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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 08:46
Amour, gloire et dentiers de Marc Salbert

L’histoire d’un vieillard fantasque qui perturbe joyeusement la vie dans une maison de retraite. Une satire drôle mais acide sur la vie dans ces institutions et sur la façon dont notre société se débarrasse de ses aînés.

 

 

Amour, gloire & dentiers

Marc Salbert (1961 - ….)

 

 

Les lecteurs de ma génération, celle qui vient juste après celle mise en scène dans ce roman, reverront inéluctablement en lisant ce texte Jean Gabin, Pierre Fresnay, Noël-Noël  et  compagnie déguisés en vieux campagnards marchant sur le chemin de Gouillette pour accomplir leurs espiègleries, sottises et autres forfaits, tous plus désopilants les uns que les autres, dans le célèbre film de Gilles Grangier « Les Vieux de la vieille ». Marc Salbert a la même verve que ce réalisateur, il dessine des personnages tout aussi truculents, hauts en couleur, au langage fleuri, au verbe haut, prompts à exploiter  les faiblesses de notre société afin d’échapper à la condition qu’on tente de leur imposer pour qu’ils encombrent le moins possible la vie de leur progéniture devenue grande et pensant être la partie la plus raisonnable de la population.

 

Dans un coin perdu du Pays d’Auge, par un beau matin, Stanislas débarque au Jardin d’Eden, une maison de retraite plutôt confortable dirigée par son fils qui ne l’attendait pas, n’ayant pas vu son père depuis bien longtemps et n’ayant aucune envie de renouer avec ses frasques et sa mythomanie. Stanislas n’a plus que cette solution. Accusant son associé de l’avoir spolié, largué par sa dernière, jeune, comme toujours, maîtresse à laquelle il avait promis un rôle qu’il ne pouvait plus lui donner - car Stanislas est réalisateur de films tournés avec des budgets semblables à ceux dont dispose Jean-Pierre Mocky pour ses dernières productions - il ne peut plus envisager que de se faire héberger par "Le jardin d'Eden". Les films de Stanislas pourraient sans aucun problème figurer dans l’inventaire dressé par Christophe Bier dans « Obsessions » (qui parait le même jour que le présent roman), un recueil des chroniques qu’il diffuse sur les antennes de France Culture depuis près de vingt ans dans l’émission « Mauvais Goût ». Stanislas a surfé sur toutes les vagues, profitant de l’engouement des spectateurs pour tourner des sous-produits de films à la mode : péplums, films d’action, films érotiques, etc…, utilisant les multiples ficelles du racolage dans le souci d’attirer quelques spectateurs et tous les boniments des meilleurs camelots pour vendre ses films aux producteurs. Une vie de fastes lorsqu'il avait de l’argent à flamber mais aussi une vie de vaches maigres quand la roue tournait dans le mauvais sens. En règle générale, une existence trop compliquée pour s’occuper de l’enfant qu’il avait fait à l’une de ses premières conquêtes qu’il souhaitait, comme les suivantes, transformer en reine de l’écran.

 

Au Jardin de l’Eden, Stanislas met rapidement de l’ambiance en racontant des histoires toutes plus fantasmées les unes que les autres sur sa carrière de cinéaste et les relations qu’il a nouées avec les grandes vedettes de l’écran. Son imagination débordante et sa débrouillardise se conjuguent magistralement pour inventer en catimini toute sorte de combines de manière à échapper à la rigueur de la vie austère de la maison de retraite qui devient vite un lieu de plaisir au grand dam de l’ancien légionnaire surveillant ce petit monde. Son fils ne s’indigne pas longtemps, les charmes de la pétulante femme, médecin de l’institution, l’occupent trop pour qu’il s'intéresse aux turpitudes de son père et de sa bande de dévergondés.

 

Marc Salbert conseille ce texte comme remède contre la « déprimitude » ambiante et j’abonde dans ce sens. Si vous le lisez, vous vous sentirez déjà mieux. « Le rire étant le propre de l'homme » selon François Rabelais, pour ceux de mon âge, c’est déjà une petite lueur d’espoir que nous pourrons rallumer le jour où on nous accompagnera dans une quelconque résidence destinée aux vieux adultes dont on ne sait plus que faire. L’ouvrage  a aussi une autre face, celle qui évoque le problème des personnes âgées dans notre société, la place qu’on leur réserve et l’attention que nous leur prêtons.

 

Au final, un livre drôle, désopilant, truculent, amoral, démolissant  les tabous sur la vieillesse, car  on aime à tout âge, on s’amuse à tout âge, on fait des bêtises à tout âge, mais on a aussi du cœur, de la tendresse et de la générosité à tout âge. Une leçon d’optimisme assaisonnée d’un filet d’amertume.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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9 août 2017 3 09 /08 /août /2017 07:59
Cheminements proustiens de Claude Wittezaële

Claude Wittezaële nous invite à cheminer  dans des sentiers buissonniers pleins de charme et de surprises artistiques ou littéraires puisque ces cheminements ont pour guide un de nos plus grands écrivains : Marcel Proust. Ainsi Proust devient-il la clé d'un vagabondage à travers la France rurale dans plusieurs départements : la Lorraine, la Picardie, le Languedoc-Roussillon, le Berry-Bourbonnais et la Normandie. Lors de cet itinéraire, nous allons découvrir, non seulement des paysages, mais des personnalités peu connues du grand public qui ont toutes un lien avec "La recherche du temps perdu". Proust nous ouvre ainsi des perspectives sur des destins émouvants, des artistes talentueux qu'il serait tellement dommage de méconnaître, tant leurs oeuvres méritent que nous nous y attardions.

 

Nous allons débuter par la Lorraine en compagnie de Maurice Barrès qui nous invite à nous pencher et nous attarder sur un sculpteur d'un talent inoui : Ligier Richier. Et comment pourrait-il en être autrement lorsque les photos qui illustrent ce livre nous révèlent des sculptures admirables telles que "La pâmoison de la Vierge", "Le sépulcre de Saint-Mihiel", le "Calvaire" de Bar-le-Duc ou l'admirable "Pièta" d'Etain qui n'est pas sans rappeler celle de Michel-Ange au Vatican.

L'auteur de cet ouvrage nous invite également à méditer au pied de la" Colline inspirée" de Barrès où "l'horizon qui cerne cette plaine est celui qui cerne toute vie".

 

La pâmoison de la Vierge et la Pièta d'Etain
La pâmoison de la Vierge et la Pièta d'Etain

La pâmoison de la Vierge et la Pièta d'Etain

Le Sépulcre de Saint-Mihiel.

Le Sépulcre de Saint-Mihiel.

En Picardie, nous avons pour guide Henri le Sidaner et surtout Ruskin qui nous ouvre les portes de la cathédrale d'Amiens où " se lient intimement la lourdeur flamande et la flamme charmante du style français". Mais Ruskin ne se contente pas d'Amiens, il dirige aussi ses pas vers Abbeville qui tient une place importante dans l'histoire de l'art gothique et, par voie de conséquence, dans sa vie. La collégiale Saint-Vulfran suscite tout particulièrement son enthousiasme, principalement le porche occidental, véritable dentelle de pierre.

