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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 09:25

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Carré d’as indien

Installons-nous un moment en Inde après avoir quitté le Sri Lanka et ses luttes fratricides encore mal éteintes pour saluer ce carré d’as, ces quatre écrivains qui confinent au génie des lettres et c’est peut-être un des sommets de notre périple que nous gravissons aujourd’hui vers le panthéon des lettres mondiales. Je ne sais pas si, depuis que nous nous sommes embarqués dans cette aventure autour du monde par les livres, j’ai déjà eu l’occasion de vous proposer quatre textes aussi magistraux, aussi fastueux, aussi flamboyants, aussi… les adjectifs me font défaut, mais l’enthousiasme m’emporte et vous emportera, je l’espère. Nous partirons avec le grand Rohinton Mistry qui est déjà en bonne place sur la liste des « nobélisables » à la découverte des textes d’Amitav Ghosh, d’Arundhati Roy qui se fait hélas trop rare sur la scène littéraire, et de l’immense Salman Rushdie dont on aimerait que les foules se souviennent plus pour ses œuvres que pour les polémiques qu’il a déclenchées. Ainsi avons-nous la joie de saluer quatre grands ouvrages, quatre monuments de la littérature mondiale : « L’équilibre du monde », « Les feux du Bengale », « Le dieu des petits riens » et « Les enfants de minuit ».

 

L’équilibre du monde

Rohinton Mistry (1952 - ….)

Cette histoire s’articule principalement autour de Dina Dalal, une jeune et jolie veuve, anticonformiste, qui se voit contrainte d’accueillir chez elle un hôte payant, jeune étudiant, et deux tailleurs qui fabriquent pour elle, à la pièce, des vêtements qu’elle vend à une entreprise de prêt-à-porter locale. L’auteur raconte le passé de ces quatre personnages, l’année universitaire qu’ils passent ensemble, et ce qu’ils deviennent ensuite. Le sort n’est pas généreux pour ces quatre personnes, l’Inde connait une profonde mutation et les us et coutumes ancrés dans les populations sont fortement bousculés sans être réellement remis en cause. Ce développement anarchique se façonne dans l’improvisation, la corruption, l’édiction de règles et de lois iniques qui fragilisent davantage encore le sort de ceux qui sont les plus touchés et les plus démunis et qui voient leurs espoirs en un avenir meilleur fondre comme neige au soleil.

Ce roman inoubliable, se déroule à l’époque où Indhira Gandhi conquérait, puis assumait le pouvoir  en Inde. Une période difficile pour le pays, avec un gouvernement autoritaire sans aucune mansuétude pour les plus faibles, un pouvoir que l’auteur critique sévèrement en mettant en scène des gens très pauvres à la merci de toutes les brutalités du régime. Les principaux personnages illustrent parfaitement ce que Mistry reproche à Indhira Gandhi. Ishvar et Omprakash, les deux  tisserands, héros malheureux de ce roman, sont frappés de plein fouet par  les injustices infligées aux pauvres durant cette période et voient à chaque fois les espoirs, que justifiaient leurs  efforts et leur débrouillardise, s’envoler sous l’effet de nouvelles mesures contraignantes.

Malgré cela, jamais les deux pauvres hères ne sombreront dans le désespoir. Au contraire, ils développent une amitié de plus en plus forte, de plus en plus fraternelle qui leur permet de sauter les obstacles, même les plus difficiles et imprévisibles. Ils sont tellement candides et tellement affectueux dans l’adversité qu’ils en deviennent émouvants et touchants. On fondrait presque devant tant de tendresse répandue face à une telle dureté et une telle laideur. L’art de Mistry réside, en partie, dans sa capacité à montrer le monde le plus impitoyable, le plus injuste, le plus abominable, avec les yeux de deux  miséreux qui conservent envers et contre tout  leur enthousiasme et leur candeur.

Une façon de prouver à des millions de défavorisés qu’il faut garder l’espoir en un pouvoir meilleur et que les choses, un jour, peuvent changer et leur assurer leur part de bonheur.

Ce roman est un véritable monument de la littérature indienne ; je l'ai lu il y a plusieurs années et il est toujours là, présent dans mon esprit, mais aussi dans mon cœur, car il comporte certainement quelques-unes des plus belles pages de tendresse de la littérature. Ces tisserands si démunis ont su conserver  la fraîcheur d'esprit et la sagesse qui permettent de sauvegarder les bonheurs les plus humbles et de maintenir allumée la modeste flamme des petites joies ordinaires dans un monde rude, cruel et indifférent. Même Arhundati Roy, même Salman Rushdie, même Amithav Ghosh ne sont  parvenus à m’émouvoir à ce point.

 

Les feux du Bengale – Amitav Ghosh (1956 - ….)

Les héros de ce livre : Alu le tisserand surdoué, Zindi, la monstrueuse maquerelle, Joyti Das, le policier ornithologue, et Balaram, le phrénologue admirateur inconditionnel de Louis Pasteur, partent à l’aventure sur les traces des marchands indiens qui ont peuplé les rivages de l’Océan Indien. Dans ce texte flamboyant, Ghosh nous raconte les histoires tragi-comiques de ses héros picaresques tout au long de leur périple entre réalité et fantasmagorie. Une saga romanesque qui parait sortir tout droit des Contes des Mille et Une Nuits avec des héros davantage en quête de chimères que d’objectifs concrets et réalistes. Et dans ce vaste brassage de populations, les idées circulent plus vite encore que les hommes, se nourrissent de leur propre rencontre et génèrent des théories audacieuses, à la mesure du mouvement effréné qui entraîne ce roman dans un vaste tourbillon. Un grand texte jouissif !

