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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 09:23

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Lire sous le long nuage blanc

Toujours au cœur du Pacifique, nous accostons aujourd’hui dans un archipel certes plus modeste mais suffisamment important  pour générer une riche littérature issue du métissage entre les colons, principalement britanniques, et les autochtones maoris. Sur cette terre de l’hémisphère sud,  nous allons à la découverte d’une littérature qui exprime souvent la douleur et le mal de vivre que nous n’imaginions pas en Nouvelle-Zélande, lorsque nous la regardions de notre observatoire européen. En effet, « le pays des hommes du long nuage blanc », qui nous semblait plutôt idyllique, apparaît, à travers les écrits que je présente autrement plus nuancé, avec ses banlieues sordides, ses indigènes en marge de la société, ses métisses mal acceptés par les deux autres communautés que nous approcherons en suivant le sillage d’Alan Duff ; il nous mènera à la rencontre de deux autres écrivains qui ont, eux aussi, raconté la difficulté de vivre : Kirsty Gunn et Keri Hulme. Mais avant, nous ferons un petit détour pour fleurir la mémoire de Janet Frame qui nous a fait comprendre que les fous étaient parfois moins fous que ceux qui se croient sains d’esprit.

 

Les âmes brisées

Alan Duff (1950 - ….)

Beth a quitté son mari, Jack le Musclé, parce qu’il a violé leur fille qui n’a pas pu supporter cette salissure et s’est suicidée. Jack essaie de refaire sa vie en puisant dans les vertus physiques et morales que le rugby lui a enseignées quand il était encore un jeune gaillard plein de vitalité. Beth tente, elle aussi, de vivre encore, malgré le poids de cette fille partie, d’un fils tué dans la guerre des gangs et celui d’un abominable mari dont elle a dû se séparer.

Alan Duff, dans cette tragédie urbaine, démolit quelque peu la belle carte postale du « Pays du long nuage blanc » que nous avions imaginée en Europe, avec ses plages, ses volcans et ses farouches All Blacks. Il dépeint l’envers du décor, les banlieues d’Auckland où se sont agglutinés les maoris qui n’ont compris ni le mode de vie, ni la culture du nouveau peuple venu s’installer sur leurs îles. La drogue et l’alcool leur servent d’expédients pour calmer leurs angoisses et leurs craintes. La violence, qui leur permettait d’assurer leur survie dans un milieu rigoureux, ne leur sert plus, désormais, qu’à affirmer leur existence de marginaux dans des quartiers pourris où le racisme et le clanisme ont force de loi. Ici, le suicide est le moyen le plus rapide d’échapper à cette violence ordinaire et brutale et à cette misère sordide et incurable. Jake et Beth ont vu leurs filles respectives s’évader ainsi de ce monde où elles ne pouvaient plus s’épanouir.

Malgré le poids de leur drame, les héros vont rechercher l’issue qui les conduira hors du tunnel de la violence et de la misère, bien que les rites ancestraux et les perversions diverses, qui envahissent le quartier, ne leur faciliteront pas la route vers l’insertion dans un monde plus sain.


Cette lente et inéluctable érosion du peuple maori, « The bone people ou les hommes du long nuage blanc », selon le titre du livre de Keri Hulme qui traite lui aussi de ce drame et détaille les vices importés par les blancs, est racontée de façon  poignante par Alan Duff au long d’un récit à la fois acide et amer.

 

Visages noyés – Janet Frame (1924 – 2004)

Profondément marquée par la mort de deux de ses sœurs à dix ans d’intervalle, Janet Frame est internée et les médecins diagnostiquent une schizophrénie. Elle subit alors deux cents électrochocs et sa lobotomie est programmée, mais elle est sauvée de cette mutilation par un prix littéraire qu’elle obtient pour un recueil de nouvelles. Libérée de l’asile psychiatrique, elle voyage et apprend, en Angleterre, qu’elle n’a jamais été atteinte de schizophrénie. « Visages noyés » est un peu, et peut-être beaucoup, son calvaire et son parcours dans le milieu psychiatrique. Un témoignage troublant, émouvant, dérangeant, d’une grande sensibilité, un livre magnifique sur les altérations psychiatriques dont certains peuvent souffrir, mais surtout un moment d’émotion pure, j’en avais les yeux tout mouillés.

Histoire aux yeux pâles – Kirsty Gunn (1960 - ….)

Encore une histoire pas drôle du tout, une histoire où la vie n’arrive pas à s’incruster dans des êtres partis à la dérive. Une mère, encore jeune, décède d’une overdose qui n’est peut-être que la réponse qu’elle adresse au mari qui l’a l’abandonnée, un mari qu’elle avait aimé jusqu’au bout de la déchéance. Sa petite fille, devenue femme, reproduira le schéma dessiné par la mère, une vie de destruction, d’abandon, sous l’emprise de la drogue. Une histoire triste, triste, qui décrit la difficulté de vivre de toute une frange de la population errant en marge de la société, dans une sorte de vie qui balance entre réalité et rêve, empreinte d’une sensibilité trop artificielle pour conduire vers un vrai bonheur.

The bon people ou les hommes du long nuage blanc – Keri Hulme (1947 - ….)

Kerewin Holmes, pêcheur au carrelet, découvre un jour, en rentrant de la pêche, un jeune garçon blessé tapi au fond de son atelier. Le lendemain, elle rencontre le père adoptif de ce jeune garçon, un Maori convaincu, et ainsi va se constituer un triangle où trois êtres hypersensibles vont confronter et conjuguer leurs convictions et leur passion jusqu’à l’extrême. Dans le seul livre qu'il ait jamais écrit, Keri Hulme nous entraîne dans un univers irréel plein de sensibilité et de magie, le « Pays du long nuage  blanc » comme les Maoris dénomme la Nouvelle-Zélande.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour  la suite de notre parcours littéraire à travers le monde  -

Et pour consulter la liste de mes articles précédents, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

"Denis.Billamboz 21/02/2013 22:25

Bonsoir Pascal,

Je suis un peu à la bourre, les emplois du temps sont très chargés dans le monde sportif, après chaque olympiade il faut renouveler toutes les instances sportives et olympiques, ça fait beaucoup de
réunions et d'élections qui s'ajoutent aux réunions et activités habituelles.

La Nouvelle-Zélande apparaît comme un pays de rêve mais, beaucoup d'autres, elle a ses problèmes sociaux.Elle peut se targuer d'avoir aussi une très belle littérature même si celle-ci traite
souvent de sujets violents.

Je suis convaincu qu'Agnès adorerait le livre de Janet Frame qui est très émouvant et très beau.

Belle nuit et à bientôt !

Denis

armelle 21/02/2013 09:34

Merci infiniment Pascal de votre fidélité qui me touche infiniment ainsi que notre chroniqueur Denis. Ce sont à des visiteurs et commentateurs comme vous que l'on doit notre feu sacré. Et bien des
choses à Agnès que je sais une lectrice attentive et passionnée et qui, comme moi, aime la poésie.

Pascal 20/02/2013 13:34

Salut Denis,

Des livres visiblement tragiques et tristes. Où que l'on aille, on sent surtout les douleurs de l'humanité, rarement sa joie et ses satisfactions. Cela ne remonte pas le moral. Difficile de trouver
sa place dans ce monde qui semble vivre sur un volcan.
Bonne journée tout de même Denis

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