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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 10:37
Dictionnaire amoureux de Marcel Proust de Jean-Paul et Raphaël Enthoven

Voilà un ouvrage sur Marcel Proust qui peut se lire au fil des mots, selon notre curiosité, puisque les deux auteurs ont choisi de se conformer aux exigences d’un dictionnaire, évoquant Proust selon chacune des lettres de l’alphabet, séquençant ainsi, de façon allègre, au long de ses 730 pages, tout ce que l’on peut évoquer de l’écrivain à l’énoncé de cet abécédaire original et malicieux. D’autant plus malicieux, que celui-ci n’est pas un dictionnaire banal mais « amoureux », amoureux, vous interrogez-vous, vous rappelant que Marcel ne fut guère un séducteur impénitent à la Casanova, mais un amateur des mots, épris non de femmes mais de littérature, sensible à la beauté fugace des apparences et au sens caché des choses.

 

Dans cet ouvrage, rédigé par deux plumes alertes, celle du père Jean-Paul Enthoven et de son fils Raphaël, l’un et l’autre écrivains et philosophes, vous rencontrerez des mots rares, tels «  idiolecte » qui définit l’intonation des voix, leur phrasé particulier, ou « hapax » qui détermine les inusités vocables auxquelles Proust a eu parfois recours, ainsi barbotis, condoléancer, migrainer, ne renonçant jamais à enrichir le vocable français.

 

Et ce qu’il y a de précieux dans cet essai, c’est que l’on peut librement sauter des pages sans jamais perdre son chemin et que l’on navigue ainsi, selon son bon vouloir et son appétence, au travers d’évocations inattendues, précieuses, pertinentes,drôles, irrévérencieuses, rédigées à quatre mains par des auteurs érudits qui connaissent leur Proust sur le bout de leur plume et également de leur cœur mais ne se posent point en gardiens du temple et moins encore en puristes.

 

Dans leur introduction, ils s’empressent de mettre le lecteur au parfum en soulignant que si la biographie éclaire l’œuvre, elle est loin d’en tout révéler et, en conséquence, se positionnent contre Sainte-Beuve ou pour Sainte-Beuve : «  Les deux auteurs ont, à ce sujet, des sensibilités distinctes : l’un ( se réglant en cela sur le bon sens ) croit, malgré tout, que l’œuvre de Proust est utilement éclairée par sa biographie. L’autre ( plus intègre, sinon plus moderne ) tient pour acquis que celle-ci est, au contraire, irréductible aux péripéties qui l’ont vu naître, et que ce qu’il y a de plus intéressant chez Proust, c’est « A la Recherche du temps perdu ». Il va de soi que celui-là n’a pas tort tandis que celui-ci ne saurait être démenti. Chacun, du coup, s’est fait un devoir de prendre son complice en défaut même si, par chance, la moindre des convictions avancées n’excluait jamais la conviction inverse qui lui était opposée. Au fond, ils n’ignorent pas, l’un et l’autre, qu’avec Marcel, l’illusion biographique est aussi vaine que l’illusion textuelle. Le grand écrivain s’est beaucoup diverti en jouant sa création sur les deux claviers de son orgue : il serait injuste de le contraindre, pour mieux l’entendre, à n’en choisir qu’un… »

 

C’est ainsi, sur un double clavier, que procèdent les auteurs de ce dictionnaire amoureux, gambadant de conserve sur celui des lettres et invitant leurs lecteurs «  à compenser le défaut d’objectivité par un surcroit de subjectivité », à la façon dont Swann, l’un des héros de "La Recherche", s’emploie à substituer aux valeurs objectives un jeu subjectif d’associations d’idées.

 

Néanmoins, cette lecture rafraîchissante n’est pas dénuée d’une once de condescendance à l’égard des proustologues ou proustolâtres, lesquels se sont parfois laissés aller à une glose stérile mais ont, par ailleurs, composé des ouvrages décisifs et d’une importance incontournable. Mais cette réserve faite, l’ouvrage se lit avec plaisir et il faut bien admettre que le père et le fils sont incollables sur l’œuvre et l’homme et savent en parler avec humour.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 08:57
Pereira prétend de Antonio Tabucchi

C’est la première fois que je vous parle d’Antonio Tabucchi mais je crois que ce n’est pas la dernière car il fait partie de mes auteurs fétiches, c’est une très grande plume au service de nobles causes et je crois qu’en cette période de violence extrême, nous avons besoin de nous référer à ceux qui savent lutter avec les armes de l’écriture et du dessin.

 

                                                        Pereira prétend

                                             Antonio Tabucchi (1943 – 2012)

 

Le narrateur rapporte l’aventure que Pereira lui a racontée, celle qu’il prétend avoir connue à Lisbonne, en août 1938, alors qu’il était engagé depuis peu pour diriger la page culturelle d’un tout nouveau journal, Le Lisboa. Pour la dixième édition, celle que j’ai lue, Antonio Tabucchi ajoute une note qui précise que l’idée de ce roman proviendrait de l’histoire d’un journaliste portugais réfugié à Paris où il l’aurait rencontré, qui aurait réussi à faire paraître dans son journal, à l’insu de sa hiérarchie, un article très critique à l’endroit du gouvernement, ce qui lui aurait valu pas mal d’ennuis par la suite.

