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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 08:03

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Sur les deux rives du Bosphore

Enjambons les Monts du Caucase, pour terminer notre voyage en Europe avec la Turquie ce pays, au cœur de l’ancien empire ottoman, à cheval sur deux continents, sur deux cultures, orientale et européenne, marqué par l’islamisation et par les difficultés qu’il rencontre avec sa minorité kurde. Nous y rencontrerons le lauréat du Prix Nobel de littérature 2006, Orhan Pamuck qui a connu quelques difficultés avec le pouvoir à qui il reprochait ses manquements au sujet des droits de l’homme, Yachar Kemal, un des pères de la littérature contemporaine turque, et un représentant de la culture kurde : Mehmed Uzun. Et pour nous guider dans ce pays bipolaire, nous prendrons la compagnie d’un Turc émigré en Suisse, Metin Arditi. Entre les Caraïbes et la Russie, nous avons effectué la moitié de notre voyage littéraire, nous commençons donc aujourd’hui la seconde phase de ce voyage qui nous emmènera vers des littératures plus exotiques, moins traduites en France, et peut-être encore moins connues de nos lecteurs, alors bon voyage dans l’inconnu.

 

L’imprévisible

Metin Arditi (1945 - ….)

Quelle bonne surprise que ce petit roman d’Arditi, les critiques que j’avais lues ne m’avaient pas laissé penser que j’allais découvrir un vrai petit bonbon, comme disent maintenant les gens de radio et de télé, une sucrerie, une friandise que j’ai dégustée avec plaisir.

Un bonbon pas trop sucré, pas trop fort, un bonbon au goût sobre comme le style de ce roman sans fioriture où les formules brèves et quelquefois elliptiques laissent entendre davantage que ce qu’il y a sur le papier. Mais un bonbon pétillant sur la langue comme cette enquête sur un tableau que cette grande bourgeoise genevoise veut vendre pour cause de séparation et qui, petit à petit, révèle ses mystères à travers une enquête exaltante conduite, jusqu’au cœur du « quattrocento » florentin, par un vieil expert séducteur sur le retour.

Un bonbon tendre et délicat comme cette société genevoise imprégnée d’art et de culture, comme ces deux vieux amants, elle en été, lui en automne afin de parodier une chanson de Serge Reggiani, sans oublier le style tout en nuance et finesse.

Mais aussi un bonbon qui laisse une certaine amertume dans la bouche comme celle qu’éprouve le   vieil amant qui ne peut plus satisfaire ses conquêtes comme Romain Gary l’a si bien écrit dans : Au de-là de cette limite votre ticket n’est plus valable » et qui doit accepter d’entendre le fameux « ce n’est pas grave » qui assomme définitivement les amants défaillants qui sentent l’odeur de la mort roder à travers ces premières défaites.

Et même, une certaine aigreur en fond de bouche, semblable à celle que ressent cet expert quand il constate que le talent qu’il a déployé au long de sa vie n’en fera jamais l’égal de cette «…grande bourgeoise, impudente par droit divin et jugeant inutile de voiler sa suffisance. » L’aigreur aussi du fils d’émigré italien qui, dans cette Suisse riche et guindée, supporte difficilement « …dans l’air un petit parfum de racisme baigné de bonhomie qui était à la fois patelin et odieux. »

Une friandise douce amère, en définitive, qui parle d’art, d’amour, de vieillesse, de décadence, de xénophobie feutrée et de la différence induite par la naissance et l’argent. Beaucoup de choses dans un  roman court qui démontre, une fois de plus, que la longueur en littérature n’est pas forcément un gage de talent.

Salman le solitaire – Yachar Kemal (1923 - ….)

Yachar Kemal, auteur, né en Anatolie centrale, est imprégné des légendes et récits populaires dont il alimente sa vaste production littéraire. « Salman le solitaire » est le premier tome d’une trilogie, une autobiographie déguisée qui met en scène la longue migration d’une famille des bords du lac de Van aux rives de la Méditerranée. Dans ce premier épisode, Ismaïl Agha, un Kurde qui a fui devant l’invasion russe, recueille Salman qui deviendra son fils adoptif et le rival de sa fille. Une histoire violente, pleine d’amitié et de haine, de vengeance et de massacres, de légendes et de ragots, sous le regard des aigles qui planent au-dessus de cette épopée et des magnifiques paysages anatoliens.

La maison du silence – Orhan Pamuck (1952 - ….)

A travers l’histoire d’une famille qui séjourne l’été dans un port de la mer de Marmara, Orhan Pamuck retrace l’histoire du siècle dernier en Turquie en essayant de comprendre ce que l’Occident a pu apporter à la Turquie et s’il était nécessaire que ce pays s’arrime à la civilisation européenne. Mais, l’histoire avec toutes ses atrocités n’est évoquée que comme contexte, le silence étant la règle dans cette famille qui ne communique pas et où, chacun, dans le roman, se présente indépendamment. Un roman elliptique où le non-dit prend le pas sur le récit, où le secret l’emporte sur la parole.

La poursuite de l’ombre – Mehmed Uzun (1942 - ….)

