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8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 08:26
La baie de Somme, royaume de la lumière et des oiseaux

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S'il vous prenez l'envie de changer d'horizon et de découvrir un lieu enchanteur, faites comme les oiseaux migrateurs, posez-vous un moment dans la Baie de Somme. Vous y découvrirez  une nature à l'état sauvage, parée de lumière, et offrant à votre oreille attentive la symphonie ininterrompue de ses chants d'oiseaux. La baie, paysage lunaire redéfini par la lumière, est livrée sans mesure aux noces fastueuses du sable et de l'eau. A marée basse, on peut surprendre, se séchant sur les dunes, quelques phoques veaux-marins dont la colonie ne cesse de grandir. Plus loin, on marche sur des galets à travers une zone où domine l'argousier qui, en automne, fournit des baies d'un bel orange vif. Les dunes arbusives abritent le lapin, le faisan et la bécasse recherchés par les chasseurs. Là, des oyats ont été plantés afin de stabiliser le sol, là-bas des sureaux, des églantiers, des troènes sauvages et des prunelliers. La pointe du Hourdel constitue la limite sud de la baie de Somme. Au fur et à mesure que l'on avance, on découvre des dépôts de galets en crochets successifs remontant vers le nord et protégeant la dune des assauts du vent et de la mer. Ces dépôts, nommés crochons, constituent un phénomène rare en France : la conquête de la terre sur la mer, quand partout ailleurs l'inverse se produit.

 

 

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De nombreuses espèces d'oiseaux ont adopté ce site. Les berges et l'îlot de la Gravière servent de reposoir pour les grands cormorans et pour le Tadorne de Belon, canard à tête noire avec un bec orné d'un tubercule rouge. Le littoral est un milieu rude pour la végétation qui doit s'adapter au sel, au sable, à la vase et au vent. Aussi la flore est-elle différente au fur et à mesure que l'on s'éloigne de la mer. A ces paysages fondus dans l'or du sable où, à l'horizon, le ciel semble soudain se gonfler comme un ballon, on ne voit guère pousser que le chou marin et le gazon d'Olympe, alors que leur succèdent, plus loin, dans les mollières, la salicorne, la saladelle, l'euphorbe maritime et la roquette de mer et que les marais accueillent volontiers les aulnes, les saules, les pins noirs et les frênes.

 


Pour les géographes, la Baie de Somme est l'emboîtement de deux estuaires : celui de la Somme et celui de la Maye. La mer, en s'engouffrant dans les vallées de ces deux fleuves, a créé une immense étendue qui compose un ensemble de 7000 ha, dont  3000 appartiennent à la réserve naturelle ornithologique du Marquenterre. Cette réserve a pour triple objectif de sauvegarder des espaces importants pour les oiseaux, de veiller à la pérennité de la colonie de phoques et d'assurer la conservation des éléments les plus rares de la flore locale. Une visite d'une journée vous procurera d'inoubliables surprises et émotions. Pensez que sur 452 espèces d'oiseaux recensées en Europe, plus de 280 ont pu être observées au parc du Marquenterre. C'est le cas des Bécasseaux et Pluviers venus de Sibérie, des Bernaches nonettes descendus des terres arctiques ou des grands Echassiers migrant vers l'Afrique. Des oiseaux rares et menacés comme la Spatule blanche et l'élégante Avocette s'y reproduisent chaque année. Le parc, c'est également 27 espèces de mammifères ( renard, sanglier, chevreuil, biche, lièvre ), 32 de libellules, 200 de papillons nocturnes et plus de 265 variétés de plantes.

 

 

Au printemps, les petits échassiers, qui vivent entre vasières et mangroves, y font halte avant d'aller se reproduire en Sibérie. On ne sait ce qu'il faut le plus admirer, de la magnifique Cigogne qui plane au-dessus du marais avant de regagner son nid, de l'Aigrette garzette si fine et délicate, du Vanneau huppé, de l'Huitrier-pie au bec orange et à l'oeil en fusion, du Héron gardeboeuf qui niche en haut des arbres comme la Cigogne, du Tournepierre, de la Barge à queue noire, du Chevalier gambette ou de la ravissante Avocette au long bec recourbé qui lui permet de sabrer l'eau et d'attraper plus aisément les vers et crustacés dont elle est friande. Afin de protéger ses oisons, elle fait parfois semblant d'être blessée. Boitillant, traînant l'aile, elle éloigne malignement le prédateur de sa couvée.

 


Au sommet de la dune, un panorama superbe nous attend. Dans les zones submergées, où une végétation de prés salés, dominée par le lilas de mer, se développe abondamment, on aperçoit des Bécassines, des Vanneaux, des Foulques, des Canards colverts, des Goélands argentés. Parmi ces oiseaux, il y a des sédentaires et des migrateurs. Certains d'entre eux, comme le coucou et le rossignol, vont passer l'hiver en Afrique ; d'autres, appelés migrateurs partiels, se contentent, comme les grives, de changer de région pour avoir plus chaud et trouver facilement de la nourriture. 

 


Afin de repérer un oiseau, mieux vaut se fier à son ouie qu'à sa vue. Leurs chants ont une fonction essentiellement territoriale. Les concerts sont à leur paroxysme d'intensité au printemps, pendant la période nuptiale. C'est alors qu'il est important d'exercer son oreille en même temps qu'aiguiser son oeil, de façon à profiter de ce spectacle total. Je vous le recommande. Ne ratez pas cette visite et cette immersion dans une nature belle et secrète. A deux heures de Paris, vous connaîtrez un dépaysement auquel vous ne vous attendiez pas. Tout est réuni pour combler vos attentes, enchanter vos sens et vous mettre en communion étroite avec l'harmonie la plus parfaite, la beauté la plus authentique.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

   

 

     SITE DU MARQUENTERRE  

 

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 08:01

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Lire entre  Lagos et Monrovia


Cette étape consacrée à la littérature anglophone de l’Afrique de l’ouest, je voudrais la dédicacer à notre guide, Chinua Achebe, décédé quelques semaines (21 mars 2013) seulement avant que je rédige ces lignes. C’est donc en hommage à ce grand écrivain nigerian que nous marcherons sur sa piste pour rencontrer le premier Africain titulaire du Prix Nobel de littérature, son compatriote Wole Soyinka, et une autre compatriote Buchi Emecheta. Nous poursuivrons notre périple jusqu’au Ghana où une autre jeune femme nous racontera, elle aussi, les malheurs des jeunes femmes noires qui voudraient profiter de « la belle vie » des Européennes. Cette littérature est un réservoir de talents pas assez exploré, Achebe était lui aussi cité pour le Prix Nobel de littérature et les belles plumes sont nombreuses dans ce territoire.
 

Femmes en guerre et autres nouvelles

Chinua Achebe (1930 – 2013)


Chinua Achebe, l’auteur nigérian célèbre pour son roman « Le monde s’effondre », a écrit quelques nouvelles dont la plupart sont réunies dans ce recueil publié en 1972, mais elles ont été écrites au cours d’une longue période qui court de 1952 à 1972 et couvre donc la guerre qui enflamma le Biafra. Ces nouvelles évoquent,  notamment dans la première période, les difficultés rencontrées par le peuple nigérian pour faire cohabiter la tradition africaine avec les nouvelles valeurs, principalement l’instruction et l’éducation importées par les colons blancs. Ces premières nouvelles sont souvent moralisatrices, elles dénoncent les principales tares qui affectent l’Afrique de l’époque : l’obscurantisme religieux et culturel, la corruption et la cupidité, le non respect des traditions et surtout le manque d’instruction et d’éducation qui fait l’objet de plusieurs nouvelles. Ces premières nouvelles laissent transpirer l’espoir d’un jeune Africain de voir un jour son pays, après quelques efforts, plus d’application et moins de vices, accéder au rang des pays dits développés. Mais les dernières nouvelles, notamment les trois dernières, sont empreintes de beaucoup plus de pessimisme et montrent même un certain désenchantement et une réelle résignation devant l’incapacité des hommes à vivre en paix sans se déchirer pour des biens terrestres éphémères car « nos parents ne nous ont jamais appris à préférer la richesse aux femmes et aux enfants. »

Ecrites sur une durée de vingt ans, ces nouvelles montrent combien la situation de l’Afrique s’est dégradée au cours de cette période et comment l’optimisme d’un écrivain talentueux et reconnu a tourné au pessimisme et fatalisme après la guerre du Biafra. C’est toute la tragédie de l’Afrique contemporaine qui est relatée en filigrane dans ces nouvelles de Chinua Achebe, nouvelles qui prennent ainsi place à mi-chemin entre Wole Soyinka et Ken Saro-Wiwa dans le panthéon des écrivains africains.

 

Aké, les années d’enfance – Wole Soyinka (1934 - ….)

Wole Soyinka est le premier écrivain africain titulaire du Prix Nobel de littérature, mais aussi le premier écrivain noir à qui ce prestigieux prix fut décerné. A travers ce livre il raconte, comme l’indique le titre, ses années d’enfance, entre sa naissance et 1945, à Aké petite bourgade nigériane devenue aujourd’hui une véritable ville. Peu après la cinquantaine, il a éprouvé le besoin de revenir à ses origines, à sa source africaine, afin de raconter son histoire d’enfant nourri au lait des légendes yoroubas. Un retour vers la mysticité africaine organisée autour de rites tribaux tandis que l’Occident succombe à la folie nazie. C’est un véritable bain de jouvence pour l’auteur qui se délecte de l’innocence et de l’insouciance de l’enfant qu’il était dans un monde dirigé par un ensemble de croyances animistes mêlées aux règles civiles et religieuses importées par les colons. Un livre plein de joie de vivre qui n’arrive cependant pas à cacher tout ce qui attend l’Afrique et les Africains dans la seconde moitié du XXe siècle.


Gwendolen – Buchi Emecheta (1944 - ….)


