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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 07:38

1201197379 profil a montmartre    

 

 

Au commencement était la poésie. Elle a illuminé mon enfance et, dès que j'ai su écrire, elle a été mon premier lieu d'expression, ma terre d'accueil et une évasion privilégiée pour l'enfant unique que j'étais, souvent livrée à la solitude. A 18 ans, alors que je suivais les cours de l'école du journalisme, je rédigeais Terre Promise que l'année suivante j'osais lire à mon père. Ce dernier m'encouragea à adresser le manuscrit à des éditeurs. C'est ainsi que je fis mes premiers pas dans le monde littéraire. J'avais 20 ans.

 

 

TERRE PROMISE      Ed. REGAIN ( épuisé )

 

Ce long poème a charge de rendre compte du regard qu'une adolescente pose sur le monde et la vie, d'énoncer l'interrogation qui se précise, d'exprimer le duo, quasi inséparable, de l'inquiétude et de l'enthousiasme. Comment naître à soi, comment se ré-apparaître dans le miroir trompeur où les apparences mènent le bal ? Apparences qui nous résument si mal que l'enfant -poète préfère jeter la sienne dans le fleuve, afin qu'elle coule avec la ville et ses bruits. Créer, n'est-ce pas d'abord se créer ? L'adolescente sait également que l'on ne peut exister sans les autres, qu'on ne se sauve pas seul. Terre Promise ne se réduit pas à une quête égocentrique du soi, mais se veut une quête de soi dans le regard de l'autre. Le qui suis-je devient alors le qui suis-je pour l'autre ? Ou mieux : puis-je être sans l'autre ?

 

 

" Je regarde cette rue de village
 Où erre la lueur vagabonde
 Et ce chat maudit perdu sur la chaussée
 Devenue immense,
 Sanctuaire d'ombre et d'épouvante.
 Je regarde les façades closes, lisses et immobiles,
 Et je me regarde marcher seule, toute seule,
 Mon pas inscrit des révoltes.
 J'irai au bout de la rue
 Et je serai au bois obscur,
 Là où prophétisent des dieux de mousse
.

 Je me réfugierai dans l'insouciance
 Et les cloches des villages
 Blasphémeront horriblement.
 La musique de foire fait pleurer
 Et les hommes, dans la plaine, marchent
 Comme des géants.
 C'est l'heure des tavernes magiques
 Et des prières basses
 Et c'est le grand soir de la fin du monde.
 Les routes ont mêlé leurs origines
Et l'horizon a confondu les éléments.
Je me suis assise sur un banc
Derrière Notre-Dame
Et je regarde passer la Seine.
Je me souviens alors de t'avoir rencontré.
Je suis de celle pour qui le soir est un retour."

 

Ce que les critiques ont écrit :

 

" Il est rare de touver une voix féminine apte à des rythmes aussi rigoureux, des images aussi vastes. Il y a là une poésie d'inspiration et d'expression originale, un paysage moyenâgeux développé avec souffle et ferveur." 

                                                                            Pierre SEGHERS

"
Terre Promise m'a beaucoup plu et pour le sens du rythme et pour la beauté des images et pour la force, l'intensité et la profondeur des émotions qui s'y expriment. Ces vers révèlent plus qu'un talent d'amateur, un véritable don d'invention poétique, un sens cosmique qui joint la largeur des vues à la précision du détail".


                                                                            Professeur Van TIEGHEM

 

 

Ce poème a été entièrement repris dans  PROFIL DE LA NUIT  ( voir plus bas comment se le procurer )

 

 

 

INCANDESCENCE       Ed. St GERMAIN- des-PRES  (1983 ) épuisé   

                                           

Ce recueil cherche à replacer l'homme dans sa dimension spirituelle.
Confronté à la guerre, à l'usure du temps, il est gagné par le sentiment de l'irrémédiable. Ces poèmes sont empreints d'une grande mélancolie. Ce, d'autant plus, que le silence de Dieu  ajoute encore au doute qui étreint le poète. Jusqu'à ce que la parole humaine, retrouvée neuve au fond de l'irrémédiable, s'identifie, sans  se confondre, avec la parole divine. Un espoir vague est alors proposé aux pauvres humains que nous sommes, secoués dans les tempêtes et les ténèbres de l'Histoire.  Car, au-delà ou en-deçà de la Parole retrouvée demeure la Source de la Parole et, de façon ultime, la source de toute parole divine et humaine.

