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8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 08:09

papillon-dans-des-fleurs-jaunes-t2

 

Chaque saison a cela de précieux qu'elle apporte avec elle ses singularités, si bien que nos préoccupations changent à l'égal de nos paysages et de nos humeurs.

 

Il brille, le sauvage Été,
La poitrine pleine de roses.
Il brûle tout, hommes et choses,
Dans sa placide cruauté.

Il met le désir effronté
Sur les jeunes lèvres décloses ;
Il brille, le sauvage Été,
La poitrine pleine de roses.

Roi superbe, il plane irrité
Dans des splendeurs d'apothéoses
Sur les horizons grandioses ;
Fauve dans la blanche clarté,
Il brille, le sauvage Été.

                                         
Théodore de Banville   (1823 - 1891)

 

 

Comment décrire ce mois des roses et des coquelicots qui nous introduit dans le flamboyant été ? Du printemps, il n'a déjà plus les teintes juvéniles et les floraisons évanescentes ; de l'été, pas encore les chaleurs accablantes et les parfums capiteux, mais les jours s'y alanguissent, les attentes s'y font impatientes, les crépuscules fatals. On l'aime d'être le passeur entre deux rives, de nous conduire au solstice à pas de géant, de clore le calendrier des lycéens et des étudiants. Avec lui se boucle chaque année une époque, un temps. Aussi est-ce un mois qui compte, ne serait-ce que parce qu'inévitablement il nous oblige à des bilans. Bilan physique, intellectuel, moral, tout y passe : suis-je en bonne condition pour affronter l'été ? Où mes pas me mèneront-ils à la rentrée ? Demain, pour les vacances du bel azur, quel projet de voyage, quelles vélléités d'évasion ?

 

 

Oui, on apprécie le mois de juin pour les interrogations qu'il suscite, les lumières qu'il dispense, les doutes - parfois même les craintes - qu'il provoque, les promesses qu'il suggère. On l'aime d'être à l'extrême, avec son jour le plus long et ses ténèbres les plus courtes. Ainsi le considère-t-on volontiers comme joyeux et insensé, dispendieux et provocateur. Et, il est vrai qu'en juin, il nous plaît de tout promettre et de tout espérer. Dormir, se reposer paraissent indécents. Juin, c'est l'obligation de vivre impérieusement, de ne point se contraindre ; c'est déjà l'avant-goût des jubilations de juillet et des prodigalités d'août, avant que le sage septembre ne nous prépare aux retenues de l'automne et aux gravités de l'hiver.

 

 

Mon coeur, rappelle-toi

la beauté, la vigueur de nos jeunes saisons,

quand l'alouette chantait au-dessus des moissons,

que la source jaillissait dans un éclat de jaspe.

La maison se laurait de vignes et de lierre

et les roses trémières rosissaient son fronton.

 

Extraits du "Chant de Malabata"*

 


Fête de la musique, feux de la Saint-Jean, Juin traverse le temps  en apothéose. Il est le point d'orgue d'une année qui nous façonne selon le rythme compulsif de ses saisons et qui, soudain, semble lâcher prise. Juin des rendez-vous donnés ou manqués, des attentes fébriles, des fiévreux crépuscules, des roses aurores et des lueurs veillées à l'avant-poste estival.

 

 

* Armelle Barguillet Hauteloire - "Profil de la Nuit"

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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Humeur de Juin
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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 07:33
Jacques-Emile Blanche et Jean Helleu (enfant)
Jacques-Emile Blanche et Jean Helleu (enfant)

Jacques-Emile Blanche et Jean Helleu (enfant)

Dans le cadre «Normandie impressionniste», Deauville consacre au peintre Jacques-Emile Blanche une exposition de ses portraits les plus célèbres, prêtés, pour l’occasion, par le musée de Rouen. Grâce à eux, Blanche nous offre un aperçu de la vie intellectuelle et artistique de la Belle Epoque.  Cela, jusqu’au 18 septembre 2016.

 

Jacques-Emile Blanche est né le 31 janvier 1861 dans une famille de médecins aliénistes. Son grand-père, Esprit Blanche, avait fondé la maison de santé de Passy, très réputée, que son fils Antoine Blanche (1820–1893) continuera de diriger. Experts médico-légal, les docteurs Blanche soignaient les célébrités de leur temps comme le musicien Fromentin Halévy, le poète Gérard de Nerval et Guy de Maupassant qui finira ses jours dans leur clinique. La famille Blanche habitait rue de la Source à Auteuil une villa voisine de celle de Louis Weil, l’oncle de Marcel Proust, maison où l’écrivain naquit d’ailleurs et passa de nombreux séjours. Les deux familles se fréquentaient. Jacques-Emile est par conséquent un riche héritier et a déjà un pied dans cette vie mondaine à laquelle il s'initie dès l’adolescence et conduit avec élégance ; il en tirera la matière des quelques 1500 portraits qu’il réalisera au cours de sa carrière. Mais son œuvre ne se circonscrit nullement dans le cadre étroit d’une simple chronique mondaine, elle est de par sa qualité une œuvre dans toute l’exception du terme, celle d’un artiste qui sait capter, comme le fera Proust avec sa plume, le moi profond et le mystère inhérent à chacun de ses modèles. Et ils seront nombreux.

