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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 08:42

saint-michael-s-cathedral.jpg   Kiev

 

De Minsk à Kiev

Quittant la Roumanie et la Moldavie pour remonter vers le nord et les vastes plaines de l’Ukraine et de la Biélorussie, nous partirons à la rencontre de ces écrivains que nous avons toujours pris pour des Russes même s’ils sont nés sur la façade ouest de l’empire russe ou soviétique, selon l’époque. Mais, l’abondance de la littérature russe nous permet d’effectuer plusieurs étapes dans ces immenses contrées et nous consacrerons donc un séjour spécifique pour l’Ukraine et à la Biélorussie, devenue depuis un certain temps le Bélarus, Ce temps, nous le passerons en compagnie d’Irène Némirowsky qui appartient plus à la littérature française qu’à la littérature russe, mais que nous conserverons comme guide lors de cette étape au moins pour des raisons pratiques. Nous aurons aussi l’occasion de rencontrer deux des grands maîtres de cette littérature : Nicola Gogol dans une œuvre célèbre mais pas forcément majeure et Mikhaïl Boulgakov dans l’un de ses chefs d’œuvre. Pour compléter notre parcours, nous consacrerons un peu de notre temps à la Biélorusse Svetlana Alexievitch qui m’a beaucoup ému et révolté à travers la lecture que je vous propose.

                                                                                                                           

Chaleur du sang

Irène Némirowsky (1903 – 1942)

Belle excursion dans la campagne profonde du Morvan vers la fin des années trente mais aussi très fine incursion dans le monde morvandiau, au cœur d’une société paysanne refermée sur elle-même, qui édicte ses propres règles et leur donne force de loi et rend sa propre justice de façon à pérenniser cette organisation agraire et patriarcale assise sur la possession de la terre. Silvio, vieil homme qui vit en ermite au fond des bois après avoir parcouru le monde, raconte l’histoire de sa famille avec ses mariages arrangés, ses amours cachés, ses enfants adultérins…, toutes ces choses que l’on ne dit jamais mais que tout le monde sait.

Hélène et François évoquent leur rencontre, leur mariage et les avatars qui ont conduit à leur union à la demande de leur fille Colette. Celle-ci va d’ailleurs  se marier prochainement avec un jeune homme du pays qu’elle croit aimer mais son cœur brûlera vite pour un autre, comme celui de son amie Brigitte mariée avec un vieillard cacochyme. Silvio regarde, se souvient et nous conte l’histoire de cette famille qui est celle de bien des familles de la région et de nombreuses autres campagnes françaises. J’ai eu l’impression, tout au long de cette lecture, de me retrouver sur les plateaux jurassiens quand j’étais môme dans les années cinquante et soixante. Dans ces campagnes où l’on marie les filles avec un homme qui a du bien, où l’avoir compte beaucoup plus que l’être, où l’on n’échappe pas à son destin : le riche épouse la riche ou la belle et la pauvre, alors que la moins belle n’épousera qu’un pauvre, qui plus est pas beau du tout. Brigitte et Colette, jeunes femmes belles et bouillonnantes, telle Constance Chatterley égarée sur les rives de la « Mare au diable », ne se contenteront pas de ces mariages arrangés et revendiqueront les droits de leur corps et de leur cœur mais devront aussi en payer le prix fort.

Un excellent roman écrit dans un style sobre et dépouillé qui n’a pas besoin de beaucoup de mots tant ceux qui sont utilisés sont justes et opportuns et tant le regard porté par l’auteur est précis et profond. On dirait qu’Irène a des générations de Morvandiaux dans son arbre généalogique, elle comprend ces paysans matois, rusés qui s’épient, se jaugent, sont en permanence à l’affût d’un bon parti ou d’une bonne affaire, comme si elle avait été mariée avec l’un d’eux. Une certaine forme d’apologie de cette vie simple dans cette campagne pas encore altérée ; mais une apologie consciente des limites de cette société qui tolère mal les étrangers et ceux qui se sont mis en marge des règles de ce milieu.

Dans ce roman, Irène Némirowsky propose une belle analyse du couple épouse-maîtresse, des aspirations du cœur et du sexe, de la chair et des sentiments, de la passion et de la raison, pour défendre le sort de ces femmes qui ne sont pas que des monnaies d’échange mais des êtres qui ont d’autres exigences et pour lesquelles « il ne s’agit pas seulement des exigences de la chair. Non, ce n’est pas si simple. La chair, elle, se satisfait à bon compte. Mais c’est le cœur qui est insatiable, le cœur qui a besoin d’aimer, de désespérer, de brûler de n’importe quel feu… ». Elle explore aussi la notion de vérité qui n’est pas forcément bonne à dire, un bon mensonge consensuel vaut parfois une cruelle vérité, de la faute qui est rarement pardonnée et de la  punition qui est souvent bien sévère dans ces campagnes puritaines.

