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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 08:41

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Certains livres semblent se précipiter à notre rencontre, comme s’ils voulaient qu’on les lise absolument, qu’on les croque, qu’on les déguste, il en est ainsi de ce livre de cette auteure équatorienne dont je n’avais jamais entendu parler avant de tenir en main cet opuscule lors d’une foire quelconque. J’ai lu ce livre, je l’ai dévoré et je voudrais vous le faire partager. Un vrai moment de littérature, une réinvention de l’écriture.

 

 

Ici ou nulle part

Rocio Duràn Barba (1956 - ….)

 

Qui a débarqué un beau jour, un beau soir, a fortiori seul à Paris, peut comprendre, même un peu seulement, ce que Rocio Duràn Barba a pu ressentir quand elle est arrivée dans la Grande Ville en provenance de son Equateur natal : la solitude, l’égarement, l’incompréhension, … Et appréhender la démarche qu’elle a initiée pour découvrir la pieuvre tentaculaire, comprendre son fonctionnement, son histoire, ses motivations, ses envies, ses ambitions, ses vices et ses déviances. La narratrice, qui est aussi, certainement l’auteure, a inventé un style, une recherche formelle, un travail sur le vocabulaire : la création de néologismes constitués de mots composés mis en résonnance pour se compléter, renforcer les images esquissées, altérer les effets suggérés, créer des effets, … des mots oxymores, paradoxes, allitérations, images …, des mots pour donner plus de force, un autre sens, une autre dimension à sa quête, à sa description, à sa tentative d’explication.


Dans ce roman, qui ressemble bien plus à un essai, un essai écrit par une poétesse qu’à une fiction, la narratrice, quand elle débarque à Paris « la Géante », où elle rencontre la solitude, l’égarement, va essayer de découvrir la ville, de l’apprivoiser, de la séduire, de la comprendre en l’interrogeant, en l’interpellant. Elle la nomme tour à tour « Liberté », « Révolution », « Histoire », « Modernité », « Disparité », «  Confort », « Barbarie » pour en évoquer tous les aspects. « Mais, avant tout, elle était agitation. Mouvement. Célérité-construction. Rapidité-destruction. Levain de pierres. Hordes d’objets presque géométriques. Gestes ascendants-descendants. Invasion de la nouveauté, bataillon de l’ancien. Restauration et décrépitude. Mode-nippes. Foule d’expériences-brimades, habitations-cohabitations ».


Progressivement cette découverte de la ville sous ses multiples aspects et composantes révèle « la Géante »  dans l’immense multiplicité de ses facettes mais dessinent aussi, en creux, les visions personnelles de l’auteure, ses convictions qu’elle oppose aux certitudes le la cité. Elle lui reproche de favoriser tout ce qui concourt à son anéantissement prochain, à la fin d’un monde ou peut-être même à la fin du monde en évoquant toutes les grandes menaces planant sur la planète : bombes atomiques, trou dans la couche d’ozone, centrales nucléaires peu fiables, pluies acides et toutes les autres menaces, pollutions notamment, connues, émergeantes ou encore méconnues. Un réquisitoire acerbe contre la stupidité de notre civilisation qui court à sa perte en gâchant les trésors de son histoire et les richesses qu’elle ne sait pas exploiter, qu’elle dilapide sans se préoccuper de son avenir.


Devant toutes ces menaces, l’auteure se réfugie dans la littérature, « les volumes avaient proliféré comme des champignons dans la modernité-disparité de la Ville. La Grande Ville. Et continuaient de surgir inexorablement. Il fallait apprendre à cohabiter avec eux, à se mouvoir au milieu d’eux. Il devenait urgent de les sélectionner. De les identifier. De les classer. De les choisir ». Et la lecture conduit inéluctablement à l’écriture qui finit par confondre dans une démarche existentielle l’auteure et le texte dans la même angoisse jusqu’au limite de l’anéantissement, du suicide.


Dans ce livre époustouflant, incomparable, unique, conjuguant poésie formelle, démonstrations scientifiques, évocations historiques, descriptions fabuleuses, …, dans une langue inventée, hautement littéraire, Rocio Duràn Barba s’inscrit dans la lignée des écrivains latino-américains qui ont mis leur plume au bout des lignes de Borges ou de Bioy Casares, j’ai ainsi pensé à Cabrera Infante et Campos de Carvalho que j’ai lus il n’y pas si longtemps. Des auteurs très attachés au travail du texte, des mots, des expressions, d’un style novateur composé à partir de phrases courtes, des phrases-mots, un style vif, rapide, incisif, imagé.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 09:50

