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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 08:48
Un serpent à Alemdag de Sait Faik Abasiyanik

Au moment où la Turquie s’agitent, j’ai lu ce recueil de nouvelles publié il y a déjà bien longtemps juste avant la mort de l’auteur décédé prématurément. Un hommage à la ville d’Istambul et au petit peuple qui en anime les rues.

 

 

 

Un serpent à Alemdag

    Sait Faik Abasiyanik (1906 – 1954)

 

 

Sait Faik Abasiyanik est surtout connu pour ses nouvelles dont ce recueil publié l’année de sa mort en 1954, à l’âge de quarante-huit ans. Dans ces textes, selon le préfacier, le grand écrivain Nedim Gürsel lui-même, « Sait Faik… est au sommet de son art », « …tel le peintre qui, sur ses dernières toiles, ne s’embarrasse plus guère des contours mais fait primer la couleur, le mouvement et le rythme, Sait Faik déploie son petit monde de perdants… dans un carrousel grinçant et fascinant.

 

J’ai lu ces nouvelles souvent très réalistes, parfois un peu fantastiques, par moment métaphoriques, présentées comme un bel exercice littéraire et principalement comme un hommage à la ville d’Istanbul et au petit peuple de ses rues. « J’adore les noms de quartiers d’Istanbul.  Certains sont si beaux. Même s’ils sont faux et mensongers, il suffit de les évoquer, aussitôt votre imagination se déclenche, des souvenirs de provenances différentes s’agglomèrent, un film se déroule dans l’obscurité de votre cerveau. »  A priori, il ne semble pas y avoir un réel fil rouge entre les textes rassemblés dans ce recueil mais, en avançant dans la lecture, on sent bien cet amour de l’auteur pour cette ville, pour les pauvres bougres qui animent les rues, souvent victimes des aléas de la vie ou plus simplement des puissants. Nombre de ces histoires inventées par Sait Faik se déroulent dans la rue ou dans les tavernes où l’auteur semble aimer séjourner, là où le petit peuple stambouliote, fort composite des années cinquante, se débat en butte à la normalisation kémaliste.

 

C’est toute la vie grouillante d’Istanbul qui se déploie dans les pages de ce recueil et comme dans le quartier de Dolapdéré, « On croise aussi l’odeur des côtes d’agneau et la faim, le raki, l’amour, la passion, le bien et le mal incarnés », ce qui fait la richesse et le malheur de la ville et donne cette saveur si particulière aux textes de Sait Faik. L’auteur est mort trop jeune mais on sent qu’il a déjà accumulé beaucoup de sagesse et de scepticisme devant les réformes en cours. Il n’omet pas de stigmatiser la paresse, les effets pervers des fortunes trop vite acquises, les spéculations tendancieuses, les violences gratuites, … rappelant avec nostalgie la tolérance d’autrefois, suggérant l’amitié, la simplicité et les valeurs morales qui permettaient une vie en bonne intelligence.

 

Et lui, comme beaucoup de malheureux errant sur les boulevards, « Tous avec leur sort et eux-mêmes sur le dos. Seuls, seuls. Même quand ils dorment avec une femme, seuls », il se sent seul,  très seul, se rappelant le bon vieux temps de la vie en famille. « Plus je vois mon ancien ami, plus je pense à la solidité de certains liens familiaux… » Au final un recueil littéraire à lire avec attention, un tableau animé de la ville d’Istambul, une leçon de morale à peine masquée, un certain désespoir nostalgique et aussi un petit coup de griffe pour ceux qui détenaient le pouvoir à cette époque.
 

Denis BILLAMBOZ

 

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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 07:48
Narayama de Schichiro  Fukazawa
Narayama de Schichiro  Fukazawa

Au moment où le Festival de Cannes décerne sa célèbre Palme d’Or, je voudrais vous proposer la lecture de la célèbre nouvelle de Schichirô Fukazawa à l’origine du plus célèbre encore film de Shohei Imamura : "La Ballade de Nartayama " qui a obtenu la fameuse palme en 1983.

 

 

Etude à propos des chansons de Narayama

Schichirô Fukazawa (1914 – 1987)

 

 

« Narayama », rien qu’en voyant ce seul mot en guise de titre sur un ouvrage poussiéreux lors d’une vente de livres d’occasion, ma mémoire s’est mise en éveil et j’ai pensé à ce film japonais racontant l’histoire du voyage dans la montagne accompli par des vieux pour fuir la vie. Ce film avait eu un grand succès, il y a bien longtemps, quand j’étais encore jeune. J’ai donc lu ce livre écrit par Shichirô Fukazawa, un écrivain japonais qui connut un succès mondial avec cette nouvelle portée au cinéma pour le plus grand bonheur de ses auteurs et des spectateurs. Fukazawa est un cas un peu particulier dans la littérature nippone, ce n’est pas un intellectuel, il est né dans une province très pauvre au cœur du Japon. Une région tellement pauvre que la plus grande préoccupation de ses habitants est la répartition de la nourriture, elle fournit d’ailleurs la trame de cette nouvelle. L’auteur est un homme du terroir, attaché à sa terre et à ses habitants, il écrit plus avec son cœur qu’avec son esprit, son texte est peut-être un peu simple mais il est tellement émouvant.

 

Dans une famille où vivent la grand-mère et son fils veuf avec ses enfants, l’aïeule sait bien qu’un jour il faudra qu’elle laisse sa place, quand son fils trouvera une nouvelle épouse pour le seconder. Dans le  "village d’en face", un accident laisse une veuve qui fera tout à fait l’affaire, elle vient donc vivre à la maison mais le petit-fils décide lui aussi de prendre pour femme la fille qu’il a engrossée, la grand-mère comprend alors que le moment est venu pour elle d’accomplir le pèlerinage de Narayama, la plus haute montagne de la région, le dieu tutélaire des villages alentours.  L’hiver sera rude et il y a trop de bouches à nourrir dans la maison.

