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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 08:27

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Le mot tolérance recèle une part d'ambiguïté dans la mesure où l'on peut se demander où commence la permissivité et où finit la tolérance. Tolérer, c'est fatalement accepter que l'autre soit autre dans sa différence morale et physique et s'interdire d'entraver sa liberté de penser et d'agir. C'est aussi reconnaître à chacun la faculté de vivre selon ses convictions propres qui ne sont pas obligatoirement les miennes. Cela suppose que la personne, qui se montre tolérante, fasse preuve, selon les circonstances, soit d'indulgence et de compréhension, soit n'obéisse qu'à son inclination à la passivité et à l'indifférence, d'où l'ambiguïté du mot qui se décline selon des modes variables. C'est la raison pour laquelle Karl Popper parle  du " paradoxe de la tolérance " et qu'André Comte-Sponville écrit qu' une tolérance infinie serait la fin de la tolérance. En effet, dois-je tolérer la violence, le fanatisme, l'exclusion, la misère d'autrui ? D'où la vigilance constante que nécessite ma propre tolérance, afin qu'elle reste tolérable et, qu'en l'exerçant, je fasse acte civilisateur ; une tolérance bien comprise devenant alors une véritable vertu à pratiquer quotidiennement. Sans oublier qu'il y a un seuil de tolérance à ne pas dépasser. 

Il est vrai aussi qu'il y a deux façons d'être tolérant comme il y a deux manières de fraterniser : celle qui est dictée par l'amour et celle qu'inspire l'intérêt ? L'une et l'autre n'ayant ni la même valeur, ni la même finalité. La tolérance par amour est une disposition du coeur à la clémence et à l'indulgence et une propension naturelle à pardonner. Cela sous-entend un véritable goût des autres, une vraie disposition à la bonté, à la compréhension sensible d'autrui. Mais on peut tolérer aussi par indifférence, c'est alors le laisser faire, le laisser agir de celui qui est détaché des êtres qui l'entourent. On peut, d'autre part, tolérer par politesse, ruse, calcul, mépris, voire lassitude. C'est le tout ou rien  de l'intolérant qui use d'une intolérance raide et abstraite dans les aléas d'une existence souple et impure. Aussi, pas d'autre moyen, pour sortir de cette conception de la tolérance, que d'avoir recours au respect, le respect que l'on doit à autrui et que l'on se doit à soi-même, en faisant un effort pour mieux comprendre, c'est-à-dire pour entrer dans une relation plus étroite qui s'apparente à l'ordre de la charité.

P
eu de mot plus dévalué que celui-ci en notre époque matérialiste où tout ce qui a une connotation spirituelle est entaché de suspicion. Et pourtant, charité se définit comme le principe du lien spirituel et moral qui pousse à aimer de manière désintéressée des hommes considérés comme des semblables, selon ce que Saint Paul a exprimé dans l'une de ses plus belles Epîtres :


" Quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas la charité, tout cela ne me sert de rien. La charité est patiente, elle est bonne. La charité n'est point envieuse, la charité n'est point inconsidérée, elle ne s'enfle point d'orgueil, elle ne fait rien d'inconvenant, elle ne cherche point son intérêt, elle ne s'irrite point, elle ne tient pas compte du mal, elle ne prend pas plaisir à l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité. Elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout. La charité ne passera jamais".  ( I. Cor. XIII 1-8 )

Quelle plus belle leçon de tolérance ! Et puisque nous en sommes aux citations, considérons ce que d'autres sages ont écrit à ce sujet. Cela peut nous aider à affiner notre jugement et nous encourager à pratiquer dans la vie courante cette tolérance attentive et aimable, mais point faible et aveugle.

   

"Le partage ne divise pas. Au contraire, il rassemble ce qui a été séparé, divisé. On sort de soi-même pour aller vers les autres avec bienveillance, contentement et modestie. Retrouve cette humilité joyeuse, animé du désir de servir le monde. C'est toi-même que tu recevras en partage, ta réalité profonde, en accord avec la réalité harmonieuse de l'univers".     Dugpa Ripoché 

"Ceux qui brûlent des livres finissent tôt ou tard par brûler des hommes".  Heinrich Heine

 