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A la veille de l'an neuf, chacun est enclin à s'interroger. Que sera-t-il pour nos familles, notre pays, le monde ? Que sera-t-il pour la Terre ? Car l'état alarmant de notre planète en fait désormais une priorité dans l'ordre de nos préoccupations. Lorsque s'est ouvert le troisième millénaire, il y a de cela plus d'une décade, nous aspirions à un monde stable, à un humanisme mieux compris et mieux partagé qui verraient les guerres et les querelles de pouvoir s'apaiser. Il n'en a rien été bien sûr et, à ces soucis permanents et de plus en plus accablants, est venu s'en ajouter un autre: quel monde pouvons-nous construire avec des ressources naturelles en voie d'extinction ? A pareille interrogation, une réponse semble s'imposer : rétablir notre dialogue avec la nature, changer nos habitudes et nos mentalités, restaurer notre environnement, renouer le fil d'Ariane malencontreusement rompu il y a fort longtemps. Remettre l'individu en phase avec lui-même, remettre l'homme dans les pas de l'homme. Ce projet ne serait-il pas suffisamment mobilisateur pour fédérer les peuples et pour que nous y consacrions une part de notre énergie, de notre intelligence, de notre imagination, de notre ferveur, afin de redonner sens à la vie et santé à la nature ? N'avons pas pris l'habitude de vivre dans un univers factice, fictif et illusoire et développé une pensée tellement urbaine qu'elle nous a coupés de nos racines ? Peu nombreux sont ceux qui savent encore distinguer un épi de blé d'un épi de seigle, d'avoine ou d'orge, reconnaître le chant du loriot de ceux du pinson, de la grive musicienne, du chardonneret ou du rouge-gorge. Combien sommes-nous à prendre plaisir à écouter la mélodie du vent, à contempler le spectacle de la mer, celui des nuées dans le ciel, des troupeaux en transhumance dans les alpages ? Nous rappelons-nous l'odeur de l'humus, le goût de l'eau vive, la fraîcheur de la rosée, la tonalité des lueurs vespérales ? Notre rapport à la nature s'est hélas! considérablement détérioré à force de négligence. Alors que nous exigeons tout d'elle, nous ne lui accordons en retour que de l'ingratitude. La mer, cela doit être une heure de scooter ; la montagne, le confort des remontées mécaniques ; la campagne, les pique-niques à proximité de la voiture. C'est ainsi que nous agissons trop souvent et cela ne pourra durer. L'infinie patience de la terre montre des signes de lassitude. Ne serait-il pas sage de revenir à une agriculture plus respectueuse de nos santés et de la terre elle-même que l'on a gavée inconsidérément de produits chimiques et de nous consacrer à vivre en meilleur adéquation avec elle ?


 Aussi, en cette veille de 2014, mon voeu prioritaire n'est pas celui de changer le monde ou de changer la vie, je ne le peux, mais de me changer moi-même. D'être plus attentive à ce qui m'entoure, plus accueillante aux autres, car la société où je vis, où nous vivons, ne sera jamais que ce que chacun de nous en fera. Ce qu'il importe de modifier, c'est moi, c'est vous, c'est nous tous, et ce qu'il est urgent de ré-instaurer ce ne sont pas forcément nos droits mais nos devoirs. Et les politiques dans tout cela ? Ils ne font rien d'autre que d'aggraver, par manque de discernement ou d'anticipation, une situation de plus en plus inquiétante dans tous les domaines. Alors, n'est-ce pas à nous de décider de ce que nous voulons et de ce que nous ne voulons pas et, chacun à notre modeste place, de repriser à petits points le tissu moral, social, humain, environnemental  qui ne cesse plus de se déchirer ? Et puis, après les révolutions, les guerres, la mort des tyrans, les tsunamis, tremblements de terre, inondations et les cracks financiers, il nous reste pour éclairer notre horizon la toujours fidèle petite...espérance.

 

 

ALORS, POUR VOUS QUI PASSEZ SUR CE BLOG, UNE FERVENTE ET CONSTRUCTIVE  ANNEE 2014

 

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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 09:01

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Encore un livre magnifique édité, réédité en l’occurrence puisque ce livre a été publié initialement en Grande-Bretagne, par cette grande et pourtant si petite maison d’édition : « Quidam Editeur ». Son propriétaire déniche toujours des textes originaux d’une grande exigence qu’il a trop de difficulté à vendre. Si vous aimez la vraie littérature, la littérature exigeante, fouinez dans son catalogue et commencez votre découverte par ce livre qui mérite bien une lecture.

 

                                                          Le son de ma voix

                                           de  Ron Butlin (1949 - ….)

 

Avec ce texte écrit à la deuxième personne, ce qui établit une plus grande proximité entre le narrateur et le héros tout en laissant suffisamment de recul au premier pour jauger le second sans qu’il se mette à sa place, Ron Butlin évoque le problème de la dépendance alcoolique, non pas du point de vue de celui qui constate et accuse mais du point de vue de celui qui vit ce drame, celui qui doit composer chaque jour avec son poison, celui qui doit trouver la juste dose pour exister sans sombrer.