Gwendolen est une jeune jamaïcaine que ses parents ont laissée à la garde de sa grand-mère et de son oncle pour aller chercher une meilleure situation en Angleterre. La jeune fille essaie de se rendre utile pour que la cohabitation se passe bien, mais l’oncle a pris la sale habitude de la rejoindre souvent sous les draps. La jeune fille n’ose rien dire mais décide un jour de partir en Angleterre rejoindre ses parents ; l’aventure tournera court mais elle parviendra néanmoins à convaincre sa famille de la laisser partir. L’arrivée tant attendue en Europe n’est pas le bonheur qu’elle supposait, elle doit affronter d’autres problèmes et mener de rudes combats. C’est le sort des jeunes filles abusées qui culpabilisent, n’osent pas dénoncer, ne sont pas souvent crues, sont les éternelles victimes de ce genre de situation, et, quand elles sont noires, le racisme et la stigmatisation ne peuvent qu’envenimer la situation.


Par-delà l’horizon – Amma Darko (1956 - ….)


L’histoire de Mara est celle de nombreuses jeunes ghanéennes qui se sont retrouvées sans le vouloir et, souvent, sans savoir comment dans les bordels européens ou sur les trottoirs français. Mara a été mariée par son père à un beau parti du village – du moins le croit-il - qui vit en ville, certes, mais dans une cabane d’un bidonville crasseux. Le beau parti traite bientôt sa femme comme une servante, la trompe et finit par la quitter pour faire fortune en Europe. Quelques années plus tard, il l’a fait venir en Allemagne où elle doit contracter un mariage blanc avec un Allemand pour obtenir un titre de séjour comme il l’a fait lui-même avec une Allemande. Le titre de séjour deviendra l’objet du chantage qui conduira la jeune femme d’un bordel à l’autre à travers divers pays de l’Allemagne à la Suisse. Un sujet brûlant qui n’a toujours pas trouvé sa solution et un livre plein de délicatesse et de tendresse pour dénoncer une traite ignoble.


Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre périple littéraire à travers le monde  -

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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 08:59

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On l'attendait depuis longtemps dans la prestigieuse collection qui, mieux que les académies, sélectionne les têtes de pont de la littérature internationale. L'auteur de "La confusion des sentiments", de "Lettre d'une inconnue" ou de "Joueur d'échec" le méritait mieux que personne pour l'ampleur et la diversité de son oeuvre, la profondeur de sa réflexion, la fluidité de son style.


Né le 28 novembre 1881 à Vienne dans une famille de riches industriels israélites, le jeune Stefan préfère la lecture au jeu et fait preuve, dès son âge le plus tendre, d'une austérité naturelle et de peu de goût pour le grand monde et les plaisirs futiles. Elève moyen, il s'intéresse principalement à tout ce qui touche à l'art et à la philosophie. Il écrira à cette époque : "Le seul moment heureux que je doive à l'école, ce fut le jour où je laissai retomber pour toujours sa porte derrière moi." Très vite il s'enthousiasme pour la poésie et lit avec passion Rainer Maria Rilke, de six ans son aîné. Puis, ce sera la découverte de la vie de café où il peut discuter pendant des heures avec ses amis, jouer aux échecs, lire les journaux et les revues culturelles que les cafés répartissent sur des tables à la disposition de la clientèle. Lui-même a commencé à rédiger des poèmes qui seront publiés dans des revues comme Die Zukunfr ( l'Avenir ). Reçu au baccalauréat, il quitte l'appartement familial pour emménager dans une chambre d'étudiant où la vie qu'il se prépare à mener conviendra mieux à sa nature que la cage dorée où il se sentait prisonnier de tout un arsenal de principes, et s'inscrit à l'université de philosophie. Mais, plutôt que de suivre ponctuellement les cours, il préfère se consacrer à l'écriture et, dès 1901, a déjà écrit trois ou quatre cents poèmes dont il fera une sévère sélection pour n'en retenir qu'une soixantaine publiés sous le titre "Les cordes d'argent". Cette même année, il fait paraître également sa première nouvelle "Dans la neige" (Im Schnee ) qui conte l'histoire d'une communauté juive livrée aux brimades d'une horde de flagellants comme s'il voyait déjà se profiler les heures sombres du nazisme... 


En 1902, Zweig rencontre à Paris Emile Verhaeren qui lui transmet le goût des " forces tumultueuses" et dont il deviendra le traducteur et le biographe. De même qu'il écrira une préface de quinze pages pour l'oeuvre de Verlaine aux éditions Schuester und Loeffler. A Berlin où il réside un moment, il fait la connaissance des poèmes maudits, s'initie à la vie de bohème, se passionne pour les romans de Dostoïevski et la peinture de Munch. Rentré à Vienne, il soutient sa thèse sur Hippolyte Taine et est reçu docteur en philosophie au grand soulagement de ses parents. Désormais Zweig va consacrer sa vie aux voyages et à son travail d'écrivain, visitant Prague, la Sardaigne, Rome, la Corse, Ceylan, Calcutta, Rangoon, publiant des pièces de théâtre comme "Thersite" et "La maison au bord de la mer", jusqu'à ce que la guerre de 14/18 provoque chez lui un véritable traumatisme. Il comprend qu'elle amorce la fin d'un monde et des valeurs auxquelles il était attaché. C'est d'ailleurs à ce naufrage qu'il fera allusion dans la plupart de ses nouvelles et romans qui ne cessent plus de se succéder.


En 1922, il publie sa première biographie "Marie-Antoinette", une oeuvre remarquable et une analyse d'une finesse et d'une acuité rares sur les personnages de l'époque et les vicissitudes du pouvoir et s'installe à Londres en 1934, sentant peser sur les juifs les menaces du IIIe Reich. Ses ouvrages n'ont-ils pas été brûlés à Munich et dans d'autres villes allemandes, sombre présage. Bientôt, l'invasion de l'Autriche et son annexion par l'Allemagne hitlérienne le dissuadent d'y retourner et c'est en Angleterre qu'il publie successivement les biographies de Marie Stuart, d'Erasme, de Magellan, son "Castellion contre Calvin" et un roman "La pitié dangereuse", devenant citoyen britannique peu de temps après son installation. En secondes noces, il a épousé sa secrétaire Lotte Altmann qui ne le quittera plus.


En 1941, l'Angleterre étant entrée en guerre contre l'Allemagne, il la quitte, réside quelques mois à New-York et s'envole définitivement pour le Brésil dans l'espoir d'y trouver la tranquillité de l'esprit. Mais ce serait mal le connaître. Le désespoir n'a cessé de le ronger et, après avoir rédigé son autobiographie "Le monde d'hier", il quitte à jamais le monde présent qui a tout pour le désespérer. Avec sa femme, il se suicide le 22 février 1942 après avoir écrit un message d'adieu qui se termine par cette phrase : " Je salue tous mes amis. Puissent-ils voir encore l'aurore après la longue nuit ! "


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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 08:23

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Lectures du désert
 

Nous avons déjà traversé une partie du Sahara sur les traces des « Hommes bleus » racontés par Malika Mokeddem quand nous nous sommes arrêtés en Algérie ; aujourd’hui, nous abordons le désert par le sud, par le Mali, où nous prendrons la piste qu’empruntait Ibrahima Ly et qui conduit vers ses concitoyens maliens Massa Makan Diabaté, décédé beaucoup trop jeune, tout comme Ibrahima Ly, et Ahamadou Hampaté Bâ, deux auteurs qui manient l’humour, la malice, l’ironie et la dérision avec un grand talent. Et pour compléter cette étape, nous poursuivrons notre périple littéraire jusqu’au Tchad où nous pourrions, peut-être, rencontrer Nimrod qui vit désormais en France, pour une lecture pleine de poésie et de sensualité.


Les noctuelles vivent de larmes

Ibrahima Ly (1936 – 1989)


 « L’homme en fait n’est ni beau ni vilain, il est seulement riche ou pauvre, faible ou puissant. » Pour illustrer ce constat qui pourrait s’appliquer à la société africaine de la fin du XXe siècle, Ibrahima Ly raconte l’histoire de Niélé, enlevée et vendue comme esclave, de Solo, sa petite-fille, délaissée par tous parce qu’elle est pauvre et attire la malchance et enfin de Haady, jeune cadre intègre, en butte à une société  qui considère la corruption comme moyen de promotion sociale.

Niélé, jeune épouse, d’un chef noir aux confins d’un pays qui n’est pas encore le Mali, trop près de la frontière pour être en sécurité dans cette fin du XIXe siècle, est enlevée avec son fils par un chasseur d’esclave qui la vend à un marchand qui en fait le commerce avec les Arabes et les chrétiens. Niélé et son fils sont dressés, animalisés et même castré pour le fils, afin d'être vendus comme du bétail sur l’un des plus importants marchés de la région. L’acquéreur conduit son troupeau à travers le désert, en un long chemin de douleur et de souffrance, pour rejoindre les côtes et l’île de Gorée où les chrétiens attendent la marchandise pour l’emmener au-delà des mers. La mésaventure de Niélé permet de mettre en scène toute la mécanique de l’esclavage qui peut se résumer en quelques mots.  Les chefs noirs, qui ont besoin de beaucoup d’argent pour affirmer et asseoir leur pouvoir, vendent leurs sujets qu’ils trouvent parmi les enfants d’esclaves, les paysans ruinés ou qu’on a sciemment ruinés, les femmes et les enfants qu’on a cédés contre une avance en attendant la prochaine récolte tout aussi aléatoire que celle qui a fait défaut. Les acquéreurs sont de riches musulmans qui pratiquent la traite comme activité principale et fournissent les princes arabes et les chrétiens de la côte. Donc avant d’être une marchandise dans le fameux commerce triangulaire de l’Atlantique, les esclaves sont déjà l’objet du négoce africain. Et l’auteur fait dire à un marchand musulman : « Dans nos marchés, tous les vendeurs d’esclaves sont musulmans. Les chrétiens attendent sur la côte. Les chefs animistes, pour la plupart, sont nos pourvoyeurs à nous. Les religions organisent une sorte de course de relais. »

