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30 juillet 2012 1 30 /07 /juillet /2012 08:19

roumanie-chateau-bran-dracula.jpg  Château de Dracula

 

 

Des Carpates au Dobroudja

De la Bulgarie à la Roumanie, il n’y a qu’un pas que nous franchirons en compagnie d’un grand voyageur, Panaït Istrati, ami de Romain Rolland, qui a habité longtemps en France mais qui y est désormais pratiquement inconnu. Avec lui nous irons à la rencontre d’une littérature souvent austère et énigmatique comme ces légendes qui sourdent des forêts des Carpates ou des ténébreux châteaux de Transylvanie hantés par le souvenir de Dracula. Nous rendrons ainsi une  visite au plus grand écrivain roumain du siècle dernier Mircea Eliade, qui aurait pu faire un bon titulaire du Prix Nobel de littérature mais auparavant nous évoquerons, avec Mihail Sebastian, la civilisation juive, importante en Roumanie avant la tragédie nazie. Et nous terminerons ce séjour roumain avec Maria Mailat, désormais établie en France, déjà à la tête d’une riche bibliographie. Dans cette étape, je me proposais d’inclure la Moldavie mais, à ce jour, je n’ai pas encore rencontré un seul auteur moldave. Si vous avez des pistes …

 

Le pèlerin du cœur

Panaït Istrati (1884 -1935)

«Toute une vie brûlée inutilement ! Sur toutes les routes, j’ai laissé des gouttes de sang, des lambeaux de chair et surtout des lambeaux de ma dignité. » Panaït Istrati, le Gorki des Balkans comme le surnommait Romain Rolland, aurait eu cent ans en 1984 et son éditeur, à cette occasion, publia « ce volume de textes autobiographiques qui reconstituent sa vie de vagabond et d’écrivain. Ce sont des pages en grande partie inédites ou publiées dans la presse de l’époque, inconnues du lecteur d’aujourd’hui. »

Ces textes sont rassemblés en cinq parties, comprenant des documents autobiographiques, la naissance de l’écrivain, des témoignages sur la liberté, la foi, les arts, l’humanité, le pèlerin du cœur (des hommages rendus à des amis disparus) et pour finir « les dernières années », des textes en forme de testament ou de bilan sur sa vie d’errance et de quête.

Cette habile compilation dessine de façon assez précise la vie singulièrement agitée de Panaït Istrati qui connut une enfance difficile avec un père absent et le travail dès la prime adolescence avec son lot de douleur, de brutalité, mais aussi les combines, la fauche, le chapardage et toutes les astuces pour survivre dans la jungle industrielle de la fin du XIXe siècle. Cette vie impossible incite à l’exode, aux voyages vers la capitale, en Egypte ou ailleurs, qui se soldent toujours par un retour désastreux près de la mère. Une jeunesse en forme d’initiation qui lui donne le goût de la liberté, de l’indépendance et des grands espaces. « Celui qui est né sans ciel et a grandi sans espace, …, ne peut pas approfondir l’abîme de l’existence. »

Mais cette vie de liberté a un prix qu’il paie au prix fort, celui de la maladie, la tuberculose, qui l’accompagnera tout au long de son existence et finira par le vaincre peu après la cinquantaine. « Et encore une fois je songerai à mon sort, qui me faisait si chèrement payer le rayon de soleil qui réchauffait ma dure liberté. » Sa rencontre avec Romain Rolland lui apportera une bouffée d’oxygène et lui procurera une parenthèse de bonheur dans sa vie de douleur au cours laquelle il dut toujours travailler pour assurer sa subsistance et celle des siens. Mais sa fascination pour la lecture dès l’enfance et la littérature française dès l’adolescence lui permirent d’apprendre rapidement le français et comme le lui disait Romain Rolland : « Vous écrivez en français après six ans de pratique sans avoir consulté une grammaire : c’est phénoménal ! » Il sera finalement reconnu et publié et les critiques accompagneront ses succès de leur admiration, d’autant qu’Istrati se voulait indépendant et juste, toujours du côté de celui qui souffre : « J’ai tiré de ma poche le morceau de pain chaque fois que j’ai vu un homme ou un chien qui avait faim. »

Socialiste pendant les luttes syndicales en Roumanie au début du siècle, il sera l’un des premiers à faire « le voyage de retour de l’Union soviétique », déçu par ce pouvoir qui assassinait les pauvres et les miséreux. Il finira sa vie en tentant de faire une synthèse, bien téméraire, entre le catholicisme et le communisme. « Nous chasserons les pharisiens de l’Eglise chrétienne et les fous de la maison communisme. » Bien peu le suivront sur ce chemin pavé de bonnes intentions mais semé d’embuches et il se réfugiera dans l’art, vénérant le beau qui est si rare mais qui doit servir la cause des plus nécessiteux. « L’Art ne doit servir, en premier et dernier lieu, qu’à alléger la souffrance de l’humanité. Il n’est pas un but mais un moyen. »