 

Ce texte est tiré de vieux contes et de légendes de la région natale de l’auteur qui présente même la partition de la fameuse Ballade de Narayama en fin de cet ouvrage. Il s’appuie particulièrement sur un conte très connu au Japon dont l’auteur cite de nombreux extraits tout au long de son récit. Ces textes ancestraux appartiennent à la tradition orale qui perpétue les us et coutumes locaux depuis des siècles, la région étant pauvre et isolée, l’écriture n’est devenue qu’assez tardivement le moyen de communication commun à tous. Lors des fêtes, la forme orale permet à chacun d’ajouter un couplet personnel à une chanson pour décrire, narguer, glorifier un personnage ou pour simplement perpétuer un événement remarquable. Ainsi, l’auteur a tenu, à plusieurs occasions, à préciser que le fameux pèlerinage de Narayama n’avait aucun fondement culturel, cultuel, social ou autre, que ce n’était probablement que l’héritage d’un pamphlet oral datant de siècles anciens.

 

Il reste néanmoins qu’après le succès mondial de cette nouvelle et celui du film qui en a été tirée, la Ballade de Narayama est devenue un mythe mondial et que Fukazawa restera à tout jamais comme l’un des grands maîtres de la littérature nippone.

 

 

" A la montagne de derrière irons-nous abandonner la vieille

Mais de derrière même un crabe reviendrais en rampant. "

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Narayama de Schichiro  Fukazawa
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26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 07:46
Le rêve de Capri
Le rêve de Capri

Capri est, par excellence, l’île qui fait rêver. Placée dans l’une des plus belles baies du monde, elle réunit les caractéristiques qui ne peuvent manquer de séduire le regard, une mer bleue turquoise, une série de collines onduleuses, des falaises abruptes, des criques féeriques, des péninsules offrant des panoramas inoubliables, des roches gigantesques qui émergent de l’eau avec majesté, les tonalités de mille fleurs, des couchers de soleil somptueux, des villages pittoresques, des vestiges antiques ; oui, cette île a été choisie et aimée depuis que l’homme est apparu sur terre tant il est vrai que le climat, toujours doux et  sec, a favorisé une végétation basse et touffue à laquelle se sont mêlées, au cours des siècles, celles de la vigne, de l’olivier et des agrumes que l’homme s’est toujours plu à cultiver. Les bateaux, venant de Naples ou de Sorrente, accostent normalement à Marina Grande, troisième centre de l’île en nombre d’habitants après Capri et Anacapri. C’est là que se trouvent les quelques vestiges du Palais de l’empereur Auguste et les majestueuses ruines des Bains de Tibère, l’ensemble bordé de villas et de jardins odorants où il semble que le temps se soit arrêté, figé par l’harmonie prodigieuse du site ; maisons blanches, ciel bleu, lointains voilés par l’intensité éblouissante de la lumière diurne.

 

Les recherches menées sur les ruines antiques laissent penser que le complexe balnéaire, construit à l’époque d’Auguste et probablement modernisé et agrandi durant le règne de Tibère, son successeur, était composé d’importants ouvrages aux parois revêtues de marbres précieux. On imagine que l’île, encore peu peuplée, devait être alors un promontoire idéal, culminant à 589 m de hauteur, composé essentiellement de jardins et de vergers. Plus contemporains, les magnifiques jardins publics situés à pic sur la mer près de la Chartreuse de St Jacques furent réalisés à la fin du XIXe et au début du XXe par Auguste Krupp, un riche industriel allemand. La végétation luxuriante d’arbres et les plates-bandes fleuries et décorées  de belles statues font de ce lieu l’un des plus enchanteurs qui soit. C’est Krupp, encore, qui voulut la construction du magnifique chemin qui grimpe et serpente sur  1km 350 et va des Jardins d’Auguste à la Marina Piccola en une suite de points de vue inoubliables sue l’île et la mer, la pointe de Tragara et les fameuses Roches des Faraglioni. Malaparte, l’écrivain italien, fut lui aussi, comme Rainer Maria Rilke en son temps, un amoureux de Capri et fit construire sur la Pointe Masullo une villa « qui lui ressemble » de par son architecture originale. La maison, élevée entre 1938 et 1949, se détache nettement des constructions typiques de l’île. Entourée d’une pinède, elle présente un corps de logis, sur deux niveaux, peint en rouge vif, allongé sur la mer et articulé autour de l’escalier scénographique qui conduit au solarium. C’est là que fut tourné « Le mépris » de Jean-Luc Godard avec Bardot et Piccoli, d’après le roman d’Alberto Moravia. 

La villa de Malaparte et la villa Saint-Michel
La villa de Malaparte et la villa Saint-Michel

La villa de Malaparte et la villa Saint-Michel

Villa Saint-Michel
Villa Saint-Michel

Villa Saint-Michel

La villa Joris, villa romaine la plus imposante de l’île, s’étend sur une superficie de 6000m2 et fut commandée par l’empereur Tibère, bien que certains vestiges plus anciens laissent supposer qu’Auguste avait déjà trouvé le site idéal. Les différentes pièces de la villa, qui occupait probablement 4 étages, étaient organisées autour d’un vaste espace destiné à recueillir les eaux de pluie. Les appartements réservés à l’empereur étaient séparés du reste de l’édifice, édifice conçu à pic sur la mer, et ouvraient sur un panorama splendide dans la zone où la vue du Golfe de Naples est la plus spectaculaire.

