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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 09:04
Musée Galliera : La mode retrouvée - les toilettes de la comtesse Greffulhe

 

Qui est cette femme dont la garde-robe somptueuse fait l'objet d'une exposition au musée Galliera ? Sans doute la femme française la plus admirée et adulée de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, qui tenait rue d'Astorg le salon le mieux fréquenté, où l'on croisait des rois et reines, des hommes politiques de tous bords et les représentants les plus en vue du monde artistique. Proust en fera sa princesse de Guermantes et contribuera à l'immortaliser.

 

 

Elisabeth de  Riquet de Caraman-Chimay était née le 11 juillet 1860 dans une grande famille européenne franco-belge presque ruinée et avait épousé un homme de noblesse récente, Henry Greffulhe, que les Goncourt trouvaient "commun" mais qui avait l’avantage d’être immensément riche. Il n’aura d’autre intérêt, à l'égard de sa jeune et ravissante épouse, que de lui permettre de vivre comme une impératrice, le plus souvent loin de lui qui se montrera toujours, à son égard, brutal et insultant. Il l’appelait «  la Vénus de Mélo ». D’un narcissisme profond, amoureuse de son image, Elisabeth Greffulhe ne cessera de mettre en scène ses apparitions et saura varier ses toilettes, celles mêmes qui font l’objet de l’actuelle exposition du musée Galliera ( jusqu’au 20 mars prochain ) et nommée, en référence à Marcel Proust  "La mode retrouvée".

 

 

En effet, quelle mode, sinon celle décrite abondamment dans l’œuvre proustienne et que des couturiers comme Worth, Fortuny, Lanvin, Babani créaient pour habiller une petite société de femmes privilégiées ! Cette garde-robe, d’une cinquantaine de modèles, unique de par la qualité des pièces exposées, dont certaines ne furent portées qu’une ou deux fois, se distingue par la richesse des matières, la diversité des motifs et souvent par la présence du vert, un vert sombre que la comtesse appréciait parce qu’il mettait en valeur sa rousseur vénitienne. Son vestiaire, parcourant la Belle Epoque et les Années folles, est à son image : sublime et original, troublant et raffiné. Voici ce que les chroniqueurs de l’époque écrivaient au sujet de son élégance légendaire : « Elle vit dans une séduction obsessionnelle d’elle-même, elle s’aime probablement plus qu’elle ne cherche à plaire ». Ou bien : «  La comtesse se singularise dans le choix des motifs, les flammes, les scarabées. Certaines dentelles me font penser à du Alexander McQueen. Quand on étudie le vêtement de la fin du XIXe siècle, elle se distingue nettement ». Ou encore : « Ses toilettes, inventées pour elle ou par elle, ne doivent ressembler à aucune. Elle les préfère bizarres que semblables à d’autres ».

 

 

Ce sera  à elle que Proust, ébloui par sa beauté et le charme de ses yeux, empruntera le rire cristallin de la duchesse de Guermantes: « Le rire de Mme Greffulhe s'égrène comme le carillon de Bruges », déclarait-il.

 

En réalité, bien qu'elle l'ait nié à la fin de sa vie, la comtesse Greffulhe appréciait et recherchait la compagnie de Proust, à qui elle envoya de nombreuses invitations, qu'il déclinait pour la plupart parce qu’il était désormais le prisonnier de son oeuvre. De son côté, Proust s'inspira d'elle beaucoup plus qu'il ne l'admit jamais. L'analyse des œuvres de jeunesse de Proust, ainsi que de ses cahiers et carnets de brouillon, montre qu'elle joua un rôle clé dans la genèse de la Recherche, et en particulier dans l'élaboration du nom magique de Guermantes, nourri des rêveries de l'auteur sur son illustre et très ancienne famille. Voici ce que Marcel écrivait à Robert de Montesquiou le 2 juillet 1893, à la suite de leur première rencontre :

« J’ai enfin vu (hier chez Mme de Wagram) la comtesse Greffulhe. Et un même sentiment, qui me décida à vous dire mon émotion à la lecture des Chauves-souris, vous impose comme confident de mon émotion d’hier soir. Elle portait une coiffure d’une grâce polynésienne, et des orchidées mauves descendaient jusqu’à sa nuque, comme les «chapeaux de fleurs» dont parle M. Renan. Elle est difficile à juger, sans doute parce que juger c’est comparer, et qu’aucun élément n’entre en elle qu’on ait pu voir chez aucune autre ni même nulle part ailleurs. Mais tout le mystère de sa beauté est dans l’éclat, dans l’énigme surtout de ses yeux. Je n’ai jamais vu une femme aussi belle. Je ne me suis pas fait présenter à elle, et je ne demanderai cela pas même à vous, car en dehors de l’indiscrétion qu’il pourrait y avoir à cela, il me semble que j’éprouverais plutôt à lui parler un trouble douloureux. Mais je voudrais bien qu’elle sache la grande impression qu’elle m’a donnée et si, comme je crois, vous la voyez très souvent, voulez-vous la lui dire? J’espère vous déplaire moins en admirant celle que vous admirez par-dessus toutes choses et je l’admirerai dorénavant d’après vous, selon vous, et comme disait Malebranche “en vous”. Votre respectueux admirateur, Marcel Proust

