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16 octobre 2017 1 16 /10 /octobre /2017 11:54
Sans Abuelo Petite de Cécile Guivarch
 

« Cécile Guivarch,…, sonde encore une fois la mémoire familiale. Entre les questions sur sa langue, ses langues, elle évoque un secret de famille… » Dans un court recueil de poésie constitué d’une partie en vers, en général sur la page de gauche, et d’une partie en prose, en regard sur la page de droite, elle évoque l’histoire de sa famille, l’histoire tue à jamais, l’histoire qui lui colle aux doigts depuis l’âge de neuf ans, l’histoire qu’elle réussit enfin à mettre en poésie. « J’écris ce début depuis mes neuf ans mais il me glissait des doigts. Le voilà qui me revient aujourd’hui. J’ai toujours neuf ans. Ma Maman a un peu vieilli. Mers enfants ne me croient pas mais j’ai neuf ans. »

 

En vers, elle raconte le grand-père, celui qu’elle n’a pas connu, celui qui a fui vers une île pour participer à une autre révolution après l’échec de sa guerre en Espagne.

 

« La rivière a emporté les lettres

Elles ont nagé en suivant ton bateau.

Tu as fui sans vraiment fuir. »

 

En prose, elle évoque le pays où elle vit, le pays dont sa mère a difficilement apprivoisé la langue, où sa grand-mère n’a jamais oublié le grand-père exilé. « Mon grand-père n’est pas mon grand-père. Le vrai je ne le connais pas. N’est jamais revenu. Ne reviendra jamais. Enfermé sur une île

 

Elle raconte le pays où elle vit, le pays qu’elle a quitté, où elle semble retourner pour les vacances, le mélange des langues : « Mes cousins parlent galicien. Je leur réponds en français. En espagnol. Une barrière de langue. Nous ne vivons pas sur la même bande de terre. Mais nous sommes de la même lignée » ; sa double culture, ses racines mélangées et pas forcément bien connues, son appartenance à plusieurs nations et peut-être à aucune, seulement à une famille à géométrie variable. « L’espagnol est langue de mes ancêtres, celle qui nourrit mon sang. Pourtant j’y suis étrangère. »

 

C’est une belle histoire personnelle mise en mots avec beaucoup de finesse et de talent, seul l’essentiel est dit et ce texte court peut inspirer une longue réflexion sur la famille, la nation, l’exil, l’intégration, la multiculture, ….,  « La frontière est une ligne invisible. D’un côté la France de l’autre l’Espagne. Et ce n’est plus la même langue. »

 

C’est aussi, en filigrane, l’évocation de la guerre d’Espagne et de ses conséquences ravageuses, désastreuses pour de nombreuses familles :

« Même les oiseaux se taisaient.

Les uns, les bouches pleines de terre,

disparaissaient dans de grandes fosses.

Les autres ne pouvaient pas rester. »

 

Et surtout un très beau texte, très bien construit, qui dégage beaucoup d’émotion sous la plume de cette femme qui aura toujours neuf ans, l’âge auquel elle a appris que son grand-père chéri n’était pas le grand-père que sa grand-mère avait toujours aimé. « J’ai neuf ans je me demande comment on peut vivre avec une branche en moins dans son arbre. »

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Sans Abuelo Petite de Cécile Guivarch
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11 octobre 2017 3 11 /10 /octobre /2017 08:18
Jules de Didier van Cauwelaert

Zibal est un scientifique méconnu. Ses inventions auraient pu lui rapporter une fortune mais il ne sait pas se vendre et n’est pas doué pour le bonheur aussi, malgré ses diplômes et ses innombrables brevets, se retrouve-t-il à 42 ans vendeur de macarons à l'aéroport d’Orly. Un jour, devant son stand, apparaît Alice, une jeune et belle aveugle qui s'apprête, avec son labrador Jules, à prendre l'avion pour Nice où elle doit subir une opération pour recouvrer la vue. L'intervention est un succès, sauf pour Jules qui est affecté aussitôt auprès d’un autre aveugle, acrimonieux et brutal. Si bien que Jules va fuguer, retrouver Zibal, qui lui avait permis de ne pas voyager dans la soute à bagage lors du voyage d’Alice, ce qui va déclencher, en moins de vingt-quatre heures, un véritable tsunami pour le pauvre Zibal. En effet, à cause de Jules, Zibal va perdre son emploi, son logement et mettre en péril son avenir. Devenus compagnons de misère, tous deux  n'auront plus qu’une  obsession : retrouver Alice.