Saint-Vulfran
Saint-Vulfran

Saint-Vulfran

Notre balade buissonnière nous conduit ensuite en Berry-Bourbonnais où nous allons faire la connaissance d'une romancière très attachante Marguerite Audoux que Proust signale dans sa correspondance avec son ami Reynaldo Hahn. Marguerite Audoux, ayant perdu sa mère, sera placée dès l'âge de 3 ans à l'orphelinat de Bourges. Douée d'un sens aigu de l'observation, elle est très vite attirée par l'écriture, d'autant qu'elle aura la chance de rencontrer un certain Charles-Louis Philippe qui l'encouragera à persister dans cette voie. Si bien qu'elle met bientôt au propre ses cahiers de bergère et que ses souvenirs, romancés sous le titre "Marie-Claire", obtiendront le prix Fémina en 1910 et lui mériteront une renommée passagère. Elle s'éteindra oubliée de tous en 1937 mais c'est le titre de ce roman qui est à l'origine de celui d'un célèbre mensuel féminin toujours d'actualité. Quant à Charles-Louis Philippe, notre auteur le place bien volontiers dans son panthéon littéraire pour la qualité de son style et la tendresse qu'il accorde à ses personnages. C'est à Cerilly que se situe sa maison natale transformée en musée. Philippe sera l'ami de Barrès, de Gide, d'Octave Mirbeau mais ne connaîtra pas leur notoriété. Il repose au cimetière de Cérilly sous un buste sculpté par Antoine Bourdelle.

Marguerite Audoux à sa table de travail et buste de Charles-Louis Philippe à Cerilly.
Marguerite Audoux à sa table de travail et buste de Charles-Louis Philippe à Cerilly.

Marguerite Audoux à sa table de travail et buste de Charles-Louis Philippe à Cerilly.

A  Commentry,  le souvenir d'Emile Mâle nous devance. On appela cet historien de l'art religieux "Le Christophe Colomb des cathédrales" et c'est vers lui que se tournera Proust lorsqu'il visitera les monuments religieux de Normandie et de Picardie. En Languedoc-Roussillon, nous allons croiser Céleste, oui Céleste Albaret, cette femme étonnante qui sera auprès de Marcel de 1914 à 1922 sa secrétaire, sa confidente, sa coursière, sa cerbère mais surtout son ange gardien, ce qu'elle raconte dans un livre émouvant "Monsieur Proust". Sur le Causse de Sauveterre en Lozère, c'est à Canourgue qu'elle naquit, très précisément au moulin d'Auxillac. Ce moulin restauré est désormais une auberge où le voyageur trouvera le gite et le couvert. Plus loin, à Bédarieux, nous avons rendez-vous avec Ferdinand Fabre, écrivain cévenol dont la carrière littéraire fut alimentée par la lecture des auteurs romantiques. Malgré ses relations et ses succès personnels, il ne parviendra pas à siéger sous la coupole. Auteur d'une vingtaine de romans, il est de nos jours oublié malgré les nombreuses qualités de sa plume. Celle-ci s'est principalement consacrée à évoquer la vie des campagnes rythmée par les fêtes, les processions et la récolte des châtaignes. Elle décrit dans un style limpide "la vie des paysans cévenols et des personnages que Rabelais n'aurait pas désavoués. Tout cela est vivant" - souligne Claude Wittezaële - "les paysages comme les paysans et les prêtres du village. Je me plais à voir dans l'oeuvre de Ferdinand Fabre un assemblage de Marcel Pagnol et Alphonse Daudet pour la truculence de ses héros et de Jean Giono pour leur description sans concession."
 

Toile du musée de Commentry (salle du patrimoine Emile Mâle) et buste de Ferdinand Fabre à Bédarieux.Toile du musée de Commentry (salle du patrimoine Emile Mâle) et buste de Ferdinand Fabre à Bédarieux.

Toile du musée de Commentry (salle du patrimoine Emile Mâle) et buste de Ferdinand Fabre à Bédarieux.

Pour terminer notre itinéraire, nous allons nous rendre en Normandie où nous attendent tant de lieux proustiens. Tout d'abord les monuments qu'il se plût à visiter comme la cathédrale de Bayeux ou celle de Caen, également d'humbles églises comme celle de Dives, sans oublier les lieux où il demeura, ainsi le manoir des Frémonts et les Roches-Noires à Trouville-sur-Mer et le Grand-Hôtel à Cabourg. Nous rencontrerons également Jacques-Emile Blanche auquel nous devons le portrait de Proust qui se trouve aujourd'hui au musée d'Orsay. Celui-ci demeura à Offranville où un musée lui est consacré au milieu d'un délicieux jardin. Enfin ne manquons pas de nous attarder à Honfleur où Eugène Boudin sut rendre, grâce à son pinceau, la beauté particulière des ciels normands, de la mer mouvante et des horizons lointains que Proust décrira tout aussi bien grâce à sa plume. Voilà un parcours que Marcel initie et où les différentes étapes sont pour la plupart inspirées par la lecture de sa biographie et de son oeuvre. Un voyage rafraîchissant dont les lieux nous rapprochent d'hommes et de femmes de talent que la mémoire du temps a injustement oubliés. Merci à Claude Wittezaële pour ces cheminements emplis d'évocations charmantes et de visions qui touchent autant le regard que le coeur.
 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Portrait du fils du peintre Helleu, ami personnel de Proust, par Jacques-Emile Blanche

Portrait du fils du peintre Helleu, ami personnel de Proust, par Jacques-Emile Blanche

La plage de Trouville à la fin du XIXe siècle par  Eugène Boudin

La plage de Trouville à la fin du XIXe siècle par Eugène Boudin

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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 09:05
Relations secrètes de LI Jingze

C’est un très gros travail qu’a effectué LI Jingze pour essayer de comprendre comment son pays, l’Empire du Milieu, comme il se prétend, n’a jamais pu comprendre et se faire comprendre des Européens et notamment des Anglais Un texte fondamental pour ceux qui s’intéressent aux relations de l’Europe et de la Chine.
 

 

                                Relations secrètes

Li Jingze (1964 - ….)

 

 

Passionné par l’approche de l’histoire proposée par Fernand Braudel, LI Jingze a entrepris ce vaste récit, entre essai et histoire, pour tenter de comprendre et de faire comprendre comment deux grands empires, pensant dominer le monde, n’ont jamais pu se comprendre eux-mêmes et ne se comprennent peut-être encore pas très bien. Il a remonté le temps jusqu’à la dynastie des Tang (618-907) puis celle des Song (960-1279) pour retrouver les légendes, les poésies, les chansons, les textes anciens qui pouvaient lui permettre de faire revivre  le petit peuple et ses avatars qui ont construit l’histoire de son pays. Et, ainsi, il a poursuivi son chemin dans le maquis des textes officiels, confronté à l’énorme problème de la traduction. Il faut bien comprendre qu’il n’y a pas si longtemps encore, il y avait plus de distance entre le chinois écrit et le chinois parlé qu’entre le chinois écrit et l’anglais.

