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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 07:36

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Lire sur la Place Rouge

Après avoir effectué une première étape dans la littérature russe avec des auteurs ukrainiens et biélorusses, nous entrons aujourd’hui en Russie mais nous ne nous intéresserons qu’à la Russie européenne pour visiter la partie asiatique lors d’une prochaine étape en Asie. Au cours de ce séjour littéraire, nous évoquerons quelques -uns des plus grands maîtres des lettres russes mais, hélas, pas à travers leurs œuvres maîtresses que je n’ai pas encore eu le courage d’affronter. Nous visiterons donc l’œuvre de Tolstoï avec un petit roman qui ne m’a pas franchement emballé, celle de Pouchkine, par contre, sera abordée à travers une de ses œuvres majeures et celle de Soljenitsyne sera évoquée par le truchement d’un ouvrage important mais pas répertorié comme l’un de ses chefs d’œuvre. Pour partir à la rencontre de ces grands ancêtres, nous prendront la compagnie d’un autre grand des lettres russes, Dostoievski, que j’ai, lui aussi, approché à travers un petit ouvrage bien intéressant mais bien loin de ses romans fleuves qui ont fait sa réputation et sa gloire.

 

Le joueur

Fédor Dostoïevski (1821 – 1881)

« Ce qu’il y a de sûr, c’est… qu’en un seul tour de roue tout peut changer. » Alexis Ivanovitch, amoureux éperdu de Pauline qui joue avec lui comme le chat avec la souris, en est persuadé et il confie à la fortune de la roulette le soin de déterminer le sort de sa vie. Cette roulette qui est au centre de ce roman, rythme la vie des riches curistes qui fréquentent cette station balnéaire allemande pour chercher la fortune sous diverses formes : héritage, bon parti, argent gagné au jeu, usure, arnaque et même vol, mais elle symbolise aussi la chance, le sort, le risque et la vie qu’il faut provoquer.

Dostoïevski plonge cette société délétère qui est à la fin son cycle de vie, dans un monde qu’il connaît bien pour l’avoir fréquenté avec une assiduité quelque peu coupable et préjudiciable à ses intérêts. Il confesse l’enfer du jeu « et pourtant avec quelle émotion, quel serrement de cœur je prête l’oreille aux annonces du croupier… ». Le jeu n’est pas seulement la roulette, mais la vie qui tourne et donne sens à notre existence. La vie qu’il faut provoquer car toujours la pente peut être remontée : «j’avais obtenu cela en risquant plus que ma vie, j’avais osé prendre un risque et… je me trouvais de nouveau au nombre des hommes ! »

Dans ce roman court, linéaire et fluide, Dostoïevski fait preuve d’une grande maturité littéraire en dressant des personnages dont il croque le physique avec  justesse et une grande finesse et analyse le profil psychologique et moral avec beaucoup d’acuité. Il manipule aussi avec maîtrise la mécanique qui met en rapport tous ces personnages (dont un Des Grieux qui n’aurait pas séduit Manon Lescaut, à coup sûr !) et soumet leur existence à la roulette de la fortune.

 

Les cosaques – Léon Tolstoï (1828 – 1910)

Tolstoï pour cette fois, au moins, a fait court, il n'avait peut-être pas grand chose à dire : quelques souvenirs de bidasse pour étoffer l'histoire classique des deux gars qui lorgnent sur la même fille et quelques aventures de chasse qui manquent tout de même de relief et de suspense. Tout çà serait assez banal si Tolstoï ne mettait pas en évidence les problèmes qui agitent ce coin du monde. Il a été un observateur attentif et un fin analyste des problèmes qui affectaient déjà les relations entre les communautés caucasiennes et ukrainiennes. Par ailleurs, il n'hésite pas à critiquer la politique moscovite et on sent qu'il éprouve une certaine fascination pour les peuples des montagnes fiers et courageux.

Et si Tolstoï avait compris que la marmite caucasienne exploserait, un jour, pour de bon !