 

L’auteur aime les chiens, beaucoup même, au point que ce personnage de Jules nous tient en haleine tout au long du récit, en structure la composition et fournit la trame de cette histoire contée à deux voix : celles d’Alice et de Zibal impliqués l’un et l’autre dans cette course où l’amour et la tendresse sont l’élixir de leurs vies bancales. On lit ce court roman en deux soirs, tant ce duo, guidé de main de maître par un labrador surdoué, est sympathique et touchant et vous met du baume au cœur : décidément, grâce aux animaux, ce monde serait-il moins méchant qu’il n’y parait ? La fin est certes un peu décevante, on a l’impression que l’auteur ne sait pas conclure, qu’il cède à la facilité, mais les deux tiers de ce roman sont un vrai plaisir de lecture que pimente une bonne dose d’humour. Vous garderez, à n’en pas douter, un excellent souvenir de ce chien qui re-tricote les vies avec ce qu’il faut de flair et de malignité pour conduire les aveugles, que nous sommes, là où nous devons aller, soit là où l’avenir s’éclaire enfin. La morale est la suivante : faisons confiance à notre animal de compagnie, il connait mieux que nous les sentes qu’il faut emprunter pour que notre avenir reprenne de la couleur et de l’intérêt et que nous sortions enfin de la misère où notre société, sans discernement et sans flair, nous condamne trop souvent à souffrir. Les amis des animaux ne peuvent que se réjouir d’un ouvrage qui offre une telle tribune à l’un de leurs compagnons préférés.

 

Comme j’aime les animaux, ce livre m’a réjouie. Une amie me l’a offert pour mon anniversaire et je dois reconnaître, qu'en le choisissant, elle n’a pas manqué de perspicacité. J’en ai goûté les deux tiers avec gourmandise et satisfaction, deux tiers qui me laissent en mémoire le souvenir d’un moment plaisant, d’un partage sympathique avec deux héros un peu déglingués et un chien, infiniment astucieux, qui les promène avec une paisible autorité sur le chemin de la sagesse et du succès.

 

Et puis, le roman a un autre atout auquel je suis sensible : l’histoire se déroule pour une large part à Trouville. Pensez donc, on déambule dans les rues, on dort à l’hôtel Flaubert, on baguenaude sur la plage, on y goûte les lumières si fastueuses le soir et si douces le jour, on sent le parfum de la mer, on surprend la mélodie de ses vagues, on se laisse envoûter par le cri rauque des mouettes et des goélands ; oui, on cède à cette atmosphère unique qui vous tient au cœur et ne vous lâche plus. Lisez plutôt :

« Trouville est complètement raccord. Les gens, l’ambiance, les perspectives, la lumière … Tout est conforme aux images que m’avaient suggérées les sons, l’iode, le grain des façades, le sable sous mes pieds, l’odeur de forêt descendant la colline sous la caresse du soleil ou les aiguilles fraîches du crachin … Tout est joli, joyeux, léger malgré la densité de la foule estivale. Et cette beauté me déchire. Ce mélange d’intimité villageoise et d’espace infini quand la mer se retire, cette rumeur qui s’éloigne à mesure qu’on s’enfonce dans la vase découverte, ce silence troué de mouettes et d’aboiements qui ne sont pas ceux de mon chien. Ces vacances qui ne seront plus les nôtres ».

Comment une trouvillaise peut-elle résister à cette description des lieux où elle demeure et à l’intelligence de Jules, peut-être l’un des chiens qu’elle a surpris en train de galoper au bord des vagues lors de ses longues balades sur la plage à marée basse ?

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Jules de Didier van Cauwelaert
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9 octobre 2017 1 09 /10 /octobre /2017 07:52
Déséquilibres ordinaires de Françoise Steurs

C’est avec beaucoup de sensibilité et de fraîcheur dans son écriture que Françoise Steurs nous conte les démêlés d'un médecin du SAMU social avec Max sans-tête. Françoise travaille avec des jeunes pas tout à fait comme les autres, des jeunes qui voient le monde différemment et l’appréhendent autrement. C'est le cas de Max qui échappe à toutes les contingences sociales, vit dans le plus grand désordre, mange n’importe quoi, se néglige. Il ne pense qu’à faire des photos des gens de son quartier qu’il capture régulièrement à heure fixe dans un vieil appareil bricolé. « Max n’a que ça en tête : capter la vie qui passe autour de lui. Reproduire ces scènes de la vie quotidienne. A l’infini. En extraire des instants dans l’obscurité de la chambre noire ».

 

Un voisin porte plainte, Max va trop loin, il n’a aucun sens de l’hygiène. C'est alors qu'un médecin du SAMU social passe le voir et découvre des piles de photos, toujours les mêmes, floues mais prodigieusement expressives. Elles sont différentes des clichés habituels, expriment une autre vision du monde. Le Doc est subjugué par cette perception des personnages qui traduit une grande sensibilité en même temps qu’une expression artistique pointue. « Cet homme n’est pas juste bon à être enfermé dans une maison de soins. Il est capable de marquer la différence entre le jour et la nuit, il cuisine tous les jours et n’est pas agressif ». Le médecin décide de le suivre et le convainc d’exposer ses œuvres, ainsi débute une épopée épique qui conduira le Doc à se remettre en question et à se demander lequel des deux est du bon côté de ce qu’on définit  habituellement comme la norme.