Le Dieu des petits riens – Arundhati Roy (1961 - ….)

Un livre magnifique qui a connu les plus grands honneurs, mais un livre qui se mérite, dans lequel il faut pénétrer, faire son chemin, avant de comprendre le drame qui menace cette famille et marquera à jamais les deux jumeaux de huit ans qui ont vu ce qu’ils n’auraient jamais dû voir. Rahel et Estha sont de faux jumeaux qui vivent dans le sud de l’Inde avec une mère abandonnée, un oncle coureur de jupons et marxiste pour les besoins de son ambition, et deux autres femmes. On les retrouve quand ils sont devenus adultes, car le roman couvre deux époques : au moment de l’innocence lorsque le drame éclate et plus tard, beaucoup plus tard quand les séquelles sont encore vivaces et apparentes. Ce récit est celui d’un amour impossible au pays des castes, là où religion et politique, jalousie et vanité ne favorisent guère la sérénité. Un texte tout en finesse, en sensualité, à la limite de l’érotisme.

Les enfants de minuit – Salman Rushdie (1947 - ….)

Raconter ce monumental ouvrage de Rushdie relève plus de l’utopie que de la prétention tant le roman est vaste, foisonnant, inventif, magique et allégorique. Tout est tellement éclaté et à la fois concentré qu’il est bien difficile de résumer, de synthétiser. Pour faire simple, on peut dire qu’il s’agit d’un vaste roman allégorique qui raconte l’histoire de l’Inde depuis son indépendance jusqu’aux années Gandhi, Indhira et Sanjay. Cette allégorie est construite à travers la vie de Saleem Sinai qui a vu le jour le 15 août 1947, au moment même où naissait l’Inde indépendante. Et cet enfant, comme tous les enfants nés à la première heure de cette journée, dispose de dons exceptionnels, ce qui lui permet de communiquer avec les enfants nés en même moment que lui, les « Enfants de Minuit », créant un réseau qui tient un rôle important dans l’histoire de l’Inde, la partition du Pakistan, les années sombres imposées par la famille Gandhi que Rushdie fustige sans retenue. Un texte énorme, fastueux, flamboyant, exceptionnel !

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre périple littéraire autour du monde  -

Et pour consulter mes articles précédents, cliquer sur le lien ci-dessous :

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

denis billamboz 23/11/2012 12:57

Maxime, je te rassure, il y a 25 ans de lecture dans cette publication, pas toutes mes lectures évidemment mais un partie en fonction de leur utilité dans mon projet.
Mistry est en effet une très belle lecture mais pour les lecteurs qui ne craignent pas les textes un peu ardus, je leur conseille vivement de lire aussi le Rushdie qui est une véritable merveille.
Ceux de Ghosh et de Roy sont aussi des grands livres, dur, dur de faire un choix... lisez les les quatre.

Maxime 23/11/2012 12:08

Pas facile de vous suivre au rythme de lecture qui est le vôtre. Mais je prends des notes pour établir une fiche de lecture qu'ensuite je suivrai à mon rythme. Il se trouve que ces livres-çi
retiennent particulièrement mon attention, surtout le premier. Merci Denis.

armelle 23/11/2012 10:04

Pas encore réagi, cher Denis, à ce dernier article si intéressant car fatiguée par une bronchite. Si je n'ai encore jamais rien lu de Rushdie, qui ne me tente guère, je partage ton enthousiasme à
l'égard du grand prosateur Rohinton Mistry dont le livre, que tu cites, est une véritable immersion dans ce "continent" qui semble encore à peine touché par les usures du temps. Un monde à lui
seul, une terre propice aux délires de l'imagination les plus fous et aux descriptions et aux scènes les plus romanesques que cet auteur a su utiliser avec talent. Un livre à recommander à nos
visiteurs. Et merci à Monsieur Lommier de déposer des commentaires aussi concis que lumineux.

"Denis.Billamboz 22/11/2012 15:03

Plus je lis les auteurs indiens et moins je comprends ce pays qui est un véritable continent, un univers à part. L'Inde est en effet une immense diversité qui se traduit merveilleusement à travers
sa littérature qui use de plusieurs langues : l'anglais, l'indi et quelques autres langues vernaculaires pour traduire cette société polymorphe et tellement diverse.
Marcel explique bien ça dans les petits arrangements qui constituent un vaste mais fragile consensus qui soutient cet équilibre (L'équilibre du monde dirait Mistry). Merci Marcel pour ce
commentaire précieux.

Marcel Lommier 21/11/2012 10:44

Il est fragile cet équilibre, qui repose entièrement sur la souplesse du peuple indien - une souplesse à la mesure de la rigidité du système des castes et de l'immobilisme d'une administration
minée par la corruption. Plus la marge de manoeuvre est étroite, plus grande se révèle la capacité de chacun à « faire avec ». Ce sont ces innombrables petits arrangements avec la vie qui font la
littérature et l'histoire de l'Inde. Et ceux que vous citez sont de magnifiques témoignages d'une situation qui n'a guère évoluée avec le temps.

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