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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 07:49

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Si le paradoxe conserve son actualité, c'est bien parce qu'il a obéré notre capacité de jugement, agissant de telle sorte que le discernement et le bon sens semblent parfois déserter les préoccupations de nos sociétés contemporaines ; alors que discernement et bon sens restent des notions essentielles face à ce principe qui prend  le contre-pied des certitudes logiques de la vraisemblance. De par leur complémentarité, le discernement et le bon sens impliquent la réflexion, la méditation, l'expérience, la lucidité. Relevant du domaine de la spéculation abstraite, ces notions sont au coeur du raisonnement et du questionnement humain. Depuis la nuit des temps, de la maïeutique de Socrate, la théorie des Idées de Platon jusqu'au positivisme d'Auguste Comte, en passant par la logique cartésienne, il semble que discernement et bon sens soient allés de conserve.

 

Tout en accordant une valeur préférentielle au discernement que les sages et  les penseurs ont toujours envisagé comme la capacité supérieure de l'esprit, la faculté de synthèse et d'analyse en mesure de formuler le concept et de distinguer ce qu'il y a d'intelligible dans le sensible, ils n'ont pu éliminer les ressources du bon sens et faire l'impasse sur le paradoxe qui pose les assises de la contradiction, ainsi le paradoxe de Socrate : " subir l'injustice vaut mieux que de la commettre". Les premiers obstacles à franchir seront donc la crédulité naïve et le goût du confort intellectuel qui font préférer l'esprit de certitude à l'esprit de vérité. De là dérivent la mauvaise foi, le fanatisme et les violences. Le doute méthodique est donc une saine et souhaitable pratique si, faisant la part des choses, nous ne cédons pas à un scepticisme réactionnel. Il est bon de se rappeler que la vérité se montre davantage qu'elle ne se démontre et que l'homme la distingue fréquemment sans être capable de la prouver.

 

Quant au bon sens, il  apparaît comme un outil que le peuple, d'instinct, s'est plu à utiliser et dont il a fait bon usage en regard de ses expériences propres. Plus ressenti que pensé, il rejoint l'esprit logique et prémunit des dangers où les idéologues et utopistes risqueraient de l'entraîner. Il est donc un contre-poids nécessaire aux divagations abusives et perverses, car l'homme de bon sens perçoit naturellement ce qui est bon de ce qui est mal, ce qui est juste de ce qui ne l'est pas, guidé par cet instinct qui l'avertit des égarements toujours possibles de l'intelligence. C'est  ce qu'il conviendrait de nommer "le jugement droit".


Le paradoxe semble s'immiscer comme un dé-régulateur, un empêcheur de tourner en rond, un trouble-fête qui exploite à plaisir nos ambiguïtés, nos divergences, nos excès ; nécessaire, il mise sur l'objection pour nous obliger à remettre en cause le procédé de nos réflexions et combinaisons les plus élaborées.  Ainsi le paradoxe pose-t-il un doigt insidieux sur nos contradictions, se ressouvenant qu'il existe entre le concept et le jugement la même différence qu'entre l'intuition intellectuelle et  l'affirmation réfléchie. Par ailleurs, il a également son utilité lorsqu'il soumet à notre discernement des opinions qui vont à l'encontre de celles communément admises. Proust, en fin psychologue, ne craignait pas d'affirmer que  les paradoxes d'aujourd'hui seraient les préjugés de demain. 

 
En faisant obstacle au parti-pris, le paradoxe repose l'interrogation, en maniant et en jouant adroitement de la réfutation et de la protestation. Mais dans certaines circonstances, il nous accule, sans complaisance, jusque dans nos retranchements et peut alors nous conduire, si nous sommes faibles et influençables, à nous déjuger et, s'il est gouverné avec habileté et éloquence, à nous inciter à des compromis et à un désaveu regrettables. Tout dépend de nos certitudes. Arrivés à ce point de non retour, nous ne sommes plus seulement en phase avec le bon sens et le raisonnement, mais avec notre intime conviction, voire avec notre foi. Le domaine de l'évidence intellectuelle est étroit. Et la nature humaine si complexe, qu'elle ne mène pas obligatoirement à des solutions simples et des réponses évidentes. Si aujourd'hui, le paradoxe sévit en permanence, il serait temps de lui adjoindre bon sens, discernement et conviction, que nous avons trop souvent laissés sur le bord du chemin. Ainsi retrouverions-nous la sérénité de jugement, ne serait-ce que pour combattre le nivellement de la pensée qui nous guette,  la désinformation qui nous assourdit, l'abêtissement qui nous menace. Les exemples sont légion, le débat est ouvert.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE
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Marcel Lommier 09/09/2011 11:37


Je vois que vous avez coupé la poire en deux et distribué vos articles dorénavant sur deux blogs distincts. Je relis cet article avec plaisir. Je crois que je vous avais déjà dit que pour moi le
paradoxe était l'apanage de l'exception française. Et cela ne fait que s'aggraver. Je vous suivrai plus fidèlement sur ce nouveau site, n'étant que peu amateur de cinéma. Bonne route à votre
Interligne.