 

A travers cet immense travail, extrêmement documenté, l’auteur n’est pas historien de formation mais il connait certainement mieux l’histoire de son pays que de nombreux universitaires qui enseignent cette matière, c’est avant tout un très grand érudit qui s’est consacré à saisir pourquoi son pays, que tous ses habitants considèrent comme le centre du monde, « l’Empire du Milieu », n’a jamais pu comprendre et se faire comprendre de l’autre puissance dominant le monde, l’Empire britannique. Jusqu’au XIXe  siècle, les Chinois et leur empereur en tête pensait qu’«  En Occident il n’y a en fait qu’un pays, c’est l’Angleterre. L’Amérique, la France, l’Allemagne, etc… ce sont d’autres façons de désigner l’Angleterre, pour tenter d’abuser encore la dynastie céleste. » Pour simplifier notre discours, nous dirons simplement que LI Jingze a essayé de connaître les raisons qui ont fait que  l’Occident et la Chine ne se sont jamais compris.

 

A l'origine, il faut admettre que ces deux parties du monde ne se sont connues qu’à travers les marchandises qu’elles échangeaient sans jamais se rencontrer. Les marchandises voyagent plus loin que les hommes. Les Croisés occidentaux ont ainsi découvert une foultitude de produis nouveaux dans les échelles du Moyen-Orient, des produits venus de Chine ou attribués aux Chinois, comme l’ambre gris, la rose ou le bois d’aigle… A travers ces produits inconnus, les Occidentaux ont fantasmé un pays sans le concevoir réellement, tout comme les Chinois ont fantasmé l’Occident quand ils ont reçu les premiers produits manufacturés, acheminés le long des voies de communication terrestres ou maritimes. La notion de Route de la Soie sera inventée plus tardivement. Marco Polo intéresse assez peu l’auteur qui s’étend beaucoup plus longuement sur les écrits et les aventures de Galeote Pereira, Guillaume de Rubroek, Matteo Ricci, pour terminer son périple historique avec Malraux qu’il conteste fermement, démontrant qu’il a beaucoup emprunté et qu’il n’a pas vécu ce qu’il laisse croire qu’il a vécu.

 

L’auteur s’étend notamment sur la perception du monde qu’ont les Chinois. Ceux-ci  ont connu au Moyen-Age leur période la plus faste avec les Tang et les Song notamment et ils se sont, à partir de cette époque, comme figés dans leur splendeur la croyant définitive et immuable, vivant dans le présent et ne voyant le changement que comme un nouveau présent à vivre. « Nous ne croyons qu’au monde actuel, c’est pourquoi éliminer l’ancien et faire bon accueil au nouveau est toujours un événement heureux. » Alors que les Occidentaux ont été dès les XIIe et XIIIe siècles bousculés et stimulés par de nombreuses innovations et  inventions les projetant toujours plus fort vers l’avant, vers l’avenir. Ainsi le formidable élan occidental a été parallèle à la sclérose de la société chinoise engoncée dans les fastes de son riche passé. Les Occidentaux n’ont jamais compris que la Chine était un empire très civilisé issu d’une immense richesse économique, intellectuelle et artistique et les Chinois n’ont vu dans les Occidentaux que des petits manufacturiers sans histoire ni tradition.  Un empereur chinois disait « Qu’ont les Occidentaux de si extraordinaire ?..., nous avons tout cela : ils construisent des bâtiments, réparent les pendules, peignent des tableaux et jouent du clavecin, ils nous fournissent tout ce que nous voulons ! » Il était convaincu d'être le gardien d’une tradition millénaire qui lui conférait le pouvoir sur le monde entier.

 

Ainsi, les Occidentaux n’ont vu dans les Chinois que des barbares non civilisés tout juste capables de torturer leurs femmes en leur bandant les pieds. Les Chinois, eux, n’appréciaient pas plus cette coutume dont ils avaient honte. « Les Chinois de l’époque éprouvaient une profonde aversion pour cette coutume antique et se sentaient humiliés par l’intérêt des Occidentaux pour cette pratique. » « Nous ne voulons pas que les Occidentaux voient cela et eux justement veulent voir cela. » Ce regard sur la coutume des pieds bandés montre bien le fossé qui sépare les deux civilisations et peut-être aussi le manque de volonté des deux parties pour combler ce fossé, chacun voulant que l’autre soit son inférieur. Les multiples incidents protocolaires relatés par l’auteur confortent, s’il était nécessaire, cette appréciation. Nul ne voulait s’abaisser devant l’autre, chacun supposant  n’avoir de comptes à rendre à personne. Même les guerres n’ont pas réglé ce problème de préséance.

 

Ce manque de volonté est renforcé par une grande difficulté de communication. La traduction d’une langue vers l’autre est un énorme problème. « Chaque fois qu’une langue rencontre une autre langue, c’est un piège d’une profondeur insondable, où s’agitent et bouillonnent les erreurs, les malentendus, les illusions et les tromperies les plus inconcevables. » L’auteur a recopié deux versions d’un même traité, l’une étant en Angleterre, l’autre en Chine, l’écart entre les deux textes est énorme et prouve  bien la difficulté que les deux peuples avaient de communiquer entre eux et aussi leur volonté insidieuse d’essayer de tromper l’autre à travers la version conservée du traité. Et pour conclure, LI Jingze renvoie les deux délégations dos à dos : « Ces humanistes naïfs qui étaient en même temps des colonialistes féroces…  eux-mêmes comme leurs interlocuteurs étaient persuadés que dans l’univers il n’y avait qu’un sens, que leur propre langue exprimait totalement. »

 

Ce livre est un puits de culture et de connaissance, il fait revivre la Chine d’avant l’An Mil jusqu’à l’époque que Malraux essaie de nous faire croire qu’il a connue. Non la Chine des grands empereurs et des grandes batailles, mais la Chine du petit peuple qui a construit et transmis les légendes, les poésies, la tradition, tout ce qui fait la vie quotidienne d’un peuple. Et Li Jingze, empreint de la sagesse millénaire de son peuple, conclut non sans un brin de malice pour éviter la polémique : « Nous adorons notre histoire et nos traditions, mais nous avons une conception absolument unique de  l’ « histoire » et des « traditions ». » A chacun son histoire, à chacun ses traditions et que nul ne  juge celles de l’autre avec ses propres critères.
 

Denis BILLAMBOZ

 

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Relations secrètes de LI Jingze
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4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 09:29
Proust et Flaubert
Proust et Flaubert

D'après les notes prises lors de la conférence donnée par Madame Mireille Naturel - maître de conférence à la Sorbonne - à la mairie de Cabourg le lundi 31 Juillet 2017 dans le cadre des conférences d'été du Cercle proustien de Cabourg-Balbec.

