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5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 12:14

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On le sait, depuis plusieurs décades, la poésie traverse son purgatoire ou, mieux, vit dans les catacombes. Et pourtant notre époque ne manque pas de belles voix pour nous entretenir de l'essentiel et nous aider à traverses les apparences. Jean-Michel Maulpoix est de ceux-là. 

 

Jean-Michel Maulpoix, poète et écrivain né en 1952, sait mieux que personne saisir les émotions intimes, tout en centrant l’essentiel de ses textes en prose sur l’autre, le frère, l’amante ou l’ami, ainsi que sur le monde et les sensations fugitives qu’il suscite. Le poète s’emploie également à un travail sur la mémoire, là où s’ajoute à l’immanence un examen critique de soi-même, une quête soucieuse et une aspiration à l’autre versant des choses, ce versant  qui se veut étrange ou invisible. Homme du seuil, Jean-Michel Maulpoix tente de se maintenir en équilibre entre extérieur et intérieur, assumant sa perplexité et initiant une interrogation subjective afin de rester vivant, dans le flot énergique de la vie et, ce, malgré les affres d’un monde dont on ne parvient pas à assurer l’ordre.

 

«  Il s’agit d’une méditation tournée vers ce qui se dérobe ou ce qui nous échappe : analyser la substance de ce qui fait l’existence humaine dans ses aspects les plus impalpables et les plus secrets, chercher les points de rupture, les points d’équilibre, les coutures … Explorer l’intériorité à travers un motif choisi » - disait-il lors d’une interview.

 

Ce qui intéresse le poète est autant ce qui passe que ce qui dure, à condition que le souci de la langue soit respecté. Son diagnostic est sans complaisance : «  Tour à tour nous avons perdu le réel et l’imaginaire. Nous sommes les citoyens hébétés d’un univers inquiétant sur lequel nos actes semblent n’avoir aucune prise… » Aussi priorité est-elle accordée aux lieux d’espérance, le poème représentant une sorte d’état privilégié, un retour au beau langage sans pour autant céder aux affirmations péremptoires. Car le mystère demeure. Il est notre quotidien et mieux vaut procéder par approche et allusion dans le seul souci de sauvegarder le désir.
 

Je n’écris jamais que des commencements. Seule est émouvante la lisière des mots, le toucher hasardeux de la plume sur la page…

… La parole n’est pas en moi ce qui résiste, mais le roseau qui plie. Tout ce qui s’émerveille de subir.

L’aube, tel un livre de peu de mots.

Ecrire pour inventer à chaque fois une innocence. N’ayant sur terre qu’une place accidentelle, je parle en miettes. L’éphémère suffit à ma nourriture. Ma soif ne s’apaise pas.

 

Pour vous donner le goût de cette belle prose, je joins quelques extraits de : « Dans la paume du rêveur », mon recueil préféré :

 

Voici le poème revenu sur les épaules des anges. Au bout du long chemin d’images incroyables. Pâle, au sortir de la mine de neige.

Voici le mot qui fut le soc et la cognée. Voici la plume d’or. Et sur le tronc un long cortège de filles noires.

Arbres tressés de songes, linges et voix, tout l’amour à l’œuvre dans les chambres d’oiseaux.

 

Celui qui est assis dans l’herbe s’efforce de ne pas y croire. Chasseur toujours et menacé. Avide, scrutant l’obscur. Pourtant le cœur à neuf, prêt à cesser de battre.

 

Pour prendre connaissance de la liste des articles de la rubrique LITTERATURE,  cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles de la rubrique LITTERATURE

 

 

Et pour  consulter le site wikipedia consacré à l'auteur, cliquer     ICI

 

Voici, par ailleurs les autres articles consacrés aux poètes :


Jules Supervieille ou l'enfance de l'univers

Blaise Cendrars entre dans la Pléiade

Joe Bousquet ou l'horizon chimérique

René-Guy Cadou ou la rêverie printanière

Sabine Sicaud, l'enfant aux sortilèges

Alexandre Pouchkine ou l'empire des mots

Marie Noël ou la traversée de la nuit

Patrice de la Tour du Pin ou la liturgie intérieure

Milosz ou l'entrée dans le silence

Paul-Jean TOULET ou une poésie fantasque

Yves Bonnefoy ou recommencer une terre

Marceline Desbordes-Valmore ou le renoncement

 

 

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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 09:56

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Pour reprendre mes bonnes habitudes vagabondes, je vous emmène cette semaine dans l’archipel des Iles du Cap-vert à travers un livre que j’ai déniché dans l’excellente « Librairie portugaise et brésilienne » du Quartier Latin à Paris. C’est un peu Karen Blixen évadée sur la côte ouest de l’Afrique mais Teixeira de Sousa n’a pas le talent de la célèbre auteure danoise.

 

 

Un domaine au Cap-vert

Henrique Teixieira de Sousa (1919 – 2006)

 


 

Ce texte un peu répétitif, souvent redondant, qui peut paraître lent et long, incarne bien le rythme de la vie sur l’île de Fogo dans l’archipel du Cap-Vert où, au moment où se déroule l’histoire de ce domaine, la nonchalance et la résignation étaient souvent les meilleures armes à opposer aux difficultés de toutes sortes que la population devait affronter. Cette histoire est la chronique de la décadence et de la déchéance d’une famille blanche, qui symbolise l’ensemble de la population de l’île, obligée de transmettre morceau par morceau son patrimoine ancestral afin de financer l’installation de ses descendants hors de l’île ou pour que d’autres continuent à y vivre, mais  plus modestement.


Deux ans après l’éruption du volcan le 12 juin 1951, Eusebio enterre sa mère et prépare le partage de l’héritage familial, maisons, plantations de café et autres terres, entre ses sœurs, son frère et lui-même. Après ce partage, il abandonnera son commerce trop concurrencé par ceux des nouveaux commerçants mulâtres et se retirera à la campagne sur la propriété qu’il espère obtenir.


