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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 09:16

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J’ai lu ce livre car je voulais voir si l’immense pianiste mettait autant de feu et de passion dans ces textes que dans sa musique. Je n’ai pas été déçu, j’ai même été parfois débordé par ce roman évoquant de multiples sujets qui ramènent toujours à l’avenir de notre planète qu’Hélène Grimaud voudrait défendre envers et contre tout.

 

 

Retour  à Salem

Hélène Grimaud (1969 - ….)

 

 

C’est un cri d’alarme, un cri de colère, un appel à la révolte que lance Hélène Grimaud dans ce livre où elle explique le chemin qu’elle a parcouru pour essayer de comprendre les raisons qui lui restent de vivre dans notre monde profondément altéré, le chemin qui conduit des légendes saxonnes à la folie de Schumann puis aux récits de Brahms et Hugo Wolf, par effet miroir, et enfin à sa décision de revenir à Salem pour reprendre le combat écologique auprès de ses loups. Mêlant la fiction fantastique et les récits mythologiques, la prédiction écologique et apocalyptique et sa propre vie militante avec les loups, Hélène Grimaud explique, argumente, s’insurge contre l’imbécilité de l’humanité qui construit son destin apocalyptique à travers sa goinfrerie et son opulence. Si l’humanité n’était pas animée par une force destructrice puérile et imbécile, le monde vivrait dans une parfaite harmonie : « le monde, flore et faune ensemble, composait une symphonie, non pas improvisée mais accordée, comme si de tout temps une partition cosmique présidait à l’harmonie générale… »

 

A Hambourg, l’héroïne, Hélène Grimaud, répète le Deuxième Concerto pour piano de Johannes Brahms, au cours d’une pause, elle s’égare dans un quartier perdu de la ville et se réfugie dans un magasin vétuste, irréel, pour appeler un taxi. En l’attendant, elle trouve un étrange manuscrit où « alternaient des partitions parfois couvertes d’eaux-fortes signées d’un certain Max Klinger, des dialogues, des dessins, l’extrait d’un journal et, enfin, deux photos jaunies … » Les textes, que l’auteur rapporte, seraient de Brahms lui-même, sous la signature d’un pseudonyme. Ils racontent une balade dans une forêt fantomatique comme on en trouve dans la littérature fantastique mais aussi dans les légendes saxonnes, souvent reprises par les auteurs romantiques, une forêt sans vie, en voie de minéralisation, tuée par les hommes. « Le compositeur avait-il pressenti, dans le grand élan du romantisme allemand, les horreurs promises par la technique et le progrès ? »


Hélène Grimaud est au monde sonore ce que Yann Artus Bertrand est à l’image, elle décrit un monde déliquescent, en voie de décomposition, un monde « volodinien » dans des forêts dignes de JG Ballard. L’apocalypse écologique est en cours, les dégâts sont considérables, les légendes saxonnes prévoyaient déjà cette catastrophe, cette fin du monde par la destruction du milieu naturel. Mais cette fin du monde n’est pas forcément rédhibitoire, il y a un autre monde, un envers du paradis dont il faudrait trouver la clé, celle qui est égarée dans une légende germanique… celle qui ouvrirait la porte du changement à l’intérieur de nos modes de  vie.


Ce texte se nourrit à la source des légendes saxonnes qui ont inspiré tant d’œuvres littéraires et musicales, mais aussi d’idéologies pas toujours recommandables (voir Eroïca d’Andrzej Kusniewicz pour s’en convaincre). L’enchaînement des coïncidences que l’héroïne rencontre, ne peut pas être le fruit du hasard, il relie trop évidemment la musique aux légendes, à la littérature, à la vie de Brahms et à la sienne même. Tout est prévu à l’avance, le hasard n’existe pas, la destinée de chacun est tracée et chacun à son double qui le précède et le dessine a priori, Schumann était le double précédent Brahms et elle, Hélène Grimaud, voit en Brahms son double comme Hugo Wolf le voyait lui aussi. Tout s’enchaîne et se transmet dans un jeu de miroir entre ces doubles. « Ce qui m’intéressait, c’était…le thème qui m’était cher, celui du double et des jeux de miroirs entre les différents artistes, les différents destins ».


