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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 08:08

 

mensonge-56267


Qu'est-ce que le mensonge ? Nous pourrions le définir en répondant qu'il est le contraire de la vérité, mais encore faudrait-il savoir ce qu'est la vérité. Car à chacun sa vérité, même s'il y a une vérité ciblée par la morale et par la science. Selon le dictionnaire, qui le résume en quelques mots, le mensonge est  une assertion sciemment contraire à la vérité et faite dans l'intention de tromper, qui nous incite naturellement à la falsification, à l'erreur et à l'égarement. Jusqu'à l'âge de 5 ans, l'enfant ignore le mensonge et n'éprouve aucune sorte de culpabilité pour la simple raison qu'il n'est pas enclin à l'envie, à l'orgueil, ces désirs et tentations coupables qui incitent au mensonge. Il n'a pas pris conscience que l'on peut à volonté et, en alternance, choisir le bien ou le mal, le vrai ou le faux. D'autant que pour bien mentir, il est préférable de connaitre la vérité et d'être animé par l'intention de falsifier une action ou un discours, en laissant croire le contraire de ce qui est.

 

Les premiers philosophes ont envisagé l'homme en tant que locuteur, et ont pris vis-à-vis de lui les distances qui s'imposaient, sachant que le langage peut tout aussi bien révéler que dérober, exprimer que voiler. Aucune parole ne peut me donner la chose elle-même, car derrière les mots, il n'y a pas les choses, seulement leurs représentations. Quand je dis " je ", déjà je me sépare de moi-même, tant les mots s'écartent de ce qu'ils nomment et tant la parole favorise la division du sujet. Le moi et le je sont une sorte d'illusion grammaticale. Notre moi est davantage un nous, parce que notre individualité est composée d'une multitude d'individus qui, au fil des générations et du temps, ont réussi à faire de nous un être unique, une personne. " Tous les autres sont en moi " - écrivait Apollinaire, tandis que Rimbaud affirmait - " je est un autre ". En règle générale, le langage est approximatif et les concepts, trop généraux et insuffisamment explicites, pour traduire pleinement notre pensée. Jamais un mot ne sera l'expression idéale de la réalité. Les concepts ne renvoient pas à une chose existante. Le concept de l'être humain, par exemple, ne représente pas l'être. C'est une généralité qui cache une singularité. Ainsi le langage banalise-t-il les sentiments et les mots n'expriment-ils que l'aspect impersonnel des choses. Ils mutilent et dénaturent et aboutissent à ce que la vérité reste la plupart du temps indistincte, confuse et imprécise.

 

Le silence lui-même est trompeur. On parle de mensonge par omission.Se taire pour ne pas avouer ou dire la réalité. Entre le tout-dire, le trop-dire, le non-dire, le supposé-dire, la gamme est large des hauts risques de la parole. Le mal vient le plus souvent de son mauvais usage. Mais dès lors que le mensonge parvient à modifier notre comportement, il ne s'agit plus d'accuser le dire mais le faire. On sait que les mauvaises manières précèdent les mauvaises actions. Or, il n'y a pas de vie possible en société sans un minimum d'égard les uns vis-à-vis des autres. "Faites semblant d'être vertueux et vous le deviendrez" - proclamait un philosophe. Ce n'est ni plus, ni moins, faire en sorte que nos actes soient en accord avec nos paroles. L'acte est effectivement un témoignage plus probant que ne l'est le verbe. Le héros agit et ne disserte pas sur son héroïsme, dans le souci de conformer le faire au dire. Les grands diseurs sont rarement les grands faiseurs. Tout est dans la conduite que l'on adopte. Paraître au lieu d'être. L'homme public et l'homme politique tentent le plus souvent de s'octroyer l'opinion et, pour l'acquérir, n'hésitent pas à mentir et tricher. Mensonge valorisant qui n'a d'autre objectif que de susciter une projection idéalisée de sa personne. Tant il semble qu'exister pour soi est plus important qu'exister pour les autres.

 

 Pourquoi ? Parce que le mensonge rend impossible la communication vraie. A partir du moment où l'on ment, on contredit la possibilité de communiquer. Ce n'est ni plus ni moins la rupture du dialogue et de la vie en commun. "La vérité ne souffre aucune exception " - affirmait Kant. Le mensonge instrumentalise autrui en le réduisant à l'état d'objet. Alors que chacun de nous se doit de rester une valeur absolue. On ne fait pas d'un être...sa chose. Autrui n'est pas un objet manipulable, du moins ne devrait-il jamais l'être. Or, quand je mens à quelqu'un, j'en fais un simple moyen à mon service, j'use de lui comme d'un objet qui sert mes plans. "La vérité est inconditionnellement exigible " - poursuivait Kant, qui estimait que le devoir moral sous-tend une valeur qui n'a de sens et de réalité qu'en situation.

