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30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 09:40
La galette des rois - son histoire

Il n'est pas de tradition plus en vogue en France que celle de la galette des Rois et le petit objet noyé dans la pâte, la fève, son inséparable compagne. On tire désormais les rois pendant quinze jours, parfois davantage, avec les raffinements régionaux conformes à notre gastronomie qui n'est pas la même du nord au sud. Dans le Nord, au XVe siècle, on préparait un dessert à base de pâte sablée et de crème d'amandes, pâtisserie qui, au fil du temps, devint une pâte levée à la levure de bière. Dans le Sud, en revanche, on préparait "le gâteau des Rois", une brioche aux fruits confits en forme de couronne, parfumée à la fleur d'oranger. Aujourd'hui, un peu partout dans notre pays, on se régale de galettes en pâte feuilletée accompagnées de confiture, frangipane ou compote de pommes, dont le but, en dehors de satisfaire nos papilles, est d'obtenir la fameuse fève, objet à l'histoire originale s'il en est.

 

Celle-ci, je parle de la fève, existe depuis la nuit des temps. Grosse graine comestible, elle fut souvent identifiée à l'embryon humain comme symbole de vie et de fécondité. Attestée au Pérou sept mille ans avant notre ère, elle fut bien connue des Egyptiens et des Grecs qui l'offraient lors des mariages. Pour les Romains, elle servait, aux calendes de janvier, à élire un roi lors des saturnales, cette fête d'inversion qui avait pour mission de déjouer les jours néfastes de Saturne. La fève du gâteau était alors utilisée comme bulletin de vote pour élire le prince de ces réjouissances du désordre. Durant une journée, celui-ci pouvait exaucer tous ses désirs avant de retourner à son existence habituelle.

 

Ces festivités persistèrent chez nous au Moyen-Age, sous la forme de la fête des Fous, jusqu'au jour où l'église la fit coïncider avec "L'épiphanie", au mois de janvier, associant la fève à l'enfant Jésus, annonciateur d'une "nouvelle vie" pour les hommes. Plus tard, la galette et sa fève symbolisèrent l'offrande des Rois mages qui, douze jours après la Nativité, vinrent déposer leurs présents d'or, d'encens et de myrrhe au pied du Nouveau Né, d'où le mot épiphanie dont la racine grecque epiphanës signifie "illustre" ou "éclatant". De nos jours, ces offrandes sont symbolisées par la galette qui remplace ainsi la myrrhe, l'or et l'encens.

 

Les premières fèves en ivoire, en os, en argent ou en porcelaine apparaissent au XIXe siècle, au grand regret de certains défenseurs de la tradition ou de la dentition..., Guy de Maupassant ayant manqué de se casser une dent sur un bébé jouflu en porcelaine. Chaque pâtissier entend bien avoir sa propre fève, ce qui donne lieu à une production annuelle de milliers de modèles. L'objet a d'ailleurs son musée à Blain, en Loire-Atlantique. Avec ses quelques 20 000 fèves, cette institution associative d'arts et de traditions populaires, fondée en 1975 par Jean Doucet, est la référence pour les collectionneurs, les "fabophiles", dont la plupart sont des femmes. Ils s'y retrouvent chaque année, en mars, lors de la Bourse aux fèves où les négociations peuvent atteindre plusieurs milliers d'euros.

 

Les Allemands, férus de bibelots, seront les premiers producteurs de fève, bientôt suivis par les fabricants limousins Ranque-Ducongé, Laplagne et Limoges Castel. De 1920 aux années 1970, quelques 500 modèles accompagnent la galette, soit à peine 10 nouveautés par an. Aux côtés des croix d'honneur, coqs gaulois ou cochons coiffés d'un casque allemand, paradent le pingouin Alfred, compagnon de Zig et Puce, et les clowns, tandis que les "cassez-moi", sorte de petits étuis, attendent qu'on les ouvre pour lire leur poème secret.

 

Longtemps limitée à un petit nombre de modèles classiques, la fève tient aujourd'hui une extravagante chronique de notre époque, suivant avec plus ou moins de goût l'actualité. De la Coupe du monde de football au dernier dessin animé, aucun événement ne lui échappe et il y a gros à parier que les fèves du mois de janvier 2017 s'inspireront des moments les plus festifs de l'année écoulée.

 

Source : Valérie Collet

 

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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 09:36
Tête dure de Francesco Pittau

                                               Une vie d’immigré

Francesco Pittau raconte avec beaucoup de talent, de verve, de justesse et de drôlerie, la vie d’un gamin dans une famille d’immigrés italiens en Belgique. Un livre que j’ai dégusté avec grand plaisir tant il sonne juste et rend un bel hommage à ces courageuses familles « bringuebalées » dans un monde qui n’était pas le leur.

 

 

                                      Tête-dure

Francesco Pittau – 1956 - ….)

 

 

«Tête-Dure», est le môme d’une famille d’immigrés italiens, famille qui est venue travailler en Belgique pour gagner quelques sous pour survivre. On appelle cet enfant «Tête-Dure», non parce qu’il a un mauvais caractère, une forte tête ou un tempérament irascible, seulement parce qu’il semble insensible à tout, son père lui a appris que lorsque l'on était un homme on ne pleurait pas, on n’avait pas mal, il suffisait de serrer les dents. Le gamin a vite compris que pour avoir la paix et éviter les roustes, il était préférable de la fermer et de se réfugier dans son monde, son monde à lui, celui des jouets qu’il fait vivre dans des univers qu’il crée sous la table, dans un angle de la pièce, dans n’importe quel coin que les adultes ne fréquentent pas ou peu.