Pereira prétend donc avoir rencontré, dans le cadre de ses fonctions bien pompeuses, considérant qu’il était seul pour tenir la page culturelle de son journal, un jeune étudiant désargenté auquel il aurait proposé de rédiger des nécrologies anticipées et des éphémérides pour gagner un peu d’argent. Le jeune homme s’exécute mais ne produit que des textes absolument impubliables dans un journal rigoureusement aligné sur les positions politiques du gouvernement de Salazar. Il ne propose que des textes concernant des écrivains révolutionnaires alors que Pereira lui demande de préparer des documents sur les écrivains catholiques français : Bernanos, Claudel, Mauriac, etc… Rapidement le directeur culturel comprend que son pigiste est avant tout un militant engagé dans la lutte contre le pouvoir totalitaire et qu’il utilise les quelques fonds qu’il lui verse et sa bonté naturelle pour financer ses actions militantes sous la férule de la belle Marta, la jeune femme qu’il courtise et qui semble lui dicter sa conduite.

Le vieux journaliste cardiaque, Pereira, ne veut plus entendre parler de politique, il veut se tenir dans une stricte neutralité confortable en ne s’intéressant qu’à des auteurs du XIXe siècle, français de préférence. Mais progressivement, sous l’influence et le charme de la jeune femme, ses idées évoluent, il éprouve une certaine sympathie pour ces deux jeunes qui luttent contre le salazarisme dans leur pays mais aussi contre le franquisme qui essaie de conquérir le pouvoir par les armes en Espagne. Et, plus la situation de son pigiste devenant dangereuse, plus il s’implique auprès des deux jeunes  militants jusqu’au jour fatal où tout semble s’écrouler mais où le vieux journaliste choisira définitivement son camp en montant une combine diabolique.

C’est du Tabucchi pur jus, du Tabucchi comme je l’aime, une intrigue savamment construite, diabolique, imparable, une écriture claire, juste, précise ; un style qui coule comme le Tage en période pas trop pluvieuse, qui rend la lecture facile et agréable ; une histoire où les méchants sont très méchants, à la tête du pays, mais où les âmes vaillantes parviennent à les faire vaciller. Dans ce roman comme dans plusieurs autres, il étale sa double culture italienne et portugaise, son héros, Monteiro Rossi, étant lui-même italo-portugais, il porte d’ailleurs pour prénom le nom d’un autre de ses héros, celui de « La tête perdue de Damasceno Monteiro » qui se déroule aussi au Portugal.

« Pereira prétend » est devenu un symbole de la lutte contre le pouvoir totalitaire et, en Italie, les opposants à Berlusconi l’ont choisi comme icône.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 10:27
"14" de Jean Echenoz

 

Il est encore assez tôt pour se souvenir qu’il y a un peu plus d’un siècle, nos grands-pères, pour la plupart, ont été appelés pour participer à la plus grande boucherie de l’histoire. J’ai donc fait appel à Jean Echenoz, qui a écrit ce livre en leur mémoire, j’en suis convaincu, pour leur rendre hommage.

 

 

 

                                                                14

                                              Jean Echenoz (1947 - ….)

 

 

Loin de Barbusse et de Remarque et d’autres encore qui ont brillamment écrit sur cette horrible guerre, Jean Echenoz propose avec « 14 » une sorte de dissertation, une description froide et distanciée, de ce que fut la Grande Guerre dans toutes ses dimensions mais en quelques pages seulement, juste pour évoquer tout ce qu’il ne faut pas oublier, tout ce qui restera de ce terrible épisode de notre histoire.

 

Août 1914, en Vendée, très loin du front, cinq jeunes garçons ont entendu les cloches de la mobilisation et partent en guerre dans toute la fraîcheur de leur insouciance, ils ont pris les armes pour quelques jours, ils reviendront rapidement quand cette formalité sera expédiée. « L’affaire de quinze jours, donc, avait estimé » l’un d’eux. Mais les jours passent et s’additionnent, le conflit s’enlise comme les soldats s’embourbent dans les tranchées et chacun connait un sort différent,  ce qui permet à l’auteur de balayer l’échantillon des sorts réservés à la plupart des « poilus ». Il y aura la mort, la blessure invalidante, le gazage, la disparition, mais aucun ne sortira indemne de cette terrible boucherie même pas celui qui, avant de partir, a laissé dans le ventre de la fille de la famille du patron de l’usine locale la petite graine qui germera pendant que son géniteur sera au combat. Ainsi, Echenoz étend le champ des victimes à ceux qui sont restés à l’arrière et souffrent eux aussi comme tout le règne animal largement impliqué dans la tuerie générale.

 

Cette dissertation se voudrait exhaustive en proposant un catalogue de ce que la guerre a provoqué, mais elle survole beaucoup ce conflit qui est beaucoup plus complexe que le laisse penser la lecture de ce texte. L’objectif d’Echenoz n’est certainement pas de nous rappeler ce que fut cette guerre, la littérature sur le sujet est déjà très abondante et très riche, son texte n’apporte rien à sa connaissance et pas plus à sa compréhension. Non, je crois plutôt qu’il a trouvé dans cet épisode exceptionnel matière à dispenser son talent d’écrivain qui est grand et on ne peut que déguster ses phrases et goûter la richesse de son vocabulaire. On gardera tout de même en mémoire certaine remarques qu’il cherche à mettre en évidence : le décalage entre l’attendu et l’avenu, l’impréparation, l’imprévoyance, l’inorganisation, l’incurie qui ont prévalu lors de la préparation de ce conflit, l’innocence, la candeur et la naïveté de ces soldats improvisés et une certaine forme d’accusation des va-t-en-guerre qui ont expédié une génération, représentée par ces cinq garçons, dans la gueule des bouches à feu et à fer.

