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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 08:07
Huit quartiers de roture de Henri Calet

L’auteur de cette  déambulation est décédé depuis plus de cinquante ans mais son texte va trouver une nouvelle vie grâce à cette édition, jusqu’à présent il n’avait connu qu’une existence orale sur les ondes radiophoniques en 1952. Les bons textes ne meurent jamais.

 

 

Huit quartiers de roture

Henri Calet (1904 – 1956)

 

 

Le jeu de mot proposé par le titre est vite éventé car, dès sa préface, Jean-Pierre Baril dévoile le projet de l’auteur : « Dans Huit quartiers de roture, Calet nous invite à parcourir les XIXe et XXe arrondissements de la capitale. Un voyage dans le Paris populaire d’autrefois, au lendemain de la guerre, une vingtaine d’années avant la destruction de l’Est parisien ». Dès la préface, on sait donc qu’il s’agit d’une sorte de guide à l’intention de ceux qui voudraient mieux connaître ces quartiers populaires qui n’attirent pas précisément les touristes et autres promeneurs. « Huit quartiers de roture, ou la rencontre d’une ville et de son histoire avec celle d’un homme qui fut jadis un enfant ». Un enfant de l’un des quartiers que l’auteur parcourt lors de sa « déambulation paresseuse ».

 

C’est la première fois que ce texte, écrit probablement avant 1949, est publié, son histoire est chaotique et rocambolesque, il a été refusé de nombreuses fois par les éditeurs puis, en désespoir de cause, transformé en émissions radiophoniques diffusées en 1952. L’éditeur prévient : « L’établissement du texte de  « Huit quartiers de roture » n’est pas vraiment chose aisée, puisqu’il repose sur l’examen et la comparaison attentive de deux sources principales » composées elles-mêmes de plusieurs textes, publiés ou non, à quoi s’ajoute l’adaptation radiophonique réalisée en 1952.

 

Aujourd’hui, Le Dilettante propose un texte découpé en deux arrondissements de quatre quartiers chacun : La Villette, Pont-de-Flandre, Amérique, Combat  pour le XIXe, Saint-Fargeau, Belleville, Père-Lachaise et Charonne pour le XXe. Le texte de Calet apparait ainsi comme une longue flânerie au long des rues, ruelles, impasses, cours,… de ces quartiers déjà profondément transformés par l’histoire à l’époque où il écrit cette déambulation. Ces quartiers de l’est parisien ont été régulièrement la porte des invasions et le lieu où les envahisseurs installaient leur campement. Quartiers de violence et de sang, le sang des combattants contre les envahisseurs, le sang des communards, le sang des frondeurs, le sang des répressions brutales, le sang des exécutions, le sang des abattoirs de la Villette, le sang des apaches et autres malfrats qui fréquentaient les nombreuses guinguettes et maisons closes du quartier.

 

Henri Calet ne se contente pas de les faire découvrir, terrains des jeux et des misères de son enfance, il  conte aussi les anecdotes qu’il a recueillies, les événements marquants, parfois historiques qu’il a trouvés dans les nombreuses sources qu’il a consultées (plans anciens, archives, journaux, recueils de chansons populaires), afin de construire son périple, les personnages importants, influents, célèbres ou tout simplement pittoresques qui ont fréquenté les lieux, esquissant pour le lecteur la transformation de ces endroits campagnards en une nouvelle partie de la métropole urbaine. Mais, surtout, il donne vie à ces parages où la misère prospérait plus vite que le bonheur malgré les nombreux établissements de plaisir installés dans ce secteur encore peu urbanisé. On sent dans son texte une réelle nostalgie pour ces quartiers et pour leurs habitants, une certaine tendresse à leur endroit, même s’il leur lance quelques piques bien ajustées : « Là-dessus, Monsieur, comte d’Artois, fut reçu porte de la Villette par les dames de la Halle. N’étaient-ce pas ces mêmes dames qui avaient marché sur Versailles ? »

 

Je serais très curieux de lire la même déambulation effectuée par un promeneur contemporain, je gage qu’il aurait du mal à reconnaître les quartiers dépeints par Henri Calet qui nous communique des chiffres concernant la population de ces deux arrondissements en précisant le nombre de résidents étrangers. La couleur de ces quartiers a encore certainement beaucoup changé depuis plus d’un demi-siècle.

 

Ce joli ouvrage, moultement annoté, est complété par un CD comportant des extraits des émissions radiophoniques diffusés en 1952, plus particulièrement celles concernant La Villette, Combat, Saint-Fargeau, Père-Lachaise et Charonne.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 07:47
Villequier et la maison Hugo-Vacquerie  et l'abbaye de Saint-Wandrille
Villequier et la maison Hugo-Vacquerie  et l'abbaye de Saint-Wandrille

Villequier et la maison Hugo-Vacquerie et l'abbaye de Saint-Wandrille

Alors que la saison enflamme les forêts et voit les lumières se voiler comme une lampe sous son abat-jour, j'avais envie d'une promenade en Normandie et pourquoi pas à Villequier où, dans une boucle harmonieuse de la Seine, la famille Vacquerie possédait une résidence entourée d'un jardin, lieu devenu plus romantique que le nom de la famille Hugo s'est joint à celui des Vacquerie lors des épousailles de la jeune Léopoldine, fille aînée de Victor, avec Charles Vacquerie. Marié en février 1843, le jeune couple se noie le 4 septembre de la même année lors d'une promenade en barque aux alentours de leur maison. Celle-ci, neuve et mal lestée, s'était retournée et Léopoldine ne savait pas nager. Malgré les efforts de son mari pour tenter de la sauver, ils sombrèrent tous les deux. Ce drame liera étroitement les deux familles et Madame Hugo viendra souvent séjourner auprès de ses amis avec ses quatre enfants, d'autant que Léopoldine et son mari sont enterrés dans le cimetière voisin. Hugo, dont c'était sans doute l'enfant préférée écrira :

