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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 09:31

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Sous l’intolérance des pouvoirs iraniens

Quittant la péninsule arabique, nous rentrons en Iran, terre d’une grande culture où il est, hélas, bien difficile maintenant de rencontrer des écrivains pouvant s’exprimer librement sans risquer leur vie. Nous nous tournerons donc, une fois de plus, vers les auteurs de la diaspora : Saïd installé en Allemagne depuis 1965, Ali Erfan contraint à l’exil en France en 1981 et Freidoune Sahebjam né en France, de nationalité iranienne, qui a rejoint le pays de ses parents où il résida dans les années cinquante. Il fut lui aussi condamné par le régime, celui des ayatollahs en 1981, après avoir écrit le livre que je vous présente ci-dessous. Et, pour nous guider sur le chemin des exilés, nous mettrons nos pieds dans les pas de Chahdortt Djavann qui a connu, elle aussi, l’exil en France en 1993.

 

Je viens d’ailleurs

Chahdortt Djavann (1967 - ….)

« On me demande souvent d’où je viens. Cette question, je me la suis posée à mon tour, et ce livre est ma réponse. Je viens d’où je parle, je viens d’où je regarde. Je viens d’ailleurs. » Cette fillette, qui pourrait être l’auteur, Chahdortt Djavann, Iranienne d’une douzaine d’années qui rencontre l’histoire, celle qui s’écrit avec du sang et des larmes, un jour de 1979 quand les « pasdaran », les commandos islamiques surgissent dans son lycée et massacrent les élèves révoltées contre la dictature mise en place par le régime islamique.

Chahdortt raconte dans ce livre, en quelques scènes, la vie d’une gamine qui devient une jeune fille sous ce régime où le peuple est écrasé et particulièrement les femmes ramenées à l’état animal, vouées à la procréation d’enfants, mâles de préférence. Ces années « elles m’ont appris que pour survivre il fallait renoncer à vivre ». Après les années lycée et la révolte, viennent les années d’étudiante et la soumission, le temps de l’exil et le retour pour trouver le vide, la culpabilité d’avoir échappé à ce monde, le désespoir, la résignation et un énorme gâchis.

C’est le livre de la révolte, de la douleur, mais jamais de la résignation ni de la haine ; c’est aussi un acte d’amour envers le pays qu’il l’a reçue et qu’elle a aimé. « Cette langue a accueilli mon histoire, mon passé, mon enfance, mes souvenirs et mes blessures. Cette langue m’a accueillie. Elle m’a adoptée. Je l’ai adoptée. Mais, quels que soient nos efforts mutuels, les vingt-quatre ans que j’ai vécu sans elle laisseront à jamais une lacune en moi. »

Chahdortt nous emmène dans sa douleur et sa révolte avec l’émotion, la douceur et la dignité qu’elle doit peut-être à la pratique de la langue perse qui se prête si bien à la poésie, mais qui n’altère en rien la puissance du témoignage et l’indignation qui envahit le lecteur qui croit ressentir jusqu’au fond de sa chair, toute cette violence gratuite et stupide répandue au nom d’un soi-disant dieu qui aurait été bien peu recommandable pour imposer un tel traitement à des âmes aussi innocentes. Un réquisitoire implacable contre les intégrismes qui envahissent notre monde.

 

Paysages d’une mère lointaine – Saïd (1947 - ….)

Né en Iran en 1947, Saïd a étudié en Allemagne, à Munich, où il a milité contre le Shah ce qui ne lui permit pas de revenir dans son pays. A la chute du régime, il put rentrer en Iran mais pas très longtemps car il s’opposa rapidement au nouveau régime qui le contraint à un nouvel exil toujours en Allemagne. Ce livre raconte sa rencontre avortée avec la mère qu’il n’a pratiquement pas connue car ses parents se sont séparés peu de temps après sa naissance. Elevé par son père, loin de cette mère qui l’a abandonné, il accepte l’invitation d’un frère à rencontrer sa mère à Toronto, mais cette rencontre est un échec et le narrateur, tout comme Saïd, a définitivement perdu celle qui lui a donné la vie. Saïd est un poète, son livre le dévoile mais les termes sont extrêmement dur envers cette mère qui l’a privé de sa présence et de son affection.

Les damnées du paradis – Ali Erfan (1946 - ….)

Avec une écriture somptueuse, Ali Erfan propose quatre nouvelles qui mettent en scène des hommes et des femmes confrontés aux horreurs qui frappent l’Iran depuis bon nombre d’années maintenant : la guerre, le meurtre, la violence gratuite. Des histoires pleines de désespoir qui contrastent avec une écriture jouissive plutôt encline à l’optimisme. Des histoires qui ont conduit l’auteur sur le chemin de l’exil, en France, car il a osé mettre en cause Dieu et le Coran comme instigateurs des violences que les Iraniens subissent, et font subir, et le pouvoir des mollahs orchestrateurs de toutes ces tristes manigances.

La femme lapidée – Freidoune Sahebjam (1933 – 2008)

Sahebjam est né en France mais il a vécu une dizaine d’années en Iran, après y avoir accompli ses obligations militaires dans les années cinquante. Il revient en France pour parfaire ses études et devient journaliste politique en 1979 quand il dénonce le pouvoir des ayatollahs qui l’ont condamné à mort. Cette condamnation ne l’empêche nullement de poursuivre son combat contre le régime islamique. « La femme lapidée » le fera reconnaître internationalement, c’est l’histoire véridique des dernières heures d’une jeune femme iranienne lapidée après une condamnation pour adultère. Un film sera tiré de ce roman en 2008, année de la mort de Sahebjam.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de ce tour du monde littéraire  -

 

Et pour consulter mes précédents articles, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

"Denis.Billamboz 22/10/2012 21:44

Pour rebondir sur le commentaire que Maxime et Pascal ont formulé suite à mon texte précédent, je voudrais dire que l'illustration proposée par Armelle pour la présente publication est
particulièrement expressive et éclipse bien des commentaires.

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