 

Un très bon texte sur la différence, en l’occurrence sur ceux qu’on prend pour des attardés mentaux, des dérangés du ciboulot, des gens un peu fous qui, souvent, possèdent une acuité artistique et une créativité  affutées. Max n’a pas une logique cartésienne mais son intuition est peut-être bien supérieure à l’intelligence de nombre d’entre nous. Les conseils qu’il donne au Doc pour choisir une bonne photo pourraient servir aux lecteurs à la recherche d’un bon livre dans une bibliothèque ou une librairie. L’intuition est peut-être la meilleure conseillère quand elle s’appuie sur une perception fine et sensuelle. « Il faut pouvoir piocher, se laisser surprendre au détour d’une image. Etre happé. Ne s’intéresser qu’à une seule. Et tant pis pour les autres. C’est comme à la brocante. Tu te balades sans idée précise dans la tête. Quand, soudain, un objet attire ton regard. Tu t’arrêtes. Tu regardes encore. Tu t’approches de la chose. Tu la touches. De tes yeux, avec tes mains. Tu t’imagines quelque part… » Ce n’est que ça l’émotion artistique.

 

Il faut le croire car « Le fou dit toujours la vérité », Françoise Steurs l’a bien compris, elle est aux premières loges pour s’en convaincre.
 

Denis BILLAMBOZ

 

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Déséquilibres ordinaires de Françoise Steurs
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4 octobre 2017 3 04 /10 /octobre /2017 06:39
Bruges ou la remontée du temps

Bruges a cela de merveilleux : le visiteur qui la découvre entre de plein pied dans le Moyen-Age tant la ville a su se protéger des méfaits de la modernité et conserver son authenticité et son charme envoûtant au bord de ses canaux, à l’endroit même où les Vikings avaient débarqué et s’étaient livrés au pillage. A l’époque, soit au 9e siècle, un bras de mer, le Zwin, avançait loin à l’intérieur des terres, endroit que les Vikings baptisèrent Bryghia, ce qui signifie « débarcadère » dans leur langue. Mais en 843, le traité de Verdun mentionne le partage du royaume de Charlemagne entre ses petits-enfants et Charles le Chauve hérite des Flandres, le plat pays qui venait de souffrir des invasions normandes. Aussi va-t-il s’empresser de construire une citadelle afin de protéger la côte flamande d’une nouvelle invasion. Bruges va naître de ce projet et se transformer au fil des ans en une cité prospère, une plaque tournante ouverte sur le commerce avec l’Europe. Son apogée, elle la connaîtra au XVe siècle, époque qui a laissé une empreinte indélébile due à la richesse du commerce et du tissage et a conduit la ville à devenir progressivement un centre mondial de la finance, un Francfort du Moyen-Age, cité où les artistes affluent et créent une école artistique incomparable, celle des primitifs flamands qui va irradier autant sur le sud que le nord de l’Europe, attirés qu’ils sont par le nombre de riches mécènes.

L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.

L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.

Mais un progressif ensablement éloigne la ville de son port et les marchands étrangers vont peu à peu quitter Bruges pour Anvers et contribuer à son déclin, si bien que, pendant quatre siècles, Bruges ne connaîtra pas de changements notables, figée dans sa grandeur d’antan et échappant par miracle à la révolution industrielle qui défigura tant de cités. Ainsi conserve-t-elle sa physionomie : celle d’une ville flamande assoupie comme la belle au bois dormant dans sa jeunesse éternelle. Ici l’atmosphère de jadis est si palpable que, dès le 19e siècle, Bruges se transforme en un centre touristique où, peu à peu, de nombreux anglais s’installent, séduits par la beauté des lieux et leur pouvoir  d’achat décuplé, si bien que la colonie britannique compte très vite plusieurs milliers de personnes qui vont permettre à la ville de sortir de sa léthargie, notamment dans le domaine culturel. Par chance également, l’intelligence d’un officier allemand amoureux des lieux, Immo Hopman, va durant la guerre de 39/45 la préserver des bombardements programmés et éviter de justesse que ne soit réduite en cendres cette perle architecturale.

 

Dès lors, chaque année, 3 à 4 millions de visiteurs viennent admirer ce magnifique musée à ciel ouvert, flâner dans les rues où s’alignent les maisons de la renaissance flamande et celles purement moyenâgeuses que les luxueuses boutiques d’aujourd’hui sont parvenues à ne pas défigurer. La place du Beffroi est le centre incontournable autour duquel s’enroulent les rues étroites et les charmantes petites places où se sont installées les terrasses des restaurants. La splendeur des demeures rappellent qu’au XVe siècle vivaient ici les ducs de Bourgogne dans un luxe sans égal. C’est la raison pour laquelle bon nombre de peintres du nord des Alpes furent attirés par cette Bruges artistique où l’art  se vivait au quotidien.

Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.

Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.