 

L’histoire de ce garçon et de sa famille est tellement vraie, sonne tellement juste, le langage et le vocabulaire sont tellement savoureux, tellement en adéquation avec le récit qu’on croirait que l'auteur a réellement vécu dans cette famille ou dans une qui lui ressemblerait étrangement. Pittau nous raconte la vie de ce môme comme si c’était la sienne, il évoque un week-end en particulier, celui des 27 et 28 octobre 1962, resté célèbre dans la mémoire collective car c’est celui où les Américains et les Russes se sont dressés comme deux coqs au point de prendre le risque de déclencher une guerre nucléaire à propos des missiles installés à Cuba par les Soviétiques. En ce week-end, les nerfs étaient à vif, le père buvait des bières avec le voisin jusqu’à l’ivresse, se chamaillant à propos de politique, et la mère était en retard pour faire la cuisine, elle avait rencontré une voisine au marché. Le père a gueulé, la mère s’est rebiffée et les beignes sont parties, le père a claqué la porte et, lorsqu’il est revenu, il a emmené le gamin chez le coiffeur, artisan occasionnel et coupeur d’oreille par maladresse. Néanmoins, l'enfant ne pleure pas, c’est un homme. Pour ne pas rentrer trop vite à la maison, le père entreprend la tournée des bistrots en laissant le petit dans des familles à peu près semblables, des familles où les femmes la ferment, où les hommes travaillent comme des brutes et se comportent comme telles.

 

Résumée en un seul week-end, c’est toute la vie des immigrés italiens, qui ont quitté leur pays pour gagner une vie miséreuse en Belgique, qui nous est contée, mais cela aurait pu être celle d’immigrés d’autres origines, l’histoire aurait été peu différente. C’est l’existence d’une société de mâles exploités pour quelques sous qui tyrannisent leur femme comme pour se venger du traitement qu’ils subissent. Madame Giovanna a tout compris, elle sait ce qu'il advint en général dans un couple italien : « Lui, c’est l’homme, dit Madame Giovanna. Il travaille, il rapporte des sous, et moi je suis là pour la maison et les enfants. Il ne manquerait plus que je commande ! Non, non, moi à ma place et lui à la sienne. S’il met les mains sur une casserole, je l’assassine ! » Mais la voisine belge n’est pas d’accord, elle ne comprend pas que la mère encaisse les taloches et les beignes et qu’en plus elle culpabilise, « qu’un homme reste un homme malgré tout, et qu’il a le droit de, et qu’il peut se permettre de, et que, Chez Eux, ce sont les hommes qui commandent et que c’est mieux comme ça… » La voisine, elle ne supporte pas, elle hurle : « Tu es folle ! Tu es folle malade ! C’est lui qui lève la main sur toi, et tu vas dire qu’il a raison ? »

 

Quant au gamin, il souhaiterait qu’on ne s’occupe plus de lui, qu’on ne le mêle pas aux histoires des grands, qu’on ne le traîne pas dans des familles encore plus pénibles, qu’il puisse rester dans son monde à l’écoute de ses rêves.

 

Un texte extrêmement goûteux que j’ai dégusté, une écriture taillée sur mesure pour raconter la vie de cette société de travailleurs exploités, de femmes avilies, dominées et même battues et d'enfants qui s’élèvent seuls à l’écart des querelles des adultes.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 10:03
Laura Rabia conduisant le Choeur de Trouville - Rosette photos

Laura Rabia conduisant le Choeur de Trouville - Rosette photos

Il y a des moments extraordinaires dans la vie où « on goûte au pain des anges ». A peine refermé le livre de l’académicien François Cheng au titre prémonitoire « De l’âme », j’ai eu la chance et l’honneur  d’assister au concert de musique sacrée donné le 17 décembre en l’église  Notre-Dame des Victoires de Trouville, là où la petite Thérèse Martin, devenue Sainte Thérèse de l’enfant Jésus, aimait à se recueillir, par la merveilleuse soprano Laura Rabia et son Chœur lyrique. Un moment d’exception  qui vous emporte au-delà des contingences de l’existence terrestre et vous ouvre des  horizons insoupçonnés.  Oui, voilà que le beau et le pur viennent à notre devant, que nous décollons du banal et du superflu, que le ciel s’entrevoit et que l’émotion nous envahit. En cette avant-veille de Noël, le Chœur lyrique de Trouville nous offrait une célébration de la plus haute inspiration, celle que des compositeurs comme Vivadi, Pergolèse, Mendelssohn, Debussy, Mozart, Fauré, Rutter et Adolphe Adam ont élaborée pour grandir l’homme et lui permettre de concevoir l’inconcevable, l’ultime, l’absolu, en quelque sorte cette part d’invisible qui veille en secret au dedans en nous.

 

Au programme, le « Stabat Mater » d’Antoine Vivaldi chanté par Laura Rabia et la délicieuse contralto Magali Zabiholla, toutes deux donnant à cette œuvre dédiée à Marie, la mère du Christ, une tendresse douloureuse suivi par le « Stabat Mater » de Battista Pergolese,  œuvre musicale religieuse écrite en 1736, deux mois avant sa mort, par ce jeune musicien italien de 26 ans, en hommage aux souffrances de la Vierge au pied du Calvaire et que Laura Rabia et Magali Zabiholla ont su interpréter dans toute sa dimension de transcendance et de transparence, la douleur élevant l’être humain au degré le plus ultime de l’abandon et de la confiance. Deux voix à la tonalité cristalline qui étaient bien celles de anges et ne pouvaient manquer de toucher au plus vif une assistance nombreuse et recueillie. Fraîcheur intense préfigurant Mozart, musique ailée et qui sait aussi se faire fervente, tous ces dons et qualités font de Pergolèse un grand compositeur. Simple dans son expression, élevé dans son art, il laisse une forte empreinte musicale. Rarement une telle limpidité fut atteinte. La légende s'est emparée de son image et l’a enjolivée de l’aura particulière dont bénéficient ceux que la mort emporte trop tôt.