A 34 ans, le héros, un des principaux cadres-dirigeants d’une biscuiterie, est fortement alcoolisé, il s’en rend compte, il connait bien son problème mais il est pris dans l’engrenage de l’addiction et ni ne sait, ni ne peut sortir de l’impasse dans laquelle il s’est fourré. Il se souvient de ses angoisses d’enfant, ses angoisses devant le monde immense, réduit, loin, près, toutes ces distances qui le troublaient. Il se souvient, quand il était jeune, qu’il faisait quatre fêtes par nuit chaque vendredi et chaque samedi, il a ainsi pris l’habitude de boire, de boire beaucoup, beaucoup trop, de boire déraisonnablement. « D’autres allaient aux fêtes et se soûlaient, tu te soûlais et allais aux fêtes ». C’est lors de l’une de celles-ci qu’il apprit le décès de son père qui ne l’aimait pas beaucoup et, qu’en retour, lui n’aimait pas davantage. Il a alors tenté d’enfoncer sa douleur au fond du ventre d’une fille qu’il avait rencontrée au cours de la nuit, comme pour noyer cette douleur, la faire disparaître. Mais la fille a refusé en le suppliant et il entend encore le son de sa voix.

Désormais, il est un directeur respecté, voire brillant selon certains, mais il ne peut pas être lui-même sans avoir bu sa dose. Pour lui l’alcool n’est pas un problème mais une solution, « la solution qui dissout toutes les parties séparées en une seule. Un solvant universel. Un océan ». Mais il supporte de moins en moins la pitié qu’il lit dans le regard de sa femme, le regard muet de ses enfants, les accusations, la condescendance de ses subalternes, la comédie qu’il joue en permanence pour paraître normal, à jeun, la plongée dans le monde qu’il a bâti pour y loger son délire éthylique, ses hallucinations, et ce monde qui se déforme sans cesse autour de lui. Il arrive de moins en moins à résoudre la terrible adéquation qui consiste à boire assez pour exister et travailler, sans boire trop au risque de sombrer corps et âme devant les siens.

Ron Butlin a  su reconstituer avec  compréhension et délicatesse, ne sombrant jamais dans les clichés grotesques de l’ivrognerie, le monde que le héros crée pour faire accepter son addiction par les autres, mais aussi par lui-même. Il se livre à une analyse d’une grande finesse, jusque dans les moindres détails, il n’est pas l’accusateur, il est l’alcoolique totalement dépendant qui voudrait sortir de la nasse mais n’en trouve pas l’issue et joue la comédie, se joue aussi la comédie, pour faire croire qu’il n’est pas différent des autres, qu’il est seulement quelqu’un de très sensible, très sensible à la musique classique notamment.

Son style glisse le lecteur dans la peau du dépendant, le faisant progresser d’un espace de lucidité à une autre espace de lucidité, avant de revenir en arrière pour évoquer ces autres espaces plus obscurs que le héros n’a découverts ou compris qu’après coup. Le récit avance ainsi par bond, recollant à chaque étape les morceaux de la vie du héros qui s’assemblent de moins en moins bien au fur et à mesure de la dégradation de son état, donnant ainsi au texte un rythme qui soutient l’attention du lecteur.

Après lecture de ce texte, nous pourrions suivre Irvine Welsh quand il écrit dans sa préface : « Si vous demandez à n’importe quel étudiant en littérature celtique de citer une œuvre de fiction, écrite en Ecosse lors de ces vingt dernières années, la liste est plutôt prévisible… Mais il y a un livre que peu de gens mentionneront, c’est un roman écrit par un poète écossais, Ron Butlin, et intitulé le Son de ma voix… A mon avis ce livre est un des romans majeurs de la Grande-Bretagne des années 1980… ».

 

Denis BILLAMBOZ

 

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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 08:58

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Si vous cherchez un cadeau de dernière minute pour les fêtes de fin d’année, n’hésitez pas un instant courrez chez votre libraire, le petite libraire du coin pas la grande usine à vendre de votre ville, et demandez ce livre d’Eric Pessan, c’est un petit bijou et son auteur fera parler de lui dans les années à venir, c’est un grand, un vrai écrivain. Ce livre est l’un de mes derniers coups de cœur, je l’ai beaucoup aimé.

 

                                                      Muette

                                               Eric Pessan (1970 - ….)


Avec ce texte, Eric Pessan raconte l’aventure, les mésaventures, d’une jeune fille à peine adulte mais encore très adolescente à la cherche de la place que ses parents ne lui ont pas réservée dans notre monde. Dans une campagne des Pays de Loire, Muette quitte sa maison, elle part, elle ne fait pas une fugue héroïque, pathétique, dramatique, comme au cinéma ou aux actualités télévisées, non elle part tranquillement comme si elle sortait pour une longue promenade. D’ailleurs, elle ne va pas loin, elle a une cachette que personne ne connait, où elle peut vivre toute seule comme une grande, loin des « fais pas ceci, fais pas cela, fais ceci, fais cela, tu obéis c’est tout » que lui assènent sans cesse son père et surtout sa mère.

 

Muette a besoin d’exister en dehors du carcan familial, besoin d’une intimité pour prendre du plaisir sans rendre des comptes à quiconque, besoin d’être considérée pour autre chose qu’un encombrement, qu’une charge inutile, qu’une entrave pour sa mère. Elle culpabilise, elle est la source de tous les maux qui accablent ses parents, des paysans rustres, frustes, lourdauds, insensibles mais travailleurs ; elle n’était pas désirée, elle est arrivée beaucoup trop tôt, sa mère était encore très jeune, elle rejette sur sa fille toutes les difficultés qu’elle a rencontrées à cause de cette grossesse prématurée. Muette est hypersensible, elle est concernée, affectée même, par tous les drames rapportés par les médias, elle prend tout à cœur, trop à cœur. « Arrête un peu, ça ne sert à rien de se faire du mal pour des choses qui se déroulent de l’autre côté de la planète ».

