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5 septembre 2014 5 05 /09 /septembre /2014 08:29

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La directrice des études, mère Marie de l’Assomption, régentait cette petite communauté avec une élégante autorité. Chaque élève lui adressait  le regard ébloui que l’on réserve aux gens d’exception. D’une grande beauté, elle promenait dans les couloirs et les salles de classe une silhouette mince et un visage pré-raphaélique dont la perfection impressionnait. Il arrivait certains jours que la religieuse assistât à un cours, assise au fond de la pièce. Lorsque le professeur en avait terminé, elle montait sur l’estrade et interrogeait les élèves, afin de s’assurer de leur bon entendement. Ses questions étaient posées sur le mode inquisiteur, ce qui jetait sur le professeur et les fillettes une onde de confusion. On craignait de se faire mal juger, de paraître ridicule ; on redoutait plus que tout de décevoir. Certaines se seraient damnées pour éveiller, dans l’œil de la directrice, ne serait-ce qu’une lueur d’approbation ou de s’entendre complimentées devant l’assistance. A la récréation, des gamines n’hésitaient pas à affirmer que la révérende mère les avait distinguées et qu’elles auraient probablement des annotations favorables sur leur prochain carnet de notes.


 

Anne-Clémence répugnait à ces stratagèmes qu’elle jugeait peu gratifiants. Gagner l’estime de la directrice des études relevait de la haute lutte, de la course de fond, du parcours initiatique. Pour ce faire, elle s’était mise au travail avec un acharnement qui, bientôt, et dans plusieurs matières, la plaçait en tête de classe. Elle éprouvait de la fierté à être nommée, félicitée pour ses devoirs rédigés avec style. Elle se grisait à l’idée d’intriguer son entourage. D’être appelée de temps à autre dans le bureau de la révérende mère pour des entretiens particuliers lui conférait un prestige dont elle savait user. Elle se sentait choisie et, à la réflexion, il lui semblait que cela s’inscrivait dans le destin de sa famille. Mère Marie de l’Assomption la questionnait sur ses goûts, ses aspirations. Elle prenait le temps de l’écouter, s’amusait de ses propos et lui portait une attention dont la fillette s’émerveillait. A cause de ces entretiens, sa vie de pensionnaire lui paraissait moins morne. Il y avait désormais à conduire ce jeu de la séduction, à parfaire sa personnalité de façon à prolonger l’intérêt qu’elle suscitait de la part d’une femme qu’elle admirait à l’égale de sa grand-mère Charlotte. Cependant, c’est à sa mère que la religieuse ne cessait de lui faire penser. Elle s’isolait dans sa grandeur comme Marie-Liesse dans sa beauté. Il émanait de l’une et de l’autre quelque chose de désincarné, de distant ; il leur manquait cette épaisseur charnelle qui caractérisait Charlotte. Bien que celle-ci fût morte depuis plus de deux ans, Anne-Clémence la sentait plus proche que ne l’étaient ces deux vivantes, comme si la mort allouait à certains êtres des atouts supplémentaires.

 

Il arrivait aussi que la religieuse entraînât Anne-Clémence à la chapelle afin qu’elles prient ensemble car, et elle prenait soin de le souligner, il n’y a que la prière qui puisse unir les âmes. Anne-Clémence la suivait dans les couloirs qu’elle connaissait si bien qu’elle aurait pu les parcourir les yeux fermés. Des parquets, des plinthes, des boiseries s’exhalait l’odeur résineuse de la cire. A l’avenir, elle lui évoquerait le collège aussi sûrement que le roucoulement d’un pigeon la reconduirait au Plessis. La chapelle était un lieu qu’elle n’aimait pas, gâté par un déploiement superflu de flèches, d’arcs, de colonnettes et de rosaces. Sur les murs, entre des encadrements de stuc, se déroulaient des scènes de la vie mariale qui proposaient à l’œil une débauche d’expressions mièvres et de visages extatiques. Mère Marie de l’Assomption s’agenouillait au premier rang, plongeait la tête dans ses mains et restait ainsi des minutes qui s’éternisaient. Anne-Clémence rejoignait son banc habituel, le quatrième sur la droite. Dans le dossier, qui lui servait d’accoudoir, elle avait tracé trois C. Le premier signifiait Charlotte, le second Catherine, le troisième Clémence, trace puérile qui n’avait pour mandat que de lui rappeler quelques-uns de ses signes identitaires préférés et, dans ce lieu spirituel, de lui évoquer des faits concrets. Bien que la fillette fît en sorte d’imiter la religieuse, rien d’exaltant ne survenait dans son esprit. Elle avait l’impression de rester en marge d’un paradis où seules des formules magiques, une inclination spéciale de l’âme avaient le pouvoir de vous introduire. Elle s’en affligeait, mais supposait que la sainteté relève d’actes héroïques et procède d’une démarche sublime réservée à quelques initiés. Et il lui plaisait assez de ne pas en être. Quand mère Marie de l’Assomption lui laissait entendre qu’elle était peut-être appelée à la vie religieuse, la fillette secouait la tête. Tant de magnanimité l’intimidait, autant de vaillance spirituelle l’assurait de son impuissance.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE   ( extraits de mon roman " Le jardin d'incertitude" )

 

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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 07:11

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Tandis qu’elle écrivait, son enfance semblait veiller sur elle, d’autant que rien n’avait changé dans cette chambre depuis l’époque où la fillette revenait de ses vagabondages les genoux écorchés et que sa mère, trop occupée d’elle-même, ne lui accordait qu’une distraite attention. Cette enfance vécue en étroite intimité avec la nature lui avait appris que rien de bon ne lève qu’il n’ait longuement germé et que tout accomplissement ne se réalise qu’au rythme des saisons, des pluies et des ensoleillements. Son enfance, puis son adolescence, avaient été bercées par nombre de temps forts, alternance de jachère et de culture, de semailles et de moissons, de véraisons et de vendanges, selon un cycle liturgique qui s’ouvre sur l’introït des labours, se poursuit par la consécration des pampres, l’élévation et l’eucharistie des blés, le gloria des mûrissages et se conclut par le grand alléluia des récoltes.