Laura Rabia et Magali Zabiholla - Rosette photosLaura Rabia et Magali Zabiholla - Rosette photos

Laura Rabia et Magali Zabiholla - Rosette photos

Vint un extrait de la messe basse de Fauré, un « Ave Maria » de César Frank et le « Lacrimosa » de Mozart que je considère comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la musique universelle. Ce «Lacrimosa» est celui de Mozart mourant dans son jeune âge et éperdu de solitude et de douleur qui bouleverse le cœur des hommes. J’ai écrit à ce sujet un article que vous pouvez lire en cliquant  ICI )

 

Le chœur entonnait ensuite les « Motets » de Félix Mendelssohn, musicien juif converti au luthéranisme et considéré comme l’une des hautes figures de la musique spirituelle du XIXe siècle. Ces motets composés pour voix de femmes et orgue ont trouvé leur pleine réalisation avec le Chœur de Trouville et son accompagnatrice, l’excellente et talentueuse Marie-Pascale Talbot. Chantés en latin, ceux-ci sont empreints de grâce. Dans la lignée de ses prédécesseurs, Mendelssohn s’efface devant la parole divine et la met en musique avec humilité. Evincé par l’antisémitisme du XIXe siècle et l’interdiction par les nazis de jouer ses oeuvres, il est redécouvert aujourd’hui et considéré comme un compositeur majeur de l’ère romantique, grâce à Dieu ! Proche de Schubert et de Brahms, son lyrisme travaillé et coloré s’apparente à l’oraison.

 

Suivait un très joli « Noël des enfants qui n’ont plus de maisons » de Claude Debussy, une pièce musicale peu connue et d’un charme profond et d’autant plus d’actualité lorsque l'on pense à ce que vivent les enfants d’Alep. Coïncidence tragique, Claude Debussy composa cette pièce en décembre 1915 en plein cœur d’une guerre qui allait faire tant d’orphelins et d’enfants sans maisons. « Nous n’avons plus de maisons, les ennemis ont tout pris, jusqu’à notre petit lit » - chante le chœur plein d’une douceur et d’une spontanéité enfantines. Ce texte est une prière qui fait appel à Jésus pour qu’il remédie à leur désarroi et les venge de  la cruauté humaine.

 

Pour terminer, Laura Rabia et son Choeur lyrique nous ont offert un vibrant  « Minuit Chrétien » d’Adolphe Adam sur des paroles de Coppeau de Roquemaure, chant traditionnel qui fait partie intégrante de nos Noëls français, suivi de « A Clare Benecdition » de John Rutter, compositeur anglais, héritier de la tradition liturgique anglo-saxonne qui, sans rien perdre de son harmonie, unit  une inspiration classique à une rythmique plus moderne. Un tonnerre d'applaudissements concluait ce superbe concert qui appelait chacun à une réflexion plus profonde sur le sens de la vie, sur la communion des esprits, sur la quête d’un monde meilleur, sur le partage des valeurs essentielles. Merci à Laura Rabia d’élever si haut cette inspiration, merci à sa merveilleuse accompagnatrice Marie-Pascale Talbot, merci à cette Chorale qui nous rend si sensible les remarquables pouvoirs et les constantes ressources de la voix humaine. Oui, un grand merci de nous avoir mis en orbite avec la voix des anges.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 09:30
Le vampire de Clichy de Véronique Janzyk

Un vampire pour guide

Un recueil de nouvelles brèves qui racontent, en n’allant qu’à l’essentiel, des petites choses du quotidien qui finissent par déterminer l’existence de chacun. Un vampire, certainement un personnage réel ou virtuel, qui aurait eu une influence déterminante sur la vie de la narratrice.

 

                                    Le vampire de Clichy

                                    de Véronique Janzyk 

 

 

 « La dernière nuit de l’an dernier, j’ai été mordue  à la gorge par un vampire ». Cette morsure a bizarrement engendrée des rencontres « particulières » que l’auteure raconte dans ce recueil de vingt-trois textes que l’on peut présenter comme autant de nouvelles construites avec des phrases courtes, souvent même très courtes, qui toutefois n’accélèrent jamais le texte, lui conservant toujours le rythme approprié à l’intrigue et à l’intensité que Véronique Janzyk cherche à lui donner. Des phrases dépouillées contenant seulement l’essentiel, l’essentiel c’est  toutes les petites choses qu’on ne remarque pas forcément mais qui constituent le quotidien de la vie et qui finissent par déterminer notre l’existence. L’essentiel, ce sont aussi les mots car l’auteure a fait un vrai travail sur le langage choisissant avec beaucoup d’attention le terme le plus juste, le mieux approprié pour décrire les situations que le vampire lui impose tout en les revendiquant. L’essentiel, c’est aussi le corps qui fait l’objet de plusieurs textes, le corps qu’on exhibe, le corps réceptacle de la souffrance, le corps que le vampire mord.

 

J’ai bien aimé le procédé très adroit dont Véronique use afin d’introduire ses nouvelles qui  ne sont pas sans rappeler celles de son précédent recueil, la mise en scène d’un vampire qui serait comme un guide de sa vie mais aussi l’inspirateur de ses récits. Un être imaginaire qui aurait une double mission : inspirateur de la vie que l’auteure raconte et inspirateur des récits, un rôle dans l’histoire racontée et un rôle dans la rédaction de cette histoire. Mais si ce vampire est tellement impliqué dans la vie de la narratrice, une question se pose inéluctablement : qui est ce vampire ? Ou qui se cache derrière ce vampire ? Certains textes portent peut-être des indices, ceux notamment qui évoquent les grandes faillites de notre société, les monstres inhumains indignes de la vie qui leur a été donnée, les violences cruelles et inutiles, les douleurs et les souffrances injustes… La narratrice semble supporter de plus en plus mal le comportement de ses congénères et le vampire est celui qui intervient pour marquer une rupture, un changement, elle l’en remercie d’ailleurs dans le texte liminaire : « … je l’ai croisé, et qu’il en soit ici remercié ».  Le vampire pourrait être celui qui, avec la nouvelle année, apporte une nouvelle résolution, une autre façon de voir le monde et ses misères, une autre appréhension de la vie et de ses malheurs.

Les vampires ne sont peut-être pas tous des monstres !
 

