Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 08:25

chemin_lumiere.jpg 

 

 

Je vous mènerai par les chemins de nuit

Dans la nuit profonde

Aux senteurs de terre lourde, de fougères et de foin coupé.

Dans la plaine, morne étendue tranquille.

La terre a été retournée le matin même, masse noire, essence de vie,

Le labour a arraché le cri de la soif à ses entrailles.

 

Je vous mènerai jusqu’à ce point fixe,

Récif jeté dans le désert où semblable à la mer, je me brise.

Jusqu’à ce point où les horizons se juxtaposent,

Où les fenêtres craquent dans le vent, arrachant des cris.

Maisons, la mort suit la pente du vent.

Cette maison, je la connais,

Entre ses murs sommeille toute mon enfance

 Et grimacent les monstres grotesques de mes cauchemars.


Je vous mènerai par le chemin de nuit jusqu’à cette limite

Où les astres cessant de tourner en rond

S’immobilisent à jamais dans l’immensité.

Je ne connais rien de plus terrible que cet exode à travers les jours,

Que cette succession d’heures mortes qui s’égrènent en chapelets de mots,

De mots de hasard, de mots d’infortune.

Le désespoir est en cet exil au-dedans de soi.


(… )


Je vous mènerai jusqu’à ce point  aux confins des mondes.

Il n’y a pas d’obélisque sue la place publique,

Mais une fontaine d’eau vive jaillie des profondeurs.

Il n’y a pas de gosses jouant à la marelle

Sur les pavés inégaux luisant de pluie.

Il n’y a que de vieilles gens  usés jusque dans les paumes de leurs mains.

Leurs âmes sont comme leurs visages, toutes parcheminées.

Le silence règne. Il règne sur la voix, multiplicité accomplie.

La terre a retrouvé le visage unique,

Le visage du premier jour, le visage du dernier jour.

Il n’y a point de réverbère sur la place publique.

Ils étaient à l’image d’un autre monde.

L’immobilité concentre en elle sa clarté.

L’attente est intérieure. Elle a l’accent de la prière.

Il n’y a pas de musique sur la place publique.

La musique s’est fondue dans le grand accord des ténèbres.

Etait-ce hier que j’ai quitté ma maison ? Je crois vous avoir parlé d’elle.

 

Que tes pas marchent et marchent, silencieusement attachés à la terre,

Vaillante petite fille qui marche dans le jour d’aujourd’hui

Et qui joue seule sur la plage seule avec un cerf-volant.

La mer remonte ses lourdes et rythmiques vagues sur le sable lisse

Où des barques dorment penchées, comme des oiseaux morts, sur le côté.

 

Le temps a bien marqué mon visage intérieur.

Il est vieux de tous les souvenirs du monde,

Il a des sillons profonds comme ceux des terres labourées

Et le regard des statues, impassible et vénérable.

Voix lointaines qui ressemblaient à des voix de mères,

Cet appel remonte le cours des âges,

Il vient frapper la lande aride, hérissée d’herbes folles.

Demain est aussi loin de moi qu’hier.

Je suis ballottée par le temps, fragile barque.

Mains rudes qui bêchez le champ de vie sous un ciel de plomb, nuit pareille aux adieux,

Il y a sous chaque chaumière des hommes qui rompent le pain

Et boivent la liqueur de vin.

J’ai atteint le récif où se brise l’élan.

Je me mêlerai à la mer et serai le chant d’éternité.

Car j’ai saisi entre mes bras un monde qui a une consistance,

Une logique et une ordonnance. La souveraine insouciance n’est plus.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( Extraits de Profil de la Nuit )

Ce poème, que j'ai écrit à 20 ans, prouve que la maturité de la jeunesse des années 60/70 et son évidente inquiétude, n'ont rien à envier à celles d'aujourd'hui. La jeunesse n'est pas l'eldorado que les plus âgés imaginent trop souvent.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique LITTERATURE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles de la rubrique LITTERATURE    

 


 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans LITTERATURE
commenter cet article

commentaires

armelle 08/04/2014 10:43

Vous avez raison toutes les deux. Bien que nous étions dans les 30 Glorieuses, nos familles n'attribuaient pas à la jeunesse une place privilégiée. Tout au contraire. C'était le temps où nous
devions faire nos preuves , où nos aînés ne nous attribuaient aucune espèce de considération. On souriait de nos troubles, de nos attentes, de nos maladresses. On nous jugeait en permanence et sans
bienveillance particulière. Nos parents étaient des dieux auxquels nous aspirions à ressembler. Aujourd'hui, bien que soyons devenus les aînés, notre statut n'a plus rien d'enviable. Nous avons été
une charnière avec le mauvais rôle des deux côtés. Quand je pense au respect que j'avais
pour mes parents, je reste éberluée en constatant de quelle façon les jeunes d'aujourd'hui traient les leurs...

Pâques 08/04/2014 00:08

J'ai la sensation que tout était multiplié, amplifié...
amour, colère, tristesse, révolte, la peur aussi!

Edmée De Xhavée 07/04/2014 15:31

J'étais aussi très sombre et solennelle... mais je pense que la jeunesse n'est pas vraiment "nous". Ce sont des tâtonnements et des inspirations. L'amour nous était toujours conté en termes de
drame, d'arrachement, de chagrins, sauf pour les chansons légères qui n'apportaient que leur ritournelle.

Normal donc que l'on ait vu toute cette ombre dans nos jeunes années!

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )


1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

ET SI VOUS AIMEZ LES ANIMAUX, RENDEZ-VOUS SUR " MEMOIRE D'EAU" :

 

P1080160.JPG

Recherche