Dans une seconde histoire, Ly raconte comment Solo, petite-fille de Niélé, accablée par la malchance et la maladie, est repoussée par tous car la pauvreté est une tare qui peut porter la poisse à ceux qui serait à son contact. « La pauvreté ne saurait être une vertu. Tout pauvre est un incapable. » Et, pour illustrer cette maxime, l’auteur met en scène un jeune diplômé revenu d’Europe où il a acquis savoir et convictions. Son souhait est de faire sortir son pays de la misère en imposant rigueur, travail et honnêteté mais, pour y parvenir, il va se heurter à la tradition qui n’admet pas qu’un homme important ne soit pas assez riche pour faire reluire les siens. « L'état n’est qu’un puits, et le diplôme, l’outre qui permet d’y puiser l’eau pour remplir le canari familial. »

Trois histoires pleines de tristesse, de fatalité, de désespoir qui montrent qu’en un siècle, le livre a été publié en 1988, l’Afrique a considérablement régressé et qu’au lieu de suivre le chemin des autres nations, elle est restée dans son ornière originelle et qu’elle n’a plus guère de solutions pour  sortir de ce mauvais pas. L’esclavage n’a pas disparu des mentalités, il est encore bien présent dans la société africaine où les puissants sont ceux qui possèdent et règnent sur les plus démunis, de la même manière que les grands chefs noirs régnaient sur leurs sujets. Certes, ce livre permet de mettre en évidence l’ampleur dramatique de ce phénomène africain avant tout, et avant de devenir transatlantique, et pose la question de l’acceptation du statut d’esclave car il apparait, dans cette lecture, que les esclaves se résignent passivement à leur sort et l’accepte même assez facilement pour sauver leur vie. On a l’impression que la mécanique de l’esclavage fait partie du fonctionnement de la société et que tout le monde y trouve son compte. Cette société n’est pas une société de l’être mais une société de l’avoir et du paraître qui plonge ses racines au tréfonds du monde animiste. En effet, la nudité est le fait des animaux et ceux qui n’ont rien errent nus, ou presque, et s’en rapprochent au plus près, ainsi l’esclave est un animal, on le dénude. Donc, pour s’éloigner de la bête le plus possible, il faut posséder pour se couvrir et se parer et celui qui possède beaucoup peut parader car il est très loin de l’animal et peut même devenir le chef respecté. Et tous les petits dictateurs africains s’en souviennent encore même si ce n’est qu’implicitement.

La corruption parait ainsi comme un vulgaire moyen de s’éloigner du règne animal et d’accéder à une certaine forme de reconnaissance qui confère, elle aussi, respectabilité et pouvoir à ceux qui le méritent. De cette façon, l’argent a pris la place du sacré et remplace qualité et vertu avec tous les vices que cela comporte. Cet appétit du gain, de ce qui brille et qui n’est pas forcément de l’or, met aussi en exergue ce qui pourrait être à l’origine de tous les trafics que l’Afrique connait encore aujourd’hui. En effet, l’esclave était souvent troqué contre des babioles sans aucune valeur qui n’apportaient aucun confort supplémentaire dans ces pays vidés de leurs éléments les plus dynamiques mais conféraient une sorte de notoriété et de prestige à ceux qui les possédaient.

Enfin, Ly pose implicitement le problème de la négritude, cette négritude que nombre d’Africains acceptent mal en se faisant blanchir par tous les moyens. Le noir était déjà la couleur de l’esclave face à son marchand arabe ou à son propriétaire blanc. Paradoxalement le refus de la négritude s’accompagne d'un attachement viscéral à une tradition qui ne perpétue que les vices du système. « Ici se sont des idées surannées qui sont déifiées, et tout le monde est à genoux pour mériter la baraka, à force de génuflexions et de marches à quatre pattes. » Le Noir parodie le Blanc pour grimper l’échelle sociale et perd ses valeurs réelles qui pourraient permettre à l’Afrique de sortir de son ornière. Ly ne nie en rien les méfaits des Blancs en Afrique mais invite d’abord les Africains à se prendre en charge et à ne pas se contenter de se plaindre tout en se vautrant dans la corruption et la facilité sous les flatteries des griots des temps modernes.

Alors l’Afrique est devant ce choix qui sépare deux amis :

« Ma spécificité, tant clamée, doit s’épanouir dans mon œuvre et non pas me figer dans un cul-de-sac putride. »

« Sont plutôt maudits ceux qui pensent que le travail, attribut de l’esclave, ennoblit l’homme. Nous savons, nous, jouir de nos richesses. Le « toubab », lui, n’a point de noblesse. Il trime comme un esclave et se prend pour le maître du monde. »

Ly nous laisse sur cette alternative dans ce livre où se percute le meilleur de l’instruction littéraire française et la tradition des griots. Un livre au langage très savant, trop parfois, notamment quand des ignorants emploient des mots que très peu de lecteurs doivent connaître. Une tendance à faire savant pour faire savant comme un certain nombre d’intellectuels africains qui ont poussé très loin leurs études dans les universités européennes. Mais, ça reste un détail quand on considère la richesse de l’analyse socio-économique et la profondeur de la réflexion produites par l’auteur qui ne se limitent pas forcément au champ africain mais pourrait bien concerner l’humanité entière, notamment les femmes qui sont toujours en première ligne quand les conditions sont les plus difficiles.

 

Le coiffeur de Kouta – Massa Makan Diabaté (1938 – 1988)


Grande effervescence dans la petite ville de Kouta, un nouveau coiffeur s’est installé faisant ainsi concurrence au vieux coiffeur qui entretenait jusqu’alors les chevelures de toute la ville dans son hangar qui servait aussi de lieu de rendez-vous, d’agora politique, de forum d’échanges des ragots qui trainent dans la localité comme dans les bourgades du monde. Au centre de ces débats et potins, le vieux coiffeur a acquis un véritable pouvoir au grand dam des autorités religieuses et des pouvoirs claniques qui se déchirent dans la querelle des coiffeurs. L’autorité centrale intervient pour mettre un peu d’ordre dans cette pagaille perruquière mais, hélas, l’autorité n’appartient plus aux colons qu’on peut berner aisément mais à une dictature sévère capable d’imposer son pouvoir autoritaire. Mais à Kouta, même si on n’est pas Gaulois, on sait résister à l’autorité centrale. Un livre délicieux, savoureux, drôle, plein de malice à l’encontre des dictateurs qui sévissaient, en Afrique, à cette époque.
 

L’étrange destin de Wangrin – Ahmadou Hampaté Bâ (1900 – 1991)
 

Ahmadou Hampaté Bâ avait fait la promesse à Wangrin de raconter son histoire, c’est ce qu’il fait dans ce récit.

Wangrin a été formé à « l’école des otages », l’école où les colons réquisitionnaient les enfants des notables du village. Très vite, il s’est révélé aussi rusé qu'intelligent, véritable Robin des bois africain qui dépouillait les riches colons installés dans les comptoirs d’Afrique. Une véritable vie de comédien capable d’inventer les pires fourberies, les entourloupes les plus cocasses, cherchant à prendre pour donner sans jamais rien garder. Un héros populaire pourchassé par le pouvoir et ses représentants, un héros mal servi par la chance, mais un héros soutenu indéfectiblement par les gens du peuple. Un livre truculent, goûteux, enjoué pour chanter l’Afrique qui résiste aux puissances colonisatrices avec ses armes ancestrales.
 

Les jambes d’Alice – Nimrod (1959 - ….)


Au Tchad, la guerre civile enflamme la capitale N’Djamena. Alors que la population fuit la ville dans le plus grand désordre, un jeune professeur de français aperçoit, en essayant de rejoindre sa famille, une de ses élèves, la belle Alice et ses magnifiques jambes, objet de ses fantasmes les plus inavouables, qui court, s’enfuyant, juste devant lui. Et, évidemment, le professeur rejoint la belle élève pour vivre avec elle des instants d’une sensualité extrême mais les fantasmes et les rêves buttent parfois sur la réalité…

Une poésie en prose d’une grande sensibilité, d’une sensualité raffinée qui nous donne à lire de belles pages d’amour à la limite de l’érotisme, mais  jamais empreinte de la moindre vulgarité. C’est tout simplement beau !

Denis BILLAMBOZ - à lundi prochain afin de poursuivre notre parcours littéraire autour du monde  -


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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 07:52
Autoportrait à quatre mains - Channe questionne Armelle

 

Bonjour Armelle. Imaginons-nous toutes les deux, installées confortablement dans un espace entourés de livres, dans le coin d’une bibliothèque, l’un des espaces dans la réalité où nous aurions pu nous rencontrer.

 

Ou toutes deux assises dans un jardin parfumé par les senteurs de l’automne. C’est l’heure du soir que j’aime, la lumière tamisée, aquarellée qui nous enveloppe. Le bruit lointain d’un oiseau qui s’envole, le bruissement d’une feuille qui se détache.

 

Est-ce que la Normandie est le pays de tes racines ou juste le pays où tu as choisi de vivre ? Et pourquoi choisit-on de vivre en Normandie ? Ou d’y rester ? 

 

La Normandie vaut surtout pour sa campagne vallonnée avec ses bosquets d’arbres, ses coteaux, ses maisons à colombages, ses haras, ses prairies où paissent de paisibles troupeaux. Mais elle ne m’est familière que depuis une quinzaine d’années, lorsque mon mari et moi sommes venus rejoindre mes parents qui y avaient pris leur retraite. Trouville a le charme des ports de pêche. Nous nous sommes installés sur la colline face à la mer dont les lumières changeantes rythment nos jours. Je ne me lasserai jamais de contempler cette vue et d’assister à des couchers de soleil somptueux.

Et non loin, il y a un bateau pour les évasions. Yves, mon époux, est un voileux et j’avoue aimer moi-même les croisières mais, de préférence, en mer chaude.

 

Quel est ton principal trait de caractère, celui que tu ne pourrais gommer même si tu le voulais ?

 

Je réponds sans hésitation mon goût de l’indépendance. Mon travail de graphologue d’abord, d’écrivain ensuite, m’a appris à apprécier l’isolement et le silence. J’aime m’enfermer dans mon bureau pour rédiger, penser, composer, imaginer. J’ai un besoin vital de solitude. Heureusement mon mari le comprend et l’accepte, bien que ce soit parfois difficile. Mais il a de son côté son violon d’Ingres : la mer. C’est également quelqu’un qui se plaît dans la nature et que la solitude n’effraie pas.