Denis BILLAMBOZ

 

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 10:30
De l'âme de François CHENG

Je viens de refermer un livre qui n’est ni un roman, ni un essai, mais une méditation sur l’âme, méditation sous la forme de lettres adressées à une âme sœur, à une bien-aimée lointaine. Cette méditation, à une époque où celle-ci est tombée en totale désuétude, a quelque chose de revigorant ou, mieux, de réconfortant. Quelqu’un, de nos jours, ose ainsi nous entretenir de ce vocable désuet qui n’est plus guère d’actualité en France, « ce coin de terre censé être le plus tolérant et le plus libre, où règne néanmoins comme une « terreur » intellectuelle, visualisée par le ricanement voltairien » – précise l’auteur.

 

Et quel est cet auteur qui prend la liberté de donner à son ouvrage un titre "De l'âme" qui n’est pas sans évoquer le traité d’Aristote et peut impressionner les éventuels lecteurs ? Que ceux-ci se rassurent : le livre se lit avec bonheur parce qu’il ravive en nous les souvenirs les plus purs, les aspirations les plus hautes, les sentiments les plus nobles. Les mots tombent sur nous pareils à une rosée et les phrases parlent comme une merveilleuse symphonie musicale pour la simple raison que l’écrivain, à qui l’on doit ces quelques 156 pages illuminantes, est d’abord un poète avant d’être un romancier, un philosophe, un essayiste et un critique d’art. Pas moins de 34 ouvrages à son actif et plusieurs prix à son palmarès dont le Grand prix de la francophonie de l’Académie française (2001), le prix Fémina (1998), le prix André Malraux (1998) et le prix Roger Caillois (1998).

 

Cet homme est Cheng Chi-Hsen, né à Nanchang en 1929 et naturalisé français en 1971 sous le nom de Cheng et le prénom de François, en hommage à St François d’Assise. Après des études commencées à l’université de Nankin, il suit ses parents à Paris, son père venant d’obtenir un poste à l’Unesco. Mais alors que sa famille émigre bientôt aux Etats-Unis, le jeune Cheng, définitivement séduit par la culture française, reste seul dans notre capitale afin de poursuivre, dans des conditions très difficiles, des études universitaires de lettre, tout en traduisant, de façon à subvenir à ses besoins, des poètes chinois en français et des poètes français en chinois ? Taoïste et chrétien, il est aujourd’hui membre d’honneur de l’Observatoire du patrimoine religieux, association multiconfessionnelle qui œuvre pour la préservation et le rayonnement "cultuel" français, à une époque où tant de nos ressortissants s’offusquent que l’on puisse encore installer une crèche dans un de nos lieux publics. De même qu’il est le premier asiatique à être élu à l’Académie française (juin 2002). Parcours exceptionnel et écrivain exceptionnel d’une œuvre qui saisit par sa profondeur, son élévation, sa délicatesse, alors que tout ce qui relève de la spiritualité est volontiers traité de ringard et relégué dans les oubliettes par une intelligentsia convertie à la seule dualité corps/esprit.

 

« Je ne voudrais surtout pas que vous vous mépreniez sur la portée de mes propos : je ne cherche en rien à diminuer l’importance de l’esprit. Disons qu’au niveau d’un individu, l’esprit est grand et l’âme essentielle, que le rôle de l’esprit est central et celui de l’âme fondamental ». Et plus loin, François Cheng poursuit : « L’âme ne peut être négligée ou mise en sourdine, escamotée voire ignorée par le sujet conscient, elle est là, entière, conservant en elle désir de vie et mémoire de vie, élans et blessures emmêlés, joies et peines confondues. »

 

De cette lecture, où l’on rencontre, pour n’en citer que quelques-uns, Gaston Bachelard, Krishna, Platon, Maître Eckhart, Léonard de Vinci, Hildegarde de Bingen le poète persan Attar, Pascal, Simone Weil, nous côtoyons en permanence les esprits les mieux à même de nous éclairer dans les catacombes que nous traversons. L’auteur n’oublie pas de souligner que corps et âme sont solidaires. Sans âme, le corps n’est pas animé ; sans corps, l’âme n’est pas  incarnée. Et il nous rappelle également les beaux vers de Pierre Emmanuel :

 

Toute âme ayant brisé la prison où la peur d’être aimée l’enferme

Est sur le monde comme un grand vent, une insurrection d’écume et de sel

Une haute parole de vie dans et contre le corps éphémère

(…)

Qui monte dans l’humilité triomphale comme une grappe de cieux superposés.

Je te laisse, dit Dieu. Tu es heureux. Je te laisse car tu es certain.

Toi, premier sauvé de Babel, non par verbe singulier

Mais simplement parce que tu aimes. »

 

Ainsi, avec François Cheng, naviguons-nous en altitude avec une vue panoramique sur les espérances humaines et ses constants prolongements spirituels, fouetté par un souffle qui nous libère de nos entraves provisoires et ranime au fond de nos âmes délaissées la lumière vacillante de « l’éternel désirant ». Puisque « l’esprit raisonne alors que l’âme résonne, que l’esprit se meut tandis que l’âme s’émeut, que l’esprit communique là où l’âme communie »

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 09:34
Ma lettre au Père Noël 2016

Cher Père Noël,

 

Il m'arrive de me demander si, par hasard, tu n'aurais pas pris ta retraite sans prévenir personne et  si, lassé de voir la planète se déchirer en permanence, tu ne te serais pas enfui vers des cieux plus cléments ? Néanmoins, je tente encore de t'écrire cette lettre que je confie à la bonne grâce de quelque pigeon voyageur, de quelque oie sauvage, de quelque oiseau migrateur qui connaissent mieux que moi les voies rapides du firmament. Vois-tu, j'avais une idée à te proposer cette année car tu sais bien qu'il n'est pas question que je charge davantage ta lourde hotte en te réclamant des cadeaux pour mes petits-enfants. Ma suggestion est simple, celle que tu refuses de gâter qui que ce soit, même le plus adorable, le plus tendre, le plus sage des enfants, tant que des bombes iront en tuer des milliers dans certains pays. Oui, pas de gâteries pour les uns alors que les autres voient tomber du ciel une mort cruelle !