Quand les Blancs ont débarqué, l’archipel du Cap-Vert n’était pas peuplé mais ils ont rapidement amené des esclaves noirs pour cultiver leurs plantations. Des esclaves qu’ils ont traités durement, à l’exemple du fondateur de la famille d’Eusebio qui était particulièrement sévère avec les siens. Mais les relations entre ces deux populations se sont progressivement assouplies et les mulâtres ont peu à peu prospéré, même si la différence entre les deux communautés est restée assez sensible. Le cousin d’Eusebio ne peut pas supporter l’idée qu’un médecin noir, aussi bon soit-il, puisse courtiser sa fille qui risque de rester sans prétendant. « A partir du moment où l’on a accepté les mélanges dans la société, où les gens des grandes propriétés se sont alliés à ceux qui vivaient dans des cases, tout a commencé à aller de travers ». Teixeira de Sousa a écrit la chronique de cette population blanche amollie par la consanguinité, confinée sur un territoire exigu et éloigné de tout, qui voit son pouvoir progressivement passer dans les mains des mulâtres plus dynamiques, plus entreprenants, plus ouverts aux idées et techniques nouvelles et plus aptes à gérer et à assurer les changements nécessaires dans cette île restée trop longtemps repliée sur elle-même, figée dans les structures sociales ancestrales instituées par les ancêtres des colons blancs.


Ce texte est aussi une excellente présentation de l’île de Fogo, de sa géographie, de son milieu, de sa son histoire, de sa vie sociale et de toutes les difficultés que rencontre la population sur ce territoire isolé, abandonné par ses élites et oublié par la métropole. « Ce sont les sécheresses cycliques, la plaie des sauterelles, le vent d’est, la mer qui nous entoure et parfois nous engloutit, l’isolement, l’abandon, …. »Fogo vit au rythme de ces calamités et elle n’est qu’une des îles de l’archipel, elle n’est pas la principale. Dans de telles conditions, les enfants des propriétaires blancs préfèrent quitter l’île pour étudier au Portugal ou travailler sur le continent, en Afrique ou en Amérique principalement. Lui, Eusebio, il ne veut pas déserter, il veut maintenir la tradition des familles patriciennes, propriétaires qui ont un devoir envers l’île et sa population. « Les Blancs formaient une élite qui ne pouvait pas disparaître. Ils ne pouvaient pas renoncer à leur position ni à leurs responsabilités sociales et morales à l’égard des gens humbles ».


 « Peu à peu la classe supérieure disparaissait pour laisser place aux mulâtres et à leur ignorance et leur vulgarité. La société de Fogo se transformait peu à peu en un ragoût immangeable ». Et l’auteur a déposé ce texte chez son éditeur, la veille du déclenchement de la Révolution des Œillets, la veille d’un autre changement…

 

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS


 


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31 janvier 2014 5 31 /01 /janvier /2014 09:30

36543815--Small-.jpg Abbaye de Beauport

 


J'ai toujours pensé que partir c'était renaître un peu et chacun de mes voyages n'a fait que confirmer ma conviction qu'il n'y a rien de tel que de rompre les amarres pour se ressourcer, se restaurer intérieurement et s'ouvrir à de nouvelles perspectives. Ce lundi 2 juillet, mon mari et moi mettions le cap vers la Bretagne, très précisément sur Paimpol, où depuis que nous avions vu l'émission  "Les racines et des ailes" consacrée à la région, nous souhaitions la visiter au plus vite en nous fixant plusieurs jours dans un manoir/chambres d'hôtes* non loin du port, à Kerbors. Ce lieu va se révéler des plus plaisants, d'une part parce que cette demeure du XVIIe siècle a été magnifiquement restaurée par Françoise et Jean-Marie Maynier, d'autre part parce que les jardins, qui l'environnent, alternent harmonieusement pelouses, buissons de fleurs, arbres rares et pièce d'eau et sont en soi un pur enchantement.


br2200005a.jpg Manoir de Troezel-Vras - chambres d'hôtes

 

Une fois nos valises posées, dès le lendemain matin, nous partions à l'assaut de notre premier objectif : l'abbaye de Beauport sise en baie de Paimpol, face à l'archipel de Bréhat. Celle-ci est un témoignage étonnant de l'architecture religieuse en Bretagne. Son histoire remonte au XIIIe siècle où les chanoines de l'ordre de Prémonté vont modeler ce lieu jusqu'à la Révolution. Son nom de Beauport ou Bellus Portus dit bien son exceptionnelle dimension littorale. Elle fut ensuite un centre d'accueil des Pèlerins se rendant à Saint Jacques de Compostelle, puis un comptoir de commerce et d'économie maritimes. Pendant trois siècles, les chanoines poursuivront les constructions et aménagements en duo avec les jardins de roses et d'agapanthes, les vergers de figuiers et de pommiers à cidre, ainsi que les prés salés et l'activité d'un port abrité. Construite sur une colline surplombant le magnifique paysage de la côte, le dénivelé fut habilement utilisé dans l'organisation des bâtiments ; le cloître, l'église et les pièces principales furent construites sur les hauteurs afin de bénéficier de la vue ; les pièces servantes, cellier et salles secondaires, érigées en-dessous, au niveau du jardin et des dépendances. De style gothique, l'abbaye est aujourd'hui en ruine mais des ruines d'une beauté intemporelle qui font corps avec son environnement, si bien que l'on imagine sans peine les volumes de jadis en visitant le cloître végétalisé ou l'église à ciel ouvert qui jouent l'un et l'autre avec la lumière et les somptueuses couleurs de la nature.

 

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 La borne km0 pour Compostelle                                            La salle capitulaire

 

2655_abbaye-de-beauport_paimpol--Small-.jpg  Le cloître dans son cadre bucolique

 

C'est en 1862, et suite aux démarches de Prosper Mérimée et à l'initiative du comte Ponïnski, que l'ensemble fut classé monument historique, après qu'il ait été longtemps propriété d'une famille qui n'avait plus les moyens de l'entretenir et ait subi les pillages et destructions qui faisaient suite à la Révolution. En 1992, le site a été acquis par le Conservatoire du littoral et d''importantes restaurations ont pu être effectuées en collaboration avec le Conseil général des Côtes d'Armor.

Un chemin mène au rivage qui offre au regard une série de criques, d'anses, de pointes, avec de superbes perspectives sur l'océan, côte du Goëlo qui invite à remonter les siècles jusqu'au temps d'Alain Barbe-Torte, qui guerroya contre les Normands en 917, ou à les descendre puisqu'en 39/45 elle abrita les aviateurs alliés acheminés clandestinement  d'ici vers la Grande-Bretagne. On décèle, depuis ce contre-bas, la puissance de l'abbaye qui avait juridiction sur treize paroisses et dont les bâtiments, disposés autour d'une cour intérieure, ont toujours grande allure, surtout vus de loin et dans son extraordinaire décor maritime.