 

Je tiens ce goût de mon enfance. Fille unique dans une famille peu nombreuse, j’ai dû très tôt m‘affronter à moi-même. Je me suis donc inventée un monde et, dès que j’ai su écrire, ai pris plaisir à rédiger des textes : poèmes ou contes. Ma vocation a été précoce. A 20 ans, à la fin de mes études de journalisme, je publiais Terre promise qui a été bien reçu de la critique. Mais ensuite, j’ai repris des études de psychologie et graphologie, me suis mariée et suis restée plusieurs années sans publier.

 

 

Quelques mots sur ta vie quotidienne, au jour le jour, comment se tisse la trame d’une journée pour toi ? En temps libre ou en temps encadré par un emploi du temps ?

 

Je travaille et pour me détendre j’aime marcher ou faire de la natation.

 

L’écriture est l’un des fils conducteur de ta vie. Pourquoi l’écriture ? Quel est, selon toi, le rôle de l’auteur dans notre société ? S’il en a encore un ? Et que penses-tu de notre société, de son avenir proche ? Sur ton blog, « INTERLIGNE », tu évoques l’avenir de la poésie et celui de la littérature, un avenir que tu cernes en ombres et en lumières. N’est ce pas dû au fait qu’on marchandise tous les produits culturels ? Le ministère de la culture, dans son organisation, intègre le livre aux médias, n’est pas le désenchanter, lui enlever sa spécificité ? Le prix unique du livre est remis en cause ? Que penses-tu de la politique culturelle de ce nouveau gouvernement ? Penses-tu que l’accès à la culture soit l’un des moyens de réparer l’inégalité des chances ?

 

L’écriture est le point d’ancrage de ma vie. C’est un impératif, bien que je regrette de n’avoir pas travaillé davantage. Je pense, comme l’écrivain hongrois que je lis actuellement – Sandor Marai – que la littérature commence avec le superflu et que la nation commence avec la littérature. Notre langue est notre passé commun, elle sera aussi notre avenir, si nous nous en accordons un. On sait qu’une langue morte signifie une civilisation morte. La langue nous structure. Elle est le véhicule de la pensée, elle est aussi constitutive de la pensée. Elle est donc en quelque sorte notre patrie intérieure. Ce que je crains le plus est le désamour envers notre langue que nous parlons de plus en plus mal. Ce laisser-aller langagier va de pair avec le laisser-aller tout court. Je suis navrée lorsque j’entends la forme interrogative suivante : c’est quoi ? A ces petits détails, on mesure la dégradation progressive de notre société et de notre culture.

 

Pourtant on n’a jamais tant parlé de culture, une culture trop souvent formatée. Tout est culturel désormais. On voudrait nous faire croire, depuis quelques décennies, que les tags relèvent de l’art comme une fresque pompéienne ou byzantine. Il y a une perte des valeurs et de l’esprit critique.. Néanmoins, l’art est par excellence le lieu de l’échange, de l’émotion, du partage. Il est heureux que de nos jours chacun puisse avoir accès aux musées, aux expositions, aux bibliothèques, aux spectacles. Mais faut-il encore être réceptif à cette culture. Ne pas la recevoir passivement. La culture exige une réflexion personnelle. Je crains qu’elle soit dorénavant assimilée à un bien de consommation courant, à une forme de sociabilité. Il faut avoir lu, écouté, assisté à tel ou tel événement culturel pour être «  dans le coup ». Par ailleurs, on fabrique de la culture comme du "fast food' à bon marché et à bon compte. On vulgarise et banalise en permanence. Jadis, la culture se méritait. C’était une quête, un apprentissage, un but, une aspiration.  

 

Je pense que l’enfance est un élément déterminant dans la vie. Dans la vie d’un créateur, elle semble rester à vif. C’était quoi l’enfance pour toi, l’enfance réelle ou l’enfance fantasmée ? Pourquoi avoir voulu écrire pour la jeunesse ?Est-ce plus facile d’écrire pour la jeunesse ?

   

L’enfance, on s’y replonge sans cesse. C’est là que le feu a pris, que les braises demeurent. L’homme qui tourne le dos à son enfance risque de se dé-construire, de même que celui qui tourne le dos à son histoire et à son passé. J’ai eu, il est vrai, une enfance fantasmée car solitaire et austère. Mes parents possédaient une maison de campagne dans le Loiret, au hameau du Rondonneau, non loin de Huisseau-sur-Mauves. Au bas de la pelouse, devant la maison, coulait une rivière qui s’appelait «  Les Mauves ». Cette rivière, qui allait son bruit blanc sur les pierres, je l’ai encore dans l’oreille et je ne peux entendre chanter une tourterelle sans revoir le charme provincial de ma vieille demeure. Si je suis devenue poète, c’est bien dans le contexte de ce parc ombragé qui ouvrait sur une large plaine, labourée par le vent. Lorsque mes enfants étaient petits, j’ai une fille et un fils, j’éveillais leur imagination en leur racontant des histoires. Plus tard, ils m’ont encouragée à les écrire afin de les publier.

Non, il n’est pas plus facile d’écrire pour la jeunesse que pour les adultes. On leur doit pareille exigence, pareille transparence, pareille rigueur de récit et de style.


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       avec ma mère                                               Le Rondonneau

 

Quel est l’élément déclencheur qui fait naître ton acte d’écriture ?
 

Difficile de dire qu’est-ce qui, à un moment donné, déclenche l’inspiration. Pour la poésie surtout. Souvent une émotion, un tableau vivant, un silence, un visage. Il y a soudain une vision qui se prolonge. Elle ouvre la phrase, elle murmure le mot, elle appelle le rythme et le poème naît comme un songe. En poésie, il faut donner à voir autant qu’à entendre. La poésie doit être musicale, colorée, subversive, diamantée, harmonieuse. On taille le diamant que recèle chaque mot. On épure. Un mot de trop, tout s’effondre, un mot inexact, plus rien n’est vrai. Tu as envers la poésie une obligation d’excellence. Comme pour le tailleur de pierre, comme pour l’artisan. Il y a aussi dans le poème une architecture. Chaque mot doit s’ajuster parfaitement au suivant.

 

 

Armelle 3avec ma fille

 

La mythologie est omniprésente dans nos vies même si nous l’ignorons le plus souvent par manque de culture. Qu’est-ce qui t’attire dans la mythologie et quelle est la mythologie qui t’attire le plus ? Sur ton site, j’ai trouvé cette citation de Patrice La Tour du Pin (il se trouve qu’elle est inscrite sur le mur à côté de mon bureau) :  "Les pays sans légende sont condamnés à mourir de froid".

 

J’aime beaucoup cette phrase de Patrice de la Tour du Pin : «  Les pays sans légende sont condamnés à mourir de froid ». Mais l’homme sans idéal n’est-il pas condamné aussi à mourir d’inquiétude ? Parce qu’il est d’abord et avant tout un être spirituel. Privé d’espérance, on peut craindre qu’il ne revienne à une forme de vie primitive, peut-être même à la barbarie. En Crète où je me trouvais il y a quelques semaines, j’ai été émerveillée par les vestiges des civilisations minoenne et mycénienne. 20.000 ans av. J.C., ces hommes avaient déjà composé leur légende des siècles. Ils vivaient dans l’intimité des dieux et des déesses. N’était-ce pas leur seul moyen d’expliquer les mystères qui les entouraient et de se créer un fond historique qui leur conférait une ancienneté, une origine. A travers les mythes, les anciens véhiculaient nombre de leurs idéaux : la valeur du combat, la confiance en la vie, le culte de la beauté et l’intérêt pour l’homme en tant qu’individu. C’est ainsi qu’Hésiode raconte dans sa Théogonie la création du monde : la naissance de Gaia ( la terre ) et d’Ouranos ( le ciel ). La Crète occupe dans cette dramaturgie une place privilégiée.

 

Est-ce que l’actualité, la façon dont elle nous est assénée bouleverse le travail des créateurs à tel point qu’on manque de repères actuellement ? Pour moi la science fiction et la littérature fantastique m’ont semblé incarner, pour la littérature, la subversion dont j’ai besoin pour me remettre en question en évoquant toutes les problématiques du futur proche ou lointain? Qu’en penses-tu ?

 

Il est certain qu’un écrivain peut difficilement se mettre à l’écart de son époque. L’écriture est d’abord le témoignage d’un temps, d’une société, d’une vie. Cela depuis les premières écritures hiéroglyphiques. Mais je trouve intéressant la science-fiction. Adolescente j’ai lu des auteurs comme Jules Verne, Aldous Huxley avec passion ; par contre je n’aime pas du tout les films américains du genre, alors que j’apprécie un bon polar, davantage au cinéma qu’en livre.

 

Pour moi, le net est une vaste encyclopédie et j’y fais des dérives thématiques ce qui me permet de découvrir des créateurs de l’autre côté du monde. Et toi ?

 

Il y a tant de supercheries aujourd’hui… Quant au virtuel, il est totalement entré dans notre monde contemporain avec sa charge positive et négative, car on peut très vite déconnecter du réel et se séparer des autres.  Or nous ne sommes rien sans les autres. Ce sont eux qui nous permettent d’aimer, d’agir, de réagir. Le net a cela d’intéressant qu’il ouvre des pistes, éveille des curiosités. Mais rien ne vaudra le contact direct avec l’œuvre. L’image ne peut tout résumer.  Il nous faut aussi sentir, toucher, entendre et pas seulement voir. Mais le net est une sorte d’encyclopédie qu’il est formidable de pouvoir consulter à tous moments.

 

La rentrée littéraire était encore pour moi un événement festif il y a quelques années. Disons une dizaine. Maintenant, la fête n’est plus vraiment au rendez vous.

 

Je n’attendais rien de particulier de cette rentrée littéraire. Je me méfie des trompettes de la renommée. La plupart des auteurs dont on parle le plus sont médiocres, parfois même très mauvais. Par contre, je suis enchantée que Le Clézio ait eu le prix Nobel de littérature, parce que c’est un vrai écrivain. J’ai beaucoup aimé Désert, Le chercheur d’or par exemple. L’auteur use d’une écriture radio-active qui émet des ondes en permanence. Je n’ai pas lu comme toi Jonathan Littell (Les Bienveillantes), bien que son livre soit à la maison. Le sujet me rebute et, en ce moment, je me consacre avec ravissement à la lecture de Sandor Maraï. Quant au cinéma français, il me déçoit souvent, alors que le cinéma  allemand, le cinéma asiatique m’ont à maintes reprises subjuguée. C’est la raison pour laquelle j’apprécie qu’il y ait un Festival du film asiatique chaque année ( en mars ) à Deauville. Le 7e Art a des ressources immenses dès lors qu’il est entre les mains d’un vrai créateur.