 

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends,
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne,
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

La maison Hugo-Vacquerie, le village et les tombes de la famille Hugo
La maison Hugo-Vacquerie, le village et les tombes de la famille Hugo
La maison Hugo-Vacquerie, le village et les tombes de la famille Hugo

La maison Hugo-Vacquerie, le village et les tombes de la famille Hugo

Ici, tout est beau. Le silence de ce petit village avec sa rue parallèle au fleuve ; la Seine, au loin, déroulant son lent et long ruban gris ou bleu selon les endroits, cela dans une immuable douceur de vivre ; son église avec sa nef en coque de navire et ses vitraux du XVIe siècle, enfin son cimetière qui la ceint comme une couronne et où reposent, non seulement Léopoldine et son époux, mais Adèle Foucher, la femme de Victor Hugo, et sa plus jeune fille morte en 1915 dans un asile où elle était internée depuis de longues années. On aime à s'attarder sur un banc pour voir couler le fleuve aux courbes paresseuses avec, à l'horizon, quelques falaises blanches et les hêtraies touffues appuyées à des vallons qui forment depuis la nuit des temps un paysage inchangé.

 

Non loin se trouve l'abbaye de Saint-Wandrille, haut lieu touristique, fondée au VIIe siècle par un ministre du roi Dagobert épris de solitude, qui souhaitait se retirer en un endroit propice au recueillement et à la prière. Il fixera son choix sur ce paysage de prairies et forêts où tout semble s'harmoniser pour transmettre à chacun la plus parfaite sérénité. Au XIIIe siècle, l'abbaye connut son apogée et il n'y avait pas moins de 300 moines à partager leur existence entre la prière, le travail  manuel et culturel. (Aujourd'hui l'abbaye compte trente moines )

 

Promenade normande : Villequier et Saint-Wandrille
Promenade normande : Villequier et Saint-Wandrille

L'abbatiale, comme celle de sa voisine Jumièges, était alors une véritable cathédrale qui sera peu à peu démantelée à la Révolution par des hommes qui feront de cette merveille une carrière de pierre. Les moines en reprendront possession en 1894. En 1969, après bien des vicissitudes et des difficultés administratives, la communauté monacale acquiert une ancienne grange seigneuriale qui, démontée et remontée pièce par pièce, devient la nouvelle église, superbe par ses proportions et sa simplicité, où l'on peut admirer une descente de croix médiévale d'une extrême beauté. De même que le cloître, splendide dentelle de pierre mi-gothique, mi-Renaissance, dont les remplages assurent un décor toujours différent. Les lumières du soir donnent à ce paysage de pierre certi dans un décor bucolique une splendeur exceptionnelle qui incite à la contemplation. Il y a ainsi, autour de nous et proche de nous, des lieux élus qui nous rappellent qu'il arrive à l'homme de composer avec Dieu.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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L'ancienne abbatiale et le cloîtreL'ancienne abbatiale et le cloître

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La nouvelle église et la descente de croix
La nouvelle église et la descente de croix

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 08:32
Ces amis qui enchantent la vie de Jean-Marie Rouart

Voilà un livre enchanteur, peut-être parce qu’il a été écrit par un homme enchanté, enchanté par le plaisir que lui a procuré les livres, la lecture et la bonne fée « littérature » qui l’a bercé depuis son enfance. Nous savons qu’il est bien rare qu’un écrivain ne soit pas d’abord un lecteur et Jean-Marie Rouart n’échappe pas à la règle, lui qui a à son actif une trentaine d’ouvrages et veille depuis quelques années à la bonne santé de notre langue française en siégeant sous la Coupole.

 

 

« Ce que j’aime dans la littérature, c’est l’extraordinaire diversité des écrivains qui la compose. Il y a des aristos snobs comme Saint Simon ou Gobineau, des prélats érotomanes come le cardinal de Retz, des riches, des pauvres, des mélancoliques comme Nerval et des gais lurons comme Joseph Delteil, des beaux, des laids, des saints comme Pascal ou des crapules comme Maurice Sachs ; certains sont passés par la prêtrise et le monastère, d’autres par la prison. Quant à leurs mœurs, on a  toutes les variations des tempéraments, des sagesses et des perversités. C’est l’exacte reproduction de la vie, mais en mieux ».

 

 

Marcel Proust ne disait pas autre chose, la littérature est une médecine extraordinaire à laquelle on recourt pour consoler ses peines de cœur, apprendre à vivre, à aimer, à regarder, à réfléchir et à laquelle Jean-Marie Rouart a même demandé comme fait-on pour être heureux ?  En quelque sorte, la littérature est souveraine pour subvenir à la plupart de nos maux. Avec ce livre, Rouart rend à César ce qui appartient à César et l’exprime avec une jubilation qui gagne son lecteur irrémédiablement. Aussi ce gros ouvrage de 900 pages vous distille-t-il ses bienfaits au rythme que vous avez choisi, puisque vous pouvez le consulter à loisir en prenant les chapitres dans l’ordre ou le désordre selon le portrait de l’écrivain que vous souhaitez découvrir et qui est toujours brossé d’une plume alerte, enjouée, admirative et malicieuse. Voyons par exemple ce qu’il dit de son ami Jean d’Ormesson qui vient d’entrer dans la Pléiade, siège à ses côtés à l’Académie française et qu’il classe dans la famille des « Beaux et Grands Esprits » :

