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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 09:47

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Ce poète peu connu du grand public fut pourtant l'un des plus délicats et des plus émouvants du XXe siècle. Mort à l'âge de 41 ans en 1975, il a laissé une oeuvre qui semble lever sur les lettres françaises une aube crépusculaire.

 

Roger Kowalski (1934 - 1975) serait-il davantage le poète des aubes que des crépuscules, allez savoir ? Toujours est-il que sa poésie est imprégnée du clair-obscur de ce qui commence ou de ce qui finit. Son nom n'apparait qu'au cours des années 60 dans les pages de La Licorne, puis du numéro 12 du Pont de l'Epée, la revue de Guy Chambelland, réputé talentueux et révélateur du talent des autres. Le poète-éditeur l'avait présenté à ses lecteurs à la façon chaleureuse et bourrue qui lui était habituelle. Néanmoins, lorsque le poète lyonnais mourut en 1975 à l'âge de 41 ans, sa disparition passa inaperçue dans le monde des lettres. Historiquement parlant, son oeuvre n'avait pas eu sa chance. Elle avait traversé les courants sans se laisser happer par eux, belle, fuyante, intemporelle, si pareille à son créateur. Certes, Kowalski n'était pas un bateleur génial comme Cocteau, il ne s'était pas drapé dans l'épopée de la résistance ( et pour cause il  n'avait que 11 ans en 1945 ) comme René Char, il n'avait pas le verbe haut et prophétique d'un Saint-John Perse ou Paul Claudel. C'était un jeune homme silencieux, venu d'un royaume où tombait la neige et où voletaient des colombes. Il était rare qu'il fasse allusion à notre monde contemporain, non qu'il le méprisât mais simplement parce qu'il avait oublié de l'habiter : forcément il demeurait ailleurs...dans la chambre secrète, parmi les roses de novembre.  Charmons l'ombre  écrivait-il, et, ce faisant, que faisait-il d'autre que de nous charmer ?

 

LA CHAMBRE SECRETE

 

Que j'entre dans le songe et qu'à tes pieds, licorne mâle,
tremble un fil de brume !
Il faut donner au feu quelques sarments d'hiver,
l'ombre de nos demeures et maints poèmes ;
il faut aussi que tu me comptes parmi celles-là de tes
créatures qui ne sont plus de ce monde,
et qu'à travers le hêtre, loin derrière l'écorce, tu devines
mes chambres les plus secrètes, celles que moi-même
je n'ose pas ouvrir.

un soir nous avions découvert une ombre
lisse aux combes de Novembre
les vents inclinaient nos songes à loisir

je savais qu'à tes pieds flambait la mousse
une odeur de gibier épuisé
une saveur de vieux miel sur la pierre

ce jour-là nous nous étions rencontrés
sur les dalles amères du silence et dès lors
vers nous se hâtaient les oiseaux couleur d'ambre.

 

DEMAIN

 

Le vent demain lèvera mes ombres ;
le poisson arrondira ses lèvres blanches sur mon nom ;
la voix du feu secondera la mienne et le fil n'aura jamais
été plus tendu ni plus musical.
Demain.

L'eau, la première, la très noire, dans ses gestes lavera
le souffle qui ne m'appartient plus,
la bouche que je n'ouvrirai pas sinon pour entrer dans
la tendre mort - et vous aurez tenu mes mains dans les
vôtres -
Ah, demain, seulement demain ;
il faut pour l'heure s'efforcer de ne pas défaillir à tâcher
de pénétrer dans l'aiguille par sa pointe.

 

                                 ( A l'oiseau, à la miséricorde )

 

 

 

Je ferai ici le poème de la bougie consumée, de la pluie que
nous attendions et qui ne tomba point; et j'évoquerai 
l'apparence de Bérénice même, dont le visage ne m'est point connu;

Etait-ce le nom d'un vaisseau de haut bord, Le dernier cri
des oiseaux qui venaient de Septembre et ne s'attardaient point
au dessus de notre demeure ?

Un chien jaune aboyait derrière la métairie; nous venions
de quitter nos travaux pour cette randonnée vers l'auberge à la
croisée des vents,

et vous me contiez une histoire qui me rappela le dit de la
vieille Jeanne, celui de Margoton et la solitude aux approches de 
l'hiver, entre les livres et le tabac parfumé.

 

 

Né à Lyon, il fut professeur et dût enchanter ses élèves parce qu’il y avait en lui d’ailé et d'aérien, Ariel amoureux des neiges anciennes, des tremblements imperceptibles, des songes et des pays immatériels. C’est le poète des murmures qui ne clôt jamais ses poèmes afin que son chant se prolonge, voix douce et amicale qui a fait de la tendresse et de l’émerveillement le meilleur de son inspiration.

 

 

Sept recueils jalonnent son itinéraire poétique :

 

Le Silenciaire  ( Guy Chambelland ) 1960
La Pierre Milliaire ( Les Cahiers de la Licorne ) 1961
Augurales ( L.E.O. ) 1964
Le Ban ( Guy Chambelland )  1964
Les Hautes Erres ( Seghers ) 1966
Sommeils (Grasset ) 1968
A l'Oiseau, à la Miséricorde ( Guy Chambelland ) 1976

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LITTERATURE
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