 

octobre 2008

 

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En barque avec ma cousine sur la rivière des "Mauves" qui traversait notre propriété du Rondonneau.

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25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 08:18
Vacances romaines et évasion napolitaine

 


Pourquoi ne pas programmer, en cette fin de printemps, un voyage en Italie. En juin, le Sud offre des lumières particulièrement séduisantes. Aussi cet article se veut-il une invitation à re-visiter la péninsule que presque chaque Français aime comme une seconde patrie. A noter toutefois, qu'en automne, période où nous l'avons fait, les lumières un peu plus tamisées sont tout aussi belles.


Ce samedi 23 septembre 2006, arrivée à l'aéroport de Rome à 14 heures après un vol de deux heures. A 11.000 mètres d'altitude, la topographie de la terre est particulièrement celle de l'homme besogneux : ses routes, ses villes et villages, ses usines, ses champs s'y déploient de façon géométrique et presque touchante. On s'aperçoit que l'occupation des sols ne s'est pas faite au hasard. Elle s'est organisée à la manière d'un échiquier savant où se joue en permanence la survivance humaine. Première visite : Castel Gandolfo où le pape réside dans l'attente de recevoir le surlendemain une vingtaine d'ambassadeurs de pays musulmans. Cette petite ville de la Renaissance est située au-dessus d'un lac tranquille et abrite le palais d'été des papes depuis le XIIIe siècle. Ils viennent s'y reposer un moment, lors des lourdes chaleurs romaines. Nous avons la chance d'assister à la relève de la garde suisse et de flâner dans les rues étroites et sur la place où, sous des tonnelles, des tables sont disposées qui nous invitent à nous asseoir et à nous rafraîchir. Tout parait si paisible ! Sur le perron de l'église, une mariée s'avance. Est-ce un bon présage pour cette semaine de voyage dans le sud de l'Italie, puisque l'on dit ici que d'en croiser une est signe de chance ?

Le lendemain, dès 9 heures, nous sommes sur la grandiose place du Capitole, prêts à commencer la visite de la Rome antique, fondée selon la légende par Romulus en 753 av. J.C. Le Forum s'ouvre sous nos yeux avec ses plans successifs, ses lambeaux de passé comme une broderie endommagée par le temps. Il y a foule déjà et il émane de ces lieux ensoleillés une harmonie captivante. Le temps a superposé les villes comme des tranches de vie, des strates qui se sont emboîtées les unes au-dessus des autres : ainsi il y eut la Rome des Sabins, puis celle de Tarquin le Superbe, le dernier des sept rois de Rome, la Rome des censeurs et des tribuns, celle de César, puis celle d'Auguste qui fit de cette ville de brique une ville de marbre. Sous Néron, elle brûla en partie et fut reconstruite par Vespasien, Titus et Domitien. Vers 104 ou 110, Trajan réalisa le plus beau de tous les forums qu'embellirent encore Dioclétien et Constantin.

Aujourd'hui, il faut faire appel à son imagination pour tenter de recomposer cette capitale qui régnait sur le monde, enchâssée entre ses collines dont les noms nous bercent depuis l'enfance : le mont Palatin et l'Aventin, le Quirinal et l'Esquilin. Parce qu'il fût transformé en église au XIIe, le temple d'Antonin et de Faustine est le mieux conservé du Forum avec le Colisée qui fut inauguré par l'empereur Titus en 80 et entièrement achevé sous Domitien, ainsi que l'arc de Septime Sévère et celui de Titus. Il faut se rappeler qu'au temps de Constantin, soit au milieu du IVe siècle, Rome ne possédait pas moins de 37 portes, 423 quartiers, 9 ponts, 322 carrefours et 25 grandes voies suburbaines. On imagine les fastes de cette ville qui rayonnait sur un empire étendu de la Carthage d'Afrique à la Gaule narbonnaise et cisalpine, de l'Egypte à la Mésopotamie, de la Bythinie au Royaume de Pergame en Asie, cela avant Jésus Christ, parce qu'après il augmentera si considérablement qu'il sombrera sous le poids de sa grandeur.

Bien entendu le port d'Ostie était actif, la flotte importante, le commerce prospère. Vers Rome convergeaient l'étain de Cassitéride, l'ambre de la Baltique, les parfums d'Arabie, la soie de Chine, le fer fondu en Thrace et le blé d'Egypte. Cette Rome resplendissante d'or possédait les immenses richesses du monde qu'elle avait dompté. Déesse des continents et des nations, O Rome, que rien n'égale et rien n'approche ! -s'écriait le poète Martial, tandis qu'Ovide écrivait : Voici les places, voici les temples, voici les théâtres revêtus de marbre, voici les portiques au sol bien ratissé, voici les gazons du Champ de Mars tourné vers les beaux jardins, les étangs et les canaux et les eaux de la Vierge.  

Au Ve siècle, Rome sera pillée par les Vandales et les Wisigoths, mais elle renaîtra et elle est toujours là, intensément vivante, éternellement belle. Nous consacrerons l'après-midi à visiter la Rome baroque, ses innombrables places, ses fontaines, dont celle de Trévi imposante et immortalisée par le film La dolce vita, ses palais et le Panthéon qui lui n'est point baroque puisqu'il date de l'époque d'Hadrien, empereur éclairé, considéré comme le plus intellectuel de tous. La coupole de ce monument remarquable fut réalisée en une seule coulée de mortier sur un coffrage en bois. Par chance il est parvenu jusqu'à nous dans un état exceptionnel ; seul a disparu le bas-relief du fronton. Quant à Rome la nuit, avec ses monuments illuminés : le château Saint-Ange, le Quirinal, le Colisée, l'île Tiberine, les thermes de Caracalla, les rives du Tibre, ce n'est ni plus, ni moins, un spectacle féerique...

 

Lundi 25 septembre -

 

A 9 heures, sous un petit crachin breton, nous faisons la queue pour accéder au musée du Vatican. Deux heures sous le vélum coloré des parapluies avant de pénétrer dans le saint des saints : la chapelle Sixtine. Mais deux heures qu'est-ce, comparé aux trente années qu'aura duré l'attente de cet instant ? Que dire de ces lieux qui n'ait été mille fois rabâché ? Comment être original sur un tel sujet ? Il n'y a que l'émotion qui soit vraie et elle est bien présente. La chapelle est saturée par une foule admirative mais encombrante. On aimerait tant être seul ! Michel-Ange n'est pas seulement présent ici, il l'est partout dans Rome : escaliers, monuments, fresques, sculptures, il a tout tenté, tout imaginé et conçu avec une puissance inégalée. Le Jugement Dernier  fit scandale à l'époque, parce que l'artiste débordait la sienne comme il déborde encore la nôtre et toutes celles à venir... Le génie suppose la violence. La nudité des personnages choqua l'Italie de Jules II, mais, heureusement, au cours de la récente restauration ( financée par les Japonais ), l'ensemble des fresques a été nettoyé et, lorsque cela était possible, libéré des rajouts pudibonds.

 

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                                                     Naples

 

On ne peut pas dire que la basilique vous incite au recueillement. Pour moi qui aime par-dessus tout l'art cistercien dépouillé à l'extrême, je ploie sous la pompe grandiose de la plus grande église du monde. Le monument a été conçu pour impressionner et il impressionne. L'homme est infiniment capable de se dépasser. Il a en lui, faible créature, une volonté de géant. Cependant, malgré cette restriction, je ne puis me refuser à admirer la perfection des proportions calculées par Bramante et revues par Michel-Ange. Le décor est l’œuvre du Bernin comme la remarquable colonnade extérieure qui semble étreindre la place Saint-Pierre et le Vatican tout entier. Statues, pavages, voûte, baldaquin, rien qui ne soit immense, somptueux, grandiose. J'admire sans être ni touchée, ni émue. Aussi ai-je préféré m'arrêter plus longuement devant la Piéta de Michel-Ange, dans la première chapelle latérale. Devant elle, on a simplement envie de s'agenouiller et de se taire.

 

Mardi 26 septembre -

 

Avons gagné Naples hier, en fin d'après-midi, après un itinéraire qui longe les Appenins, traverse cette campagne agricole riche en vignes, nommée la vallée latine, et s'étire entre Rome et Naples. Thomas d'Aquin était originaire de cette région et étudia à l'abbaye de Monte-Cassino fondée par Saint Benoît, avant de parfaire son éducation à Naples.

Ce matin, réveil à 6 heures pour nous rendre au sommet du Vésuve. Après quelques kilomètres depuis Herculanum, nous atteignons l'Observatoire situé à 608 m d'altitude, puis poursuivons l'ascension à pied en contemplant les admirables paysages qui se dégagent peu à peu des nuages et nous offrent une vue panoramique sur la baie de Naples. On imagine facilement ce qu'éprouvèrent les premiers navigateurs ( sans doute des Phéniciens ), lorsqu'ils découvrirent ce paysage fantastique : la baie dominée par une silhouette volcanique, source de phénomènes inconnus capables de laisser muet de stupeur. Depuis lors la silhouette du Vésuve a été reproduite à l'infini, en fresque, céramique, peinture, photographie. Il semble prouvé que le volcan a traversé une longue période de somnolence à partir du VIIIe siècle av. J.C., avant de se réveiller avec la violence que l'on sait en 79 de notre ère, ensevelissant dans ses laves et ses cendres Pompéi et Herculanum. Alors que le volcan atteignait les 2000 m, il culmine désormais à 1270 m et son cratère immense, d'où s'échappent quelques rares fumerolles dans un décor dévasté, plissé comme une peau de crocodile par la formation des résidus en cordée, contraste étrangement avec l'abondante végétation de pins divers, de châtaigniers, d'eucalyptus qui couvre ses pentes, sentinelle qui veille sur les vestiges ensevelis à ses pieds.