 

Sans doute mon idée rejoint-elle la tienne et hoches-tu du chef en te disant intérieurement que prendre ta retraite signifierait que tu éteins la dernière étincelle de merveilleux qui subsiste dans l'univers ? Mieux vaut que tu te contentes de faire grève aussi longtemps que le bruit des armes retentira, semant la mort alentour. Trêve de Noël ou mieux que cela : sainte colère face à l'inadmissible cruauté qui inspire aux hommes des actes barbares. 

 

Ta hotte restera probablement vide en ce mois de décembre 2016. Je te suppose blême de rage et invitant tes rennes à un repos partagé jusqu'à nouvel ordre, confiant  aux parents le soin d'assumer eux-mêmes le Noël de leurs petits. "Où sont mes frères, mes amis, mes semblables" - te désoles-tu - "dans ce monde fracturé de toutes parts ?" Je ne doute pas qu'une larme de mélancolie glisse au long de ta joue. Cher Père Noël, je t'embrasse en souhaitant que le monde devienne meilleur et que tu nous reviennes l'an prochain avec la "petite espérance" blottie sur ton épaule.

 

Armelle

 

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Ma lettre au Père Noël 2016
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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 08:59
Call-boy de Ira Ishida

De la sexualité à la sensualité

 

Un livre qui raconte la vie d’un call-boy payé pour satisfaire les besoins particuliers de certaines femmes dans un texte plein de pudeur et de sensualité qui est plutôt une ode à la différence et au droit de chacun de conduire ses plaisirs selon sa nature et ses envies.

 

 

                                          Call-boy

Ira Ishida (1960 - ….)

 

 

« J’entends souvent résonner des bruits de pas dans mes rêves ». Un livre qui commence par une telle phrase ne pouvait que m’aspirer et je fus bien inspiré de le lire. Ces bruits de pas sont ceux de la mère de Ryô que celui-ci continue d’entendre, bien qu’il l'ait perdue à l'âge de dix ans. Ce bruit est associé à la douce main de sa mère qui effleurait son visage d’enfant en lui procurant des sensations liées aux prémices de ses premiers émois. Devenu jeune homme, Ryô entend toujours ces pas dans ses rêves même si sa sexualité est plutôt banale jusqu’à ce qu’il rencontre la femme qui va changer sa vie. Madame Midoh sent rapidement en ce jeune homme une sensibilité et une sensualité qui pourraient combler la libido de bien des femmes qui s’adressent à elle pour assouvir leurs désirs. Ryô devient ainsi un call-boy, un jeune homme qui se prostitue pour satisfaire les désirs de femmes souvent beaucoup plus âgées que lui.

 

Peu porté sur le sexe, il est surpris par la proposition de sa protectrice mais accepte tout de même de tenter l’expérience afin de gagner l’argent nécessaire pour payer les études qu’il ne suit pas assidûment faute de temps. Mais l’argent passe vite au second plan, derrière les découvertes qu’il fait au contact de ses « clientes » chez lesquelles il trouve des motivations diverses. Il comprend vite que la sexualité n’est pas associée aux seules relations sexuelles, qu’elle peut être également cérébrale, liée à une simple évocation du passé, à un souvenir sensuel ou à une première expérience particulièrement marquante. Il devient vite un amant recherché, un jeune homme qui sait satisfaire les désirs qu’il décèle facilement chez les femmes, même les plus âgées.

 

Ce livre, qui raconte les rencontres les plus excentriques du jeune homme, n’est pas un catalogue des pratiques sexuelles jugées souvent déviantes, c’est plutôt une ode à la sensualité amoureuse et à la liberté sexuelle. Selon l'auteur, il n’y a pas de sexualités déviantes, il n’y a que des façons différentes de satisfaire ses envies et de trouver son plaisir. Il s’élève contre ceux qui jugent les pratiques des autres sans en connaître les raisons profondes : « Il y a plein de gens dans ce monde qui souffrent de problèmes qui ne les concernent pas, qui jugent autrui sans réfléchir, à partir de valeurs qui ne sont pas les leurs. J’en ai vu tellement…. »

 

Ishida parle avec une grande liberté de sexualité mais aussi avec une certaine pudeur, sans pudibonderie, cette fameuse pudibonderie religieuse qui, selon certains psychanalystes, aurait tellement gâché la sexualité et la vie de nombreuses personnes. Il s’efforce de faire comprendre à ses amis que son emploi à un sens : « Tu devrais savoir que faire l’amour est toujours une transaction. Quelqu’un achète. Quelqu’un vend. Et en même temps, l’âme joue un grand rôle aussi. Il est difficile de distinguer les deux ». Ishida et son héros auraient ainsi dépassé les motifs de conflits qui ont récemment agité la société française. « J’avais dépassé à ce moment-là les différences sexuées entre hommes et femmes. Je ne savais plus de quel sexe était Azuma. Je le voyais comme un être aussi charmant que déroutant… ». Pour eux le sexe n’est plus motif de différence, il n’est que le vecteur de la sexualité et le moyen de satisfaire son être.

 

Toutes les références culturelles de ce livre sont occidentales, l’auteur semble avoir une très large culture européenne et américaine mais il n’en demeure pas moins que son texte évoque profondément les mœurs et les lettres japonaises. On retrouve dans ce roman cette liberté d’évocation de la chose sexuelle avec pudeur mais sans pudibonderie qui rappelle Kafu, Kawabata, mais aussi des lectures plus récentes que j’ai eues le plaisir de faire des textes de Ryû Murakami, Rieko Matsuura,  Banana Yoshimoto. Et il semble que lui aussi ait beaucoup lu : « Après la mort de ma mère, je me suis retrouvé tout seul. Je n’avais personne avec qui parler. Et comme je passais mon temps à lire, peut-être que finalement, je parle comme un livre », comme un très bon livre.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Call-boy de Ira Ishida
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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 08:01
Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "

 

 

Voici la nouvelle rubrique que nous propose notre ami de longue date : Denis BILLAMBOZ. Grand lecteur devant l'éternel, Denis nous a déjà offert pendant deux années un tour du monde littéraire de grande qualité, nous menant à travers les livres choisis dans un formidable voyage au royaume des mots. Aujourd'hui, il va nous livrer ses coups de coeur, ses moments d'enthousiasme, les romans qui ont marqué tout particulièrement sa mémoire. Il a voulu ouvrir cette rubrique sur mon dernier né "Le jardin d'incertitude" auquel il a trouvé des qualité, ce qui m'honore. D'autres coups de coeur suivront chaque lundi, Denis aimant d'un vrai amour les écrivains et les poètes. Alors accompagnons-le dans cette équipée qui ouvre ce matin sa première page.

