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11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 09:42

Crépuscule

 

 

 

Vint le poète,
celui qui habitait sur l'autre rive,
le colporteur de mots, le convoyeur de songes.
Il connaissait les mystères du langage,
les messages des vents,
des eaux la pente au dur partage.
Il ouvrait une faille à la mémoire,
sondait l'invisible et les âmes.
Il arguait sur le devoir,
sur la souffrance et sur le mal.
Cet homme parlait de ce qu'il savait,
des vendanges, des moissons et des semailles.


Il venait de l'autre rive,
celle minérale et réflectante et aveuglante du désert.
Il y avait marché longtemps
dans les oscillations des dunes et des nuages,
le poudroiement de l'or et des étoiles,
à l'écoute de l'ample choeur symphonique
des orgues de basalte et de grès.
L'écho du vent tissait ses vocables
dans ce décor rendu à son épure d'éternité.
Il avait connu aussi la marche lente des caravanes 
et les ergs
et la méditation grave de l'espace.

Il parlait une langue
qu'aucun des hommes présents
ne se souvenait avoir entendue, nulle part.
Ni dans les colloques des princes,
ni dans les grands amphithéâtres,
ni même dans les conclaves...
Peut-être en avaient-ils saisi des bribes
dans le murmure plaintif des galets.
Et cet homme avouait : 

je suis venu assumer l'inexprimable.

 

( ... )

 

Je vous prends tous à témoins,
amis et frères, entendez-moi !
Ne vous est-il jamais arrivé, un soir,
en remontant dans les vibrations de l'herbe
et le chant mélodique des cigales,
de l'avoir contemplée dans la jubilation du pampre,
la blancheur des amandaies,
elle, la bien-aimée des hommes,
elle, la belle épouse féconde,
Terre qui n'était point de jachère
mais terre à blé, terre d'amarante,
façonnée dans l'argile simple du rêve
et qui se présentait à vous dans le rythme des combes,
le vallonnement des courbes pleines,
les hauts plateaux qui lui faisaient l'épaule ronde,
l'allure altière et sa tête rejetée dans les nuées.
Fiancée de l'universel, l'âpre désir a cette approche,
ce renouement aux flancs qu'enfièvre le temps seul.

 

Elle, couchée en croix,
la foule, massée entre ses bras,
flottant sur l'eau incantatoire.
La parole du poète dressait un mât, forgeait des hampes de courage.
Il disait l'eau souple, rapide, proche l'échéance.
Toutefois, l'heure s'annonçait grave,
l'évidence ne suffisant plus à justifier leur foi.

Passé le dernier amer, le dernier cap,
la salutation des astres,
ils allaient selon l'allure du vent, à son amble,
portés par les bras de la terre en croix,
portés par la lame intarissable de l'histoire. 

 

Armelle Barguillet  Hauteloire     ( extraits de "Cantate pour un monde défunt" - Prix Renaissance de poésie  1993)

 

Pour consulter les articles de présentation de mes ouvrages de poésie, cliquer   ICI   et   LA

 

Et pour se procurer l'ouvrage, cliquer        ICI

 

 

 

 

Cantate-pour-un-monde-defunt.jpg

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LITTERATURE
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commentaires

Carou 15/09/2014 19:56

La découverte du nouveau monde et le savoir de certains font avancer l'humanité...

Merci pour le partage de votre plume qui encore une fois mérite d'être commenté, "Armelle",

Belle trace sur le parchemin que vous laissez là,

Carou

Maxime 20/07/2014 19:58

GRANDIOSE !

Pascal 17/07/2014 13:35

Je ne connaissais pas ce beau poème sur la mer et je l'imprime de suite. Bonnes vacances à vous si vous partez bientôt.

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