 

Dans son repaire, Muette se retrouve seule, seule confrontée à elle-même, à son histoire, à son passé, à l’absence de ceux qu’elle voudrait interpeller par sa fuite. Dans ses rêves, elle se transforme en un faune, Artémis des bords de Loire, pour se fondre dans la nature, se soustraire au genre humain porteur de tous les maux et tous les vices qui polluent le monde et le conduisent à sa perte. Elle cherche l’authenticité, la vérité, l’humanité sous sa forme originelle, la sérénité. La mue de Muette : « Elle fixe si longtemps son reflet qu’elle ne reconnaît plus rien de son visage. Sous ses yeux s’ouvre un passage, et quelqu’un d’autre émerge peu à peu de derrière sa peau ». Elle s’émancipe, se libère, tente d’échapper à sa mère à qui elle ressemble trop, « tu es bien comme ta mère », elle craint de reproduire ses comportements qu’elle a déjà infligés à ses poupées quand elle était enfant.

 

« Muette, c’est juste une question de silence, d’extrême retenue et de regard qu’il n’est jamais possible d’accrocher », juste une adolescente qui n’est pas totalement sortie de l’enfance et qui n’arrive pas à entrer dans le mode adulte ; juste un être pur et candide, un petit faune, qui veut croire encore en un monde qui n’existe que pour les animaux, pour ceux qui ne font jamais le mal par plaisir mais simplement par nécessité.

 

« Muette », c’est aussi un texte épuré, dépouillé, concis, précis, un vocabulaire choisi, toujours très juste, un rythme régulier qui tient le récit sur le fil de l’intrigue et des émotions qu’il génère, un texte parsemé des lieux-communs, réflexions populaires qu’on emploie quand on n’a rien de plus intelligent à dire, que ses parents lui infligent pour seule conversation, pour seules explications, comme pour ramener sans cesse le lecteur à ce dialogue impossible entre les parents et leur enfant.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 10:37

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                                             L’âne et le petit cheval

 


  

Un matin d’été,

Réunis dans le même pré,

Il y avait un âne bien sage

Et un fringant petit cheval.

Ils avaient le même âge

Mais, à les surprendre ainsi,

On devinait que leurs destins

Ne seraient jamais semblables.

 

L’un était gris et docile,

L’autre vif et étincelant.

L’un d’humeur égale,

L’autre plus inconstant.

Le premier pensait :

Je voudrais un maître à servir

Et mon petit pré carré,

Un travail humble et facile

Et une bonne mesure de blé.

 

Le second rêvait de pompe et de gloire,

Et de ces vastes champs emplis

Du cri vibrant des victoires.

L’un trouva dans une ferme

Sa besogne quotidienne,

Tandis que l’autre eut tôt fait

De se faire remarquer.

Alors que l’âne portait la farine et le bois,

L’alezan mettait en émoi,

De bas en haut des tribunes,

Quelques rondelettes fortunes.

On misait sur sa foulée

Dollars, florins et guinées ;

On osait d’invraisemblables paris,

Tant grande était sa renommée.

C’est ainsi, parmi les clameurs,

Que le petit cheval traversa la vie,

Qu’il connut les honneurs

et les prix  prestigieux.

Rien ne lui sera refusé :

Ni le luxe, ni les trophées,

Ni les flirts délicieux

Sous les ombrages du grand pré.

 

Puis, l’âge venant,

On relégua l’alezan

Au bout du champ.

Plus de faste, plus d’argent,

Vieux cheval, il est temps

Que tu rentres dans le rang !

Finies les pompes de jadis

Et la vanité de paraître.

Voilà qu’hélas se profile

L’heure de la retraite !

 

Le lendemain, sous bonne escorte,

On le mena à l’abattoir.

Il y connut le même sort

Que ses frères du terroir.

Heureusement un palefrenier,

Se souvenant de son passé,

Avec égard l’enterra

Au fond du pré.

L’âne, qui se trouvait là,

A petits pas s’avança.

Devant la terre retournée,

Il laissa couler une larme.

Grâce à cette larme, sachez

Qu’une tendre fleur poussa.

Elle illumine, de son éclat,

La tombe du petit cheval.

 

Quant à l’âne, il mourut de vieillesse,

Très, très âgé, dit-on au village.

Lui, tout en broutant confiait

Que, quelques chardons suffisaient…

A  le combler.