 

 

Elève de Gervex et Humbert, Jacques-Emile a hésité un moment entre la musique et la peinture. Il est vrai que son père recevait de nombreux musiciens comme Gounod, Berlioz, Bizet et que le jeune homme fut très tôt un excellent pianiste. Mais l’amour de la peinture sera le plus fort et son admiration pour Manet et Whistler une probable incitation à opter pour le pinceau plutôt que pour le clavier. Blanche va très vite se spécialiser dans le portrait : «  Je ne suis qu’un portraitiste qui raconte ce qu’il voit » - dira-t-il. Il connaitra la célébrité en réalisant le portrait de Marcel Proust (celui du musée d’Orsay) dont l’ébauche avait été faite en 1891 au manoir des Frémonts, sur les hauteurs de Trouville, où le peintre et le futur écrivain  étaient les invités d’Arthur Baignières. Par la suite, Blanche fixera sur la toile les visages des personnalités les plus emblématiques de son temps : Montesquiou, Henri de Régnier, Anna de Noailles, André Gide, Jean Cocteau, Maurice Barrès, Henri de Montherlant, Mauriac, Stravinski, Bergson et quelques autres. Sa sensibilité s’exprimera également dans le pastel qu’il utilise avec virtuosité, notamment dans ses portraits de femme dont le très beau qu’il consacrera à sa mère et qui est présent à l’exposition de Deauville. De même que le délicieux portrait du fils de Paul-César Helleu, autre peintre qui résidait souvent sur son yacht à Deauville. Ce portrait de Jean Helleu enfant, en habit de pierrot, est d’une facture particulièrement délicate et figure lui aussi à l’exposition de Deauville.

 

 

Jacques-Emile Blanche sera également un écrivain et un critique d’art avisé. Dans son ouvrage « Propos de peintre – de David à Degas », il rend compte et exalte les œuvres de ses contemporains et prédécesseurs d’une plume alerte et éprouvée. Marcel Proust, qui rédigera la préface, ne partageait pas son point de vue, considérant que l’œuvre est toujours supérieure à son auteur et ne l’explique nullement, si bien qu’il ne craindra pas de le contredire sur ce point précis  : «  Le défaut de Jacques Blanche critique, comme Sainte-Beuve, c’est de refaire l’inverse du trajet qu’accomplit l’artiste pour se réaliser, c’est d’expliquer le Fantin ou le Manet véritable, celui que l’on ne trouve que dans leur œuvre, à l’aide de l’homme périssable, pareil à ses contemporains, pétri de défauts, auquel une âme originale était enchaînée, et contre lequel elle protestait, dont elle essayait de se séparer, de se délivrer par le travail. » Tous deux se connaissaient bien et fréquentaient les mêmes salons, particulièrement celui de Madame Straus, née Halévy, et épouse en premières noces de Georges Bizet, qui aimait à poursuivre son salon de Paris à Trouville où, après avoir loué plusieurs années le manoir de « La Cour-Brûlée » à Madame Aubernon, fit construire le sien tout à côté : le Manoir des Mûriers ». Proust ira à plusieurs reprises la visiter, ainsi que Helleu, Blanche, Maupassant, Fauré … Blanche sera élu à l’Académie des Beaux-Arts en 1935.

 

Pour écouter la très intéressante causerie de Frédéric Mitterand sur "Jacques-Emile Blanche, critique d'art", cliquer  ICI

 

Comme Marcel Proust, le peintre aimait la Normandie, ses jardins, ses chemins creux, ses champs quadrillés de haies vives, ses clochers qui pointent à l’horizon, ses lointains de mer qui semblent absorbés par le ciel et ses gris qui se déclinent en de multiples nuances et donnent une gravité lumineuse aux paysages. Quittant les mondanités parisiennes, il appréciait cette communion harmonieuse et vivifiante avec la nature. Après avoir séjourné de 1896 à 1901 au château de Tout-la-Ville entre Deauville et Pont-L’Evêque, lui et sa femme Rose louèrent le manoir de Tôt à Offranville, en Seine-Maritime, où ils aimaient à poursuivre à la campagne leurs relations urbaines avec les personnes les plus en vue du monde littéraire, artistique et politique d’alors. Les frères Goncourt, qui n’avaient pas la plume tendre, s’amusaient à dire que Jacques Blanche était susceptible et cancanier. Il n’y a qu’à lire « La Recherche du Temps Perdu » pour savoir que les propos aigres-doux étaient en vogue et animaient bien des conversations. La Normandie sera donc pour Jacques-Emile Blanche un lieu d’ancrage privilégié. Aussi est-ce ces liens particuliers que l’exposition de Deauville s’emploie à évoquer et à perpétuer, en offrant à notre regard un ensemble de portraits qui nous assure que le temps … peut être retrouvé.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Quelques-unes des toiles présentes à l'exposition de Deauville
Quelques-unes des toiles présentes à l'exposition de Deauville
Quelques-unes des toiles présentes à l'exposition de Deauville
Quelques-unes des toiles présentes à l'exposition de Deauville
Quelques-unes des toiles présentes à l'exposition de Deauville
Quelques-unes des toiles présentes à l'exposition de Deauville
Quelques-unes des toiles présentes à l'exposition de Deauville
Quelques-unes des toiles présentes à l'exposition de Deauville

Quelques-unes des toiles présentes à l'exposition de Deauville

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30 mai 2016 1 30 /05 /mai /2016 07:56
L'enfant de la haute mer de Jules Supervielle