 

 

Maîtrisant avec une exquise désinvolture ses apparitions et ses disparitions aussi soudaines qu’entretenues, la comtesse Greffulhe fut, en effet, le sujet de prédilection des chroniqueurs et des auteurs. Marcel Proust emprunta sa garde-robe, ses manières, son allure pour imaginer la duchesse de Guermantes. Ses voiles, ses gazes, ses lys et ses orchidées brodées devinrent les motifs de papier avec lesquels l’écrivain édifia son œuvre. Son image devint un phrasé. «Elle - écrit son cousin Robert de Montesquiou - se faisait montrer, chez les couturiers en renom tout ce qui était en vogue; puis quand elle devenait certaine que fut épuisé le nombre des élucubrations fraîchement vantées, elle levait la séance, en jetant aux faiseurs, persuadés de son édification et convaincus de leur maîtrise, cette déconcertante conclusion : Faites-moi tout ce que vous voudrez… qui ne soit pas ça !”».

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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Musée Galliera : La mode retrouvée - les toilettes de la comtesse Greffulhe
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Photographiée par Nadar et peinte par Helleu
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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 09:49
Une pièce montée de Blandine Le Callet

Un livre récupéré dans un échange collectif, un livre resté trop longtemps au fond d’une pile d’ouvrages à lire, un livre un peu convenu qui raconte l’éternelle histoire des rancoeurs et querelles familiales qui explosent surtout lors des grands événements qui marquent une existence. En l’occurrence un mariage.

 

 

 

                                             Une pièce montée

                                    Blandine Le Callet – (1969- ….)

 

 

 

Bérangère et Vincent veulent un beau mariage, un mariage qui impressionnera les parents et amis invités, un mariage qui reflètera leur standing. « Elle veut une robe de princesse, un cortège d’honneur ; elle veut un dîner délicat, un décor raffiné, un temps radieux, une fête magnifique ». Blandine le Callet fait raconter ce mariage à certains participants : une petite nièce qui ne comprend pas pourquoi la mariée veut absolument cacher la petite fille un peu différente, le curé qui a bien compris que les deux futurs époux n’étaient intéressés  que par le cachet de la petite chapelle médiévale où il officie, la grand-mère qui sent qu’elle participe là à l’une des dernières cérémonies familiales à laquelle elle pourra assister, la tante qui commence à perdre son charme et n’apprécie guère la superficialité de la jeune épousée, la sœur qui n’aime plus son mari, le dragueur de service, le frimeur inévitable, la sœur disgracieuse qui n’a que l’envie de fuir cette mascarade dorée où elle sera encore le mouton noir … et le pauvre marié perdu au milieu de ces festivités qui le dépassent. Chacun raconte sa version, sa vision des choses, le mariage qu’il vit, sa vie, et chacun déplore les vices cachés derrière la façade clinquante de ce mariage de riches organisé pour paraître et épater la galerie.

 

 

Dans cette fête de famille Blandine Le Callet fait souffler le vent de la rancœur et de l’amertume sur les braises des vieilles histoires de familles : le frère qui ne s’est jamais senti aimé, la sœur qui voit son mari s’éloigner progressivement, celle qui n’est pas encore mariée, qui ne le sera peut-être jamais et  n’a aucun goût pour ce style de cérémonie et la grand-mère qui se sent partir. Tout un monde de rancœur, de haine, de méchanceté gratuite, de mépris, d’orgueil, de vanité tapie derrière les tapisseries dorées de familles plus riches de leur avoir que de leur être et leur savoir. Un récit bien maîtrisé, une écriture sobre mais efficace et élégante pour dresser un tableau aigre de la société actuelle et notamment de tous les problèmes affectant la vie des couples d’aujourd’hui et nourrissant souvent l’actualité des médias. Une peinture sans concession, un peu désabusée, sans beaucoup d’espoir pour les jeunes mariés, mais finalement un tableau un peu trop convenu des mœurs actuelles.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 08:51

La-souffrance.jpg

 

 

