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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 08:48

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Lire sur les bords de la Vlatava

Après avoir rendu un hommage mérité à tous ces écrivains polonais dispersés à travers la planète qu’ils ont éclaboussée de leur talent, nous poursuivrons notre route en direction du sud et, enjambant les Sudètes, nous entrons en République tchèque que nous considérerons sous son ancienne configuration, en ajoutant la Slovaquie à cette étape littéraire. Prague est une grande métropole culturelle depuis un certain nombre de lustres déjà et les écrivains de talent s’y bousculent depuis longtemps ; ni les nazis, ni les communistes n’ont pu endiguer le flot littéraire qui a toujours coulé de cette région.

Nous aurions pu évoquer Kafka mais comment parler brièvement de son œuvre ? Je ne m’en suis pas senti la capacité. Nous aurions pu aussi parler de Kundera qui se rattache plus à la culture française, ou de Rilke qui bien que Pragois, évoque plus la culture germanique. Nous partirons donc en compagnie du héros national, l’incontournable Jaroslav Hasek, à la découverte de la littérature tchèque et slovaque en évoquant des œuvres de Jiri Weil, écrivain juif, qui a su subsister à l’éradication de sa communauté à Prague pendant la dernière guerre, de Bohumil Hrabal et de Martin M Simecka qui représenteront, en la circonstance, la Slovaquie, pays nouveau dont je ne connais pas encore d’autres écrivains.

 

Le brave soldat Chveik

Jaroslav Hasek (1883 – 1923)

Ayant découvert Prague et son riche patrimoine historique quelques années après la chute du mur de Berlin, en 1994, j‘ai approfondi quelque peu ma culture tchèque pour mieux appréhender l’histoire de ce pays au cœur de l’Europe, au carrefour des civilisations slaves et germaniques, des religions catholique et protestante, sur la ligne de rencontre entre l’empire des tsars et celui des  empereurs germaniques.

J’ai découvert à cette occasion les grands auteurs tchèques Kafka, Rilke, Jiri Weil qui m’a beaucoup plu et quelques autres comme Jamec, Kundera, Vaculik, etc… mais c’est seulement en l’an 2000 que j’ai trouvé dans ma médiathèque habituelle le célèbre ouvrage de Jaroslav Hasek : « Le brave soldat Chveik » qui est un véritable monument national en République tchèque.

Cet ouvrage conte les avatars d’un brave et bonasse soldat au service de l’armée austro-hongroise que rien ne démonte et qui reste toujours d’un optimisme béat. Les Tchèques en ont fait le symbole du brave type qui trouve toujours une solution face à une administration envahissante et tatillonne. Il devient vite l’ami Bidasse des Tchèques qui contourne avec débrouillardise l’autorité de moins en moins acceptée de l’empereur, celui qui les réconcilie avec leur nation et leur fierté nationale étouffée par l’impérialisme autrichien.

Sous la main de fer du régime communiste, ce brave bidasse a servi d’icône à bien des Tchécoslovaques qui avaient perdu l'espoir de retrouver un jour leur liberté de pensée et d’expression. Et, ainsi, sa légende ne s’est-elle en rien altérée pendant ces années et il est toujours le symbole de ce peuple qui rechigne à se laisser dominer par un pouvoir totalitaire quel qu’il soit.

Peut-être pas de la grande littérature mais un bon moment de lecture plein d’humour, des allusions qu’il faut débusquer entre les lignes et une bonne dose d’impertinence. Un vrai bon roman populaire.  

Mendelssohn est sur le toit - Weil Jiri (1900 – 1959)

Jiri Weil est un écrivain juif pragois qui connut plus de jours de douleur que de jours fastes et glorieux. Engagé dans le parti communiste dès sa jeunesse, il fut victime des purges staliniennes de 1935 et déporté au Kazakhstan. De retour à Prague, il dut rapidement faire face à la vindicte nazie et en 1942, il organisa son suicide pour disparaître de la circulation et vivre dans la plus grande marginalité, avec l’aide de la résistance, dans un cimetière notamment, si je me souviens bien. En 1948, le nouveau pouvoir communiste ne lui évita aucune tracasserie en souvenir des textes qu’il avait publiés sur sa déportation avant la guerre.

Dans ce livre écrit à la toute fin de sa vie et publié après sa mort, il raconte comment le célèbre bourreau de Prague, Reinhardt Heydrich, voyant la statue de Mendelssohn sur le toit de l’opéra de Prague demande à ce qu’elle soit déboulonnée et descendue. Les deux braves soldats chargés de cette mission ne connaissent pas ce musicien et décident que celui qui est juif est certainement, comme on le leur a appris, celui qui a le plus gros nez mais qui est en fait ce cher Wagner adulé par le führer. Ils descendent donc la statue de celui-ci. Cette situation très cocasse introduit ce livre qui traite du sort réservé aux juifs de Prague par les nazis. Sa lecture peut-être judicieusement complétée par « Vivre avec une étoile » qui raconte l’histoire d’un juif qui a échappé aux nazis en vivant dans la clandestinité la plus totale et qui pourrait être celle de l’auteur.