 

La jeune femme restait parfois de longs moments à regarder cette chambre où les objets, qu’elle distinguait à peine dans la pénombre, se chargeaient d’une somme d'évocations et que les murs, sur lesquels s’accrochait son regard, suintaient leur vie invisible qu’elle était la seule à appréhender, comme si devant ses yeux défilaient - sur l’écran de ces murs si banals tapissés du même papier lavande que sa mère avait fait poser quinze années auparavant - un recel d’images, de sons, de scènes qui se dévidaient ainsi que le ferait une pellicule cinématographique que l’on aurait volontairement programmée à l’envers. C’était toujours au plus loin qu’elle allait, jusqu’à ces caches creusées par l’enfance qui se réaniment comme au cœur d’un livre s’intensifie le mystère, au fond d’un puits s’accroît l’eau dormante.

 

 

Et il arrivait que victime d’une défaillance de mémoire, elle prenne plaisir à s’attarder dans une pièce parce qu’un détail lui échappait, qu’une scène en cours de déroulement se brisât sur un cap d’oubli, qu’une couleur, un son, un parfum ne veuillent pas lui restituer leur fragrance ou leur tonalité, et elle entrait alors dans l’un de ces sanctuaires encore pénétré du souvenir des défunts, comme elle entrait autrefois par la petite porte du fond du parc dans le monde magique de son enfance, peuplé d’arbres et de nuages où, à la vaste plaine offerte aux variations de la lumière, succédait celle tamisée des bois peuplés de silence. Et c’était le même émerveillement, mais aussi la même attente anxieuse d’un phénomène qui se livre puis se dérobe, se révèle partiellement et s’efface. Il lui semblait que régnait ici un ordre différent, sans qu’elle sût en expliquer la raison, et, beaucoup plus tard, s’interrogeant à ce sujet, ce qui se détachait avec le plus de relief était la fraîcheur du cliché, la profondeur du champ, la précision des détails, comme si sa mémoire lui permettait d’en discerner encore les résidus lointains. Elle considérait qu’avec cet agrégat de sentiments, d’expériences, d’émotions rassemblé durant son passé, elle contribuerait à jeter les fondations du futur, le devoir de l’écrivain étant d’aller chercher très loin dans les profondeurs de ses souvenirs ce qu’il se consacrera ensuite à hisser vers les hauteurs. Si bien qu’à travers les lignes le visage de l’enfant tremblait encore, semblable aux reflets que cent fois la rivière avait rendu à la fillette pensive attardée au-dessus de son onde. Mais celle décrite ne pouvait plus être celle qui s’immisçait dans les heures de la vie, ainsi qu’elle s’introduisait dans le parc, grâce à la petite porte en bois. Celle que l’on percevait dans l’entrelacs des lignes était une fillette pensée, éclairée par les projecteurs d’une intelligence adulte, qui analysait, comparait, disséquait, restituant à l’enfant plus de richesse et moins de légèreté. Et cette fillette avait pris une importance capitale, elle était la clé de mille tours fantomatiques, le guide innocent et fatal de mille chemins, elle semblait être le carrefour de plusieurs routes comme si, d’où que l’on vienne et d’où l’on se plaçât, il était impossible de ne pas revenir à elle, de ne pas être conduit au centre qu’elle occupait pareille à une petite impératrice de légende. N’est-ce pas durant l’enfance que se tisse la trame sensible, que se compose cette partition qui se joue à la dérobée, en sourdine, sans que nous y prêtions attention, parce que notre cœur - comme notre vie et le monde qui nous entoure - participe de cette double appartenance qui nous fait doublement ce que nous sommes ?

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

(Extraits de mon roman " Le jardin d'incertitude )

 

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1 septembre 2014 1 01 /09 /septembre /2014 08:50

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Né à Donegal, en Irlande, dans le comté du même nom, Paul Lynch nous raconte une histoire qui commence dans la péninsule d’Inishowen de ce même comté. Au printemps 2013, j’ai passé deux jours dans cette péninsule où j’ai ainsi pu ressentir, dans les paysages et les pubs, toute la puissance de l’Irlande millénaire. Je ne pouvais pas ignorer ce livre et ne pas le partager avec vous.


 

Ciel rouge, le matin

                                           Paul Lynch (1977 - ….)  


 

Cette histoire pourrait s’inscrire au bout de toutes celles qui constituent l’épopée, la légende, du peuple irlandais d’Amérique sous la plume de Liam O’ Flaherty, Joseph O’Connor, Franck McCourt et bien d’autres encore, toute une longue page de la littérature irlandaise. Paul Lynch en écrit, lui, un chapitre sombre, celui évoquant ceux qui ont souffert et enduré mille maux pour rien. Les victimes de la loi de la violence, de l’égoïsme et du cynisme.

 


Il écrit l’histoire de Coll Coyle, le métayer pourchassé, qui symbolise le peuple irlandais fuyant devant l’oppression brutale des Anglais, arrivant en Amérique gonflé d’espoir et bien décidé à construire une nouvelle vie sur cette terre presque encore vierge, mais la réalité y est bien différente de ce qu’il espérait.  La loi du plus fort l’a précédé et il devient vite l’esclave de ceux qui sont arrivés avant lui, souvent d’autres Anglais. Et celle de Faller, le régisseur, chasseur cruel et sanguinaire, ne lâchant jamais sa proie, triomphant de tous les dangers, qui semble être l’incarnation du diable, Melmoth l’homme errant de Robert Charles Maturin, persécutant les Irlandais depuis des millénaires. Un raccourci de l’histoire irlandaise à travers ces deux personnages dans un texte construit de petites scènes empilées les unes derrière les autres, afin de faire progresser le récit par bonds successifs dans un luxe de détails dépeignant les lieux et les êtres.


 

Cette histoire commence lorsque, sans raison valable, un arrogant propriétaire anglais  expulse Coll Coyle, un pauvre métayer vivant sur ses terres depuis sa naissance. Celui-ci n’entend pas quitter sa maison avec sa femme enceinte et sa fillette en bas âge, il veut fléchir le maître mais l’entrevue tourne mal, le propriétaire insulte et menace violemment le métayer et sa famille et, brusquement, le coup part, puissant, mortel, le maître tombe se fracassant la tête sur une pierre. Coyle n’a plus le choix, il doit fuir, traverser la péninsule d’Inishowen, rejoindre Derry, sans jamais parvenir à semer le cruel régisseur qui a juré d’avoir sa peau. Alors, au hasard, il saute dans un bateau en partance pour ailleurs,  n’importe où, l’Amérique en la circonstance. La traversée est longue, longue, pénible, périlleuse, les exilés se désespèrent, la maladie frappe et puis c’est enfin la terre, la terre d’Amérique, l’espoir…. L’espoir qui s’envole bien vite sur un chantier inhumain destiné à la construction d’une voie ferrée. Les conditions de vie y sont déjà très précaires quand l’épidémie rattrape les pauvres gueux épuisés, arrivés au bout de leur chemin, au bout de leur espoir, à la limite de leur existence.