 

Marcel Proust ( 1871 – 1922 ) et Gustave Flaubert (1821 – 1880 ) ont la Normandie en partage et plusieurs autres points communs : tous deux sont fils de médecins, tous deux de santé délicate (l’épilepsie pour Flaubert, l’asthme pour Proust), tous deux consacreront leur vie à l’écriture et spécialement au style – il y aura même un souci phonique de la phrase chez Flaubert qui lisait ses textes à haute voix – enfin ils vivront l’un et l’autre en ermites, Proust dans sa chambre tapissée de liège à Paris, Flaubert retiré à Croisset. Par ailleurs, George Sand tiendra une place particulière dans leur existence : elle est l’auteur que la mère du narrateur lui lisait le soir lorsqu’il était enfant dans "A la recherche du temps perdu", tandis que Gustave Flaubert sera un intime de George avec laquelle il échangera une longue correspondance.

 

Pourquoi Proust se passionnera-t-il pour cet écrivain qui meurt en 1880 alors qu’il n’a que 9 ans ? Sans contexte pour la qualité de son style,  mais aussi pour la façon dont il envisage la vie et l'irrésistible comique qui anime  « Bouvard et Pécuchet » cité dans « Les plaisirs et les jours ». Enfin pour sa thématique sur l’acquisition du savoir. Il y a également des rapprochements qui peuvent être faits entre Bouvard et Pécuchet et Reynaldo Hahn et Proust dont l’amitié n’allait pas de soi et où s’était développé  un goût semblable pour la dérision.

 

Au XIXe siècle, on ne pouvait faire l’impasse sur deux écrivains comme Balzac et Flaubert. Chez Flaubert, l’essentiel repose sur la vibration des sensations, également sur l’importance des choses. Leur apparition n’était pas sans modifier la vision des personnages, leur rapport à la réalité. Par le pastiche, Marcel Proust, à ses débuts, fait non seulement ses gammes mais tente de s’approcher de la technique romanesque de Flaubert et également de Balzac, avant d’acquérir la sienne propre, ce qui sera son souci permanent. Après avoir apprécié le talent de ces maîtres du roman, il entendra s’en détacher afin d’affirmer l’originalité du sien et d’aller toujours plus loin et différemment dans sa propre vision de la comédie humaine.

 

Avec Proust, rien n’est jamais laissé au hasard. Ainsi évalue-t-il la façon dont Flaubert sait terminer un ouvrage quel qu’il soit : roman ou conte ; mais, contrairement à lui, il attachera plus de prix au cœur et à la sensibilité qu’à l’intelligence. Est-ce pour cette raison qu’il placera « L’éducation sentimentale » parmi ses préférés ?

 

On sait également que Proust n’hésitait pas à superposer ses emprunts, à s’inspirer des thèmes qu’il recueillait  chez Flaubert et chez de nombreux autres écrivains comme le chant de la grive cher à Chateaubriand. Chez Flaubert, ce sera le motif de la vitre ou du vitrail, le vitrail étant un thème que l’on retrouve à de nombreuses reprises dans « La Recherche » et qui n’est pas sans revêtir une importance esthétique et religieuse et une inscription dans l’ordre de la légende.  (Ainsi le vitrail  de  Saint Julien l’Hospitalier à Rouen pour Flaubert et celui de l’église de Combray pour Marcel). Le vitrail suggère quelque chose d’important pour les deux écrivains. Selon Flaubert, il est ce qui sépare et isole ; selon Proust, il relève du rapport au monde. Rappelons-nous l’importance de la vitre du Grand-Hôtel de Balbec dans « La Recherche » dont la salle-à-manger est comparée à un aquarium. Il y a, certes,  une image assez semblable dans « Madame Bovary » lorsque celle-ci surprend, alors qu’elle se trouve à une réception dans un château normand, des paysans qui s’agglutinent  pour  voir ce qui se passe à l’intérieur de celui-ci. Approche identique chez les deux écrivains du décalage qui persiste entre les pauvres tenus à l’extérieur et comme hypnotisés par le luxe et les lumières qu’ils perçoivent dans ces lieux privilégiés.

 

Gustave Flaubert détient le privilège d’être considéré par  Marcel Proust comme le romancier modèle, bien qu’il ne sera pas celui qui inspirera l’écrivain de « La Recherche », son incontournable Bergotte, plus proche au physique et au moral d’Anatole France, personnalité littéraire que Proust a connue et qui fut le préfacier de son  ouvrage « Les plaisirs et les jours ». En premier lieu, Flaubert l’est pour la construction de son œuvre et le style, ainsi que pour sa vision du monde, subtile et réaliste. Mais Flaubert, contrairement à Proust, ignore l’usage de la métaphore que ce dernier emploiera de façon magistrale. Proust reconnaîtra également le talent d’un Maupassant qu’il croisa chez Madame Straus, probablement à Trouville au manoir de la Cour-Brûlée, enfant spirituel de Gustave Flaubert auquel Marcel reprochera de n’avoir pas su se détacher. Aussi placera-t-il « Boule de suif » comme un ouvrage à part où Maupassant aura su  momentanément affirmer son originalité. Cela ne l’empêchera nullement de le considérer comme un écrivain mineur. Néanmoins, tous deux sauront admirablement faire parler les gens simples et se plairont à donner de l’importance et de la visibilité aux noms de pays, à les situer sur une mappemonde purement littéraire et irrésistiblement savoureuse.

 

Si Flaubert n’apparaît au final que de façon anecdotique dans l’œuvre de Marcel Proust, ce dernier sachant adroitement mêler admiration et profanation, comme il le fera vis-à-vis de Ruskin et de quelques autres, il n’aurait  pas été Proust sans ce travail sur l’écriture de ses prédécesseurs et sur sa longue méditation sur la transmission que chacun accorde à son suivant. Mais un grand écrivain se doit à un moment donné de couper les liens, en quelque sorte de rompre le amarres afin de voguer en solitaire sur le vaste océan de la création artistique.

 

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Table dressée pour un dîner chez George Sand à Nohant auquel Flaubert participera à maintes reprises.

Table dressée pour un dîner chez George Sand à Nohant auquel Flaubert participera à maintes reprises.

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31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 08:47
Bingo (Père et fils) de Jean-François Pigeat

Jean-François Pigeat nous offre un polar bien troussé, plutôt drôle, où l’hémoglobine ne coule pas à flot, un bon polar comme on en  écrivait il y a quelques décennies, un polar qui nous rappellera Simenon sans Maigret et bien d’autres.

 

 

Bingo (Père & fils)

Jean-François Pigeat (1950 - ….)

 

 

Bingo ! Gagné ! Mais pour savoir si c’est effectivement gagné, il faudra lire le livre jusqu’au bout. A ce stade, je ne peux que vous dire que Bingo est avant tout le surnom que Jacky Bingolacci a transmis à son fils Florian. Jacky est un jeune homme beau comme un Apollon dont le plus grand souci est de repousser la meute des filles qui voudrait se l’accaparer, au moins pour un petit moment d’intimité. Il a transmis son physique à son fils qui exerce le même magnétisme sur la gente féminine sans savoir bien gérer cette attraction.