 

 

« Jean d’Ormesson adore être de son temps. Il y a chez lui une jubilation d’exister ici et maintenant, à connaître l’époque de Sartre, de la psychanalyse, de la pilule, de de Gaulle, de Mitterand, du socialisme, de la théorie de la relativité, des bébés-éprouvette, de la conquête de la lune et de la télévision. C’est curieusement très peu un homme de nostalgie. S’il s’était confondu avec le monde aristocratique dont il est issu, il n’aurait probablement jamais écrit. Il s’est construit contre ce monde qui regarde en arrière, et s’est découvert une autre aristocratie où il a choisi de réussir par lui-même, celui de l’esprit, où les noms qui comptent ne sont plus les Noailles, les Rohan, mais ceux d’Einstein, de Claudel, de Roger Caillois, de Marx, de Freud. Ce qui l’intéresse, c’est l’excitation des idées de notre temps et de vibrer à l’unisson des palpitations intellectuelles de son siècle ».

 

 

A la suite des 121 portraits, dont le relief ne manque jamais d’attrait, vous avez à votre disposition un texte choisi qui vous met ou  remet à l’oreille la petite musique de chacun de ces auteurs, vous incitant à les lire ou relire selon votre goût personnel, votre humeur du moment, vos disponibilités ou tout simplement votre curiosité, que ce soit « Les modernes engagés »,  "Les soleils païens", « Les nostalgiques de l’ailleurs », « Les amants malheureux de l’Histoire » ou encore « Les fracasseurs de vitres » dont les noms s’échelonnent de Rabelais à Stefan Zweig, de Machiavel à Camus, de Casanova à Karen Blixen, de Lewis Carrol à Fitzgerald, de Marcel Proust à Roger Nimier, de Montaigne à Houellebecq ; ils sont presque tous là avec leurs tics, leurs engouements, leurs vices et leurs vertus, leurs clartés solaires ou leurs ombres tragiques.

 

 

Comment s’est opéré ce choix ? Jean-Marie Rouart s’en explique dans sa longue préface : «  Je ne voulais pas céder à la manie de la classification par l’excellence, qui ne correspond ni aux subtiles hiérarchies de l’art ni à celles de la vie. L’amour, les sentiments, les coups de foudre introduisent heureusement un peu de désordre. Pourquoi se laisser imposer des valeurs consacrées dans un domaine où tout est affaire de goût personnel ? Je n’ai obéi qu’à mon penchant et à ma fantaisie. J’ai voulu éviter l’écueil de tout choix : être conventionnel, oublier ce que l’on est, ses goûts, ses penchants secrets, pour se fondre dans la masse et ressembler à tout le monde ».

 

 

C’est ainsi que, guidé par son enthousiasme et son admiration, Rouart nous fait partager les passions littéraires qui ont ébloui et enrichi son existence, nous communiquant ces vérités grisantes que chacun de ces écrivains cherche pour devenir meilleur, loin des  préjugés, des conformismes et des oukases injustes de la société.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 08:10
Le génocide arménien de Michel Marian

Le flot de réfugiés qui cognent de plus en plus violemment aux portes de l’Europe enfonce encore un peu plus la mémoire de cet autre exode, celui des Arméniens chassés de leur pays par un véritable génocide que les Turcs ne veulent pas reconnaître malgré l’évidence.

 

 

 

Le génocide arménien

De la mémoire outragée à la mémoire partagée

Michel Marian (1952 - ….)

 

 

J’écris ce commentaire le 24 avril 2015, en forme d’hommage aux six cents notables arméniens assassinés à Constantinople le 24 avril 1915 (devenu date officielle de la commémoration du génocide arménien) et aux centaines de milliers de victimes massacrées lors de l’anéantissement de ce peuple commencé bien avant cette date, les premières exactions notoires remontant selon les sources autour de 1894. Michel Marian, philosophe aux racines arméniennes, se penche sur ce dramatique épisode historique non pas pour en rappeler les causes et les origines mais avant tout pour en évoquer la mémoire outragée et la mémoire partagée selon le sous-titre de son ouvrage : « De la mémoire outragée à la mémoire partagée ».

 

 

Lors de la grande débâcle de la Première Guerre Mondiale, les Ottomans puis les Turcs ont vite compris qu’ils perdraient leurs territoires balkaniques et moyen-orientaux et qu’ils devaient sanctuariser un territoire inaliénable en expliquant que leur peuple était l’enfant légitime du peuple Hittite qui occupait déjà ce sol à l’époque de Ramsès II. Nantis de cette légitimité historique, ils se sont alors employés vigoureusement, violemment, avec une brutalité ignoble et sauvage à déchristianiser l’espace turc actuel en massacrant notamment les représentants de la communauté arménienne.

 

 

Mais ce qui intéresse surtout l’auteur, c’est la façon dont ce génocide - il faut employer ce terme utilisé pour la première fois de façon officielle par l’Etat uruguayen en 1965, prononcé récemment par le Pape et admis officiellement hier par la République d’Allemagne – a été minimisé, édulcoré, étouffé pour être ramené par les Turcs à un événement de conquête territoriale suite à un combat entre deux peuples opposés. Les exactions sont admises mais seulement comme étant largement partagées. Michel Marian analyse avec finesse et précision ce qui a pesé sur cette triste page d’histoire, tous les artifices déployés, toute la mauvaise volonté des divers pouvoirs turcs et le peu de soutien dont la nation arménienne de la diaspora comme de la République soviétique et enfin de l’Arménie libre, a pu bénéficier.