Une occasion pour l’auteur de rappeler une page très sombre de l’histoire américaine, souvent pudiquement tue : la manière dont les Américains ont éradiqué de manière irrévocable des foyers d’épidémie dangereux  apparus dans les lieux à forte concentration d’émigrés.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 10:18

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1914 ne sera pas seulement pour la France mais pour Marcel Proust une année noire que l'écrivain détaillera à travers son roman, ajoutant à son drame personnel l'apocalypse collective. La guerre intervient comme un coup de tonnerre le 2 août et Proust pense alors que "des millions d'hommes vont être massacrés dans une guerre des mondes comparable à celle de Wells."  Il accompagnera à la gare de l'Est son frère Robert, mobilisé comme médecin major à l'hôpital de Verdun, et dira ne plus penser qu'à la guerre à partir de cet instant-là, d'autant qu'Odilon Albaret, son chauffeur,  le mari de Céleste, et Nicolas Cottin, son secrétaire, partent à leur tour. Ces malheurs s'ajoutent à celui qu'il a vécu en mai de la même année, lorsque Agostinelli s'aventure à bord de son avion, malgré les instructions qui lui ont été données, au-dessus de la Méditerranée et se tue. Son chagrin s'exprimera de façon émouvante dans une lettre à Léon Daudet : "Enfin, moi qui avais si bien supporté d'être malade, qui ne me trouvais nullement à plaindre, j'ai su ce que c'était, chaque fois que je montais en taxi, d'espérer de tout mon coeur que l'autobus qui venait allait m'écraser." Fin août, il décide malgré tout de partir pour Cabourg, ainsi qu'il le fait chaque été depuis 1907, avec Céleste Albaret qui s'est définitivement installée auprès de lui, afin d'y retrouver la mer et de s'évader un moment d'une capitale dont il croit le siège imminent et qu'il décrit ainsi dans une lettre à Albufera, après s'y être promené un soir de clair de lune : "Je sais que moi, deux ou trois jours avant la victoire de la Marne, quand on croyait le siège de Paris imminent, je me suis levé un soir, je suis sorti, par un clair de lune lucide, éclatant, réprobateur, serein, ironique et maternel, et en voyant cet immense Paris que je ne savais pas tant aimer, attendant dans son inutile beauté la ruée que rien ne semblait plus pouvoir empêcher, je n'ai pu m'empêcher de sangloter. " Ces lignes, il les reprendra dans le  "Temps Retrouvé" et l'importante partie qu'il consacre au Paris de la guerre : "Dans ce Paris dont, en 1914, j'avais vu la beauté presque sans défense attendre la menace de l'ennemi qui se rapprochait, il y avait certes, maintenant comme alors, la splendeur antique inchangée d'une lune cruellement, mystérieusement sereine, qui versait aux monuments encore intacts l'inutile beauté de sa lumière." 

 

A son tour, Reynaldo Hahn rejoint le front et Proust ne vit plus à l'idée de son frère et de ses amis en danger, faisant de cette période funeste le temps du deuil et du désespoir. Les interférences entre le deuil collectif et le deuil personnel ne vont plus cesser de s'entrecouper, conférant à son écriture une gravité supplémentaire. Ainsi "La Recherche" va-t-elle devenir un peu le "Guerre et Paix" français. Contrairement à Zola ou à Flaubert, Marcel Proust n'est pas antimilitariste, mais il n'en dénoncera pas moins l'horreur des combats, l'aveuglement des hommes politiques et la propagande inspirée par les partis pris arbitraires. Nourri de littérature héroïque, il a le culte des hauts faits et surtout le sens du sacrifice qui honore des hommes comme Bertrand de Fénélon qui mourra à la tête de son régiment et inspirera grandement le personnage de Saint-Loup. La guerre va donc s'insinuer dans une "Recherche" qui ne l'avait pas prévue, de même que le personnage d'Albertine prendra une importance capitale après la disparition d'Agostinelli, d'où la répercussion des événements vécus sur l'orientation de l'oeuvre qui ira en s'amplifiant de façon imprévue. 


Néanmoins, les lettres de Marcel n'entretiennent pas seulement ses correspondants de son deuil, de sa tristesse, de ses inquiètudes, mais également de ses soucis financiers qui sont importants à cette époque, à la suite d'opérations désastreuses et de frais engagés pour tenter de retenir Agostinelli grâce à l'achat d'un avion que ce dernier finira par refuser, et, ce, pour la coquette somme de 27.000 francs. Aussi ne cesse-t-il de donner des ordres de bourse, souvent contradictoires, dans le souci de sauver ce qui peut l'être encore du naufrage annoncé. Odilon Redon, se trouvant dans les tranchées, Proust cherche un remplaçant et, après quelques essais infructueux, engage un Suédois d'une extrême beauté, Ernst Forssgren dont la vanité va très vite l'exaspérer. Par ailleurs, Marcel Proust ne veut pas passer pour un embusqué, alors que des amis de son âge servent sous les drapeaux. Il n'aura plus de cesse que de prouver au conseil de Contre-réforme son impossibilité absolue à rendre aucun service dans l'armée et, par la suite, sa radiation des cadres de l'armée le déliera de toute obligation militaire, sans pour autant le détourner des événements et de l'actualité dont il rendra compte avec une particulière intelligence.