Une grande voix, une très belle plume, au service de la cause des femmes et de l’amour « … quelles belles folies que celles de l’amour ! Sans compter qu’on les paie à l’ordinaire si cher qu’il ne faut pas les mesurer parcimonieusement à soi-même ni aux autres. »

 

Tarass Boulba – Nicola Gogol (1809 – 1852)

Avec ce héros devenu mythique, Gogol nous entraine au cœur de l’Ukraine quand les cosaques s’étripaient avec les chevaliers polonais, au XVIIe siècle avec, pour objectif, de défendre la religion orthodoxe. Ce combat est bien sûr totalement imaginaire comme les personnages qui y participent, dont un des fils de Tarass Boulba qui passe à l’ennemi pour l’amour de la fille du gouverneur polonais. Le roman prend alors l’allure d’une tragédie grecque, le père étant coincé entre son honneur et son devoir d’une part, et l’amour de son fils d’autre part.

Ce roman n’est certes pas son œuvre majeure, mais a connu une très grande notoriété notamment depuis qu’il a été plusieurs fois porté à l’écran. Gogol figure parmi les grands maîtres de la littérature russe, dont il est considéré comme l’un des fondateurs. Les spécialistes se plaisent même à le présenter comme le père spirituel de nombreux auteurs, dont Dostoïevski notamment.

La garde blanche – Mikhaïl Boulgakov (1891 – 1940)

Grand conteur devant l’éternel, Boulgakov raconte la prise de Kiev par les troupes bolcheviques. En 1918, une grande agitation, une grande confusion régnaient dans la ville, les Allemands la quittaient, l’état major russe abandonnait ses troupes, le sanguinaire Petlioura déboulait dans la cité avec ses troupes de brutes assoiffées de sang mais devait fuir rapidement en 1919, lorsque les troupes bolcheviques apparaissaient. Boulgakov raconte cet épisode à travers les événements quotidiens de la famille Tourbines et de son entourage, de façon à mieux embrasser l’ensemble du conflit qui agitait alors la Russie. Un livre quelque peu désabusé qui marque, avec une certaine mélancolie, la fin d’une civilisation, la dégénérescence d’un pouvoir incapable de s’opposer à la Révolution. Et cette incapacité inspire le désespoir que Boulgakov évacue dans une sorte de délire fantasmagorique, en sorte de tenter d’oublier l’incurie et l’incapacité des troupes contre- révolutionnaires. Un grand roman russe.

La guerre n’a pas un visage de femme – Svetlana Alexievitch (1948 - ….)

Svetlana Alexievitch est née en Biélorussie, le Bélarus comme on le dénomme maintenant, et elle vit désormais en France. Pour écrire ce long témoignage, elle a recueilli les récits de guerre de nombreuses femmes, très jeunes à l’époque, parfois à peine âgées de dix-sept ans, qui soignaient les blessés dans les hôpitaux où  les postes de premiers secours, servaient dans la défense anti aérienne ou, souvent, étaient employées pour aller chercher les blessés sous le feu de la mitraille ennemie. Ces jeunes femmes ont quitté la guerre par la petite porte, elles n’ont reçu aucun témoignage de reconnaissance, aucune décoration, aucun remerciement. Elles n’ont pas droit au statut d’ancien combattant, elles ne parlent pas, se taisent, gardent ces terrible souvenirs pour elles et ont même honte d’avoir commis des actes que des femmes bien élevées ne devraient jamais commettre. Un livre d’une grande émotion qui ouvre une autre porte sur les affres de la guerre, un ouvrage qui stigmatise le comportement des autorités soviétiques vis-à-vis de ces femmes soldats et ô combien courageuses.

Denis BILLAMBOZ - à lundi prochain pour la poursuite de notre voyage littéraire à travers le monde  - 

Et pour consulter mes articles précédents, cliquer sur le lien ci-dessous :

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS  

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

lizagrèce 18/08/2012 16:57

Les oeuvres de Boulghakov sont magnifiques. J'ai adoré son "Roman théâtral" et bien sûr son chef d'oeuvre : Le Maître et Marguerite - d'actualité encore si on en juge par le "procès" fait aux
chnateuses du groupe Pussy Ryot

armelle 17/08/2012 13:11

Bien d'accord avec toi Denis, mais personnellement je n'ai lu que le Gogol. Mais je prends note des autres dont celui de Svetlana Alexievitch.

"Denis.Billamboz 17/08/2012 11:39

Gogol c'est bien mais j'aime aussi beaucoup les autres livres de cette sélection même si celui de Svetlana Alexievitch n'est pas un roman mais plutôt un livre pour témoigner. Irène Nemirovsky me
séduit toujours et Boulgakov ne peut laisser indifférent.

armelle 15/08/2012 11:57

En effet, Tarass Boulba de Gogol est une exaltation magnifique du peuple cosaque, de sa nature puissante et sauvage.Tout est énorme dans ce roman qui a fait les beaux jours de quelques metteurs en
scène et musiciens : les combats, les fêtes populaires, les ripailles, les orgies et, là, Gogol atteint le sommet de son art dans ses descriptions épiques d'un monde âpre et primitif à l'âme
indomptable. Sans cesse alternent les scènes de grandeur et de courage et les effroyables pillages et tueries. Un grand livre.

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