 

 

Il explore les opportunités manquées pour que ce génocide soit reconnu une fois pour toute et que le travail de réconciliation puisse commencer pour le plus grand bien des Arméniens d’Arménie ou de la diaspora et des Turcs eux-mêmes, enfermés dans un déni intenable depuis un siècle. Les opportunités ont été nombreuses, le traité de Sèvres, en 1920, était une très bonne base pour construire un rapprochement entre les deux peuples mais il a vite été dénoncé, l’espoir est revenu avec le procès de Nuremberg stigmatisant la destruction programmée d’un peuple entier, puis avec la création du terme génocide, en 1948, pour dénommer la shoah, et d’autres occasions encore toutes bafouées. A chaque fois les arguments politiques, religieux, géopolitiques, juridiques, économiques, psychologiques, égotiques et même sémantiques (pour certains le terme génocide ne peut désigner que la seule shoah) ont fait capoter toutes les opportunités de sortir cette abominable page de notre histoire, de l’oubli ignoble dans lequel elle croupit depuis un siècle.

 

 

Michel Marian reste cependant optimiste, il croit que le long combat du peuple arménien et la pugnacité de ses représentants seront récompensés et que dans un avenir à moyen terme ce génocide sera enfin reconnu par tous, y compris les Turcs. J’ai, pour ma part, l’impression que, depuis quelques jours, l’histoire s’accélère, le pape et l’Allemagne pourraient être suivis par d’autres encore, ce qui mettrait la Turquie dans une situation encore plus difficile à tenir. Il serait temps que le monde lave définitivement cette page bien sale de notre histoire et rende la reconnaissance due à ses malheureuses victimes d’un conflit qui les concernait bien peu.

«Le mur légendaire de la relation arméno-turque, même s’il est destiné en 2015 à trouver de nouvelles illustrations, a subi de sérieuses brèches ces dernières années… On peut donc parier que l’on entre dans l’époque de la solution ».

 

Denis BILLAMBOZ

 

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3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 08:18

BeauneHotelDieu.jpg

        L'Hôtel-Dieu de Beaune ( cour intérieure du XVe siècle )

 

 

 

Le début de l'automne est sans doute la période de l'année qui sied le mieux à la Bourgogne, l'ancien duché de Philippe le Hardy, de Jean sans Peur et de Charles-Quint qui a vu l'histoire s'écrire avec un grand H. Oui, les premières teintes de la saison la parent d'un charme enchanteur. Les toits multicolores et la végétation s'harmonisent soudain, mêlant les tons d'or et de rouille, les verts profonds et les incarnats. Ici, on pénétre dans l'une des plus vieilles terres d'Occident qui doit presque toute sa configuration au lent et patient travail de l'homme. Aussi y a-t-il urgence à prendre le temps de goûter à la douceur des paysages, à la saveur des fruits, à l'arôme des vins et à s'émerveiller de ce que le Moyen-Age chrétien a inspiré aux tailleurs de pierre et aux architectes. La Bourgogne doit son nom au peuple scandinave des Burgondes qui fixa ici, au Ve siècle, sa longue errance. Ensuite, les moines assurèrent la relève ; aux vignes et aux pâturages, ils ajoutèrent des millliers d'abbayes et de prieurés qui furent des relais pour la foule des Croisés et que scandaient les huit offices quotidiens. Plus tard, la haute magistrature édifiera un admirable décor urbain. Ce seront Auxerre la joyeuse que chanta la poétesse Marie Noël et Dijon, la ville "énigme", attachante et auguste avec sa place d'Armes que domine la statue équestre du grand roi, ses palais, ses loges, ses forges, sa chapelle des Elus où se tenaient les séances solennelles de l'Assemblée bourguignonne. Des ducs aux rois, le pouvoir était symbolisé par les palais et les tombeaux, si bien que la grandeur subsiste comme rassemblée dans une piété minérale.

 


tournus_et_philibert.jpg   TOURNUS

 

 

 

Partout est présente la mémoire des pierres. Sur le sol de ce vieux pays se déroule un long chapelet de basiliques, monastères, paroisses, oratoires qui surent résister aux méfaits révolutionnaires et conserver leur authenticité. Nous en aurons l'assurance en revisitant Vézelay, temple des récits bibliques, maison très sainte érigée très près du ciel. En ce lieu s'attardèrent Philippe-Auguste, Richad Coeur de Lion, Saint Bernard qui y prêcha la seconde croisade et Saint Louis en route pour la Terre Sainte, ainsi que quelques autres icônes de l'histoire européenne. A l'heure de la prière du soir, la basilique s'ouvre à vous dans son recueillement majestueux après que vous ayez passé le tympan qui a fixé l'éternité dans la pierre. Vézelay est incontestablement l'une des merveilles de l'Occident, car, nulle part ailleurs, l'art roman n'a mieux maîtrisé ses techniques et son inspiration. Tout, dans ce haut lieu, est cohérence, simplicité, dépouillement et grandeur. A la sortie, un peu de temps est nécessaire pour revenir à la réalité des choses, peut-être en parcourant à pied l'esplanade et les remparts qui cernent la colline afin de contempler la lumière s'éteindre progressivement sur les reliefs environnants en se laissant pénétrer par le silence qui veille ainsi qu'un dieu bienfaiteur.