Oui, quel est donc le rôle de la douleur dans nos vies que si souvent, trop souvent selon nous, elle affecte, blesse, décourage. Et pourquoi, par la même occasion, ne pas s'interroger sur la place qu'elle a occupée dans la vie de nos écrivains et, plus généralement, de nos artistes ? Il est certain que Proust n'aurait pas été Proust sans son asthme, que la phtisie a inspiré quelques-uns des plus beaux vers de la langue française et que, sans le rapport à la souffrance physique ou morale, l'homme aurait eu bien peu de choses à dire. Le bonheur se constate et ne se décrit pas ; le plaisir se prend et ne s'explique point. Curieusement, c'est ce que nous avons perdu qui nous devient cher, ce qui nous échappe qui nous semble précieux. Cioran notait dans ses Cahiers : " Je lis, je lis, et, sauf de rares exceptions, je ne trouve aucune réalité aux oeuvres que je lis. Que leur manque-t-il ? Je ne saurais le dire. Le poids ? Sans doute, mais qui leur confère du poids ? Une passion ou une maladie - rien d'autre. Encore faut-il que les malades et les passionnés aient quelque talent. Ce qui est sûr, c'est qu'un talent sans passion ni maladie ne vaut rien ou presque." ( Cahiers page 201 ) Et page 472, il ajoute : " C'est le Boudha qui a vu juste, qui a touché à l'essentiel. Tout tourne autour de la douleur ; le reste est accessoire, et presque inexistant ( puisque aussi bien on ne se souvient que de ce qui fait mal ), tandis que le marquis de Custine notait finement dans "Mémoires et voyages d'Astolphe Louis Léonor" : " Nous n'habitons la terre que pour apprendre à désirer ce qu'on n'y trouve pas. L'inquiétude de notre âme est une souffrance, mais ne nous en plaignons pas ; tous nos droits à l'immortalité sont là, et cette inexplicable douleur est notre plus beau titre de noblesse."

 

Il est vrai que la douleur est le passage obligé entre chair et esprit, ce, grâce à notre pouvoir de la transcender à tout moment. Si " le propre de la douleur est de n'avoir pas honte de se répéter ", l'honneur de l'homme est d'en faire bon usage. C'est presque toujours d'elle qu'il a tiré la substance spirituelle de ses oeuvres, au point que Léon Bloy assurait qu'elle était l'auxiliaire de la création. Mozart a rédigé son requiem dans l'antichambre de la mort, Beethoven écrit sa IX ème symphonie alors qu'il était sourd, Hugo jeté ses vers les plus émouvants alors qu'il venait d'enterrer sa fille Léopoldine, Charles d'Orléans, ce doulx seigneur, chanté sa France si belle lors de ses vingt-cinq années de détention dans les geôles anglaises et François Villon composé sa Ballade des pendus alors qu'il était condamné au gibet, peine qui sera finalement commuée en bannissement.

 

Frères humains qui apres nous vivez,
N'ayez les cueurs contre nous endurcis,
Car, se pitie de nous povres avez,
Dieu en aura plus tost que vous mercis.


 Seules, en effet, la douleur et la privation peuvent produire une impression positive, et par là se dénoncer d'elles-mêmes : le bien-être, au contraire, n'est que pure négation. Aussi n'apprécions-nous pas les trois plus grands biens de la vie : la santé, la jeunesse et la liberté, tant que nous les possédons ; pour en comprendre la valeur, il faut que nous les ayons perdus."  - écrit Schopenhauer dans " De la vanité et des souffrances de la vie"

 

L'homme est donc particulièrement créateur dans l'épreuve, le combat, l'effort, l'opposition. La valeur va à ce qui coûte, à ce qui exige, à ce qui oblige. S'y ajoute souvent une ascèse personnelle. Et qu'apprenons-nous aujourd'hui dans les discours dont on nous abreuve à longueur d'onde ou d'antenne ? Une version opposée, qui ne fait que rarement référence aux mérites de l'effort, à l'excellence du travail, à la noblesse du sacrifice, à l'élan généreux de l'amour et de la compassion, mais prône l'hédonisme glouton et éphémère dont on sait depuis Platon qu'il ne mène nulle part et ne favorise que l'égotisme et l'égocentrisme. Voilà ce que nous transmettons aux générations de demain sans l'ombre d'une mauvaise conscience. Et c'est d'autant plus regrettable que notre jeunesse connaît déjà les affres de la souffrance. Lisons-les ces auteurs adolescents, auxquels nous communiquons notre cynisme, nos divisions idéologiques, notre athéisme triomphant, notre assurance  doublée de suffisance d'avoir tout résolu des mystères de l'univers, et nous comprendrons à quel point leur détresse est grande ! Abreuvée de violence, de sexe, de drogue, de mensonge, de contre-vérité, à quoi peut bien se rattacher une jeunesse que nous avons privée d'idéal et de transcendance ? Que lui donne-t-on à admirer sinon les stars de pacotille et les dieux du stade ? Car quelques rais de lumière n'éclairent pas toute la nuit et quelques vagues ne soulèvent pas tout l'océan. Si l'on est optimiste à chaque fois que l'on contemple une fleur ou un bon morceau de pain, et pessimiste chaque fois que l'on pense à ceux qui dénaturent ce pain et sacrifient ces fleurs, on voit que la souffrance veille et demeure, afin que ne se perde jamais la trace de ce qui reste en nous "d'auguste et de divin" et que ce que le temporel ne cesse de désunir, l'intemporel l'unisse à tout jamais.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 10:08
Madame Vigée-Lebrun au Grand Palais