 

D_-20Halleux-202.jpg L'abbaye et son environnement maritime

 

A quelques kilomètres de là débute le sentier des Falaises, assez sportif car caillouteux, mais que les amoureux de la randonnée ne doivent pas manquer, car il serpente dans le silence de la lande parmi les fougères et les bruyères mauves en offrant des points de vue grandioses sur cette large échancrure côtière fermée au loin par le cap Fréhel avec, tout au long, des plates-formes parsemées d'écueils et découpées à souhait. Quant à Paimpol, la ville doit sa célébrité et sa réputation à son activité portuaire. Si, de nos jours, le vent de l'aventure ne gonfle plus les voiles des goélettes, ce chef-lieu de canton continue à jouer la carte maritime grâce à son bassin à flot et sa marina très fréquentée. Bien sûr, nous sommes loin des pécheurs d'Islande qui ont inspiré des écrivains comme Pierre Loti ou des compositeurs comme Théodore Botrel, dont le mérite a été d'ancrer dans la mémoire collective l'épopée des marins ferrant la morue à Terre-Neuve et aux abords de l'Islande. Une épopée, dont les chapelles, les sanctuaires présents partout, ont vocation à perpétrer. C'est pourquoi l'eau est si omniprésente dans la mythologie celtique. A toute époque, il semble que l'Armorique ait été vouée aux divinités de l'au-delà et aux âmes errantes, celles des marins disparus en mer. Les marais, les gorges où s'encaissent les rivières, les chaos de roches ne sont-ils pas, selon l'histoire et les légendes qui s'égarent sur la lande, les lieux fréquentés par ces âmes absentes ? Jamais, en pays breton, le souci de la destinée n'a laissé l'homme au repos. Il s'en inquiète constamment et cette inquiétude des heures dernières n'a point manqué de laisser son empreinte dans le moindre calvaire, le moindre enclos paroissial, la plus humble chapelle. Partout les éléments, la terre, la mer, le ciel forment avec l'ouvrage local de l'homme un territoire à part et, par conséquent, sacré.

 

chateau-de-la-roche-jagu-vue-aerienne-3.jpg  Château de la Roche-Jagu

 

Notre dernière visite de la journée sera pour le manoir-forteresse de la Roche-Jagu situé dans l'une des boucles de la rivière du Trieux, dont les rives sont enveloppées de verdure. Il se dresse au sommet d'une falaise, austère et élégant, offrant une vue exceptionnelle sur la vallée et proposant aux visiteurs le charme de ses jardins. Il fut édifié au XVe siècle par Catherine de Troguindy à l'emplacement d'un ancien château-fort, ne conservant de l'ancien que la partie manoir, ce qui lui donne une allure plus légère malgré sa grande sobriété. La campagne alentour est superbe, lieu d'une intense agriculture avec, ici et là, les frondaisons d'un parc résidentiel et une végétation exubérante où que vous posiez le regard. Fourbus, nous sommes heureux au retour de retrouver notre chambre et table d'hôtes où le dîner, préparé avec les produits locaux, se révélera un régal.

 

* Pour tous renseignements complémentaires sur le manoir/chambres d'hôtes de Troezel-Vras, cliquer   ICI 

 

Autre articles consacrés à la Bretagne :

 

Ile de Bréhat - la perle rose          Houat ou la Bretagne insulaire         

 

Le cycle arthurien et la forêt de Brocéliande        Le Golfe du Morbihan, terre de légende

 

 

 

  MANOIR-DE-TROEZEL-VRAS.jpg salle-a-manger.jpg

                                                    Au manoir de Troezel-Vras

 

 

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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 10:52

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Voilà une saga familiale passionnante qu’on lit d’une traite et qui a le mérite de ne pas se réduire à l’histoire d’une famille, mais de rendre compte d’une époque, ce que parvient à faire remarquablement Dominique Bona, académicienne depuis le 18 avril 2013 au fauteuil de Michel Mohrt, dont la documentation est toujours d’une grande  richesse.

 

Cette biographie des sœurs Lerolle, Christine et Yvonne, icônes de l’impressionnisme, aussi mythiques que les Danseuses de Degas, devenues pour leur malheur les épouses des frère Rouart, englobe le monde artistique d’un Paris de la Belle Epoque qui avait la chance d’être un véritable vivier de talents. Ces sœurs Lerolle apparaissent sur une célèbre toile d’Auguste Renoir, l’une vêtue de rouge,  délicieusement mutine avec son petit nez retroussé et sa bouche souriante, l’autre habillée de blanc, grave et appliquée – c’était une excellente pianiste – et ce portrait est le départ d’un récit qui nous mène au cœur d’une société bourgeoise certes, mais ô combien artiste et intelligente, où se côtoient des peintres comme Corot, Degas, Renoir, Lerolle père, Berthe Morisot, Maurice Denis, Odilon Redon, Jacques-Emile Blanche, des musiciens tels Ernest Chausson, Debussy, Ravel, des écrivains du nom de Mallarmé, Gide, Cocteau, Valéry, Claudel, Mauriac, Maritain, artistes et poètes ayant fait des alliances les uns avec les autres, ainsi Paul Rouart épousera-t-il Agathe Valéry, de même que Julie Manet, fille de Berthe Morisot et d’Eugène Manet, se mariera-t-elle avec Ernest Rouart, élève de Degas.

 

Nous découvrons également, dans ces pages, un Ernest Chausson, élève de César Franck, sensible et original, néanmoins assujetti aux règles et aux rigides principes de son maître qui opposait aux dons naturels d’élégance et de clarté du jeune Ernest, la rigueur sentimentale à la base de son esthétique propre. Chausson, compositeur inquiet et modeste, sera également un amoureux des peintres et rassemblera une importante collection d’estampes japonaises comme le fit Monet. Odilon Redon sera par ailleurs l’un des phares de sa collection. Henry Lerolle, qui considérait Chausson comme un frère, ne peindra plus après la mort brutale de son ami.

 

Grâce à Dominique Bona à laquelle nous devons un Romain Gary, un Stefan Zweig, un Berthe Morisot parmi ses ouvrages les plus connus, nous abordons un univers à jamais disparu mais dont la nostalgie vous envahit tant il est peuplé de caractères forts, de personnalités riches et contrastées, d’amitiés, voire d’amours, fidèles ou tragiques, de destins hors du commun. Les Lerolle sont des gens délicieux avec cette figure emblématique du père, Henry Lerolle, peintre officiel dont on peut encore admirer les fresques à la Sorbonne et à l’Hôtel de Ville de Paris. Son hôtel particulier de l’avenue Duquesne fut un haut lieu de la culture et un rendez-vous incontournable pour les génies de son temps. Lui et Henri Rouart, le beau-père de ses filles, furent l’un et l’autre de véritables mécènes et la vente de leurs collections des événements internationaux qui ont fait le bonheur des plus célèbres musées du monde. On doit à ces amateurs d’art d’avoir aimé et encouragé, dès leurs débuts difficiles, les impressionnistes, de les avoir inspirés, encouragés, entourés, épaulés. Proust évoquera avec admiration «  les Corot des frères Rouart » dans sa préface aux souvenirs de Jacques-Emile Blanche : ils font partie de ces nostalgies du temps perdu.