Ainsi la Venise du nord est-elle devenue le centre de la plus ancienne école de peinture du pays, celle des primitifs flamands dont Jan van Eyck, Hans Memling et Rogier van der Weyden sont les plus prestigieux représentants. Passer 2 jours à Bruges ne laisse pas un instant de répit tant il y a à voir et à admirer. La promenade sur les canaux bien sûr et le spectacle qu'elle offre jusqu'au lac d'Amour et cette remontée du temps, ce retour vers le passé qui s'effectue ainsi de la façon la plus séduisante, comme si l'on entrait dans un autre monde fossilisé dans sa splendeur. Et puis les églises, celle du Saint-Sang et sa crypte romane aux voûtes basses qui reconduit dans l'intimité du coeur ; la magnifique église Notre-Dame qui recèle l'une des plus belle oeuvre d'art de Bruges, la Vierge à l'Enfant de Michel-Ange et les tombeaux d'apparat de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, et de sa fille Marie morte très jeune des suites d'une chute de cheval, l'un de style gothique, l'autre de style renaissance ; la cathédrale Saint-Sauveur avec ses trois nefs et ses cinq chapelles rayonnantes qui racontent l'histoire fascinante de cet édifice sacral et où l'on découvre, au-dessus du jubé, l'imposant "Dieu le Père" du sculpteur Arthus Quellin (1682). Enfin l'on s'attarde volontiers dans le délicieux et reposant jardin du béguinage, béguinage qui fut fondé en l'an 1245 par Marguerite de Constantinople, lieu où des soeurs conventuelles vivaient en communauté, tandis que les béguines vivaient seules et gagnaient leur vie en lavant le linge de l'hôpital Saint Jean  tout proche ou la laine dans l'eau des canaux. Il est, par ailleurs, impératif d'entrer à l'hôpital Saint-Jean pour contempler l'admirable triptyque de Hans Memling représentant le mariage mystique de sainte Catherine qui, à lui seul, mérite que l'on se rende à Bruges.  Ce peintre témoigne de la culture courtoise de son temps dans un univers pictural qui respire la piété, la béatitude et la grâce. Rêveur et poète proche de Fra Angelico, il sut imprimer à ses toiles sa tendresse et sa foi. Sa châsse de sainte Ursule, considérée à juste titre parmi les sept merveilles de l'art de la peinture, se trouve là également, ainsi que d'autres oeuvres tout aussi admirables qui offrent un  panorama de l'excellence de son art du dessin et de la couleur.

La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.

La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.

Le musée Groeninge réserve également quelques merveilles dont "La vierge au chanoine Van der Paele" de Jan van Eyck au réalisme inégalé, pièce maîtresse du musée, mais également un très beau portrait de Philippe le Bon par Van der Weyden  et des toiles de Petrus Christus, de Pieter Pourbus et de Gérard David dont le tableau cruel du "Jugement de Cambyse". Inutile de souligner que ces deux journées mettent à mal pieds et chaussures mais qu'importe ! une part de moules/ frites et une excellente bière vous requinquent et on oublie vite la fatigue tant le regard est constamment sollicité par la beauté des lieux et la richesse des oeuvres que cette ville, creuset de la culture et de l'intelligence, nous a léguées. Le soir est sans doute le moment le plus romantique, lorsque revenant à notre hôtel nous retraversons la ville illuminée au son des carillons dans la douceur de cette fin septembre et que le temps apparaît comme suspendu sur une possible éternité.
 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".
Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".
Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".
Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".
Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".

Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".

La ville le soir.
La ville le soir.
La ville le soir.
La ville le soir.
La ville le soir.
La ville le soir.
La ville le soir.

La ville le soir.

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2 octobre 2017 1 02 /10 /octobre /2017 08:35
Tout un été sans facebook de Romain Puértolas

Agatha Crispies – pas comme la célèbre romancière anglaise, non, comme les céréales servies au petit déjeuner – s’est tellement emmêlée les crayons dans l’affaire des stylos bleus à New-York New-York qu’elle est mutée,  après un tour de passe/ passe administratif, à New-York Colorado. Le pire trou des Etats-Unis, un bled où il ne se passe jamais rien, où les citoyens occupent leur temps à tourner autour des innombrables ronds-points destinés à égarer les étrangers. Elle est « affectée à un commissariat dans lequel on s’ennuie tellement que les effectifs lisent, jouent aux fléchettes, au sudoku ou encore tricotent ». Elle veut quitter ce trou le plus vite possible pour retrouver son poste avec, éventuellement, une promotion dans la mégapole de la côte est. Il lui faudrait une belle grosse affaire qu’elle résoudrait brillamment pour reconquérir la confiance de sa hiérarchie.

 

Comme il ne se passe jamais rien  sur son territoire, elle empiète sur celui de son voisin, elle le persuade que le crime, qu’il vient de  découvrir, appartient à sa juridiction pour pouvoir mener elle-même l’enquête. Le shérif cède et Agatha se saisit de l’affaire qui prend vite une certaine ampleur avec deux autres meurtres, de quoi constituer une belle énigme à résoudre et conquérir une promotion pour un tellement désiré retour au bercail. Agatha se plonge alors dans une enquête rocambolesque dans laquelle l’auteur parodie les poncifs rencontrés habituellement dans les films et surtout dans les séries policières américaines dont il dénonce les incohérences, les invraisemblances et la sous-culture, en mettant dans la bouche de la policière des citations et les noms des plus grands auteurs classiques qu’elle est évidemment la seule à connaître.

