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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 09:03

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O vieilles pluies souvenez-vous d'Augustin Meaulnes
Qui pénétrait en coup de vent
Et comme un prince dans l'école
A la limite des féeries et des marais

En un pays mené de biais par les averses
Et meurtri dans son coeur par le fouet des rouliers
Le lit défait du garde-chasse
Les chemins creux du monde entier
C'est là que je t'attends c'est là que je te veille
Printemps comme un chanteur des rues printemps pareil
A la petite lumière d'un vélo sur la route
Voici que le plus simple entre nous s'émerveille
D'avoir entre les mains un bouquet de jonquilles
Et l'oiseau qui dormait encore se souvient
D'une fenêtre au bout du monde
Peut-être que là-bas dans les terres perdues
Une jeune fille de famille toute nue
Se dresse à la croisée ouverte et se regarde
Dans un morceau de lune triste comme un parc

Peut-être bien que c'est ainsi dans les romans
Une grosse cloche avec le printemps dedans

Mon amour tu es là comme une herbe qui penche
Sa longue écriture douce sur la page
Et je lis dans tes yeux et tu peux bien baisser
Ta paupière pareille à du genêt mouillé
J'épelle à haute voix comme un enfant qui dort
La chaude et mesurée syllabe de ton corps.

                                                           Symphonie du printemps  -  1948  -

 

 

Ainsi chante le délicat poète René Guy Cadou ( 1920 - 1951 ) depuis le pays de Brière dont il nous dévoile les solitudes aquatiques et les rouches frémissantes sous le vent. La lampe d'un sanctuaire rustique - nous dit son ami Michel Manoll - brillait toujours au bout de cette allée de légende où l'ombre féerique d'Augustin Meaulnes apaisait le feu des tournesols. Ce que René Guy  a vu, le décor dans lequel il a vécu, ces humbles choses qui constitueront son imagerie baroque, enfin les êtres avec lesquels il fera alliance, nourriront d'une sève drue une mémoire qu'il entretenait comme un arbre privilégié et qui vivait en lui tel un pommier fleuri.
Et ce poète, qui n'ira jamais plus loin que la barrière de l'octroi, ne voyageant guère que dans les livres, aura en permanence à ses côtés un jardin fleuri et printanier, n'en sera pas moins dans l'attente du voyage indicible dont il n'est pas donné au poète de pénétrer le sens obscur, mais où la mort prématurée trace déjà ses traits funèbres. Néanmoins, son esprit était suffisamment délié pour affronter la rude nuit de la maladie qui l'emportera si jeune, parce qu'il plaçait  au même degré les souvenirs des faits et ceux de ses rêves, et ensemble la présence du coeur révélateur et ses correspondances secrètes.

 

Ce matin la mésange avait lancé son chant
Plus clair que de coutume et sans notes moroses
Les papillons baisaient les pétales des roses
La nature fêtait le retour du printemps.

 

Si la poésie est d'abord une soif ardente qu'il lui faut apaiser, un univers mouvant  inaccessible comme un feu d'herbes, elle est également une voix inspirante qui jette son ferment et mêle Dieu et l'amour en une seule entité d'un bord à l'autre du monde. C'est la raison pour laquelle le poète, mieux que quiconque, nous invite à accueillir le printemps, les violettes doubles, le coq qui chante, les chiens qui rêvent, les genêts fleuris, la mer voisine, les labours plats, la maison appuyée contre la nuit, afin d'être réceptifs aux simples miracles quotidiens.

 

Celui qui entre par hasard dans la demeure d'un poète
Ne sait pas que les meubles ont pouvoir sur lui
Que chaque noeud du bois renferme davantage
De cris d'oiseaux que tout le coeur de la forêt
Il suffit qu'une lampe pose son cou de femme
A la tombée du soir contre un angle verni
Pour délivrer soudain mille peuples d'abeilles
Et l'odeur de pain frais des cerisiers fleuris
Car tel est le bonheur de cette solitude
Qu'une caresse toute plate de la main
Redonne à ces grands meubles noirs et taciturnes
La légèreté d'un arbre dans le matin.

 

Des poètes comme René Guy Cadou ne meurent qu'en apparence. Parti au printemps de l'an 1951, il ne cesse plus d'accompagner les renaissances d'une saison qui avait paré de fleurs son encrier.

 

 

      Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LITTERATURE
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commentaires

Alain 31/03/2014 13:52

Encore une belle découverte. Je suis inculte en poésie. En lisant chacun de vos articles que vous consacrez à cet art particulier, mais si riche, je le regrette davantage à chaque fois. Merci
Armelle, cette page est un régal.

Armelle 29/03/2014 10:22

On ne se lasse pas de le lire car sa mélancolie douce est toujours teintée de fraîcheur. Et c'est sans doute ce qui manque le plus à la poésie d'aujourd'hui. Fraîcheur qui n'est jamais mièvre.

Pâques 28/03/2014 13:50

Je ne le connaissais pas, merci Armelle pour cette jolie découverte !

Tania 02/12/2011 18:44

"Car tel est le bonheur de cette solitude
Qu'une caresse toute plate de la main
Redonne à ces grands meubles noirs et taciturnes
La légèreté d'une arbre dans le matin."

J'aime ces vers, merci. Cadou, je l'ai découvert grâce à une anthologie de Jacques Charpentreau (Poèmes pour les jeunes du temps présent), notamment cette magnifique

Lettre à des amis perdus

"Vous étiez là je vous tenais
Comme un miroir entre mes mains
La vague et le soleil de juin
Ont englouti votre visage

Chaque jour je vous ai écrit
Je vous ai fait porter mes pages
Par des ramiers par des enfants
Mais aucun d'eux n'est revenu
Je continue à vous écrire

Tous le mois d'août s'est bien passé
Malgré les obus et les roses
Et j'ai traduit diverses choses
En langue bleue que vous savez

Maintenant j'ai peur de l'automne
Et des soirées d'hiver sans vous
Viendrez-vous pas au rendez-vous
Que cet ami perdu vous donne
En son pays du temps des loups

Venez donc car je vous appelle
Avec tous les mots d'autrefois
Sous mon épaule il fait bien froid
Et j'ai des trous noirs dans les ailes."

armelle 02/12/2011 10:27

Merci Edmée. En effet, ce poète, mort à 31 ans, était la poésie telle qu'en elle-même on la conçoit, avec la simplicité des mots qui émeut jusqu'aux larmes.

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