Elisabeth Louise Vigée, née à Paris en 1755 sous le règne de Louis XV et morte à Paris en 1842 sous celui de Louis-Philippe,  semble parée, dès sa plus tendre enfance, de tous les dons, particulièrement celui de dessiner et de peindre qui lui méritera d’avoir, au cours de sa longue existence, réalisé plus de 660 toiles que s’arrachait l’Europe entière à des tarifs bien supérieurs à ceux de la plupart de ses confrères masculins. Le Grand Palais répare aujourd’hui, en lui consacrant une vaste exposition, une injustice faite à cette artiste remarquable qui peignait avec assurance et une étonnante maturité dès l’âge de 15 ans des portraits, l’exercice considéré comme le plus difficile, et ajoutait à cela l’art de la conversation, une grande culture et une beauté reconnue de tous. Cette injustice était d’autant plus impardonnable que nous avons peu de femmes peintres parvenues à cette maîtrise, à cette légèreté de touche, à cette élégance et à ces jeux de lumière qui signent définitivement son style.

 

 

Par chance, dès son enfance, son père découvre ses dons, l’encourage et la fait entrer dans l’atelier de Joseph Vernet qui l’incite à copier les anciens, à faire ses gammes en quelque sorte. A 12 ans, à la mort de son père, sa mère se remarie et son beau-père a la bonne idée d’exposer ses  premières œuvres dans la vitrine de sa joaillerie. Sans tarder les commandes affluent, mais le beau-père, peu scrupuleux, s’empresse de faire main basse sur les émoluments, si bien que la jeune fille épouse en 1776 un certain Monsieur Le Brun qui a l’avantage d’être bien né et beau garçon. On sait combien il était difficile à une femme de l’époque de vivre sans mari, mais fine mouche Elisabeth Louise a donné son cœur à un marchand de tableaux de renom européen, si bien que ce galeriste avisé parachèvera son éducation de peintre et fera monter sa cote avec habileté et un incontestable savoir-faire.

 

 

L’art du portrait, qu’elle maîtrise parfaitement, lui vaut des commandes en grand nombre, ses clientes appréciant qu’elle les pare de glacis aux mille grâces et les hommes qu’elle sache souligner leur virilité et leur caractère de manière réaliste. Sa réputation revient bientôt aux oreilles de la cour de France et la jeune Marie-Antoinette, qui n’apprécie aucun des portraits que l’on a  réalisés d’elle jusqu’à présent, sollicite ses bons offices. Entre les deux jeunes femmes, le courant passe immédiatement. Lors des longues séances de pose, Madame Vigée-Lebrun anime la conversation et distrait son royal modèle grâce à sa culture et son sens inné de la répartie. Sa position de peintre officiel de la reine est dès lors assurée. Le seul privilège qu’elle sollicitera auprès de Louis XVI sera de la faire entrer à l’Académie royal où ne siégeaient alors que quatre femmes. D’emblée, elle s’imposera par une toile osée qui prouve son audace et sa modernité : des nus féminins.

 

 

En 1789, menacée à cause de son amitié envers la reine, elle doit s’exiler sans plus tarder. Cet exil ne durera pas moins de treize années et la mènera à travers toute l’Europe. Elisabeth s’installera provisoirement à Rome, Saint-Pétersbourg, Vienne, Londres où les monarques la reçoivent avec les égards qui sont dus à son talent et à sa notoriété. Néanmoins, lorsqu’on lui demandera de faire poser la princesse Murat, sœur de Napoléon, capricieuse et imprévoyante qui la faisait attendre des heures, elle aura ces mots : « J’ai peint de véritables princesses qui ne m’ont jamais tourmentée et ne m’ont jamais fait attendre ».

 

 

Ses goûts, ses amours, ses tendresses resteront liés à l’ancien régime dont elle gardera éternellement la nostalgie. « Mon cœur a de la mémoire » - avouait-elle. Sa seule enfant, sa fille Julie avec laquelle elle ne s’entendra jamais, mourra dans la misère après un mariage malheureux ce qui lui causera un immense chagrin. Mais avait-elle eu le temps d'être mère ?  Sûrement pas, requise en permanence par son art et ses innombrables commandes…

 

 

Elisabeth Louise aura eu la chance de connaitre tous les grands noms de son temps : Madame de Staël, lady Hamilton, Chateaubriand, l’amiral Nelson, Hubert Robert, les rois et les reines d’Europe et tant d’autres avec lesquels elle partageait les mêmes convictions. Rentrée en France en 1809, Madame Vigée-Lebrun achète une maison à Louveciennes, car elle aime la campagne, et s’entourera de nombreux amis, tout en rédigeant ses mémoires, ayant rencontré tant de personnalités et connu tant d’événements ! Elle s’éteint paisiblement à Paris à son domicile de la rue Saint-Lazare le 30 mars 1842, à l’âge de 87 ans, et sera enterrée au cimetière de Louveciennes après une longue existence vécue à un train d’enfer, de façon très autonome, entre pinceaux, plumes et voyages.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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Marie-Antoinette et la duchesse de PolignacMarie-Antoinette et la duchesse de Polignac

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Julie et Madame de StaëlJulie et Madame de Staël

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Hubert Robert

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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 18:06
Elek Bacsik, un homme dans la nuit de Balval Ekel

Un livre bouleversant dans lequel Balval Ekel raconte comment elle a pu enfin mettre, à quarante-six ans, un nom sur son véritable père biologique qui était, hélas, déjà décédé dans la misère, victime de son imprévoyance et de son intempérance. C’était un musicien de jazz qui avait fait le tour du monde pour jouer avec les plus grands.

