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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 08:17

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                               La célèbre vue de Delft par Vermeer

 

 

Marcel Proust dans sa "Recherche" a su réunir magnifiquement tous les arts comme expression et finalité de l’être humain. Il n’a pas manqué d’y représenter des figures d’artistes et d’ériger en un personnage les qualités et talents d’artistes vivants que ce soit à travers Elstir le peintre, Vinteuil le musicien et Bergotte l’écrivain. Ainsi retrouve-t-on en eux un peu de Monet, de Sisley, de Helleu, de Satie, de Reynaldo Hahn, de César Frank ou encore d’Anatole France, ses contemporains. Par ailleurs, Proust a pris soin d’évoquer à maintes reprises dans la "Recherche" Racine, Baudelaire, Chateaubriand, Nerval, Saint Simon, se plaçant lui-même dans la succession d’un Balzac, d’un Barbey d’Aurevilly, d’un La Rochefoucauld, voire même d’un Buffon. Ceci dans une tension de la volonté rendue visible dans l’œuvre par la multiplicité des éléments qui la composent et reprenant le mythe de l’écrivain «  total « , puisque chaque œuvre a vocation à vous nourrir dans une évolution créatrice.


Tout au long de la "Recherche" se murmure en leitmotiv la petite phrase de Vinteuil et une relation s'établit spontanément entre la musique et le phrasé proustien qui ont en commun l’expression artistique la plus harmonieuse. C’est également l’écoute d’une oeuvre à travers le temps, sa mutation permanente qui suscite presque fatalement notre réflexion et notre mélancolie. Et n’est-ce pas la mémoire et son pouvoir de réactualisation qui crée ce phénomène d’une restitution d’un temps…à l’état pur comme l'entendait Marcel Proust ? Toute recherche artistique est une quête de communication. Rappelons-nous que pour l'écrivain tout peut devenir musical. Ainsi le souffle d’Albertine comparé au «pur chant des anges». Et encore, la corde de l’affûteur de couteaux, ces bruits quotidiens de la rue au sortir du sommeil que sont la trompette du rempailleur, le bruit du rideau de fer qu’on lève, la corne du tramway, ce sont en quelque sorte l’enchantement des vieux quartiers, la litanie des petits métiers. Evidentes ramifications avec la musique d’un Eric Satie.


Les notes de Wagner, les couleurs d’Elstir constituent l’essence qualitative des sentiments dans leur expression la plus aboutie. L’écrivain se charge en quelque sorte de procéder à l’osmose d’entités différentes afin d’établir des connexions entre ces univers. Seule, selon Proust, la relation avec l’art mène à une relation totale, plus absolue que la relation amoureuse trop souvent entravée et menacée par de multiples ruptures. On voit dans la "Recherche", le narrateur reconquérir progressivement sa liberté à la suite de la fuite d’Albertine.


Marcel Proust trouvera toujours dans la musique une joie intense et des moments d’exception. Il dit être alors dans une situation « magique » et entrevoir un autre monde. Seule solution pour sortir de nos contingences matérielles et physiques. Et ces impressions, nous sommes en mesure de les rencontrer là où nous les attendons le moins, alors que la relation amoureuse nous circonscrit dans de constantes restrictions émotionnelles et affectives qui suscitent très vite, trop vite, l’ennui et la jalousie. Seul l’art nous permet d’atteindre le sublime et de nous élever au-dessus de nous-même. Pour l’écrivain, l’art – et la musique en particulier – sont aptes à nous faire entrevoir un monde extra-remporel. « La musique n’est-elle pas l’exemple unique de ce qu’aurait pu être la communication des âmes »  - affirmait-il. Proust, touché par cet universalisme de la pensée, résumait ainsi sa propre métaphysique : « Le monde extérieur existe mais il est inconnaissable ou connaissable partiellement, le monde intérieur est connaissable mais il nous échappe sans cesse parce qu’il change et se transforme. Seul le monde de l’art est absolu. »


Le roman de Proust ajoute à une peinture d’une société qui s’apprête à disparaître une analyse nouvelle de l’amour ou, plus exactement, une lutte de l’esprit contre le temps, une difficulté à trouver dans l’existence un point d’ancrage, la nécessité de le chercher au-dedans de soi et surtout la possibilité de l’établir et de le stabiliser dans l’œuvre d’art. C’était, d'après lui, la seule façon de vaincre le temps : le fixer à jamais dans l’éternité de l’œuvre. Le rôle dévolu à l’art réside, par conséquent, à transmettre cette part essentielle qu’est le monde invisible, monde où ce que nous avons vécu dans la hâte et l’urgence, de façon anecdotique, atteint sa plénitude et son véritable sens.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans DOSSIER MARCEL PROUST
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commentaires

armelle 18/07/2014 10:37

Oui, Dominique, je veux bien que vous me fassiez parvenir le dossier :" un été avec Proust".

Oui, Niki, ce livre sur le musée imaginaire de Marcel Proust est magnifique. C'était un homme d'une culture impressionnante dans tous les domaines de l'art et même de la philosophie.

niki 17/07/2014 17:55

je possède le joli livre sur le "musée imaginaire de marcel proust" - un réel plaisir de lecture, armelle (comme vos billets sur cet auteur que j'adore)

Dominique 17/07/2014 10:38

je ne peux que souscrire à votre billet
Aviez-vous podcaster l'an dernier la série : un été avec Proust ? j'y avais pris grand plaisir, je peux vous envoyer les fichiers si cela vous intéresse

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