La fille du capitaine – Alexandre Pouchkine (1799 – 1837)

Peu avant de mourir dans un duel au cours duquel il voulait défendre son honneur de mari bafoué, Pouchkine publie ce roman qui raconte l’histoire d’un jeune officier russe que son père envoie aux confins de la Kirghizie pour en faire un digne soldat de l’impératrice. Le jeune homme arrive dans un fort perdu grâce à l’aide d’un nomade qu’il remercie en lui donnant son manteau. Il est bien accueilli au fort où il  tombe rapidement amoureux de la fille du capitaine déjà convoitée par un autre officier qu’il tuera au cours d’un duel. Mais, le fort est bientôt pris par un chef rebelle qui exécute les officiers les uns après les autres, à l’exception de notre valeureux héros, cela à la grande surprise de la troupe qui le soupçonne alors de trahison. Quand le rebelle est vaincu, le malheureux officier est jugé et condamné mais la belle interviendra pour le sauver.

Un roman russe épique et romantique comme bien des romans slaves.

Une journée d’Ivan Denissovitch – Alexandre Soljenitsyne (1918 – 2008)

Choukhov est condamné au goulag et il sait que même s’il peut purger l’intégralité de sa peine, il ne sortira pas vivant de cet enfer glacial. Il nous fait partager sa vie dans ce camp avec tout ce que cela comporte : les travaux forcés, les brimades, les sanctions aveugles mais aussi  les combines qu’il faut inventer pour rester en vie ou tenter de vivre moins mal que les autres. Ce livre m’a fortement marqué, car bien que les détenus vivent dans des conditions extrêmes, le héros ne se révolte pas, il admet les traitements qu’il subit et concentre son énergie sur d’infimes détails qui prennent une importance énorme pour sa survie et lui procurent des petits morceaux de bonheur qu’il grignote avec la croûte de pain qu’il a pu dissimuler dans sa paillasse. Une leçon de survie qui sent bien évidemment le vécu.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre escale en Russie  -

Pour prendre connaissances des articles consacrés à ces grands auteurs, cliquer sur leurs titres :

Alexandre Soljenitsyne, témoin et prophète       Fedor Dostoïevski ou la fraternité universelle

Alexandre Pouchkine ou l'empire des mots        Léon Tolstoï : relire Guerre et paix

Et pour consulter mes articles précédents, cliquer sur le lien ci-dessous :

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

denis billamboz 24/08/2012 12:40

Loin de moi l'idée de classifier et de hiérarchiser !

Je disais seulement qu'il est bien difficile de choisir ses lectures, je voudrais les lire tous ensemble, pour le moment, il y a encore un petit Dostoievski pour les semaines à venir mais
j'aimerais tant lire "Anna Karénine", que je n'ai toujours pas lu !

Entre les quelques publications que j'assure, la sélection CL, les livres qu'on me prête, offre, donne, demande de lire, ... et ceux qui sont sur mes diverses listes il y a un gros embouteillage
qui m'impose souvent des choix kafkaiens.

armelle 23/08/2012 18:38

Il n'est pas question de choisir, Denis, et encore moins d'établir une hiérarchie. J'écris bien que je les vénère tous les quatre, mais que je pourrais peut-être avoir un petit faible...personnel
pour Dostoïevski, bien que - et je reprends aussitôt - Tolstoï m'ait bouleversée avec "Guerre et Paix" et "Anna Karénine".Par conséquent, un faible, c'est permis, encore que ce soit un faible
hésitant, si tu me lis bien.
Quant à la hiérarchie, je ne la vois guère pratiquée dans le domaine de l'art, bien qu'il y aura toujours les maîtres, en peinture, en musique, c'est à dire les aînés, les initiateurs. Et cela est
un beau symbole.

denis billamboz 23/08/2012 12:12

Armelle, choisir c'est établir une hiérarchie, c'est absolument impossible, ils sont grands tous les quatre et même si leur talent exprime les choses différemment, ils sont tous les quatre des
maîtres absolus des lettres. Et je voudrais pouvoir leur consacrer assez de temps sans pour autant délaisser d'autres littératures : la quadrature du cercle, le drame du lecteur, la frustration
ultime !

armelle 23/08/2012 09:57

Vous avez compris que les auteurs cités ci-dessus comptent parmi ceux que je vénère, puisque je leur ai consacré un article. Je me demande même lequel m'est le plus cher : sans doute Dostoïevski
mais "Guerre et Paix" et "Anna Karénine" restent parmi mes grandes émotions de lecture, des oeuvres incontournables.

"Denis.Billamboz 22/08/2012 23:27

Ah oui ! Génial ! Un jour peut-être...?

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