Vends maison où je ne peux plus vivre – Bohumil Hrabal (1914 – 1997)

Dans ce recueil de sept nouvelles, Bohumil Hrabal étale tout son talent et certains le considèrent comme un véritable chef- d’œuvre même si les textes ne sont pas forcément d’un accès facile pour ceux qui ne connaissent pas très bien Prague et son histoire. Ces récits corrosifs démontrent le talent de conteur de Hrabal et évoquent, à travers des thèmes très différents, la ville dont l’auteur a une réelle nostalgie. La ville avant l’ère communiste et avant les persécutions nazies quand elle était au carrefour de toutes les cultures européennes et qu’on y rencontrait les plus grands intellectuels du continent. C’est aussi une sorte de pamphlet déguisé contre le régime communiste contemporain de ce recueil et une charge contre l’administration tatillonne et bornée qui s’évertue à  pourrir la vie des citoyens.

L’année de chien – L’année des grenouilles – Simecka Martin S (1957 - ….)

Ce roman de Martin M. Simecka se divise en deux parties presque parallèles, celle consacrée au chien et celle consacrée aux grenouilles. Dans les deux cas, le héros raconte son histoire en faisant son footing, au rythme de sa course et de son épuisement progressif ou en fonction de l'état de sa  forme. Il raconte, bien sûr, sa passion pour la course mais aussi son amour pour la jolie blonde dont l’image ne le quitte pas et avec laquelle il voudrait avoir un enfant. Mais, est-il raisonnable de donner la vie à un enfant dans un tel régime ?

Martin M. Simecka est le fils d’un dissident slovaque, il dut donc subir les affres du régime et fut interdit d’école dès l’âge de quinze ans. Dans ce roman où il dénonce le régime qui l’a brimé, il ne renonce jamais et veut croire à un avenir meilleur vers lequel il court avec obstination et méthode pour ne pas perdre son souffle, améliorer sa forme afin d'être prêt le jour venu.

Denis BILLAMBOZ  - à lundi prochain pour la suite de notre périple littéraire européen  -

Et pour consulter la liste de mes articles précédents, cliquer sur le lien ci-dessous :

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

Vous pouvez également prendre connaissance de l'article d'Armelle sur  Milan Kundera en cliquant sur son titre :

Milan Kundera ou les prétextes de l'histoire

 

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

"Denis.Billamboz 29/03/2012 13:42

Salut Pascal,

Courage, on finit toujours par voir le bout de ce qui ne seront que de bons souvenirs des belles années.

Ma curiosité n'est surpassée que par ce que je ne pourrai jamais lire faute de temps et ça me fout le vertige. N'oublie pas que ça fait plus de 25 ans que je traque les bouquins des les rayons de
bibliothèques et ailleurs encore. Pour le moment je suis à Zanzibar, on ne fait guère mieux au point de vue exotisme.

Je te laisse avec mes amitiés dans ton effervescence, c'est le signe que ça marche fort.

Pascal 29/03/2012 13:23

Salut Denis,
Je vois que tu as toujours une super forme de lecteur auquel rien n'échappe de la littérature de la planète. Tu es incroyable ! On a l'impression que tu as tout lu et que rien n'échappe à ta
formidable curiosité littéraire. Bien sûr, j'ai lu Kafka qui me fichait le bourdon quand j'étais étudiant mais aucun de ceux que tu cites.Et en ce moment mon beau-frère étant absent pour quelques
jours, c'est l'effervescence au bureau. Tout me retombe dessus mais on fait avec. Alors bonne journée et à bientôt.

"Denis.Billamboz 26/03/2012 14:34

Kundera est peut-être accessible à certains auteurs mais Kafka restera un sommet difficile à dépasser pour un moment encore. Il ne faut pas oublier Rilke qui bien que germanophone est un Pragois
bon teint.Il y a beaucoup d'autres auteurs, en République tchèque notamment,qui méritent au moins le détour.

Maxime 26/03/2012 13:41

Aucun de ces auteurs ne me tentent vraiment. Par contre, j'avoue avoir beaucoup aimé " L'insoutenable légèreté des choses " de Milan Kundera.Pour moi, il est l'actuel grand écrivain tchèque après
Kafka. Tous deux insurpassés jusqu'à présent, semble-t-il. Mais il est toujours intéressant de savoir qu'il y a des tentatives. C'est bon signe même si la qualité des talents n'est pas encore
probant.

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