 

Dominique Bona n’oublie pas de souligner que  rarement pareils collectionneurs ont été à ce degré éloignés de l’esprit de spéculation. Henri Rouart a acheté ses œuvres uniquement par instinct et opiniâtreté, parce que l’art réjouissait son œil et apportait à sa vie austère ( il était veuf ) une saveur incomparable. Et l’auteure ajoute : «  Il aimait vivre dans le chatoiement des couleurs, au milieu de ces visions originales et diverses, choisies avec un soin amoureux, dans l’excitation de la découverte. » Cette collection composée avec amour – comme celle de Henry Lerolle -  qu’il montrait volontiers, ouvrant sa porte à ceux qui voulaient communier dans le même enchantement, était celle d’un amateur éclairé qui ne s’embarrassait pas plus de préjugés de mode que de considérations spéculatives. Il l’avait toute entière bâtie selon son cœur.

 

Ainsi les Lerolle et les Rouart sont-ils au centre de ce livre et forment-ils le noyau dur d’une époque artistique foisonnante. Aujourd’hui encore, l’Académie française compte un Rouart dans ses rangs : Jean-Marie. Lignées d’artistes qui n’ont cessé d’évoluer dans le cercle magique de l’art « mais dont la société heureuse et fortunée a basculé dans le passé ».

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 09:11

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Quel plaisir de vous présenter ce livre qui fait un peu partie de ma vie, il évoque ma région, mon histoire, la culture et des traditions qui subsistent encore aujourd’hui dans la mémoire populaire locale. J’espère que je vous donnerai envie de le lire et d’aimer mon coin de France qui n’était pas encore en France à l’époque des faits.

 

                                  Du domaine des Murmures

                                  Carole Martinez (1966 - ….)

 

O bonheur ! Ce livre avait tout pour me plaire, l’intrigue se déroule à quelques kilomètres de ma maison natale et les personnages qu’il met en scène pourraient sortir directement des manuscrits que j’ai dépouillés pour rédiger mon mémoire de maîtrise. Sur les bords de la haute Loue, en 1187, la fille du maître du domaine des Murmures, Esclarmonde, doit épouser le fils cadet d’un seigneur des environs mais, au moment de donner son consentement devant l’archevêque, elle refuse ce mariage en se tranchant une oreille. Elle déclare qu’elle veut consacrer sa vie au Christ et demande d’être emmurée dans une cellule jouxtant la chapelle dédiée à Sainte Agnès, elle aussi réfractaire au mariage pour la même raison. Son père est aussi désolé que le prétendant à la main de la belle et renie sa fille devenue une icône vivante pour tous les habitants de la région et les nombreux pèlerins qui transitent à cette époque sur les routes vers Saint Jacques de Compostelle  ou d’autres lieux de recueillement ou plus trivialement de commerce. L’affaire prend une dimension plus extraordinaire encore quand la recluse accouche d’un bébé que certains prennent pour un ange et d’autres pour la preuve d’une faute commise avant la claustration.

C’est donc avec grand plaisir que je suis entré dans ce texte où j’ai retrouvé des lieux connus, des personnages que j’ai étudiés, des événements que j’ai relatés dans mon mémoire, des légendes que j’ai entendues ou que j’ai lues, un vocabulaire que je n’ai pas pu oublier, et beaucoup de détails et de petites choses qui m’ont laissé penser que l’auteure connaissait bien l’histoire médiévale en général et plus particulièrement l’histoire et la tradition locales. Ils ne sont pas nombreux ceux qui peuvent mettre en scène Berthe de Joux, la célèbre prisonnière du château pontissalien, la Vouivre qui n’est jamais nommée mais qu’on reconnait aisément, la tradition des « brandons » encore vivante à Mouthier-Hautepierre, Thierry II de Montfaucon, l’archevêque bisontin mort à la croisade et d’autres encore.

Avec cette intrigue, Carole Martinez m’a ramené quarante ans en arrière quand j’étais encore un étudiant insouciant et fêtard qui se passionnait cependant pour l’histoire médiévale et surtout pour ce merveilleux treizième siècle, celui de « l’Europe des cathédrales » selon la formule chère à Georges Duby, à l’aube duquel elle situe son histoire. J’apprécie le cheminement de son intrigue qui nous montre combien, à cette époque, la vie d’après était plus importante que la vie d’ici bas, comment le « merveilleux » puisait ses racines dans un obscurantisme religieux fervent mélangé à des reliquats de croyances païennes fortement ancrés dans la mémoire collective, comment ces populations qu’on croyait isolées étaient en contact avec le monde entier pour échanger des biens et des idées, une emmurée pouvait ainsi communiquer avec tout l’Occident chrétien sans téléphone, ni réseau social.

J’avais retrouvé un univers qui m’est cher mais hélas l’auteure a jugé bon d’envoyer certains des protagonistes de son histoire à la croisade avec Barberousse pour expier, comme il était d’usage à cette époque, les fautes qu’ils avaient commises. Carole ne triche pas avec l’histoire, cette croisade a bien eu lieu, c’est la troisième, elle fut une véritable déroute pour la partie qui concerne Frédéric Barberousse qui y laissa sa vie comme Thierry II l’archevêque de Besançon, mais elle nous embarque dans un récit grandiloquent et pathétique alors qu’il aurait dû être épique et mythologique. Quel dommage, cet épisode est vraiment une ombre sur ce récit qui évoque si bien cette période où un syncrétisme entre religion chrétienne et croyances païennes dominait encore le monde sans se soucier des puissances économiques qui se mettaient déjà en place.

On peut aussi remarquer, dans ce texte, qu’à cette époque, les femmes avaient pris le pouvoir abandonné par les hommes partis expier leurs péchés en délivrant le trône du Christ et que l’auteure en profite, au moment d’un vaste débat sur la maternité et la paternité, pour valoriser les relations biologiques entre la mère et l’enfant qui était souvent retiré à ses géniteurs pour être confié à une nourrice, puis à un seigneur voisin.