J’ai choisi ce livre surtout par curiosité. Je connaissais Supervielle le poète, mais je ne savais pas qu’il avait écrit d’autres choses, notamment ce recueil de contes que l'éditeur considère plutôt comme des nouvelles fantastiques. Je suis du même avis. Aussi, voulais-je découvrir cette facette d'un écrivain dont la réputation n'est plus à faire. En changeant de genre littéraire, le maître n’a rien perdu de son talent et sa prose fleure bon la poésie qu’il a laissée à la postérité. Les huit petits textes fantastiques, qu’il livre dans cet ouvrage, évoquent des personnages ou des animaux qui évoluent souvent aux confins de la mort, en-deçà ou au-delà de la ligne imaginaire qui sépare le monde des vivants de celui des morts. Ils franchissent cette ligne fatidique ou l’on déjà franchie : il y a là  la petite fille que son père a tellement rêvée qu’il lui a donné vie, la petite fille noyée qui refuse de vivre dans le monde des noyés et s’évade dans les abysses, le bœuf de la crèche devenu trop vieux qui ne peut pas suivre Joseph, Marie et Jésus sur le dos de l’âne parce qu’il est trop vieux et trop faible, les ombres des anciens habitants de la terre, … un petit peuple sorti tout droit de l’imagination féconde de l’auteur et qu'il décrit avec une grande finesse dans des histoires qui évoquent « Le petit prince » et laissent penser que l’auteur était fort préoccupé par l’idée de la mort et de la vie éventuelle dans l’autre monde au moment où il a rédigé ces contes.

 

Je vous laisse juste cette phrase pour vous donner une idée de la beauté et de l’élégance des textes du poète, on frise la poésie en prose : « L’océan devenait vide et elle ne recevait d’autres visites que celles des étoiles filantes ».

 

Denis BILLAMBOZ

 

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L'enfant de la haute mer de Jules Supervielle
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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 08:39
Libre arbitre ou le moment du possible

Dans le déroulement d’une existence, l’exercice de la liberté ou du libre arbitre est un moment du possible où nous effectuons un acte qui ne dépend que de nous-même et de la seule force de notre volonté, en quelque sorte un moment où nous prenons notre propre mesure et agissons en fonction de notre détermination. Tant d’actes avortent par faiblesse de l’âme, nous faisant retomber dans le marécage des opinions en vogue, des entrainements naturels ou sociologiques,  le tourbillon des idées et des opinions dominantes. Si le temps permet tout, rien n’est définitivement assuré. En cet instant du possible où mon libre arbitre s’exerce pleinement, son efficacité ne peut résider que dans la réflexion. C’est en toute connaissance de cause que je me refuse à céder à l’humeur passagère ou à la pression de l’affectif et de l’émotionnel. "Dans l’existence, la raison ne se sépare pas de la liberté, elle est générosité" - assurait Descartes, tandis que Jacques de Bourbon-Busset la nommait « la raison ardente », l’ardeur étant l’élément de base indispensable dans tout acte de courage. Cette ardeur, qui nous transcende, s’oppose alors à la tentation de céder à la facilité, à l’abandon, au renoncement.

 

Le mythe d’Er – qui termine « La République » de Platon – a pour ambition d’exposer une vérité sur l’homme chez qui la raison ne semble pas en état d’opérer un ralliement. D'autant que ce que je veux n’est pas obligatoirement ce que … je peux. Il y a parfois une marge immense qui sépare le désir de ma volonté et la volonté de mon désir. Bien sûr, tout choix exige des renoncements et la personnalité de chacun est toujours plus complexe que les choix proposés. Par ailleurs, notre caractère fluctue avec le temps et les conditions environnantes. Il serait irréaliste de nier les données événementielles auxquelles nous avons à faire, et tout aussi irréaliste de nier la nature humaine. Cependant notre liberté autorise certains aménagements et il est évident que nous évoluons avec le temps et selon les circonstances qui s'offrent à nous. Mais la faiblesse ne sera jamais une excuse.

 

Ce n'est qu'en tant que personne, dans ma singularité propre, que je suis apte à faire des choix déterminants et à conduire ma vie en usant de mon libre arbitre et de mon discernement. Sur quoi repose la notion de libre arbitre ? Deux points de vue s’opposent qui traversent l’histoire de la philosophie et subissent bien des atermoiements et des variantes. Du point de vue de la personne, c’est-à-dire du point de vue de la conscience, nul ne peut décider à ma place ; même ne pas décider est une décision et la moindre action digne de ce nom m’engage. Ne serait-ce que pour une chose aussi simple que lever le bras, il faut que je le décide, tout au moins faut-il que je le pense et que je le réalise. Le libre arbitre engage assurément ma responsabilité. Cela fait-il du libre arbitre, et du contrôle qu’il exige, une donnée essentielle ? Est-il si évident que nous soyons en mesure d'exercer une censure sur nos pensées et nos émotions ? La plupart de nos actions ne sont-elles pas des réactions mécaniques qui répondent à des facteurs divers (émotions, préjugés, éventualités, hasards) que nous ne maîtrisons pas davantage ? Certes, je suis à l’origine de mes choix, mais ai-je choisi d’être ce que je suis ? Pour que nos actions soient vraiment les nôtres, il faudrait que nous puissions nous choisir nous-même et cela n'est pas possible ? Peut-on revendiquer un choix absolu de soi-même, me suis-je choisi moi-même ? Alors, comment me considérer comme libre ? A n’en pas douter, ce n’est que dans une perspective spirituelle que la liberté, ma liberté intérieure, apparaît la plus évidente car je suis libre d’être, libre de me définir en fonction de mes exigences intimes, libre de m’engager dans des actes conformes à mes convictions, libre de réfléchir, de juger, de penser, libre de croire. Et cette liberté-là, personne ne pourra m’en priver.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 08:28
Proust pour rire de Laure Hillerin