Ce livre est un cri de colère et d’indignation mais aussi un texte lyrique et romantique comportant de magnifiques pages sur la musique en général et Brahms en particulier, avec lequel elle partage des affinités évidentes. Un livre où elle montre l’immensité de sa culture, la pertinence de ses intuitions – l’intuition joue un rôle essentiel dans les démonstrations de l’auteur - et peut-être la justesse de sa prémonition, mais il est difficile de la suivre dans son raisonnement, ses analyses, ses perceptions sensorielles, elle vole souvent trop haut, plane au-dessus de nos têtes, et nous laisse souvent pantois et sceptiques, dubitatifs, égarés… Alors colère noire, indignation exacerbée, angoisse existentielle, alerte prémonitoire, justification de ses choix personnels, déclaration de guerre… un peu de  tout cela dans une vaste fresque qui nait dans la légende, passe par la folie, nourrit le récit et s’égare jusque dans le massacre des Indiens Arawak et le jugement des sorcières de Salem pour trouver son prolongement dans un retour auprès des loups, puis reprendre le combat et retrouver une nouvelle raison de vivre. Ce qu’Hélène Grimaud fit en quittant la Suisse afin de rejoindre ses loups à Salem. « J’ai pris la résolution d’écrire, tous les jours, dans mon journal, un compte rendu des souffrances de notre planète…de me battre aux côtés des loups de toutes mes forces et toutes celles de la musique. Sur ce sujet, j’ai décidé de devenir méchante. De ne plus épargner personne ». La guerre est déclarée, Hélène Grimaud est en campagne.

 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter mes articles précédents, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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commentaires

denis billamboz 20/02/2014 21:02

Bonsoir Armelle et Pascal,

Ce livre est comme la musique d'Hélène Grimaud : enflammé et un peu exalté, il comporte des passages magnifiques notamment sur la musique et les relations entre la musique et les légendes mais j'ai
eu l'impression, à certains moments, qu'elle en faisait un peu trop et qu'elle mélangeait des choses qui n'ont pas des liens très évidents entre elles.Je vous invite pourtant à le lire car c'est un
excellent moment de lecture qui nous fait naviguer entre la dure réalité et les légendes saxonnes.

Je suis convaincu qu'Agnès aimera ce texte si elle aime la musique et les livres.

Bonne soirée à vous deux avec mes amitiés !

Denis

Pascal 19/02/2014 13:33

Salut Denis,
je connais Hélène Grimaud comme pianiste, j'ai même des disques d'elle mais pas comme écrivain. Ce livre semble vraiment intéressant, d'autant que la défense de la planète est une urgence. Sa
vision de la situation en tant qu'amoureuse des loups et de la nature et de la musique ne parait pas banale. Je vais en parler à Agnès, mais cela peut être une belle lecture en famille. Merci
Denis.

armelle 18/02/2014 13:45

Voici le premier thriller écologique écrit par une femme qui a toujours partagé sa vie entre la musique, la nature ( les loups ) et la littérature. Elle s'en explique d'ailleurs avec un journaliste
: :

«L'idée m'en est venue en travaillant ce Deuxième Concerto, justement. La vision que Johannes Brahms avait du monde, et mon travail autour de cette œuvre ­particulière, m'ont amenée à comprendre,
d'une façon très étrange, que les différentes sphères de mes activités, que je croyais séparées, étaient en fait profondément liées.»

Merci Denis de nous parler de ce livre étrange, visionnaire et fantastique, puisque la part entre fiction et réalité reste indéfinie et qui est tellement d'actualité de nos jours. En effet,
l'écrivaine a raison de le souligner de traits vifs : notre planète est en danger.

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