 

Entouré d’oliviers et de vignes, Anacapri, seconde agglomération de l’île, est un paisible village parcouru de petites rues agréables qui s’enfoncent jusque dans le centre historique et invitent à en découvrir le charme accueillant, ainsi que le luxe de nombre de ses boutiques dont les griffes rappellent volontiers l’avenue Montaigne à Paris. Au XIXe siècle, et durant la première moitié du XXe, Anacapri accueillit beaucoup d’artistes et d’intellectuels attirés, comme la reine de Suède, par la poésie et la splendeur des lieux. Il y eut Axel Munthe, un médecin suédois philanthrope qui, fasciné par la beauté de Capri, y séjourna à de nombreuses reprises et fit élever la villa Saint-Michel. Il s’y entoura d’antiquités, vestiges découverts pour la plupart sur place, dont un buste de Tibère et un Hermès au repos, qui nous rappellent combien les empereurs romains aimèrent cette île.

 

A Capri, on entre dans une fête des sens qui est de tous les temps mais aussi hors du temps, puisqu’elle les résume tous. Les parfums vous étourdissent, les points de vue vous donnent une idée de ce que pourrait être le Paradis, les lumières distribuent les reliefs et leur confèrent une acuité rare. Les yeux, les narines vous assurent déjà une incroyable ivresse. Seule la foule est un peu gênante. Ici, on aimerait la solitude qui incite naturellement à la contemplation. Mais en septembre, moment où nous y étions, cela est difficile. L’île atteint alors un paroxysme de splendeur avec ses couleurs intenses, son éclat puissant à l’heure méridienne. Et impossible de venir à Capri sans embarquer pour une promenade en mer afin de visiter les grottes de l’Arc et des Fougères et la fameuse grotte Verte pour sa couleur émeraude. Passé la Pointe de Vetereto, une petite ouverture donne accès à la Grotte Bleue traversée de lueurs cristallines. On poursuit la navigation le long de la côte nord toujours plus abrupte avec ses roches imposantes en à plomb et les ruines des Bains de Tibère, avant d’arriver de nouveau à Marina Grande. Au coucher du soleil, lent et grandiose, les paysages marins atteignent une fulgurance qui mêle, en une fusion magistrale, le ciel et l’eau. La journée s’achève. On entend sonner les cloches des églises, les boutiques reçoivent leurs derniers clients et les restaurants s’animent. Les tables avec leurs nappes blanches sont dressées sous les charmilles parmi la diversité de la végétation qui unie le myrte, les lentisques, les œillets, les euphorbes, les lauriers roses, les acanthes épineuses et le genévrier. C'est le rêve de Capri.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Place du village d'Anacapri et grotte Bleue
Place du village d'Anacapri et grotte Bleue

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Le rêve de Capri
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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 07:31
Les pauvres parents de Ludmila Oulitskaïa

Une auteure dont j’aime beaucoup l’écriture et en qui je vois une candidate très sérieuse pour le Prix Nobel de littérature. J’espère que l’Académie suédoise partage mon avis et que, comme moi, vous succomberez aux charmes de la plume de Ludmila.

 

 

Les pauvres parents

    Ludmila Oulitskaïa (1943 - ….)

 

 

Il y a presque vingt ans, j’ai laissé Ludmila Oulitskaïa avec « Sonietchka », enchanté de ma lecture et aujourd’hui je la retrouve dans ce recueil de neuf nouvelles avec la même écriture limpide, élégante, emplie de tendresse et de douceur, très élaborée, dans des textes empathiques qui emportent le lecteur aussi bien par la satisfaction artistique que par les sentiments. Ces textes d’une grande qualité littéraire lui ont déjà valu de belles récompenses et pourraient lui apporter, dans les années à venir, le prix suprême décerné aux écrivains.

 

Dans ces nouvelles, elle se démarque des nombreux auteurs russes que j’ai pu lire, elle ne geint pas, ne se révolte pas contre le régime, n’accuse pas les potentats locaux, elle se contente d’observer avec un regard acéré, de décrire avec beaucoup de talent, d’analyser avec finesse, pour raconter la vie des gens qui ont tous des problèmes souvent liés à la conjoncture et au contexte politique et social du pays comme le manque de place qui est un ennui fort et récurent dans toutes ses nouvelles.  Elle met en scène des personnages qui n’appartiennent pas aux classes dirigeantes, souvent des gens pauvres et même parfois très pauvres, toujours des gens que le régime apprécie peu, beaucoup de juifs, quelques orthodoxes pratiquants, des gens venus des républiques périphériques, des personnes ayant des parents émigrés, tout un petit peuple méprisé, résigné, mais toujours d’une grande dignité. Des personnages qui lui permettent de décrire en toile de fond à ses histoires très complexes où pointe un reliquat du romantisme slave du XIXe siècle, la Russie de la deuxième moitié du XXe siècle, la Russie issue de la deuxième guerre mondiale. Pour bien comprendre, il faut  rechercher, lire entre les lignes  du texte tout ce que doivent supporter ces pauvres parents empêtrés dans des situations souvent inextricables qui ne facilitent pas la résolution de leurs problèmes personnels déjà bien compliqués.