 

 

Armelle BARGUILLET  ( extraits de « La ronde des fabliaux )

 

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21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 10:05

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Dès la première page, le graphisme parle à la graphologue que je suis. Une phrase manuscrite, belle d’ailleurs, dessine, dès l’abord, le livre et son auteur. Ainsi le trait encré exprime-t-il le plaisir de vivre, la joie simple d’exister, puis le gonflement des hampes et des jambages équilibre harmonieusement la sensualité naturelle de l’homme en osmose avec la nature et les êtres et son souci permanent de rester l’intime des hauteurs. Il y a par ailleurs l’inclinaison à droite qui dévoile l’élan vers l’autre, le frère, l’ami, le proche ou le lointain. Cette écriture exprime la stabilité et la modestie ; toute tendue vers son devenir, elle sourit au monde.

 

«J'essaie de vous dire une chose si petite que je crains de la blesser en la disant. Il y a des papillons dont on ne peut effleurer les ailes sans qu'elles cassent comme du verre».

 

A peine avez-vous franchi  le seuil de l’ouvrage que vous reconnaissez le style particulier de Bobin dont  « Le Très Bas » en 1992 avait été pour moi un véritable choc. Je n’étais pas la seule à l’époque à être frappée par le ton, l’alliance des mots, la réflexion profonde. Ce naturel dans l’énoncé du texte fut beaucoup copié, si bien qu’il y eût dans les années qui suivirent sa publication nombre de Bobin en herbe. « La lumière du monde », « Les ruines du ciel », " La plus que vive", « La présence pure », autant de titres qui creusèrent un sillon unique d’une sincérité totale, d’une sensibilité mystique et d’un dépouillement absolu dans les "Lettres françaises". Christian Bobin s'y révélait un jardinier inspiré qui se contentait de remplacer les plantes et les fleurs par des mots. Et ces mots exhalent toujours  un parfum entêtant, reconnaissable entre tous.

 

Néanmoins, je l'avoue, j’ai été moins enthousiasmée par « L’homme-joie » malgré les promesses du titre. Est-ce parce que le merveilleux jardinier ne s’y renouvelle pas vraiment, qu’il bêche un carré de terre dont il avait déjà extrait le suc ? En effet, on peut regretter que le poète ne nous mène pas ailleurs, que l’auteur ne nous restitue que l’écho des précédents ouvrages, qu'il n'ouvre pas d'autres perspectives, d'autres voies. Certes, la lecture reste un plaisir, un délicat enivrement, la musique est bien présente, celle émise par l'ami proche, le confident qui nous convie dans son intimité, nous laisse entrer dans son domaine le plus secret parmi ses objets familiers qui, ainsi, deviennent les nôtres, mais est-ce suffisant ? Reste la tendresse, le velouté des phrases où rien ne heurte. Il n’y a pas d’arêtes vives, pas de discours solennel, pas de sermon, moins encore de remontrances ou de profession de foi chez Christian Bobin. Nous sommes dans le domaine de la confidence, propos chuchotés qui ne sanctionnent pas, ne certifient rien, se contentent humblement de décrire l’aube et le crépuscule, le remuement délicat des choses.

 

« Je regarde le bleu du ciel. Il n’y a pas de porte. Ou bien elle est ouverte depuis toujours ». La sienne l’est également. Son seuil est accueillant, bienfaisant  comme le murmure de l’eau.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 10:51

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Cher Père Noël,

 

Cette année, je te l’avoue, je ne pensais pas t’écrire. Je te sais accablé par tellement de travail, par des complications qui ne cessent de s’accumuler et de se multiplier dans le déroulement de ta distribution annuelle que, prenant conscience de ton grand âge et de tes charges, je me disais qu’il était inutile de les alourdir davantage. D’autre part, je crois que mes désirs ne sont guère réalisables, que ce que j’aimerais te demander est hors de tes possibilités, que tu as déjà suffisamment de mal à te mettre au goût du jour et à descendre distribuer aux enfants de France et de Navarre, d’Outre-Atlantique et d’Asie, les smartphones, tablettes, ipads, calculettes, portables, ces nouveautés numériques qui te changent des poupées, jouets en bois, déguisements divers qui plaisaient aux enfants de ma génération, pour te tracasser avec des souhaits fantasques.

 

Je crois que finalement, tu devrais pour une fois faire grève, mais oui Père Noël ! et annoncer à tous les enfants du monde qu’en ce  Noël 2013 tu te reposes ainsi que le fît Dieu le septième jour de sa création, que tu es un vieil homme un peu usé, que vraiment trop d’enfants ont des exigences au-dessus de tes moyens, que tu ne peux même plus te rendre dans certains pays en guerre où les bambins sont si malheureux, si bien que tu te retires momentanément jusqu’à ce que les hommes se décident à devenir plus sages, plus responsables, en quelque sorte plus humains.