 

Bingolacci père n’est pas très attiré par l’école qu’il quitte vite, il veut devenir artiste de cinéma, prend même quelques leçons, obtient des figurations, des rôles sans importance qui ne lui permettent pas de nourrir décemment la famille qu’il fonde avec Nicole et Florian. Il tombe dans les petites combines et finit par tomber lui-même pour une banale histoire de vol de statues en bronze. En prison, petit fretin, il est repéré pour sa candeur et sa faiblesse par un vrai caïd qui lui propose un marché sous une très forte pression. Il doit déplacer un trésor de guerre dont la cache est menacée par un projet immobilier. A sa sortie de prison, il entreprend donc le transfert de ce trésor quand, soudain, des malfrats s’immiscent violemment dans cette opération.

 

Pendant ce temps, le fils, qui, comme son père n’est pas davantage  passionné par les études, déserte le lycée, accomplissant consciencieusement mille petits boulots pour séduire la belle dont il est follement amoureux. Et ce, bien qu’elle soit en situation irrégulière, chaperonnée par trois cousins velléitaires qui n’hésitent pas à utiliser la violence pour intimider leurs victimes.  Florian n’est certes pas le bienvenu, la cousine étant  promise à un gars du pays, un pays qui n’existe pas dans un pays qui n’existe plus, et elle doit être livrée intacte, soit vierge.

 

Le père et le fils ne se voient plus, le fils ne veut pas d’un père en taule et à sa sortie de prison le père s’est évaporé dans la nature mais les deux mondes dans lesquels ils gravitent vont finir par interférer l’un l’autre. Les petits malfrats de la cité vont percuter les bandits internationaux sans l’avoir voulu, coinçant dans ce combat le candide Florian qui se débat comme un lapin de garenne dans le piège du braconnier. Florian n’est qu’un amoureux transi égaré dans un grand jeu qui lui échappe totalement et où les coups sont très violents et même souvent mortels.

 

Un polar comme on en écrivait au siècle dernier, un Simenon sans Maigret, un McBain. On dirait que Pigeat s’est inspiré de ces auteurs et qu’il a voulu leur rendre hommage à travers ce roman très animé, bien rythmé, plus parodique que vraiment noir. Un roman bien de notre temps qui met en scène les mouvements révolutionnaires désagrégés mais enrichis et des petits voyous de banlieue plus forts en gueule que vraiment dangereux. L’auteur décrit ainsi la transmission du pouvoir de la marge, des brigades révolutionnaires aux réseaux de trafiquants venus de l’Est. Et il ne se complaît jamais dans une violence sanguinolente, il l’évoque quand c’est nécessaire mais à la limite de la drôlerie, avec plus de gouaille que de pathétisme, sans exhibitionnisme déplacé, sans complaisance outrancière, sans débordement dégoulinant d’hémoglobine. Un bon moment de détente qui fera oublier l’ambiance morose qui règne actuellement dans l’actualité.
 

Denis BILLAMBOZ

 

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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 08:16
Ma voisine a hurlé toute la nuit de Anne-Michèle Hamesse

Voici un joli recueil de nouvelles qui comporte toute la férocité et toute la finesse des histoire que racontaient avec malice les dramaturges anglaises dont j’ai lu les œuvres quand j’ai traversé ma période anglaise… il y a déjà bien des années.

 

Ma voisine a hurlé toute la nuit

   Anne-Michèle Hamesse (1948 - ….)

 

Je suis sûr qu’Anne-Michèle Hamesse ne m’en voudra pas  si je dis que dès les premières lignes de ce recueil, ma mémoire m’a proposé le nom de celles que j’appelais il y a une ou deux décennie « mes chères vieilles anglaises » (vieilles elles ne l’étaient peut-être pas plus que moi) quand j’ai traversé, dans mes lectures, une période britannique.  Ainsi, des noms ont ressurgi dans ma tête : Barbara Pym, Mary Wesley, Muriel Spark, Elizabeth Taylor… avec des souvenirs de lecture très agréables. L’air de rien, derrière un texte bien léché, elles possédaient la férocité ces braves dames, elles savaient insidieusement distiller le venin, elles connaissaient à merveille le petit monde qu’elles mettaient sur le grill et qui leur servait de scène. Elles avaient l’œil infaillible et la plume impitoyable. J’ai retrouvé certaines de ces caractéristiques dans les nouvelles d’Anne-Michèle quand elle dresse le portrait sans concession de dames plus toute jeunes, pas toujours gâtées par la vie, parfois un peu dans leur petit monde, ailleurs…  qui ont des problèmes à régler avec leur entourage, leur histoire, le sort qui leur a été réservé.

 

Ces héroïnes sont surtout des femmes qui ne peuvent plus supporter la vie qu’elles mènent, elles sont arrivées à un point où il faut qu’il se passe quelque chose, qu’elles prennent leur vie en mains pour remettre leur existence dans le bon sens. Mais, même si elles optent pour des décisions irrémédiables, brutales, diaboliques, dignes de Barbey d’Aurevilly, leur férocité se casse souvent les dents sur la carapace  des aléas. Ainsi, la petite sœur toujours méprisée n’aura pas la vengeance qu’elle serrait dans sa poche, elle a trop attendu. Trop tôt, trop tard, à contre temps, ailleurs, dans un autre monde, …, elles ratent toujours leur objectif. Ainsi va la vie, c’est le hasard qui tient les cartes dans ses mains, les rêves se réfugient le plus souvent dans le monde fantastique où la magie peut tout changer, mais hélas s’éteignent au réveil.

 

Anne-Michèle Hamesse voudrait-elle nous faire comprendre qu’il est inutile d’essayer de se rebeller contre le sort qui nous est infligé et que nous devrions  simplement le subir pour mieux le supporter ? Il est sûr, qu’à la lecture de ces nouvelles, on comprend vite qu’elle n’a pas une confiance illimitée en l’humanité qui distille la méchanceté à flots continus. Elle croit davantage dans le sort qui sait coincer le grain de sable diabolique qui déréglera la machine de n’importe quelle histoire, de n’importe quelle existence.

 

Avec son style limpide, académique, précis, appuyé sur des phrases plutôt courtes même si elles sont suffisamment longues pour être souples et agréables à lire, l’auteure livre dans cet ouvrage une dizaine de nouvelles qui démontre ses talents de conteuse. Elle sait très bien raconter les pires histoires, créer des personnages diaboliques, sans jamais sombrer dans la vulgarité ou l’approximatif. En toute innocence, elle peut laisser supposer les pires horreurs comme savaient si bien le faire mes « vieilles anglaises ». Il y a aussi, très souvent, dans ses textes une dimension charnelle qui confère une plus grande véracité aux histoires racontées et une plus grande réalité aux personnages mis en scène. J’ajouterai que j’ai détecté quelques zeugmes du plus bel effet, judicieusement placés comme pour donner encore plus de nerf aux récits.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 08:47
Contes espagnols de Lorenzo Cecchi

Pour cette chronique estivale, j’ai choisi de vous proposer des nouvelles présentées par l’auteur comme des contes, peut-être certaines le sont-elles ? Des nouvelles pleines de soleil, inondant la communauté hispanique de Bruxelles. Une lecture tonifiante qui regonflera le moral de tous les déprimés.