 

 

Le jardin d'incertitude de Armelle Barguillet Hauteloire

Léo Ferré, le poète vagabond  

Irène,Nestor et la vérité de Catherine Ysmal

Le sang et la mer de Gary Victor

Cortés et son double de Christian Duverger

Seuls le ciel et la terre de Brian Leung

Les couleurs de l'hirondelle de Marius Daniel Popescu

Mourir est un art comme tout le reste de Oriane Jeancourt Galignani

A l'exemple de mon père de Uwe Timm

L'accordeur de silences de Mia Couto

Le renard était déjà le chasseur de Herta Müller

La compagnie des Tripolitaines de Kamal Ben Hameda

Adieu ma mère, adieu mon coeur de Jules Roy

Hammerstein ou l'intransigeance de Hans Magnus Enzensberger

Dans la grande nuit des temps de Antonio Munoz Molina

Les immortelles de Makenzy Orcel

Un après-midi dans le désert de Mustapha Tlili

Les feux de Shohei Ooka

Nos cheveux blanchiront avec nos yeux de Thomas Vinau

Bruges-la-morte de Georges Rodenbach

Muette de Eric Pessan

Le son de ma voix de Ron Butlin

Ici ou nulle part de Rocio Duran Barba

Rue des voleurs de Mathias Enard

Volt de Alan Heatcock

"Du domaine des murmures" de Carole Martinez

un domaine au Cap-Vert de Henrique Teixiera de Sousa 

"S'inventer un autre jour" de Anne Bert

Retour à Salem d'Hélène Grimaud

Folie de Ivan Vladislavic

Un bon musulman de Tahmima Anam

L'hom Wazo de Dora Wadrawane

Christie Malry règle ses comptes de Brian Stanley Johnson

Souvenirs d'un enfant des rues de Mansour El Souwaim

Kyôto de Yasunari Kawabata

Le grand absent de Laurent Graff

La petite de Michèle Halberstadt

La carte du monde invisible de Tash Aw

Le général Della Rovere de Indro Montanelli

Monsieur le commandant de Romain Slocombe

Le colonel et l'appât 455 de Fariba Hachtroudi

Les mouettes de Sandor Marai

La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson

Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier

L'amant imaginaire de Taos Amrouche

Poèmes du Temps de Isidore Hiro

La belle amour humaine de Lyonel Trouillot

Le triomphe de la mort de Patrick Weiller

Les fées penchées de Véronique Janzyk

Deux nouvelles de Alberto Barrera Tyszka

Un garçon singulier de Philippe Grimbert

Mon doux amour de Raoul Mille

Comme un karatéka belge qui fait du cinéma de J.C. Lalumière

Faillir être flingué de Céline Minard

Ana Marija ne m'aimait pas de Lijljana Durovic

La preuve par le miel de Salwa Al Neimi

Un ciel rouge, le matin de Paul Lynch

Le maître bonsaï de Antoine Buéno

Coeurs multicolores de Eduard von Keyserling

Mademoiselle de la Ferté de Pierre Benoît

Tirza de Ali Abassi

"ICI" de Christine Van Acker

Les hommes forts de Georges Magnane

La mauvaise pente de Chris Womersley

Le vicomte pourfendu de Italo Calvino

Le verrou de Laetitia Kermel

Un privé à bas bilan d'Eric DEJAEGER

Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre

De Goupil à Margot de Louis Pergaud

Fixer le ciel au mur de Tieri Briet

Les aphorismes selon André STAS

La cloche de détresse de Sylvia Plath

L'automne des incompris de Hugo Ehrhard

 

L'audience de Oriane Joncourt Galignani

Matin perdu de Vergilio Ferreira

Willenbrock de Christoph Hein

"14" de JEAN ECHENOZ

Pereira prétend de Antonio Tabucchi

Première neige sur le Mont Fugi de Yasunari Kawabata

J'ai eu des nuits ridicules d'Anna ROZEN

Cannibales de Mahi Binebine

Les trois lumières de Claire Keegan

L'ironie du sort de Didier da Sylva

Des mille et une façons de quitter la Moldavie de Vladimir Lortchenkov

Un petit nuage de James Joyce

Le trône d'Adoulis de Glen W. Bowersock

L'echappée de Valentine Gobi

Le cuisinier de Talleyrand de J.Christophe Duchon-Duris

Nue de Jean-Philippe Toussaint

Tristano meurt d'Antonio Tabucchi

La claire fontaine de David Bosc

Un certain sourire de Françoise Sagan

Le dynamiteur de Robert Louis Stevenson

Tu seras un raté, mon fils de Frédéric Ferney

Le démon avance toujours en ligne droite d'Eric Pessan

De l'influence du lancer de minibars sur l'engagement humanitaire de Marc Salbert

