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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 08:49

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L’Inde dans toute sa misère

Après le formidable moment que nous avons passé avec le carré d’as de la littérature indienne, nous nous attarderons, au cours de cette étape, avec de jeunes écrivains moins connus, sauf  Vikas Swarup évidemment, que j’ai moins appréciés mais qui ont le mérite de nous offrir une image réaliste et fort cruelle de l’Inde d’aujourd’hui. « Nous les Indiens nous avons cette sublime faculté de voir la souffrance et la misère autour de nous sans que cela nous affecte » -  écrivait Vikas Swarup et il leur faut bien cette faculté innée pour nous raconter  ce que l’Inde recèle de malheur et ce que les Indiens sont sensés endurer au long de leur pauvre vie. Shani Mootoo, qui n’est indienne que d’origine, nous parlera de la vie de terreur qu’a vécue la pauvre Mala ; Siddarth Dhanvant Shangvhi évoquera les égarements d’une jeune fille et Akhil Sharma nous entretiendra de la condition des  femmes maltraitées. Pour terminer, nous essaierons de trouver un peu d’espoir avec Vikas Swarup, même s’il est assez fataliste et pense que « vous les pauvres ne devriez jamais chercher à échapper à votre condition ».

Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire

Vikas Swarup (1963 - ….)

Fabuleuses, ces aventures le sont, il n’y a pas fraude sur la marchandise, l’auteur a tellement cultivé cet aspect du roman qu’il a dû donner le tournis à Ponson du Terrail  lui-même. Il lui a fallu déployer toutes les facettes de sa grande imagination pour nous expliquer comment un petit Indien miséreux a bien pu gagner une somme fabuleuse, elle aussi, à ce jeu si célèbre qui envahit désormais les écrans des télévisions du monde entier ou presque.

Personne ne peut croire que ce petit miséreux ait pu répondre à ces questions et gagner cette énorme somme sans le recours à une aide extérieure, certainement pas les producteurs qui doivent payer la somme en question, ni la police qui veut le faire avouer, parce que la police est rarement du côté des pauvres, du moins dans ce pays. C’est alors que surgit une avocate qui tire le malheureux des griffes de la police et essaie de comprendre comment ce miracle a été possible en visionnant l’enregistrement du jeu avec les explications du jeune héros.

En expliquant comment il a pu répondre aux douze questions, le jeune homme raconte sa vie d’errance et de misère dans cette Inde de tous les excès où les pires calamités s’étalent et prospèrent à l’ombre des rêves bollywoodiens. Swarup prend le prétexte de ce jeu pour nous livrer un catalogue des misères qui affectent l’Inde, un genre d’inventaire à la Prévert des fléaux qui polluent le monde. Il semble réaliser le rêve de Sashi Tharoor qui voulait publier un livre total sur l’Inde en écrivant « Le grand roman indien ». Mais Swarup limite son ambition aux calamités qui affligent cet immense pays où la misère dans son épure la plus pure côtoie la richesse la plus fastueuse. Et ainsi chaque question explore-t-elle l’un de ces fléaux qui gangrènent l’Inde depuis la nuit des temps.

Toutefois, l’auteur évite soigneusement de tomber dans le sordide et laisse  un peu d’humour, de dérision ou de truculence trainer par ci par là pour ne pas plonger le lecteur dans un dégoût trop profond. Si le récit a connu la gloire à Hollywood, il semble bien avoir été écrit pour Bollywood, il comprend la dose nécessaire et même davantage d’ingrédients sirupeux, héroïques et mélodramatiques en mesure de faire verser des torrents de larmes aux admirateurs de ce genre de films qui sont, les uns et les autres, très présents dans le récit.

Un livre qui semble destiné à divertir un large public mais n’oublie pas de mettre un solide coup de pied aux fesses de ceux qui gouvernent notre monde, et l’Inde en particulier, et n’élude pas les questions essentielles de l’existence, où la mort n’est qu’une façon d’échapper aux calamités et, qu’en attendant celle-ci , la morale, même si elle autorise certains règlements de compte, n’est pas le moteur de la vie car l’argent seul peut offrir le pouvoir suprême. « Les rêves n’ont de pouvoir que sur votre esprit. Alors qu’avec l’argent, on a le pouvoir sur l’esprit des autres. »

 

Fleur de nuit – Shani Mooto (1958 - ….)

A Paradise, sur une île imaginaire, Mala la vieille sorcière, du moins c’est ce que pensent ses voisins, arrive dans un hospice où elle fait peur à tout le monde sauf au dernier infirmier embauché qui est marginalisé dans des tâches d’entretien. Petit à petit, avec délicatesse et tendresse, celui-ci noue quelques liens avec Mala qui lui confie la vie qu’elle a eue et  ce qu’elle a dû subir.

Ce livre rompt, pour une fois, avec l'image misérabiliste et morbide des hospices et autres mouroirs, dont on conte habituellement la vie de leurs malheureux occupants. Shani, tout au contraire, nous emmène dans un monde de poésie et de tendresse où la fin de l’existence n'est pas obligatoirement sordide et où la différence n'est pas une tare. Quel bonheur de lire ce roman, je voudrais vivre dans le monde de Shani et qu'elle me raconte encore des belles histoires comme celle-là.

La fille qui marchait sur l’eau – Siddarth Dhanvant Shangvhi (1981 - ….)

C’est l’histoire d’une famille indienne qui a adopté une fille un peu particulière, elle peut marcher sur l’eau, elle déconcerte, elle fascine, elle inquiète, elle fait même peur à certains. Mais cette histoire ne tourne pas très rond, je suis surpris par l'engouement suscité par cette saga bollywoodienne. Cela sent trop l'eau de rose, à mon avis. Et pour faire bonne mesure et un peu contrepoids à ce milieu friqué, Shangvhi rythme son récit avec des événements tragiques qu'on voit venir ... un certain nombre de pages à l'avance.

Difficile pour moi d’entrer dans cet ouvrage qui ne sent pas l'Inde mais exagérément les belles sagas américaines qui savent si bien faire pleurer Margie !

Un père obéissant – Akhil Sharma (1971 - ….)

Voici décrit l'archétype du fainéant, profiteur et corrompu jusqu'à la moelle, usant de tout et de tous et surtout de sa famille qu'il tyrannise jusqu'à l'inceste. Sa fille vit une énorme angoisse à l'idée qu'il risque de reproduire avec sa petite-fille ce qu'il lui a fait subir à elle. Mais la vengeance de cette dernière sera à la hauteur de la haine qu'il inspire.

Un personnage très malsain, même répugnant qui ressemble à l'Inde que Sharma semble nous proposer. Mais ce récit un peu maladroit manque de finesse et de force pour éclipser le dégoût qu'il inspire.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour une nouvelle étape de notre périple littéraire  -

Pour consulter mes articles précédents, cliquer sur le lien ci-dessous :

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

"Denis.Billamboz 27/11/2012 16:51

Bonsoir Pascal, je suis sûr qu'Agnès connait bien ces auteurs et qu'elle en a déjà certainement lu un ou deux, peut-être même les quatre ! Tu lui souhaites des belles lectures de ma part et à
bientôt pour les vacances qui arrivent à grandes enjambées ! Amitiés à vous deux.

Pascal 26/11/2012 12:26

Salut denis,

Surbooké ces dernières semaines, je viens de lire tes deux articles sur la littérature hindoue et prends note de ton carré d'as pour en parler ce soir avec Agnès qui lit beaucoup. Toujours en
pleine vitalité de lecture à ce que je vois. A + quand le rythme va se ralentir avec les fêtes.

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