 

Après un déjeuner pris sur le pouce, nous nous présentons à 14 heures à l'entrée du site de Pompéi, où notre guide, une jeune italienne, nous attend. Dès le VIe siècle av. J.C., la ville était déjà un port ( depuis la mer s'est retirée à plus d'1 km ) et un carrefour commercial actif et connaissait l'opulence au point que les riches habitants n'hésitaient pas à se faire construire de vastes et luxueuses demeures qu'ils paraient de mosaïques, de fresques, de statues, de bas-reliefs. Cet art pompéien se caractérise par l'emploi de couleurs vives où prévalent les motifs fantastiques, accompagnés d'une ornementation qui reflète fidèlement le luxe et l'élégance souhaités par les patriciens. En parcourant le forum, en visitant le théâtre et l'amphithéâtre, en déambulant dans les rues et avenues, un peu de l'existence de cette ville morte, il y a deux millénaires, semble parvenir jusqu'à nous ; lorsque l'on pénètre dans les maisons et échoppes d'où la vie s'est retirée d'un coup, figeant les êtres et les choses dans leurs expressions les plus vraies et les plus humaines, quelque chose de l'atmosphère domestique subsiste. Et que dire de l'émotion qui vous étreint à la vue des moulages des corps des victimes qui rend palpable leur douleur et la violence du cataclysme, cataclysme qui permit néanmoins ce miracle de réanimer un passé vieux de vingt siècles et de le projeter dans le présent avec sa dramaturgie et son émouvante actualité.

 

Mercredi 27 septembre -

Journée toute entière consacrée à Capri. Mais avant de parvenir au port, encore fallait-il le matin traverser Naples et ses faubourgs encombrés d'une circulation anarchique. Tout est anarchique à Naples, ville bruyante, indisciplinée, qui ne cache même pas ses ulcères, banlieue lépreuse qui offense la baie sublime au bord de laquelle elle s'inscrit avec ses immeubles faits de bric et de broc, ses quartiers insalubres, ses décharges, ses rues encombrées d'immondices. Quel contraste avec le luxe et le raffinement que l'on rencontre dans les hôtels, les palais, les restaurants, les demeures privées, les lieux publics ! On sait les Italiens doués d'un goût inné, d'un sens aigu de l'harmonie ; il n'y a pour s'en persuader qu'à contempler leurs oeuvres d'art, leur mode, leur artisanat, autant de témoignages d'une culture que nous partageons et qui nous rend si proches d'eux. Aucun pays où je ne me sente mieux, presque chez moi, aussi ce laisser-aller napolitain me surprend-t-il...

 

Mais voilà Capri, celle île qui fit rêver les amants du monde, île de songe où tout est fait pour éblouir. Capri trop connue, trop vantée, trop louée, démériterait-elle à force d'être courtisée ? Eh bien non ! Posée sur une mer émeraude, elle séduit le touriste d'aujourd'hui comme l'empereur d'antan ou l'artiste d'hier. Tout s'assemble ici pour le bonheur de l’œil : les eaux azurées, les panoramas nombreux, les sentes recouvertes de treilles, les jardins odorants, la végétation dense et sauvage, les villas mauresques et les cloîtres et, au plus haut des belvédères, les vergers et les champs d'oliviers, les roches qui émergent des eaux et, au loin, la péninsule de Sorrente, Ischia, Procéda et même le relief des Appenins. Le coucher de soleil au retour sur la baie clôturera une journée inoubliable. 

 

Statue of Emperor Augustus Capri

 

Jeudi 28 septembre -

Balade le long de la côte amalfitaine pour notre dernier jour dans le Sud avant de regagner Rome et ensuite la France. Après Capri, il semblait difficile de trouver plus beau, plus harmonieux, plus parfait. Eh bien la côte amalfitaine démode tous les superlatifs ! Là, à flanc de montagne, court une route suspendue au-dessus de la mer qui va de Positano aux portes de Salerne au milieu d'un maquis unique pour sa variété et ses couleurs, traversant des villages aux maisonnettes serrées, plantées en à-pic sur des pentes rocheuses et escarpées, elles-même plongeant dans une mer au bleu profond. Le vertige vous prend plus d'une fois dans les tournants en épingles à cheveux en surplomb de falaises vertigineuses, et l'on se demande ce qui a bien pu inciter l'homme à rechercher à ce point la difficulté d'aller nicher sa maison en pareils lieux ? Ces routes présentent sur le plan technique une véritable prouesse. Mais la beauté n'a pas de prix et les habitants qui se réveillent chaque matin face à de tels panoramas doivent croire à la bienveillance de Dieu. Sans doute est-ce la raison pour laquelle il y a profusion, tout au long de la côte, d'oratoires, de chapelles, d'églises et de monastères. Sur ces visions incomparables s'achève ma semaine italienne. 

 

 Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 09:21

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Lire à l’ombre des pyramides


Pour notre dernière étape en Afrique de l’est, nous évoquerons l’Egypte, terre d’une riche littérature que nous explorerons, en hommage à toutes les femmes arabes bafouées dans leurs droits les plus élémentaires et même jusque dans leur chair, sous la conduite de Nawal El Saadawi, la grande féministe arabe. Elle nous conduira bien sûr à la rencontre du Prix Nobel égyptien Naguib Mahfouz qui a vécu jusqu’à quatre-vingt-quinze ans malgré l’agression dont il a été victime dans ses vieux jours. Nous irons ensuite vers Ibrahime Abdel Meguid et Gamal Ghitany deux contestataires qui sont allés jusqu’au bout de leurs idées, récoltant ainsi chacun le droit de séjourner pendant un certain temps dans les geôles de Nasser ou de Sadate.

 

Ferdaous, une voix en enfer

Nawal El Saadawi (1932 - ….)

 

« Combien d’années de ma vie se sont écoulées avant que je ne dispose de moi-même et de mon corps ? » s’interroge Ferdaous, jeune femme condamnée à mort pour le meurtre d’un homme et qui doit être exécutée dans les heures à venir, en confessant sa vie à une psychologue qui conduit une étude sur les femmes en milieu carcéral.

Ferdaous se souvient de son enfance dans une campagne égyptienne entre un père tyrannique et une mère totalement asservie qui n’avait pas d’amour à lui donner et pas de temps à lui consacrer,  sauf celui de lui faire subir la mutilation intime que subissent maintes femmes à l’âge de la puberté. « Ma mère ne pouvait pas me réchauffer en hiver. Elle devait réchauffer mon père. »

Après le décès du père, c’est le départ pour la ville avec l’oncle et les mains de celui-ci remplacent  celles du petit voisin qui lui ont fait connaître cet étrange frisson venu d’ailleurs. C’est aussi la découverte de l’instruction et les premiers frissons pour une femme, le souvenir des « cercles noirs brillants dans les grands cercles blancs », cette vision qui marque les étapes importantes de sa vie. Mais, quand vient l’heure de quitter l’école, il faut bien trouver une solution pour se débarrasser de cette nièce encombrante et le mariage avec un vieux repoussant est une solution bien aisée.

Le vieux mari est un tyran brutal, c’est alors le début des fuites dans les rues qui semblent si accueillantes, mais ne sont peuplées que d’hommes qui deviennent vite des souteneurs violents et la meilleure façon de leur échapper est d’accepter la protection d’une maquerelle. Mais la véritable indépendance ne s’acquiert qu’avec la liberté et Ferdaous a vite compris « qu’il vaut mieux être prostituée de luxe que prostituée à bon marché. » Toutefois, si ce statut confère argent, confort et liberté, il fait fi de la respectabilité que l’expérience d’un travail honorable dans un bureau ne lui donnera pas non plus  après la trahison de l’amant syndicaliste.

La boucle est ainsi bouclée et Ferdaous revient à ce qui lui apporte le luxe et la liberté en monnayant ses charmes au prix le plus élevé et en cultivant son désir de respectabilité jusqu’au geste ultime.

A travers ce roman court mais dense, El Saadawi, poursuit son combat pour la place de la femme arabe dans la société en dénonçant toutes les brutalités, mutilations, humiliations et autres maltraitances mais aussi cet abaissement permanent qui se traduit également par le refus de l’instruction. Cette voix, qui vient de l’enfer, est celle de Ferdaous qui signifie paradoxalement paradis en arabe, et qui a charge d’indiquer le chemin que les femmes arabes doivent emprunter pour sortir de leur esclavage surtout sexuel d’après ce roman.

Mais même si, Assia Djebar l’académicienne qui a préfacé ce livre, ne le souligne pas, j’ai peut-être, dans un second niveau de lecture, vu cet ouvrage come une fable, comme la fable de la femme arabe agneau dévoré par l’homme loup, comme la parabole du faible qui sera toujours mangé par le fort, parce qu’il n’aura toujours que sa fierté à opposer à la force conquérante. Une fable dont Ferdaous aurait tiré une morale qui indique cependant une voie à suivre pour sortir de cette situation de domination. Nous sommes les propres responsables de cette situation,  « rien ne nous aliène dans nos vies, sinon nos désirs de passions, nos espoirs, nos peurs. » - et si nous étions assez sages pour mettre nos ambitions, nos désirs et nos angoisses à la mesure de nos moyens et de nos êtres nous serions certainement moins dépendants des autres et moins tributaires des forts qui en profitent pour nous terroriser et nous exploiter. Ferdaous a dit la vérité et « c’est la vérité qui est dangereuse et sauvage », nous laisserons donc Guy Béart chanter notre conclusion : « le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté…. »

 

La chanson des gueux – Naguib Mahfouz – 1911 – 2006)

 

Le Prix Nobel de littérature égyptien atteint, selon certains, avec ce roman et quelques autres qui retracent eux aussi la vie des vieux quartiers du Caire, la plénitude de son art. « La chanson des gueux » raconte cent ans de la vie du quartier cairote des crève-la-faim, des sans travail, des sans toit, des sans lois sauf celles des chefs de clan immuables depuis des lustres. Ce livre a gommé le temps pour raconter l’humanité hors de toutes contraintes et ne conserver que celles qui concernent  l’être humain en tant qu’être vivant occupant la planète comme il habite ce quartier multiséculaire. Un monument littéraire, une fresque impressionnante, un énorme moment d’émotion. On ne peut pas raconter ce livre sans risquer de le trahir.