Madame Laure Hillerin a publié en 2014 un ouvrage « La comtesse Greffulhe, l’ombre des Guermantes » aux éditions Flammarion, véritable succès de librairie, nous contant la vie de cette aristocrate qui inspira à Marcel Proust sa princesse de Guermantes et, semblable à l’héroïne de « La Recherche », fut l’une des personnalités les plus en vue de son temps. Laure Hillerin nous revient aujourd’hui avec « Proust pour rire » toujours aux éditions Flammarion, un titre qui ne peut manquer de surprendre ceux qui n’ont pas encore osé le grand saut dans l’oeuvre de cet écrivain majeur du XXe siècle. « Proust  pour rire », quelle bonne idée que de choisir cette voie pour rendre plus attractif le projet d'immersion dans les 2408 pages qui composent le roman ! Il est vrai que « La Recherche » est constamment irradiée par le rire, Proust ayant posé sur la condition humaine et ses contemporains un regard auquel aucun de leurs ridicules n’a échappé. Oui, on rit énormément en compagnie de Marcel, on s’émerveille, on se gausse, on s’ébaudit, on s’étonne,on se gargarise, on s’amuse des tares de cette société, certes ancienne, et néanmoins toujours d’actualité, puisque l’auteur ne fait rien d’autre que de décrire l’homme tel qu’il est, fut et sera, l’homme éternel, raison pour laquelle son œuvre n’a pas pris une ride. N’a-t-il pas décrit ce qui relève de l’intemporel ? Voilà son secret, voilà sa force.

 

Les propos, qu’il place dans la bouche de ses nombreux personnages, nous pourrions les entendre de nos jours, pour peu que nous fréquentions les Cercles très fermés, très privés, comme le faisait Proust, et ayons l’oreille assez attentive pour surprendre l’étalage que ces narcissiques aéropages se plaisent à répandre de leur savoir et de leurs vanités. Les Guermantes existent toujours, relookés par la mode et les mœurs en vogue. Oui, ils sont tous là, et notre rire ne peut manquer d’être au rendez-vous que nous a fixé Laure Hillerin pour notre plus grand plaisir. Voici le docteur Brichot et son insupportable pédantisme ; Jupien qui ne sait jamais dire non à son protecteur le baron de Charlus ; Legrandin, un snob redoutable mais cultivé ; Françoise, la cuisinière, volontiers irascible et soupçonneuse ; Charlus doux et violent dans ses propos,  selon les circonstances ; Madame Verdurin qui règne  sans partage sur son salon et exclut toute personne suspectée d’indépendance d’esprit ; nul doute que nous puissions sans effort décliner la panoplie universelle des qualités et défauts de l’humanité, il ne manque pas un seul type d’individu à l’appel et pas un seul  travers à leur nature … Il y a du La Bruyère chez Proust. Laure Hillerin a choisi les extraits de dialogues et passages haut en couleur, un véritable florilège qu’elle restitue sans manquer de les situer avec finesse et intelligence dans les divers moments de l’oeuvre.

 

Si bien que l’on rit de bon cœur et que l’on fait une visite de « La Recherche » avec une guide éclairée qui s’emploie à nous réserver les plus agréables bonnes surprises de cette littérature d’exigence et de rigueur, tant les dialogues semblent avoir été enregistrés par une oreille qui en restitue jusqu’à la voix et au ton. Mémoire et discernement prodigieux d’un Proust aux aguets qui a éternisé la voix humaine dans son implacable authenticité.

 

Le néophyte sera, dès lors, initié de la manière la plus pédagogique qui soit, sans douleur et sans ennui, de façon festive, joyeuse, goûteuse, jubilatoire, tant les propos en question le sont, tant la comédie humaine sera toujours surprenante, désopilante, malveillante et salutaire pour notre bonne et mauvaise conscience. Il peut arriver que nous nous entendions nous-même, que tel ou tel nous imite, nous confonde dans nos  replis de pensée les plus secrets. Sait-on ?

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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La comtesse Greffulhe, l'ombre des Guermantes

 

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23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 07:49
La mort et la belle vie de Richard Hugo

 

Hugo, pas notre Victor national, Richard, né en 1923, considéré par certains comme le fondateur de la fameuse école de Missoula qui regroupe les écrivains du Montana, a troqué sa plume de poète pour celle de romancier afin d’écrire ce polar. Ce texte restera sa seule incursion dans la fiction, la mort l’emportera en 1982, à 59 ans, avant que le succès de ce roman l’incite à persévérer dans le genre.