 

Paris abandonné par une partie de sa population, l'écrivain part pour Cabourg. Il n'y arrivera qu'après 22 heures de voyage dans un train bondé de voyageurs qui fuient Paris, terrorisés à l'idée de cette invasion allemande déferlant sur la capitale. Marcel s'était chargé ce jour-là  d'une lourde malle à roulettes qui contenait outre sa pelisse en vigogne, ses vêtements, ses couvertures et toute une pharmacie, une partie de ses manuscrits. Il a réservé au Grand-Hôtel, où il a ses habitudes, trois chambres pour lui, Céleste et  Forssgren avec salles-de-bains indépendantes de façon à s'y trouver...comme chez lui. Le casino, fermé pour cause de guerre, Proust travaille à son livre une grande partie de la journée et ne s'accorde que le soir une courte promenade sur la jetée en compagnie de Céleste. Il juge également qu'il est trop absorbé  et las pour recevoir le comte Greffulhe ou Montesquiou, préférant la solitude, surtout en un moment où l'hôtel commence à accueillir des blessés dans les deux premiers étages, réquisitionnés à cet usage. 

 

Soucieux des autres, l'écrivain offrira des jeux de dames à de malheureux Sénégalais et Marocains enrôlés dans les troupes coloniales. Forssgren notera à ce propos : "Que vous fussiez domestique ou homme du monde, il n'y avait pour lui, à cet égard, aucune différence."  Malgré sa vanité, le charme du jeune homme opère et probablement aide moralement Marcel à brouiller, ne serait-ce qu'un peu, l'image obsédante d'un autre secrètaire/chauffeur dont le chagrin reste prégnant. Le retour à Paris s'effectuera vers le 14 ou 15 octobre et sera à l'origine d'un incident grave. En effet, l'écrivain est pris d'une soudaine crise d'étouffement alors que ses médicaments sont restés dans le fourgon à bagages. Ce sera à grand peine que Céleste parviendra à les récupérer et que Marcel sera enfin soulagé, après avoir frôlé une fois encore le seuil de l'autre monde. Dorénavant, il ne bougera plus de Paris, s'y enfermera définitivement pour se consacrer à son oeuvre, loin de la mer dont la contemplation lui manquera tellement qu'il en parlera encore l'avant-veille de sa mort et  loin des lieux bucoliques qu'il sût si bien évoquer dans sa Recherche. 

 

Il n'en conserve pas moins une lucidité extraordinaire sur le guerre, guerre qui se pare d'une vision négative et suscite un bouleversement tel que toute une société - celle que l'écrivain n'a cessé de côtoyer - s'y engloutit à jamais et que vices et ambitions se perpétuent en une France implacablement divisée. D'ailleurs Proust ne manquera pas d'établir une étroite relation entre guerre et homosexualité, en décrivant avec justesse et réalisme de vaillants jeunes soldats allant se prostituer pour quelques sous dans des maisons particulières, comme celle tenue par Jupien dans le livre. Il ne se lasse pas davantage de dénoncer les clichés et les contradictions de l'époque à travers un personnage comme Legrandin, tant la langue-cliché l'exaspère. Paris n'est-il pas devenu un lieu érotique et insolite où les planqués usent et abusent des plaisirs comme pour oublier tout simplement... ce qu'ils sont ? Le milieu bourgeois d'une Madame Verdurin, d'une Odette ou d'une Madame Bontemps ne sort pas grandi de ces épreuves, ayant à tort utilisé la guerre à des fins personnelles. La littérature, selon Proust, n'a pas vocation à servir la patrie, elle doit avant tout servir l'art littéraire. Et il déplorera grandement que les illusions de la croyance ressemblent aux illusions de l'amour et que, pour ces raisons, il est rare de faire un grand livre avec de grands événements. Idée forte qui veut que les événements historiques ne soient  que rarement de grands événements culturels.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 08:45

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Un  texte poétique pour mettre en scène une grande illusion, un grand fantasme, un rêve aujourd’hui impossible : réconcilier le monde arabe avec l’amour, l’amour des corps sans l’amour des cœurs, redécouvrir la volupté du temps de la splendeur de l’Orient médiéval.


 

La preuve par le miel

Salwa Al Neimi ( ? - ….)


 

Dans ce joli petit livre qui ressemble plus à un essai qu’à un roman, ou plutôt un essai qui se déguise en un  roman pour ne pas endosser toute la gravité de ce qu’il évoque, cette poétesse syrienne  nous emmène à la redécouverte des grands textes érotiques arabes médiévaux. « Certains invoquent les esprits. Moi, j’invoque les corps. Je ne connais pas mon âme ni celle des autres, mais je connais mon corps et je connais leur corps ». « Le Penseur » lui fait découvrir l’amour des corps sans l’amour des cœurs, la communion des corps dans la volupté chantée dans ces textes, la transgression qui submerge les tabous et exacerbe la liberté du sexe et à la plénitude des sens. «La morale qui est mienne guide mes actes et m’en donne la mesure. Selon les principes que je me suis donnés. L’effet de mes actes sur ma vie, cela seul m’intéresse : mon visage après l’amour, l’éclat de mes yeux, mon corps recomposé, les mots qui brûlent dans ma poitrine et les histoires qu’ils construisent ».


Bibliothécaire, elle est chargée d’explorer « l’enfer » de la Bibliothèque Nationale de France pour écrire un essai sur les grands textes érotiques arabes à l’occasion d’une exposition organisée à New York. Au cours de cette recherche, elle se met à rêver de cette époque où les corps étaient rois, où les mœurs étaient raffinées, où les hommes et les femmes vivaient dans une harmonie sexuelle irénique. Pour replonger au cœur de cette civilisation, elle éprouve le besoin de se ressourcer dans le monde arabe, elle se rend alors à Tunis où elle va à la rencontre des femmes arabes, les écoute et découvre l’étendue de la misère sexuelle dans laquelle elles  vivent. « Comment parler même d’éducation sexuelle quand les rudiments de l’anatomie restent à apprendre ? » Elle mesure l’immense étendue qui sépare l’atmosphère raffinée qui baigne les textes érotiques des grands auteurs arabes médiévaux du quotidien des femmes arabes d’aujourd’hui : le mariage qu’il faut bien accepter, le mari qu’il faut supporter et qui finit par tromper, les stratagèmes qu’il faut inventer pour vivre un peu d’amour…