 

Ainsi les terriens seraient-ils à égalité : pour ce Noël 2013, aucun enfant n’aurait de petit ou gros paquet dans son soulier. Qui sait si cela ne les inciterait pas - enfin ceux dont on ne voyait même plus les souliers tant il y avait de paquets - à apprendre à jouer avec le vent, les arbres, la neige, le voisin d’en face, l’inconnu de l’étage du dessous ou du dessus, à partager ses billes, ses maquettes, ses jeux de société et pourquoi pas à en inventer de nouveaux ! Grâce à toi, Père Noël, les gamins d’aujourd’hui redeviendraient les enfants de toujours, et moi je pourrais presque croire que mon  désir impossible d’un monde meilleur et moins divisé est tout simplement en train de se réaliser, cela par le seul fait de ton occasionnelle cessation volontaire de travail. Tu vois, ce n’est pas si compliqué. D’autant que tu as déjà sur la tête un bonnet rouge ! Non, Père Noël, ne te fâche pas, c'est une simple plaisanterie de gamine, celle que je suis encore puisque je crois si fort en toi.

 

Je t'embrasse tendrement sur les deux joues

 

 

Armelle

 

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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 08:58

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A propos de ce livre, Christian Berg parle de « pari illusionniste », cette école littéraire qui cherchait l’illusion de l’être perdu dans une forme quelconque de supplétif. Mais ce qui m’a personnellement  attiré vers ce livre, c’est tout d’abord la ville de Bruges qui attise ma curiosité depuis qu’elle faisait partie de mon programme d’études à la faculté des lettres. Cette ville, que j’ai enfin découverte passionnément quand j’ai atteint l’âge de la retraite, assouvissant ainsi cette vieille passion. Et, par la même occasion, cette lecture m’a fait découvrir un auteur dont je ne connaissais même pas le nom.

 

Bruges-la-Morte

Georges Rodenbach (1855 – 1898)

 

En évoquant l’œuvre de Georges Rodenbach, une amie, lectrice assidue, a réveillé en moi la passion que j’ai pour Bruges, cette ville que l’écrivain a qualifiée de « morte » alors que, moi, je l’ai toujours considérée comme l’expression de la vitalité flamboyante d’une région qui toisait l’Occident médiéval du haut de sa puissance et de ses beffrois. J’ai donc voulu savoir ce que Georges Rodenbach avait trouvé.

Bruges-la-morte, ville éteinte coincée entre son opulence médiévale que j’ai fantasmée longtemps après mes études d’histoire médiévale et l’agitation touristique que j’y ai trouvée quand je l’ai enfin découverte. Bruges-la-morte, peut-être la Bruges évoquée par Baudelaire dans « La Belgique déshabillée », - « Ville fantôme, ville momie, à peu près conservée. Cela sent la mort, le Moyen Age, Venise, les spectres, les tombeaux. Une grande œuvre attribuée à Michel Ange – Grand Béguinage. Carillon. Cependant Bruges s’en va, elle aussi. » Un cadre idéal pour planter le décor du drame qu’il se proposait d’écrire, une ville qui pouvait s’identifier à l’être adoré qu’Hugues Viane avait perdu cinq ans avant de s’installer dans ce décor. L’auteur prévient le lecteur dans son avertissement, il a choisi cette ville : « …afin que ceux qui nous liront subissent aussi la présence et l’influence de la Ville, éprouvent la contagion des eaux mieux voisines, sentent à leur tour l’ombre des hautes tours allongée sur le texte. »

Un jour, au hasard de l’une de ses promenade vespérales, Viane rencontre une femme en tous points semblable à son épouse décédée, il la suit jusqu’au théâtre où elle est danseuse, l’installe dans un appartement et l’admire comme il admirait son amour disparu. « Et c’est si bien la morte qu’il continuait à honorer dans le simulacre de cette ressemblance, qu’il n’avait jamais cru un instant manquer de fidélité à son culte ou à sa mémoire. »

Mais l’habitude érode les apparences de la ressemblance, l’admiration s’étiole peu à peu… La Vivante n’était destinée qu’à faire survivre la Morte, tant qu’elle était à distance, mais quand elle avait voulu se confondre avec elle, sans même le savoir, elle l’avait détruite définitivement car elle ne pouvait pas prendre sa place. « La ressemblance est la ligne d’horizon de l’habitude et de la nouveauté. » La résurrection, la réincarnation, la pérennité sont impossibles, elles sont du seul domaine de Dieu qui est l’unique maître dans ce roman empreint de religiosité ; et l’illusion s’est évanouie quand le double a voulu se fondre dans son original comme quand « l’Eve future » de Villiers de l’Isle-Adam a voulu suppléer son modèle.

Roman d’une grande sensualité qui donne un visage humain à la ville pour l’identifier à la femme perdue qu’« Il (l’)avait mieux revue, mieux entendue, retrouvant au fil des canaux son visage d’Ophélie en allée, écoutant sa voix dans la chanson grêle et lointaine des carillons », dans une écriture élégante, poétique, lyrique, qui soutient le drame et accompagne sa montée, bien représentative de son époque au contour du XIXe et du XXe siècles.

Même si la « mélancolie de ce gris des rues de Bruges où tous les jours ont l’air de Toussaint », inonde ce roman d’une brume chère aux auteurs de ce mouvement littéraire, Bruges restera toujours, pour moi, une ville magique aux charmes comparables seulement à ceux qui parèrent la belle que Viane cherchait dans son double. Et avec Pierre Selos je me souviens :

 

« Et j'entendais le carillon de Bruges

Le carillon de Bruges

Monter dans le matin

Et j'entendais le carillon de Bruges

Le carillon de Bruges

Au lointain »

 

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 09:48

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GRADUEL V

 

LE RECITANT

 

Profonde houle au-devant de la grève,

songe profond aux beffrois des déserts,

pulsation, sommation, égrènements de voix.