Yves B. 08/09/2011 18:40


Bon sens, discernement et paradoxe...Bien éloignés que nous sommes de l'indispensable sagesse du discernement et du bon sens, garant de la santé d'un peuple, nous dérivons aujourd'hui dans le
courant d'un monde paradoxal, pétri de contradictions. Héritée des fausses idéologies et des utopies qui l'on engendrée, notre société semble avoir choisi de s'accommoder de ces effets, sans pour
autant se poser de questions. Cette fatalité explique combien nous nous éloignons, hélas ! de l'indispensable discernement que nos anciens pratiquaient en prenant le recul nécessaire par la
réflexion, le silence, voire la méditation : de nos jours n'avons-nous pas trop privilégié le corps social aux dépens de la personne ? Un regard qui se détourne de l'essentiel pour n'embrasser que
la superficialité des choses.
Oui, le discernement et le bons sens sont complémentaires, indissociables et indispensables pour analyser avec justesse les contradictions, les équivoques, les antinomies et les sophismes que
diffuse abondamment le paradoxe. Entretenir le paradoxe en contrepartie, c'est introduire la confusion qui permet tous les mensonges, pour le moins toutes les erreurs. Notre vision actuelle,
branchée essentiellement sur le planétaire tout en se regardant le nombril, ressemble à un miroir déformant. Elle nous enferme, en réalité, sous des apparences d'ouverture, voilà un bel exemple du
paradoxe...
Nous vivons dans une société qui se veut mondialisée, offre tous les aspects et moyens technologiques et idéologiques de la communication, mais nous enserre de plus en plus dans l'étau inconscient
du monde virtuel, où l'artifice est roi dans un monde devenu bavard et agité à l'extrême. Les ondes sont récupérées au service du superflu et de l'illusoire. Gagnés par le zapping ( mot affreux
s'il en est mais qui n'a pas d'équivalent ), les individus libèrent leurs pulsions en s'étourdissant souvent dans la banalité irréfléchie de shémas imposés. Les écrans séparent, interloquent,
interrogent. Causeries insipides, sentimentalisme exacerbé, superficialité lénifiante, où même l'humour est absent, nous évoluons dans un univers de bavardages, où les images déformantes se
propagent dans un miroir qui n'est plus à deux faces.
La désinformation est pratiquée à merveille par un pouvoir médiatique manipulateur qui emploie cyniquement les nouvelles technologies afin d'influencer une société infantilisée, consommériste et
boulimique, avide de statistiques douteuses et de sondages imprécis, ce, au détriment du nécessaire discernement et de l'indispensable bon sens.
Ces deux notions essentielles ont été refoulées, reléguées aux archives du passé ; ainsi en sommes-nous arrivés à bafouer la sagesse de nos anciens pour satisfaire un matérialisme égocentrique.
L'actualité de la politique spectacle que nous offrent les prétendants à la fonction suprême de l'Etat en est un exemple flagrant. Selon eux, approfondir et juger courageusement doivent être
proscrits de la règle. Convaincre sans démontrer, encore moins prouver, l'essentiel étant de manoeuvrer en louvoyant et en faisant preuve d'une démagogie flamboyante. Noyer le peuple dans
l'équivoque, le flou et la contradiction, ne sommes-nous pas ici, une fois encore, en plein paradoxe ?
Le politique exploite l'art de jouer avec la vraisemblance ; le paradoxe est son arme favorite. Qu'importe la faiblesse et la médiocrité des jugements, l'essentiel étant de convaincre par des
subterfuges, toutes tendances confondues. Je ne porte pas de jugement de valeur mais pose un constat : qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse, du pouvoir s'entend...
Tant pis si le mensonge d'hier est une vérité du présent. Ne nous disent-ils pas le lendemain le contraire de ce qu'ils nous affirmaient la veille, ne nous promettent-ils pas de faire demain ce
qu'ils n'ont su, pu, ou voulu réaliser hier ? Les flatteries ne sont-elles pas plus payantes que les convictions ? Ce sont les girouettes qui font tourner le vent et non l'inverse. Là, les limites
sont atteintes, car il est bien difficile de vouloir plaire à tout le monde sans se déjuger. L'essentiel se résume à donner une image de marque, à se présenter masqué, sorte de publicité lisse et
parfaite où l'on a gommé, par des artifices savants, la réalité des défauts de fabrique. Mais les lézardes dissimulées ré-apparaîtront tôt ou tard, que la mémoire fragile oubliera. Voilà leur
chevaleresque espérance. Il fallait supprimer les privilèges alors on a inventé les avantages acquis, bel euphémisme ! Il fallait supprimer la dîme et la gamelle, alors on a créé plus de cent
impôts nouveaux qui font crouler le citoyen sous la servitude d'une forme d'esclavage moderne soft, ce que l'on supposait avoir éradiqué. Il fallait l'égalité pour tous, les classes ayant remplacé
les castes, et que voit-on ? ... les riches de moins en moins nombreux mais de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus nombreux et de moins en moins capables de sur-vivre. Voilà en
quelques exemples une conclusion non exhaustive.


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