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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 07:03

220px-Turner_selfportrait.jpg   autoportrait


                   1775 - 1851

 

Celui qui, selon Delacroix, avait l’air d’un fermier anglais, assez grossier et à la mine dure et froide, n’a jamais cessé d’intriguer, non seulement ses contemporains, mais le monde de la peinture en général et, ce, jusqu’à ces tous derniers temps. En somme, Turner était descendu au tombeau avec son mystère comme une sorte d’artiste sauvage au génie involontaire. On disait même, à son propos, que ses oeuvres étaient celles d’un grand esprit qui a sombré. Et puis il restait le fils d’un barbier de Londres, un rustre, formé sur le tas, et ne payant pas de mine. La critique l’accusera de tout ou de presque tout, entre autre de vouloir noyer la tradition dans les remous sanguinaires et solaires de sa palette ; un siècle plus tard, en plein XXe siècle, le balancier s’inversera, sans nuance excessive. Aussi la magnifique exposition que le Grand Palais lui avait consacrée en 2010 et qui nécessita une somme de recherche et de travail considérable, a-t-elle contribué à réhabiliter le petit homme dont les formes indéterminées, les ciels tempétueux, les lueurs magiques avaient eu, pour conséquence, de désorienter le public, si bien que le principal mérite de cette exposition  " Turner et ses maîtres " , qui reste un événement dans les annales de la peinture - a-t-elle été de le faire apparaître enfin comme l’un des plus grands génies de l’art. Car le souci des organisateurs ne fut pas le simple plaisir de rapprocher Turner de ses maîtres, mais de le situer dans le temps et, par la même occasion, de l’associer à l’ immense héritage du passé.

 

Autour de 1800, alors qu’il rejoint les rangs de la "Royal Academy", William Turner ne cache pas encore ses dettes à l’égard de ses aînés, bien au contraire. Une part de sa clientèle retrouve à travers ses tableaux, et à bon compte, le charme, devenu inaccessible financièrement, de la peinture d’antan. Et très vite, quelques amateurs éclairés vont commencer à croire en lui et le libérer de la nécessité d’imiter les modèles chers à ses prédécesseurs. Le premier de ses mécènes sera William Beckford, qui jouit d’une immense fortune, et rédige des contes fantastiques dans son château néogothique. Il va payer le prix fort quelques oeuvres de toute première importance, dont " La cinquième plaie d’Egypte", où l’artiste ne craint pas de rompre l’échelle des perspectives et d’user des contrastes de lumière. Il s’applique à traduire son romantisme en déséquilibrant volontairement la représentation des choses, agitant ses toiles d’un délire extatique et organisant ainsi la mise en scène d’un monde soumis à la violence la plus extrême. Désormais plus rien ne l’arrêtera. A trente-cinq ans, il est devenu le peintre du vertige, du terrible, d’un chaos somptueusement orchestré. Deux séjours prolongés à Venise, la cité crépusculaire des doges, en 1833 et 1840, vont lui permettre de rompre les ultimes amarres et nourrir son imagination. Autant qu’à ses exigences personnelles, il entend coller aux attentes des nouveaux touristes, lecteurs de Shakespeare et de Byron. Progressivement, il substitue au motif lui-même son rayonnement solaire ou sa lente désagrégation. Ruskin, qui sera son plus fervent avocat, écrira : " Pour qu’une oeuvre complètement terminée atteigne à la grandeur parfaite, il y faut quelque chose d’indistinct ".

 

Turner_Ovid_Banished_from_Rome.jpg  Rome

 

Avec Turner l’indistinct a pris définitivement la pas sur le distinct, alors même que le réel s’abime davantage dans une aura hallucinée ou les eaux glauques d’océans fantômes, limites devenues mobiles d’un génie qui présuppose le futur après avoir démodé le présent. Sa lumière insolite a fini par dévorer celle de ses maîtres, les Poussin, Lorrain, Piranèse, Van de Velde et sa nature déchaînée d’anéantir leurs frais bocages.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique " CULTURE ", cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles de la rubrique CULTURE  

 

 

turner-peinture-2-499x374.jpg

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CULTURE
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commentaires

armelle 29/12/2016 09:35

Merci Tietie de votre visite. Oui, les musées de Londres méritent à eux seuls le voyage. J'en ai visité certains mais il y a longtemps. Je projette de retourner à Londres dans cette perspective.

Tietie007 28/12/2016 18:43

Il faut absolument visiter le Tate Britain, à Londres, qui parcourt une grande partie de l'oeuvre de Turner. Avant d'être le peintre de la lumière, préfigurant les impressionnistes, il fut un maître du dessin réaliste.

Edmée De Xhavée 27/09/2012 23:47

Turner l'impétueux amoureux de la lumière sauvage...

niki 27/09/2012 16:12

un beau billet, armelle, inspirant comme toujours - j'aime beaucoup turner - surtout ses aquarelles de voyages

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