La  belle illusion qu’elle a vécue rencontre alors brutalement la triste réalité, la vie n’est pas un conte fantasmé mais une dure réalité que Salwa Al Neimi met en scène habilement dans cette histoire d’une femme qui croyait encore au raffinement érotique médiéval en explorant les textes classiques du genre et qui finit par accepter toute la banalité de son quotidien. Un joli texte empreint de poésie mais aussi une dénonciation ferme du sort infligé aux femmes dans le monde arabe contemporain.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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22 août 2014 5 22 /08 /août /2014 08:26

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Ce serait réduire Deauville que de la considérer seulement comme une station balnéaire, certes luxueuse, mais qui ne devrait son intérêt, et surtout son charme, qu'au seul miroir des eaux, surtout si l'on se rappelle la phrase de Tristan Bernard : " Deauville, qui est si près de Paris et si loin de la mer." Située à l'embouchure de la Touques, sur la côte basse et marécageuse qui fait suite aux falaises des Roches Noires, elle a très vite séduit une élite parisienne par son goût marqué pour les innovations les plus à l'avant-garde de l'époque : rallyes automobiles, régates nautiques, meetings d'aviation et d'hydravion. Si bien qu'on peut parler d'elle à plus d'un titre et qu'elle a toujours dans sa ... manche quelques surprises à nous offrir. Aujourd'hui, parmi ses nombreux atouts, choisissons de lui laisser abattre l'un de ceux qui a le plus contribué à sa célébrité internationale : les courses de chevaux.


En effet, du temps du duc de Morny, frère adultérin de Napoléon III, il était impératif de la parer d'un attrait supplémentaire, qu'elle n'ait pas à partager avec sa rivale Trouville, qui, bien avant elle, avait bénéficié d'une plage réputée, d'un casino et d'une activité portuaire ; en quelque sorte de lui octroyer un agrément qui lui serait personnel. Le duc, propriétaire d'une écurie à Viroflay, membre du Jockey-Club, initiateur de l'hippodrome de Longchamp, n'eut pas à s'interroger longtemps. Pour prolonger la saison parisienne, il fallait créer à Deauville un hippodrome afin d'attirer les amateurs vers la cité normande, en prolongeant ainsi la saison des courses dans un lieu qui offrait, par ailleurs, tant d'autres divertissements.

 

Dès la première édition en août 1863, les "courses plates" de Deauville s'affirmaient comme l'événement sportif et mondain qu'il ne fallait pas manquer. L'hippodrome de la Touques, qui s'étend sur 75 hectares, venait de voir le jour pour le meilleur et pour le pire, car il fut l'objet de remaniements successifs, la mort du duc de Morny et la chute du Second Empire ayant porté un coup décisif au développement de la station. Après les fastes de l'Empire, il y eut heureusement ceux de la Belle Epoque où, grâce à l'impulsion donnée par Désiré Le Hoc, la ville se dota des derniers progrès techniques, ce qui eut, pour effet immédiat, de ramener une clientèle que flattaient les innombrables distractions offertes à ses loisirs : tir au pigeon, tennis, golf, et, bien entendu, les traditionnelles courses hippiques qui retrouvaient leur lustre. Dans la continuité des travaux entrepris pour la relance de la station, les tribunes furent construites en 1919 à l'initiative du comte Jacques Le Marois, tandis que les architectes Louis Lefranc et Alfred Pigny concevaient un édifice capable d'accueillir deux mille spectateurs.

 

Les courses de chevaux, telles que nous les connaissons de nos jours, ont pris naissance en Angleterre au XVIIe siècle et leur développement est indissociable de celui du pur-sang, race particulière de cheval sélectionnée pour sa vitesse et son endurance. Alors que les éleveurs s'efforçaient d'affiner l'animal, la compétition ( comme ce fut également le cas pour l'automobile ) était le meilleur moyen de mesurer les progrès accomplis. L'invention du chemin de fer allait rendre plus accessible les champs de courses qui ont le plus souvent pour décor de vastes espaces bucoliques et agrestes, loin des villes, tels ceux d'Epsom, d'Ascot, de Chester, de Chantilly, de Longchamp, de Saint-Cloud, permettant à un large public de s'enthousiasmer pour ces spectacles qui se déploient autant sur le terrain que dans les tribunes.

 

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En France, l'élevage sélectif du cheval fut encouragé par la Royauté pour des raisons militaires. Le premier haras royal, le Haras du Pin, fut construit par Louis XIV, et les courses se révélèrent être un passe-temps très apprécié à la Cour. Comme l'atteste l'art de l'époque, les courses devinrent bientôt un sport populaire, certes encore sous l'influence de l'aristocratie, mais qui avait cessé d'être limité à elle. Le champ de courses de Longchamp s'ouvrit en 1857 pour remplacer le Champ de Mars trop marécageux et le Grand Prix de Paris y fut couru la même année que l'inauguration de l'hippodrome de Deauville. Aujourd'hui, la saison des courses n'est en aucun cas une suite d'épreuves qui se dérouleraient au hasard, mais constitue un programme rigoureux et coordonné qui soumet les chevaux, arrivés à maturité et au sommet de leur forme, à des confrontations de plus en plus dures et sur des distances de plus en plus longues. Aux qualités de l'animal s'ajoutent celles du jockey, tant il est vrai que monter un cheval n'est pas seulement une science mais un art ; de même que,     plus en amont, le rôle de l'entraîneur s'avère capital et sous-entend que celui-ci soit un habile stratège et un fin psychologue. Ces talents réunis nous offrent d'assister à des courses  haletantes qui attirent un public toujours plus nombreux. Deauville, avec son meeting d'août, complété par le polo et les ventes de yearlings, est devenue la capitale estivale du cheval, perpétuant, dans la mémoire de l'homme, la trace ancestrale qu'a imprimé en lui l'attrait de l'action et du risque.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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DEAUVILLE, à l'heure du Polo

 

DEAUVILLE, cité de la voile et du cheval

 

Le flamenco enflamme les planches de Deauville

 

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Deauville - ces gens qui ont bâti sa légende


 

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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 08:56

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Un livre certainement partial mais un point de vue à prendre en compte pour comprendre un peu mieux la grande tragédie balkanique qui broie les femmes et les enfants avant les combattants.

 


                               Ana Marija ne m’aimait pas

                  Lijljana Habjanovic Durovic (1953 - ….)