« Que cherchai-je donc en entrant entre ces murs ? L’extase mystique, la proximité de Dieu, la splendeur du sacrifice ou la liberté qu’on me refusait en m’offrant en mariage ? » Elle ne savait pas ce qu’elle cherchait mais elle a trouvé cette belle page de sagesse qu’elle nous laisse en héritage : « Le monde en mon temps était poreux, pénétrable au merveilleux. Vous avez coupé les voies, réduit les fables à rien, niant ce qui vous échappait, oubliant la force des vieux récits. Vous avez étouffé la magie, le spirituel et la contemplation dans le vacarme de vos villes, et rares sont ceux qui, prenant le temps de tendre l’oreille, peuvent encore entendre le murmure des temps anciens ou le bruit du vent dans les branches. Mais n’imaginez pas que ce massacre des contes a chassé la peur ! Non, vous tremblez toujours et même sans savoir pourquoi ».


Denis BILLAMBOZ

 

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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 09:27

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                               Saint-Maur et Jean Cocteau                                         

 

Samuel Saint-Maur est né à Bordeaux en 1906 d’un père médecin de campagne dans le Berry et d’une mère décédée jeune. Dès sa plus tendre enfance, il éprouvera une vocation impérieuse, celle de l’art, si bien que cet élève de l’école d’hydrographie, lieutenant au long cours à l’âge de 20 ans, le choisira-t-il bientôt comme voie étroite et chemin aride. Pourquoi ? Sans doute parce que la lecture de Rimbaud vient de le marquer d’un sceau impérissable. Poète, il eut aimé l’être. Mais cette muse n’était pas la sienne. Qu’à cela ne tienne, il sera peintre, alchimiste, poète à ses heures, délivré des amarres, libre. Et il tint promesse. Epris d’espace et d’aventure, dans le sens le plus noble du terme, Saint-Maur ne conçoit l’homme que pétri d’absolu, ange blessé et captif qu’on a, un instant, détourné de son rêve. Aussi l’œuvre conjuguera-t-elle toujours deux impératifs : en cherchant à toucher chacun d’entre nous dans ce qu’il a de plus intime, il tentera de l’atteindre dans ce qu’il a de plus universel.

 

Son père lui ayant coupé les vivres à la suite de sa rupture avec la marine alors qu’il est marié et qu’une petite fille vient de naître, il installe son atelier sur une péniche, la première galerie flottante de Paris et va connaître avec sa jeune femme des années de misère. Celle-ci mourra d’ailleurs d’épuisement peu de temps après la naissance de leur seconde fille. En 1935, Saint-Maur fonde l’association de l’Art Mural, dont il sera le président à vie, de façon à replacer l’artiste au centre de la société, et sera également l’initiateur de la loi du 1%, loi qui ne sera votée qu’après la guerre sous le ministère d’André Malraux et permettra à nombre d'artistes de se voir confier la décoration de bâtiments publics. Par l’art mural, Saint-Maur cherchait à transmettre aux hommes de toutes races et de toutes conditions un message métaphysique grâce à un langage simple et universel. Selon lui, l’art devait être rédempteur et atteindre l’esprit par le cheminement des sens et l’impact de la sensibilité. « Malheureusement - soulignera-t-il - la plupart des artistes ne surent réaliser ce genre de travail, tant ils étaient habitués à la cuisine de la peinture de chevalet ». Déjà, par la rigueur de ses compositions et l’importance des œuvres entreprises, le sculpteur se devinait sous les traits du peintre, mais il faudra attendre encore vingt ans pour que cette seconde vocation se précise. En 1938, devenu veuf, Samuel part pour l’Inde, puis prolongera son séjour en Indochine et en Chine où il sera retenu par la déclaration de guerre de 1939. Ce très long séjour en Asie sera pour lui l’occasion de renouveler l’art de la laque et son inspiration : «  Le dessin chinois étant métaphysique, il suffit à exprimer tous les états d’âme avec un seul trait, ce qui est le summum de l’art graphique. » - écrira-t-il.

 

 

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Ainsi le peintre tend-t-il désormais vers l’épure. A Hanoï, il crée une laquerie et renouvelle cet art millénaire par l’apport de nouveaux pigments au coromandel. Comme l’influence de Rimbaud avait défini l’orientation de sa vie, l’art de la Chine l’initie à un graphisme dépouillé de tout vain bavardage, expression du signe pur et essentiel. Cette période chinoise est certainement l’une des plus sereines de sa vie, celle où son talent s’exprime avec le lyrisme le plus chaleureux et le plus délicat ; il est vrai qu’auprès de ses compagnons chinois ou indochinois, il rencontrait une intuition de l’art extraordinairement précise et juste, et un respect de l’artiste qui le réconfortait.

 

Après avoir été professeur d’histoire de l’art à l’université de Calcutta, il rentre à Paris en 1946 et expose ses laques au musée Cernuschi. En 1949, il participe au 4ème salon de l’Art Mural au Palais des Papes en Avignon. Dès lors, il aborde l’abstraction lyrique, puis constructiviste qui le conduit peu à peu vers la sculpture et la recherche d’un matériau alliant tradition et modernité. Novateur et pionnier, il intègre à l’art les polyesters chargés et colorés qu’il nomme "polybéton", matériau plastique composite qu’il utilise à la manière d’une argile synthétique afin de modeler ou habiller ses structures. Voici que l’alchimiste rentre en symbiose avec l’artiste pour dépasser les limites de son art : fusionner avec la matière afin de mieux la domestiquer. Ainsi le polybéton devient-il sculptures, bas-reliefs, meubles ; la mousse de polyuréthane, sculptures habitables, véhiculant une pensée philosophique et cosmique qui s’articule autour de deux pôles : matière et esprit, énergie et sensibilité, être et univers, l’ensemble souligné par une écriture qui ne cesse de se dépouiller au service d’un message profondément social et humain. C’est en 1969, sur le thème de la Science au service de l’Art qu’il crée en huit jours, devant la télévision, la première sculpture habitable, réalisation qui en surprend plus d’un et sera suivie de conférences et démonstrations aux Etats-Unis, au Canada et au centre Le Corbusier de Zurich. Toujours dans le souci de lier l’art à la vie quotidienne de l’homme et afin de répondre aux besoins urgents des logements par une architecture de consommation, il étudie avec des industriels différents projets de bungalows et d’îles artificielles. Sa grande idée était que l'on puisse adapter son habitat à ses nécéssités propres et que toutes les formes deviennent possibles sans les contraintes inhérentes au béton. Il aura de nombreux imitateurs.