 

L’auteure essaie  de nous faire comprendre comment dans de telles situations ses héroïnes, il n’y a pas de héros, il n’y a que des héroïnes dans ce recueil, se débattent pour conserver leur dignité et mener une vie encore convenable malgré  les contraintes qu’elles ont à affronter. On rencontre dans ce recueil une petite pauvresse qui ne sort jamais de son cagibi mais accouche quatre foi dès l’âge de 14 ans ; une jeune mère d’une fille mongolienne qui apprend qu’il ne lui reste pas plus de six ans à vivre et qui organise alors la vie future de sa petite handicapée ; une femme qui tape chaque mois sa cousine pour donner le fruit de sa quête à une plus pauvre qu’elle ; un enfant surdoué né trop tard et parti trop tôt ; une maman qui devient folle quand elle découvre que sa fille couche avec son amant… Des histoires inextricables qui se déroulent dans un contexte de fortes contraintes, des histoires slaves, des histoires réalistes, jamais larmoyantes, des histoires où la résilience et l’espoir gardent toujours une place, comme pour laisser penser qu’il y a une issue possible à toutes les situations qu’elles soient personnelles ou sociales.

 

L’éditeur la considère comme une héritière de Tchékhov, je ne connais pas suffisamment cet auteur pour émettre un avis à ce sujet, je me contente de croire que Ludmila Oulitskaïa est une grande plume de la Russie d’aujourd’hui, qu’elle fait honneur à ses célèbres prédécesseurs et qu’elle restera probablement comme une auteure de référence dans les lettres russes de notre époque.
 

Denis BILLAMBOZ

 

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Ludmila Oulitskaïa

Ludmila Oulitskaïa

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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 09:57
24 heures de la vie d'une femme de Stefan Zweig

 

C’est à la vitesse de la lumière que Stefan Zweig nous raconte les 24 heures de la vie d’une femme. On plonge dans l’histoire comme aspirés par la vivacité des phrases qui nous saisissent et nous emportent en une suite ininterrompue qui nous laisse essoufflés et abasourdis lors des ultimes mots et du dernier point. Mais sommes-nous dans un roman ou dans un film ? L’écrivain parvient à faire défiler dans notre imaginaire une telle suite d’images que l’on a vraiment l’impression d’entrer non seulement dans les décors extérieurs mais dans l’intimité des expressions, des gestes (le jeu de mains longuement décrit de l’un des personnage: « ces mains admirables, nerveuses et souples … ») et d’accéder pleinement aux divers sentiments éprouvés par les deux héros, Mme C. et l’autre, celui dont on ne saura jamais ni le prénom, ni le nom : « Je n’oublierai jamais la reconnaissance passionnée, d’abord humble, puis peu à peu s’illuminant, avec laquelle cet inconnu, cet homme perdu, m’écoutait ; je n’oublierai jamais la façon dont il buvait mes paroles lorsque je lui promis de l’aider ; et soudain il allongea ses deux mains au-dessus de la table pour saisir les miennes avec un geste pour moi inoubliable, comme d’adoration et de promesse sacrée. »

 

Qui sont-ils ? L’une observe, jolie femme d’une cinquantaine d’années, veuve qui a complètement renoncé à la vie et poursuit la sienne avec autant d’austérité que de sagesse et, l’autre, un jeune homme solitaire, qui joue. Tandis que cette femme guette et s’inquiète, le jeune homme met sa vie … en jeu dans les casinos. Curieusement l’action est réduite à sa plus simple expression, ce sont les sentiments, les sensations, ces choses intimes et secrètes qui occupent tout l’espace et nous font cavaler à leur suite dans des paysages intimes où l’émotion est omniprésente. Si bien que le récit de ces 24 heures, ce court moment dans une existence quelle qu’elle soit, prend une dimension considérable et ne nous lâche pas une seconde tant le texte est vif et ardent, au point qu’il est impossible de quitter ce livre avant de savoir où ces deux êtres nous mènent. Le roman idéal en quelque sorte, savamment conduit et orchestré. Un petit chef-d’œuvre de savoir-faire et de grâce littéraire. Un ouvrage que tout jeune auteur devrait lire avant de se jeter dans l’écriture de son premier roman car, ici, tout est formulé à la perfection : le déroulé et l’évolution du narratif, la qualité fluide du style, l’imagerie des scènes qui semblent composées par un maître photographe, enfin cette souplesse de l’action, ce questionnement qu’elle induit, cette justesse dans les propos, le choix précis du vocabulaire où chaque mot entraîne le suivant de façon inexorable. La phrase n’hésite jamais, elle s’emballe, se cabre, se courbe, s’enlace, elle est magnifique de précision, elle dit l’attente, le soupçon, l’inquiétude, le doute, la surprise ; elle coule de sa source à son estuaire en un flux agité et rapide comme le cœur qui déborde, se perd et se laisse submerger par une ultime vague.

 

Je ne vous dévoilerai certes rien de plus de cette histoire qui se situe sur la Riviéra durant les années 1900, dans les décors d’un grand hôtel et d’un casino. Un événement va s’y produire qui met le narrateur en présence d’une femme auquel cet événement rappelle un moment de sa propre existence, moment qui l’a marquée à jamais et dont elle éprouve le besoin de se délivrer auprès d’une oreille bienveillante, celle du narrateur bien entendu. N’en doutons pas, nous venons d’entrer dans l’arène  pour des joutes à fleurets mouchetés, d'une audace et d'une élégance pathétiques.

 

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 

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Stefan Zweig

Stefan Zweig

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17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 12:45
Concert de musique sacrée à Beuzeville avec Laura Rabia et son choeur lyrique
Concert de musique sacrée à Beuzeville avec Laura Rabia et son choeur lyrique

En l'église  Saint-Hélier de Beuzeville, le choeur lyrique de Trouville, sous la direction de Laura Rabia, donnait un concert de musique sacrée le dimanche 14 mai à 16 heures. Le cadre était merveilleusement choisi dans cette petite église romane du VIe siècle restaurée à partir des années 1960 et qui possède une collection de vitraux remarquable, oeuvre du maître verrier François Décorchemont, originaire de l'Eure. Celui-ci les exécuta selon un dessin épuré aux lignes simples qui laisse entrer l'éclat et la transparence de la lumière et enchante par ses couleurs douces. 

