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5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 07:44

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Ce livre, dans sa conception, m’a un peu surpris mais je ne pouvais pas vous priver de cet excellent texte qui plonge au cœur de l’horreur pour montrer jusqu’où l’abomination a pu conduire certains lors de la dernière guerre.

 

Mon Commandant

Richard Slocombe (1953 - ….)

 

 

Avant d’évoquer toutes les richesses de ce texte, je voudrais parler du problème de conception qu’il  me pose, en effet la note liminaire de l’éditeur - qui fait partie de la fiction - parle d’une lettre adressée par un ancien combattant, académicien, au Commandant de la place militaire d’une sous-préfecture normande. Or le texte que nous possédons ne ressemble pas beaucoup à une lettre mais plutôt à un récit, à un témoignage, à une analyse de la situation de la France déliquescente, déconfite, collaborationniste, … des années trente et du début de la guerre, la lettre étant datée de septembre 1942. Il est en effet bien difficile de concevoir qu’un ancien combattant français, même académicien, puisse apprendre quelque chose à un officier allemand concernant  les faits militaires, l’état de la France, les projets de l’Allemagne, etc.… J’ai nettement eu l’impression que l’auteur s’adressait plutôt aux lecteurs et non qu’il mettait une missive sous la plume d’un délateur à l’adresse d’un officier ennemi. Et pourquoi précise-t-il qu’il change les noms propres, notamment celui de l’académicien alors qu’il précise qu’il est manchot et officier supérieur en retraite, je parierais qu’il y a eu bien peu de manchots ayant fait une carrière militaire avant de siéger sous la coupole. Ces incohérences littéraires restent plutôt formelles mais ont tout de même pollué ma lecture.

 

La lettre de délation aurait très bien pu se concentrer, comme une tragédie grecque, sur la dénonciation de la situation créée autour d’un amour impossible sur fond d’antisémitisme exacerbé par le contexte historique. Le vieil académicien ne trouve nulle autre porte de sortie à sa situation personnelle que cette dénonciation veule et infâmante. Mais, et je le comprends, l’auteur ne pouvait pas traiter le  sujet qu’il a mis en scène, sans évoquer la situation de la France et de l’Europe en général à cette époque si particulière. Son texte est très intéressant mais il ne relève pas du projet annoncé, il relève d’une étude, ou d’une fiction, concernant la situation de la France avant la guerre et des raisons qui l’ont conduite à la grande débâcle qu’elle a connue devant les forces de l’Axe. Ainsi Slocombe explique longuement aux lecteurs, et non à l’officier allemand, les événements, leurs  causes et leurs conséquences en une analyse qui serait celle d’un antisémite forcené, une façon de dénoncer cette vision en mettant en évidence ses errements, ses abus et sa profonde inhumanité.

 

L’auteur profite aussi largement de l’occasion pour régler quelques comptes, il n’hésite pas à rappeler, à longueur de pages, le rôle joué par certains hommes politiques et surtout par certains intellectuels qui se sont fait bien petits après la guerre pour laisser passer la marée de l’épuration et resurgir en pleine lumière quand le temps eut encombré les mémoires d’autres événements plus préoccupants. Mais, à mon avis, le véritable souci de Slocombe était de montrer que ce qui a été abominablement possible l’est toujours, son livre s’adresse bien à la France d’aujourd’hui, tentée de plus en plus par les vieux démons qui l’ont déjà conduite dans l’infamie et la barbarie. L’actualité semble hélas lui donner raison. Le message est clair, dans un style qui rappelle les écrits d’avant-guerre, avec des belles phrases harmonieusement construites qui coulent paisiblement même pour dire les pires horreurs. Cette lettre n’était qu’un prétexte pour formuler ce rappel historique, lancer un appel à la vigilance et dire que le courage n’est peut-être pas de fuir devant les difficultés mais de les affronter avec toute la détermination nécessaire.

 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter les listes de mes précédents articles, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

 


 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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commentaires

denis billamboz 06/05/2014 20:51

Salut Pascal,

Ce livre est un peu particulier, il raconte une histoire absolument sordide mais il ne faut pas confondre l'histoire et l'oeuvre. Il faut lire ce livre en essayant de bien comprendre les atrocités
qui ont été commises au sein même de certaines familles. Il a fallu beaucoup de courage à l'auteur pour raconter une histoire aussi abjecte.

Pascal 06/05/2014 13:43

J'ai entendu parler de ce livre qui est violent sur tous les plans. Enfin robuste, tu vois ce que j'entends par là. A toutes époques il y a eu des boucs émissaires et je pense que cela ne finira
jamais. Le bouc émissaire change de peau mais l'homme a constamment besoin d'un adversaire. C'est sa triste permanence. Regarde les Tutsis et les Hutus et aujourd'hui les guerres civiles en
gestation en Afrique et en Ukraine.

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