Mehmet Uzun incarne à lui seul, ou presque, la littérature kurde moderne, il a soulevé l’enthousiasme de Yachar Kemal en publiant ce roman dont celui-ci a bien voulu préfacer l’édition française. Dans ce récit, Menduh Selim qui était engagé dans le combat pour la liberté du peuple kurde, est obligé de choisir l’exil : Istanbul, Alexandrie, Le Caire, Alep, Antioche, Beyrouth, un itinéraire sur lequel Uzun nous entraîne à la recherche d’un pays fantôme, d’une femme-mirage, car l’amour est une autre composante du roman. Un exil qui pourrait paraître vain si la quête n’était pas plus importante que la prise et la chasse que la proie. Et, la vie n’est-elle pas destinée à chercher en vain son paradis ?

Denis Billamboz  -  à lundi prochain pour la suite de notre tour du monde littéraire  -

Et pour consulter mes articles précédents, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

"Denis.Billamboz 11/09/2012 12:23

Merci Armelle pour ce très bel article auquel on ne peut rien ajouter, tout est dit et bien dit.

armelle 11/09/2012 10:23

Merci de nous inviter à découvrir ou relire quelques grands auteurs d'origine turque. Personnellement je n'ai lu que "La légende du Mt Ararat" de Kemal, superbe ouvrage, mais ai passé mon voyage de
noces en Turquie, il y a de cela pas mal d'années. Nous avions visité Istambul et la plus grande partie de ce qui fut l'Asie mineure. Même l'antique Troie dont il ne reste pas grand chose mais qui
force l'imaginaire. Aussi ai-je cherché quelques éclairages supplémentaires à propos de cet auteur et suis tombée sur un bel article dans l'Express que je ne résiste pas à te faire partager ainsi
qu'à nos visiteurs. Il s'agit des ouvrages sur Mèmed, le héros de plusieurs romans de Yachar Kemal :

"Profession, troubadour. Fils du vent, prince des baroudeurs, colporteur d'immensité, Yachar Kemal reste, à 88 ans, la voix de la Turquie. Une voix qui s'enracine dans une terre - l'Anatolie - et
qui jaillit comme un torrent impétueux où se mêlent l'épopée et la légende, les cris des révoltés et les musiques cosmiques, les fusillades des vendettas et les bourdonnements des abeilles perlées.
Définir Kemal ? Il faudrait réunir Homère et John Wayne, le western et la chanson de geste, Virgile et Zorro !

Né au sein d'une famille kurde dans un village où les rhapsodes ambulants faisaient frémir les montagnes, Kemal a grandi en apprivoisant les faucons et en rêvant de chevauchées fantastiques, avant
d'entrer en guérilla pour défendre les paysans contre le pouvoir local, un combat qui lui valut la prison, à 20 ans. A sa patrie il a ensuite offert un héros qui allait devenir un emblème national
: Mèmed le Mince, le chouan à la "tête de pierre", le frère de tous les humiliés qui mordaient la poussière dans un pays bâillonné par le plus archaïque des féodalismes. Couvrant plus de trente ans
d'écriture - entre 1955 et la fin des années 1980 -, les aventures de ce bandit d'honneur déferlent sur quatre romans au long cours, aujourd'hui regroupés dans le même volume de la collection
Quarto : une saga flamboyante où le surnaturel a rendez-vous avec la tragédie, et l'ethnographie avec la chronique sociale.

Ce grain de beauté qui le rend invincible...
C'est sur les hauteurs de la Méditerranée, au coeur du majestueux Taurus, que grandit Mèmed, les pieds déchirés par les ronces et les chardons. Il trime comme un bagnard pour épauler sa mère, prend
de temps en temps le maquis, se fait coffrer, s'évade, nargue la police et, après avoir arraché la belle Hatchè des griffes d'un agha tout puissant, il finit par rejoindre les hors-la-loi qui
écument les montagnes. Ami des pauvres, bête noire des oppresseurs, Mèmed devient alors une légende à travers toute l'Anatolie. De quoi faire trembler Ali Safa, un potentat local qui, avec l'appui
d'Ankara, contraint les paysans à lui céder leurs meilleures terres. Dans le petit village de Vayvay, ces damnés sont prêts à abandonner toute résistance, et c'est là que Mèmed, surgissant des
marécages de la Tchoukourova, viendra régler son compte au tyran, à coups de chevrotine. Il disparaîtra de nouveau et, à Vayvay, les miséreux recommenceront à courber l'échine dans leurs masures de
torchis jusqu'à ce que l'éternel justicier débarque au village avec ses galoches rouges, sa moustache crochue, son mauser rempli de cartouches vengeresses et, au milieu du front, ce grain de beauté
qui le rend invincible...

De ravines en sentiers escarpés, d'escarmouches en guet-apens, la saga de Kemal est aussi un merveilleux ballet tellurique où caracolent gazelles rousses et chevaux sauvages, tandis que la populace
affamée écoute les divines palabres d'Abdik le Mille-pattes en attendant le retour de Mèmed, l'homme qui ne meurt jamais. Grâce à lui, Kemal est devenu le fakir des lettres turques, un écrivain
régionaliste à vocation universelle. Comme Giono, Amado ou Garcia Marquez."

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Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

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