 

Concert de musique sacrée à Beuzeville avec Laura Rabia et son choeur lyrique
Concert de musique sacrée à Beuzeville avec Laura Rabia et son choeur lyrique
Concert de musique sacrée à Beuzeville avec Laura Rabia et son choeur lyrique
Concert de musique sacrée à Beuzeville avec Laura Rabia et son choeur lyrique
Concert de musique sacrée à Beuzeville avec Laura Rabia et son choeur lyrique
Concert de musique sacrée à Beuzeville avec Laura Rabia et son choeur lyrique

Baigné de la même lumière sera l'ensemble du programme musical commencé avec le "Stabat Mater" de Antonio Vivaldi sur le poème en latin de 20 strophes du Frère Franciscain Jacopone da Todi (1228-1306 ), antienne mariale qui évoque la souffrance de Marie lors de la crucifixion de son fils. Ce poème de la douleur maternelle a inspiré de nombreux musiciens dont Vivaldi qui se vit confier en 1711 la composition d'une oeuvre pour la Vierge par l'église de Brescia, ville natale de son père. Tombée dans l'oubli, cette oeuvre sera redécouverte au début du XXe siècle et redonnée pour la première fois à Sienne en 1939. Le "Stabat Mater" de Giovanni Battista Pergolesi (1710-1736), qui lui faisait suite, fut écrit pour soprano et alto par ce jeune musicien mort à l'âge de 26 ans et frappe d'emblée le public par son recueillement poignant, la souffrance dominée mais palpable qu'il signifie, tout particulièrement dans le premier mouvement d'une beauté grave, admirablement chanté par Laura Rabia et la jeune contralto  Magali Zabiholla.

 

Le "Rébecca" de César Franck était pour certains une découverte. Il fut composé en 1880-81 comme un oratorio inspiré par des scènes bibliques sur un texte de Paul Collin, texte qui conte un épisode de la vie d'Abraham en quête d'une épouse pour son fils Isaac et dont la noblesse presque tragique et la souplesse de la ligne vocale créent des effets particulièrement émouvants. De même sera son "Ave Maria" et son "Panis Angelicus" ( le pain des anges ) d'une parfaite hauteur spirituelle. Quant à l'"Ave Maria" dit de Caccini, le choeur lyrique de Trouville l'interprète de manière bouleversante et avec une ferveur qui ne peut manquer de toucher un public réceptif et à l'écoute attentive et recueillie.

 

"Rébecca" de César Franck
"Rébecca" de César Franck

"Rébecca" de César Franck

D'une veine assez semblable sera le "Veni Domine" de Mendelssohn (1809 - 1847), de même que son magnifique "Laudate Pueri" qui traduisent l'un et l'autre l'attente de la venue du Messie, tandis que l'"Ave Verum opus 65" de Gabriel Fauré dont la couleur est déjà celle du Requiem nous immerge dans une harmonie riche et subtile, d'une richesse et d'une fraîcheur inouïes. Et ne parlons pas du "Lacrimosa"  de Mozart ( pour prendre connaissance de mon article "Mozart à l'heure du Requiem", cliquer ICI ) qui extériorise l'émotion du génial compositeur au bord du tombeau dont il pressent le terrible passage, tout en maintenant à son degré le plus aigu l'espérance salvatrice ... 

 

Ce concert s'achèvera avec de larges extraits du "Requiem" de John Rutter, compositeur contemporain, héritier de la tradition liturgique anglaise, qui a consacré la majeure partie de sa production à des oeuvres religieuses. La première interprétation de son Requiem sera assurée par le Sacramento de Californie. Depuis lors, cette pièce musicale est jouée dans le monde entier. Construite de façon simple et classique, infiniment intime et recueillie, elle évolue dans une atmosphère sereine, d'une beauté intense qui n'est pas sans évoquer le "Requiem" de Fauré, passage de l'obscurité à la clarté dans une égale hauteur incorporelle. Ainsi somme-nous transportés dans le monde invisible et mystique, la plénitude sereine qui unit et pacifie. Merci à ce choeur lyrique, dirigé par Laura Rabia, avec la merveilleuse Marie-Pascale Talbot au piano, de nous apporter cette nourriture spirituelle, remède absolu qui réconforte et console des dures réalités de la vie quotidienne et des drames internationaux. Ce choeur est notre voix d'outre monde.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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John Rutter

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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 10:21
Fable d'amour d'Antonio Moresco

Une fable pour raconter l’amour entre la belle et la bête, une fable surtout pour montrer que le monde des vivants et le monde des morts sont vraiment très proches l’un de l’autre et que les hommes ont toujours beaucoup de difficultés pour se comprendre.

 

Fable d’amour

Antonio Moresco (1947 - ….)

 

Fable d’amour est un roman d’amour écrit comme une fable, une fable des temps contemporains : un crapaud/clochard, à la limite entre le règne animal et le règne végétal, est un  jour réveillé par une princesse/pin up qui le conduit chez elle pour le récurer à fond et l’habiller décemment. Sortant de sa gangue de crasse, débarrassé de ses hôtes indésirables, le vieil homme émerge peu à peu de sa léthargie végétale pour rejoindre le genre humain. Arrivé à ce stade, il tombe follement amoureux de la belle qui a tout fait pour le séduire, mais le mirage ne dure pas longtemps, conquise par un bellâtre, la belle éconduit le pauvre ère qui retourne à son trottoir, à ses cartons, au froid, à l’humidité, à la nourriture tirée des poubelles. Faisant alors son autocritique, il ne comprend pas comment il a pu se laisser embrouiller, lui qui a déjà quitté ce monde abject une première fois.