 

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

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30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 11:16
11-15 rue de Constantinople

11-15 rue de Constantinople

Il y a cent ans, le 14 novembre 1913, paraissait le premier tome d' À la recherche du temps perdu, de l'écrivain Marcel Proust. Et c'est cette date symbolique qu'a choisie le bibliophile et propriétaire d'hôtels Jacques Letertre pour inaugurer l'hôtel Swann, à Paris, dédié à l'œuvre romanesque la plus singulière de la littérature française.
 

Rue de Constantinople, derrière la gare Saint-Lazare, l'établissement correspond en partie à ce que fut, au début du siècle dernier, le grand hôtel de l'Europe que fréquentait en voisin Guillaume Apollinaire. Il est également proche du boulevard Haussmann où Proust demeurera après la mort de sa mère en 1905, au numéro 102, et qu’il dût quitter lorsque sa tante mit en vente l’immeuble pour aller finir ses jours rue Hamelin, dans un incontestable inconfort. L’appartement se situait au second étage. C’est là que se trouvait la célèbre chambre tapissée en 1910 de plaques de liège afin d’atténuer les bruits du voisinage. Une grande partie de "La Recherche" y a été écrite. L’ensemble de l’appartement ne fut jamais aménagé, ce qui fit dire à l’écrivain Oscar Wilde : «Que c’est laid chez vous !». En effet, les salons ressemblaient davantage à un garde-meuble qu’à des pièces de réception. Céleste était chargée d’y faire attendre les visiteurs que Marcel Proust acceptait de recevoir, le plus souvent dans son lit. Non loin se trouve le lycée Condorcet où Proust entra en classe de Cinquième en 1882, alors que l’établissement s’appelait encore lycée Fontanes. Dans ce lycée fréquenté par des enfants et adolescents de la bourgeoisie aisée, Marcel fit des études en dents de scie à cause de sa mauvaise santé et de ses absences, mais eut la chance d’avoir en terminale pour professeur Alphonse Darlu qui jouera un rôle décisif dans sa formation philosophique. C’est également avec les élèves de Condorcet qu’il noue des amitiés solides : ils ont pour noms Fernand Gregh, Paul Baignères, Horace Finaly, Robert de Flers, Jacques Bizet et Daniel Halévy. Ensemble, ils collaboreront à deux revues : la Revue de Seconde et la Revue Lilas. Ce quartier de la gare St Lazare et des Grands Boulevards est en quelque sorte le village parisien de l’écrivain. Moins encombré de voitures qu’aujourd’hui, on s’y promenait agréablement à pied ou en calèche, d’autant qu’il était à l’époque, grâce aux travaux colossaux du baron Haussmann, un environnement neuf, fonctionnel et cossu. Durant la guerre de 14/18, Proust fit de longues balades nocturnes dans la capitale livrée aux bombardements de la grosse Bertha, écrivant que  « le ciel ressemblait à une mer qui se retire » ou bien à  « Pompéi sous la lave du Vésuve ».

 

L'hôtel Swann, où l’écrivain est notre hôte imaginaire, compte 82 chambres réparties sur six étages, correspondant chacun à six univers du roman : Combray, Balbec, Faubourg Saint-Germain, Verdurin, Venise, et les peintres (tous mentionnés par Proust).

Les 81 chambres en étage, car il y en a une 82e au rez-de-chaussée, celle du narrateur de La recherche, portent le nom d'un personnage de l’oeuvre. Ainsi la 101 dédiée à Charles Hass, la 104 à Françoise et la 106 à Odette … Dans chacune d’elles, un texte en français (traduit en anglais), encadré et illustré d’une aquarelle, situe le protagoniste dans "La Recherche". Gravé sur la cloison vitrée des salles de bain, il y a le manuscrit d'une lettre de Proust et, sur les tables de nuit, l'une de ses plus célèbres photographies.

Dans l'escalier, qui conduit au rez-de-chaussée, une pièce unique : le mantelet en perles de jais que portait la marquise d'Aligre  (elle est le modèle de Madame de Cambremer), vêtement dans un état de conservation parfait sur lequel Marcel Proust a posé les yeux lorsqu’il croisait la marquise à l’Opéra et qu'il décrit dans Sodome et Gomorrhe. Il a été acquis par Jacques Letertre, il y a deux ans, lors d’ une vente aux enchères.

Le "lobby" de l'établissement a, quant à lui, été transformé en bibliothèque proustienne de 500 ouvrages (300 titres différents) dans toutes les langues, y compris le lituanien ! Étourdi par tant de «prousteries», on en oublierait presque que l’on se trouve dans un hôtel, si on n’entendait pas certains puristes, devant l'utilisation qui est faite de leur héros, crier au scandale, alors que d'autres, enchantés par cette évocation littéraire qui convie l’œuvre à leur table et dans leur chambre, n'avaient, à ce sujet, aucune raison de réprimer leur satisfaction ou de formuler un mécontentement. Le confort de ce 4 étoiles est, il est vrai, irréprochable : des lits doublés d'un surmatelas, des couettes moelleuses comme des nuages, un mobilier épuré, des éclairages dotés de variateurs, des écrans plats, des bases iPhone et des machines à café Nespresso dans toutes les chambres, voilà bien un confort que n’a pas connu Proust ! Pour autant, l’écrivain n'est jamais bien loin… sur la table de la chambre entre capsules de café ou de crème, le symbole proustien par excellence repose, enveloppé dans sa cellophane… une madeleine!

