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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 07:39

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Dans les dédales des textes tunisiens

Difficile la rencontre avec la littérature tunisienne quand on quitte la culture algérienne si riche et si diversifiée. Mes lectures ne sont peut-être pas très représentatives de cette littérature mais j’ai eu bien des difficultés à trouver des livres pour remplir le texte que je me fais fort de vous présenter à chacune des étapes que j’ai choisie d’illustrer par les lectures que j’ai faites. J’ai intégré dans cette présentation Collette Fellous qui est certainement tout autant Française que Tunisienne mais comme elle est née à Tunis et y a vécu jusqu’à l’indépendance, j’ai pensé qu’elle pouvait être  représentative de la culture juive tunisienne qui eut un grand rayonnement dans le monde au cours des siècles passés. J’ai aussi lu Meddeb et Belhaj Kacem, Cancer et Phantasia, deux ouvrages plutôt difficiles d’accès et même très controversé en ce qui concerne « Cancer », mais nous en reparlerons plus bas. Et, ô miracle ! j’ai croisé, par hasard, la route d’un livre d’Habib Selmi, « La nuit de l’étranger », sur la table de notre salon et j’ai ainsi pu compléter cette étape littéraire avec un ouvrage très facile d’accès, mais voyez vous-mêmes ci-dessous :

 

La nuit de l’étranger

Habib Selmi (1951 - ….)

« … des souvenirs, des événements, tout un passé, reviennent … hanter » ce jeune Tunisien qui, réveillé, ne retrouve pas le sommeil dans une minable chambre parisienne. Il voudrait appeler quelqu’un mais qui au cœur de la nuit ? Il prend son répertoire et regarde la liste des numéros qu’il inscrit depuis un certain temps déjà, et redécouvre des personnes qu’il a oubliées ou des personnes qu’il a fréquentées assidûment mais qui ne font plus partie de son entourage. Hamouda et Hadhrya,  ce couple venu du bled où ils vivaient très bien du produit de leur champ, de leurs arbres et des activités commerciales du mari, qui est venu à Paris suivre un traitement nécessaire pour assurer sa descendance. Souad, la petite putain, on l’appelait ainsi car elle voulait vivre libre, oublier un père dédaigneux et ne pas subir la loi des hommes qui lorgnaient son physique avantageux. Et Adel, celui qu’il a rencontré dans l’avion et que la police a retenu pour une histoire pas très claire, qui, le premier, lui a fait découvrir ce bistrot tunisien caché au fond d’une ruelle pour ne pas attirer l’attention. Où les émigrés tunisiens « parlaient comme pour retenir ce qu’ils ne voulaient pas laisser s’enfuir, ils parlaient pour ne pas oublier ce qu’ils vivaient, pour que leurs joies et leurs peines ne leur échappent pas comme les jours qui leur filaient entre les doigts. » Adel avait de grandes ambitions et voulait honorer celles que son père qui, n’en ayant plus pour lui-même,  avaient placées en lui, alors qu'il laissait filer ses études.

A travers ces quatre personnages, Selmi reconstitue le parcours de ces émigrés qui ont quitté le pays pour une nécessité quelconque, « … on n’émigrait pas pour partir vers un lieu mais pour fuir un lieu. » et qui ont rencontré ce que tous les émigrés trouvent dans les pays qu’ils ne connaissent pas : le dépaysement, l’étonnement, le déracinement, l’incompréhension, la peur, l’angoisse… et pour finir l’acceptation et la résignation. Et ce long parcours n’est fait que de ruptures qu’il faut assurer et assumer, ruptures avec la famille, les proches, la communauté mais aussi le pays, le climat et les odeurs qui identifient si bien le lieu d’où l’on vient.