 

Alertée par le pigeon, sorte d’Esprit Saint qui veille sur le sort du clochard, la belle comprend la folie et la méchanceté de son geste et part à la recherche de son amoureux éconduit qu’elle retrouve au pays des morts car, comme dans toutes les fables, rien n'est impossible. Antonio Moresco a choisi la fable car elle permet d’étendre le désormais trop célèbre champ des possibles, rappelant « que l’impossible  et l’inattendu peuvent encore faire irruption dans le possible et dans la vie. »

 

L’auteur, dans une note placée en postface, précise qu’il a écrit ce texte très rapidement alors qu’il était occupé à la rédaction d’un ouvrage fleuve. Il a laissé libre court à son imagination pour raconter une histoire d’amour, comme il en existe dans de nombreuses fables, en adaptant les personnages à notre époque où les miséreux sont de plus en plus nombreux sur les trottoirs et où il serait bon que les plus nantis se penchent un peu plus souvent sur eux. Dans ce sens, ce texte est une leçon de morale pour les plus avantagés, une réaction contre l’injustice qui frappe les démunis et une invitation à manifester de la compassion envers ces gueux des temps modernes.

 

C’est, par ailleurs, un message d’espoir car il faut toujours croire que l’improbable est encore possible, que le Capitole est toujours aussi près de la Roche tarpéienne, que l’on peut passer du royaume des riches à celui des pauvres et vice versa. « Il est tout aussi facile de passer de la vie à la mort que de la mort à la vie, même si les vivants ne le savent pas. Même s’ils ne savent pas que le monde des vivants est empli de morts : ils ne peuvent pas le savoir parce qu’ils sont morts. » Les vivants de la fable peuvent être les riches et les pauvres chez les morts. Une réflexion sur la vie et la mort, la richesse et la pauvreté et sur la minceur de la cloison qui sépare ces divers états.

 

Antonio Moresco laisse aussi percer une certaine lassitude à voir ses contemporains se débattre comme des diables pour simplement s’aimer les uns les autres. « Que c’est dur toute cette douleur des vivants et aussi des morts, tous ces gens qui se cherchent et ne se trouvent pas. Que c’est dur tout cet amour impossible… » En effet, le monde marcherait mieux si les amours contrariées devenaient possibles.

Denis BILLAMBOZ

 

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Fable d'amour d'Antonio Moresco
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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 07:52
La Rinascente d'Edmée de Xhavée

Je l’avoue, j’ai refermé ce livre avec nostalgie, tant l’auteur sait nous rendre proche les personnages de ses huit nouvelles écrites d’une plume délicate et précise, avec l’œil aiguisé de quelqu’un qui connait bien le cœur humain, particulièrement celui des femmes, et nous emmène à sa suite dans des pans d’existence qui tour à tour se parent d’incertitudes, de refoulements, de surprises, de nostalgie ou de rancœur. Chacun de ces courts textes est un roman à lui seul, une vie en raccourci saisie sur le vif avec un suspense qui accélère habilement notre lecture. Tous ont leurs perspectives, leurs mystères, leurs inquiétudes, tous nous dévoilent des secrets inattendus, des caractères forts ou fragiles, des ambitions refoulées ou affirmées, des tensions soudaines, d’autant que le charme de l’écriture contribue à créer mieux qu’un décor, une atmosphère.

 

Edmée de Xhavée a une jolie plume, elle sait attacher de l’importance à de menus détails qui confèrent à ses nouvelles un indiscutable envoûtement. Les objets, qu’elle pose ici et là, ont bien entendu une âme et sont décrits de façon subtile afin de mieux situer l’action et les personnages, à les arrimer dans une actualité, à les environner de manière à ce que le livre devienne également un tableau, que le lecteur voit surgir des images qui se placent à la fois dans le mouvement et dans le temps.

 

Chacun aura sa préférence pour l’un ou l’autre des récits qui tous les huit sollicitent notre imagination et notre sensibilité et ouvrent une fenêtre ou une porte sur un devenir. Le décor immédiatement planté, on entre de plein pied dans ces moments de vie, dans ces amours perdus ou retrouvés, ces sentiments floués, ces belles énigmes du passé qui resurgissent comme pour justifier une actualité poreuse. Que d’amours en suspens, que de joies remémorées dans le silence d’une solitude, que de chemins parcourus avant qu’une rencontre fasse basculer un doute, engendre un renoncement, que de visages doucement flétris par l’usure des jours, enfin que d’espérance mise au tombeau ou ressuscitée de façon soudaine et émouvante.

 

J’avoue avoir eu un coup de cœur particulier pour une merveilleuse nouvelle titrée « Louve story » qui se conte à deux voix, celle de l’ancêtre Octavie et de la contemporaine Louvise, deux jeunes femmes pénétrées par la fatalité d’amours irrévocables où le temps remonté justifie le temps présent et en légitime le sens. Un conte davantage qu’une histoire où le parfum des sous-bois vous prend au cœur et à la gorge quand l’air se charge "de l’odeur des graminées et des troncs chauds." 