"J'ai honte de nos hommes enivrés de cette sotte humeur de s'effaroucher des formes contraires aux leurs : il leur semble être hors de leur élément quand ils sont hors de leur village. Où qu'ils aillent, ils se tiennent à leurs façons et abominent les étrangers".  Montaigne
                                                                                                                
"
Ne pas railler, ne pas déplorer, ne pas maudire, mais comprendre".    Spinoza

 

"Le respect de la différence  - qu'elle soit de race, de croyance, de sexe ou d'ethnie - se fonde sur l'alliance de modestie et d'exigence que chacun doit appliquer à soi-même et aux autres".   Federico Mayor

 

"Il ne s'agit pas de penser beaucoup, mais de beaucoup aimer".     Thérèse d'Avila

 

"Abstenons-nous de tout courroux et gardons-nous de jeter des regards irrités. Et n'ayons nul ressentiment si les autres ne pensent pas comme nous. Car tous les hommes ont un coeur et chaque coeur a ses penchants. Ce qui est bien pour autrui est mal pour nous, et ce qui est bien pour nous est mal pour autrui. Nous ne sommes pas nécessairement des sages et les autres ne sont pas nécessairement des sots. Nous ne sommes tous que des hommes ordinaires".   Prince impérial Shôtoku - Japon An 604

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE
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commentaires

COLLADO Patrice 26/01/2015 19:37

Un article qui risque de rester d'actualité encore quelques années ! La tolérance nait de l'amour : amour de soi , amour des autres et amour et respect d'un transcendant seul capable de nous éviter d'être nos propres juges ! Encore ne faut-il pas instrumentaliser le tout pour de sordides intérêts . L'in-tolérance gagne du terrain car l'homme est de plus en plus tourné vers et retourné sur lui. Abravanel pseudo de Luc Richir un poète belge a écrit : "l'être est parce que 'je' laisse être" : se décentrer de soi c'est ne plus se crisper sur l'avoir pour laisser la liberté à l'être : c'est là le secret de la tolérance ne croyez-vous pas ?

armelle 26/01/2015 20:09

Merci de votre visite Patrice. Tolérer, c'est d'abord discerner ce qui est tolérable et se tourner vers les autres afin d'être en permanence en éveil et si possible en sympathie.

Harry Roy 24/01/2015 17:00

Le jeu de la tolérance fonctionne bien si l'être dont on est tolérant, soit tolérant lui-même. En cas où lui, il ne soit pas, on a le droit au moins de le critiquer. Nous sommes arrivés à ce point avec des tueurs du World Trade Center et du Charlie, et si on y pense, ceux qui fouettent les gens qu'ils trouvent coupables seulement du fait d'écrire des propos interdits. L'homme civilisé peut voir le différend entre ces malfaiteurs et leurs concitoyens paisibles. Mais le temps approche où quelques personnes ne puissent voir la distinction, ce qui est dangereux.

Sandrine L. 21/01/2015 17:18

J'ai appris récemment que le "Traité sur la tolérance" de Voltaire était quasiment en tête des ventes ces derniers jours. C'est très intéressant que sur cette affaire de Charlie, Voltaire soit cité à tout bout de champ (une phrase qu'il n'a jamais écrite d'ailleurs). Ce qui est encore plus intéressant, c'est que ce même Voltaire, parangon de la tolérance (à deux vitesses) était affreusement antisémite. Les entrées "juif" et "mahométan" dans son dictionnaire philosophique sont à la limite du supportable aujourd'hui.
Comme quoi, la tolérance - comme la paix - est un concept marketing très porteur, surtout pour les affaires.

armelle 21/01/2015 19:19

Oui, une tolérance à géométrie variable. Cela a toujours été. Et plus que jamais aujourd'hui.

armelle 02/05/2012 20:15

Merci Alain. Ce sont des amis comme vous qui me donnent l'envie d'écrire? Vous êtes mon combustible.

Ciné Alain 02/05/2012 19:42

Visiblement un article déjà paru mais qui est bienvenu en ces jours quelque peu tourmentés. J’aime lire vos textes un fois imprimés. "Ils me parlent" davantage avec le contact du papier me
permettent de m’arrêter, de lever la tête, de regarder le ciel et retourner à la lecture. J’aime me laisser envahir par vos pensées. Elles rejoignent souvent les miennes avec ce plus du langage que
vous utilisez de si belle manière. C’est un grand bonheur toujours renouvelé. Merci Armelle.

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Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

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