 

 

                                  Elek Bacsik : un homme dans la nuit

                                        Balval Ekel (1963 - ….)

 

 

Je suis resté un long moment ému après la lecture de ce livre qui est présenté comme un essai biographique sur la vie, les vies plutôt, tant il a vécu des moments d’existence très différents sous divers cieux, du guitariste et violoniste Rom Elek Bacsik, mais qui est surtout une longue et douloureuse quête identitaire de l’auteure, sa fille, qu’il n’a jamais connue (derrière le pseudonyme d’Ekel, il n’est pas bien difficile de reconnaître Elek le prénom du père). A quarante-six ans, Balval Ekel découvre qu’elle est la fille de ce musicien de jazz et comprend enfin tout ce qui la différencie des autres enfants de sa fratrie. Elle rompt avec sa famille qui lui a toujours menti et n’a jamais voulu répondre à ses questions. « Tous, grands-parents, oncles, tantes et ma mère surtout ont été complices de ce crime qu’on banalise parfois sous le nom de secret de famille. Et puis un jour, au cours d’une émission sur l’acteur Patrick Dewaere, l’aveu de sa mère révèle les mystères de la mienne ».

 

 

A travers les efforts colossaux qu’elle déploie pour récupérer des bribes d’information : témoignages, pochettes de disques, articles de presse et tous autres documents où peut apparaître le nom de celui qui est son vrai père biologique, on suit le douloureux parcours que cette femme a emprunté pour tenter de connaître sa réelle identité, sa généalogie, sa culture, son histoire, celle de sa famille et celle de son peuple. Et même si la biographie de ce grand musicien, qui privilégia toujours le talent au détriment de la notoriété, reste incomplète, elle fait vivre un jazzman de génie qui jouait de plusieurs instruments et se produisait et enregistrait avec les plus grands, ce livre regorge de noms qui sont encore célèbres ou l’ont été dans la seconde partie du XXe siècle. Un vrai bain de jouvence musicale pour les lecteurs de ma génération.

 

 

Ayant quitté Budapest en 1946, il passe par la Suisse et différentes villes du Bassin méditerranéen avant de s’installer à Paris au début des années soixante, à l’époque où les plus grands jazzmans hantent les cabarets de la Rive gauche avec le plus grand bonheur et le plus grand succès. Il y fait de très nombreuses rencontres, gagne de nombreux cachets dans les concerts, enregistrements, musiques de film et de publicité, … qu’il dépense tout aussi vite qu’il les gagne en faisant la fête jusqu’au bout de la nuit. Il terminera sa carrière et sa vie aux Etats-Unis en vivant toujours de ses cachets sans jamais avoir construit une œuvre qui aurait pu assurer une rente confortable pour lui et son épouse.

 

 

Ce livre est très émouvant car l’auteure y a mis toute sa douleur, ses frustrations, l’énergie qu’elle a dépensée pour retrouver ses origines et construire son identité, sa rancœur vis-à-vis de ceux qui l’on trahie, l’empêchant de connaître son père avant qu’il décède, lui imposant un changement de statut radical quand elle dû avouer que son père « est musicien de jazz, un Hongrois d’origine tsigane. Je sors une photo d’Elek et comprends que je serai désormais regardée non plus comme une Française issue de la bourgeoisie aisée, mais comme une sorte de bohémienne ». Elle dû faire face à certains affronts.

 

 

Un livre qui prend aux tripes tant l’auteure y met d’intensité émotionnelle et tant elle s’implique dans cette difficile quête, on a l’impression de faire partie de l’histoire, surtout ceux de ma génération qui reconnaitront de nombreux acteurs de l’entourage de ce musicien talentueux et peu prévoyant. Sa vie avait été certainement trop difficile lors de ses débuts pour qu’il n’en profite pas ensuite, dans sa partie consacrée uniquement à la musique. « Tu t’es exilé. Tu as connu la guerre, l’extermination de milliers de Roms, tu en aurais des choses à raconter, mais peut-être avais-tu trop à taire ».

 

Denis BILLAMBOZ

 

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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 08:53
Des jours en trop de Hassan Daoud

 

Un  livre qui met le lecteur à contribution car le narrateur n’a plus toutes les facultés nécessaires pour exposer clairement sa difficile fin de vie ; il appartient donc à celui qui lit l’ouvrage de reconstituer le texte pour bien le comprendre.

 

 

                                                  Des jours en trop

                                           Hassan Daoud (1946 - ….)