 

 

Contes espagnols

    Lorenzo Cecchi (1952 - ….) 

 

 

Lorenzo Cecchi nous offre neuf contes, apparemment le compte est bon même si l’éditeur tend un petit piège au lecteur inattentif, mais l’important reste que ces contes soient savoureux et ils le sont. A priori, sans connaître l’auteur, il semblerait que le narrateur soit très proche de lui et qu’il décrive dans ses contes des moments d’émotion particuliers qu’il aurait vécus avec des Hispaniques, notamment des Espagnols et surtout des Espagnoles, côtoyés à Bruxelles ou en Espagne. Il faut souligner pourtant une exception à cette généralité, la neuvième et dernière nouvelle n’a rien à voir avec les autres même si elle dépeint une belle Ibérique, elle ne concerne pas le narrateur, elle raconte l’horrible vengeance, au XVIIe siècle, d’un triste noble italien incapable de satisfaire sa femme et fou de rage quand il apprend qu’elle le trompe. J’ai apprécié toutes les nouvelles du recueil, Cecchi a l’art de la narration, il sait raconter et son regard sur les gens, leur comportement, leurs sentiments, leurs émotions, leurs motivations est très perçant. Il voit juste, à travers les quelques faits divers qu’il raconte c’est un peu la diaspora ibérique qu’il met en scène avec ses petites tracasseries, ses aventures et mésaventures. Ces contes sont, selon moi, davantage des nouvelles que des contes, sauf le fameux neuvième et dernier qui évoque un fait qui pourrait être historique, l’est peut-être, ou n’est finalement qu’un conte, peu importe, l’histoire est aussi abominable que le texte est bien troussé. J’ai dégusté ces vieux mots oubliés qui sonnent si joliment aux oreilles des amateurs d’histoire dont je suis.

 

Lorenzo Cecchi a peut-être connu cette Conchita qu’il prenait pour une Espagnole qu’elle n’était pas ou cette Frida qui, elle, était bien espagnole alors qu’il la croyait suédoise. Je suis presque sûr qu’il a effectivement vendu sa première marchandise à un émigré hispanique ayant pris en pitié sa grande maladresse commerciale. Par contre, je doute qu’il ait été l’heureux bénéficiaire de la fureur sexuelle de la flambante mexicaine qui s’est vengée de la tromperie de son mari avec le premier venu. Ainsi le lecteur, pourra laisser courir son imagination pour tenter de comprendre ce qui vient directement de l’imagination de l’auteur ou ce qu’il a puisé dans sa carrière professionnelle et sa vie d’immigré du sud de l’Europe. La querelle entre le narrateur italien et son voisin espagnol, plus matcho l’un que l’autre, sent le vécu plus que l’histoire du gars qui écrit à son meilleur ami juste avant de se suicider : « qu’il part heureux de savoir qu’il n’a jamais couché avec aucune des femmes qu’il a eues ».

 

Même si les textes, que je vous propose, respirent une certaine pointe de mélancolie, j’y ai personnellement trouvé beaucoup de vie, d’envie de vivre, d’espièglerie et même de dérision dans les moments les moins favorables de l’existence. Un recueil à mettre sur son chevet pour lire un ou deux textes les soirs de blues. Je ne voudrais surtout pas oublier les illustrations chatoyantes de Jean–Marie Molle, son rouge notamment qui, à lui seul, dégage une véritable fureur de vivre.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 08:45
LES SIX ANS D'INTERLIGNE

Six ans déjà, qu’un jour de juillet 2011 j’ai décidé d’ouvrir  un second blog  « INTERLIGNE », après celui consacré au 7e Art « La plume et l’image » et je ne le regrette pas, car j’ai eu grâce à lui l’occasion de rencontrer beaucoup d’amis venant d’horizons différents et qui tous m’ont apporté leur amitié, leurs encouragements et ont permis à ce lieu d’échange de prendre encre ( je pourrai dire ancre) et devienne un lieu de partage. En effet, que représente un blog pour celui qui, installé devant son écran, tente de capter un mot, un signe, un commentaire, un écho, sinon cela, la possibilité d’un échange. Ecrire, c’est toujours essayer de rencontrer l’autre, l’ami, le voisin, l’esseulé, l’étranger, de susciter une alliance d’esprit et de cœur grâce au pouvoir des mots et à leur résonance.

 

 

Tout a sans doute été dit et écrit mais qu’importe, nous ne cesserons jamais de le redire et de le transmettre à notre façon avec notre sensibilité, nos emballements, nos déceptions, nos doutes, nos aspirations. Cela se nomme la communication ou mieux que cela : la transmission. On s'efforce, autant que faire se peut, à exprimer les joies, les peines, les beautés de notre langue, les nuances diverses des souvenirs, les soucis de nos vies, les émerveillements de nos coeurs, les satisfactions passagères ou durables, les craintes pour un avenir que l'on rêverait toujours meilleur. 705 articles rédigés avec ceux de l'ami Denis Billamboz et ses coups de coeur littéraires, 148.160 visiteurs, 236.785 pages vues, c'est honorable, mais est-ce satisfaisant ? Cela ne le sera jamais, tant nous souhaitons toujours davantage, tant nous avons besoin d'être constamment renseignés sur la qualité de nos propos, leur pertinence, leur justesse ou, pire, et cela arrive souvent, sur leur inanité. Le regard de l'autre inspire à l'évidence une crainte qui reste la meilleure émulation qui soit. Alors, ne redoutons jamais ce regard du visiteur qui corrige, anime, critique, sollicite, encourage, il est tour à tour notre juge et notre complice.

 

 

Alors longue vie à INTERLIGNE si l'inspiration, la ferveur  ne me manquent pas. Une question que,souvent, je me pose...

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 07:58
Izo de Pascal de Duve
Izo de Pascal de Duve

Pour rendre hommage à Magritte, le célèbre peintre surréaliste belge à l’occasion du 50e anniversaire de sa mort, son éditeur «  Espace Nord » a décidé de rééditer « Izo », le magnifique roman écrit par Pascal de Duve, l’une des victimes de l’hécatombe causée par le SIDA dans les années 1990. Un texte plein de délicatesse, de finesse et de poésie qui pose des questions essentielles sur l’existence.

 

Izo

Pascal de Duve (1964 – 1993)

 

Izo, le personnage éponyme de ce roman, avec sa redingote noire, son chapeau noir et ses gros souliers noirs, semble directement sorti du tableau de Magritte "Le fils de l'homme" ( 1964 ) que l’éditeur a placé sur la couverture de cette réédition, conférant ainsi une nouvelle dimension à cette toile en inventant pour l’un des personnages, celui ayant eu la chance de choir directement sur une chaise du Jardin du Luxembourg à Paris et non, comme les autres, de se diluer dans le sable et les pelouses de ce jardin, un bout de vie éphémère prolongeant ainsi l’histoire racontée sur la toile.