 

Dans cet unique roman, Hugo met en scène « Al Barnes la Tendresse », un flic débonnaire et compréhensif qui n’aime pas rudoyer les jeunes à l’énergie débordante, et a quitté la police de Seattle après avoir été flingué par un vieux gangster roublard. Il a alors préféré s’installer à la campagne comme shérif-adjoint à Plains, dans le Montana. Un beau matin, la quiétude qu’il a trouvée dans ce trou perdu qu’il affectionne, est perturbée par la découverte d’un corps tailladé à coups de hache. Il doit enquêter sur ce meurtre et sur un second commis de la même manière. L’affaire est bientôt résolue, trop vite et trop facilement pour la Tendresse et son chérif qui reprennent leur recherche. Al Barnes repart en chasse, sa prospection le conduit alors dans le milieu des gens riches, trop riches de l’Oregon, et plus précisément à Portland, où ses investigations le plongent dans des histoires tordues,  perverses, sinueuses et particulièrement embrouillées. Le fil, qu’il déroule, le mène inexorablement, malgré les remarques de son  supérieur, vers un autre meurtre, commis vingt ans auparavant, qui pourrait être à l’origine de ceux qu’il essaie d’élucider. Son enquête réveille des démons ensommeillés depuis deux décennies et provoque une nouvelle vague de violence meurtrière que la Tendresse devra résoudre pour comprendre les meurtres commis sur son territoire.

 

Hugo n’aime pas les riches surtout lorsqu’ils sont pervers, menteurs, violents et même meurtriers, il ne cache pas ses opinions politiques, pas plus que son aversion pour les fortunes accumulées sans aucun mérite, acquises seulement par naissance, mariage ou autre combine. Il n’apprécie pas davantage les policiers flingueurs, tueurs expéditifs. Barnes la Tendresse est un flic sérieux, gentil et parfaitement incorruptible, il aime la nature, le Montana, surtout le petit coin où il vit avec sa nouvelle maîtresse et, tout comme Richard Hugo, la pêche.

 

Voilà un bon polar bien bâti, bien construit, haletant, quoique  un peu lent, avec une fin très adroite, même si les spécialistes du genre la pressentiront. Quant à moi, j’aurais été déçu que ce dernier rebondissement ne surgisse pas.
 

Denis Billamboz

 

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20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 09:53
Véronique Desjonquères ou le visage retrouvé

Dans l’art d’aujourd’hui, une absence ne peut manquer de frapper l’observateur : celle du visage humain. Alors qu’il était depuis le VIe siècle au centre de la tradition artistique européenne, nous l’avons vu disparaître au fur et à mesure que le christianisme, religion de l’incarnation, s’est abimé dans l’oubli. Rares sont les peintres d’aujourd’hui qui entendent consacrer leur attention et leur inspiration au visage humain afin de lui restituer la place, qui est la sienne, de toute éternité. Hölderlin soulignait que « l’homme habite poétiquement cette terre ». En effet, la poésie a vocation à traverser l’art qui n’est autre que la découverte de l’être dans la beauté. Or, nous assistons chaque jour davantage à l’oubli de l’être dans sa prolongation métaphysique, à l’oubli du sens. Il semble que l’art contemporain soit devenu autiste et ne souhaite plus révéler les trésors de la vie intérieure, alors que la descente en soi appelle le besoin de transmettre et de communiquer. Apparu vers 1910, le cubisme disloque et concasse ; de ses débris épars – nous dit René Huygue – « il recompose selon des lois qui ne sont pas celles de la vraisemblance et de la logique, le tableau, objet gratuit et neuf ».  Désormais, l’art remplace la véracité des apparences par des rapports d’harmonie quasi mathématiques. Picasso ne cessera de dénigrer les apparences du monde visible et d’instruire une logique nouvelle, interne et arbitraire, qui débouchera fatalement sur une absurdité visuelle, se plaisant à déstructurer les apparences, à déformer les visages, à plonger l’homme dans les aléas d’une position inférieure. Si bien que, dans la plupart de ces toiles, l’être humain n’est plus celui qui se pense mais celui qui se subit.

 

L’homme du XXIe siècle, désormais enchaîné à la technique et à la matérialité, voit s’effacer progressivement de notre paysage spirituel sa  réalité intérieure. Est-ce l’image de l’homme tragique qui fait peur à nos contemporains et la raison pour laquelle il la supprime de ses représentations ? Ou serait-ce parce que le visage nous rappelle trop que chacun de nous est unique et que toute tentative d’uniformisation relève de l’utopie ?  Oui, celui-ci n’est plus l’objet d’une constante réflexion, d’un questionnement universel et sombre irrémédiablement dans l’anecdotique. L’esprit ressent le malaise de cette navigation désespérée au point que l’existentialiste Jean-Paul Sartre l’a nommée « la nausée », ainsi l’homme s’est-il peu à peu condamné à en explorer la nuit inhumaine, gouffre violent et invivable où des puissances étranges disposent en cachette de nos forces et de nos pensées. Heidegger notait que nous nous sentions flotter dans le vide. Toute réalité solide nous fait défaut sans que nous puissions arrêter cette désagrégation, nous retenir à quoi que ce soit. Mais fi de ces amertumes, il y a encore dans le monde des veilleurs qui entendent rendre à l’homme son visage, sa beauté, son mystère, sa transcendance. Quelques peintres ont relevé le défi et maintenu le dialogue avec le visage qui est bien le reflet de l’âme, le livre ouvert qui mène aux méditations essentielles. Des peintres de l’envergure d’un Michel Ciry ( voir l’article que je lui ai consacré en cliquant  ICI ), ce maître de l’interrogation spirituelle, ou bien François-Xavier de Boissoudy qui a récemment consacré une exposition à la galerie Guillaume à Paris sur le thème de la miséricorde.