 


Dans ce roman Ljiljana Habjanovic-Durovic met en scène une fillette née d’un père issu de la noblesse germanophile de Croatie et d’une mère militante communiste de Serbie pour démontrer l’impossible réconciliation qui existe, et existera éternellement, entre les Croates qui se prétendent civilisés et les Serbes qu’ils considèrent comme des tziganes débauchés et bons à rien. Iva, la fillette, vit avec son père et sa mère dans une petite ville de Serbie où le père, musicien professionnel, ne peut pas trouver de travail. La famille déménage à Zagreb où il a trouvé un emploi dans un orchestre prestigieux. La mère et la fillette sont très mal accueillies par la grand-mère, Ana Marija, qui se prend encore pour une aristocrate fidèle à la couronne autrichienne et témoigne «  un dévouement sans faille à l’Eglise catholique, à la cour de Vienne, et au bon renom de la famille ». La cohabitation est très rude, la mère et la fille sont régulièrement humiliées par la grand-mère mais aussi par la population à l’école, dans les commerces, dans la rue, partout où elles vont. « Tu es à Zagreb, maintenant ».


La fillette parvient à séduire sa grand-mère en jouant le rôle de la petite descendante de cette prestigieuse famille ruinée par le pouvoir communiste, qui sauvera l’honneur familial, elle en est persuadée et sa grand-mère aussi. Mais un jour, elle dit ce qu’il ne faut surtout pas dire et l’aïeule explose. La cohabitation est rompue, la mère et la fille regagnent la Serbie où on leur fait comprendre qu’elles ne sont plus à Zagreb et qu’elles doivent se rabaisser au niveau des populations locales peu cultivées et peu instruites. La gamine vit alors dans la honte avec une mère divorcée et un père qui fait partie du camp de ceux qui, pendant la guerre, pactisaient avec les Allemands.


L’histoire de cette gamine, c’est l’histoire de deux peuples que tout sépare et que ceux qui ont charcuté l’Europe après les guerres voudraient faire vivre ensemble. L’auteure met ainsi en évidence ce qui ne pourra jamais être fondu en un peuple unifié : le Germain ne sera jamais slave, le catholique jamais orthodoxe et de plus les prolétaires ne deviendront jamais des aristocrates. Ce livre a été écrit après le calvaire de Sarajevo mais l’intrigue raconte l’histoire des Balkans avant cet épisode dramatique, comme si l’auteure avait voulu nous rappeler que ce drame était tout à fait prévisible et que la tentative de cohabitation était une bien funeste utopie. En rappelant les grands massacres, les exactions et les trahisons qui ont jalonné l’histoire des Balkans et dans lesquels les deux familles n’ont pas été toujours innocentes, l’auteure illustre bien la position que les nationalistes de tout bord défendaient et défendent encore. Ce livre a provoqué quelques remous à sa publication, chacun appréciera les faits et les positions exposés par Ljiljana Habjanovic-Durovic.


Un livre engagé qui montre une famille et un peuple broyés par l’histoire à la frontière de deux mondes que tout a toujours opposé, même la plus atroce des horreurs. La réconciliation n’est pas plus facile entre ces peuples qu’entre la fille abandonnée et le père qui a certes compris tout ce qu’il a perdu en rejetant sa fille, mais pas pour autant le mal qu’il a fait à sa femme et à leur enfant en les traitant comme des gitanes méprisables, indignes de sa famille.


 

« Ana Marija se moquait éperdument de la politique, des événements sociaux et historiques. La Yougoslavie ou l’Endehazie, la botte des Saloniciens ou les uniformes noirs des oustachis, le fascisme ou la démocratie bourgeoise, le prince de Savoie, duc de Spolète, le général von Horstenau, le poglavnik Pavelic ou un quelconque Karadjordjevic – tous ces funestes dilemmes qui ravageaient les âmes et les esprits en ces années cruciales, en ces années de choix décisifs, en réalité ne l’avaient jamais guère effleurée ».


Denis BILLAMBOZ

 

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16 août 2014 6 16 /08 /août /2014 07:45

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Elles nous ont fait ce que nous sommes, au long de nos enfances, ces petites choses de la vie. Souvenez-vous, c'était hier, l'école et son pupitre, l'encrier qui tachait les doigts, les cahiers ramassés à la hâte, le cartable un peu lourd, le chemin qui vagabondait entre les champs, le clair de lune qui nous faisait rêver et la marguerite que l'on effeuillait en secret ; oui, c'était hier et ce sont toujours ces joies si modestes qui font le temps léger et l'humeur joyeuse ou mélancolique, ces riens qui ont tissé nos heures et reprisé nos peines. Aussi rendons-leur ce qu'elles nous ont donné par l'insistance du regard ou la magie des mots.

 

C'était un temps délicieusement lent,
on se tenait serré comme une meute d'enfants.
Nous avions des refuges, des territoires
pour braconner les songes,
des goélettes ancrées en des ports défunts.

Lorsque la souffrance se défroissait
les bambins, un à un, venaient se coucher dans ses plis.
Ils avaient oublié leurs visages dans les feuilles
et ne savaient quel voyage poursuivre ;
dans quel château hanté s'ébattent les licornes,
vers quel contre-jour on navigue.

Ce chemin, à l'orée, est celui
où, sans fin, je reviens.
Il y aurait mille possibilités de se perdre.
Passez votre route, dit le sage.
Ne vous inquiétez pas de savoir où elle conduit.
Ailleurs n'est jamais autre part qu'en soi.

 

 

Naguère j'aimais à te voir venir parmi les haies de lauriers et de symphorines. Tu ressemblais à un pèlerin. Les senteurs printanières se ramassaient sous les branches, on s'enivrait d'un chant de tourterelle, d'un baiser.
La vie avait les mêmes couleurs que l'enfance. Lentement elle nous envahissait. Nous passions des heures à deviner ce que le monde oubliait de nous montrer, des heures à surprendre l'irréalité.
Le soir s'allongeait contre la hanche d'une colline. Des murmures nous laissaient croire qu'autour de nous dansaient quelques anges candides. Paix à ceux qui entendent. Nos paroles se mêlaient au soliloque des blés.

 

 

Ne dis rien. Préservons ensemble
le temps qui dort,
tenons à l'abri la songeuse espérance.
Au dehors, laissons le bruit battre à la vitre,
l'horloge égrener son chant funèbre,
écoutons le râle de la mer et les vents, venus d'ailleurs,
nous bercer de la complainte des lointaines terres.