 

Le "Swann" est le premier hôtel littéraire entièrement consacré à l’écrivain. Au coeur du quartier historiquement proustien de la plaine Monceau et de Saint-Augustin, il présente une prestigieuse collection d'oeuvres originales sur le romancier dont le souci est de faire découvrir et aimer Proust dans un cadre chaleureux et confortable. Une belle aventure d'une nuit ou plus, une immersion dans l'un des univers les plus exceptionnels de la littérature française. Le" Swann" est unique parce qu'il a été conçu par un amoureux de l'oeuvre, un érudit qui a imaginé cette nouvelle adresse parisienne afin de faire partager sa passion à tous ses visiteurs.

Depuis l'hôtel, les itinéraires les plus divers sont permis pour visiter cette capitale que Proust a su à tous moments transfigurer et réinventer et qu’un lecteur averti pourra, en prenant son temps, reconstituer le livre en mains, pèlerinant ainsi dans les dédales des rues, à l’ombre des églises, dans les salons de thé comme celui du Ritz qui vit tant de fois Marcel s’attabler seul ou avec des amis, n’oubliant jamais d’interroger Olivier Dabescat, le maître d’hôtel en chef, qui ouvrit à l’écrivain de nouveaux champs d’investigation sociologique. Interrogé à ce sujet des années plus tard, Dabescat devait confier : « Marcel Proust venait ici de façon très inattendue, cinq fois dans une semaine et disparaissait quinze jours qu’il passait couché, sans jamais que sa fenêtre fût ouverte. J’allais chez lui, plutôt vers minuit. Je restais là jusqu’à 3 ou 4 heures du matin sans m’en apercevoir, car son charme était tel. Il arrivait à vous tirer les vers du nez, et on le regrettait ensuite de lui avoir confié des choses à garder pour soi. Il ne parlait jamais de l’amour et des femmes. C’était un corps usé, un cérébral ; il était tout cerveau. Il n’a pu vivre que par le miracle de son cerveau. Son cerveau a seul soutenu cette chose abîmée, son corps, qu’il n’entretenait plus depuis longtemps qu’avec des litres de café, des litres par jour, surtout dans ces longs espaces où il ne mangeait pas ».

L’univers de "La Recherche" se prête particulièrement à ces déambulations au cœur de la capitale, et il est sympathique qu’un hôtel se soit ouvert comme un lieu d’accueil luxueux d’où rayonner dans ceux mythiques qui ont fait d’elle une œuvre d’art littéraire.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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Proust vous attend à l'hôtel SwannProust vous attend à l'hôtel SwannProust vous attend à l'hôtel Swann
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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 09:24
Willenbrock de Christoph Hein
Willenbrock de Christoph Hein

A travers l’histoire d’un ingénieur berlinois ayant perdu  son emploi après la faillite de son entreprise suite à la chute du « Mur », Christoph Hein décrit les mutations ayant affecté l’ex République Démocratique d’Allemagne quand elle a été fondue dans la République Fédérale  avec tous les effets pervers que cela a comportés. Il dépeint la désagrégation de la société structurée par le régime disparu et la naissance d’un ordre nouveau placé sous le signe d’un libéralisme débrouillard et pas toujours très régulier. Mais la règle la plus générale, celle affectant le plus le héros et ses amis  semble bien résider dans la peur qui les poursuit et les imprègne : peur que les vieux démons enfouis sous le tapis de l’histoire ressurgissent au grand jour avec fracas, peur de tous ces traîne-misère qui hantent l’Europe de l’Est, de Moscou à Berlin, pillant, rançonnant, écume d’un peuple déboussolé -  « Avant on était fier, courageux et pauvre… aujourd’hui on est plus que pauvre » -  perturbant gravement les citoyens honnêtes qui essaient de reconstruire leur vie démolie. L’auteur s’emploie à nous livrer la chronique quotidienne d’un cadre allemand confronté à des modifications sociales et économiques qui le dépassent.

 

Avant le chute du « Mur », Willenbrock (étonnant comme ce nom sonne comme Buddenbrock, deux noms de onze lettres chacun dont seules les quatre premières varient, Christoph Hein pensait-il à Thomas Mann en écrivant son texte ) - travaille comme ingénieur électronicien dans une entreprise berlinoise. Mais son entreprise ayant fait faillite, il reconstruit sa vie en créant un commerce de vente de voitures d’occasion, principalement à des ressortissants des pays de l’Europe de l’Est. Son affaire prospère rapidement et il retrouve un niveau de vie agréable jusqu’à ce que la peur le rattrape. Peur du passé lorsqu’il apprend, par un ex-collègue, le nom de celui qui a médi sur son compte auprès de la direction de son entreprise, l'a privé de quelques déplacements qu’il espérait effectuer à l’Ouest, peur aussi des voleurs et voyous qui attaquent son entreprise et même sa personne. La police et la justice ne lui donnant aucune assurance, il ne peut pas accepter la protection offerte par un gros client russe, aussi s’interroge-t-il sur la façon de protéger sa femme et son entreprise.

 

Un sujet  intéressant, surtout au moment où ce livre a été publié, en 2001, mais dont le texte m’a laissé un peu sur ma faim : ce récit est très lent, sinueux, encombré d’anecdotes et de détails qui ne font pas avancer l’histoire de cet ingénieur recyclé, et ne concourent pas  à une description réellement éloquente de la société berlinoise après la chute du « Mur ». Lors de ma lecture, j’ai cependant noté des idées pertinentes et judicieuses dont cette citation qui, j’espère, ne sera pas prémonitoire mais que nous devrions tous méditer, surtout ceux qui ont la charge et la responsabilité de la survie des peuples dans l’Europe d’aujourd’hui :

 « Ne vous faites aucun souci pour la Russie. La Russie en a tellement vu, elle ne va pas mourir, parce que le tsar ne peut pas mourir. Mais vous ne devriez pas défier la Russie. Votre Europe serait mal avisée. Nous ne savons pas vivre, mais nous savons nous battre et mourir. Et comme dit la chanson : le Russe sait vaincre ». A bon entendeur salut !