 


Basilique_de_Vezelay_Narthex_Tympan_central_220608.jpg   Vézelay

 

 

Le lendemain, nous nous rendons à Bazoches, qui n'est éloigné de Vézelay que d'une dizaine de kilomètres, château familial de Vauban où l'élégance n'a d'égale que l'harmonie. C'est à Bazoches que s'arrêtèrent Philippe-Auguste et Richard Coeur de Lion en partance pour Jérusalem. On les imagine soupant et dormant dans cette demeure qui jouit d'un panorama unique sur le Morvan. C'est en 1675 que le Maréchal de Vauban en fit l'acquisition grâce à une gratification que Louis XIV lui avait accordée à la suite du siège de Maestricht. Entre deux voyages, il appréciait de venir s'y reposer auprès de sa femme et de ses enfants, d'autant que la demeure à taille humaine, aux pièces claires et bien distribuées, offrait toutes les commodités. Aujourd'hui, elle est occupée par ses descendants qui l'entretiennent avec un soin jaloux et proposent, à qui le souhaite, de venir s'y marier ou d'organiser une fête.  C'est également dans ce château que Vauban élabora une partie de ses études et les plans de plus de 300 ouvrages et échafauda les méthodes d'attaque et de défense des fortifications et places fortes qui firent de lui le maître incontesté de l'architecture militaire. Enfin, c'est dans cette sobre et belle demeure qu'il composa et rédigea ses réflexions sur les sujets les plus divers que, non sans humour, il appelait "ses oisivetés". Il repose sous une simple dalle dans la modeste église du village auprès de sa femme morte peu de temps avant lui, de l'une de ses filles et d'une petite fille décédée en bas âge. Voilà le tracé de vie d'un des plus grands serviteurs de la France.

 


France--Bazoches-du-Morvan--Chateau--12eme-.jpg eglise-et-vaches.jpg

    Le château de Bazoches et le village

                                                      

 

Mais la Bourgogne n'est pas seulement admirable pour sa romanité, ses villes et villages, ses basiliques, monastères et habitations anciennes, elle l'est également pour ses voies d'eau qui la sillonnnent et l'imbibent d'une fraîche clarté. Réunir les fleuves fut une grande ambition ébauchée dès le XVIe siècle et que réalisera le XVIII ème en entreprenant des travaux gigantesques afin de favoriser le commerce fluvial. Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui ont choisi la péniche ou le bateau habitable pour s'offrir une croisière et se laisser doucement porter au fil de l'eau et du temps. Rives ombragées, forêts de hêtres, chasse aux libellules et aux papillons, cueillette des champignons, passage des écluses, les minutes s'égrennent. Il y a celles de l'émerveillement, celles de la méditation dans un silence de cathéadrale que composent les ormes et les saules. Pour nous, ce ne sera que quelques balades à pied le long du rivage, puisque nous sommes descendus chez des amis qui restaurent un château médieval et ont ainsi privilégié l'intemporel à l'éphémère.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 07:54
Parabole du failli de Lyonel Trouillot

Un texte caribéen comme je les aime, un texte de Lyonel Trouillot que j’ai rencontré lors du salon du livre « Les Mots Doubs 2015 », en ma bonne cité de Besançon, un texte que je lui ai acheté à cette occasion, j’ai bien fait, c’est une belle lecture et Lyonel Trouillot est un écrivain bien sympathique.

 

 

 

                                                  Parabole du failli

                                    Lyonel Trouillot (1956 - ….)

 

 

 

A Port-au-Prince, un rédacteur épisodique de nécrologies pour le journal local doit écrire celle de l’un de ses amis disparu tragiquement en se jetant du douzième étage d’un immeuble d’une ville européenne, loin du quartier où il vivait avec lui et un autre ami, les laissant seuls, lui le narrateur et l’Estropié. « Deux faux riches fauchés », l’un rédacteur de nécrologies de personnages sans intérêt ni histoire, l’autre, l’Estropié, professeur de mathématiques peu et irrégulièrement payé pour apprendre à compter à des gamins qui savent depuis toujours que rien, plus rien, ça fait toujours rien. Dans une écriture poétique et fluide qui coule comme un fleuve tranquille, tout en véhiculant des choses graves, douloureuses, injustes, des lamentations, des cris de colère étouffés et des reproches, des reproches insinués adroitement à l’adresse de cet ami qui les a abandonnés, (Ici, nous t’aurions rattrapé avant que ton corps touche le sol. Ici, on a appris à amortir les chutes),l’auteur dresse un portrait sans concession de sa ville, de son quartier, le quartier Saint Antoine de Port-au-Prince auquel il a dédié l’un de ses premiers textes, un bout de ville qui n’est pas un bidonville mais un endroit où la misère est tout de même le lot quotidien de la majorité de la population laissée à son triste sort par ceux qui auraient les moyens de changer quelque chose à leur existence calamiteuse.

 

 

Je suis, en général, très friand de littérature caribéenne, ce texte en est un bel exemple : une écriture très vivante, luxuriante, pleine de soleil, de musique, d'odeurs, de saveurs, d’images fulgurantes et de jeux pétillants sur les mots pour dire une réalité souvent tragique, des calamités récurrentes, une misère endémique… et la vie apparemment dissolue de cet ami qui a caché pendant des années de nombreux écrits dans les tiroirs d’une vieille amie acariâtre mais ouverte aux belles lettres. J’ai le sentiment qu’avec ce texte, Lyonel Trouillot a voulu une fois de plus attirer l’attention sur son pays et ses habitants mais plus particulièrement sur le sort des écrivains, nombreux et talentueux en Haïti, condamnés à l’exil pour gagner leur vie, fuir la misère, échapper aux sicaires du régime, pouvoir exprimer leur talent. Son texte est parsemé de citations de grands poètes plus ou moins connus dont il dresse la liste en préambule à son roman, précisant également que son livre ne raconte pas le suicide, à Paris, le 12 novembre 1997, de Karl Marcel Casséus. Gageons tout de même qu’en rédigeant ce texte, Lyonel Trouillot à fort pensé à cet ami disparu tragiquement.