Le parcours de ces émigrés, c’est aussi leur devenir et le lourd dilemme du retour au pays, faut-il faire ce voyage de retour pour retrouver ce qu’ils ont quitté ? Faut-il persévérer à vivoter dans ce nouveau pays qui offre tout de même certaines possibilités ? « … Hamouda était de plus en plus attaché à ce qui l’entourait, et le retour définitif, qu’il ne cessait de reporter pour une raison ou pour une autre, devenait si difficile qu’il lui semblait être tombé dans un piège… »

Rien de bien nouveau dans ce livre tant le sujet a été traité, non seulement par des écrivains mais aussi par des sociologues, des psychologues et autres gens exerçant des professions en « …logue », peut-être, cependant, un supplément de tendresse et de véracité car ces personnages sentent bien le pays et la misère de l’exil et ce n’est pas seulement une image car les odeurs occupent une place prépondérante dans ce récit où l’auteur identifie les pays et les gens aux odeurs. L’odeur des aisselles de Souad était une véritable jouissance.

Un certain désenchantement aussi mais pas franchement du désespoir, une forme de résignation plutôt, Inch Allah car, finalement, c’est le hasard qui fait se rencontrer les gens. Mais ceux qui travaillent, qui font ce qu’il faut faire pour s’en sortir avec humilité, peuvent marcher la tête haute comme le père d’Adel, « il se sentait le droit de manger parce qu’il avait travaillé et avait fait ce qu’il devait. »

 

Aujourd’hui – Colette Fellous (1950 - ….)

Colette Fellous est née à Tunis où elle est surprise, à la veille de passer son bac, par le bruit des armes à feu et les cris des hommes. C’est le début des événements qui conduiront à  l’indépendance de ce pays et à l’exode de la famille Fellous vers la capitale française. C’est cette histoire familiale, la sienne surtout, qu’elle nous raconte, entre Tunis et Paris, à travers des scènes de la vie quotidienne, des souvenirs d’enfance, les odeurs de mimosa quand on déguste le thé en écoutant chanter Dalida, … toute une nostalgie de sa jeunesse paisible mais aussi le souvenir du père décédé trop tôt. Et tout ça dans une langue chaude et sensuelle comme une poésie orientale.

Phantasia – Abdelwahab Meddeb (1946 - ….)

Il déambule dans les rues de Paris, les sens aux aguets, l’esprit en éveil, appréciant tous ces lieux chargés d’histoire, observant les différentes scènes qui l’entourent en recherchant une signification à tout cet environnement et finissant par entraîner le lecteur dans un dédale d’images, d’évocations, de réflexions, de projections, etc. dont il a du mal de s’extirper. Cette déambulation est aussi la quête de l’idéal féminin, cette Aya, insaisissable qui change sans cesse et qui n’est peut-être que la somme de ses fantasmes. L’auteur recrée un monde à la mesure de ses fantasmes dans ce roman qui pourrait-être aussi un roman de l’initiation, du passage vers un autre temps, de l’intégration d’éléments d’un avenir en contradiction avec un présent déjà passé.

Cancer – Mehdi Belhaj Kacem (1973 - ….)

Comme on le dit souvent, « un roman qui ne laisse pas indifférent » et c’est le moins que l’on puisse dire, quand on jette un œil sur les critiques qui ont accompagné la sortie de ce roman. Il est vrai que ce livre est particulièrement indigeste, pratiquement illisible pour un lecteur non averti, déconstruit, déstructuré, mais plus gênant, pour certains,  : « sans fond ». Il est vrai quand j’ai lu ce livre, il y a un certain nombre d’années déjà, je n’étais pas loin de rejoindre la cohorte des détracteurs qui fustige cet auteur provocateur qui mélange des phrases sublimes avec des évocations de la plus basse scatologie. Pour ma part, j’avais aimé cette rage très pure, très belle, mais hélas on n’exprime pas la rage avec de la dentelle, même si celle-ci est traînée dans la boue. Et, j’avais également mal compris contre qui ou quoi était tournée cette rage. Un livre réservé aux amateurs du genre qu’il faudrait que je relise pour, aujourd’hui, mieux le comprendre peut-être, mais à vrai dire je n’ai absolument pas envie.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre périgination littéraire autour du monde  -

 

Et pour consulter mes articles précédents, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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