D'autres eaux plus vivantes nous emporteront.
Nous baisserons les yeux
Et la rive laissera gémir ses ronces.
Nous y poserons le pied,
sachant que nous n'arrêterons plus de marcher.
Avec le temps, nous composerons un tissage,
Dont la trame guerroiera avec les éclairs
Dans le vent.

 

Nous avançons et nos rêves
Sont comme des faucons sur nos poings.
Ils savent mieux que nous où nous allons.
En nos terres de chasse, ils nous précèdent.
Ils ont inventorié nos appeaux,
Ils ont l'oeil que nous n'avons pas,
La force que nous n'osons libérer.
Nous pourrions les suivre
Mais, au-delà du seuil, est l'inconnaissable
Que nous n'osons nommer ...

 

Les pluies ne nous apaiseront pas.
Nous nous laisserons mener par elles
Vers des pays de lacs et de brumes.
On y vendange un vin noir que nous boirons,
On y moissonne des chagrins d'hiver
Et nous y vieillirons parmi des arbres
Aux anxieuses ramures.


Nous saurons un matin nous éveiller ensemble,
sans rien attendre de l'empire des songes,
nous tisserons notre destin
qui nous fera aigle ou colombe.

Lorsque nous aurons cessé d'aimer,
Une félicité curieuse nous gagnera.
Nous aurons lavé jusqu'au revers de nos mémoires,
Et l'enfant, sans bruit, au jardin,
Ira ensevelir nos ombres.


 

             Extraits de mon recueil de poèmes "  Profil de la nuit, un itinéraire en poésie "

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

autres extraits de "Profil de la Nuit" :

 

Le coeur révélé

 

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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 07:43

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Surprenant ce texte rempli de cowboys et d’indiens, on croyait le genre disparu ou réservé aux écrivains des grands espaces, et pourtant Céline Minard nous montre que le roman épique a certainement encore un avenir dans la littérature française.

 

Faillir être flingué

Céline Minard (1965 - ….)

 

Dans ce récit Céline Minard lance ses mots dans une chevauchée fantastique, une chevauchée héroïque, à la manière de John Ford propulsant ses cowboys et ses indiens à la conquête de l’Ouest sur les traces d’Henry Hatahaway. Elle réinvente les westerns que j’ai connus quand j’étais adolescent, qui m’emportaient vers des horizons que je ne connaissais pas, vers un monde nouveau. Chaque page de ce livre fait surgir un cowboy aux airs de John Wayne ou de Robert Mitchum ou des Indiens sosies d’Anthony Quinn. Sous sa plume, la vaste plaine désertique s’anime, les cowboys se rencontrent, pactisent, échangent, se truandent, se dépouillent mutuellement, s’écharpent, s’entretuent… ,  - il est souvent plus facile de suivre les bottes ou les chevaux que leur propriétaire car ils changent trop souvent - les indiens épient, observent, découvrent, s’entretuent eux aussi, se font rouler, se vengent …,  la plaine est en effervescence, tout ce petit monde a besoin d’un lieu pour se ravitailler, pour se reposer, pour se défouler, pour se ressourcer … le campement devient un caravansérail à la mode américaine, un agglomérat de cabanes, de bicoques, un ramassis de tous les vices de la planète, une ébauche de rue,  les prémices d'une ville.


A travers sa geste épique, l’auteure décrit comment la rencontre avec les peuplades autochtones de tous ces « traîne-la-plaine » fuyant tous quelque chose qu’ils n’avoueront jamais, ou cherchant à satisfaire des appétits qu’ils n’ont pu combler ailleurs, constitue l’acte de naissance réel d’une nouvelle société, la civilisation du Far -West, pas seulement le Far-West des westerns mais aussi le Far-West qui est encore inscrit dans les gènes des nombreux habitants de ces régions du centre de l’Amérique pour qui la carabine ou le pistolet  est toujours une prothèse indispensable. Elle nous montre comment les Indiens ont reçu cette culture envahissante : « Ils avaient acquis et adopté le cheval en moins de deux générations, ainsi que les armes à feux et tout ce qui était susceptible de leur simplifier la vie » sans savoir qu’ils recevaient en même temps des microbes que leur organisme ne connaissait pas. Le pragmatisme des Blancs, leur appétit, leur avidité ne s’étaient pas dilués dans les grands espaces, bien au contraire : « Il se mit à rêver au commerce, à la diversité des denrées et des objets qui passent de main en main, à la valeur qu’ils acquièrent en changeant de civilisation, aux désirs prétendument variés et innombrables qu’il faut satisfaire». Le cadre était campé, l’Ouest virginal pouvait entrer dans la civilisation de la Grande Amérique des marchands.


Avec ce récit, Céline Minard réinvente le western épique, celui qui existait avant que les Italiens renversent la bouteille de sauce tomate dans les bobines et me détournent définitivement du genre. Elle chevauche désormais aux côtés de Dorothy M Johnson ou de Jack Schaeffer dont les romans ont fourni la matière à de nombreux scénarios  de grands westerns à succès. Si un jour, elle émigre en Amérique, elle sera vite classée dans la liste des écrivains des grands espaces, ceux qu’on appelle les écrivains du Montana qui pourrait être le cadre de ce récit. Le texte de Céline n’est pas seulement une folle épopée, frisant la parodie dans les plaines du Far West comme le chantait Yves Montand, c’est aussi un texte d’une grande richesse littéraire, excellemment documenté, dont le rythme ne fléchit jamais, courant les pages comme les chevaux courent la plaine même s’ils changent souvent de cavalier.


 Et si le roman avait encore un avenir ?

 

Denis BILLAMBOZ

 

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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 07:29

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S’il existait un ordre protocolaire parmi les sports équestres, le polo occuperait la première à titre d’ancienneté. Il a été non seulement le sport des rois et des princes, mais également celui des rajahs et des maharajahs, c’est-à-dire des riches et des puissants, si bien qu’il est paré, aux yeux du commun des mortels, d’une aura prestigieuse. L’historien Tabari  (838-923) relate de quelles manière le roi persan Darius III, qui vécut aux alentours de 330, admonesta Alexandre le Grand en l’assurant que ce sport conviendrait mieux à son inexpérience que ses activités guerrières. D’autres écrivains orientaux des IXe et Xe siècles nous décrivent les règles d’un jeu qui était bien connu de tout l’Orient. C’est, en effet, le plus ancien jeu de balle et de maillet du monde. La participation du cheval le différencie des autres jeux de balle et lui donne son originalité et sa beauté spectaculaire. Des peintures chinoises et persanes nous informent qu’il était le passe-temps favori des cours d’Asie et d’Asie Mineure. D’ailleurs, l’origine du mot vient du tibétain pu-lu qui signifie racine de saule, bois dans lequel on fabrique les balles.