 

Dans ce polar loufoque, déjanté, amoral, Romain Puértolas dresse un tableau désopilant mais tout de même un peu désolant de l’Amérique profonde, l’Amérique des ploucs dont Jean Yanne a narré la fantasia dans un célèbre film. Il pointe du doigt la malbouffe généralisée – Agatha, grosse et grasse, se gave toute la journée de « donuts » au chocolat - le racisme endémique affectant encore cette partie de la population - Agatha est, avec son chef, la seule noire du coin - l’absence totale d’humanité, tous les moyens sont bons pour atteindre son objectif et Agatha n’est pas très encombrée par sa bonne conscience. L’auteur préfère en rire mais j’ai eu franchement le sentiment qu’il n’appréciait guère cette Amérique acculturée, asservie par la déesse consommation.

Il reste le polar qui fera, sur le bord de la piscine, une belle lecture d’été en dégustant des … « donuts » … au chocolat.
 

Denis BILLAMBOZ

 

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L'auteur

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27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 06:24
Le bal du comte d'Orgel de Raymond Radiguet
Le bal du comte d'Orgel de Raymond Radiguet

Incroyable maturité de la part de ce jeune écrivain qui, à peine âgé de 20 ans, écrit un roman en prenant pour sujet les sentiments les plus intimes d’une femme d’une trentaine d’années, nommée Mahaut d'Orgel, qui s’éprend d’un ami de son époux François de Séryeuse et dont l’auteur nous détaille les moindres émotions et passe au scalpel l’évolution du mécanisme psychologique qui la conduira à renoncer à cet amour par devoir. Par moments, on se croirait dans « La princesse de Clèves » de Mme de Lafayette ou dans « Le lys dans la vallée » de Balzac, revisités en ce début du XXe siècle par Raymond Radiguet qui mourra d’une typhoïde foudroyante en 1923 avant même l’édition de son ouvrage. C’est Grasset qui s’en chargera, après que le texte ait été relu et corrigé par Cocteau et Kessel. Oui, incroyable maturité de la part de l’auteur et incroyable roman que celui-ci à une époque où la fête était à l’honneur après la saignée de la guerre de 14 /18, ce qui pouvait laisser penser qu’un jeune homme de 19 ans devait avoir en tête bien d’autre sujet que celui-ci. Oui, nous assistons là au combat que se livrent un jeune homme et une femme mariée et plus âgée pour ne pas céder à la tentation et subir les tourments de l’amour sans faillir, puisque celle-ci est mariée au comte d’Orgel et entend honorer l’engagement qui la lie à lui. C’est par conséquent l’histoire d’un amour chaste, non dépourvu d’une tonalité moralisatrice, que choisit de rédiger ce tout jeune écrivain. Que s’est-il passé pour que Radiguet aborde un thème si peu en accord avec son époque, celle des Années Folles, et si peu dans le courant de son inspiration précédente « Le diable au corps » ?

 

Nous sommes là en présence d’un drame intérieur où rien ne se passe, si ce n’est l’analyse au microscope des diverses phases d’un sentiment dont on comprend bien qu’il est de part et d’autre sacrifié d’avance. Alors, comment se fait-il que l’on accroche à ce récit dépourvu de suspense où le devoir ne s’impose que par le souci constant des deux personnages à maintenir leur réputation dans un milieu mondain où les bons usages sont ceux imposés par le qu’en dira-t-on ? Oui, de quel philtre use l’auteur pour nous maintenir en lecture sur un sujet aussi mineur que la personne de cette madame d’Orgel, dont l’attachement éprouvé pour son mari tient davantage à la fortune de celui-ci et à la vie facile qu’il lui offre, et à celle de ce François de Séryeuse qui, s’il passe beaucoup de temps auprès de cette femme, le doit aux relations bienveillantes qu’il entretient avec le comte d’Orgel dont l’essentiel de la vie se consume  en mondanités de tous ordres. Le romanesque de l’histoire se concentre essentiellement sur l’étude fine et approfondie de la psychologie des personnages décrits d’une plume froide et rigoureuse, sans aucune sympathie particulière, avec une hauteur toute impartiale. D’où cette intelligence de style, cette implacable description à ce qui se passe en eux, à ce qui s’élabore dans leurs têtes, à ce qui les incite à espérer ou à désespérer, à leurs motivations et à leurs doutes jusqu’à cette confession que Mahaut d’Orgel fait à Madame de Séryeuse afin de condamner François à renoncer définitivement à elle. C’est le rêve du jeune homme qu’elle brise dans le seul objectif de maintenir sa place dans cette société de la noblesse et de la haute bourgeoisie d’entre les deux guerres.

