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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 09:19

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Lire entre Hanoï et Saigon

Initialement j’avais dédié cette étape à ce qui était l’Indochine, mais comme je n’ai fait que des lectures vietnamiennes pour illustrer ce séjour littéraire, je ne vous présenterai que des auteurs vietnamiens, tous très marqués par l’horrible conflit qui a sévi dans ce pays pendant de longues années et a laissé d’innombrables stigmates dans les paysages et les infrastructures, mais surtout dans les populations et à l’intérieur même des êtres, dans les cœurs comme dans les têtes, dans les corps et dans les chairs. C’est donc avec Nguyên Quang Thiêu, qui ne peut même plus parler de l’horreur de la guerre, que nous rencontrerons Bao Ninh,  Dugong Thu Huong et Vân Mai, tous trois évoquant la guerre mais surtout la façon dont ils s’en sont sortis et comment ils vivent désormais après cette incroyable épreuve, la souffrance qu’ils ne pourront jamais évacuer et qu’il leur faudra porter comme une croix tout au long de leur vie. Et si la guerre a laissé son lot de douleurs, les lettres françaises ont, elles aussi, laissé une trace dans la littérature vietnamienne malgré tout ce qui a séparé les deux pays pendant une certaine période.

 

La petite marchande de vermicelles

Nguyên Quang Thiêu (1957 - ….)

 «  - Thiêu ! Hep, Thiêu !

-    

-     Pourquoi tu ne viens plus jamais m’acheter des vermicelles ? Tu ne les aimes plus ? Ils ne sont plus bons ? »

L’auteur se met ainsi en scène dans la nouvelle introductive de ce recueil qui raconte la vie de son village, à quelques kilomètres d’Hanoï, village qu’il n’a jamais quitté car un devin lui a dit un jour que s’il le quittait, il deviendrait un riche mandarin mais qu’il perdrait son talent littéraire. Il vit donc toujours sur les bords du grand fleuve Day qui sert de fil rouge entre les diverses nouvelles rassemblées dans cet opuscule. Le fleuve Day parcourt une campagne tranquille que l’auteur raconte comme il raconte ses habitants, leur vie simple et paisible, leurs malheurs petits et grands mais naturels, des malheurs qui arrivent dans toutes les populations où la mort n’est souvent que le tribut à payer pour que surgisse une nouvelle vie.

Il raconte aussi les mœurs de cette micro société où les pères font déjà partie des ancêtres qu’on vénère et qui règnent en maîtres absolus sur leur famille, notamment sur les femmes qui font l’objet de la plupart des nouvelles, car les hommes ne sont plus très nombreux, ils sont morts lors du grand combat pour la liberté. L’auteur ne parle pas de cette guerre sauf pour dire qu’une bombe, qui n’a pas explosée, reste fichée au milieu du village comme un monument à la mémoire de ceux qui ne sont plus et ont donné leur vie pour la liberté du peuple vietnamien.

Dans un style doux, clair, qui coule paisiblement comme le grand fleuve Day, charriant tendresse, fraîcheur et émotion, l’auteur cherche un asile de paix mais on ne peut s’empêcher, du moins en ce qui me concerne, de penser que cette quiétude n’est que le verso d’une vie beaucoup plus violente que l’auteur a connue dans son enfance, lorsque le Vietnam vivait une tragédie effroyable afin de conquérir sa liberté et son indépendance. Cette quiétude, cette simplicité, cette fraîcheur ne sont en fait que la partie émergée d’un iceberg qui camoufle tant bien que mal des plaies non cicatrisées, des souvenirs pénibles, des souffrances rémanentes et  ce qu’une guerre imprime de stigmates au sein d’une population. Mais, comme le phénix, le peuple vietnamien essaie de renaître de ses cendres pour vivre une nouvelle ère de paix et de quiétude.

 

Le chagrin de la guerre – Bao Ninh (1952 - ….)

Ce roman est le seul écrit par ce Vietnamien, né près de Hanoï, qui a fait la guerre contre les Américains dès son plus jeune âge (17 ans environ) jusqu’à la victoire finale. Ce roman raconte le retour au pays d’un jeune soldat nord-vietnamien qui, après la défaite des occupants, relate comment il a perdu son innocence et tout ce qu’il a vécu sous le feu de l’ennemi, ce qu’il a appris et ce qu’il a éprouvé, notamment un fort attachement à sa patrie. Ce livre a connu un grand succès au Vietnam et dans le monde entier, mais a été tout de même interdit par les autorités communistes au pouvoir dans le pays.

Au-delà des illusions - Duong Thu Huong (1947 - ….)

A Hanoï, après la révolution, une jeune femme ne supporte plus de vivre avec un mari servile qui ne pense qu’à courtiser les puissants. Elle le quitte et assume son indépendance avec sa fille malgré les difficultés que cela comporte. Derrière ce qui ne pourrait être qu’un fait divers familial, ce roman cache une satire acerbe du pouvoir vietnamien après la révolution qui a chassé l’envahisseur. Les vainqueurs sont devenus des maîtres à qui tout était dû et qui ont tout oublié de leurs beaux idéaux et de leurs promesses.