 

 

O terre, il était écrit dans le livre sacré
à la page où se lèvent les aurores
que tu serais pour le promeneur attardé
un havre de repos et de paix
un lieu privilégié, un jardin
où les fleurs par grappes s'épandent
Où agenouillés dans l'intensité de nos prières
nous accordons nos coeurs et nos pensées.
....


O terre que ravinent fleuves et affluents,
cluses profondes et rides altières à ton front,
Tu fermentes les germes de tes phantasmes
et tes marnes te font l'haleine mauvaise.
Tu as l'âge de tes fièvres et de tes cancers.

....


Homme, ô homme, sauve-toi de ton humanité.
C
e vêtement étroit te rend le coeur amer.
La terre te fut donnée comme un poste avancé
aux confins des déserts, au centre le plus au centre
du cosmos ramassé sur cette seule pierre.
Ton esprit sur les flots se devait de souffler
et les villes naissaient comme autant de sanctuaires.
Des prières savantes aux lèvres pharisiennes
se brodaient d'adjectifs et de superlatifs.
Les pauvres se taisaient.
...


Peuple, il n'est plus de larmes pour pouvoir te pleurer,
il n'est plus de révolte pour vouloir te venger.
Les semailles formeront de grandes gerbes d'or,
les épis moissonnés feront vide le champ
et le grand chant du monde ne sera pas chanté...

Ce que les critiques ont écrit :

 

 

" La poésie féminine se différencie-t-elle de la poésie masculine ? Dans la préface au beau recueil de Armelle Hauteloire " Incandescence ", Marc-Antoine Costa de Beauregard essaie de répondre  à cette question : " La femme - dit-il - a été plus souvent muse et l'homme poète. Mais elle est appelée aussi à être poète, porte-parole ; grand mystère de la femme porteuse du Verbe, enceinte et mère du Verbe... Son destin n'est pas de s'exprimer elle-même. Sa vocation est d'énoncer la Parole. Ceci est très frappant dans "Incandescence". L'écueil était de s'exprimer. Armelle Hauteloire a su y renoncer pour manifester une parole qui n'est pas la sienne mais celle de tous les humains. C'est la poésie. "
Armelle Hauteloire nous dit qu'elle a tenté un pèlerinage aux sources de l'amour, transfiguration du désir en offrande. Son chant profond émeut, bouleverse. Dans les palpitations de son coeur, elle découvre les douleurs et les aspirations de tous les hommes. En se dépassant, l'auteur a rencontré Dieu. Pour elle, il n'y a pas de doute, le problème des espoirs humains est lié à la foi. Elle le crie de toutes ses forces. Une telle certitude devrait ébranler les hommes et les femmes qui tâtonnent dans la nuit.

 

                     Maurice MONNOYER  ( Nord-Eclair du 27 février 1984 )

 

" Remettre l'homme debout, voilà bien le propos d'Armelle Hauteloire. Son recueil " Incandescence " est celui d'une parole qui se déplace dans les zones d'ombre ou de gel de la destinée humaine et qui appelle une dimension où la beauté intemporelle, l'amour en ses sources vives, la transfiguration du désir en offrande font partie de l'humain voyage. Dans une belle langue sobre et imagée, le poète fait, au long de ces pages, pèlerinage vers le Verbe qui est le Seigneur Lui-même.

 

                       Luc NORIN  ( La voix du Nord - 1984 )

 

 

 

LE CHANT de MALABATA

                                                                
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Ed. Guy CHAMBELLAND / LE PONT de l'EPEE  ( 1986 )
    Couronné par L'ACADEMIE FRANCAISE en 1987
Réédité par LES CAHIERS BLEUS en 2001
Interprété au château du BARRY à LOUVECIENNES en
Mai 1987 et à l'émission de Pascal PAYEN APPENZELLER
sur Radio-Courtoisie le 2 Juillet 2004.

 

