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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 07:36

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Cette fois encore, je ne renierai pas mon penchant pour les textes un peu datés, même s’ils sont parfois un rien désuets, j’aime leur saveur et leur justesse. La langue avait encore un sens à leur époque. Cependant je ne pensais pas que je me tournerais un jour vers Pierre Benoît, il a fallu un concours de circonstance heureux pour que j’ouvre un de ces livres. J’espère que vous allez partager mon enthousiasme.


 

Mademoiselle de la Ferté

Pierre Benoît (1886 – 1962)


 

Bucolique, diabolique, machiavélique, ce roman évoque Giono, mais un Giono assaisonné à la sauce William Wilkie Collins. Il trainait depuis des années au fond d’une de mes armoires, habillé d’une jaquette qui aurait certainement mieux convenu à un roman à l’eau de rose des années soixante, et c’est sans doute pour cette raison que je l’ai si longtemps boudé. Heureusement certains lecteurs avisés m’ont averti que ce récit n’était absolument pas ce que cette couverture pouvait laisser croire, que c’était là l'un des meilleurs titres de ce célèbre auteur. Et quel bonheur de découvrir un beau texte, certes un peu daté, mais tellement savoureux, rempli de ces mots gourmands et goûteux que nous avons trop souvent remplacés par un jargon abscons.


 

Mademoiselle de la Ferté, « épouse ou mère, eût été sans doute le modèle des mères et des épouses », mais la vie, ses parents, sa famille, les autres ne lui ont jamais rien donné, ils lui ont même tout pris. Son père, trop inconséquent, a dilapidé la fortune familiale dans des affaires pitoyables, sa mère, trop faible, n'a pas su se faire respecter, sa famille, enrichie dans le commerce du rhum à Bordeaux, ne la trouvait pas assez riche, pas bien élevée, les braves curés ne voyaient en elle qu’une sainte virginale et ceux qui l’entouraient ne l’ont jamais comprise. Surtout cette gentille et riche créole qui lui a enlevé le riche fiancé, qu’elle avait patiemment appâté pour l’entretenir décemment et redorer le portrait bien écorné de la famille.


Alors, quand le hasard voulut que cette belle créole devienne rapidement veuve, puis pulmonaire, et qu’elle se réfugie dans un coin de Chalosse, pas très éloigné de Dax, Mademoiselle de la Ferté a saisi tout le parti qu’elle pouvait tirer de la situation en se comportant aux yeux de tous comme la parfaite compagne dévouée corps et âme à son ex- rivale et désormais amie. Elle fomenta un plan impitoyable avec un cynisme glacial et un pragmatisme diabolique afin de reconquérir ce qu’elle pensait être son dû et, par la même occasion, pour se venger de ceux qui l’avaient méprisée et humiliée.


Voilà un grand texte campagnard et romantique qui se fonde dans le paysage avec un luxe de détails qui fait renaître cette région et ses habitants, gens, faune et flore, comme elle vivait à la fin du XIXe siècle, comme George Sand a fait revivre sous sa plume le Berry de son époque. Mais cette histoire n’est pas seulement une intrigue sophistiquée et savamment huilée, une peinture sociale  fidèle, c’est également une  exploration de ce mince espace qui sépare l’amour de la haine sous la funeste férule de la jalousie, du désir de vengeance et de la trahison.


 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter les listes de mes précédents articles, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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commentaires

denis billamboz 01/10/2014 16:59

Ah les belles piqûres de nostalgie qu'on peut s'injecter à la lecture de nos vieux livres ! Une drogue totalement addictive mais absolument pas dangereuse, bien au contraire.

Belles lectures Dominique et merci de partager cette émotion !

Dominique 01/10/2014 10:36

J'ai vu qu'une nouvelle édition était sortie et j'avais très envie de l'acheter car mon vieil exemplaire en ldl a disparu dans la tourmente des déménagement
je garde un bon souvenir de cette lecture car ce fut un des premiers livres de poche parus et que j'ai pu acheter avec mon argent de poche de l'époque
nostalgie nostalgie

denis billamboz 24/09/2014 16:01

Salut Pascal,

Nos bonnes vieilles lectures et celles qu'on n'a pas abordées et qu'on a très envie de découvrir maintenant font partie de notre histoire, elles sont entrées dans nos gènes J'ai ainsi décidé de
réserver un peu de mon temps de lecture à ces livres dont j'ai beaucoup entendu parler sans jamais les lire et même à certains qui m'ont marqué fortement.

Bonne soirée Pascal, toutes mes amitiés à toi et Agnès et belles lectures malgré la pression du temps qu'on na pas toujours.

Denis

Pascal 24/09/2014 13:29

Salut Denis,

J'ai dévoré dans ma jeunesse 'L'atlantide' et 'Koenigsmark' de cet auteur qui fait partie de nos classiques. Je suis presque sûr de trouver chez ma belle-mère dont la bibliothèque est
impressionnante l'ouvrage que tu proposes.Je pense qu'Agnès l'a lu aussi. Nous en parlerons ce soir. Voilà un très agréable sujet de conversation. Ma chère épouse te remercie de me donner de bonnes
idées de lecture. mais il n'en reste pas moins vrai que je dispose de peu de temps dans la conjoncture actuelle. Bonne fin de semaine et à +

denis billamboz 22/09/2014 21:49

Oui Edmée ses êtres a priori insignifiants et totalement machiavéliques comme Agatha Christie savait en peindre dans es romans policiers.

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Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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