Quel est le veilleur à la lanterne du phare

qui circonscrit la nuit en un seul regard ?

Est-ce l’homme, est-ce lui, qui prend mesure

et qui prend acte et assume le destin

de cette lourde charge ?

L’auriez-vous reconnu ? Son visage est sans âge,

son pied las a foulé tant et tant de rivages,

que l’histoire se raconte au rythme de sa marche.

  

 

MALABATA

 

J'ai rêvé à vous îles improbables,
filles songeuses aux épaules de moire,
qu'un dieu prodigue une nuit fit pleuvoir
comme des gouttes de mercure

dans les vapeurs du soir. 

Vous voici dispersées sur les eaux,
alanguies et diaphanes,
drapées dans vos plissés de sable,
avec les cascades vertes de vos arbres
et vos phosphorescences de nacre.


Filles aux yeux d'eau, aux paupières d'écaille,
filles d'Eve aux pulpeuses moissons
de mangues et de goyaves,
ô filles aux colliers d'ambre, soyeuses comme des pétales,
oui, j'ai rêvé à vous !

Si lointaines vos rives,
si lointain le souffle de vos palmes
et les flots rutilants, qui se pressent à vos pieds,
nouent à vos chevilles des anneaux de corail.
J'ai rêvé, c'était un soir, et mon rêve glissait,
et mon rêve m'emportait, plus vibrant qu'une nave
dans ses voilures de vent.

 

Je ne suis plus cet homme livré à ses contrastes,

Qui s’affronte solitaire aux transes des courants

Et sent sur lui ployer l’ampleur de ses gréements.

Je ne suis plus cet homme dérobé à ses larmes

Qui questionne l’invisible et ne livre passage

Qu’à de vaines clartés, qu’à d’obscurs présages.

 

Mon cœur, rappelle-toi

La beauté, la vigueur de nos jeunes saisons,

quand l’alouette chantait au-dessus des moissons,

que la source jaillissait dans un éclat de jaspe.

La maison se laurait de vignes et de lierre

et les roses trémières rosissaient son fronton.

Un enfant s’attardait au seuil du logis.

Son regard s’étonnait et la terre frissonnait

Comme l’âme de l’aimée lorsqu’au loin elle pressent

La venue de l’amant.

 

LE RECITANT

 

Toi qui t’épuises à te vaincre,

t’exaltes et te renies,

quel désir t’habite et herse ta candeur ?

Homme qui te presses en tes dépendances,

Sur l’opacité de la matière,

tu traces quelque totem, quelque signe,

pour célébrer le faste de tes noces mystiques.

Maître à la forge et au pressoir,

de la traite au négoce t’assurant les pouvoirs,

délimite les lieux où s’érigent les lois.

Approche, tu es au centre d’un royaume profane

où les dieux ont visage de jade et de sardoine.

Langage minéral de très noble usage

fais taire l’écho qui devance les âges !

 

MALABATA

 

Quel est ce chant qui s’élève,

est-ce la caresse du vent, le hululement de la chouette,

est-ce le chuintement de la source

ou la corne d’ambre au loin ?

Quelle est cette voix qui m’appelle,

cette voix semblable à la mienne,

je la veux entendre encore ?

Est-ce l’appel d’une sœur, d’une mère

qui prononce ainsi mon nom ?

Vents, retenez vos souffles,

la voix de ma sœur monte suave,

profonde, charnelle.

Voix si longtemps attendue,

Douce comme une promesse,

la folie me saisit et je pleure

à l’appel simple de son cœur.

 

LE CHŒUR

 

Tenez vos assises, maîtres des lieux,

Tracez vos lignes et vos frontières,

Les hommes viennent vivre sur vos terres.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE ( extraits du Chant de Malabata )

 

 

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LISTE DES ARTICLES ME CONCERNANT

 

 

 

D'abord publié par  les éditions Chambelland, cet oratorio fut republié par les éditions des Cahiers Bleus et enfin repris intégralement dans "Profil de la Nuit". Couronné par le Prix triennal Saint-Cricq-Theis 1987 de l'Académie française."Le chant de Malabata" a fait l'objet d'un spectacle au château du Barry de Louveciennes en 1986.