 

Le narrateur se promenant un jour d’orage dans les Jardins du Luxembourg aperçoit, alors que le ciel déverse des torrents d’eau, un homme affalé sur une des chaises qui meublent ce jardin, un homme coiffé d’un anachronique chapeau melon noir et vêtu d’une tout aussi anachronique redingote noire. Il le secoue, le secourt et l’emmène chez lui pour le réconforter, s’attache au sort de cet étonnant personnage et s’occupe de lui procurer le gîte et le couvert. L’homme ne parle pas et ne prononce que quelques mots inintelligibles, l’auteur retient un énigmatique « Isobretenikkhoudojnika » et  décide de l’appeler ainsi mais en simplifiant cet imprononçable patronyme en un beaucoup plus pratique « Izo ».

 

Izo se révèle vite être une personne très douée, surdouée, dotée d’une mémoire fantastique et d’un esprit d’analyse et de déduction particulièrement impressionnant, elle découvre tout et  semble ne rien connaître, paraît venue d’ailleurs, son esprit est vierge comme celui d’un nourrisson ouvrant les yeux pour la première fois. Par ailleurs, elle se passionne pour des choses futiles, même insignifiantes, ou pour des choses beaucoup plus complexes, élaborées, matérielles ou intellectuelles comme le métro qu’elle considère comme un autre monde, ou les langues étrangères qui lui permettent de nouer conversation avec n’importe qui dans les rues de Paris ou par téléphone au hasard des numéros qu’elle compose de manière tout à fait aléatoire.

 

Izo c’est une page blanche sur le bureau de l’écrivain, un être qui n’a aucun sens des valeurs, rien ne l’a encore pollué, il a une merveilleuse faculté d’émerveillement qui le fait s’extasier devant la moindre babiole comme devant une définition très complexe pêchée dans l’une des encyclopédies qu’il ingurgite comme d'autres des verres de bière, sauf que lui retient ce qu’il absorbe. Son impressionnante culture, acquise en quelques semaines, sa faconde, son innocence, sa fraîcheur, son enthousiasme lui facilitent les contacts avec les personnes qu’il rencontre et avec lesquelles ils nouent des liens d’amitié. Il devient vite un habitué des cafés les plus prestigieux de la capitale où il connait le personnel et quelques clients ayant une certaine notoriété. Il devient ainsi quelqu’un de connu sans en avoir la moindre idée car il conserve sa fraîcheur et son innocence jusqu’à ce qu’il comprenne que la vie n’est pas linéaire, qu’elle évolue et donc qu’elle va vers un aboutissement qu’il aimerait comprendre. Commence alors pour lui une recherche de ce que pourrait être cet aboutissement et sa signification à travers les religions : le catholicisme, le protestantisme, l’islam et même le communisme pensé comme une forme de religion lui aussi. Mais, pour la première fois, ses étonnantes facultés buttent sur une énigme qu’il ne saisit pas.

 

Je retiendrai de ce texte outre bien sûr la grande maîtrise littéraire de l’auteur, la richesse de son vocabulaire, la fluidité et l’élégance de son style, quelques belles assonances, la qualité picturale de ses descriptions, tout est en couleur, surtout la capacité d’émerveillement du héros. Izo est un être irréel, venu d’ailleurs, enfant légitime de l’imaginaire matérialisé sur terre, découvrant un monde rempli de choses merveilleuses que nous ne voyons pas, ou plus. On dirait que Pascal de Duve cherche à nous délester des scories que l’histoire a accumulées sur nos épaules et dans nos têtes pour que nous redécouvrions un monde simple, candide, joyeux, sans aucune prétention, sans appât du gain, sans recherche du pouvoir, juste un monde où les gens vivraient en bonne intelligence. Cet émerveillement devant ce monde possible me suffirait mais l’auteur nous entraîne sur un autre chemin, il nous démontre que ce monde n’est qu’éphémère et qu’il faut penser à ce qu’il y aura après et, quand on pense à ce qui vient après la vie terrestre, on crée une religion, même si cet après n’a pas un ou des dieux, c’est déjà une pensée religieuse. Et, pour Izo, les religions conduisent à une impasse, alors faudra-t-il suivre l’auteur sur le chemin de la philosophie pour trouver les réponses aux fameuses questions qui obsèdent les êtres pensants ? J’aimerais, pour ma part, rester avec Izo sur le chemin merveilleux de l’innocence et de la découverte en jouant la politique de l’autruche.

 

« Izo » est plus qu’une lecture, c’est une réflexion philosophique, mais c’est également une ouverture à l’émerveillement.  « Mon apparition c’est le monde, je veux dire l’existence, cette chose magnifique à laquelle on ne pense jamais, et que je viens de découvrir. » Voilà tout est dit, l’auteur de ces mots plein d’espoir pouvait s’envoler quelques années plus tard, jeune, trop jeune, beaucoup trop jeune, vers le monde d’Izo où il a certainement trouvé son après.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 09:44
Marcel Proust, Ruskin et la cathédrale d'Amiens de Jérôme Bastianelli
Marcel Proust, Ruskin et la cathédrale d'Amiens de Jérôme Bastianelli

Marcel Proust n’a jamais foulé le sol de l’Angleterre, pas plus qu’il ne parlait un mot d’anglais. L’écrivain s’est même opposé de son vivant à la traduction de son œuvre qui, selon lui, en aurait été déformée. Homme de toutes les contradictions, Marcel Proust s’est pourtant lancé dans une entreprise surprenante : la traduction depuis l’anglais des écrits esthétiques de John Ruskin alors même qu’il maîtrisait mal la langue. En cela il fut aidé par sa mère et quelques amis. Par ailleurs, la préface que Proust consacre à « La Bible d’Amiens »  éclaire non seulement la pensée de Ruskin, mais aussi sa propre pensée et sa conception de l’art. Au fil de la lecture s’esquisse les préoccupations de Proust sur l’esthétique et la place qu’il donnera à l’art dans ses ouvrages. John Ruskin se mue en révélateur de la pensée proustienne et son influence marque incontestablement « La Recherche du temps perdu ». Voyons comment.

 

Tout d’abord cette influence ne se fera qu’à travers les œuvres de John Ruskin puisque Proust ne le rencontrera jamais. Celui-ci naît à Londres en 1819 et mourra à Brantwood en 1900 d’un père négociant en alcools et d’une mère sans profession. Il est fils unique et quittera très vite le foyer familial pour voyager. Il est fasciné par la beauté des Alpes, l’architecture gothique, Venise et, en esprit éclectique, s’intéresse à des choses très diverses : les oiseaux, les plantes, l’art de Turner, l’économie sociale, l’éducation des ouvriers, les pré-raphaéliques … Critique d’art et soucieux de sociabilité, il va beaucoup écrire et cherchera toujours à rendre l’art accessible aux plus humbles. En effet, il condamnait  les tâches qui ôtaient à l’homme son libre arbitre. Il s’intéressera même à la pollution industrielle en précurseur, et à la nécessaire prudence qui doit guider toute opération de restauration des bâtiments patrimoniaux. Proust, quant à lui, ne manquera pas de souligner combien la « restauration » de la mémoire involontaire  peut elle aussi engendrer des risques en trahissant ou en modifiant le réel ou encore en l’aménageant autrement.


