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24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 09:02

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Ils sont bien rares les ouvrages littéraires qui évoquent la vie actuelle au Soudan, aussi ai-je eu envie de vous proposer ce texte navigant entre récit et conte pour raconter la vie de misère d’un gamin des rues de Khartoum. Sans doute pas une grande œuvre littéraire mais un texte émouvant et exotique.   


 

 

Souvenirs d’un enfant des rues

Mansour El Souwaim (1970 - ….)

 

 

Ecrire cela peut aussi servir à raconter et Mansour El Souwaim sait faire cela très bien, il magnifie la misère et le malheur pour en tirer une grâce divine ou en faire un avantage juteux. Il nous rappelle les contes orientaux et les histoires fabuleuses qui ont enchanté les Francs lors des croisades et qui fascinent, aujourd’hui encore, de nombreux lecteurs occidentaux. Avec ce livre, il nous raconte une histoire qui pourrait tout aussi bien être un conte que la vie réelle d’un pauvre gamin handicapé et abandonné. Le vrai et le faux s’enlacent dans un récit plausible et peut-être aussi allégorique.


Au Soudan, à Khartoum, Adam, un jeune garçon paralysé des jambes, resté seul après le décès tragique de sa mère, est recueilli par les clochards de la mosquée. Il est confié à la famille de Wahiba qui l’élève et lui enseigne l’art de la mendicité, il apprend vite, très vite, il est intelligent, doté d’une bonne mémoire et d’un membre de belle taille. Sa fabuleuse mémoire lui permet d’apprendre par cœur, avec un vieux religieux, de très nombreux textes sacrés qui lui sont fort utiles quand il est obligé de collaborer avec un cheikh véreux qui arnaque des femmes, surtout riches et naïves, croyant fermement en sa pseudo magie. Il fuit la claustration et l’aisance matérielle pour rejoindre les « chamassas », des petits voyous drogués à la colle qui traînent dans les rues autour de la mosquée, vivant de combines et de rapines. Mais un nouveau dictateur décide de nettoyer les rues et Adam, qui est devenu Kasshi, le cassé, est embarqué dans un camp où il est affecté aux cuisines avec un handicapé qui lui enseigne l’art de vivre en détention. Quand la prison est vidée, c’est le retour à la rue, à une prospérité aléatoire, à un nouvel épisode pénitencier, de nouvelles combines de détenus, une nouvelle libération, une nouvelle prospérité provisoire… et roule s’enroule la vie de Kasshi en une spirale de violence, de brutalité, de combines juteuses, de trafics, de fuites, d’emprisonnement, de misère, d’opulence… que seule la mort semble pouvoir interrompre.


Un récit riche, vivant, alerte, qui décrit la misère des marginaux dans une grande ville d’un pays trop pauvre pour nourrir  sa population et où les enfants pauvres,  livrés à eux-mêmes, à la drogue, à la menace du SIDA, à la vindicte de la police… sont trop souvieux de survivre pour trouver le temps de se lamenter et de geindre, trop occupés à trouver de quoi manger et où dormir afin de vivre un jour de plus. Un texte fataliste en forme de rapsodie, comme nombre de textes arabes, après la pluie viendra toujours le beau temps, après les jours de disette viendront les jours de vaches grasses, un handicap comme une tare n’est jamais définitif, il peut se transformer en avantage, à la grâce de Dieu, telle est la volonté d’Allah. Mais l’auteur n’est pas totalement candide, il sait bien que certains profitent, sans vergogne aucune, de la candeur de leurs concitoyens pour monter des embrouilles très juteuses. On pourrait même le soupçonner de dénoncer la facilité avec laquelle certains se laissent manipuler par de prétendus religieux et enfermer dans des croyances obscurantistes,  les abandonnant à la merci de ceux qui disent connaître la bonne parole.


Ce texte est aussi un belle dissertation sur le temps, le temps vu et vécu par les arabes qui n’est pas celui des Occidentaux, un temps qui se conjugue au présent, le passé appartenant à ceux qui prétendent détenir la parole divine et l’avenir étant tellement loin et tellement aléatoire qu’il n’appartient qu’à ceux qui manipulent les autres. « Nous progressions. Nous touchions au but. Nous grandissions et (nous) nous affirmions comme la plus grande supercherie de la ville. Nous étions le mensonge par excellence ».

 

 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter les listes de mes précédents articles, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 


 


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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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commentaires

denis billamboz 27/03/2014 11:53

Bonjour Pascal,

La littérature, au moins la lecture, est souvent un excellent moyen de jeter un regard directement sur les coins les plus reculés de la planète, là où les journalistes ne vont pas souvent et même,
parfois, jamais.

Belle journée Pascal et à bientôt dans un autre monde de lettre.

Denis

Pascal 26/03/2014 13:31

Salut Denis,
Un livre témoignage, je pense. Je le note car j'aime assez ce genre qui nous fait prendre conscience du mal vivre de bien des coins de notre planète. Sans compter que nous ne sommes pas au-dessus
du panier et qu'il y a beaucoup à faire chez nous.

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