 

Néanmoins, le tact, le secret, peuvent être un recours dans certains cas. Les devoirs moraux ne forment pas un pluriel d'absolus, égaux entre eux. Sauver un innocent vaut mieux que de dire la vérité. Cela peut se concevoir en maintes occasions. On peut également dire la vérité par méchanceté et non dans un pur souci d'équité. Mentir par bonté existe également. On sait que toute vérité n'est pas bonne à dire. Certains circonstances nous obligent à accommoder cette vérité afin qu'elle soit recevable. Au mieux, le mensonge peut être un mal nécessaire, mais il ne faut pas l'instituer en modèle, en paradigme. Envisager auparavant d'autres solutions mieux appropriées, en apprécier les éventuels résultats. Le devoir de vérité a aussi ses limites. On peut mentir par compassion et dire la vérité par cruauté. C'est la qualité intrinsèque de l'acte qui compte, la vérité n'étant pas au-dessus du bien.

 

Au final, ne serait-ce pas l'amour qui devrait être à l'origine de nos actes, tant il est vrai que le coeur est souvent plus juste que la raison. Mieux que la vérité, parfois hasardeuse, l'amour devrait être notre guide. Le menteur se trouve souvent dans un état de faiblesse. Il souffre d'un surmoi démesuré et craint de déplaire à autrui, si bien qu'il devient dépendant de son paraître. Et si nous le condamnons, il ne fera que développer son désir de tromper et cela amplifiera  encore son mal-être. En le pointant du doigt, en essayant de le démasquer, nous ne faisons qu'éveiller sa méfiance, accélérer son zèle. Il est donc nécessaire d'agir avec discernement vis-à-vis de soi et vis-à-vis des autres. Ce qui signifie ni aveuglement, ni excès d'indulgence, mais cela relève sans doute du voeu pieux. Lorsque l'on ignore la vérité, l'illusion persiste. Lorsque l'on connait la vérité, le mensonge cesse, ou du moins faiblit.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE
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Loic 22/12/2015 21:07

Jamais le mensonge n'a ete plus present qu'actuellement dans notre societe du paradoxe et de la simulation et sur la planete entiere, ce qui suscite violence et division. Les raisons d'un monde malade.

Edmée De Xhavée 03/04/2013 10:43

Oui, c'est finalement le coeur qui fait la vraie distinction entre le mensonge et la vérité qu'il faut dire ou taire. Car le mensonge n'est pas un "péché" en soi, pas plus que la vérité n'est
forcément une vertu, comme vous le faites remarquer!

Marcel Lommier 02/11/2011 10:12


La pensée contemporaine n’est plus orientée vers la recherche et la contemplation d’un ordre éternel. Des influences la dominent : d’une part une philosophie du changement, de l’évolution, du
devenir. On pense en particulier à Hegel, dans la mesure où il a dénoncé les attitudes unilatérales et exclusives, les certitudes immédiates. D’autre part, une philosophie de la mort de Dieu
inspirée de Nietzsche, pour qui la connaissance n’est pas la contemplation désintéressée d’une prétendue réalité objective. La vraie question est pour lui : «  quelle est la valeur de la
vérité pour la vie ? «  La rend-t-elle plus forte, plus créatrice ou plus faible, plus servile ? Mais, plus profondément, Nietzsche dit que la vérité brise les illusions consolantes et nous
révèle le monde comme un chaos sans ordre, sans beauté, sans sagesse. Il en déduit que nous pourrions mourir de cette vérité-là. Enfin, une philosophie de la liberté, selon Sartre et le primat
qu’il accorde à l’existence sur l’essence, à l’absurdité fondamentale et à une conception de la liberté aveugle «  fondement sans fondement de toutes nos valeurs ».
De tout cela résultent les dispositions suivantes : méfiance à l’égard des dogmatismes, prudence intellectuelle, peur d’être dupe ou présomptueux dans les jugements. On parle d’ailleurs de « 
vérités plurielles », ce qui laisse envisager une certaine complaisance contemporaine dans le scepticisme qui confond vérité et opinion.
Voilà ce que votre article m’inspire, mais cela n’est jamais qu’une vision limitée des choses. Aussi le mensonge, se fait-il la part belle dans notre société.


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LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

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La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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