Au commencement, rejeté par la vague océane, Malabata, l'Adam éternel, gît, vassal de la terre et de la nuit. Seul. Des ténèbres qui embrument son âme, il cherche à percer le mystère. Il appelle et croit entendre :  Un pas léger, un glissement sur le sable / Quel coeur m'appelle, quel coeur semblable ?  Quel homme n'est pas en attente d'un ailleurs idéal, qui ne soit pas seulement un rêve ou qui ne déçoive pas son rêve le plus ardent ? Or voici que  dans l'aurore radieuse et  l'envol blanc des mouettes belliqueuses - une femme s'avance. Elle se nomme Géha. L'homme la découvre, la contemple. L'amour comme un parfum s'épand ou plutôt comme une haute vague s'élance. Et Géha  femme aux rives immortelles l'accueille. L'amour éclate dans toute sa plénitude et le secret de la chambre nuptiale. Mais, déjà, la nouvelle Eve a compris que cette offrande ne suffirait pas à combler leurs âmes exigeantes.   La lumière s'attise à de plus hauts flambeaux...Ensemble nous dépasse(rons ) nos visions éphémères. Car Géha n'est pas seulement l'épouse de Malabata, elle est aussi la Femme éternelle, voulue par Dieu pour accomplir la promesse de l'amour... à la fin des Temps. L'homme ne le comprend pas, tout d'abord. Il s'afflige et se révolte de cet  amer exil  qui le mutile dans sa chair, avant que ne viennent l'apaisement et la célébration de la beauté.  Cet embrasement, surgi du tréfond de lui-même, va lui ouvrir les yeux sur  l'aurore nouvelle et la finalité d'un amour qui dépasse de beaucoup la finitude de la condition humaine.



 

Je t'ai couchée ce soir dans ma mémoire
et ton sommeil oscille, douce lumière qui veille.
Tes paupières ont enclos l'infini sous leurs ailes,
je me délecte à la seule vue de ta beauté.
Sur la vie tu règnes, plus faste qu'un été,
irradiant de fraîcheur une terre assoiffée.
Songeuse, tourne un peu ton visage.
Mais tu dors ? Oui, repose, qu'à tes pieds
je puisse, sans te faire de tort,                                            
déposer mes présents de pure gratuité.
 
Je ne connais plus la couleur de tes yeux,

ouvre-les un instant, un instant pour nous seuls,
que je m'y perde un peu et que je me souvienne.
Ton regard, rends-le moi, l'éternité y coule
lentement ses eaux bleues.
Pour un pacte d'amour qui n'a plus de durée,
je romps le cercle de servitude
où notre histoire s'enlise et où l'ingratitude                     
cueille les fleurs pauvres de l'infidélité.
Vers quelle source obscure en moi-même supposée,
remonterai-je en vain ?
Quelque chose se déchire, se brise à tout jamais,
une écluse relève ses vannes de tristesse
et libère mon être de sa charge de doute et de perplexité.
  

 

                           Chant de Malabata - Stance III 

 

 

 


Ce que les critiques ont écrit :

 

 

" Je dirai l'écho proprement musical qu'a laissé en moi la lecture de ces grands versets où me semble se déployer la genèse de l'homme tout autant que celle du poème. Je vois en MALABATA l'incarnation du Poète au sens grec, celui qui re-crée le monde en le célébrant ".


                                                           Pierre SEGHERS

J'ai cru relire le Cantique des Cantiques que j'ai tant admiré, aimé. Avec des accents neufs, plus intimes encore. 

                                                           Jean GUITTON


" L'auteur n'hésite pas à créer et animer un mythe, comme le fit autrefois Patrice de la Tour du Pin, pour mettre en scène une ascension spirituelle. Elle réussit à gagner ce difficile pari en évitant les écueils de l'emphase et de la sentimentalité. Armelle Hauteloire utilise une langue très musicale d'inspiration classique, sur un ton lyrique et chaleureux". 


                                                              Georges SEDIR

" L'auteur perpétue un lyrisme, un souffle, une anima qui tendent assurément à se perdre dans notre temps d'hyper-intellectualité. Mais j'ajouterai ceci : la qualité pour moi de ce texte n'est pas seulement dans son déroulement harmonieux, mais dans cette sorte de paradoxe que l'élévation de la pensée et du sentiment se garde de déboucher sur un langage trop philosophique et s'accompagne au contraire d'une expression limpide, simple, transparente. Le poète réussit l'équilibre entre la pulsion et l'ordre, la passion et la raison, l'écologie du coeur et l'économie du langage". 