 

« Mais quand celui qui meurt, on avait pris l’habitude de le regarder comme une partie de soi, on a envie de gueuler, d’accuser le monde ou simplement de ne rien dire, de laisser le langage à son insuffisance et de plonger dans le mutisme ou d’engueuler l’idiot qui a choisi de partir ».

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 09:21
La conscience de soi : individu ou personne ?

 

« Je pense donc je suis » - disait Descartes. Mais que suis-je ou qui suis-je ? Je suis d’abord un organisme, un animal très évolué dont la première caractéristique est l’unité organique. Je suis un individu semblable à des millions d’autres et néanmoins unique car je n’ai pas mon pareil. Avoir conscience de soi, c’est en un sens avoir conscience de son corps, mais pas seulement. D’autant que je ne l’ai pas choisi, aussi je me définis davantage et mieux par mes sentiments, mes pensées, mes convictions, mes goûts, ma volonté. Tout cela entre dans l’idée de personne et me permet de ne ressembler à nul autre. Cependant, la conscience de soi exige, pour se développer, la vie en société car que serais-je sans l’autre ? Le petit enfant prend d’abord conscience du nom par lequel on l’appelle, il commence par parler de lui à la troisième personne en se nommant. Quand, vers ses trois ans, il parvient à dire « je », il éprouve le besoin de s’affirmer face aux autres par des refus. Par la suite, le travail scolaire, le rôle qu’il tient dans les jeux, les responsabilités qui lui sont attribuées développeront le sentiment de sa personnalité. Ce sentiment s’épanouit chez les adolescents dans toute sa plénitude et suscite une exigence d’affirmation qui s’accompagne souvent d’originalité et d’esprit d’opposition. Quant à l’adulte, il s’identifie selon son statut social faisant siens les avantages qui lui sont donnés à sa naissance, ses succès personnels ou les circonstances heureuses de sa vie, enfin, naturellement, il se définit par son sexe, sa nationalité, son âge, sa profession. Il est fréquent que la personne se confonde avec sa fonction et il n’est pas rare qu’un désarroi dramatique atteigne celles et ceux qui sont soudain dépossédés de leur assise sociale et de leur renom.

 

 

Blaise Pascal rappelait aux grands de ce monde que leur corps et leur âme « sont d’eux-mêmes indifférents à l’état de batelier ou à l’état de duc » et «qu’il n’y a nul lien naturel qui les attache à une condition plutôt qu’à une autre ». Jean-Paul Sartre, ardent défenseur d’une liberté humaine absolue, affirmait, quant à lui, que se confondre avec son personnage serait abdiquer sa liberté et accepter « d’être une essence ». « Je ne suis pas ce que je suis, parce que je ne suis jamais quelque chose » – écrivait-il dans « L’Etre et le Néant ». Bien sûr, tout choix exige des renoncements et la personnalité de chacun est toujours plus riche que les choix définis.

 

 

Et notre caractère, nous est-il donné ? Dépend-t-il de notre choix ? Probablement pas, puisque nous voulons presque toujours être autrement que nous sommes, mais on ne change pas plus le caractère que l’on ne change le tempérament. Il serait irréaliste de nier le donné caractériel auquel nous avons à faire, aussi irréaliste que de nier la nature humaine. Toutefois, notre liberté nous autorise certains aménagements et il est évident que nous évoluons avec le temps et selon les événements auxquels nous sommes confrontés.

 

 

Avec la notion de personne, nous sommes conscients de cerner une réalité importante qui n’est pas de nature matérielle et échappe ainsi à l’observation scientifique. A cette notion de personne se sont attachés progressivement celle de la réalité dans l’ordre de l’être, c’est-à-dire une réalité métaphysique. Au IIIe siècle, les philosophes néo-platoniciens parlaient volontiers de « singularité substantielle » comme on a parlé plus tard du « principe ultime d’individuation ». Ces définitions sont imparfaites et ont fait dire au philosophe Merleau-Ponty que « l’être-sujet est peut-être la forme absolue de l’être ».

 

 

Chez Emmanuel Kant, la personne a une grande importance en tant que sujet moral et « fin en soi », ce  qui suppose sa valeur absolue. Kant justifie une idée qui s’est imposée fortement à la mentalité moderne, celle du respect de la personne humaine. C’est le point de départ de la justification philosophique des droits de l’homme sur lesquels un accord presqu’universel s’est établi de nos jours. Or, face à la notion de personne, nous avons le sentiment d’être à la recherche d’une réalité qui est au-delà des apparences et qu’il est quasi impossible d’atteindre. C’est pour cette raison que l’idée de personne a été critiquée par les philosophes empiristes, en particulier David Hume, qui la considérait comme purement imaginaire. Chez Hegel, l’individualité n’est qu’un moment du développement de l’esprit universel, ce qui a influencé profondément le marxisme, celui-ci se refusant à la notion de personne et privilégiant celle d’individu plus facilement malléable.