 

 

 

 

Le chant de Malabata ( suite )
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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 09:05

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               Le maire de Cabourg remettant le prix au lauréat Claude Arnaud 

 

Grand-Hôtel de Cabourg le 23 novembre 2013. Le décor est planté, Proust nous attend. Le hall, les salons, l’aquarium, nous sommes au début du XXe siècle, en cette Belle Epoque qui croyait encore à la beauté des choses et dont l’avenir semblait être une suite enivrante de fêtes et de plaisirs. Les membres du Cercle proustien sont réunis pour la Septième Madeleine d’or en ce lieu où furent rédigées quelques-unes des plus belles pages de La Recherche et d’où l’on croit deviner au loin, sur la digue, le groupe des jeunes filles en fleurs. Madame Bouillaguet  ouvre les réjouissances par une conférence sur « Marcel Proust en Normandie », nous rappelant que les lieux proustiens restent avant tout des lieux imaginaires, conférence suivie d’un apéritif et de la remise du prix à Claude Arnaud, auteur de « Proust contre Cocteau » qui s’est tour à tour illustré dans des essais, dont l’un fut couronné par le prix Fémina de l’essai, par des romans et même une pièce de théâtre écrite à quatre mains. Présenté par madame Bloch-Dano, présidente du jury, le récipiendaire a répondu en soulignant que chacun devait trouver sa voie dans l’écriture et que la fréquentation des grandes œuvres ne devait pas être l’objet d’une regrettable stérilisation. Un dîner réunissait ensuite l’ensemble des participants dans la salle à manger mythique où Proust dînait tard le soir, après que la plupart des résidents aient regagné les salons ou les salles du Casino et où il se contentait d’une sole et d’une tasse de café, contemplant, par-delà les vitres de l’aquarium, les lumières déclinantes sur les sables et la mer. Madame Bouillaguet nous faisait remarquer combien il était étrange que l’on se souvienne presque davantage de Proust en Normandie que de Proust à Paris, alors qu’il a vécu la presque totalité de son existence dans la capitale et guère plus de deux années, si l’on totalise ses séjours successifs, dans cette belle province, mais il a su la rendre très présente dans ses écrits, principalement dans « A l’ombre des jeunes filles en fleurs » et dans « Sodome et Gomorrhe ». La Normandie dispose donc d’une aura romanesque particulière, elle qui peut se vanter de compter, parmi les écrivains prestigieux, en proie aux charmes de ses décors bucoliques comme ce fut le cas pour Proust, Flaubert, Barbey d’Aurevilly, Maupassant, La Varende et Marguerite Duras.

 

Dans son ouvrage « Proust contre Cocteau », Claude Arnaud nous entretient d’un sujet très différent, puisqu’il a choisi pour thème un face-à-face entre deux écrivains dont j’avoue que le rapprochement ne m’était pas apparu si étroit. Qu’avaient-ils donc en commun ces mondains, nés à 20 ans d’écart, sinon d’avoir beaucoup fréquenté les salons, d’être nés coiffés sur le plan financier et d’avoir été sans doute trop chéris par leur mère ? Peu de chose en définitive ! Mais notre auteur ne s’arrête pas là. Un brin iconoclaste et cela avec une plume volontiers trempée dans le vitriol et des phrases qui font mouche, Claude Arnaud chahute volontiers nos deux écrivains et nous rappelle combien le parisianisme d’alors n’avait rien à envier en cruauté et en ragots à celui d’aujourd’hui. Certes Cocteau est resté plus longtemps que Proust l’otage de ce parisianisme, alors même que son aîné s’en était détaché, tout entier enseveli dans sa recherche et comme fossilisé par elle. Car Marcel Proust, après avoir trop longtemps divorcé de ses dons, s’était enfin rallié à son génie. C’est ce que ne sut pas faire Cocteau que ses dons suffisaient à griser. Et ce qui explique l’aigreur qu’il ressentit par la suite à l’égard d’un homme qui le surpassait littérairement et dont l’isolement n’était autre que le ralliement total à son génie. Si bien que je pense que l’ouvrage de Claude Arnaud est davantage un Cocteau contre Proust qu’un Proust contre Cocteau. Les deux hommes eurent souvent les mêmes amis ou les mêmes ennemis, mais l’un avait pris ses distances et savait à quoi s’en tenir au sujet de la fidélité des sentiments humains, l’autre s’en est offusqué et fit, selon moi, un mauvais procès à Proust avec des mots terribles et injustes. Claude Arnaud nous rappelle leurs rares concordances et leurs nombreuses divergences en une brillante démonstration mais ne cache nullement sa préférence pour Cocteau parce que - nous confie-t-il -  il lui fait une place dans  son oeuvre  et l’encourage à remplir les pointillés qu’il y a laissés. Alors que « devenir » Proust lui semblerait comme une forme d’abdication mortelle car il tue qui le lit, en se substituant à lui.

 

Heureusement, je crois que Proust n’a nullement stérilisé la littérature française, il suffit, pour s’en convaincre, de constater que la relève a été assurée, que certains se sont nourris de son exigence et de sa vision et qu’il a été une source désaltérante pour nombre de ses lecteurs. Alors que Proust sacrifiait tout à l’élaboration de son oeuvre, son confort, sa santé, son existence en quelque sorte, Cocteau a toujours su prendre le vent, se parant d’images précieuses et de féerie, funambule ou baladin selon les circonstances, s’essayant à tout avec frivolité : poésie, roman, art dramatique, peinture, cinéma, et cédant trop souvent aussi à une modernité maladroite. Il nous reste « La Voix humaine » qui est une merveille, comme l’est l’incomparable voix de Proust au long des 3000 pages de « La Recherche ».

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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