 

Denis BILLAMBOZ

 

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 11:12
Nairobi, le mont Kenya, pays des Kikuyus

En langue Maâ, Nairobi signifie " le commencement de toute beauté, la source de toute fraîcheur". Par elle-même la ville n'a pas grand intérêt. Si on l'apprécie, c'est surtout pour ses jardins que les Anglaises - probablement parce qu'elles s'ennuyaient en l'absence de leurs époux requis par leurs affaires et la chasse - ont su cultiver autour de leurs demeures. Si bien que la verdure a pénétré jusqu'au coeur des quartiers administratifs et qu'une débauche d'arbres, de plantes et de fleurs adoucit et éclaire cet univers de pierre et fait de Nairobi, peut-être la capitale la plus riante du continent africain.

Au début du siècle, le lieu était cependant inhospitalier, marécageux et infesté de bêtes sauvages. Mais il avait l'avantage d'être le dernier site plat avant l'escarpement du Rift. Aussi, est-ce en raison de cette commodité qu'il fût choisi pour établir le camp où vivraient en permanence les ingénieurs et les responsables du chemin de fer que les Anglais avaient entrepris de construire entre Mombasa et les rives du lac Victoria, afin de protéger les sources du Nil, d'en finir avec les caravanes des marchands d'esclaves et, par la même occasion, affirmer leur présence en Afrique de l'Est. Si les travaux pharaoniques nécessités par l'installation de la voie ferrée avaient coûté la vie à 2 500 ouvriers et fait 6 500 blessés, ils avaient permis très vite à Nairobi de se développer au point de détrôner l'antique Mombasa, d'affecter la ville neuve d'airs de plus en plus citadins au fur et à mesure qu'elle grandissait, s'imposait, voyait venir à elle industriels, hôteliers, marchands, négociants de tous poils et que s'implantaient les structures indispensables qui assureraient sa vie financière de grande cité. Mais si cette ville se proposait d'être un carrefour des religions, un centre urbain important où se côtoierait une société bigarrée, se signeraient des traités, délibéreraient des gouvernements, ce n'est pas là que se dévoile l'Afrique, ce n'est pas ici que bat son coeur. Pour l'atteindre et l'entendre, il est urgent d'emprunter le boulevard qui file vers l'ouest. Alors, soudain, s'ouvre devant nos yeux la grande Afrique, apparait le commencement de toute beauté.

Nairobi aujourd'hui

Nairobi aujourd'hui

On ne peut nier que la nature a façonné ce continent à une échelle monumentale où se découvrent aussi bien des prairies archaïques, qui semblent nous restituer les images fondamentales des grands espaces nourriciers, que des lacs vastes comme des mers, que l'on y baigne tantôt dans l'atmosphère mélancolique et étouffante des forêts, tantôt dans l'univers figé des neiges éternelles. Oui, les paysages les plus extrêmes s'y succèdent, depuis la savane quasi désertique à la végétation rare, que griffent ici et là quelques rus asséchés, jusqu'à la jungle équatoriale écrasée sous sa masse de feuillages parasites enlacée dans les noeuds de ses plantes rampantes et comme étouffée par la prolifération de ses végétaux. Rien ne semble apaiser l'appétit dévorant de la grandeur. Elle y est maîtresse de l'espace. Elle le conditionne selon le seul parti pris qui ait droit d'asile à ses yeux : le hors mesure. Non seulement elle est ici à son aise, mais elle y est sans rivale. Elle joue cavalier seul et ne se prive d'aucun excès. En ce pays où le fantastique rime avec quotidien, tout est disproportionné : les papillons sont gros comme des oiseaux, les montagnes, bien que situées à l'équateur, possèdent plusieurs glaciers et on traverse des régions désertiques comme des immensités sans confins. Rien en semble avoir changé depuis le commencement du monde. La lumière, l'eau, les nuages, les arbres ont conservé quelque chose de virginal, semblent se mouvoir dans leur fraîcheur native.

Photos Erwann Barguillet
Photos Erwann BarguilletPhotos Erwann Barguillet

Photos Erwann Barguillet

Photos Erwann BarguilletPhotos Erwann Barguillet
Photos Erwann Barguillet

Photos Erwann Barguillet

Au Kenya, qui se découvre au visiteur comme une terre promise, on peut à tout instant se croire revenu au commencement des Temps, quand rien encore n'avait changé, pas même le coeur de l'homme, et que le monde ouvrait les yeux à un avenir qui faisait encore la part belle à l'espérance, aucun danger ne paraissant être en mesure de le menacer. La splendeur, qui nous entoure, ne cesse d'émerveiller, d'inspirer un sentiment de reconnaissance et on se surprend à noter sur des petits carnets des descriptions de paysages qui vont des montagnes, dont les neiges éternelles alimentent des lacs couleur émeraude, font croître des forêts de camphriers et de conifères et tapissent les cratères d'une végétation de fougères géantes, de bambous et de lobélies, jusqu'aux rivières qui, après avoir dévalé dans un enchevêtrement de racines, se prélassent ensuite en déroulant, au long de leurs cours devenu tranquille, une longue traînée arborescente, si bien que l'on est très vite gagné par une ivresse jubilatoire. 