 

 

Une autre m’a plue infiniment aussi « La sonate à Malgorzate » où Dacha tente de se persuader qu’elle est la petite fille de … On se promène de Saint-Pétersbourg à Kiev durant les affrontements de la guerre de 14/18 et de la Révolution russe. Et puis il y a le phrasé du piano en filigrane qui occulte les atrocités des combats. Une histoire en pointillé qui redistribue les cartes d’un destin. Oui, Edmée de Xhavée nous propose avec « La Rinascente » peut être son plus beau livre, celui le plus chargé de poésie, de fulgurances, jusqu’à ce tombeau où l’on sait bien que l’amour, comme la vie, n’est là qu’en état d’attente.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Lovebirds       Villa Philadelphie     Les promesses de demain  

Journal d'une verviétoise des boulevards

 

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La Rinascente d'Edmée de Xhavée
La Rinascente d'Edmée de Xhavée
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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 10:01
Ma vie palpitante de KIM Ae-ran

Encore une perle dégotée dans le foisonnement de la littérature coréenne, une histoire émouvante, l’histoire d’un gamin atteint de la maladie qui fait vieillir trop vite. Pathétique mais jamais larmoyant.

 

 

Ma vie palpitante

    Kim Ae-ran (1980 - ….

 

)

« Mes parents avaient seize ans quand ils m’ont eu.

J’ai eu seize ans cette année.

Je ne sais si je vivrai jusqu’à mes dix-huit ans ».

 

Dès les trois premières lignes du prologue, l’histoire est racontée et pourtant l’auteure a beaucoup de choses à dire sur ce sujet qui effraie tellement qu’on n’ose généralement pas le traiter : la maladie qui fait vieillir trop vite. Le gamin, qui raconte cette histoire terrifiante, n’a que seize ans mais il en parait quatre-vingt avec toutes les conséquences accompagnant habituellement la vieillesse : la maladie, le handicap, la faiblesse, la fragilité, le déclin des sens…

 

C’est donc Aerum qui conte l’histoire de ses parents, leur rencontre alors qu’ils sont très jeunes, la grossesse qui en découle, la décision de garder l’enfant, sa naissance, la découverte de la maladie, l’acceptation, la douleur, le découragement, l’accompagnement… L’enfant explique aussi sa maladie, vue de l’intérieur, avec ce qu’il doit subir sans jamais gémir ni larmoyer, seulement en attrapant des mots pour les mettre dans la perspective de ce qu’il subit, cela avant qu’il ne soit trop tard car le temps coule vite dans le sablier de sa vie. Dans ce contexte extrêmement douloureux, l’auteure met beaucoup de douceur, beaucoup de délicatesse, de  poésie, mais pas de révolte, pas de violence, pas de désespoir, seulement du courage et de la résignation. Elle observe que : « Face à la maladie, les gens réagissent souvent par le déni, la colère ou la tristesse ».

 

En plaçant le récit dans la bouche du malade, l’auteure peut lui faire dire que la maladie ne le dispense pas de vivre et de vivre chaque jour avec intensité, que la vie est un cadeau qu’il faut d’autant plus apprécier qu’on risque de n’en disposer que peu de temps. L’enfant ne regrette qu’une seule chose : ne pas être comme les autres. « Je voulais vraiment devenir aussi lamentable qu’eux, commettre les mêmes erreurs, nourrir les mêmes fantasmes. J’espérais leur ressembler ». Elle nous offre aussi un regard distancié sur la famille, le passage à l’âge adulte qui préoccupe beaucoup l’enfant, l’amour conjugal, l’amour filial, la procréation, le respect de la vie, l’acceptation du sort et la mort et son approche.

 

Cette étrange maladie est aussi l’occasion de poser le problème de l’âge qui n’est pas seulement lié au temps qui passe mais aussi à la façon dont nous effaçons le temps qui nous est dévolu. Aerum parait bien vite plus vieux que le père qui a fécondé sa mère et le vieux Jang, le voisin préféré de l’enfant, semble lui aussi plus vieux que son père et pourtant, il ne souffre d’aucune maladie.

 

Ceux qui souffrent, vivent la maladie dans leur chair mais ils la vivent aussi dans le regard et le comportement de ceux qui les entourent. Aerum cherche à faire comprendre à ses parents que sa maladie ne saurait en rien être le résultat de leur relation adultérine alors qu’ils étaient encore trop jeunes pour s’adonner à de telles pratiques. Un acte de résilience fort qui plane au-dessus de ce récit où les tensions sont toujours contenues même quand elles sont très violentes. L’enfant ne demande qu’une chose : « Je ne veux pas de sa pitié, j’ai ma fierté ».

 

Cet ouvrage est aussi l’occasion de mettre en cause la société actuelle fondée sur des innovations technologiques et des moeurs souvent virtuelles : la télé-réalité, les réseaux sociaux, Internet, les jeux vidéo … qui n’apportent souvent que complication et inconvénients supplémentaires, ils ne remplaceront jamais les livres et les rêves qui nourrissent, ni l’amour et l’amitié, les meilleurs remèdes contre la maladie et les meilleurs compagnons à l’approche de la mort.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Ma vie palpitante de KIM Ae-ran
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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 09:26
Une jeune peintre nous raconte Hong kong