 

 

Le dernier chapitre est la préparation d’un bal qui va mettre à nu les sentiments de chacun et où les diverses variations émotionnelles ou calculées semblent désuètes, voire ridicules, tandis que les menées dictées par l’intérêt le plus mercantile révèlent d’autant plus et mieux leur inaptitude à épouser les aspirations du cœur. C’est là aussi que l’on découvre l’importance des non-dits, la force de communication du silence, si présent dans l’ouvrage – les détours multiples, les hésitations qui suspendent une réponse - ces instants où l’on passe à côté de l’autre, tout en se méconnaissant davantage soi-même. Raymond Radiguet se livre à cette savante valse-hésitation des cœurs avec un brio incontestable comme s’il scrutait, fouillait au plus vif des replis intimes, des longues et lentes palpitations secrètes. L’aisance stupéfiante d’un surdoué.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Le bal du comte d'Orgel de Raymond Radiguet
Portrait de Radiguet par Modigliani

Portrait de Radiguet par Modigliani

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25 septembre 2017 1 25 /09 /septembre /2017 08:42
La femme qui court de Jennifer Johnston

Une fois de plus, la littérature irlandaise m’a enchanté. Cette fois, c’est Jennifer Johnston qui m’a régalé avec ce texte qui sent l’Irlande à plein nez : histoire, culture, romantisme, qualité littéraire, art du récit, finesse des sentiments, etc… encore une lecture enivrante comme j’en ai trouvée beaucoup sur cette île.

 

 

La femme qui court

Jennifer Johnston (1930 - ….)

 

 

Et de nouveau un roman qui  encourage mon inclination déjà bien marquée pour la littérature irlandaise. J’ai été, en effet, enchanté par la lecture de cet ouvrage, non pour l’histoire qu’il raconte, même si elle est particulièrement dramatique, mais surtout pour la façon dont l’auteure décrit cette histoire et pour ses qualités littéraires. Elle vit son texte, respire les sentiments des personnages qu’elle met en scène et transporte le lecteur au plus profond de l’Irlande, de son histoire, de sa culture, de ses coutumes et des conflits qui l’ont régulièrement secouée.
 

Laura a hérité d’une entreprise de sa mère qui l’a elle-même héritée de sa propre mère, une transmission filiale qu’elle ne pourra pas assurer car elle n’a pas d’enfant. Au moment où elle enterre son père, elle semble bien fragile, son mari qu’elle a épousé parce qu’il pouvait assurer la gestion de l’entreprise, veille sur elle. Même s’il s’absente régulièrement pour des motifs peu crédibles. Pour vaincre son ennui et éteindre une douleur qui semble l’affecter depuis son adolescence, Laura décide de déblayer un coin de végétation envahissante qui a recouvert une gloriette qui semble avoir marqué sa jeunesse. Au cours de ces travaux épuisants, elle reçoit le renfort d’un voisin banni par sa famille lors du décès de son père parce qu’il a jeté sa soutane aux orties. Les deux écorchés de la vie traversent tous deux un deuil sans vraiment regretter leur père respectif. De vieux comptes semblent ne jamais avoir été soldés.
 

Sur fond d’histoire de l’Irlande, de haine entre protestants et catholiques – Laura a été persécutée par ses camarades de classe catholiques parce qu’elle est protestante – d’incestes familiaux récurrents qu’il faut absolument taire pour ne pas être banni et pour ne pas jeter l’opprobre sur la famille, Jennifer Johnston écrit un roman très habile, enchanteur malgré la douleur qu’il dégage. Elle construit son histoire principalement sous la forme de dialogues qui mêlent le présent, que vit son héroïne, avec des scènes de son passé qui apportent progressivement des éléments permettant de mieux comprendre la fragilité qui l’affecte encore au moment du décès de son père. L’auteure passe du « je » au « elle » sans que cela nuise à la lecture, comme si elle ne voulait pas s’enfermer trop profondément dans la douleur de l’héroïne et maintenait une certaine distance afin que le lecteur ressente mieux les sentiments qui se dégagent de cette tragédie familiale. Ainsi assistons-nous à la rencontre de deux êtres trop ou mal aimés qui voudraient faire le ménage dans leur passé de façon à envisager un avenir plus serein. Un véritable bijou qui enchantera les amis des beaux textes.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 07:36
Visions de Kerouac d'Yves Budin

Une véritable bonne surprise, un document essentiel pour moi qui n’ai découvert Kerouac que quand sa gloire était passé et alors  qu’il vivait une déchéance bien cruelle. Yves Budin fait revivre la légende du grand maître de la Beat Generation à travers ses textes et ses dessins dans un livre cahier qui deviendra vite collector.

 

 

 

Visions de Kerouac

     Yves Budin (1974 - ….)

 

 

 

« Tandis que les vagues incessantes de misérables créatures immigrants galériens du Sud et de l’Est de l’Europe affluent se brisent et clapotent goémons pathétiques aux portes de l’île… », non, il ne s’agit nullement des rivages de Lampedusa mais d’une histoire beaucoup plus ancienne. Car depuis la nuit des temps, des peuples  ont souvent dû quitter leur terre pour chercher refuge ailleurs et ainsi, vers 1900, les Canadiens français ont fait route vers le sud pour s’établir en Nouvelle-Angleterre,  sur l’île « … des larmes dans l’antichambre du Rêve à Ellis Island. »


 

Ce flot de travailleurs plus ou moins clandestins, « main d’œuvre bon marché Ce sont les Canayens Les Canadiens français péjorativement surnommés « Canucks » Nègres blancs, Français imbéciles ». Parmi eux, marchent les Kerouack qui déposent leurs valises à Lowell Massachussetts, première capitale industrielle du Nouveau Monde, où naissent une fille et deux garçons dont, en 1922, Jean-Louis Kirouac, dit Ti-Jean qui deviendra l’idole d’une génération sous le nom de Jack Kerouac.