 

Au XIIe siècle, on retrouve le polo dans la Grèce ancienne, tandis que l’auteur arabe Nakrisi se fait l’écho de l’impulsion donnée par le sultan égyptien El Nacer à tout ce qui a trait à l’élevage du cheval et aux sports équestres. Le polo était alors baptisé « balle à cheval ». Inconnu jusqu’alors du monde occidental, il fut découvert par les officiers de cavalerie de l’Empire britannique qui séjournaient en Inde dans les années 1850. Ce sport, qui convenait parfaitement à des cavaliers entraînés et aux poneys maniables qu’ils avaient à leur disposition, deviendra un de leurs loisirs préférés. Le premier club de polo fut fondé en 1859 par des officiers de l’armée indienne du Cachemire, fiers de redonner vie à leur héritage sportif. Puis, d’autres clubs se créèrent en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud et dans diverses régions de l’Empire britannique et les premières règles furent rédigées en 1875 à Hurlingham qui avait organisé le premier match l’année précédente.

 

Aux Etats-Unis, il fut introduit par un magnat de la presse et s’y implanta si bien et si vite que les deux Amériques s’enflammèrent à leur tour pour ce jeu et que la coupe des Amériques, qui oppose depuis 1928 l’Argentine aux Etats-Unis, est probablement le trophée de polo le plus convoité du monde.

 

Le polo a été inscrit cinq fois discipline olympique en 1900-1908-1920-1924 et 1936 et les membres, officiellement inscrits, sont environ au nombre de six cents en Angleterre, cent en France, deux mille cinq cents  aux Etats-Unis, six mille en Argentine, et les chiffres ne cessent de progresser. La réputation élitiste du polo subsiste, bien qu’il soit plus démocratique qu’il y paraît, et s’ouvre de plus en plus à une jeunesse aux moyens modestes. Bien entendu, le mécénat reste indispensable et repose sur des sponsorisations commerciales assurées par des fabricants de champagne, des joailliers internationaux, des marques automobiles de luxe qui bénéficient de l’image prestigieuse associée à ce sport.

 

On a souvent représenté le joueur de polo comme un beau et riche dandy qui menait grand train, était entouré de jolies femmes, et le souvenir laissé par un Aly Khan, un Rubirosa ou un Terrail n’y est pas étranger. Cependant, aucun play-boy ne pourrait envisager d’exercer un sport aussi difficile qui exige non seulement des qualités équestres, mais de l’endurance, de l’anticipation, d’excellents réflexes, de la concentration, de la souplesse et de la coordination dans les gestes, un sens du jeu en équipe, de la stratégie, voire même de l’agressivité. Aussi est-ce un travail à plein temps pour celui qui veut maintenir un handicap de 6-7 ou plus. D’ailleurs la plupart des meilleurs joueurs sont des professionnels.

 

Le polo est un jeu dans lequel deux équipes de quatre cavaliers s’efforcent d’envoyer une balle en plastique de 130 grammes dans le but adverse à l’aide d’un maillet. Il se pratique sur un terrain gazonné de 275 mètres de long sur 145 mètres de large, auquel s’ajoutent des zones de décélération. A chaque extrémité du terrain, deux poteaux distants de 7,30m font office de buts. Les joueurs, par souci de sécurité, portent un casque souvent muni d’une grille de protection et des genouillères. Les jambes des chevaux sont également protégées, leur crinière rasée, leurs queues tressées pour éviter que les mains des cavaliers et les maillets s’emmêlent dans les crins.

 

Les joueurs sont classés et reçoivent un handicap qui matérialise le niveau de leur jeu. Les débutants commencent à l’handicap -2 et les meilleurs mondiaux culminent à l’handicap 10. Deux arbitres à cheval officient sur le terrain, au plus près de l’action, mais, en cas de litige, peuvent demander l’aide d’un troisième qui se tient en bordure de terrain. Un match est divisé en quatre à huit périodes de 7 minutes 30 secondes entrecoupées de pauses de 3 minutes pour changer de cheval. Après chaque but (goal) inscrit, les équipes changent de camp et le jeu reprend par un lancer de balle au centre du terrain. A l’heure actuelle, la saison dure toute l’année : l’hiver en Floride, au Texas, en Californie ; au printemps en Angleterre ; en août à Deauville et, au début de l’hiver, en Argentine ; entre temps en Australie et en Nouvelle-Zélande. C’est le circuit du plus haut niveau.

 

En France, les meilleurs joueurs de ces dernières années furent les frères Macaire, dont le père a su relancer le polo après la dernière guerre, à Paris, Deauville et Vichy. L’association sportive « Polo de Deauville » fut fondée en 1892 et le duc de Gramont en devint le Président en 1907. Dans sa forme actuelle, le Polo de Deauville a été déclaré le 3 mars 1951 à la sous-préfecture de Lisieux. Sous l’impulsion de la comtesse Anne d’Ornano, de la chaîne Barrière et de Monsieur Zorbibe, fondateur de la « Lancel Polo Cup », le polo fait partie de l’image valorisante de la station normande. C’est sans contexte la vitrine internationale du polo français et le rendez-vous le plus élégant et le plus chic. Les présidents, qui se sont succédés depuis 1957, n’ont pas manqué de promouvoir cette renommée et d’y participer par leur prestige personnel. Ils eurent noms : duc de Gramont, baron Elie de Rothschild, duc de Noailles, Philippe de Nicolay, Jean-Paul N’Goumou Jikam et, depuis 2012, Philippe Bouchara.

 

Ainsi la coupe d’or de Deauville est-elle le tournoi français de plus haut niveau joué chaque année dans un cadre qui a toujours su mériter et maintenir sa réputation de luxe, de calme, d’ordre et de beauté.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
 

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