la mythologie est plus que de l’histoire, … , c’est aussi de la science. »

En ressuscitant l’épopée des dieux de l’Olympe, Karnézis a voulu montrer la puérilité des guerres qui régulièrement enflamment ce qu’on appelait encore le « Levant » à l’époque où l’auteur fixe son récit, mais également les travers de l’humanité où l’homme, confronté aux limites de son existence, retrouve  les instincts et les vices qui le rapprochent d’un monde animal aux abois. Caleb, le chien du prêtre, semble avoir plus d’humanité que les hommes qui l’entourent. Il ressort de cette épopée comme une fatalité qui rend  les bonnes volontés vaines et inutiles face à l’impitoyable destinée de chacun.

Quand l’armée, après avoir retrouvé la ville et l’espoir, prend le chemin de la mère patrie, bien que la défaite et le remord assomment toujours un peu plus le général, la presse construit, à partir de cette retraite salvatrice, une légende où cette « équipée et celle des Dix Mille de Xénophon » auraient certaines analogies.

A l’aube de cette nouvelle légende, dans cette armée fuyant Smyrne avec sa population chrétienne, on croit voir, parmi les civils qui ont choisi le chemin de l’exil, les ancêtres grecs que Jeffrey Eugenides a fait revivre dans Milddlesex.

 

Le récit des temps perdus - Aris Fakinos (1935 – 1998)

Fakinos raconte l’histoire du couple le plus atypique, au moins l’un des plus atypiques, de la littérature, un couple tout droit issu de la mythologie grecque, Vanguélis le fermier qui loue ses bras de ferme en ferme, et Sophia, la fille d’un riche propriétaire, qui a embauché le tâcheron pour abattre un arbre gigantesque. Vanguélis narre à son petit-fils l’histoire de la vie qu’il a menée avec cette femme exigeante dont le souci a été de maintenir leur union au-dessus des aléas de la vie, des escapades de son mari  volage, et, surtout, des malédictions de la guerre. Une ode à la vie simple et courageuse de ces paysans grecs qui, à force de courage et d’opiniâtreté, arrachent leur subsistance à une terre souvent infertile. Un livre que j’ai bien aimé car il est bourré d’humour et rempli de clins d’œil, un livre frais mais profond qui puise ses racines dans les légendes antiques.

L’enfant de chienne - Pavlos Matessis (1931 – ….)

Matessis confie sa plume à une vieille comédienne ratée qui, après avoir connu la mendicité, la prostitution innocente - elle a préservé sa virginité - et mille tribulations depuis qu’elle a quitté son petit village d’origine à la suite du décès de son père, héros sur le front albanais, et de la déchéance de sa mère qui a sacrifié son honneur auprès des soldats italiens pour remplir le ventre creux de ses enfants. Elle n’oubliera jamais les Italiens joviaux, les Allemands brutaux et les bourgeois grecs méprisants et corrompus, mais surtout sa mère, fière, promenée toute une journée par le « bon » peuple, tel le bouc émissaire de toutes les turpitudes que la Grèce connut pendant la guerre de 39/45, sous les huées de la foule, les jets d’œufs et les coups des boyaux utilisés en guise de fouets. Lorsqu’une troupe de comédiennes passe dans le village, sa vocation éclot rapidement et elle part pour une longue vie d’errance avant d’écrire, comme un testament, ces quelques lignes à la mémoire de sa mère si injustement châtiée.

Gioconda - Nikos Kokàntzis (1930 - …)

Kokàntzis n’est pas un écrivain, il n’a écrit que ce livre, un petit livre, mais un livre si poignant, tellement émouvant que c’est une véritable œuvre littéraire. Inutile de vous dire que j’ai beaucoup aimé ce livre grâce auquel l’auteur nous raconte son premier amour, en 1943, avec Gioconda une jeune et belle juive qui un jour disparaitra, emportée par la folie barbare des nazis. Et, ce n’est qu’en 1975, que Kokàntzis raconte cette histoire comme s’il l’avait vécue quelques semaines auparavant, tant elle est empreinte de fraîcheur, de simplicité et d’émotion. Une de ces belles histoires d’amour qui jalonnent la littérature et qui ne peuvent pas laisser indifférent surtout quand elles sont, comme celle de Gioconda et Nikos, vraies et tragiques. Une « love story » grecque sur fond du génocide juif par les nazis.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre périple littéraire autour du monde  -

Et pour consulter la liste de mes articles précédents, cliquer sur le lien ci-dessous :

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
commenter cet article

commentaires

"Denis.Billamboz 03/08/2012 20:25

J'ai eu la chance de lire ce livre il y a déjà un certain nombre d'années mais je ne l'ai pas choisi car mon souvenir n'était pas assez précis. Je me souviens d'un grand livre passionnant, d'un
grand roman, d'une histoire envoûtante, d'un vraie oeuvre littéraire.

Maxime 16/07/2012 19:04

Décidément d'accord avec Missycornish. Que signifie ce nom qui est probablement un pseudo ? Mais je dois être indiscret. "Zorba" est un livre très prenant et qui a par contre inspiré un excellent
film. J'ai vraiment beaucoup aimé les deux et ayant lu le livre avant d'avoir vu le film, je n'ai pas été déçu. Quant aux livres proposés par Denis, hélas je n'en connais aucun.

Missycornish 16/07/2012 15:40

Bonjour! Avez-vous lu Zorba le Grec, j'ai fait une chronique dessus cette année, c'est un très bon roman, moins moderne peut-être que ceux que vous avez lu mais quel livre! J'en garde un souvenir
mémorable, c'était tellement bien écrit. A bientôt

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )


1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

ET SI VOUS AIMEZ LES ANIMAUX, RENDEZ-VOUS SUR " MEMOIRE D'EAU" :

 

P1080160.JPG

Recherche