 

Quand j’ai vu, sur un étal de la Foire du Livre de Bruxelles, dans les trésors des Carnets du Dessert de lune, cet ouvrage intitulé « Visions de Kerouac », qui semble rendre hommage à cette icône de notre jeunesse, je n’ai même pas ouvert le livre, je l’ai acheté immédiatement à l’auteur qui justement était là. Kerouac est né vingt-cinq ans avant moi. Lorsque je l’ai découvert, il avait déjà vécu mille galères, bu des gallons d’alcools divers et variés, et même parfois avariés, testé toutes les drogues connues à son époque et écrit des livres qui allaient contribuer sérieusement à la naissance de sa légende. Il m’a fallu encore presque deux décennies pour que je parte « Sur la Route » de ces textes et, depuis, ce long flot tumultueux et verbeux rugit encore dans mes oreilles. Je me souviens quand il écrit du fond d’un bouge mexicain: « Souffle ! Souffle ! » pour encourager un trompettiste qui joue un solo. Kerouac c’est aussi la musique, le jazz surtout !


 

Tenir le livre de Budin en mains est déjà un premier bonheur, livre de grand format, un peu comme un cahier, sur la couverture duquel l’illustration - un dessin en noir et rouge avec un peu de blanc et de bleu - symbolise déjà l’œuvre du maître tout en annonçant ce que le lecteur trouvera en tournant les pages : Kerouac martyrisant le clavier de sa petite machine à écrire d’où sourd un rouleau de papier comme celui sur lequel fut écrit « Sur la Route ».  Yves Budin, à la fois biographe, poète et illustrateur, propose un condensé de ce que fut la vie de Kerouac : son enfance, son éducation, les rencontres décisives, la Beat Generation, ses femmes (mère, sœur, épouses, maitresses, amantes et sa fille enfin reconnue), ses galères, le chemin de la gloire, le succès mal digéré, la déchéance, la fin abominable, tout ce qui, au fil des ans, des éditions, des rééditions, des chroniques, des biographies a fini par constituer la légende du poète maudit. La vie de Kerouac, c’est un peu une odyssée, une chanson de gestes des temps modernes. Et Butin a su écrire, mettre en vers et en dessins, cette fabuleuse épopée, cette résistible ascension, ce document fondateur de la philosophie, de la mentalité, des mœurs, de la littérature, de la musique, de toute une génération.


 

Budin écrit comme Kerouac a rédigé « Sur la Route », sans ponctuation aucune, mais pas en un seul bloc comme le fit le poète, dans un texte oscillant entre prose et poésie qui se glisse entre les dessins en noir et blanc, parfois soulignés de rouge et occupent une large place dans cet ouvrage que je qualifierais de livre illustré, presque une bande dessinée, mais surtout une véritable bible à l’usage de ceux qui ne connaissent pas encore Kerouac et le formidable mouvement qu’il a déclenché avec ses amis Cassidy, Ginsberg et Burroughs principalement. Budin a eu aussi le trait de génie de ne pas se préoccuper outre mesure de la syntaxe, afin de laisser la place aux fulgurances qui rappellent celles des auteurs de la Beat Generation. Ce livre, je le garderai précieusement, près de mes mains, pour pouvoir le saisir vite dès que l’envie deviendra urgence.
 

Denis BILLAMBOZ

 

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Jack Kerouac
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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 09:02
Qu'une étoile se lève...

Qu’une étoile se lève au large de la mer
je te la dédierai,
qu’une lune pose sur l’horizon l’orbe rousse des songes
je l’entretiendrai de toi,
que, sous la cendre bleue, le feu couve
et les légendes se mettent à causer, ô mon prince !
Pareil au seigneur, étranger à son empire,
tu descends parmi les saules et les lentilles,
le cours du temps amoureux de la terre noire.
En quelle ère lointaine, inconnue de la mémoire,
es-tu né pour offrir à la postérité ce visage immuable ?
Semblable au potier, tu modèles ta pensée,
pareil à César, tu effaces les traces
des heures trop vite ensevelies sous la poussière.
Au passé, tu refuses cette épopée du deuil
qui tente parmi les ombres un ultime passage,
comme si la mer, amarrée à sa lande,
s’était engagée à la victoire. Mais non, il faut attendre !
Mon prince résolu n’a point encore armé de flotte pour la conquête,
il regarde les ténèbres se faner dans sa main,
rose funèbre, effeuillée, sans parfum.
Est-il trop tôt, est-il trop tard,
pour que la terre, oublieuse de sa genèse,
se libère des entrailles nocturnes qui la tiennent,
dépréciée et sans règne,
et que, dans un sursaut, elle renaisse enfin,
hors de l’espace et hors du temps,
toute d’espérance et délivrée, ô mon prince,
selon ta volonté et selon ta promesse,
prête à appareiller vers le Royaume
accessible seulement à l'esprit ?

