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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 07:53

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Certains pensent que l'avenir est écrit d'avance. Les mythes les plus anciens et les cosmogonies définissent la cause des phénomènes qui font que le monde est ce qu'il est. L'homme s'interroge depuis toujours sur le sens de la vie dans le souci de comprendre le monde et ses semblables. Cosmos signifie ordre. D'où vient cet ordre ? Cette harmonie ? Les choses y paraissent déterminées. Aussi, dès la Grèce antique, a-t-on émis l'idée que la création et le créé avaient un destin. Les héros étaient soumis à l'autorité des dieux et une déesse du destin faisait son apparition sous le nom de Moira.

 

Chez Homère, les sentiments les plus importants étaient inspirés par les dieux et non par les héros. L'origine de l'action se situait en-dehors de lui. Cette action n'était donc pas le fait d'une vertu humaine quelconque mais d'une grâce reçue de l'au-delà. Le poète lui-même n'était qu'un vecteur inspiré par les Muses. L'homme était donc soumis à l'influence des dieux si nombreux dans l'Olympe. Sa seule contribution libre était d'accepter ou de refuser le destin qui lui était proposé.

 

Chez Eschyle, l'idée de destin domine complètement son théâtre. Il croit en la justice divine. Plus nuancé apparait Sophocle. Les hommes peuvent le refuser puisqu'ils disposent de leur libre arbitre. Euripide va plus loin encore en prenant ses distances avec les divinités. L'homme, qu'il décrit, organise sa vie, forge son destin, mais reste la proie de ses passions. Chaque héros devient ainsi l'image d'un désastre causé par la passion. Celui d'Euripide est possédé par ses vices et ses pulsions et commet ainsi des actes qui échappent à la raison. Médée, figure de la passion insensée, ne s'écrie-t-elle pas : Je sens le forfait que je vais oser commettre...

 

Les stoïciens croyaient eux aussi au destin. Ils avaient une vision circulaire du temps qui voit périodiquement revenir des phases de dépérisement et de re-création selon le mythe de l'éternel retour. Mais, d'après eux, l'art de la divination ouvrait des fenêtres sur une possible connaissance de l'avenir. Ils admettaient deux sortes d'interprétation : l'artificielle et la naturelle.
L'artificielle qui passait par les mages et supposait une lecture subjective, ce qui était la porte ouverte à de nombreuses erreurs, étant donné que les mages risquaient de se fourvoyer.
La naturelle, qui émanait de l'oracle en prise directe avec le divin par la transe, et que l'on considérait comme exempte d'erreur. Il y avait également le songe dont les dieux gratifiaient certains hommes, chargés ainsi d'un message prophétique.

 

Cicéron va s'élever contre ces thèses qui font fi de la raison. Si on nie l'existence du hasard, on ignore les propriétés de la matière, car il n'y a, nulle part, de déterminisme absolu, disait-il. Comment un homme en transe verrait-il mieux qu'un sage ? Et les interprétation pouvaient être multiples et erronées. Même chose pour les songes qui ne donnent que des visions approximatives. Pour lui, aucune force divine n'intervenait chez l'oracle et dans les rêves. Il lui semblait  indigne que le divin ait recours à de tels subterfuges et  s'exprime dans un langage quasi incompréhensible et sujet à caution.

 