 

Véronique Desjonquères s’inscrit dans cette lignée. Elle aussi entend pratiquer un art qui s’associe à une spiritualité incarnée et universelle, dans une quête assumée de la personne humaine. Répondant aux aspirations d’un écrivain comme Jean Clair, elle s’est donné pour tâche de rendre plus évidente la part invisible de l’être, soit « la part de l’ange ». Cette part de l’être surpris dans son intimité, sa détresse, son recueillement, son innocence, sa singularité, ses interrogations. L’artiste peintre, qu’elle est, aime à représenter ses modèles dans leur quotidien, leurs gestes journaliers, leurs regards tournés vers le dedans afin de capter leur propre silence, de rendre aux mains si expressives leur histoire simple, enfin de traverser le temps et l’espace de manière à donner à voir cette éternité en germe en chacun de nous.

 

Ayant passé plusieurs année à Bombay, Véronique ne s’est pas contentée de vivre en vase clos, elle a voué la majorité de ses heures à l’écriture et à la peinture, de manière à entrer en contact avec une population dont la difficile réalité sera pour elle une expérience inouïe et un enrichissement tant sur le plan humain qu’artistique. Elle y a même consacré un livre, dont j’ai parlé sur mon blog (pour consulter l’article, cliquer LA ), sous la forme de dessins et d’interviews, livre-témoignage qui l’a conduite au cœur d’un univers coloré, vibrant, souvent pathétique et toujours digne. Aujourd’hui, elle se trouve – pour les raisons professionnelles de son mari – à Hong-Kong, où elle expose les 27 - 28 et 29 mai certaines de ses œuvres, dont quelques-unes ont été réalisées en Inde. L’ensemble est d’une qualité indiscutable comme vous pouvez en juger en regardant la vidéo et le diaporama qui se trouvent au bas de l’article. La plupart sont des portraits dont les regards, les expressions trahissent tantôt la solitude de la personne âgée, tantôt la fragilité de l’enfance, tantôt le labeur de l’homme, en quelque sorte le visage humain dans la plénitude de sa diversité.

 

Ces visages d’une belle intensité baignent tous dans des tons harmonieux qui exaltent ou apaisent ou mieux transcendent ce que la vie a blessé, mortifié, parfois abaissé. Van Gogh disait que la couleur « c’est l’enthousiasme de la vie ». Véronique Desjonquères adhère à cet enthousiasme, d’autant plus et mieux qu’il signifie  "Dieu dans sa vie". Et la foi, dans sa grandeur et souvent sa misère, n’est-elle pas dans la sienne, dans la nôtre ? C’est pourquoi ces toiles magnifiques et d’une mélancolie enjouée et confiante parlent-elles à nos coeurs et prolongent-elles nos interrogations et nos espérances.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Véronique Desjonquères ou le visage retrouvé
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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 07:51
L'équation du nénuphar de Pascale Petit

Je suis très heureux de vous présenter ce texte magnifique, flamboyant, qui se mérite, comme disent certains. Je suis sûr qu’il réjouira les amateurs de belle littérature, celle qui suggère plus qu’elle ne dit. Un texte qui m’a enchanté.

 

 

L’équation du nénuphar

Pascale Petit (1969 - ….)

 

 

 « L’équation du nénuphar » en surprendra plus d’un comme il m’a moi-même surpris, mais le but de la littérature n’est-il pas de surprendre ? Je ne sais qui parviendra à résoudre cette équation exposée dans un texte en forme de discussion, comme un exercice oral sans ponctuation où les respirations sont matérialisées par la longueur des espaces comme dans un propos spontané. Les éléments importants du discours sont répétés comme dans une discussion lorsqu’un interlocuteur veut convaincre son partenaire en répétant une ou plusieurs fois, selon le degré de conviction qu’il souhaite atteindre, l’information, l’idée, l’avis … qu’il souhaite lui transmettre. Un texte où le verbe est primordial, un texte qui démontre l’action, pas l’objectif de l’action, mais le moyen d’atteindre cet objectif. Ce qui compte ce n’est pas le but à atteindre que tout le monde connait mais le moyen d’y parvenir. L’histoire n’a d’intérêt que dans l’action qu’elle nécessite. Pascale Petit réinvente ainsi, refonde même, la narration fictive en décrivant le processus qui conduit au dénouement par une série de verbes qui matérialisent les actes. Le moyen pourtant n’est jamais certain, le doute est omniprésent, permanent, rien n’est jamais définitif, une action est toujours aléatoire chez Pascale Petit.

 

 

Moi, cette équation, je l’ai résolue en la lisant, en la regardant plutôt, comme un film, un film en noir et blanc, « on a raté le début de la couleur », et même plutôt comme le making up (quel abominable mot mais je ne connais pas son équivalent en français) d’un film en « noir et blanc et silencieux  genre adieu sans amour ». Le texte commence comme l’exposé oral d’un réalisateur qui essaierait de décrire à son chef de casting les personnages qu’il entend mettre en scène. Et l’auteur décrit aussi le décor où l’action va se dérouler, « irons-nous dans cette ville où construiras-tu un décor ? » et le film se construit sous le feu des questions du réalisateur. Le texte/image/histoire se structure autour d’une multitude de questions qui dessine la fiction que l’auteure veut montrer avec ses mots/images dans ce texte/film : « me vois-tu dans cette succession d’images » ? J’ai cru que ce documentaire construit avec des mots jetés sur la page pour créer des sensations, n’était pas seulement l’évocation de l’histoire d’un couple suggéré, mais plus largement l’expression du grand film qu’est notre vie à tous.

