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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 09:58
Proust et l'hôtel Ritz

 

 

Photos personnelles

 

Proust a été durant une partie de sa vie un familier de l'hôtel Ritz, lieu prestigieux où il se plaisait à recevoir. Il louait un cabinet pour des soupers intimes avec des personnalités du monde littéraire ou des aristocrates qu'il entendait convier dans un décor raffiné, décor qui incitait aux confidences. En effet, qu'est-ce que Proust recherchait en priorité, sinon faire parler ces femmes et ces hommes qui alimentaient son oeuvre et dont les voix devaient être rendues de façon authentique comme si elles avaient été enregistrées par un magnétophone. Et ce sera le cas : le rendu de ces voix multiples, grâce à la plume de l'écrivain, est confondant de réalisme et de véracité. Le Cercle littéraire proustien de Cabourg-Balbec se devait, par conséquent, de déjeuner un jour dans ce décor, afin de mieux évoquer l'écrivain. Ce qui fut fait en avril 2010. 

 

 

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Le Ritz, considéré comme l'un, sinon le palace le plus luxueux du monde, fut ouvert en 1898 et fondé par un citoyen suisse César Ritz. Rendez-vous des célébrités et de l'aristocratie européenne, il vit défiler des têtes couronnées, des personnages en vue et des écrivains comme Proust qui y buvait du champagne Cliquot servi par Olivier, son maître d'hôtel favori, Ernest Hemingway qui préférait les cocktails et la bière, Cocteau qui n'osait pas dessiner sur les murs ou Scott Fitzgerald qui y séjournait avec sa femme Zelda lorsqu'il était argenté. Enfin Coco Chanel y vécut jusqu'à sa mort et la princesse Diana y passa sa dernière nuit, sans compter les stars du monde entier qui se sont faits un point d'honneur à s'y afficher avec panache.


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                                         Le bar Hemingway

 

 

C'est surtout à la suite de sa rencontre avec la princesse Soutzo, qui y logeait avant de faire construire son hôtel particulier du Champ-de-Mars, 3 avenue Charles-Floquet, que Proust fréquentera l'hôtel Ritz, principalement durant les années de guerre en 1917 et 1918 et, ce, jusqu'en 1922, année de sa mort. Epouse séparée du prince Soutzo, dont elle conservera le nom et le titre, Hélène devait épouser par la suite l'écrivain Paul Morand. Marcel Proust désirait d'autant plus l'approcher qu'elle était jolie et intelligente, cultivée et spirituelle et, qu'à travers elle, il aspirait à séduite Morand, cet homme pressé qui était tout le contraire de lui au physique et au moral mais qui le séduisait par son intelligence vive et son élégance naturelle. C'est par conséquent cette femme qui va lui donner le goût du Ritz, univers de beauté et de volupté qu'il préférera bientôt au Crillon, peut-être parce que le personnel était suffisamment bavard pour lui glisser à l'oreille des renseignements inédits sur leurs illustres clients et que Proust, en ces années-là, était entièrement immergé dans sa recherche et n'avait d'autre préoccupation que l'élaboration de son oeuvre. Chacune de ses sorties, chacune de ses visites ou rencontres n'était envisagée que dans cette perspective. 

 

En 1917, Proust a 46 ans et sa santé est de plus en plus chancelante. En octobre 1914, lors du retour de son dernier séjour à Cabourg, il a eu, dans le train, une crise d'asthme épouvantable où il a cru mourir et, depuis lors, il ne souhaite plus quitter la capitale tant sa santé ne cesse de s'altérer. Néanmoins, une passagère amélioration l'incite à quitter pour quelques heures sa chambre funèbre tapissée de liège où il est devenu une sorte de marathonien des lettres, écrivant jour et nuit, et plutôt la nuit que le jour, grâce à ces agitateurs de neurones que sont le café et les diverses drogues dont il abuse. Le Ritz devient ainsi un des pôles de sa vie, celui où il se rend deux ou trois fois par semaine pour y recevoir, dans des salons privés, des personnalités comme Jacques de Lacretelle, Pierre de Polignac, Emmanuel Berl, Ramon Fernandez et,  bien entendu, le couple qui l'inspire dorénavant : Hélène Soutzo et Paul Morand. De plus, il tisse des liens étroits avec les maîtres d'hôtel et davantage avec le fameux Olivier Dabescat qui sera pour lui une source précieuse et inépuisable d'informations. C'est celui-ci qui racontera l'un des premiers dîners de Marcel Proust au Ritz : arrivé vers 22 heures dans la salle déserte, emmitouflé dans sa peau de loutre, il commanda un poulet rôti, des pommes de terre, des légumes frais, suivis d'une salade et d'une glace à la vanille. Il se fit ensuite servir, dans un petit salon, une grande cafetière et but seize demi-tasses d'un excellent café

 

 

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Au cours de ces soupers, l'écrivain ne cessait d'interroger le serveur sur la clientèle du Ritz qui était composée, à l'époque, de la haute aristocratie internationale dont le prince de Galles et ses frères, le roi Alphonse XIII, le grand-duc Dimitri et la reine Marie de Roumanie. Et que cherchait Proust en venant s'attabler au Ritz en dehors de ses rencontres avec des écrivains comme Gide ou Cocteau, des critiques littéraires qu'il aspirait à séduire, car à quoi servirait d'écrire si on n'est pas lu, et auprès desquels il tentait d'expliquer le sens profond de son oeuvre qui apparaissait difficile à lire à la plupart d'entre eux, si ce n'est une sorte de mélancolie inspirante, car l'écrivain n'était pas dupe : dans un tel décor les riches clients ne venaient-ils pas y oublier un amour, y retrouver un rêve, y chercher une consolation, y espérer une rencontre, y soigner un mal-être, en un lieu exceptionnel qui ne leur évoquait pas moins qu'une traversée des illusions. Et pour Marcel : la fin d'un monde. 

 

" Le clair de lune semblait comme un doux magnésium continu permettant de prendre une dernière fois des images nocturnes de ces beaux ensembles comme la place Vendôme."   La Recherche

 

Proust y retournera jusqu'en 1922, année de sa mort, souvent seul. Ce qui m'amuse - écrivait-il - ce sont les soirées nombreuses et mêlées comme un feu d'artifice. Le Ritz m'a un peu donné cela, mais c'est toujours la même chose. Certes puisque les feux d'artifice sont faits pour s'éteindre et les soirées nombreuses et mêlées, l'occasion d'assister à un bal de masques. Rien d'autre. C'est ce que Proust avait compris et qu'il venait contempler, sachant que le temps détruit tout et que l'artiste a la charge de le reconstruire.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans DOSSIER MARCEL PROUST
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commentaires

Maxime 21/03/2014 13:15

Un endroit exceptionnel sans nul doute et inspirant comme le sont certains autres grands palaces du monde où les écrivains se plaisaient à séjourner.Et les photos sont belles. Il est vrai que le
décor est photogénique.

Armelle 07/03/2014 11:14

Merci de vos commentaires. Il est vrai que cet hôtel est proprement féerique et que ce fut un grand moment pour les membres du Cercle littéraire proustien de Cabourg-Balbec d'y déjeuner dans une
ambiance évidemment proustienne.

Thérèse 06/03/2014 12:27

Il y a une féerie dans ce lieu qui doit inspirer les artistes. Quel bel article.

denis billamboz 06/03/2014 00:40

Waouh !

Edmée De Xhavée 05/03/2014 19:59

Mais c'est un merveilleux endroit pour finir une vie, je trouve. De la beauté, de l'élégance et le fantôme des pensées de ceux qui y ont pensé :-)

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