Il achèvera sa vie dans sa Roumanie natale et l’aigreur, retrouvant sa foi en Dieu, car les hommes n’ont pas été capables de réaliser le beau et le bien, se cantonnant dans leurs petits intérêts personnels et n’ayant pas su regarder le soleil. « Que de tremper mon pain dans du beurre et regarder à mes pieds, j’aime mieux le tremper dans du sel et regarder le soleil. »  

Depuis deux mille ans – Mihail Sebastian (1907 – 1945)

Dans ce livre Mihail Sebastian raconte dix années, de 1923 à 1933, de la vie d’un jeune juif roumain  qui le conduisent des Carpates au boulevard Montparnasse. Tout en dénonçant les violences anti juives qui deviennent de plus en plus banales et récurrentes, il s’interroge sur les causes de cet antisémitisme ambiant qui dure depuis deux mille ans déjà mais qui prend une acuité qui conduira à la tragédie que nous connaissons.

Ce livre est surtout connu pour la polémique qu’il déclencha à sa publication, l’auteur avait demandé une préface à Nae Ionescu, maître à penser des jeunes écrivains de l’époque, Mircea Eliade, Cioran, …, qui s’était brusquement rapproché des fascistes et  lui envoya un texte d’un violent antisémitisme. Sebastian publia son livre avec cette préface, c’était sa seule façon de protester, dira-t-il.

Les dix-neuf roses – Mircea Eliade (1907 – 1986)

« Nous entrerons bientôt dans une phase de l’Histoire universelle où aucune des libertés que nous avons à peine eu le temps de connaître ne sera plus tolérée », a écrit Mircea Eliade et comme pour échapper à cette fatalité, il a publié ce livre où les héros, un peuple élu , peuvent s’évader dans un autre espace-temps, tous les ans lors de la nuit de Noël. Une façon de conjurer les pouvoirs totalitaires qui détruisent progressivement les libertés. Un livre fantastique bien dans l’ambiance du pays de Dracula et des sombres Carpates de celui qui reste peut-être encore le plus grand auteur roumain.

La grâce de l’ennemi – Maria Mailat (1953 - ….)

Un livre âpre, ardu, violent qui pourrait rebuter les âmes sensibles, mais un livre d’une énorme intensité qui raconte l’histoire de la lutte entre le bien et le mal, de l’affrontement inéluctable entre un champion de boxe réputé invincible et une énorme brute sanguinaire qui, avec ses sbires,  terrorise ce coin de Transylvanie où l’auteur est né. Et, entre ces deux combattants, une fille qui parle aux oiseaux, chante et danse, seule survivante d’un carnage, ne sachant pas faire la différence entre le héros et le bourreau. Malgré la peur qui l’étouffe, le héros ira au combat car il semble bien que l’auteur pense que le chemin de croix est inéluctable à celui qui veut dénoncer la violence sanguinaire qui reste la meilleure arme des pouvoirs totalitaires.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre périple littéraire autour du monde  -

 Et pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

femme russe France 05/10/2012 12:49

Merci pour la référence!!

denis billamboz 13/08/2012 21:21

Merci Marc pour cette référence à Eminescu que je ne connais pas encore, je vais fouiller de ce côté et chercher aussi quelques infos sur Papini qui m'a échappé, lui aussi, jusque à maintenant. Et
peut-être que dans un autre épisode, un deuxième tour du monde, je pourrai citer ces deux auteurs...?

Marc Lefrançois 13/08/2012 12:46

Pour l'auteur Moldave, je te propose Eminescu, mais je crois qu'il est né en Moldavie roumaine... Sinon, je suis un grand fan de Mircea Eliade dont j'ai lu beaucoup de ses oeuvres, notamment ces
deux tomes de mémoires ainsi que ses "Fragments d'un journal", que j'ai trouvé extrêmement enrichissants. C'est grâce à lui par exemple que j'ai découvert Papini et d'autres auteurs peu connus en
France...

"Denis.Billamboz 09/08/2012 01:14

Je crois que Mircea Eliade fait l'unanimité et je vous rejoint sans problème dans vos éloges.

Pascal, je te souhaite bon courage pour la reprise et tu verras le rythme est vite revenu après quelques jours de boulot.Et il y a encore quelques beaux week end à vivre avant la vraie rentrée.

Pascal 08/08/2012 12:28

Bonjour Denis,
Juste un coucou en passant car surchargé de travail au retour des vacances et avec un manque d'effectifs partis se reposer à leur tour. L'été n'a pas été terrible pour certains mais nous étions une
dizaine de jours en Corse et c'était idéal. J'ai beaucoup entendu parler de Mircea Eliade, j'en parlerai à ma belle-mère ce prochain week-end. Je reviendrai plus longuement plus tard quand le
bureau aura repris une vitesse de croisière. As-tu pu lire durant cet été autant que tu le souhaitais ?

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Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

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