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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 16:47

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Lettres de Beyrouth et de Damas

Si j’ai associé dans cette même étape le Liban et la Syrie, ce n’est nullement pour des raisons politiques, les arcanes des relations inter-nations dans cette région sont par trop complexes pour que je m’essaie à un exercice de genre. J’ai été conduit à cette association pour des raisons purement littéraires, Il existe peu de livres syriens traduits en Français contrairement à la littérature libanaise qui bénéficie d’une diaspora importante, notamment francophone, qui alimente considérablement l’édition de livres d’auteurs libanais en France. J’ai tout même trouvé un livre de Myriam Antaki qui vit actuellement à Alep que j’ai pu inclure dans la liste des Libanais que nous visiterons au cours de ce séjour littéraire. Nous commencerons par Hanan et Cheikh qui nous propose de très beaux portraits de femmes isolés dans le désert dans des conditions un peu difficiles, avant de nous arrêter un instant avec Najwa Barakat qui complètera cette sélection totalement féminine en pays d’islam. Et, nous irons visiter ces dames de lettres avec le grand Khalil Gibran désormais incontournable dans toutes les bibliothèques.

Le prophète

Khalil Gibran (1883 – 1931)

Première halte sur la route des vacances dans une chambre d‘hôte, au cœur du Beaujolais, et une belle surprise sur les rayons de la bibliothèque improvisée par notre hôtesse, « Le prophète » de Khalil Gibran qui semblait m’attendre pour une lecture immédiate à laquelle je ne sus  résister.

« J’aimerais que vous vous souveniez de moi comme d’un commencement. » C’est l’une des dernières phrases que j’ai lues avant de refermer ce petit, tout petit livre et néanmoins si grand.

J’aimerais me souvenir de la manière dont Gibran, dans sa poésie toute orientale, construite de paraboles et d’hyperboles, raconte comment le prophète, après une douzaine d’années d’absence, doit quitter ceux qui l’écoutent et qui, une dernière fois, l’interrogent sur ce qui concerne les hommes et la vie, les hommes et la mort.

Dans ce dialogue entre ce chœur à la mode antique et le soliste se noue une forme de tragédie au cours de laquelle le prophète, soliste, essaie de faire éclore l’homme qui est en chacun des choristes car l’homme est au centre du monde et Dieu est trop haut pour que les prières puissent l’atteindre.

Si le discours de Gibran est très philosophique et particulièrement éclairé, il n’apporte cependant rien de  nouveau, son propos reste très moraliste et laisse une belle place au mérite et au libre-arbitre de chacun. Et le monde sera beau et bon si l’homme sait puiser toutes les richesses qui résident en lui pour conduire sa vie en harmonie avec lui-même et, donc, avec les autres. Jésus, Confucius, Bouddha et d’autres ne sont pas très loin mais, contrairement à ceux-ci, Gibran laisse une porte entrouverte vers une certaine forme de paganisme qui mettrait l’humain au cœur de l’univers et Dieu là haut, trop haut, pour les hommes. On pourrait voir là une certaine forme de déisme voltairien ou plutôt une version du panthéisme rousseauiste adaptée à la sauce maronite.

Adonis, le peut-être futur Prix Nobel de littérature, apporte un concours précieux à Gibran dans une préface en forme d’explication où il voudrait voir dans « Le prophète » une tentative de Gibran pour « faire éclore dans l’homme tout ce qui le dépasse et tout ce qui est plus grand que lui : l’amour, la joie, la révolte, la liberté. » Des notions qui débordent largement le cadre religieux et donnent une couleur quelque peu profane au discours du prophète.

 

Femmes de sable et de myrrhe - Hanan el Cheikh (1945 - ….)

Quel joli souvenir de lecture que cette histoire de quatre femmes perdues dans le désert devenu brutalement source d’opulence et lieu de modernité avec le gisement du pétrole. Nour, Tamar, Soha, la Libanaise, et Susan l’Américaine font la difficile expérience de cette brutale transition entre la pauvreté et la richesse, entre la tradition et la modernité, en étant confrontées qui à l’opulence oisive, qui à sa famille et son besoin d’émancipation, qui à un monde nouveau qui rend caduque  les traditions et qui à l’ennui que l’argent ne peut combler. Chacune mène son combat de femme et certaines trouvent même dans un amour saphique la solution pour troubler cet opulent ennui et contourner l’archaïsme environnant. Hanan el Cheikh confie : « J’ai voulu écrire sur la décadence et l’argent, sur l’ennui et la frustration de ces femmes enfermées. »

Les versets du pardon - Myriam Antaki (? - ….)

Marie, David et Ahmed, le triangle de la haine, de la violence et de la mort au Moyen–Orient, le choc des trois grandes religions théistes qui ensanglantent cette région depuis près d’un siècle maintenant. Le trio que Myriam Antaki a mis en scène afin de stigmatiser cette lutte fratricide où l’horreur ne semble pas avoir de limite. Et quand Marie, qui a épousé David, pourra-t-elle avoir un fils qui échappera au funeste destin de bien des jeunes nés en Palestine dans la seconde moitié du XXe siècle ? Un livre qui recourt à bien des techniques littéraires : mise en abyme, jeu sur les voix, prédominance de la fonction poétique, un moment de belle lecture mais un profond désarroi car la réconciliation tentée par l’auteur semble tellement lointaine.

Le bus des gens biens - Najwa Barakat (1966 - ….)

Dans un pays non identifié du Moyen-Orient, un bus charge ses passagers et leurs bagages pour accomplir un voyage qui devient bientôt une forme d’épopée. Cet échantillon des classes populaires arabes, celles qui empruntent le bus parce qu’elles n’ont pas les moyens de voyager autrement, prend la route avec un chauffeur pas très net et les relations se nouent, les langues se délient, chacun raconte un peu son pays, son histoire, sa misère, alors que le voyage devient de plus en plus hasardeux, de plus en plus tendu, de plus en plus aléatoire…. Une allégorie de l’histoire actuelle du Moyen-Orient et de ses peuples en perpétuels conflits plus ou moins déclarés, plus ou moins douteux, mais toujours aussi sanglants pour les plus démunis.

Denis Billamboz  -  à lundi prochain pour la suite de notre itinéraire littéraire au Moyen-Orient

Et pour consulter la liste de mes articles précédents, cliquer sur le lien ci-dessous :

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

"Denis.Billamboz 17/09/2012 12:51

Nietzsche est toujours dans ma caisse mais j'hésite encore à me lancer dans l'aventure.

Chez Gibran, j'ai surtout senti cette invite à rechercher la vérité au fond de soi plutôt que dans des religions qui ne seraient, en fait, que des constructions humaines destinées à rassurer
l'humanité qui ne peut pas comprendre tout ce qui l'entoure et la domine.

Si je repasse un jour par ces chemins, je parlerai de Jabra Ibrahim Jabra et de Raja Alem qui m'ont, eux aussi, séduit par leur évocation de la spiritualité ancestrale qui existe dans ces régions
depuis des temps plus anciens que la religion dominante.

armelle 16/09/2012 19:48

J'ai beaucoup aimé "Le prophète" qui est un livre plein de sagesse et de poésie. Mais le grand choc, dans un registre assez proche, a été "Ainsi parlait Zarathoustra" de Nietzsche. Je garde un
souvenir très fort de ce poème philosophique. Bien sûr, Gibran connaissait l'oeuvre de Nietzsche et s'en est inspiré, bien qu'il n'ait pas la même puissance visionnaire.

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