 

 

Au sud Liban, un vieillard misanthrope ayant atteint le grand âge, quatre-vingt-quatorze ans, raconte sa vie solitaire, à l’écart de tous : sa famille qui n’attend que son décès pour vendre sa maison, ses voisins qu’il ne supporte pas depuis très longtemps et même ses petits enfants qui font tout ce qu’ils peuvent pour l’éviter. Il vit reclus dans une maison qu’il a construite lui-même mais qui se délabre progressivement, dans une hygiène douteuse, avec l’assistance minimale de ses enfants. Tel est le récit de ce vieillard, mais ce n’est là que la version d’une réalité que le lecteur doit essayer de deviner entre ses éclairs de lucidité, ses confusions mentales, ses absences mémorielles, sa dégénérescence sénile et ses crises de paranoïa.  Le récit que ce viellard raconte enlace dans un long monologue la vie qu’il a construite, comment il a acquis des biens et une respectabilité qu’il a transmise à ses enfants qui, selon lui, ne sont même pas reconnaissants, et sa vie d’aujourd’hui, soumise à la déchéance progressive à laquelle il doit faire face tout en la niant et en la cachant à son voisinage.

 

 

L’habilité de l’auteur consiste à donner la parole à un vieil homme proche de sa fin afin de traiter le sujet du grand âge, tout en lui laissant le soin de reconstituer lui-même ce qu’est réellement son quotidien. L’écrit ne peut se comprendre qu’en devinant le non-dit que le narrateur a laissé entre les lignes. C’est un parti pris un peu risqué car le récit du vieillard est parfois aussi pénible et long que les derniers jours qu’il vit, mais il a le mérite de bien faire comprendre au lecteur ce qu’est la fin de vie quand les facultés mentales s’érodent et que la dépendance augmente de jour en jour. « Le sentiment de ma vieillesse ne me quittait pas : je n’étais autre que ce que j’étais dans ma dernière décrépitude ».

 

 

Hassan Daoud cherche aussi à montrer que la mort est plus facile à percevoir pour ceux qu’elle ne concerne pas dans l’immédiat que pour celui qui se trouve face à elle. Ces gens lui disent que la mort est une chose normale, qu’il faut se résoudre un jour à entreprendre le long voyage, mais ils se gardent bien de parler de la douleur qui accompagne souvent ce passage vers l’ailleurs.

 

 

Ce texte sur le grand âge, même s’il ne donne que la version supposée de celui qui y est parvenu, souligne toutes les difficultés qui accompagnent une vie longue, trop longue peut-être, qui, selon l’auteur, ne profite à personne, pas plus à celui qui se rend compte qu’il est un poids pour les autres, que pour la famille qui doit supporter un vieillard encombrant dont la survie hypothèque les projets. « Que dieu maudisse cette vie interminable ! ». Lui-même est convaincu que son existence est trop longue et que sa famille n’attend que sa mort, il en a peur et il résiste, en essayant  de prolonger de quelques jours encore ces « jours en trop ».

 

 

Un roman qui s'ajoute à l’immense pile des documents qui traitent de l’euthanasie.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 10:46
Charles Mozin, le peintre de Trouville

1806 - 1862

 

Entre Trouville-sur-Mer et Charles-Louis Mozin, ce fut une véritable histoire d’amour, un coup de cœur qui a su se prolonger. Bien que né à Paris dans une famille de musiciens, le jeune homme découvrira très tôt sa vocation de peintre au contact de la Normandie. C’est au sein de l’atelier de Xavier Leprince qu’il se formera à son art. Ce dernier, peintre paysagiste, a notamment séjourné à Honfleur en compagnie d’Eugène Isabey. Il a également réalisé « Embarquement des bestiaux » à Honfleur », tableau auquel le jeune élève a participé comme petite main. La première cliente de Charles Mozin n’est pas une inconnue puisqu’il s’agit de la duchesse de Berry, la mère du comte de Chambord. Elle assure à Mozin la célébrité dans la capitale française. Louis-Philippe reconnaît également ses talents de peintre de marines en lui commandant une série de batailles navales destinées au château de Versailles.

 

 

Mais Mozin va bientôt partir sous d’autres cieux. C'est par une journée de l'été 1825 qu'il arrive de Honfleur, à marée basse, par le chemin de grève et que, charmé par le paysage qu'il découvre, il installe son chevalet et son parasol sur les bords de la Touques. Il résidera d'abord à l'auberge du Bras d'or. Bien que celle-ci ne soit pas particulièrement confortable, le lieu l'enchante et il ne se lasse pas de dessiner Trouville sous toutes ses facettes : ses collines verdoyantes, ses pêcheuses sur la plage, ses barques, son estuaire au flux et au jusant et, par-dessus tout, les ciels qui varient de couleur et d'intensité à chaque heure du jour. Mozin vient de lancer Trouville sans le savoir. Il a alors 19 ans et, dès 1829,  se fait construire une maison place de la Cahotte. Il participera donc activement au développement de la ville en en faisant la promotion dans ses œuvres exposées dans les Salons parisiens et en entrant au conseil municipal en 1843.

