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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 07:55

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Dans cet avant dernier ouvrage, puisque Jean d’Ormesson, intarissable auteur, vient d’en publier un nouveau « Comme un chant d’espérance », l’écrivain bien connu se livre à un bilan de ce que fut sa quête personnelle, ses joies, ses peines, ses convictions, en quelque sorte sa vie et son œuvre. D’un style alerte, qui se tricote avec d’astucieuses répétitions, il nous brosse un tableau de son univers et également du nôtre, étant donné qu’il y a immanquablement perméabilité entre un écrivain et ses lecteurs. Que serait-il sans eux, que serions-nous sans lui ? Il arrive que les livres nous construisent, que les œuvres nous éclairent, que le monde se traduise à travers eux. Il y a deux choses que j’apprécie énormément chez Jean d’Ormesson, c’est son amour de  la vie qu’il avoue sans fard et son admiration pour le monde, la beauté et les œuvres qu’il reconnaît sans fatuité. Il est rare que quelqu’un admire et s’émerveille encore à 86 ans de ce qui l’entoure, du monde tel qu’il est avec ses faiblesse et ses tares, nourrisse sans cesse des projets, des attentes et cède à des enthousiasmes. Et c'est précisément le cas de Jean d'O qui attend, écrit, s’emballe et, malgré l’âge et la maladie, se comporte comme le jeune homme qui ne semble pas vouloir mourir en lui. Alors, reprenant l’un de ses titres, je dirai : «  C’est bien ! »

 

«  N’en déplaise à quelques-uns, la vie n’est pas si drôle. Il lui arrive même d’être ennuyeuse et banale, souvent partiale et cruelle. Alors il faut nous arranger et subvenir à ses lacunes, à ses insuffisances, vivre à ses côtés sans se laisser dévorer par elle. La vie s’est imposée à nous à notre naissance et nous n’en serons délivrés qu’à notre mort, ce qui rend insupportable cette délivrance, mais en attendant comment la supporter sans trop de dégâts ? L’avenir est toujours plein d’interrogations, le passé empli de regrets et de mélancolie. Quant au présent, il se contente de nous inoculer l’énergie de la réalité. L’action a toujours été un dérivatif salutaire. On pense que nous existons parce que nous vivons. Et si nous vivions sans exister ? Je vis parce que j’agis ou bien est-ce que j’existe parce que le pense ? »

 

Ainsi ces questions sont-elles posées de façon très simple. Il semble même que ce soit nous qui les posions. Jean d’Ormesson a cela d’agréable : il écrit comme un ami nous parlerait à l’oreille de façon directe, de tout et de rien, de l’ordinaire des choses et de l’extraordinaire de la vie, du temps et de l’univers car, depuis quelques années, l’univers est devenu sa grande affaire, la plus belle histoire à raconter tant elle embrase tout : le passé, le présent et l’avenir, qu’elle pose les bonnes questions sans apporter de vraies réponses, c’est-à-dire qu’elle assure un suspense permanent. Qu’est-ce qu’un écrivain peut souhaiter de mieux ?

 

«  Le XXe siècle a été abominable sur le plan de l’Histoire, mais formidable sur le plan de la science. Celle-ci nous a appris que l’univers possède une histoire. Les anciens pensaient qu’il était éternel, immobile, or nous savons qu’il a eu un début et qu’il aura une fin. Il se développe comme un opéra ou un roman-fleuve sous la conduite d’un romancier inouï qui n’est autre que Dieu. Après m’être occupé de tout ce qui s’est passé entre le big bang et nous, je vais désormais m’interroger sur ce qu’il y avait avant le big bang. Qu’est-ce qu’il y aura après notre mort ? Rien, mais ce Rien est Tout. »

 

Avec de telles questions, comment ne pas éveiller l'intérêt d'un public que la marche du temps ne cesse d’intriguer, voire d’inquiéter. L’écrivain ne gomme nullement cette inquiétude existentielle. S’il reste  plus optimiste sur le fond que sur la forme, il n’en est pas moins tourmenté par une époque comme la nôtre et il ne s’en cache pas. Ce souci du permanent fait de lui un confident du quotidien, un ami avec lequel on partage ce questionnement sur les bouleversements d’un monde en pleine mutation.

 

« Un homme de mon âge a vu davantage de changements dans sa vie que plusieurs générations n’en avaient connu il y a un siècle à peine. Or, la plupart des gens ne supportent pas ce rythme effréné et ne s’y adaptent pas. C’est la raison pour laquelle la société française est en état de révolte. Changer pour un mieux est acceptable, même si le prix à payer est élevé, mais changer pour changer est une folie. »

 

Nous voilà loin de la science, replongés dans les troublantes angoisses de l’existence, dans l’irréversibilité des choses qui font qu’un écrivain laisse une marque dans son époque, surtout s’il a su traduire les tourments inhérents à son temps. Et Jean d’Ormesson est de ceux-là, d’où son entrée prochaine dans la prestigieuse collection de la Pléiade, une consécration qu’il reçoit de son vivant, ce qui jusqu’alors n’a été le privilège que de quelques rares écrivains.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

Pour consulter les précédents articles consacrés à  Jean d'Ormesson, cliquer sur leurs titres :

 

Le juif errant de Jean d'Ormesson           

Jean d'Ormesson et les étrangetés du monde

 

Et pour prendre connaissance des articles de la rubrique LITTERATURE, cliquer sur le lien ci-dessous :

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LITTERATURE
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commentaires

Adèle Girard 30/07/2014 14:25

Merveilleux et pétillant Jean d'Ormesson!

Edmée De Xhavée 30/07/2014 10:11

Je l'ai vu à la télévision en juin.... quelle vitalité, quelle générosité de son amour de la vie...

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