La question demeurait : Y avait-il une liberté individuelle ? Certainement ! répondaient les philosophes. Bien que je ne sois pas maître de mon existence, je suis responsable de mes jugements. En effet, si se rebeller contre les lois du monde est vain, ce qui dépend de moi doit être voulu, cherché, désiré ; ainsi suis-je maître de mes pensées. Et à la question suivante : Qu'est qui est à moi ?, la réponse ne peut être que celle-ci : l'usage de mes idées. Si je n'ai pas de pouvoir sur les choses, je peux les juger et en tirer les conséquences qui interviendront sur l'orientation de ma vie. Le principe de mes actions m'est personnel.  Ma volonté, même Zeus, disait un philosophe antique, ne peut pas la vaincre. Ainsi les choses n'ont-elles sur moi que le pouvoir que je veux bien leur accorder. Je peux être libre dans la servitude, car il m'est loisible alors d'accepter cette servitude, non par résignation mais parce que cet acquiescement dépend de mon bon vouloir. J'exerce ainsi pleinement ma liberté. Les stoïciens acceptent ainsi  avec le sourire les épreuves de l'existence. C'est le supporte et abstiens-toi d'Epictète. Vivre conformément à la nature est la seule attitude raisonnable, pensaient-ils. Le plus important venant de nous, de notre regard et de notre jugement sur les choses. Quant aux avatars, ils font partis de l'ordre du monde, tel qu'il est immergé dans le temps et conditionné par sa finitude. Fatalité ? Les stoïciens acceptent et veulent le monde tel qu'il est. Nous sommes d'autant plus libres, professaient-ils, si nous adhèrons à notre destinée et coopérons avec l'événement. En quelque sorte, si nous harmonisons  notre volonté à la volonté divine. Les épicuriens s'opposeront vivement à cette interprétation  et élaboreront une théorie à l'opposé de la leur.

 

Dans son traité de la nature, seul ouvrage que nous possédions de lui, le philosophe et physicien Epicure insiste sur le hasard et la nécessité, causes fondamentales. Il rejette l'idée de destin. Pour lui, la nature est composée d'atomes et de vide ( il reprend ici la thèse atomiste de Démocrite ). Mais il ajoute aux corpuscules, le concept de pesanteur. Les atomes doivent être déviés pour se rencontrer, d'où l'idée d'un mouvement spontané lié au principe de pesanteur. (Atomes crochus qui se rejoignent en s'articulant les uns aux autres et sont indivisibles) L'infini diversité du monde est le résultat de ces assemblages d'atomes dûs aux chocs, à leur pesanteur et à leur mobilité dans le vide. Au hasard des rencontres s'ajoute donc la nécessité de leur assemblement. De ce fait, le hasard suffit à rendre impossible un déterminisme absolu.

 

L'homme peut agir en tant que cause initiale et initiante. L'être humain comprenant les lois de la nature augmente sa liberté. Il y a bonheur si nous nous délivrons de la crainte des dieux, de la mort et de la fatalité. Pous accéder au repos de l'esprit, il est urgent de se libérer des croyances fausses sur les dieux et sur le plaisir et de nos opinions erronées sur la douleur. Si les dieux existent, pensait Epicure, ils ne s'occupent absolument pas de nous. Ils ont autre chose à faire. Selon lui, l'âme était elle aussi constituée de matière et ne pouvait en aucune façon prétendre à une quelconque éternité. La mort ne nous concerne pas, affirmait-il, car tant que nous existons la mort n'est pas là. Et quand vient la mort, nous n'existons plus. Pourquoi ? Parce que les atomes de l'âme s'éparpillent de tous côtés après le décès. Considérer les choses ainsi apporte la paix intérieure, une absence de trouble pour le corps et l'esprit. C'est une sorte de plaisir en repos, le seul souhaitable. Car le plaisir en mouvement engendre le manque et l'inquiétude. Epicure résumait sa philosophie ainsi :


Nous n'avons rien à craindre des dieux.
La mort ne mérite pas qu'on s'en inquiète.
Le bien est facile à atteindre.
Le terrifiant est facile à supporter.

 

Dans la Rome populaire du IIème siècle, le destin fatum est lié aussi à l'ordonnance des astres. Ce sont les femmes qui ont répandu cette croyance en l'astrologie par une propension à la superstition peut-être plus grande que chez les hommes. Elles se sont mises à consulter des astrologues, éloignant ainsi le peuple crédule de la religion. Selon Juvénal, poète latin de l'époque, rien ne va plus ; on est passé, en quelque sorte, des dieux intelligibles aux dieux inférieurs, cédant à l'astrolatrie et aux prédictions des augures pour le plus grand malheur de la cité.