 

 

Au cours du XIXe siècle, les touristes anglais viennent sur les plages normandes pour pratiquer une toute nouvelle activité, les bains de mer, attirant à leur suite l’aristocratie et la bourgeoisie de la monarchie de Juillet, puis de l’Empire. A Trouville, on sait accueillir, notamment depuis la création du casino en 1838, le premier de la région, sans oublier les salles de spectacle et les grands hôtels. « C’est en 1825 que je découvris cette terre promise ; son aspect a bien changé aujourd’hui, et si le touriste y trouve maintenant un certain confort auquel j’ai contribué bien malgré moi, il a perdu la partie pittoresque » - confiera-t-il avec un indiscutable regret. Ses toiles se plairont d’ailleurs à évoquer, en un émouvant réalisme, la beauté sauvage de la côte normande et sa campagne. Les falaises des Roches noires sont l’un des endroits emblématiques de la région entre Trouville et Villerville où Mozin posait volontiers son chevalet et qui étaient prisées des notables. Ils édifièrent, le long de cette plage, d'élégantes demeures et Mozin, lui-même, fera bâtir la tour Malakoff, toujours présente à Trouville de nos jours.

 

 

Passionné de bateau, il lui arrivait de monter à bord des embarcations de pêche afin de mieux dessiner les navires de commerce évoluant au large, toutes voiles dehors. Du rivage, il ne serait pas parvenu à réaliser des portraits au crayon ou à la plume avec autant de réalisme et de poésie. Artiste et marin, il s'appliquait à représenter les bateaux de toute nature sans omettre le moindre détail technique, aussi pouvons-nous accorder une entière confiance à l’exactitude pointilleuse de son travail. D’autre part, à côté des bateaux eux-mêmes, il n’oublie nullement les marins et leurs familles. Le monde des pêcheurs l’inspire et aux paysages côtiers, aux marines, s’ajoutent les humbles intérieurs des familles normandes et les spectacles de la vie quotidienne. Il faut rappeler que, dès 1846, il y avait un service de navigation entre Trouville et Le Havre qui assurait le passage de juillet à septembre deux fois par semaine. Il devint ensuite quotidien. Les bateaux qui assuraient la liaison étaient propulsés par des roues à aubes, ensuite des hélices. En 1883, une société anglaise obtiendra l’autorisation de construire une jetée promenade au pied des Roches noires. Cet ouvrage permettait aux bateaux, venant du Havre, d’aborder à Trouville quelle que soit la marée. Sur cette jetée-promenade, on construira un café-restaurant, des buvettes et des boutiques de souvenirs. Elle sera détruite en 1942 par les Allemands qui redoutaient un éventuel débarquement des alliés et jamais reconstruite.  Quant à Charles Mozin, il s’éteindra à Trouville à l’âge de 56 ans, dans cet environnement qu’il avait tant aimé et si bien su décrire, le 7 novembre 1862 et repose au cimetière de Montmartre à Paris. Il laisse une oeuvre abondante et de grande qualité qui mériterait d’être mieux connue.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Trouville et les bords de la Touques
Trouville et les bords de la Touques

Trouville et les bords de la Touques

La sortie du port

La sortie du port

Charles Mozin, le peintre de Trouville
Charles Mozin, le peintre de Trouville
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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 08:42
Ma mémoire assassine de Kim Young-ha

 

Kim Youg-ha prête sa plume à son presque homonyme Kim Beyoung-su, un vieillard coréen âgé de soixante-dix ans, qui raconte la vie qu’il a menée quand il était serial killer bien avant d’être atteint de la maladie d’Alzheimer. « Mon dernier meurtre date de vingt-cinq ans. Vingt-six peut-être ? » Une existence d’assassin qu’il a menée, selon ses propos d’homme malade, sans aucun scrupule ni regret. « Chaque fois que j’enterrais une nouvelle victime, je me disais : «  je ferai mieux à la prochaine ». Si j’ai cessé de tuer, c’est parce que cet espoir a disparu ». Il vit désormais avec sa fille dont il pourrit la vie en lui reprochant notamment de fréquenter un homme qu’il soupçonne d’être le nouveau tueur en série qui sévit dans la région.

 

 

Dans ce texte, la hiérarchie des souvenirs s’installe de plus en plus au fur et à mesure que le narrateur raconte sa vie, le présent s’enfuit de plus en plus vite dans le passé proche et s’évapore aussitôt au détriment du passé ancien qui prend une place de plus en plus importante faisant ressurgir le temps des meurtres. L’ancien monde prend davantage de place dans la mémoire du narrateur faussant la perspective temporelle. La construction du texte est elle-même affectée par cette altération mémorielle, les idées sont inscrites comme sur un cahier aide-mémoire quand elles remontent à la surface. Le lecteur peut ainsi constater l’aggravation de la maladie du narrateur à travers la composition même du texte qui se déstructure de plus en plus et devient de moins en moins cohérent. Les faits se contredisent, les événements sont présentés de manière contradictoire et les personnages sont souvent confondus.