Nous sommes ici au pays des Kikuyus, des gens de petite taille qui descendent des Bantous et dont on trouve les traces dès le troisième millénaire. Aucun détail ne permet cependant de situer les Kikuyus hors de la zone de collines qui entoure les flancs du mont Kenya où ils demeurent depuis le XVIe siècle, cultivant le café et le sisal et que, pour toutes sortes de raisons, on appelle "le pays Kikuyu". Et, il est vrai qu'aucune région n'est peut-être plus belle que la leur. Lorsque l'on vient de Nairobi, on traverse une succession de collines pressées les unes contre les autres, dans un paysage plein de mesure, dont les cultures les plus odorantes sont celles des caféiers aux poudreuses fleurs blanches et au parfum sucré. Puis, brusquement, tout change et s'entrechoque ; après les champs soignés et les forêts, on débouche sur l'escarpement du Rift et on s'engage dans des sentiers qui longent des failles abruptes pour atteindre un plateau au milieu de buissons de jasmin, d'arbres candélabres et d'épineux. Par la suite, on pénétrera dans d'épaisses forêts de cèdres entremêlés de lianes et de mousses aériennes, sous lesquelles poussent des orchidées et où abondent les éléphants, les buffles et les panthères, avant de gagner, après une longue et épuisante ascension, les sommets de cristal. Là, les sons eux-mêmes deviennent fragiles et tout est beau de la clarté bleue des glaciers aux pentes hérissées de séneçons. La légende Kikuyu veut que leur ancêtre Gekoyo eut un jour la visite de leur dieu et que celui-ci le transporta en haut de la montagne voilée devenue le Mont Kenya. Lui montrant l'ensemble du panorama composé de collines et de pâturages, de torrents et de troupeaux, il lui dit que désormais cet Eden lui appartenait parce qu'il en avait décidé ainsi. Dès lors, les Kikuyus se fixèrent en ces lieux et devinrent cultivateurs.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 10:59
Matin Perdu de Vergilio Ferreira

Cet écrivain pratiquement inconnu en France est cependant un auteur classique dans son pays d’origine, le Portugal. Je n’ai donc pas hésité à vous faire découvrir ce roman que j’ai trouvé l’an dernier dans une vente de livres d’occasion.

 

 

 

                                         Matin perdu

                               Vergilio Ferreira (1916 – 1996)

 

 

Avec ce roman l’auteur nous entraîne dans le Portugal du début des années trente - le livre a été écrit en 1953 et il rapporte des événements qui se sont déroulés vingt ans auparavant, époque à laquelle Vergilio Ferreira était lui-même séminariste – dans un séminaire implanté au nord du pays, dans une région pauvre. Le livre n’est pas présenté comme un récit autobiographique mais il est probablement très influencé par l’expérience personnelle de l’auteur qui a été placé au séminaire par les grands-parents qui l’ont élevé quand ses parents sont partis vivre en Amérique.

Antonio est orphelin, son père est décédé accidentellement quand il était encore enfant et sa mère était trop pauvre pour le nourrir avec le reste de la famille. C’est alors qu’une riche bourgeoise bigote l’accueille chez elle avec la ferme intention d’en faire un prêtre pour assurer son propre salut dans l’au-delà. Ainsi, par un froid matin brumeux, l’enfant se retrouve-t-il dans un char à bœufs qui l’emmène à la gare la plus proche où il prend le train pour rejoindre le séminaire, sans qu’on lui ait demandé son avis. Il doit être prêtre et il doit même avoir la vocation, ainsi en a décidé sa bienfaitrice.

Au séminaire, dans une région triste, un bâtiment triste accueille des enfants tristes qu’on destine au clergé sans se préoccuper s’ils ont vraiment l’intention de s’engager dans les ordres. Leur principal souci consiste seulement à échafauder des hypothèses plausibles pour fuir ce lieu inhospitalier, échapper à la tristesse ambiante, quitter une solitude morose et déprimante et se soustraire à l’humiliation infligée aux séminaristes par les laïcs. Mais tout ce ligue contre ces pauvres gamins, l’encadrement est très vigilant et très sévère, même la tristesse est interdite, les lieux sont bien gardés, les familles exercent une très forte pression sur leur rejeton pour qu’il insiste et trouve la vocation qu’il n’a pas. Alors surviennent progressivement l’accoutumance, la résignation et la soumission. La volonté brisée, les jeunes séminaristes sont prêts à faire des prêtres plus ou moins frustrés jusqu’à ce que leur sexualité les dresse devant une nouvelle épreuve bien difficile à surmonter : l’acceptation de la chasteté n’est pas une évidence pour eux. Les clercs veillent et les recommandations sont très précises, ainsi il faut maintenir « les mains hors du lit, si possible. De toute manière, ne jamais les coller le long du corps ».

Avec ce texte l’auteur nous plonge au cœur d’une région pauvre où vit une population pauvre, soumise au dictat de la religion et du pouvoir réunis dans un même objet : maintenir ces miséreux dans un obscurantisme religieux propice à la résignation et à l’acceptation du sort qui leur est réservé sans se rebeller. Et pour réaliser cet objectif, l’église a besoin d’un clergé étoffé et déterminé qu’elle trouve souvent dans les familles miséreuses qui voient dans la vocation, réelle ou forcée, de l’un de leurs enfants une solution pour sortir de la misère, un prêtre pouvant nourrir ses parents et trouver des places où ses frères et sœurs pourront vivre au service des riches. Une forme de vocation humanitaire pour sauver les plus démunis de la misère la plus complète.