 

 

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Jusqu’à la fin de sa vie, Saint-Maur travaillera sans relâche avec l’application d’un artisan et la fièvre du créateur harcelé par sa création. Il avait élu domicile sur une péniche ancrée près de Louveciennes et y avait érigé son habitacle en polyuréthane que les japonais se plaisaient à photographier. Inventif comme peu d’être le sont, il fut souvent jugé inconstant car il se diversifiait sans doute trop, débordé par son imagination, assailli par ses idées. Au retour d’un séjour aux îles Comores, il sera victime d’une terrible crise de paludisme, paludisme qu’il avait attrapé en Indochine, et décédera le 7 décembre 1979. En un parcours artistique de 60 années, il aura presque tout abordé sans jamais être l’homme d’aucune école : les arts plastiques, les décors de scène, la peinture murale et de chevalet, la calligraphie, la laque, la sculpture, l’architecture dans une œuvre pleine et généreuse et un souci constant d’humanisme.  Cette œuvre qui a su user du vide et de la transparence n’en est pas moins traversée par une formidable énergie. Elle ne cesse de rendre témoignage d’un monde en mutation, d’interpeller notre regard et notre intelligence, de circonvenir nos habitudes, afin de nous conduire à plus de transcendance. Elle est de tous les âges et de tous les lieux et pose toutes les interrogations. A elle s’adressent les paroles du poète Yves Bonnefoy :

 

Regarde, diras-tu, cette pierre.

Elle porte la présence de la mort.

Lampe secrète c’est elle qui brûle sous nos gestes,

Ainsi marchons-nous éclairés.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 08:41

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Poète inclassable né à Montevidéo en 1884, Jules Supervieille a usé dans son œuvre poétique d’intonations discrètes et chuchotantes qui conviennent particulièrement au mystère inhérent à l’homme qu’il se plût à sonder. Ses parents, d’origine française, s’étaient éloignés du pays natal pour fonder la banque Supervieille de l’autre côté de l’Atlantique. Il les perdra très tôt. Lors d’un voyage, ils seront empoisonnés par une eau saumâtre et décéderont dès leur arrivée en France pour leurs habituelles vacances d’été. Le petit Jules n’a pas un an et sera recueilli par sa grand-mère d’abord, un oncle et une tante ensuite qui lui assureront une enfance heureuse et stable. Jules commença à composer ses premiers poèmes dès ses 15 ans et fera ses études au lycée Janson-de-Sailly, retournant  assez régulièrement en Amérique du  Sud, puis, son baccalauréat en poche, poursuivra des études de lettres et de droit en Sorbonne et commencera une thèse sur « le sentiment de la nature dans la poésie hyspano-américaine ».

 

Claude Roy écrira à son propos : «  Il lui fallait être orphelin très tôt et donc en quelque sorte délaissé ; il lui fallait l’émigration et le goût des espaces, la mer et la pampa ; il lui fallait un cœur fragile, malade, douloureusement et doucereusement intermittent ; il lui fallait le mystère éclatant et vivace de l’enfance près de soi et de la paternité nombreuse ; il lui fallait la vie de Jules Supervieille pour devenir Supervieille… »

 

Et, en effet, il fut un adulte souffreteux, un tant soit peu hypocondriaque, un mari attentionné auprès de son épouse uruguayenne, Pilar, avec laquelle il aura 6 enfants. N’ayant pas de souci d’argent grâce à la banco Supervieille, il mènera son existence à son gré entre la France et l’Amérique, collaborant aux revues françaises grâce aux amitiés qu’il saura tisser avec Gide et Valéry, Jacques Rivière, Paulhan, Arland, Etiemble et Michaux.

 

En 1900, il avait publié à compte d’auteur une première plaquette de vers dont le titre était « Brumes du passé » qui nous le montre en proie à un apprentissage difficile. Mais il trouvera vite sa voie et sa voix de poète, peut-être celle qui est parmi les plus chers aux lecteurs français, simplement parce qu’elle répond parfaitement à l’idée naturelle que nous avons de la poésie et parce qu’elle nous propose un monde traversé par l’idée de la mort mais infiniment vivant et luxuriant.

 

Où courent ces lièvres, ces belettes,

Il n’est pas de chasseur encore dans la contrée,

Et quelle peur les hante et les fait se hâter,

L’écureuil qui devient feuille et bois dans sa fuite,

La biche et le chevreuil soudain déconcertés ?

 

Sa santé chancelante lui fait connaître bientôt le prix de la vie et sa précarité et on peut dire que son œuvre est celle d’un vivant habité par la mort. S’il interroge les ténèbres, c’est probablement pour rendre plus proches encore les compagnons de sa vie :

 

Mémoire des poissons dans vos criques profondes,

Que puis-je faire ici de vos lents souvenirs,

Je ne sais rien de vous qu’un peu d’écume et d’ombre

Et qu’un jour, comme moi, il vous faudra mourir.

 

Dans ses yeux de poète, le monde restera toujours une merveille à découvrir, un jardin fabuleux ou un univers géographique avec sa faune et ses minéraux, ses végétations terrestres et marines, ses innombrables floraisons, ses fraîcheurs et ses houles qu’il immortalisera en des vers classiques ou semi-classiques, sous forme de messages secrets, confidentiels qui prennent le plus souvent une tournure où oscillent l’hésitation et le recueillement.

 

C’est avec le recueil « Gravitations » en 1925 que le grand Supervieille naît définitivement. Selon son ami Marcel Arland, il a choisi une voie plus étroite encore et plus rigoureuse, un mètre plus court et plus régulier où le moindre accord a sa valeur, le moindre mot sa précision. Messager des échanges entre réalité et spiritualité, entre matérialité et imaginaire, il unifie ainsi un monde multiple dans un souci constant d’abolir la distance et le temps et d’unifier les aspects fragmentaires de l’univers.

 

O nuit frappée de cécité,

O toi qui vas cherchant même à travers le jour,

Les hommes de tes vieilles mains trouées de miracles,

Voici les germes espacés, le pollen vaporeux des mondes,

Voici les germes au long cours qui ont mesuré tout le ciel

Et se posent sur l’herbe

Sans plus de bruit

Que le caprice dune Ombre qui lui traverse l’esprit.

 

Si les choses lui parlent, lui-même parle aux choses. Il s'attarde à les nommer, à les inviter à ce festival des mots où il les fait éclore dans leur plénitude et leur universalité. C’est sans doute ce qu’il y a de plus fragile en elles qui le retient et l’inspire. " Vous avez changé notre peur en enchantement, notre existence en surprise perpétuelle, notre mort en énigme parfumée " – lui écrira Alain Bosquet. On dira également que sa poésie a quelque chose de mozartien parce que comme le musicien il allie l’harmonie universelle en perçant le secret des correspondances et crée un paradis perdu proche de notre perception sensible.