Personnellement j’ai beaucoup aimé ce roman parce qu’il est, selon mon souvenir déjà lointain, admirablement écrit. L’auteur a une écriture  fluide et précise qui est un vrai plaisir. Un critique parlait d’un style proche de l’oralité, moi j’ai plutôt ressenti une vraie qualité littéraire et beaucoup d’émotion.

Gens du saule - Vân Mai (1954 - ….)

Maman Nymphéa a perdu ses enfants dans la terrible guerre contre la grande puissance, sauf la petite dernière qui se jette à son tour, à corps perdu, dans le combat en prenant les risques les plus fous, comme celui de se mettre au service d’ennemis pour mieux les espionner et les détruire. La mort ne l’impressionne pas, elle n’attend plus rien de la vie, sauf l’amour qui, au détour d’un combat, surgira. Elle doit alors conjuguer amour et haine jusqu’à ce que l’ennemi s’avoue vaincu.

Ce livre est plein de sensibilité malgré la violence qu’il comporte et il est très dommage que la chute ne soit vraiment pas à la hauteur de ce qui précède, cela dévalorise le roman qui, avec une autre fin, aurait été en tous points remarquable.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre périple littéraire  -

Et pour consulter mes articles précédents, cliquer sur le lien ci-dessous :

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

denis billamboz 23/01/2013 11:18

Belle lecture Maxime !

Maxime 23/01/2013 10:16

Je confirme. "La petite marchande de vermicelles" est un très bon livre.Je prends note de" Au-delà des illusions" de Duong Thu Huong.

"Denis.Billamboz 22/01/2013 20:24

Merci Armelle, merci Pascal,

Ce livre est en effet très émouvant, l'auteur refuse de s'enliser dans la vérité de ce qui fut pour espérer en des jours nouveaux et meilleurs.

N'oubliez pas Duong Thu Huong qui a eu un peu de succès dernièrement et qui écrit remarquablement, son écriture ne peut nier son héritage francophone. Ca fait partie des traces que notre culture
laissées là-bas parmi celles que j'évoque ci-dessus.

Belle nuit à vous.

Pascal 22/01/2013 13:04

Salut Denis,
Une belle photo qui ouvre cette page sur la littérature indochinoise et vietnamienne. Voilà un pays que j'aimerais visiter, la baie d'Along particulièrement. Nos ancêtres ont laissé beaucoup de
souvenirs. Un livre m'interpelle parmi ceux que tu cites et que je vais passer acheter à la Fnac si je le trouve : 'La petite marchande de vermicelles'. je pense qu'Agnès va aimer. A + Denis.

armelle 22/01/2013 10:27

Merci, cher Denis, de cet article qui nous découvre une littérature pleine d'intérêt. J'ai entendu parler de "La petite marchande de vermicelles" qui a eu un succès très honorable en France. Je
joins, pour compléter ta présentation, un avis qui va dans le même sens que toi :

"On entre dans ce livre comme on regarde à travers une lucarne: avec beaucoup de curiosité et d'excitation. Et devant le spectacle qui s'offre à nous, on s'avance encore et on regarde les yeux
grands ouverts.C'est le spectacle de la vie, de l'humain qui s'offre à nous, dans tous ses bonheurs mais aussi toutes ses souffrances...
Cette petite marchande de vermicelle d'abord, qui donne son titre au recueil, et qui incarne toute la puissance d'être mère, avec l'amour et la cruauté que cela implique; la jeune fille du fleuve
ensuite, petit oiseau enfermé dans sa cage que l'amour et l'espoir feront s'envoler, mais à quel prix, vers d'autres rivages...
Nous croisons encore Hien et son fils Nhuc, avec eux tout l'amour(encore) qui lie un père à son enfant, tout le désespoir de n'être plus aimé...
Le rêve étrange de l'honorable Monsieur Ba Nhuan nous entraîne vers le pays des rêves et de cauchemars pour nous apprendre, avec beaucoup d'humour, ce que coûte la cupidité et la recherche du
profit...
Ces deux petites vieilles, qui se demandent combien de galettes elles prépareront pour le Têt cette année, et dont nous comprendrons au fil du récit la valeur toute particulière et douloureuse que
revêt pour elles la fête du Têt...
La vieille Nhim et le fardeau qu'elle supportera toute sa vie, liée par un serment et bercée d'illusions...
Bref, chaque personnage, avec ses qualités, ses défauts, ses espoirs ou désespoirs, nous prend par la main, on le suit au fil des mots avec la tendresse dont nous enveloppe l'auteur. On découvre un
autre Vietnam que celui des guides touristiques, le Vietnam que nous présentons dans nos fantasmes ; mais c'est aussi les contradictions de l'homme que l'on retrouve, les cruautés que nous inflige
la vie, l'espoir aussi, qui ne cesse de revenir comme un leitmotiv, comme une leçon de vie, si conforme à notre propre mythe de Pandore et de sa boîte au fond duquel reste, seul, l'espoir, comme le
pire des maux de l'humanité et pourtant la seule façon de continuer notre voyage.
Ce petit livre est universel. Tout en douceur, tout en nuances, plein de sensibilité, de tendresse et d'amour, de dureté aussi, de misère et de tristesse, tout cela mêlé, il nous raconte des choses
simples, qui, à des milliers de kilomètres de nous, nous ressemblent et nous parlent."

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