Un livre témoignage, un livre document qui montre bien comment un terreau s’est constitué au XXe siècle, dans les campagnes du Portugal pour faire lever et prospérer une dictature fortement appuyée sur l’église catholique et son appareil inflexible. Pauvres gens « Gauches, taillés à coups de hache, recuits au soleil pendant des générations, nous portions notre condamnation sur nos visages sombres », notre destinée était misérable, notre salut résidait dans la vocation.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 09:09

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Cette auteure est une véritable découverte pour moi, peut-être la meilleure de ces dernières années, avec son livre sur le suicide de Sylvia Plath que j’ai déjà présenté ici, et celui que je vous propose ci-dessous. Confirmer est le plus difficile en écriture, Oriane Jeancourt Galignani y parvient excellemment avec ce nouveau texte.

 

 

L’audience

Oriane Jeancourt Galignani (1981 - ….)

 

 

Oriane Jeancourt Galignani, nous convie au procès d’une jeune femme qui a commis l’incroyable crime de coucher avec quatre de ses élèves majeurs, un fait divers qui a fait, en 2011, grand bruit dans toute l’Amérique. Elle dissèque ce procès pour mettre en évidence  les intérêts que les différents acteurs peuvent en tirer aux dépens d’une pauvre femme qui se laisse dévorer par tous les ogres du prétoire, des médias et de la foule des curieux qui se repaissent de sa chair, déjà défraichie, pour satisfaire leurs cupides appétits. La procureure cherche une promotion, le président veut séduire la procureure, la journaliste essaie de sortir de son job médiocre, l’avocat profite de cette tribune pour plaider l’abrogation de la loi qui réprime, au Texas, l’amour entre enseignant et élève même quand celui-ci est adulte, etc… Chacun semble avoir un intérêt particulier pour dévorer cette faible femme en manque d’affection et de considération.


Mère de trois enfants, mariée à un soldat en mission en Afghanistan, Deborah Aunus, Debbi pour les intimes, enseigne les mathématiques à des élèves de dernière année, dont certains sont déjà majeurs, dans une école d’une petite ville texane, près de Dallas. En mars 2011, elle séduit quatre d’entre eux, mais depuis 2003, l’état du Texas réprime durement ce type de relation entre enseignant et élève, même s’il s’agit d’adultes consentants, en le punissant d’emprisonnement. Les voyeurs, jaloux, gardiens de la morale en tout genre, ne manquent pas dans l’Amérique profonde, ils observent cette pauvre femme esseulée prêts à témoigner de son dévergondage et à la condamner sans se préoccuper des épreuves que cette mère de famille doit surmonter pour élever ses propres enfants dont l'un est gravement malade, cela en l’absence d’un mari parti pour gagner « le salaire de la mort » :  un cercueil à cent mille dollars, la somme attribuée aux familles des soldats morts en mission en Afghanistan.


Dans un texte charnu, non  comme un fruit bien mûr mais plutôt comme un rôti mijoté dans un jus savoureux qui laisse en bouche un goût puissant et épicé, l’auteure décortique ce procès immonde sans jamais juger, elle expose, explore, explique pour que le lecteur comprenne bien les faits et les intentions de chacun. Elle ne donne pas son opinion sur cette loi absconse, elle laisse le lecteur apprécier les éléments qu’elle met sur la page, se faire une opinion sur cette société où il semble plus facile d’envoyer les  « boys » se faire massacrer en Afghanistan ou en Irak pour « le salaire de la mort », que d’accepter qu’ils fassent leur apprentissage de jeunes mâles avec une femme consentante à peine plus âgée qu’eux. Comme l’auteure, nous garderons notre opinion sur cette civilisation qui place la pudibonderie au-dessus de la vie, sa pseudo réputation au-dessus du sort de ses enfants … « Ils croient à la seconde chance, à la volonté de s’en sortir, à la métamorphose des hommes, au Bien qui triomphe. Ils sont américains ».


Après son livre sur le suicide de Sylvia Plath, Oriane Jeancourt Galignani nous offre un nouveau texte biographique magistral, nous sommes très impatients de la découvrir dans une fiction où sa maitrise du récit et la richesse de son langage devraient prendre toute leur ampleur.

 

Denis BILLAMBOZ

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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 09:54

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On sait que les tortues sont lentes de nature.
Qu'à cela ne tienne, disent-elles,
Si les oiseaux vont à tire d'aile,
Il arrive que nous-mêmes fassions fortune autrement.
Il était donc une tortue qui vivait discrètement.
Son voisin de palier n'était autre qu'un flambeur de goéland.
Tout ce qui lui passait sous le bec, il l'avalait d'un coup sec,
Et se souciait comme d'une guigne des lendemains difficiles.

 

Il arriva qu'une famine tomba inopinément.
Aussitôt notre goéland de se vanter étourdiment
Qu'il irait tenter ailleurs une aventure meilleure.
Dame Tortue s'était tue. Bien lui prit. Voyez comment,
De son pas égal et lent, elle se mit à amasser
Ce qui risquait de lui manquer.
Le goéland, pour sa part, s'usait en mille voyages.
Mais, nenni, de près ou de loin, 
il n'y avait  en vue,  
Pas le moindre festin.

 

Le bougre s'en revint contrit loger auprès de sa voisine,
Espérant, que le destin, lui permettrait de mettre à mal,
Les économies de la dame.

