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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 07:15

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"Seules les traces font rêver "  René Char

 

 

Depuis qu'adolescente j'ai découvert  Les Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar, l'empire romain du IIe siècle de notre ère n'a plus cessé de me passionner. Tivoli, où l'empereur avait fait construire la villa de ses rêves, conforme à ses goûts d'esthète, m'est dès lors apparue comme un lieu d'exception, un de ceux qui hantent à jamais l'imagination. Mais qui était cet Hadrien dont le souci constant fut la République et l'éternité de Rome ?  Un film de John Boorman et une biographie savante de Yves Roman* nous le rappelle opportunément.

 

D'après les documents juridiques de l'époque, l'empereur, qui avait succédé à Trajan en août 117 grâce à une adoption orchestrée par Plotine, était un soldat aguerri qui aimait l'armée et les grandes manoeuvres, un amoureux de l'architecture, un esthète qui savait s'inspirer de ses prédécesseurs grecs, enfin un voyageur impénitent qui, avant d'être empereur, avait parcouru une bonne partie de l'empire et on sait que l'empire d'alors était immense. Une fois devenu son souverain, il restera un homme à cheval. On peut le considérer à ce titre comme le premier vrai touriste, quelqu'un qui n'hésitera pas à monter au sommet de l'Etna pour contempler le paysage et à s'accorder maints détours pour le seul plaisir d'admirer un site ou de chasser l'ours ou le lion.


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                              VIDEO



On sait également qu'il a construit à Rome un Panthéon encore visible et impressionnant avec sa coupole en forme d'hémisphère de 43,30 mètres de diamètre, le temple de Rome et de Vénus ( le plus grand de la ville éternelle ), le temple de Patidie du nom de sa belle-mère et un mausolée qui l'obligea à faire ériger un pont sur le Tibre et qui est l'actuel château Saint-Ange. Enfin on se souvient qu'au cours d'un de ses voyages il rencontra un jeune Bithynien du nom d'Antinoüs et que ce favori, beau comme un astre, finit dans des conditions obscures noyé dans le Nil. Ecrasé de douleur, Hadrien en fit un dieu, le dernier du monde antique, et fonda en son honneur une ville sur le lieu même de sa disparition, Antinoupolis. C'est donc un être riche et complexe qui régna de 117 à 138 de notre ère sur le plus grand empire du monde. Un homme surdoué, habile dans tous les arts, dévoré d'orgueil, asocial, autoritaire, interventionniste et dominateur, probablement moins séduisant que dans le portrait  brossé par Marguerite Yourcenar. La romancière voyait en lui une préfiguration du prince de la Renaissance, juriste et artiste, stratège et politique, sage et cynique, savant et voluptueux, lucide et tolérant, en quelque sorte un humaniste avant la lettre. La réalité est plus sombre et l'approche de l'historien Yves Roman  sans doute plus vraisemblable. Il n'en reste pas moins que l'empereur Hadrien était d'une stature assez rare, de celle d'un François 1er, d'un Charles-Quint ou d'un Louis XIV,  personnalités qui ont marqué leur temps d'une trace indélébile.

 

Si François Ier eut son Chambord, Louis XIV son Versailles, l'empereur Hadrien a eu sa villa Adriana. Un lieu unique à quelques kilomètres de Rome, dans une campagne collineuse ombragée de cyprès,  où la lumière, parfois, semble se cristalliser comme un diamant. C'est dans ce palais que se dévoile le mieux l'âme du monarque et son amour immodéré de l'architecture. Dans cette demeure et les prouesses architecturales qui la composent, l'historien lit " la croyance en l'existence d'un dieu cosmique", la preuve que le souverain était " un guetteur de tous les au-delà, au-delà dont il crut avoir maîtrisé de nombreux secrets". Ce besoin d'ériger avait à faire avec l'espace et le temps et exprimait la volonté de l'emporter toujours et partout, de se mesurer à l'éternité. L'empereur aimait les défis et sa villa en est un. Belle et majestueuse, elle allie tous les arts, évoque toutes les grâces, initie tous les rêves. On voudrait s'y attarder au bord de ses eaux dormantes, y évoquer la gloire et le malheur, y charmer le sommeil, y convoquer les muses. Socrate disait que l'amour est le désir de renaître par l'entremise de la beauté. Et n'était-ce pas le voeu intime d'Hadrien  que cet hymne d'amour écrit dans le marbre et le porphyre soit le reposoir d'une seconde vie ?

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE



* de Yves Roman : Hadrien, l'empereur virtuose( Ed. Payot )

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CULTURE
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Marcel Lommier 04/12/2011 14:45

Il faut emporter ce livre d'Yves Roman lorsque l'on se rend à Rome et à Tivoli, lieu magique où je me remémorais des scènes du film "Mort à Venise" de Visconti car le culte d'Andinoüs n'est pas
sans rappeler celui du héros vis-à-vis du jeune éphèbe rencontré dans le palace du Lido.
Pour mieux faire apprécier la qualité de l'ouvrage de ce spécialiste de la civilisation gréco-romaine, voici ce qui est écrit sur la quatrième de couverture :

"Personnalité flamboyante, protéiforme et donc difficilement saisissable, l'empereur Hadrien (117-138 ap. J.-C.) a toujours intimidé les historiens, au point que rares sont ceux qui ont osé
affronter sa démesure.
Il est vrai que l'homme a de quoi impressionner : bâtisseur génial, astrologue convaincu, mathématicien exceptionnel, Hadrien a la curiosité insatiable du surdoué. Par touches, à la manière des
impressionnistes, l'auteur parvient pourtant à trouver la clef de ce personnage hors du commun. Derrière son goût pour les voyages et la chasse, ses talents bien connus d'architecte (Panthéon,
villa Adriana) et son obsession pour l'astrologie, transparaît surtout une quête désespérée pour prolonger son existence, à travers des rites magiques qui l'amenèrent peut-être à accepter le
sacrifice de son amant Antinous.
Est-ce pour cette raison qu'Hadrien, par ailleurs arrogant et autoritaire, fut souvent mal compris, voire haï de ses contemporains ? Son oeuvre au service de l'Empire est pourtant immense : elle
passe par un rêve, accompli, de voir Rome étendre sa domination sur le monde, dans un réel rapprochement entre culture hellénistique et tradition romaine. Un monde qu'il parcourut en tous sens sa
vie entière, de la Maurétanie à l'Asie Mineure, de l'Hispanie à la Gaule, de la Grèce à l'Egypte, pour mieux l'unifier et en borner les contours. Abandonnant la politique expansionniste de son père
adoptif Trajan, le prince des Romains préféra en effet maîtriser son empire, qu'il dota partout de frontières fortifiées, à l'instar du fameux mur de Bretagne qui porte son nom, et de monuments
admirables comme autant de sentinelles.
Une biographie ambitieuse et stimulante qui constitue le pendant historique des Mémoires d'Hadrien inventés avec brio par Marguerite Yourcenar."

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