 

Le chrétien peut accepter le destin comme décret de la Providence Divine. Dieu est la cause première qui détermine les causes secondes dans le sens du bien et du meilleur. Dans la religion chrétienne, il y a un début ( Au commencement était...) et une fin : l'Apocalypse. Cette Histoire suit un ordre où se déploie la Providence, mais le sens réel est caché dans les profondeurs du divin, disait Leibniz. Dieu a orienté l'Histoire dans un sens ascendant. Eusèbe de Césarée, évêque et écrivain de langue grecque, a écrit une Histoire ecclésiastique qui traite des trois premiers siècles du christianisme. Il entend prouver que certains faits ( le martyr par exemple) étaient nécessaires. Bossuet, évêque de Meaux, a rédigé - quant à lui - un discours sur L'Histoire Universelle, qui  montre le rôle capital joué par Dieu au sein de la vie des hommes. Il éclaire ainsi le destin providentiel et atteste que l'injustice du sort n'est qu'apparente. Quant aux Jansénistes, le salut dépendait de la volonté et de la grâce de Dieu. Le mérite humain n'avait pas une grande part dans l'affaire. L'homme, corrompu par le péché, ne disposait plus des moyens nécessaires pour gagner seul son salut. Il restait un être déchu tant qu'il n'était pas touché par la grâce divine. Dieu choisissait ainsi ceux qu'Il voulait sauver.

 

Kant va s'élever contre cette sorte de prédestination qui ne concerne que certains êtres et non d'autres. Le concept d'une assurance surnaturelle lui apparaissait dangereuse. Chacun ne doit-il pas compter sur son libre arbitre, assurait-il. C'est à nous de nous montrer vertueux et d'user de notre volonté pour progresser.

 

Leibniz préférait une providence générale. Dieu se serait contenté de créer le monde sans pour autant s'investir dans les affaires humaines. Ainsi l'homme pouvai-il se considérer comme une créature libre. En offrant à l'homme la volonté, Dieu l'élevait au niveau de Cause. Il était la cause de son propre destin et détenait, de ce fait, une part de la Volonté Divine. C'est la raison qui justifiait l'idée qu'il avait été créé à son Image. Même le péché pouvait alors être considéré comme une preuve de sa liberté.

 

D'après Leibniz, il existe trois sortes de maux : métaphysique ( le mal ), moral ( le péché ), physique ( la douleur ). Ils sont la condition de biens inestimables et l'origine de bienfaits nombreux, dans la mesure où l'homme s'emploie à les dominer, à les surmonter. La Création divine est donc conforme à la perfection de son Créateur, le possible étant antérieur au réel. Par conséquent, deux choses peuvent être possibles sans être forcément compatibles, si bien que la perfection de Dieu se matérialise par le choix de la meilleure combinaison. Tout est agencé pour le mieux et il faut considérer l'ensemble de la Création pour juger de son admirable ordonnance. Le mal métaphysique s'explique parce que la Création ne peut être parfaite, elle doit être avant tout  compatible. La possibilité de faire le mal permet aussi de faire le bien. Sans le mal, le bien n'existerait pas, car nous n'aurions plus de moyen de comparaison et notre jugement ne pourrait s'exercer. Le mal apparent se résout par un plus grand bien apparent. La douleur est la conséquence d'un bien voilé pour le monde. Elle a une valeur salvatrice et fortifie la volonté, sans laquelle l'homme ne saurait et ne pourrait agir. Et, puisque le monde ne peut être sans cataclysmes, Dieu ne permet le mal qu'en tant qu'élément direct d'un bien supérieur.

 

L'idée de fatalité et de destin se retrouve dans la religion musulmane. Inch Allah ! ( si Dieu le veut ! ) Egalement dans le fatum populaire. Le cours des choses serait marqué par une fatalité absolue. Evénement prévu et donné qui va se produire, qu'on le veuille ou non. La volonté de l'homme n'ayant plus le moyen d'intervenir, l'événement fatal ne peut être évité. Ce fatalisme abolit l'avenir. L'histoire est écrite d'avance et l'homme n'est alors qu'un pion sur l'échiquier tragique. L'irrationnel recouvre tout et il n'y a plus de liberté possible. Le hasard est lié à la multitude des causes. Or les événements obéissent à une nécessité conditionnelle et le déterminisme est associé à des clauses initiales. Pas d'effet sans cause. Rien ne peut venir de rien. Telle ou telle cause produit tel ou tel effet. Idée reprise par des théologiens chrétiens.