 

 

Dans sa quête d’une nouvelle forme d’expression, Pascal Petit n’a pas égaré sa plume de poétesse,  en général, je n’aime pas trop recopier de longs extraits qui souvent ne servent qu’à masquer un manque d’idées originales mais le passage qui suit est tellement poétique, originalement poétique, que je n’ai pas résisté à le partager avec vous :

 

« parle-moi des oiseaux et des fleurs du parallèle zéro qui fleurissent devant l’hôtel le plus cher du monde sur l’île la plus chère du monde   parle-moi des souvenirs qui ne s’effacent pas encore  ne me dis pas qu’ils ne sont pas plusieurs mais un seul  ne me dis pas qu’on ne peut pas passer d’un visage à l’autre d’un corps à l’autre  ne me dis pas qu’il n’y a pas de paysage dans la nuit  dis-moi que la pierre est toujours dans ta poche  dis-moi ce qu’il y a d’écrit  dis-moi ce qu’il y a d’écrit  au dos des images parle-moi  parle-moi   parle-moi  dans le dos  parle-moi des oiseaux  parle-moi des oiseaux et de la rose de cayambe ne me dis pas qu’on ne peut pas passer d’un visage à l’autre  d’un corps à l’autre »

« Il faut oublier  tout peut  s’oublier  qui s’enfuit déjà  tout peut s’oublier  qui s’enfuit déjà  le temps des malentendus  A coups de pourquoi  le cœur du bonheur ne me quitte pas  ne me quitte pas ne me… »

 

Brel aurait pu chanter ce magnifique texte sur l’air de cette célèbre chanson qui m’est spontanément venue à l’esprit pendant que je lisais cet extrait.

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 08:01
Vente chez Sotheby's de lettres et photos de Marcel Proust

Une valise pleine de lettres et de photographies de l’écrivain Marcel Proust, découverte par son arrière-petite-nièce Patricia Mante-Proust, fait l’objet d’une vente le 31 mai chez Sotheby’s à Paris.

 

 

Patricia Mante-Proust est la petite fille d’Adrienne ( dite Suzy ) Mante-Proust, la fille de Robert, frère de Marcel. Elle est le seul membre à porter encore son nom et reconnait que si l’héritage est prestigieux, il est un peu lourd à porter. En effet, Patricia Mante-Proust (41 ans), qui a préfacé récemment le bel ouvrage consacré à l’écrivain « L’arche et la colombe »  aux éditions Michel Lafon, se sépare  des derniers vestiges de son héritage, soit le contenu d’une malle retrouvée autrefois par son père, le petit-fils de Robert, dont il ne lui avait jamais parlé. Lorsqu’à son tour, elle a ouvert cette boîte de Pandore, contenant quelques 120 documents de toute première importance, elle a été très impressionnée. « C’est proche de moi, car c’est ma famille. Et en même temps, cela me dépasse » - confesse-t-elle. Il y a entre autres souvenirs précieux, les trois seules lettres  que Marcel écrivit à son père, dont on sait qu’il n’était pas proche, ce dernier se désespérant de voir son fils aîné se complaire davantage dans ses mondanités que dans ses études.

Victoria Mante-Proust et le livre "L'arche et la colombe" qu'elle a préfacé.
Victoria Mante-Proust et le livre "L'arche et la colombe" qu'elle a préfacé.

Victoria Mante-Proust et le livre "L'arche et la colombe" qu'elle a préfacé.

Les parents de Victoria devant le portrait de Marcel Proust, aujourd'hui au musée d'Orsay

Les parents de Victoria devant le portrait de Marcel Proust, aujourd'hui au musée d'Orsay

L’ensemble compte également des lettres à quelques-uns de ses amants, le compositeur Reynaldo Hahn et Lucien Daudet, la lettre lui annonçant que le prix Goncourt lui a été attribué pour « A l’ombre des jeunes filles en fleurs » le 10 décembre 1919, et d'autres encore à ses fidèles amis. Il y a, par ailleurs, une cinquantaine de photographies de l’écrivain lui-même à tous les âges, de ses proches, de ses amis, des femmes qu’il admirait. La plupart d'entre elles sont déjà connues car reproduites dans les ouvrages sur Proust, dont l’album de la Pléiade, ou exposées tantôt la Bibliothèque Nationale, tantôt au musée Jacquemart-André, sauf que ce sont là les originaux. Et il arrive que le verso de la photographie recèle une surprise comme celle dédicacée à Lucien Daudet, écrite en latin avec des abréviations sibyllines, probablement un code pour parler de leur homosexualité. Nous entrons ainsi davantage dans l’intimité de l’écrivain, aux sources mêmes de son inspiration, à des pans entiers de sa vie qu'il a su transmuer en une œuvre qui plonge au plus secret de la nature humaine.

 

Jean-Yves Tadié, qui a dirigé l’édition de la Pléiade et signé la préface du catalogue de vente, souligne : « Il y a la matière première de l’œuvre de Proust. Toutes les clefs. A mes yeux, c’est une réunion qu’on ne verra plus ». Et certes, il semble bien que, dès lors, tous les objets, bibelots, correspondances concernant Marcel Proust aient été dispersés. Patricia Mante-Proust admet volontiers que ces souvenirs honorent sa famille, mais que Proust fait désormais partie du patrimoine français. Et Jean-Yves Tadié de conclure : « Je trouve qu’il a rajeuni. Il avait vieilli dans les années 1930 où personne n’en voulait plus. Mais à l’époque du selfie, Proust a retrouvé une nouvelle vigueur ». Pour preuve les estimations des photos et lettres proposées par cette vente et qui vont s’envoler sans doute, tant l’écrivain a su, au fil du temps, ce temps nullement perdu pour lui, marquer la littérature à jamais.

