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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 08:49

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Saint-Pétersbourg, février 1885 - Paris, juillet 1957

 

 

Voilà bien un auteur français qui n'aura pas connu le purgatoire où si peu ! Mort il y a plus de cinquante ans, ses pièces ne cessent d'être redonnées, ses livres republiés, et il semble que cet homme, si décrié de son vivant, soit aujourd'hui l'objet de tous les suffrages... Oui, Sacha Guitry amuse encore. Peut-être parce qu'il fait partie d'une lignée française d'esprit et de goût qui compte dans ses rangs des La Fontaine, Voltaire, Feydeau et qu'au final - et c'est rassurant - le talent ne s'use pas. Or Sacha en avait énormément, autant comme auteur dramatique et acteur que comme homme, au point qu'il mêlait étroitement sa vie et son oeuvre. Mieux encore, c'est par le truchement de son théâtre qu'il a vécu ; l'homme nourrissant l'auteur et l'auteur appronfondissant l'homme, en lui prêtant ses illusions et en projetant dans l'imaginaire sa vie réelle. N'est-ce pas dans le théâtre que Guitry a trouvé un remède aux désillusions qu'il rencontrera dans son existence et, en particulier, dans sa vie amoureuse ? Le monde qui l'entourait lui était étranger et c'est sans doute cet aveuglement qui le conduisit à commettre des imprudences qu'il payera chèrement. Gâté par la nature, la naissance, l'éducation et les dons, il vécut dans l'exception, insouciant des servitudes de la vie ordinaire, occupé à créer un univers conforme à ses goûts et à ses aspirations.


L'amour aura, dans l'ensemble de son oeuvre, une place essentielle. L'amour dans toutes ses phases, des prémices au crépuscule, en passant par les promesses, les ruptures, le désir, la passion, l'accomplissement, l'inconstance, la jalousie, la trahison, rien ne sera oublié de ce qui compose et décompose ce sentiment. Dans Faison un rêve, il y a cette phrase qui est une merveilleuse leçon de sagesse : " Nous avons mieux que toute la vie. Nous avons deux jours". Il est vrai que nous sommes là dans un registre léger, voire frivole, que bien des responsables de théâtres subventionnés ne se privèrent pas de dédaigner. Mais ce théâtre, apparemment bourgeois et hédoniste, n'en est pas moins empreint d'une mélancolie voilée qui lui confère une profondeur inattendue et d'une gravité qui a l'élégance de n'être jamais morose. Sans compter l'impertinence et la cocasserie qui sont au rendez-vous. On aime le Guitry qui laisse poindre sous la lucidité et l'ironie, parfois même le cynisme, la nostalgie d'un bonheur enfui ou inaccessible, nostalgie blessée de l'amant déçu, trompé, de l'orphelin de mère et du fils rejeté par un père trop célèbre, trop brillant, le comédien Lucien Guitry, qui vous oblige à vous faire, coûte que coûte, un prénom pour...exister. N'y a-t-il pas derrière la parade de l'esprit délié, qui semble en mesure de tout régler d'une phrase assassine ou d'un bon mot, un immense besoin d'amour et de reconnaissance qui ne fut jamais comblé ? Si bien que Sacha passa son temps à donner le change avec un brio, certes rare, mais intimement fêlé.


Les dernières années de sa vie furent surtout marquées par l'irruption de l'Histoire et le délaissement du théâtre au bénéfice du cinéma ( quinze films entre 1945 et 1957 ). A la Libération, il sera incarcéré soixante jours à Drancy, puis à Fresnes, sur dénonciation, avec un dossier si vide d'accusations que le juge d'instruction fut obligé de passer des annonces dans les journaux pour solliciter des témoignages. On n'avait certes rien à reprocher à l'homme de lettres que ses succès, son talent, sa fantaisie, son esprit. Tout cela se terminera par un non-lieu, mais la rumeur exécrable n'en jouera pas moins son rôle destructeur et Sacha Guitry en sera marqué pour le restant de ses jours. Puis vint une époque qui n'était plus la sienne ; ses films sont moqués par l'intelligentsia et les critiques qui ne voient plus en lui qu'un has been. Il est vrai qu'en cette après-guerre, il payait les conséquences de deux tares : il n'était ni universitaire ( il n'est jamais allé au-delà de la classe de sixième ), ni communiste. Seul Truffaut, toujours clairvoyant, plaidera sa cause dans les Cahiers du Cinéma. Depuis, le retard a été rattrapé et une rétrospective intégrale devait être présentée par la Cinémathèque de Paris dans le cadre de l'exposition " Sacha Guitry, une vie d'artiste "  en 2008. Juste revanche sur un sort qui endeuilla sa vieillesse. Sacha Guitry, mort le 24 juillet 1957, aura eu le dernier mot : nos rêves finissent toujours par nous rattraper.

 


                QUELQUES-UNS DE SES TRAITS D'HUMEUR ET D'HUMOUR

 

 

Elle est partie ! Enfin me voilà seul. C'était depuis des années mon rêve. Je vais donc enfin être seul ! Et déjà, je me demande avec qui ?


Avec tout ce que je sais, on pourrait faire un livre. Il est vrai qu'avec tout ce que je ne sais pas, on pourrait faire une bibliothèque.


Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d'eux, ils en diraient bien davantage.


Il n'y a pas de belle mort. Il y en a qui sont belles à raconter. Mais celles-là, ce sont les morts des autres.


Les directeurs de théâtre croient qu'ils sont intelligents quand ils ont un succès... et quand ils ont un four, ils croient que le public est idiot.


Ne cherchez pas des gens qui vous donnent des conseils. Regardez plutôt ceux qui vous donnent des exemples.


Dans " ami ", il y a l'idée d'âme et dans " relation ", l'idée que tout est relatif.

Vidal : Vous n'êtes pas fidèle à votre femme ?
Léo : Si, souvent !

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CULTURE
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Alain 12/11/2011 21:06


Un dernier mot pour ce soir et j'arrête d'encombrer votre boîte. Entre 1975 et 1978 j'ai eu l'occasion, la chance aussi, de rencontrer Jacqueline Delubac à plusieurs reprises, dans un hôtel à
Marrakech. C'était assez truculent de l'écouter et enrichissant en même temps. Une sacrée bonne femme pour un sacré bonhomme !


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Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

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