 

Ce principe de causalité est à l'origine des Sciences. Le savant tente de dégager des lois de probabilité. Si les phénomènes étaient sans causes, il n'y aurait pas de science possible. Le hasard, dans tout cela, est tributaire de la multitude des causes. Si le monde est déterminé, il n'est pas pour autant prévisible. Les effets demeurent toujours incertains, car ce qui peut s'accomplir peut aussi être empêché. Descartes disait qu'on ne peut nier qu'une chose peut cesser d'être dans chaque moment de sa durée. Une action porte le caractère de l'aléatoire. Il y a de l'imprévisible dans notre réalité. Il n'y a que le passé pour en être dispensé.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE
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Philippe LASSIRE 28/08/2011 10:57


Depuis les origines des réflexions philosophiques et spirituelles de l'humanité les discussions opposant le prédéterminisme au libre-arbitre ressemblent beaucoup à celles qui opposaient, dans le
passé, les partisans de la Terre ronde à ceux de la Terre plate, ou ceux de l'évolution à ceux de la création. Les arguments sont surtout rhétoriques. Ce sont des opinions fermes, rarement
corroborées par les faits. Et pourtant ils suscitent chez les gens de fortes émotions. Le fait est que ce nous croyons être une chose ne change pas la véritable nature de la chose elle-même. Que
les gens aient cru ou non en l'évolution, ne modifie pas la véritable histoire des manifestations de la vie. Que les gens croient ou non au libre-arbitre ne modifie pas la réalité de cette matière.
Il est futile de se tourmenter à propos d'une telle chose. Il est bien mieux de considérer objectivement le sujet en faisant le tour de la question pour ensuite porter des jugements.

Néanmoins pour le plaisir, je me reporte à Antoine Fabre d'Olivet (1768-1825) qui, en 1813, publie les Vers dorés de Pythagore. Il s'agit d'un ensemble de commentaires à propos de vers grecs. Dans
ce livre, plein de digressions, Fabre d'Olivet veut montrer l'universalité de la tradition, la valeur de la théosophie et l'impuissance de la philosophie. Il disserte longuement sur la loi du
ternaire : nécessité (ou destin), puissance (ou volonté) et Providence. Il présente les deux premiers comme étant soumis à la providence dont ils émanent. La première (volonté) s'exerce sur les
choses à faire. La deuxième (destin) sur les choses faites, la troisième (Providence) sur le présent, tout cela entrant dans l'Unité absolue pour constituer le quaternaire pythagoricien.

Ces trois puissances constituent à leurs yeux le ternaire universel. « Rien n'échappe à leurs actions, tout leur est soumis dans l'univers ; tout, excepté Dieu Lui-même, les enveloppant de son
insondable unité qui forme avec elle cette tétrade sacrée des anciens, cet immense quaternaire, qui est dans tout et hors duquel il n'est rien.
Il précise que ces trois puissances ou principes principiels sont très difficiles à définir, cependant « elles peuvent être connues par leurs actes et saisies dans leurs mouvements puisqu'elles ne
sortent pas de la sphère où l'homme individu est renfermé comme partie intégrante de l'homme universel. Ce qui s'oppose à ce que Dieu ne puisse être connu et saisi de la même manière que ces trois
puissances qui en émanent, c'est parce que cet Être absolu les contient sans en être contenu et les enchaîne sans en être enchaîné. Il tient selon la belle métaphore d'Homère, la chaîne d'or qui
enveloppe tous les êtres, et qui descend des hauteurs du brillant Olympe jusqu'au centre du ténébreux Tartare. Mais cette chaîne, qu'il ébranle à son gré, le laisse toujours immobile et libre.


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