La maison aux jasmins – Ibrahim Abdel Meguid (1946 - ….)


Avec ce livre Aldel Meguid dénonce la corruption qui s’est installée en Egypte après la guerre de 1973. Un employé aux archives d’une société de construction navale est aussi chargé de transporter et rémunérer ses collègues quand ses employeurs jugent bon d’organiser un soutien populaire en certaines circonstances. Mais un jour, le fidèle employé détourne l’argent et ne rempli pas la mission particulière qui lui est confiée, il veut acheter une maison pour héberger l’amour de sa vie avec lequel il veut fonder un foyer. Il met ainsi le doigt dans un système mafieux que d’autres maitrisent beaucoup mieux que lui.

Zayni Barakat – Gamal Ghitany (1945 - ….)


Zayni Barakat est un ministre des comptes qui a sévi en Egypte à l’époque des Mamelouks. Cruel et sans scrupule, il a modernisé les techniques d’interrogatoire et de torture pour convaincre les pauvres paysans et les étudiants d’accepter le régime au pouvoir à l’époque et de payer leurs impôts. Mais, avec ce roman, Gamal Ghitany voulait surtout dénoncer le pouvoir dictatorial de Nasser qui a réagi violement en faisant interner l’écrivain.

 

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de cet itinéraire littéraire autour du monde  -

 

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 08:18

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S'il fut un écrivain discret et solitaire, c'est bien Julien Gracq, mort à l'âge de 97 ans, en décembre  2007 à Angers, non loin du village de Saint-Florent-le-Vieil où il était né et s'était retiré depuis plusieurs années, loin des vanités du monde. Cet écrivain, d'abord classé parmi les surréalistes, n'était, en définitive, d'aucune école, sinon la sienne, et eut l'honneur, de son vivant, d'entrer dans la célèbre collection de la Pléïade qui est mieux encore que l'Académie française, l'assurance d'une immortalité dans l'ordre de l'art. et des lettres. Personnellement je lui étais reconnaissante de m'avoir encouragée, en ma toute jeunesse, à poursuivre mon travail en poésie et j'appréciais qu'il fût issu de cette terre, à la frontière de la Vendée et de l'Anjou, ces Mauges qui servirent de décor aux Chouans de Balzac et dont est originaire également une partie de ma famille, terre proche de Nantes, dont il brossa dans " Forme d'une ville" un portrait topographique fortement lyrique et évocateur. Par ailleurs, il fut un portraitiste élégiaque et incomparable de la nature, sachant mieux qu'aucun autre écrivain décrire d'une voix nette, égale et confidentielle, qui envoûte le lecteur, les forêts, les ruisseaux, les fleuves. En familier des paysages champêtres, des lisières, des frontières, ce géographe, épris des lieux, se plaisait aux voyages immobiles. Que l'on songe, à ce propos, à l'interrogation qui ouvre " Les eaux étroites ".

 

" Pourquoi le sentiment s'est-il ancré en moi de bonne heure que si le voyage seul - le voyage sans idée de retour - ouvre pour nous les portes et peut changer vraiment notre vie, un sortilège caché, qui s'apparente au maniement de la baguette du sourcier, se lie à la promenade entre toutes préférée, à l'excursion sans aventure et sans imprévu qui nous ramène en quelques heures à notre point d'attache, à la clôture de la maison familière ? "

 

A l'étendue, il préférait la profondeur, remontant sans cesse à ses sources, revenant sans se lasser aux mêmes livres, aux mêmes auteurs, aux mêmes paysages, aux mêmes souvenirs, aux mêmes questions. Il y avait en lui cette assurance qu'une oeuvre s'élabore autour d'un axe intangible et que plus l'on creuse, plus l'assise sera inébranlable.

 

Né en 1910, Julien Gracq s'appelait en réalité Louis Poirier, nom banal qu'il eût à coeur de changer, afin d'entrer en littérature en devenant autre, paré d'un pseudonyme qu'il s'appliquerait à faire vivre d'une vie différente car imaginaire. Cet Alceste des bords de Loire était le fils d'un représentant de commerce et d'une employée aux écritures dans une mercerie en gros. Elève de khâgne au lycée Henri IV, où il aura pour professeur le philosophe Alain, il est reçu à Normale supérieure en 1930 en même temps qu'Henri Queffélec et, après avoir passé l'agrégation de géographie, enseigne à Quimper, Nantes,  Amiens et Paris. Il quittera l'Education nationale en 1970, vivant de sa retraite de professeur et de ses droits d'auteur et partageant le plus clair de son temps entre lecture, écriture et promenade. A la fréquentation des gens, l'écrivain préférait l'intimité des livres et de quelques-uns de ses auteurs de prédilection : Chateaubriand, Balzac, Nerval, Saint-John Perse, Francis Ponge, André Pieyre de Mandiargues et Ernst Jünger. Il devint l'ami de ce dernier après avoir acheté, par hasard, au kiosque de la gare d'Angers " Sur les falaises de marbre ".  

 

Amitié d'autant plus compréhensible que Gracq reconnaissait volontiers l'influence qu'avaient eu sur lui le romantisme allemand et la littérature fantastique, son oeuvre se plaçant infailliblement à la lisière où chacun s'éprouve à définir sa propre énigme. On peut dire qu'en tant qu'écrivain, il est insurpassable dans deux domaines : le commentaire des chefs-d'oeuvre ( Lettrines, La littérature à l'estomac, En lisant, en écrivant, Carnets du grand chemin ) - et la description minutieuse des lieux, comme je le soulignais au début de cet article, sans oublier qu'il est un de ceux qui ont su le mieux parler de la guerre, entre autre dans Un balcon en forêt, où veille, dans des paysages crépusculaires, un soldat anxieux et égaré, situation décrite d'une plume précise, économe et néanmoins diamantée. Le roman était pour lui la prise de possession d'un univers à définir, d'un espace à transmuer et à métamorphoser car, écrivait-il - la temporalité qui règne dans la fiction est beaucoup plus inexorable que celle qui s'écoule dans la vie réelle ". Pessimiste de nature, il n'avait pas de l'avenir de la littérature une vision rassurante. Il craignait que celle-ci ne finisse par se démoder... peut-être à force d'être décriée ou mal servie et se désolait de la capitulation des critiques. L'avenir nous dira s'il avait raison ou non. Dans l'immédiat, il nous reste ses livres à lire et à relire.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 10:30

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Où situer l'Atlantide décrite par Platon ? Dans l'océan Atlantique, en mer Egée, chez les Hyperboréens, comme certains le supposent, et pourquoi par chercher, à la lueur des dernières découvertes, l'hypothèse qui semblerait la plus plausible. Si du moins il y en a une !
Le Timée et le Critias, deux dialogues de Platon, constituent la source principale dont nous disposons à propos de l'Atlantide. L'auteur y fait état d'une tradition rapportée d'Egypte par Solon, qui en avait pris connaissance auprès des prêtres de Saïs. Neuf mille ans plus tôt, les ancêtres des Athéniens auraient repoussé une invasion venue de l'ouest, depuis un continent étendu " devant les colonnes d'Hercule". - Là se trouvait un empire grand et merveilleux qui tenait la Lybie ( nom désignant l'ensemble de l'Afrique ) jusqu'à l'Egypte et l'Europe jusqu'à la Tyrrhénie ( l'Etrurie ). Mais dans le temps qui suivit, il eut des tremblements de terre et des cataclysmes ; dans l'espace d'un seul jour et d'une nuit terribles, l'île Atlantide s'abîma dans la mer et disparut. -


Fournis par le Timée, ces renseignements sont développés dans le Critias, qui nous apprend que l'île de l'Atlantide aurait été organisée à l'origine par Poséidon, qui en avait confié la royauté à Atlas, dont le nom fut donné à cette terre. Ce pays disposait de tous les métaux que l'on peut extraire des mines. L'orichalque était, après l'or, le plus précieux d'entre eux, mais il fallait ajouter à cela le cheptel et le gibier abondants, l'agriculture et l'arboriculture qui assuraient de belles récoltes de céréales et de fruits et les forêts nombreuses qui assuraient les matériaux nécessaires au travail des charpentiers. Bénéficiaires de toutes ces richesses, les habitants avaient construit des ports, des temples et des palais. Une force militaire importante comptabilisant douce cents navires et dix mille chars était à la mesure de cette prospérité. Hélas, le Critias, demeuré inachevé, ne rapporte pas le récit de la destruction de l'Empire atlante.


Les érudits ont recherché ultérieurement s'il n'existait pas, dans la tradition grecque, des précédents au récit de Platon : le nom d'Atlas apparaît chez Homère, et certains ont cru voir dans Ogyvie, l'île où régnait Calypso, des restes du continent évoqué par Platon. En revanche, aucune source égyptienne actuellement connue ne vient confirmer les renseignements fournis par les deux dialogues. Au cours de l'Antiquité, Aristote, Ptolémée et Pline l'ancien se refusent à prendre au sérieux l'existence de l'Atlantide. Seul le géographe Posidonius semble moins sceptique et les héritiers de la tradition platonicienne acceptent le récit de leur maître mais n'apportent aucun élément supplémentaire pour mieux étayer cette allégation. Quant au Moyen Age, il ignorera le problème et il faudra attendre la Renaissance et l'explosion intellectuelle, qui l'accompagne, pour que la question soit de nouveau posée.

 

C'est au XVIe siècle que l'Espagnol Gomara identifie, dans son Histoire générale des Indes, l'Atlantide à l'Amérique récemment découverte. Les localisations les plus diverses sont désormais proposées à partir du siècle suivant. En 1665, le père Athanase Kircher place l'Atlantide au milieu de l'Océan, les Canaries et les Açores constituant selon lui les vestiges du continent englouti. Le Suédois Rudbeck l'identifie à son propre pays, et le théologien protestant Baër la place en Palestine dans son Essai historique et critique sur l'Atlantide des Anciens paru en 1762. Le siècle des Lumières verra également fleurir de nombreuses autres interprétations.