 

Je suis dans la noirceur et j’entends ma puissance

Faire un bruit sourd, battant l’espace rapproché ;

Alentour un épais va-et-vient de distances

Me flaire, me redoute et demeure caché…

 

Ainsi abolit-il les distances entre le monde extérieur et l’intérieur, fait-il sourdre le merveilleux à hauteur d’homme et tente-t-il de rassembler et d’unifier ce qui est disparité et désharmonie.

 

C’est beau d’avoir élu

Domicile vivant

Et de loger le temps

Dans un cœur continu

Et d’avoir vu ses mains

Se poser sur le monde

Comme sur une pomme

Dans un petit jardin…

 

Cette familiarité pleine de tendresse avec les objets qui l’entourent, lui confère une simplicité de ton, une limpidité du phrasé qui expliquent la particulière attention que lui ont toujours accordé ses lecteurs. Rien d’hermétique chez Supervieille. Il s’exprime de façon claire et lumineuse et les ombres ne sont là que pour nous aider à mieux vivre et mourir. Charmeur d’oiseaux, de sources et de brises, il appartient à ces rares poètes qui ont su prendre place dans «  l’enfance de l’univers » et rendre témoignage des miracles permanents de la vie.

 

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 09:20

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Tous ceux qui apprécient la lecture des œuvres de ceux qu’on a inscrits sur la fameuse liste dite « des écrivains du Montana », ces auteurs qui évoquent les grands espaces américains, prendront certainement beaucoup de plaisir à lire le premier recueil de nouvelles de cet auteur qui pourrait bientôt allonger cette célèbre liste.

 

                                                              Volt

Alan Heatcock (1971 - ….)

 

En lisant ce livre, Lino Ventura aurait certainement dit, comme en ingurgitant son fameux tord-boyaux dans « Les Tontons flingueurs », « c’est du brutal ! », oui du brutal, du violent, du sordide, une vraie gifle en pleine tronche, tellement les huit nouvelles regroupées dans ce recueil secouent le lecteur. Huit nouvelles inspirées de la vie de Krafton, petite ville imaginaire du fond de la cambrousse américaine, située entre Chicago, où est né l’auteur et Boise (Idaho) où il enseigne - mais plus près de Chicago car plusieurs protagonistes rêvent de partir vers l’ouest - avec sa femme shérif, son maire-épicier, et ses habitants rudes, rustiques, un peu frustes, durs au mal, travailleurs infatigables mais prompts à la violence et partisans d’une justice expéditive et immédiate. « Parce que, ici, certains sont coupables à la seconde où on pose les yeux sur eux, et le rôle de la loi devrait être de les arrêter avant qu’ils fassent ce pourquoi ils sont venus monde ». Des femmes et des hommes qui  ressemblent étonnement aux pionniers qui ont colonisé ce coin de Far-West dans la violence et la douleur, souvent confrontés à un sort contraire, à la malchance et à la fatalité.

Pour présenter ce premier recueil, l’éditeur évoque Flannery O’Connor et Cormac Mac McCarthy, je considère cette allusion plutôt pertinente car j’ai eu l’occasion de lire « La sagesse dans le sang »  du premier et « Un enfant de Dieu » du second et les héros de Heathcock sont aussi  abominables et sordides que ceux des deux précédents, ils ont commis des actes innommables, impensables, mais ils restent des enfants de Dieu avec leurs failles, leurs faiblesses, leur destin, leur histoire, leurs instants d’humanité et de tendresse et ils ont aussi leur part de sagesse dans le sang. Des gens peu cultivés, abrutis de travail, nourris de la religion baptiste, qui se trouvent confrontés au fameux cycle : faute, punition, rédemption, culpabilité éternelle ou résilience définitive. Mais ce recueil me semble plutôt traiter du pardon, du pardon sous toutes ses formes : l’admission, la compréhension, l’acceptation,  l’accommodement avec le tort, la résilience et même le pardon à soi-même. Comme une lueur d’espoir qui éclairerait l’avenir de ces êtres accablés par le sort. « Peut-être que Dieu se sert de choses horribles pour nous parler … Peut-être que les gens ne se fient plus aux choses bonnes. Peut-être que les choses horribles sont tout ce qu’il reste à Dieu pour nous rappeler qu’Il est vivant ».

Heathcock dépeint ces péquenauds, « on peut enlever le fermier de son champ, mais pas le champ du fermier », et leur campagne avec un regard lucide et acéré, dans un langage dépouillé et précis, les faisant vivre comme s’il avait lui-même partagé leurs misères dans ce trou de cambrousse, dans le souffle des grands espaces du Far-West. Il fait preuve d’une grande maitrise de ce type de récit, gardant toujours un équilibre parfait et une progression bien dosée pour amener une chute toujours heureuse et crédible.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 09:48

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Ce petit chien, Madame,

Me parait fort aimable,

Disait cette passante

A cette autre passante

Qu’elle croisait, par hasard,

Dans les rues bien rangées

De ce chic quartier.

 

Au bout d’une laisse trottinait

Un délicieux petit colley

Que l’on savait blasonné

Des plus flatteurs pedigrees,

Mais qui n’était, pour autant,

Nullement collet monté.

 

Hormis cela, la pauvre bête

Jugeait sa vie peu drôlette.

Et qu’advient-il quand on s’ennuie ?

De curieuses envies

D’aller goûter ailleurs

D’autres bonheurs.

C’est ainsi que le joli animal

Fut pris un jour d’une fringale

De liberté.


A sa décharge, il faut avouer

Que sa maîtresse l’embêtait.

Chaque matin, le brossage,

Le peignage qui vous tire les poils,

Et même l’eau de toilette

Qui sent trop la violette.

Et les mondanités

Dans les salons branchés,

Et tous ces défilés

Où des jurés curieux

Vous dévorent des yeux.

Un chien de race a, il est vrai,

Toujours sa place dans les palaces.

 

Donc, un jour, disais-je,

Il prit la poudre d’escampette

Et s’en alla, nez au vent,

Baguenauder à travers champs.

Quelle joie d’oublier

Qu’on a le poil en bataille

Et les pattes un peu sales !

Quel plaisir de se rouler

Dans la rosée,

De respirer à pleins poumons

Les senteurs de tant de fleurs !

 

L’apothéose survint

Quand il croisa en chemin

Une chienne, certes banale,

Mais sympathique en diable.

Ils firent un brin de causette,

Puis s’avouèrent, la mine guillerette,

Que s’offrait à eux la chance

D’assurer leur descendance.