Je vous avais parlé, il y a de cela quelque temps, dans un article "Véronique Desjonquères ou le visage retrouvé" ( pour lire l'article cliquer  ICI )  ainsi que de son ouvrage  "Beautiful because of your heart" pour lire l'article : cliquer LA ) de cette jeune artiste, écrivain et peintre, qui nous avait raconté, grâce à sa plume et à ses pinceaux, Bombay, ville dont elle avait su saisir la vie cachée, intime, les visages multiples, l'urbanité colorée et trépidante, la pauvreté digne et fière et qui, aujourd'hui, accompagnant son mari dans sa nouvelle affectation professionnelle, nous raconte Hong Kong en images. Cette mégalopole internationale ultra moderne, formée par une multitude d'îlots, l'île de Hongkong et la presqu'île de Kowloon, cité la plus anglaise des villes chinoises n'en reste pas moins un centre touristique très apprécié des visiteurs, surnommée "La perle de l'Orient" grâce à ses vestiges culturels, à ses plages et au mélange audacieux d'une architecture ultra moderne et d'avant-garde. Au milieu de cette forêt de buildings, l'ancien et l'authentique n'ont pas été totalement oubliés ou sacrifiés, ainsi les marchés populaires, les parcs à la végétation subtropicale et les maisons sur pilotis des îles nombreuses où les derniers sampans résistent encore. Cette métropole gigantesque, à la mixité incroyable, a inspiré à nouveau Véronique Desjonquères qui prépare une exposition avec une amie sculptrice et nous présente un ensemble de toiles d'une beauté évidente parce qu'elle sait retenir de la vie la part essentielle, les beautés secrètes et voilées, les paysages pittoresques chargés de mémoire, qu'elle nous invite à cette contemplation tendre où le silence se fait complice de la noblesse des êtres et des choses. Mais je la laisse vous  conter son parcours qui est, à l'évidence, celui d'une femme sensible et d'une artiste :

 

"Après 8 années passées comme avocat dans un cabinet anglais, notre départ en expatriation en 1998 m’a donné l’occasion de réorienter mes activités professionnelles. Le dessin et les langues ont toujours été ma passion. J'aime la couleur, l'harmonie colorée. La peinture me remplit de joie et m'apaise. Mes parents n'ont pas cherché à valoriser cette passion mais m'avaient inscrite tôt à des cours de piano. Je pouvais y exprimer ma sensibilité.

 

Bien des années après, la peinture m'a rejointe. Je suivis mon mari avec nos 4 puis 5 enfants, en expatriation à Singapour et Madrid. En même temps que les langues, je reprenais mes cours de peinture dans ces deux pays. A Singapour, j’ai été émerveillée par les voyages, l’exotisme, les visages, la lumière sur la végétation luxuriante, l’énergie… Mon séjour à Madrid fut une révélation. J'adorais la luminosité, la vie, la fête, les contrastes, les vieilles dans les régions rurales, les patios, les jeux de lumière sur des objets simples évoquant la chaleur du climat. Quitter l’Espagne fut un arrachement à ce pays que j'aimais tant mais aussi la prise de conscience que la peinture était une passion depuis toujours et que je voulais en faire ma nouvelle carrière professionnelle.

 

En 2010, nous avons cédé à nouveau aux sirènes de l'expatriation. Cette fois, la destination était Bombay en Inde: adaptation difficile, douloureuse dans cette ville de contrastes mais source d’émotions fortes et de création: les femmes dans les  bidonvilles, leurs enfants, les couleurs, la pauvreté, la richesse... Les sens y sont en éveil permanent. Tout de suite, j’ai eu la volonté de raconter Bombay, la ville, les gens, les slums, la vie. Je suis partie à la rencontre des habitants avec une interprète. Ils se sont livrés à moi, m’ont raconté leur vie, leurs désirs, leurs peurs, leurs joies, leurs malheurs, leurs enfants, leurs rêves… Ils se sont laissés photographier; je les ai peints. Il en est résulté un livre intitulé  "Beautiful because of your heart"- Rencontres avec Bombay 2010-2013.”

 

Ma peinture, ce sont des personnages et des lieux de vie. Un de mes tableaux préférés représente le plus grand bidonville de Bombay, Dharavi. Énergie, vitalité, transparence, vérité, humanité, ouverture aux autres, empathie, fidélité, communication, confiance, voici les mots que je veux traduire dans ma peinture. Les personnages que je peins ou que je photographie sont les "petits" de ce monde, les vieillards, les femmes et les enfants, en Inde les plus démunis. Je suis touchée par leurs visages marqués d'histoire, les liens qui les unissent, leurs regards, leurs attitudes, leur pauvreté, la beauté qui émane d’eux malgré la dureté de leur vie, le beau au-delà de la laideur, de la pauvreté, de la saleté, de l'injustice, des conditions de vie. Les matières traduisent l'émotion. J’ai peint Dharavi sur une planche de bois. Les toiles plastiques dont ils revêtent les toits de leurs cahutes et des morceaux de carton sont collés et peints. L’huile appliquée au couteau traduit l’énergie et la violence des lieux. Les harmonies colorées reflètent le tourment. L’Inde n’est pas le pays de la “non violence”. Dharavi, où vivent des centaines de milliers d’Indiens, est l’endroit où leur rêve de prospérité se développe ou s’éteint.

 

Aujourd’hui à Hong Kong, ma nouvelle ville d’expatriation, j’aimerais que là et encore ailleurs, ma peinture continue de traduire la vie; que mon expression artistique touche les gens, les fasse accéder au divin en eux. Qu’elle n’ait de cesse de transcender le petit, le laid pour montrer la beauté de la création et la grandeur de l’homme. Qu’elle capture la vie, partout où elle est, la laisse jaillir, parfois au-delà de la mort. A Hong Kong, il m’a fallu du temps pour retrouver l’inspiration. Progressivement, j’ai découvert les endroits insolites et inattendus, les ruelles sales et obscures de Hong Kong, les villages de pêcheurs, le reflet du soleil sur les immeubles et sur l’eau…"

 

Pour voir les vidéos, cliquer sur les liensci-dessous :
 
 
 
 
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Véronique Desjonquères

Véronique Desjonquères

Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères
Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères
Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères
Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères
Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères
Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères
Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères
Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères

Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères

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Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

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