 

Quelques années plus tard l'Allemand Knötel voulut voir dans les Atlantes des grands initiés, des sages venus apporter à l'humanité les trésors de la connaissance. L'hypothèse saharienne inspira, en 1918, à Pierre Benoit un roman célèbre, en même temps qu'elle encouragea les fructueuses expéditions réalisées par Henri Lhote dans le Tassili. Nous sommes alors face à plusieurs hypothèses : - celle de l'Atlantique défendue par Donnelly jugée comme la plus acceptable, d'autant que les premières recherches océanographiques localisent des hauts-fonds dans la région des Açores, où l'on découvre la chaîne des montagnes volcaniques qui sépare en deux l'Océan et correspond à ce que nous désignons aujourd'hui sous le nom de rift atlantique. Aussi Donelly n'hésite-t-il pas à considérer la culture atlante comme la matrice originelle de toutes les civilisation - la thèse du suédois Rufbeck, confirmée par l'Allemand Hermann Wirth, qui l'identifie à l'ancienne Thulé, source hyperboréenne supposée de toutes les grandes cultures de l'Antiquité -enfin celle plaçant l'Atlantide dans la mer Egée, où la catastrophe évoquée par Platon correspondrait à l'explosion du volcan de Santorin, phénomène dont les géologues nous disent qu'il s'est produit au XVe siècle av. J.C. et dans lequel les archéologues ont cru identifier le gigantesque raz de marée fatal à la civilisation minoenne de Crète.
L'hypothèse égéenne repose sur un fait géologique incontestable : la formidable explosion du volcan de Santorin alors île de Théra fréquentée depuis la préhistoire en raison de la richesse de son sol. Le raz de marée, qui suivit l'événement, ravagea les rives de la mer Egée, entraînant la ruine instantanée d'Amnisos, le port de Cnossos, la principale métropole de la grande île crétoise.

 

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Fresque du palais de Cnossos dite des " Parisiennes ", vers 1500 av. J.C.


Mais une telle interprétation se heurte immédiatement à l'argument chronologique : la civilisation minoenne apparaît et se développe mille ans avant Platon, et nous sommes loin des neuf mille ans rapportés par celui-ci. Nous savons, par ailleurs, que la Crète minoenne a connu un déclin brutal à partir du XVe siècle avant notre ère, sans pouvoir expliquer ce déclin par l'arrivée d'envahisseurs. Et peut-on assimiler les Crétois aux Atlantes ? Rien n'est moins sûr, car il est difficile de prêter aux  Minoens - peuples de marins, de pêcheurs et de commerçants - les intentions belliqueuses des Atlantes de la légende, à moins que l'on interprète, en ce sens, la légende du Minotaure. Pourtant, la géographie semble infirmer l'hypothèse égéenne, puisqu'il est clairement question d'une île située devant les colonnes d'Hercule. Il faudrait donc chercher l'Atlantide au-delà du détroit de Gibraltar, étant donné que les envahisseurs, venus assaillir Athènes, seraient originaires de la mer Atlantique. On peut ainsi imaginer que les Atlantes de Platon puissent être identifiés aux Peuples de la mer et du nord que les textes égyptiens désignent comme le pays de l'obscurité, ce qui confirmerait la thèse nordique. Les témoignages archéologiques apportent des confirmations non moins intéressantes : les envahisseurs du XIIe siècle av. J. C. ont laissé sur leur passage des épées à soie plate et à rivets caractéristiques du Nord protogermanique. La forme des navires figurés sur les parois du temple de Médinet-Habou est identique à celle des embarcations observables sur les gravures rupestres scandinaves de l'âge de bronze. Une autre donnée doit également nous éclairer : l'orichalque, ce précieux métal mentionné dans le Critias, serait l'ambre, résine fossile recherchée dans toute l'Europe ancienne, mais ne se trouvant que sur les rivages des mers septentrionales. La thèse comprend néanmoins des points faibles. Platon signale la présence d'éléphants dans l'île mythique : or, il est bien peu probable que ces animaux aient pu se trouver dans le nord de l'Europe plusieurs millénaires après la fin de la dernière glaciation et ils n'ont, en tous cas, laissé aucune trace archéologique.


Quelle qu'ait pu être la réalité de l'île décrite dans le Timée et le Critias, le continent englouti n'a pas fini d'exciter notre imaginaire. S'il demeure une part de vérité dans le mythe platonicien, c'est peut-être celle relative aux raisons qui conduisirent ce puissant empire à la ruine. L'auteur grec nous explique, en effet, que l'oubli des lois issues de la tradition, les ferments de la division furent fatals aux Atlantes car "quand l'élément divin diminua en eux, ils méritèrent le châtiment de Zeus". Comment on écrit l'Histoire...

 

Sources : Philippe Parroy

 

D'après les dernières recherches, la mer Egée semble être la version la plus logique. Ce sont soudain les forces de la nature contre la civilisation ; l'apocalypse de l'Atlantide et du continent perdu a frappé à jamais les esprits, d'autant que, récemment, nous avons assisté à des cataclysmes semblables provoqués par des tremblements de terre suivis de tsunamis et que nous sommes en permanence menacés par des catastrophes du même genre.
Qu'est-ce qui cause la naissance ou la mort d'une île ? La violence des éléments est-elle continûment une menace pour les humains ? Certes oui ! Le phénomène de l'Atlantide n'est pas un séisme isolé. D'autres ont eu lieu, dont un qui a englouti la cité d'Eliky en Grèce à l'époque de Platon, une cité opulente découverte récemment. Frappé par cet événement, Platon y a-t-il vu un signe prémonitoire et, par son récit d'une incontestable violence, a-t-il voulu alerter ses contemporains sur le danger qu'il y avait à provoquer la colère des dieux ? Pourquoi pas !


C'est en Egypte qu'est né le mythe de l'Atlantide. Les Egyptiens sont de grands chroniqueurs et ont relaté dans la pierre les effroyables conséquences qui furent ressenties jusque chez eux du tremblement de terre et du tsunami qui ont entraîné l'anéantissement d'une partie de l'archipel de Santorin, il y a 3600 ans. Or Santorin, proche de la Crète, était alors occupé par les Minoens qui disparurent sans que rien n'explique cette disparition, sinon une catastrophe naturelle. Tout concoure aujourd'hui à accréditer la thèse que le peuple atlante ne serait autre que le peuple minoen.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

autres articles évoquant ce mythe :

 

La Crète entre réalité et légende

 

La Crète minoenne ou l'histoire revisitée par la légende

 

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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 14:38

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Voilà un livre qu'il est impératif de se procurer si, proustien de coeur et d'esprit, on aspire à découvrir les lieux chers à l'écrivain et à les visiter en sa compagnie qui est, sans nul doute, littérairement parlant, la meilleure. Michel Blain, philosophe, membre de longue date de la Société des Amis de Marcel Proust et des Amis de Combray, ainsi que du Cercle littéraire proustien de Cabourg-Balbec, a eu l'excellente idée de nous offrir ce précieux guide qui nous propose plusieurs itinéraires autour des 3 localités où se déroule l'essentiel de "A la recherche du temps perdu". Ainsi page par page et chapitre après chapitre, ces promenades constituent-elles, tout ensemble, un pèlerinage et une immersion dans la prose la plus poétique qui soit.

 

Ces trois localités ne sont autres que Paris où Proust vécut jusqu'à sa mort, des premiers jeux au jardin des Champs-Elysées à la tombe familiale au cimetière du Père-Lachaise ; Illiers-Combray, ce village qui unit le nom imaginaire au nom propre et où Proust passera des vacances en famille jusqu'à ce que son asthme, devenu trop handicapant, ses parents renoncent à ces séjours, d'autant que Madame Proust ne se plaisait guère dans sa belle-famille. On retrouve là la Vivonne, la maison de tante Léonie, le Pré Catelan, la passerelle dite le Pont Vieux, enfin les deux côtés, celui de Guermantes et celui de Swann, où l'itinéraire nous promène entre les haies embaumées d'aubépines. Enfin, il y a Cabourg, devenu Balbec dans le roman, et ses séjours au Grand-Hôtel qui a retrouvé depuis peu sa splendeur d'antan. La mer, aperçue depuis l'oeil de boeuf, la fenêtre de la chambre ou le restaurant, offre des "soirs ravissants" et des couchers de soleil qui n'ont oublié qu'une couleur : le rose. C'est d'ailleurs sur la promenade de la digue qu'apparaîtra un jour la petite bande des jeunes filles en fleurs. Plus loin, toujours sur le littoral, il y a Trouville, l'hôtel des Roches-Noires où il séjournera avec sa mère, le manoir des Frémonts où il fut l'invité d'Arthur Baignières, plus tard de ses amis Finaly et qui lui inspirera La Raspelière et ses trois vues, plus bas celui de la Cour-Brûlée que la chère Madame Straus louait à Madame Aubernon de Neuville avant d'acheter le terrain attenant et d'y faire construire le manoir des Mûriers. Ces demeures existent toujours et le parcours s'annonce bucolique par le sentier de la colline d'où l'on redescend sur les Creuniers, là où la falaise peinte par Elstir ressemble à une cathédrale rose.

 

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 La plage de Trouville et le Grand-Hôtel de Cabourg

 

L'univers de La Recherche - écrit l'auteur de ce guide  - est peuplé de lieux et d'objets qui recèlent un mystère et se prêtent volontiers à une semblable démarche afin d'y identifier les éléments d'un réel à la fois familier et énigmatique. Aussi, est-ce sur le mode déambulatoire du pèlerinage, une initiation progressive et fascinante de l'oeuvre-culte de Marcel Proust. Les parisiens, comme les amoureux de la Normandie, y trouveront, fort bien expliqués, d'innombrables parcours qui prendront soudain, grâce aux descriptions proustiennes, une vision tout autre, le réel s'appropriant quelque chose du mirage car, alors, ce n'est plus l'art qui imite la réalité mais l'inverse.

 

* Michel BLAIN - "A la recherche des lieux proustiens - Un périple l'oeuvre en main - Ed. L'Harmattan - collection Amarante (20 euros )

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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