 

 

Aujourd'hui, face aux problèmes politiques et scientifiques auxquels nous sommes confrontés, l’idée de personne comme réalité métaphysique est appelée à jouer un rôle essentiel. Dans les rapports entre l’Etat et les citoyens, dans l’organisation de la société, l’idée de personne permet de reconnaître en chaque homme  un être absolument respectable qui ne peut être utilisé comme « moyen », ni sacrifié à des fins collectives, pire mercantiles. Dans le domaine de la médecine, l’abus des médications psychotropes aussi bien que les manipulations génétiques  doivent trouver leur réglementation et leur limite afin de présever l’intégrité de la personne et la sauvegarder sans l’altérer.

 

 

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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 07:49

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Je dois l'avouer, j'aime particulièrement l'automne, la diversité de ses teintes, la douceur de ses lumières qui s'apprêtent à clôre majestueusement le cycle des saisons avant les frimas de l'hiver. Demeurant dans une station balnéaire fréquentée, ce qui me frappe tout d'abord est la qualité du silence, l'espace revenu à sa solitude et dont les lignes et les reliefs de l'eau et du ciel composent le plus harmonieux et le plus dépouillé des décors. Ce qui étonne ensuite est le ciel qui semble s'être un peu tassé comme s'il voulait se pencher plus intimement vers la terre avec une infinie délicatesse ; ou bien s'est-il voilé, enveloppant dans une déclinaison  apaisée le mouvement régulier des marées qui, à leur tour, se font soit plus discrètes, soit plus farouches.

 

 

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Mais la forêt n'est pas en reste. Contrairement au rivage qui se décline sur le mode mineur, les coloris les plus éclatants embrasent la végétation et lui confèrent un rayonnement où dominent l'or et l'incarnat. Quelle beauté que la traversée des bois quand un mince filet de lumière s'immisce entre les feuilles et les fait resplendir. Et puis il y a les odeurs : celle du champignon qui domine dans les sous-bois et que l'on ramasse avec gourmandise, de même que les noisettes, les mûres et bientôt les châtaignes. N'allez pas vous attrister en pensant que l'hiver est proche, que les nuits sont déjà plus fraîches et les jours plus courts ! Nenni,  l'automne n'est-il pas une saison qui nous reconduit progressivement vers l'essentiel ? Les plaisirs de l'été se sont certes éloignés, mais n'y a-t-il pas beaucoup à attendre d'un feu de bois ronflant dans la cheminée, de la lecture que nous reprenons à la tombée du soir, des réunions familiales lors des jours de pluie, des soirées qui se prolongent, des légumes et des fruits goûteux que nous ne tarderons pas à déguster : raisins, figues, noix, potirons, sans oublier le vin nouveau qui s'invitera prochainement à l'étal des magasins. 

 

 

Oui, l'automne est une saison magnifique, un point d'orgue somptueux que nous dédie la nature après les fastes de l'été. C'est la beauté parvenue à son terme qui se plaît à se retirer progressivement avec grandeur et solennité, avant de faire relâche pendant trois mois, de manière à fignoler un retour, plus juvénile que jamais, en mars prochain.
 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
 

 

ODE A L'AUTOMNE

 

Saison des brumes et des tendres moissons !
Automne, ami de coeur du soleil qui sans cesse mûrit ;
Tu conspires avec lui ; tu charges et tu bénis

De fruits les vignes qui s'enroulent autour du toit de chaume ;
Tu fais plier sous les pommes les arbres moussus du verger,
Tu gonfles la courge et tu arrondis la coque des noisettes
Avec une douce amande, tu fais éclore encor
Plus de fleurs d'arrière-saison pour les abeilles,
Pour qu'elles pensent que les jours chauds resteront à jamais
Car l'été emplit à ras-bord leurs moites alvéoles.

 

Qui ne t'a vu souvent parmi tes trésors ?
Parfois celui qui cherche dans les champs te trouve
Assis sans souci sur le sol du grenier à blé,
La chevelure doucement relevée par le vent qui vanne ;
Ou bien endormi dans un sillon à demi moissonné,
Engourdi par la vapeur des pavots, tandis que ta faucille
Epargne l'andoin suivant et toutes ses fleurs nouées ;
Et parfois comme un glaneur chargé tu gardes
La tête droite au-dessus d'un ruisseau,
Ou bien à côté d'un pressoir à cidre, l'oeil patient,
Tu regardes, heure après heure, les gouttes suinter.

 

Où sont les airs de printemps ? Oui, où sont-ils ?
N'y songe pas ; toi aussi, tu as tes harmonies.
Tandis que des nuages bariolés fleurissent le jour qui meurt doucement
Et mettent une teinte rosée sur les plaines de chaume,
Alors, en un choeur attristé, les moucherons se lamentent
Parmi les saules de la rivière, portés vers l'azur
Ou s'enfonçant selon que la brise légère vit ou meurt.
Et les grands moutons bêlent au milieu des collines,
Les criquets chantent dans les haies, et l'on entend les trilles mélodieuses
Du rouge-gorge qui siffle dans l'enclos des jardins,
Et les hirondelles s'assemblent et trissent dans les cieux.

 

John KEATS

 

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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 09:29
Autrefois le rivage de Paul Yoon

Il m’a semblé que ce jeune écrivain américain d’origine coréenne a écrit ce recueil de nouvelles pour réinventer le pays des ancêtres qu’il n’a pas connu, ce qui donne encore plus de force et de vie à ces textes.
 

 

 

                                           Autrefois le rivage

                                                 

                                    Paul Yoon (1980 - ….)
 