 

Le 31 mai à 14h30 - Galerie Charpentier, 76 rue du Faubourg Saint-Honoré - Paris

 

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Brouillon de Marcel Proust et la cathédrale d'Amiens dessinée en marge d'un texte.
Brouillon de Marcel Proust et la cathédrale d'Amiens dessinée en marge d'un texte.

Brouillon de Marcel Proust et la cathédrale d'Amiens dessinée en marge d'un texte.

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13 mai 2016 5 13 /05 /mai /2016 08:31
Liste des articles de la rubrique LITTERATURE

    

 

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"De l'âme" de François CHENG

 

Plus rien ne sera jamais pareil (poème)

 

Alain-Fournier à l'heure du Grand Meaulnes

 

Une jeunesse à l'ombre de la lumière

 

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L'archipel d'une autre vie d'Andreï Makine

 

Qu'une étoile se lève ... (Poème)

 

Yves Bonnefoy ou recommencer une terre

 

"Marcel Proust, une vie à s'écrire" de Jérôme Picon

 

La grande santé de Frédéric Badré

 

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Mario Vargas Llosa ou le porteur de flambeau

 

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On l'appelle "TERRE" - Poème

 

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Baronne Blixen de Domnique de Saint Pern

 

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Je suis fou de toi - Le grand amour de Paul Valery de Dominique Bona

 

EVOCATION

 

Stances à la bien-aimée en ce jour de la saint Valentin

 

La comtesse Greffulhe de Laure Hillerin

 

L'adieu

 

Patrick Modiano ou les tourments de l'identité

 

Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit de Jean d'Ormesson

 

Vint le poète

 

Parole d'ombre

 

Le juif errant de Jean d'Ormesson

 

René Depestre, une voix haïtienne

 

Roger Kowalski ou l'aube crépusculaire

 

Jean-Michel Maulpoix ou la poésie du seuil

 

"Deux soeurs" de Dominique Bona

 

Jules Supervieille ou l'enfance de l'univers

 

Mon itinéraire en poésie

 

L'âne et le petit cheval - fable

 

L'homme-joie de Christian Bobin

 

Le chant de Malabata ( suite )    ( Poème, extrait de mon oratorio - Graduel V )

 

Petit Prélude Crépusculaire

 

Terre Promise

 

Le coeur cousu de Carole Martinez

 

Immortelle randonnée de Jean-Christophe Rufin

 

Porte de Champerret d'Evelyne Bloch-Dano

 

Désir d'infini

 

Lovebirds de Edmée De Xhavée

 

Blaise Cendrars entre dans la Pléiade

 

Le jardin d'incertitude - présentation  

 

Léon Tolstoï : relire Guerre et paix

 

Stefan Zweig entre dans la Pléïade

 

Hannah Arendt et la banalité du mal  

 

François Mauriac, épistolier

 

Mélodie d'Avril  ( poèmes )

 

Bernard Moitessier ou la longue route

 

Joe Bousquet ou l'horizon chimérique

 

Marceline Desbordes-Valmore ou le renoncement

 

L'hiver des poètes  

 

Sabine Sicaud, l'enfant aux sortilèges

 

Fitzgerald le magnifique entre dans la Pléïade  

 

Scholastique Mukasonga ou la quête du paradis perdu

 

L'automne des poètes

 

L'art d'écrire selon Andreï Makine  

 

Andreï Makine ou l'héritage accablant  

 

Colette ou les voluptés joyeuses

 

Virginia Woolf ou la traversée des apparences  

 

Sandor Marai, une oeuvre crépusculaire

 

Poèmes à l'absent   

 

Réflexions sur la poésie      

 

Saint Valentin - Le chant de Malabata   

 

La poésie d'hier à aujourd'hui 

 

"Dans les forêts de Sibérie" de Sylvain Tesson      

 

Marie Noël ou la traversée de la nuit

 

René-Guy Cadou ou la rêverie printanière        

 

Jean-Marie Le Clézio ou le nomade mystique    

 

Les signes pourpres d'Armelle Barguillet Hauteloire     

 

Autoportrait à quatre mains - Channe questionne Armelle

 

Profil de la nuit, un itinéraire en poésie        

 

Gaston Bachelard ou le droit de rêver 

 

Emmanuel Levinas ou l'autre plus que moi-même       

 

André Comte-Sponville ou le gai désespoir 

 

Alain Finkielkraut ou le coeur intelligent      

 

Le goût de lire      

 

Jean d'Ormesson et les étrangetés du monde      

 

Le silence selon Emile Cioran

 

Alexandre Pouchkine ou l'empire des mots      

 

Venise et les écrivains

 

Luc Ferry en quête d'un nouvel humanisme       
 

Boris Pasternak ou l'intensité tragique           

 

La solitude selon Emile Cioran  

 

Julien Gracq, prince des lettres

 

Alexandre Soljenitsyne, témoin et prophète       

 

Paul-Jean TOULET ou une poésie fantasque      

 

Fedor Dostoïevski ou la fraternité universelle

 

Milan Kundera ou les prétextes de l'histoire        

 

Le coeur révélé  ( Poème )       

 

Milosz ou l'entrée dans le silence

 

Patrice de la Tour du Pin ou la liturgie intérieure

 

 

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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

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Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
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Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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