 

 

La confusion prend une tournure aiguë avec l’évolution inéluctable de la maladie et même la mémoire ancienne finit par s’altérer, le patient perd alors la notion de temps et ne sais plus ce qu’il doit faire. La mémoire est la gardienne du temps car c’est elle qui détient le passé et permet de s’accaparer l’avenir. Sans passé, ni avenir, le patient devient prisonnier de son présent. « Je ne sais plus où j’en suis. En perdant la mémoire, mon esprit perd aussi son domicile ». « Je suis coincé dans le présent pour toujours ».

« Je découvre un poème intéressant sur une étagère de ma bibliothèque. Il me plait tellement que je le lis et le relis, j’aimerais l’apprendre par cœur, mais au final, je réalise que c’est moi qui l’ai écrit ».

 

 

C’est la première fois que je lis un texte sur cette maladie vue à travers le regard de celui qui en est atteint, l’auteur confirme dans son mot final qu’il lui a été très difficile de se livrer à cet exercice, d’adopter le statut de celui qui subit le mal, de s’imaginer comment le malade perçoit son environnement, son espace, son passé, son présent, son avenir et ceux qui vivent avec lui. Et surtout comment les notions de mémoire et de temps s’altèrent pour générer une confusion généralisée. Cette façon de décrire les symptômes de cette affection lui permet de montrer avec véracité les ravages qu’elle produit dans l’entourage de celui qui en est victime.

 

 

Ce roman a été traduit par deux traducteurs, l’un de langue coréenne, l’autre de langue française, d’après leur nom au moins, le résultat est assez étonnant, le texte final est, avec son écriture dépouillée, claire, précise, digne d’un roman contemporain français. Il ne m’est pas possible d’évaluer la qualité de la traduction, mais le résultat donne un excellent texte tout à fait original qui décrit bien l’altération progressive de la santé du narrateur et l’expose jusqu’au cœur de sa structure même. Le texte devient lui aussi victime de la souffrance du narrateur.

« Un poète est un être qui saisit les mots et finit par les assassiner, comme un tueur assermenté ».

 

 

 Denis BILLAMBOZ

 

 

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30 octobre 2015 5 30 /10 /octobre /2015 09:36
L'été indien

Le mois d’octobre ne cesse de nous réserver des surprises, de belles surprises, qui confèrent à cet automne 2015 un éclat particulier, une douceur inhabituelle et une palette de couleurs qui transforme les végétaux en de flamboyantes torchères, en des oriflammes carminés et en une pluie d’écus qui parsème le sol de leur irradiation. Quelle beauté ! s’écrie-t-on, subjugué par un spectacle dont on ne se lasse pas. L’automne triste selon certains ? Certes non ! L’automne est probablement la saison la plus fastueuse, celle où les couleurs se marient avec le plus d’harmonie, où les lumières, bien qu’adoucies, font retentir leurs accords somptueux.

 

 

Pas un chemin creux qui ne soit inondé de reflets végétaux, pas un jardin qui ne voit se poser des éclairs iridescents, pas un bosquet qui ne jette au loin des lueurs délicates. Et pas une prairie qu'une palme colorée ne vienne raviver. Où que l’on regarde, on ne peut manquer de s’extasier devant le peintre génial qui pare nos paysages de ces nuances subtiles. 

 

 

Cette année, la Normandie est privilégiée. Entre campagne, forêt et plage, les promenades se déclinent à l’infini, les horizons s’harmonisent avec les reliefs, se jouent mutuellement une symphonie botanique. Oui, cet été indien est une bonne surprise dont on ne peut manquer de goûter chaque instant avec ravissement.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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L'été indien
L'été indien
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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 09:18
L'ombre du silence

 

 

Si les jours deviennent lourds à porter

Que rien n’apparaît pour nous émerveiller

Le songe nous prendra dans sa flamme

Et la réalité s’effacera peu à peu.

J’ai entendu frapper, est-ce toi ?

Dans le murmure du songe

Est-ce nous si jeunes encore ?

Nous savions nous parler dans les salles oubliées

Où l’ombre du silence

Dessinait en hâte nos silhouettes.

Nous savions les mots qui consolent et apaisent

Et éclairent les chambres

De leurs lueurs hantées.

Oui, nous connaissions les formules

Qui libèrent les cœurs,

Affirment les esprits.

Tout mouvement de l’âme

Aimante la lumière

Et tisse la vérité de  fils invisibles.

 

 

Reconnais-moi

D’entre toutes et tous

Le souvenir s’émeut d’une voix

Qui évoque le passé,

dessine le présent avec des mots d’amour.

N’oublie pas le jour

Où se sont croisés nos regards et nos attentes

Et nos peines si longues à consoler.

L’avenir fleurait le parfum des ancolies,

Epousait les courbes du bel azur,

Nos corps se nouaient alors

Comme le ciel et la mer

Et l’ardeur fixait les heures

Sur l’horloge du temps.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( inédit - Octobre 2015 )

 

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