Ruskin visitera Amiens à maintes reprises, en 1844, 1849, 1854, 1856, 1868 et 1880. Sa première visite le déçoit. On pourrait  comparer sa déception à celle de Swann vis-à-vis d’Odette qui n’est pas son genre de femme. Il est vrai qu’Amiens, au premier abord, n’est pas le genre de cathédrale qu’aime John Ruskin, il la trouve un peu mièvre, cédant trop au … joli. Mais en 1854  son avis  est plus enthousiaste et il reconnait que cet ouvrage, célébré dans toute l’Europe, mérite sa réputation. Il rédigera « La Bible d’Amiens » de 1880 à 1882. En réalité, il souhaitait écrire une histoire de la chrétienté à l’usage des garçons et filles qui avaient été tenus sur les fonts baptismaux. Malheureusement, il ne parviendra à rédiger qu’un seul volume, alors qu’il envisageait de parler également de Vérone, de Pise, de Rome, de Chartres, de Rouen. « Travaillez quand vous avez encore la lumière », précepte de l’Evangile selon Saint Jean qui figure dans la préface que Proust a consacré à « Sésame et les lys ». Comme Ruskin, Marcel Proust redoutera de ne pas pouvoir achever son œuvre.

 

La cathédrale.

La cathédrale.

Ruskin raconte dans « La Bible d’Amiens » les origines de la cathédrale, l’installation des Francs à Amiens et l’évangélisation de la ville, Chilpéric, le père de Clovis, puis Clovis, bien que celui-ci n’ait pas été baptisé à Amiens, cheminement des transgressions que s’autorisera l’auteur. Et puisque la cathédrale a été conçue et bâtie par les descendants des Francs, Ruskin évoque plus longuement, dans le chapitre II, l’histoire de ce peuple et son arrivée en France en provenance de l’Allemagne.  Dans la troisième partie de l’ouvrage, il évoque la propagation des écritures saintes, le rôle que tient saint Jérôme, premier traducteur de la Bible qui donne son nom à ce chapitre III.

 

Le IVe chapitre est sans doute le plus beau parce qu’il parle vraiment de la cathédrale. Ruskin y détaille certains aspects du monument, principalement les sculptures des porches. Puis il évoque les stalles du XVIe siècle, ce qu’il faut voir en priorité : «  sous la main du sculpteur, le bois semble s’être modelé comme de l’argile, s’être plié comme de la soie, avoir poussé comme des branches vivantes, avoir jailli comme de la flamme vivante… » Curieusement, il n’apprécie guère la Vierge dorée à laquelle il trouve de la joliesse et un gai sourire de soubrette, madone nourrice raphaélique, peintre qu’il n’aime guère car il considère qu’il a représenté la Vierge de façon trop humaine, pas assez divine. La madone de la façade ouest lui plaît davantage, madone franque, normande, madone reine, calme, pleine de puissance. Pour Ruskin, la cathédrale est comme l’envers d’une étoffe qui nous aide à comprendre les fils qui produisent le dessin tissé ou brodé du dessus. A ce sujet, et on ne peut manquer de le relever, l’œuvre de Proust sera envisagée comme une cathédrale et également comme une robe : « car épinglant de ci delà un feuillet supplémentaire, je bâtirai mon livre, je n’ose pas dire ambitieusement comme une cathédrale, mais tout simplement comme une robe. » - écrira Marcel Proust. Le livre de Ruskin reste toutefois assez confus avec des phrases alambiquées, souligne  Jérôme Bastianelli car celui-ci est atteint, à l’époque où il le rédige, de « fièvres cérébrales » susceptibles d’altérer son jugement. Alors pour quelle raison, Proust choisit-il de traduire cet ouvrage, alors qu’il maîtrise mal l’anglais et y consacre-t-il tant d’années de sa vie, soit de 1889 à 1906 ? Certainement pour plusieurs. Tout d’abord le prestige dont jouit John Ruskin, son immense culture, et parce qu’à cette époque il est bien vu d’être traducteur. Baudelaire, Mallarmé, Robert d’Humières le seront. Il y a également une mode en vogue, celle des cathédrales : Monet les peint, Huysmans les évoque, Debussy s’en inspire. Proust tente aussi d’effacer le côté un peu décadent de son unique ouvrage « Les plaisirs et les jours » que certains critiques ont comparé à « une serre chaude ».  Et puis la cathédrale d’Amiens parle de la France, ce qui plaît à Proust. Par ailleurs, le choix d’un sujet chrétien rassurera les salons aristocratiques et mondains qu’il fréquente assidûment en pleine affaire Dreyfus et au moment où se discute le projet de la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

 

 

La vierge dorée et la madone franque.La vierge dorée et la madone franque.

La vierge dorée et la madone franque.

Les stalles d'Amiens.

Les stalles d'Amiens.

Néanmoins, malgré son souci d’excellence, Proust commet bien des erreurs de traduction assez drôles et inattendues. Mais qu’importe ! Comme Ruskin, il considère que l’essentiel est de donner à penser aux lecteurs, de solliciter leur imagination, de les inciter à mettre leurs pas dans ceux de l’auteur et de partir à la découverte de ce magnifique monument. En quelque sorte de servir l’art qui est la part la plus haute de l’homme. Ruskin lui insuffle le goût de l’architecture et Proust ne manquera pas de concevoir son œuvre comme un monument que l’on bâtit pierre à pierre ou mot à mot. Cette traduction lui conférera un matériau littéraire indéniable. S’il juge que Ruskin a parfois cédé à l’idolâtrie, ce qui signifie qu’il a apprécié certaines choses pour des raisons qui leur sont étrangères et qu’il a placé en elles des valeurs qu’elles n’expriment pas, lui-même n’échappera pas à cette idolâtrie en souhaitant que figure, à la porte de la cathédrale d’Amiens, Ruskin en personne comme le cinquième prophète, suscitant la moquerie inévitable de quelques lecteurs. Par la suite, il partira sur les traces de Ruskin à Venise en avril 1900 avec sa mère, Reynaldo Hahn et Marie Nordlinger, voyage que l’on retrouvera réinterprété et magnifié dans La Recherche. Ce qui confirme que Ruskin fut bien pour Marcel Proust un initiateur.

 

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Et pour prendre connaissance de l'article que j'ai consacré à Ruskin, cliquer  sur son titre :  

John Ruskin ou le culte de la beauté

 

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Jérôme Bastianelli est critique musical depuis 2000 pour le magazine Diapason.

Il est l'auteur de quatre essais biographiques :

Jérôme Bastianelli a également collaboré à la rédaction des ouvrages suivants :

Et en 2017, il vient de publier "Le dictionnaire Proust-Ruskin" dans la collection des Classiques Garnier

 

Détails des stalles d'Amiens.
Détails des stalles d'Amiens.

Détails des stalles d'Amiens.

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