Création d'Antonia Susan Byatt

Histoire de la Grande Maison de Charif Majdalani

Une seconde vie de Dermot Bolger

Moi et toi de Nicolo Ammaniti

Du côté de Canaan de Sebastian Barry

Marthe et Mathilde de Pascale Hugues

La mer, le matin de Margaret Mazzantini

Leon et Louise d'Alex Capus

La folie que c'est d'écrire d'Alexandra Bitouzet

Annabel de Kathleen Winter

La soudure d'Alain Guyard

L'important, c'est la sauce de Michel Thauvoye

Au nom de Sa Majesté de Laurent Graff

Autrefois le rivage de Paul Yoon

Parabole du failli de Lyonel Trouillot

Le génocide arménien de Michel Marian

Huit quartiers de roture de Henri Calet

La fraternité des atomes de Gauthier Hiernaux

Ma mémoire assassine de Kim Young-ha

Des jours en trop de Hassan Daoud

Elek Bacsik, un homme dans la nuit de Balval Ekel

Une pièce montée de Blandine Le Callet

22h22 de Denis Daniels

Prisonniers du ciel de James Lee Burke

Deux d'un coup de Liviu Rebreanu

L'accordéon de la mer et autres formes de Kim Myong-in

Les affligés de Chris Womersley

Mijn vater is groot de Dominique Watrin

Figurante de Dominique Pascaud

Petits plats de résistance de Pascale Pujol

Kokoro de Delphine Roux

L'envie de Iouri Olécha

Le Livre du thé de Kakuzo Okakura

La porte rouge de Valentine Goby

Histoire de Milad de Rafik Schami

A l'enseigne des coeur épris de Jean-François Pigeat

Le p'tit cheval de retour de Michel Audiard

Sous un ciel qui s'écaille de Goran Petrovic

Ce qui reste de Rachid O.

Fuir de Jean-Philippe Toussaint

Le bunker de Balval Ekel

Dictionnaire de trois fois rien de Marc-Emile Thinez

Ozu de Marce Pautrel

Kinderzimmer de Valentine Goby

Vie des hauts plateaux de Philippe Annocque

Confidences et solitudes de plus en plus courtes de Thierry Radière

L'équation du nénuphar de Pascale Petit

La mort et la belle vie de Richard Hugo

L'enfant de la haute mer de Jules Supervielle

L'or de Blaise Cendrars

Tant et tant de chevaux de Luiz Ruffato

Le dieu du tourment de Hugo Ehrhard

Un peu plus bas vers la terre de Renaud Cerqueux

Après l'orage de Selva Almada

Le bunker - premier témoignage - de Thierry Radière

Nosaka aime les chats de Akiyuki Nosaka

Mon amour pour la vie en moi de Gérard Sendrey

La pluie ébahie de Mia Couto

Animots de Jean Jacques Marimbert

Le Bateau-usine de Kobayashi  Takiji

Fausse route de Pierre Mérindol

Il est minuit Monsieur K de Patrice Franceschi

Les demeurées de Jeanne Benameur

Les effrois de la glace et des ténèbres de Christoph Ransmayr

La dénonciation de Bandi

Toujours plus à l'Est de Benjamin Pelletier

Toutes les choses de notre vie de Hwang Sok-Yong

L'amour en super 8 de Chefdeville

Le bouffon de la montagne de Christophe Bigot

Bestiolerie potagère de Louis Bubost

Jardin de printemps de Shibasaki Tomoka

Les lièvres de jade d'Eric Allard et Denys-Louis Colaux

Allons z'enfants d'Yves Gibeau

Sympa de Alain Schifres

La concessions française de Xiao Bai

Call-Boy de Ira Ishida

Le vampire de Clichy de Véronique Janzyk

Tête dure de Francesco Pittau

Bleu de travail de Thomas Vinau

Les enfants du grand jardin de Carine-Laure Desguin

Adriana de Théodora Dimova

Copies de Thierry Radière

Un ours qui danse de Vincent Jolit

Métamorphose d'un crabe de Sylvie Dazy

La semaine des martyrs de Gilles Sebhan

Comment apprendre à s'aimer de Motoya Yukiko

 

 

Et pour prendre connaissance des articles de sa rubrique précédente, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

 

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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 08:29
La concession française de Xiao Bai

 

Dans ce vaste roman, Xiao Bai propose une histoire à la croisée du polar, du roman d’espionnage, du roman historique et encore d’autres genres littéraires, qui fait revivre la ville de Shanghai et les concessions qui y étaient implantées de la fin des années vingt à la fin des années trente.

 

La concession française

Xiao Bai (1968 - ….)

 

Shanghai porte de l’Occident entrouverte sur l’immense Empire du milieu, Shanghai lieu de confrontation entre les cultures orientales et occidentales, Shanghai lieu de rencontre de toutes les puissances officielles et occultes, Shanghai objet de fasciation pour de nombreux écrivains : Malraux, « La condition humaine », Xiao Li « Shanghai Triad », Weihui, « Shanghai baby . Ainsi, après beaucoup d’autres, Xiao Bai met en scène cette ville cosmopolite avec ses « concessions » et son « settlement », ses sociétés secrètes, ses espions, ses forces révolutionnaires, ses aventuriers spéculateurs, ses polices locales ou étrangères. Et, comme tous ceux qui l’ont précédé, Xiao Bai propose une histoire à la croisée du polar, du roman d’espionnage, du roman historique et encore d’autres genres littéraires.

 

Mai 1931, dans la concession française, un officier de l’armée du Kuomintang est abattu à sa descente d’un bateau par un membre de la Société des Forces Unies qui représente, dans cette ville, les communistes subversifs qui veulent déstabiliser les concessions pour affaiblir la Chine et y exporter leur révolution. Ce meurtre agite les multiples forces qui règnent sur les concessions ou qui voudraient s’y implanter : les Français et les Anglais qui y sont déjà bien installés, les Allemands qui cherchent un point d’ancrage en Orient, la « Bande Noire », une société secrète qui aide les Français à faire régner l’ordre dans leur concession, d’autres organisations occultes, les agents communistes infiltrés, les représentants du pouvoir officiel, celui de Nankin à cette époque, et une série de trafiquants et d’aventuriers qui profitent des divers conflits plus ou moins latents opposant les Chinois entre eux ou aux Japonais pour trafiquer toutes sortes de marchandises, principalement des armes.