Mais, supputant ces avanies, sous quelques arpents de gazon,
La tortue avait mis à l'abri les précieux fruits de sa moisson.
Elle avait engrangé tant de biens et mené une vie si rangée,
Qu'apprenez qu'elle vécut plus d'une centaine d'années.
Et le goéland ? Pauvre de lui ! Quand la famine fut finie,
Il banqueta tout à loisir et plus que de raison, semble-t-il.
C'est dans un état alarmant que dame Tortue le surprit.
Le soir, le mal s'aggravant, il se coucha sur le côté
Pour ne jamais plus s'envoler.

Ainsi fut-il la victime de son ultime goinfrerie.

 

Pour terminer ce récit, sur une note plus optimiste,
Osons cette conclusion : que ce ne fut pas sans raison,
Mais dans un souci de partage et pour sauver la morale,
Que l'oiseau eut à coeur d'assurer 
Le banquet de son semblable.
Si bien qu'un corbeau qui se trouvait là,
En fit, sans plus d'embarras, son menu de gala.

 


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 


Cette fable est extraite de mon ouvrage pour enfants : "La ronde des fabliaux"

 

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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 10:57

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Un livre un peu décalé comme "Le Dilettante" en édite régulièrement, un livre en forme de satire pour dénoncer la déliquescence de notre société et  les tentatives révolutionnaires pour la refonder mais peut-être aussi un cri d’alarme pour attirer notre attention sur ce qui pourrait nous arriver dans les années à venir. Un texte un peu fantastique, surréaliste mais follement sérieux.

 

 

L’automne des incompris

Hugo Ehrhard (1977 - ….)

 

 

Dans cette lecture, je me suis longtemps interrogé, je demandais où l’auteur cherchait à m’emmener en condamnant à mort son héros dès le premier chapitre, j’ai trouvé cette manœuvre rudement téméraire. J’ai ensuite un peu plané, avec celui-ci, dans son passé, avant qu’on se propose de le passer par les armes, quand il volait sur diverses compagnies aériennes pour évaluer la qualité de leurs prestations. Et c’est là que je suis entré définitivement dans le sujet, lorsque ce héros un peu picaresque tombe amoureux d’une bombe hollandaise qui possède tout ce qu’il faut, là où il faut, pour faire craquer le plus austère des anachorètes. Evidemment il ne résiste pas, l’accompagne dans les douches d’un aéroport et promet de faire son possible pour la croiser sur un autre vol ou dans un autre aéroport.


Il est raide dingue amoureux de cette fille et persiste à croire qu’elle sera sienne malgré les avertissements de ses amis et de son ex- femme. Il croise encore la beauté à Rome et à Dubaï où elle l’invite à une soirée invraisemblable à laquelle participent tous ceux qui montrent régulièrement le bout de leur trombine à travers le petit écran : politiciens, chefs de grandes entreprises, chefs religieux, comédiens, chanteurs, sportifs fortunés, … un melting- pot extravagant de tout ce qui constitue le pouvoir et la fortune sur notre planète. Et, après ça, elle le plaque à tout jamais car elle a une mission grandissime à accomplir dans un pays totalement inconnu, elle ne peut pas en parler avec ce médiocre dont elle entend se débarrasser.


Mais un jour, le cave entend parler à la radio de ce fameux pays qu’elle avait brièvement évoqué un soir sur l’oreiller et qui défraie brusquement la chronique. Ce petit bout de territoire, niché aux confins des steppes asiatiques et des massifs montagneux du Kirghizistan, vient de proclamer son indépendance et cherche à attirer ceux qui peuvent l’aider à faire progresser l’humanisme et à éliminer les autres pour constituer un monde nouveau car l’humanité actuelle est en pleine décadence.


« Un monde

Qui traite le léger avec sérieux

Et le sérieux avec légèreté

Symptôme ultime de la décadence. »

 

 

Ces dirigeants qui m’ont fait penser à un satrape turkmène, particulièrement autoritaire, qui exerçait il y a peu encore un pouvoir surréaliste et ubuesque dans les steppes d’Asie centrale, ont constaté que les populations n’ont plus que le choix entre une société déliquescente nageant entre frivolité et futilité et une rébellion stérile souvent génératrice de la pire des barbaries. « La majorité est donc écartelée entre deux illusions : celle de son accession aux strates de l’aisance et celle de sa possible rébellion. La minorité entretient ces illusions par le biais de tous les médias à sa disposition… » Pour pallier cette alternative fatale, les membres de « L’automne des incompris », le nom de ce mouvement humaniste refondateur du monde,  ont confié pour mission à des consultants  le soin d’inventer un nouvel ordre social où les êtres efficaces et obéissants se mettraient au service du monde des riches. « Le chômage et le fanatisme religieux grimpaient, Wall Street se gavait. La calotte glaciaire fondait. Tom Cruise sortait un nouveau thriller. C’était fini. » Le moment était opportun pour changer le monde.


A travers cette satire aux allures pamphlétaires, Hugo Ehrhard attire l’attention des lecteurs sur l’état déplorable de notre civilisation et sur les dangers que comportent les solutions offrant une sortie possible de cet état de décadence. Au XXe siècle, les révolutions de tout bord ont donné le pouvoir à des dictatures sanguinaires laissant, après leur effondrement, une large place à une société de marchands que l’auteur met en scène en exacerbant leur pragmatisme et leur cynisme.


Un petit livre facile à lire mais qui en dit long sur le monde dans lequel nous vivons et sur ce qui pourrait bien nous attendre dans les décennies à venir : l’application aux Etats de ce qui existe déjà dans certaines entreprises où seuls les êtres dociles et productifs ont leur place, les autres étant éjectés.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

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