 

 

J’entends des rumeurs :
des voix nous disent
que le temps a achevé son œuvre.
Ne craignons pas,
tout le fini s’efface. Ce n’est plus l’heure
du doute et de l’effroi.
Quels feux illuminent nos saisons,
quelle brume cache le provisoire à nos yeux ?
Et pourquoi nos paupières seraient-elles lasses,
alors que l’on surprend des rires et des chants,
que pas à pas nous avançons
dans l’ivresse sainte du pardon ?

 

Armelle Barguillet Hauteloire Extraits de « Profil de la Nuit – Le temps fragile »

 

 

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 07:56
Les mensonges de la mer de Kaho Nashiki

Un vrai bijou comme Piciquer en déniche souvent en Extrême-Orient. Une plongée au cœur d’une petite île du sud du Japon où ne résident que quelques pêcheurs qui se souviennent vaguement du riche passé spirituel de leur île. Un roman qui dépasse la fiction en frôlant la philosophie.

 

 

Les mensonges de la mer

   Kaho Nashiki (1959 - ….)

 

 

Cela se passe avant la guerre, Akino est encore étudiant en géographie humaine, science qui, au Japon, semble déborder sur bien d’autres disciplines : l’anthropologie, l’ethnologie, l’éthologie, l’écologie, l’histoire, …, quand il décide de passer ses vacances sur la petite île d’Osojima au sud de Kyushu, la plus méridionale des quatre grandes îles qui constituent l’archipel nippon. Grâce à un couple de vieux pêcheurs qui l’héberge, il prend contact avec les îliens qui l’accompagneront lors de la visite des lieux qu’il souhaite mieux connaître afin de terminer une étude commencée par son ancien maître et jamais achevée.

 

Ainsi part-il avec un jeune autochtone sur les sentiers de l’île où,  selon les documents remis par un ancien marin retraité dans ses montagnes, il retrouve les vestiges de nombreux temples et lieux de culte édifiés par une secte bannie plusieurs siècles auparavant. Ces lieux de culte ont été ruinés à l’époque du Shugendo, la séparation du shintoïsme et du bouddhisme quand, en 1872, le pouvoir Meiji a rompu avec les religions étrangères en débarrassant le shintoïsme des influences extérieures de façon à ce que le socle religieux du pouvoir soit purement nippon.

 

Akino et son guide parcourent  les sentiers désertés  où ils ne rencontrent guère que des chèvres et des saros, découvrant de nombreux indices concordant avec les bribes de légendes qu’ils ont recueillies, ce qui va leur permettre peu à peu de reconstituer l’histoire de la présence sur cette île d’une civilisation spirituelle vivant dans une stricte ascèse. En essayant de comprendre ces légendes et leur matérialisation au cœur du paysage, ils en décèlent les vestiges, de même que le sens des coutumes et traditions locales, toute une parcelle de l’histoire du Japon un peu oubliée sur cette île isolée des voies de communication. Quand ils parviennent au bout de leur périple autour d’Osojima, ils rencontrent à nouveau le vieux marin et son secrétaire et saisissent les raisons qui les ont incités à se poser certaines questions et à mettre leurs découvertes en rapport avec la spiritualité ancestrale encore très prégnante chez les plus anciens occupants du lieu. Si bien que ce livre me semble être plus qu’un roman, il déborde sur l’histoire, la philosophie, la spiritualité, l’écologie, tout ce qui relie l’homme à son milieu et donne un sens à sa vie. Longtemps après, quand la guerre aura semé le deuil, qu’un pont aura été érigé entre la petite île et Kyushu permettant aux touristes de visiter cet endroit enchanteur, l’étudiant en géographie, qui n’a jamais terminé l’étude ébauchée par son maître, reviendra sur l’île où il constatera bien des changements qui le troubleront, le désespéreront même. C’est alors qu’il saisira la cause de tout cela, dénichera le maillon manquant pour parvenir à conclure son étude, en quelque sort s'appropriera la clé qu’il avait longuement cherchée et qui, maintenant, était là bien présente dans son esprit.

 

Ce texte est sans nul doute délicat, plein de douceur et de spiritualité, on croit même y ressentir le souffle spirituel de l’ascèse du Shugendo. Une réflexion qui pose de nombreuses questions : quelle importance faut-il accorder au passé ? Le passé est-il nécessaire à la construction de l’avenir ? L’homme a-t-il besoin de connaître ses racines pour vivre pleinement sa vie ? La liste n’est pas close, l’auteur la laisse ouverte en abandonnant le lecteur au bout du chemin avec tout ce qu’il a pu récolter au long de cette lecture. Le vieux géographe, lui, a fini par comprendre le message des mirages,  les mensonges de la mer, en méditant cette maxime sibylline « La forme est vide. La vacuité est forme ». Chaque lecteur cherchera sa voie à travers ces quelques mots… Bon voyage à tous !
 

Denis BILLAMBOZ

 

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Kaho Nashiki

Kaho Nashiki

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Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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