 

 

Pour héberger les histoires de ce recueil, Paul Yoon a imaginé une île comme toutes celles qui sont dispersées à l’est de la Corée et qui, longtemps, ont été balancées au gré des aléas de l’histoire entre ce pays et le Japon. Ses nouvelles racontent la vie des îliens de Sola, le plus souvent des gens de la terre qui sont, comme tous les îliens, fascinés par l’étendue de la mer et ce qui se cache derrière l’horizon.

 

 

Les textes de Paul Yoon sont empreints d’une grande sensibilité, ils évoquent ce qui touche les êtres, souvent des femmes fragiles en rupture avec leur milieu, abandonnées par des maris partis et parfois restés à la guerre, des femmes qui ont déjà vécu, au plus profond de leur intimité, à la limite du conscient et du subconscient, parfois même aux confins de la folie quand le réel s’évapore pour laisser place à l’imaginaire et aux fantasmes. L’auteur saisit toujours ses héros, plus fréquemment ses héroïnes, au moment où ils sont en équilibre entre un monde difficile mais supportable et un état nouveau provoqué par un drame imprévu, parfois la mort d’un être cher qui vient tout bousculer dans leurs existences déjà bien précaires.

 

 

J’ai eu l’impression, à la lecture de ces nouvelles, que Paul Yoon cherchait à faire revivre des gens qu’il n’a pas connus mais qu’il aime profondément. En effet, il est né en 1980 aux Etats-Unis où il a suivi son cursus scolaire et universitaire, et il se plaît à conter des histoires qui concernent des gens qui vivaient avant sa naissance, des îliens toujours marqués par la guerre du Pacifique ou sa suivante, celle de Corée. J’ai ainsi eu le sentiment que ce jeune homme voulait rendre un hommage à ses ancêtres en leur adressant ces textes qui évoquent avec une touchante nostalgie le pays d’origine où il n’est pas né, les ancêtres qu’il n’a pas connus et les racines culturelles qu’il évoque dans son œuvre littéraire. Son écriture, même si elle est  marquée par sa culture américaine, m’a rappelé des auteurs coréens dont j’ai lu les œuvres il y a déjà plusieurs années : Yi Munyol, Cho Sehui, Ch’oe Inho, …, des auteurs qui s’expriment souvent, comme lui, à travers des nouvelles d’une grande sensibilité, des textes un peu elliptiques où la chute et remplacée par des points de suspension imaginaires, un silence en suspens laissé à la disposition du lecteur.

 

 

Ces nouvelles rappellent toujours la fragilité et l’éphémérité de la vie de ces gens simples et innocents, suspendue en équilibre très précaire, exposée à des aléas brutaux et imprévus que personne ne peut anticiper surtout pas ces pauvres îliens coincés entre terre et eaux, entre Corée et Japon, entre rêve et réalité, quantité négligeable devant l’histoire et les éléments, l’eau, la terre et le feu, qui jouent un rôle capital dans chacun des textes.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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14 septembre 2015 1 14 /09 /septembre /2015 07:42
Au nom de Sa Majesté de Laurent Graff

J’ai beaucoup, beaucoup, aimé ce texte très original, un véritable pari littéraire, plein de poésie et pourtant tellement réaliste. C’est le deuxième livre de Laurent Graff que je commente et je trouve celui-ci encore en progrès par rapport au précédent.

 

 

 

                                             Au nom de Sa Majesté

                                   Laurent Graff (1968 - ….)

 

 

 

« Une légende raconte qu’une île est la bosse émergée d’un dromadaire sous-marin, et les vagues, les cahots du chemin ». Cette phrase introduisant la dédicace que l’auteur m’a adressée, pourrait être la première phrase de ce livre original, ni roman, ni récit, un texte, tout  simplement un texte, mais quel texte ! Il se compose de deux parties : une première constituée d’une série de phrases courtes, ciselées, épurées au maximum, poétiques, un carpaccio de texte découpé en fines lames déposées chacune sur une feuille blanche, des tranches que l’on déguste l’une après l’autre sans aucun assaisonnement, le goût de chaque tranche se suffisant à elle-même. « Plusieurs bancs sur l’île. Bittes d’amarrage du promeneur. On y noue la corde de ses fesses ». Une première partie qui évoque l’idée d’une île que l’auteur fait surgir du néant à travers les quelques mots qu’il disperse sur des pages blanches.

 

 

La seconde partie raconte, en un court récit, ce qui se passe sur cette île que l’auteur a fait surgir de ses mots, l’île d’Houat où il aime se réfugier. « Le bonheur n’est pas forcément mon objectif. Mais il n’y a qu’ici que je touche au but ». Il met en scène un huis clos entre quelques personnes influentes de l’île qui se réunissent autour d’une table pour évoquer son avenir, notamment le tournage d’un film que les autorités locales croient que l’auteur est venu préparer. A force de boire, le fantasme des habitants prend corps sans que l’auteur les contredise, au contraire, il les accompagne dans leurs élucubrations. Cette longue discussion, dans la pénombre d’une maison de marin, alimentée de bolées de cidre, raconte la vie sur l’île, l’insularité, l’éloignement, le clanisme insulaire, la résistance à l’invasion touristique mais aussi la fuite des forces vives et l’ennui. « Aujourd’hui, à part lever le coude, il n’y a plus grand-chose à faire. On ne remplit plus les filets, mais les verres. On dilue le temps dans l’alcool, on sirote son ennui, on se noie à l’air libre. La vie est une bonne nouvelle qu’on arrose en permanence ».

 

 

Un très joli texte, très original dans sa forme et très pur dans sa construction, un petit bijou qui surprendra certains mais qui ravira les esthètes de la langue française qui sauront le goûter et l’écouter tout en le lisant. « La solitude dans le vent à un son ».

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

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