 

Dans un tel contexte, tout le monde espionne tout le monde, les informations secrètes circulent un peu partout colportées par des informateurs à la botte du plus offrant, mangeant parfois à plusieurs râteliers. Un grand remue-ménage agite la concession française et le settlement anglais, les diverses polices, les diverses sociétés secrètes, tandis que les partis politiques s’opposent au gré des intérêts qu’ils représentent mais, également, au gré des liens personnels qui unissent certains des protagonistes. Un terrain de jeux idéal pour un auteur de roman policier qui peut y construire les intrigues les plus folles et les plus complexes, si tordues qu’il n’est pas possible de les résumer en quelques lignes. Mais, Xiao ne s’est pas laissé griser par toutes les possibilités qui s’offraient à lui, il s’est extrêmement bien documenté, il connait parfaitement l’histoire de cette époque, le fonctionnement, les coulisses, les concessions multiples et toutes les carambouilles qui se nouent autour. On croirait qu’il a vécu à Shanghai dans les années trente, échappé du célèbre roman de Malraux  « La condition humaine ».

 

Ce texte est bâti autour de quelques événements avérés, il est nourri d’informations réelles issues d’une véritable documentation écrite : archives, coupures de journaux et il doit beaucoup à l’imagination de l’auteur qui a su dans ce roman fleuve reconstituer ce qui était probablement la vie à Shanghai après l’échec du soulèvement de 1927 et avant l’invasion japonaise de 1937. Un monde grouillant, agité, effervescent, où toutes les forces en présence défendent leurs intérêts ou en cherchent de nouveaux. Un portrait réaliste de la ville à cette époque d’expansion, de croissance et d’agitation, d’ouverture de plus en plus large au monde occidental, de nouveaux conflits se profilant à l’horizon. Un récit lent, comme un roman chinois, qui campe le décor avec précision, dessine des personnages au profil très affiné, où l’intrigue sert surtout à faire revivre la ville comme elle était au début des années trente, à l’inverse des polars habituels où la ville sert plutôt de cadre à l’intrigue. J’ai eu l’impression que le héros principal de ce polar était Shanghai et non l’intrigue qui est complexe, tortueuse et semble plutôt écrite pour faire revivre la mégapole. Cette intrigue n’a pas réellement de début ni de fin, c’est un moment, certes remuant de la vie de la cité, un moment décrit avec soin par l’auteur qui met un point d’honneur à créer ou évoquer des personnages qui ont eu un réel rôle historique ou social afin que son tableau gagne une véritable crédibilité historique.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Xiao Bai

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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 08:47
Sympa de Alain Schifres

Je ne serai peut-être pas très objectif en commentant ce livre car je partage l’agacement et la plupart des remarques que l’auteur a explicitées dans plus de trente textes courts, au sujet de l’évolution de notre langage, de notre mode de penser et de réflexion et de notre comportement.  Je le suis sans aucune réserve quand il déclare que « Les mots n’ont plus de sens dans ce pays », on en use sans aucune connaissance de leur sens réel, on leur fait dire n’importe quoi, ils deviennent interchangeables au gré des locuteurs, de leur jargon et de leur culture. Plus les médias sont nombreux, plus l’information est standardisée, formatée, plus la pensée est unique. Il suffit de voir comment une vidéo d’une incommensurable banalité peut-être vue des millions de fois en seul jour. Désormais, la formule fait office de discours, l’adjectif (ou l’anglicisme nébuleux) à la mode qualifie tout et n’importe quoi, tout ce qui est in devient cool, tout ce qui est chômage est à résorber, il suffit de répéter sans cesse les mêmes mots pour convaincre les foules mais, il y a un problème, ces formules et ces mots ne sont pas souvent compris de la même façon, ce qui fait que chacun a capté ce qu’il veut bien comprendre. Et, ainsi, on construit des clichés, des lieux communs, des idées toute faites qui sont absolument sans fondement. On n’hésitera pas à vous persuader que le vin n’est pas de l’alcool, qu’une flûte est une coupe de champagne, etc.…

 

Ce langage minimum fondé sur un vocabulaire approximatif contribue fortement à construire des belles idées destinées à satisfaire nos égos, à taire nos éventuelles culpabilités, et à calmer nos angoisses. Elles peuvent aussi,  a contrario, alimenter de sordides rumeurs ou répandre de fausses vérités, tout justes bonnes à jeter le doute et même parfois l’angoisse dans l’esprit des populations bien crédules. L’information en continu demande matière, matière qui se niche dans les fameux marronniers qui fleurissent en toute saison : la rentrée scolaire, la Toussaint, le 11 novembre et toutes les fêtes, tous les événements qui chaque année jalonnent notre calendrier. L’événement peut-être aussi soudain, brutal,  violent… et il faut tout savoir très vite, avant les autres, même si on ne sait absolument rien il faut dire quelque chose, le faire dire à des experts ou à des témoins qui n’ont rien vu. Les chaînes de télévision d’information en continu ont inventé l’information sans information, la question contenant la réponse, l’événement inexistant, l’art de faire du vent dans le vide.

 

Et ainsi, par le bouche-à-oreilles, la télé rabâcheuse, les fameux réseaux sociaux, le mythique Internet, … se transmettent de nouvelles vérités, très virtuelles, qui constituent un socle de croyances aussi irréfutables que le dogme de n’importe quelle religion. Rien ne sera plus comme avant où seuls le journal et la radio détenaient le pouvoir de fabriquer la vérité. Nous aurons beau en appeler au bon sens, aux Français, aux Françaises, aux grand’mères, aux quadras, aux mousquetaires ou Mousquetaires, aux voisins, aux bêtes politiques, aux ténors du barreau, ce sont là des clichés qui viennent combler aisément la déficience langagière de ceux qui ont pour mission de transmettre l’information, premier vecteur du savoir populaire. Même les séries télévisées sont atteintes par les stéréotypes, les mêmes formules reviennent régulièrement sur les mêmes images habitées par les mêmes personnages.

 

"Sympa", ce livre l’est comme tout ce qu’on ne sait pas qualifier justement ou tout ce que l’on ne veut pas évoquer avec les mots que l’on pense réellement. Voilà ! Un livre sympa ! Et tout est dit, il suffit de lire le catalogue dressé avec malice par Alain Schifres pour s’en convaincre.

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

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Sympa de Alain Schifres
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TEXTE LIBRE

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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

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   Goethe

 

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