                                                               Guy CHAMBELLAND

 

"Voici construit comme un office religieux avec Prologue, Graduel, Antienne, Stances, Final, le livre sacramentel de l'amour humain, transcendé, magnifié par le chant lyrique du don mutuel, prolongé bien au-delà du temps où il s'accomplit. Car il ne s'agit pas ici d'un recueil présentant des poèmes réunis pour constituer un ensemble, mais d'un ouvrage bâti dans sa totalité sur une ligne de pensée bien établie, sur des données terrestres et métaphysiques qui en constituent, de la première à la dernière page, la trame, l'armature, l'ossature... Ouvrant la porte à une vision plus vaste de l'amour, qui englobe à la fois le vouloir humain et le dessein divin, en une fresque lyrique où " les mots de la tribu " ont pris cette fois encore, leur sens le plus pur et le plus exaltant. "

 

                                                            Jehan DESPERT  ( Les nouvelles de Versailles )


" Il y a dans cette sorte de saga de l'âme quelque chose du souffle qui anime le Lamartine de " La chute d'un ange " mais aussi de la méditation du Vigny de " La maison du berger ", le tout baignant dans un lyrisme proche de St John Perse. Parfois, l'auteur a des accents de ferveur dignes du " Cantique des Cantiques " et il faut la louer à une époque où l'érotisme le plus vulgaire envahit tout, d'avoir su évoquer la rencontre de Malabata et de la Femme avec une admirable pudeur. C'est elle qui donne la vision d'un amour nouveau, en invitant l'homme et la femme à dépasser ensemble " leurs visions éphémères ". Et cela donne naissance à cette magnifique recréation de la salutation angélique que je tiens pour ma part pour un des points culminants du livre. Oui, ce poème révèle une grande élévation de pensée, une spiritualité profondément inspirée, servies par une sensibilité qui se traduit, à la fois, par la musique des vers et par le foisonnement des images, nouvelles et belles. "

 

                                                             Raoul BECOUSSE ( poète, écrivain et critique )



"Nous sommes très loin ici d'un divertissement léger ou précieux. LE CHANT DE MALABATA est parole inspirée, haute incandescence, rumeur de ciel entrouvert (... ) Par quelle intuition profonde, éblouissante, Armelle Hauteloire a-t-elle pu exhumer ce chant d'amour somptueux qui ressemble à une épopée de l'âme humaine ? La grâce est au rendez-vous de sa poésie. Sa langue rejoint celle du Cantique des Cantiques et du Château de l'âme de Thérèse d'Avila. Lisez ce grand texte à haute voix. Tendez l'oreille. Sa musique vient de très loin." 

                                                              Jean-Yves BOULIC  ( journaliste à Ouest-France et écrivain )

 

"En main vos ouvrages. Restez personnelle si cela fait partie de votre inspiration. Surtout si cela doit donner d'aussi beaux fruits que LE CHANT DE MALABATA et CANTATE POUR UN MONDE DEFUNT. Ils sont parfaitement contenus par la mesure et l'élévation du ton, avec ces accents contemplatifs, ce mouvement inflexible - qui empruntent par moment à l'épique - les purifient du rauque accent personnel. Au demeurant, la poésie peut être élégiaque ou rester au bord de l'élégie, avec plus ou moins de saisons et d'oiseaux migrateurs. C'est un genre à part entière de grande mémoire. Nos joies et nos peines méritent d'être exhaussées. Par le rythme réglé sur le sentiment qui nous apprend à être triste. L'esprit dominant toujours comme un bon navire sur la vague. Par l'espérance aussi qui nous prépare à être des enfants de la Promesse. La poésie peut être prise de nostalgie pour reconstituer le mythe primitif, en deçà de la diaspora des formes culturelles. Affaire d'équilibre. Les dangers (dont vous êtes heureusement indemne)  : sans doute la confusion, la capture". 


                                                                            Francis Jacques

                                                        (Professeur émérite à la Sorbonne - Philosophe )
 

" La nuit, les peurs enfantines, le vent, l'éclair, le foyer clos, la luxuriance des sèves, les parfums entêtants inspirent Armelle Hauteloire. Elle est le poète des sensations, des mouvements, des chuchotements à  " quelque oreille si réellement cosmique et attentive". De Terre Promise ( 1959 ) à Incandescence ( 1983 ) et Le Chant de Malabata ( 1986 ) un sens éveillé de l'accueil des choses dans un lyrisme envoûtant".  

 
                                                                           Robert SABATIER

                                          (  Histoire de la Poésie française - XXe siècle - Tome III )

  

Ce poème a fait l'objet d'une lecture sur Radio-Courtoisie dans l'émission de Pascal Payen-Appenzeller et d'un spectacle au château du Barry de Louveciennes en 1986

 

Poème cité dans l'oeuvre du philosophe Francis Jacques " L'arbre du texte " ( Vrin 2007 )

 

 LE CHANT DE MALABATA a été entièrement repris dans PROFIL de la NUIT.

Pour se procurer PROFIL de la NUIT ( un itinéraire en poésie ),  cliquer    ICI 

 

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