 

Quand, un peu tard,

Notre jeune fêtard

S’en revint au bercail,

Quel ne fut pas son étonnement

De trouver sa maisonnée,

Chamboulée.

La police était sur les dents

Et le quartier également.

Tout le voisinage s’activait

A  le chercher.

Sa maîtresse, lorsqu’elle le vit,

Bénit le ciel d’avoir mis fin

A son chagrin.

 

Oh ! gémit-elle, voyez en quel état

Il nous revient !

Je crains même d’imaginer

De quelle façon il fut traité !

Car, selon elle, pas de doute,

Son chabichou avait été enlevé

Par une bande de filous.

 

Depuis ce jour,

Madame surveille

Toutes les issues du jardin.

En sa demeure, personne n’entre

Qu’il n’ait montré patte blanche.

Mesdames, aimez vos chiens,

Soignez-les bien,

Mais, afin d’assurer leur bonheur,

Souvenez-vous que vos goûts

Ne sont pas forcément les leurs.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( extraits de «  La ronde des fabliaux » )

 

 

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9782912642998 1



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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 08:13

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« Le printemps arabe » et tous les problèmes posés par l’Islam et ses déviances extrémistes passés à la moulinette d’un grand écrivain spécialiste de ces questions. Un regard qu’il faut suivre pour essayer de comprendre tout ce qui se passe aujourd’hui tout autour de la Méditerranée et jusqu’au plus profond de nos banlieues, sous la plume d’un grand auteur. Une lecture nécessaire pour oublier tout ce que les médias n’ont pas compris mais essaient tout de même de nous expliquer.

 

 

Rue des voleurs

Mathias Enard (1972 - ….)

 

 

En lisant ce livre, j’ai assez vite imaginé que l’auteur s’est jeté avec frénésie sur son clavier pour écrire dans l’urgence – le livre évoque les élections présidentielles de 2012 et a été achevé d’imprimer en août de la même année – toutes les craintes que les événements, explosant alors partout sur la planète, lui inspiraient. Pour exprimer ce qu’il pensait, ce qu’il craignait, ce qu’il voulait apporter au débat, il n’a pas, comme la plupart des journalistes « plongé au cœur du problème », non, lui, il est tout simplement entré dans le ventre du sujet jusqu’au fond des tripes pour en extirper la genèse des évènements qui ont agité le monde musulman et inquiété l’Europe lors de ce fameux « Printemps arabe ».

Pour ce faire, il a choisi la forme romanesque, mais il n’a pas voulu écrire un roman pour écrire une belle histoire, non, à mon avis, il a choisi de raconter l’histoire d’un jeune marocain pour pouvoir promener son héros là où il avait des choses à dire afin d’alimenter le débat, l’expliquer, essayer de comprendre cet embrasement. Ainsi Lakhdar, le jeune Marocain, est présenté comme un Maghrébin ordinaire s’ennuyant ferme dans un pays où il n’aura jamais de travail, où il ne pourra pas courtiser les filles qu’il veut, mais n’ayant pas pour autant envie de quitter Tanger, sa ville, la ville qu’il aime. Mais un beau jour, il est surpris par son père tout nu avec la cousine qu’il adore, il est renié et chassé par la famille, l’auteur l’emmène alors dans un vaste périple où il va rencontrer la misère, le vagabondage, les recruteurs islamistes, la violence, la brutalité, la perversion de la révolution, une belle touriste espagnole, la luxure, un employeur qui l’exploite, le travail harassant, l’ennui, le désespoir, l’envie de fuir et finalement la fuite. Ayant compris qu’il n’avait aucun avenir au Maroc - « Les Islamistes sont de vieux conservateurs qui nous volent notre religion alors qu’elle devrait appartenir à nous. Ils ne proposent qu’interdictions et répression. La gauche arabe, ce sont de vieux syndicalistes qui sont toujours en retard d’une grève. » Contrairement à son ami, qui a choisi la voix de l’intégrisme, il part pour l’Europe voir l’autre face du problème : l’émigration, la vie sans papiers, la cavale, l’exploitation, les tentatives malheureuses pour entrer au pays des rêves, les ports interlopes, les quartiers sordides, la survie, la drogue, le trafic,…, la solitude, l’errance, la nostalgie, le racisme, le rejet.

Ce livre émouvant montre le problème arabe vu à travers les yeux d’un gamin de vingt ans peu instruit, découvrant le monde en lisant des polars, des poésies arabes anciennes, des textes religieux, et en se frottant aux événements, attentat de Marrakech … qu’il ne comprend pas toujours très bien. Mais peu à peu, sans renier sa religion, le jeune homme comprend que la violence n’est pas une solution et qu’elle ne va pas dans le sens de la foi telle qu’il la conçoit, même s’il est plus humaniste que pratiquant. A travers l’odyssée de Lakhdar/Ibn Batouta, Mathias Enard a voulu nous faire comprendre la difficulté rencontrée par les jeunes arabes pour pouvoir conquérir la liberté dont ils rêvent tant, sans se faire voler leur révolte par des forces encore plus réactionnaires que celles qu’ils combattent.

En conduisant Lakhdar/Ibn Batouta à travers toutes les misères qu’un jeune Maghrébin peut rencontrer, l’auteur cherche aussi  à nous faire comprendre que ce n’est pas en rejetant ces populations désespérées qu’on résoudra les problèmes qui gangrènent nos banlieues et nos quartier dits sensibles et que la menace islamiste ne sera pas vaincue par la haine et la violence. Il faudra que nous comprenions une bonne fois pour toute que les équilibres planétaires sont définitivement rompus et qu’il faut impérativement en construire d’autres pour que notre monde ne court pas à la catastrophe symbolisée par la mort, les morts, qui hante de très nombreuses pages de ce récit.

Les longues phrases de Mathias Enard ne ralentissent jamais le récit, au contraire, elles l’accélèrent sans cesse, lui apportent du rythme, elles coulent, elles roulent, elles charrient un vocabulaire jeune, tonique, imagé qui donne de la vie et de la consistance aux personnages. Un texte qui entraîne le lecteur dans une folle odyssée de la misère pour lui faire comprendre qu’il y a urgence à agir si nous ne voulons pas voir des hordes de Lakhdar déferler sur toutes les rives de la Méditerrannée.

« Les médias ici semblaient fabriquer le Royaume de la haine, du mensonge, de la mauvaise foi. Les Espagnols auraient dû faire leur Printemps arabe, commencer à s’immoler par le feu, tout aurait peut-être été différent ».

 

Denis BILLAMBOZ

 

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