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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 09:50

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Lectures de Formose

Quittant le Japon, nous faisons aujourd'hui escale sur une autre des grandes îles du continent asiatique, Taiwan, à quelques encablures de la côte chinoise. En effet, cette étape s’impose car, même si cette île appartient à la sphère culturelle chinoise, elle a développé une culture, et notamment une littérature très personnelle, qui plonge ses racines dans la tradition ancestrale et s’est imprégnée de la problématique insulaire de la vie sur cette île toujours sous la menace de la grande puissance de l’ex-mère patrie. En effet, Taiwan a trouvé son moyen d’existence dans un fort essor économique réussi au prix d’une politique sociale exigeante pour la population. Nous rencontrerons donc des écrivains nés en Chine ayant migré vers Taiwan et des écrivains, plus jeunes, nés sur l’île. Wang Wenxing,  le plus âgé, nous conduira ainsi à la rencontre de Bai Xyanyong, Huang Fan et Li Ang.

 

Processus familial

Wang Wenxing (1939  - ….)

Quand le Dragon, né de la côte chinoise, s’éveille, une nouvelle littérature apparaît. Wang Wenxing (né en 1939) est avec Bai Xyanyong (cf. ci-dessous) le chef de file de cette littérature taïwanaise des années soixante-dix qui « paradoxalement, …, a su mieux que cinquante ans d’ostracisme communiste conserver et transmettre la culture chinoise traditionnelle et son art de l’écriture ».

« Processus familial » retrace le cheminement qui conduit le narrateur depuis l’enfance et l’adoration du père jusqu’à l’âge adulte et au rejet de ce dernier. Le roman débute par la disparition du père qui sera l’objet de toute l’histoire avec les recherches entreprises par Fan Yé, le fils qui a osé rejeter le père. Pour conduire son récit, Wang a construit un plan articulé autour de deux séries de chapitres qui s’entremêlent : une série qui raconte la recherche du père et une autre de 157 chapitres qui, comme les pièces d’un puzzle, reconstituent la relation des deux protagonistes du roman au sein de leur famille. Au cours de ces 157 chapitres, souvent très courts, de quelques mots à quelques pages en passant par quelques lignes, Wang évoque la vie de ces Chinois du continent imbus de leur statut familial antérieur, à travers les scènes de la vie quotidienne, les images, les sons et les souvenirs des événements marquants de l’existence d’un enfant.

Au long de sa quête du père disparu, Fan Yé se remémore cet homme qu’il a admiré dans sa prime enfance et dont peu à peu il s’éloigne jusqu’à le rejeter totalement, et même à le haïr. Entre un père irrésolu, poltron et puéril, dominé par une mère querelleuse, jalouse et menteuse, le fils puîné, la promiscuité aidant, voit les tares de ses parents prendre une importance de plus en rédhibitoire jusqu’à ce qu’il ne puisse plus les supporter.

Lors de son édition, ce livre scandalisa la critique, tant  il incarne la révolte contre la piété filiale, véritable loi sacrée que nul ne doit transgresser dans la Chine traditionnelle, et symbolise la révolte contre les régimes dictatoriaux qui se succédaient à cette époque sur l’île. C’est toute la tradition familiale du confucianisme qui est remise en question par cette nouvelle littérature née d’une Chine capitaliste et pragmatique, dont les succès dans la sphère économique lui vaudront le surnom de « Dragon ». C’est la rupture entre la Chine millénaire et la Chine de Taiwan ; la naissance d’une nouvelle société avec les douleurs que cela implique.

Ce livre est aussi une véritable leçon d’écriture, tout ce qui est écrit est nécessaire, rien ne manque, rien n’est inutile et tout est juste. Une référence pour ceux qui alourdissent inutilement leurs textes.

 

Garçons de cristal - Bai Xianyong (1937 - ….)

Ces garçons de cristal ne sont autres que des adolescents qui se regroupent dans le parc central de la capitale taïwanaise pour se sentir moins seuls, car leurs familles ne veulent plus les recevoir. La cause en est qu'ils ont  l’immense défaut d’être homosexuels, ce qui est une tare inacceptable dans cette société conquérante sur le terrain économique, et encore tellement imprégnée par la culture chinoise ancestrale. Aussi, pour survivre, s’adonnent-ils au commerce du sexe, même si l’auteur, avec une  extrême pudeur et une tout aussi grande délicatesse, n’évoque ces relations que par des allusions cependant suffisamment explicites pour que l'on comprenne bien le désespoir de gamins qui n’ont guère que leur corps pour vivre.

Un livre plein de douceur et de tendresse qui traite ce sujet grave, et  souvent dramatique, avec subtilité et tact. Il n’y a pas que les trottoirs de Manille…

Le goût de la charité - Huang Fan (1950 - ….)

Avec dix-sept autres locataires, un jeune Taïwanais habite chez une vieille dame qui le dorlote  jusqu’au jour où elle décède laissant, à leur grande surprise, cette maison en héritage à ces joyeux drilles. Mais ce cadeau se transforme vite en cadeau empoisonné, car il devient le révélateur de tous le travers réunis dans cette petite société, où les appétits, les ambitions, la cupidité …, se révèlent brusquement. La charité de la vieille dame laisse un goût bien amer dans la bouche du jeune homme qui découvre, grâce à cet épisode, une bonne partie des vices qui affectent l’humanité.

Un livre tout en  finesse qui sonde avec précision la nature humaine et ses travers.

La femme du boucher - Li Ang (1952 - ….)

Mariée contre son gré à un boucher lubrique et volage, une femme se venge en le tuant et en dépeçant son corps. En installant cette violence dans son roman, l’auteur entend prouver que le traitement infligé aux femmes est à la hauteur de cette vengeance. La réplique de la femme du boucher se situe, pour la romancière, militante pour les droits de la femme taïwanaise encore largement bafoués, au même plan que ce que son mari lui a fait subir.

Li Ang est la seule taïwanaise à écrire en chinois. C’est une figure emblématique de la dissidence taïwanaise de par ses prises de position en faveur de l’indépendance du pays et de la libération sexuelle.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour une nouvelle étape de notre tour du monde littéraire  -

Et pour consulter mes articles précédents, cliquer sur le lien ci-dessous :

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

"Denis.Billamboz 14/01/2013 16:16

Coucou Dominique, merci de ta visite.

J'ai horreur de donner des conseils mais, pour un début dans cette littérature, Bai Xianyong me semble bien, c'est désormais un des maîtres de cette nouvelle littérature.

Dominique 14/01/2013 10:56

Une littérature que j'ignore totalement, merci de cette découverte je vais certainement en retenir au moins un pour tenter l'expérience

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