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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 12:33

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Ainsi étions-nous avant la connaissance,

A l’instant où l’univers se fit image en notre esprit.
La terre était neuve alors, elle brillait d’un feu ardent.
L’homme parlait à ses troupeaux,
La femme sur lui levait un regard de soeur.
En ces temps nos coeurs habitaient nos corps, immensément.
Me penchant à la fenêtre,
Je voyais comme à travers un voile notre jardin.
Comment accède-t-on à l’impénétrable ?
La folie a pris le pas sur la raison.
L’invisible a cessé de nous rêver.
J’écris pour ne pas me perdre.
Je note au fur et à mesure mes impressions.
Souvent la poésie me quitte, je m’égare
Parce qu’en route j’ai lâché le fil ténu de l’enfance.
Ah ! L’enfance ! Nous nous y réfugierons
Lorsque le monde aura achevé de vieillir.
Confiants, nous franchirons des frontières que nous croyions abolies.
La nature s’offrira à nous,
Ce sera l’aube, l’origine,
L’ère du rayonnement, peut-être...


On ne lit rien à la surface des mots
Mais feignons d’en deviner le sens.
Personne ne va au-devant de ceux qui s’éveillent,
A moins que l’enfant ne nous ait mis en sommeil pour la vie...
Léogane, une demeure à la pointe d’une île blanche,
Un lieu où descendre au fond de soi.
C’est un cérémonial dans lequel on entre,
Un itinéraire commencé avant l’aube.
L’enfant nous guide d’un pas de sourcier.
Une cloche tinte. Elle nous rappelle que le temps
Laisse en nous l’empreinte de ses dents voraces.
Le péril est au bout de cette longe qui nous tient attentifs.
N’allons pas au-delà du signe sur la pierre,
Du tatouage sur la rive abordée.
A nos épaules le temps pèse de tout son âge
Tandis qu’au loin se perçoit le murmure des orges et des blés.

Jadis, sur les plaines,

Il y avait des brumes,

Dans les hêtres pleureurs

Des battements furtifs.

La vie était à son zénith.

Au large, la mer essaimait ses lames grises.

Non, je ne te demanderai pas de te souvenir,

Seulement de me dépeindre le monde

Imprévisible qui t’habite.

L’immensité repose en toi.

Ton regard est plus insondable que l’univers.

Rien qui n’y soit pas depuis toujours.

Une lueur tempère les ténèbres,

Partout se respire une persistante odeur d’oyat.

 

Admettons que les choses

Ne fassent que semblant de recommencer.

Lorsque l’œuvre sera accomplie, la parole dite,

Qu’auras-tu à m’apporter de meilleur,

A me confier de nécessaire ?

Une fête s’installera dans son décor gaufré.

Les baraques de tir, les manèges,

Les vieilles mélodies, les clowns plus tristes

Que des soldats à la parade,

Cette joie monotone pour notre avril.

Peut-être me diras-tu : il se fait tard ?

J’aurai un petit rire. Il pleuvra.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE ( extraits de " PROFIL de la NUIT " )

 

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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 09:43

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                             Lectures angolaises

 

Pour cette étape littéraire, j’aurais voulu réunir en une seule publication les différents pays lusophones de l’Afrique de l’ouest : Angola, Guinée Bissau, Cap Vert, Sao Tome et Principe, mais je n’ai trouvé que des lectures angolaises. C’est donc en compagnie de José Eduardo Agualusa, qui n’aura pas besoin d’explorer profondément le passé, que nous partirons à la rencontre de ses compatriotes Manuel Rui, Pepetela et Loriane K, petite réfugiée cabindaise à Paris. Des témoignages douloureux sur les difficultés de vivre en Angola après les nombreuses années de désordres sanglants qui ont précédé l’indépendance. Et même le témoignage d’une gamine qui ne peut plus vivre dans sa petite enclave cabindaise parce que son papa voulait un autre sort pour son pays.

 

Le marchand de passé - Eduardo Agualusa ( 1960 - ... )

 

Accroché au plafond, caché sur l’armoire, un gecko tigre raconte l’histoire de celui qui l’héberge, à Luanda là-bas en Angola, Félix, l’albinos, « … un homme qui trafiquait les souvenirs, qui vendait le passé, secrètement, comme d’autres font de la contrebande de cocaïne. » Il trafique, notamment, quelque peu l’arbre généalogique de ceux qui ont assuré leur avenir pendant et après la guerre civile afin qu’ils puissent garantir cet avenir par un passé solide et convaincant. « Ce qu’il manque à ces gens, c’est un bon passé, des ancêtres illustres, des parchemins. »

 

Mais, un jour Félix, accueille un reporter photographe qui lui demande une nouvelle identité et il doit faire le choix de devenir un véritable faussaire et non pas un simple maquilleur de passé. Ce reporter, qui a couvert tous les conflits de la planète et photographié la partie la plus ténébreuse de l’humanité, va rencontrer l’amie photographe du marchand de passé qui, elle, photographie les nuages, la plus belle partie de l’univers. Et cette rencontre va provoquer l’irruption du passé dans le présent et hypothéquer l’avenir de chacun.

 

Dans ce superbe petit livre, un peu labyrinthique, où le gecko alterne la narration de l’intrigue avec le récit de ses rêves, Agualusa évoque le problème de l’identité sous toutes ses formes : identification, usurpation, imposture, sosie, double, mais aussi le vrai, le faux, la vérité, le mensonge, la vie, l’apparence de la vie, la vie après la vie. Mais le mensonge n’est-il pas plus sincère que la vérité, et l’apparence plus crédible  que la réalité ? « Je vous donne une vérité impossible, vous me donnez un mensonge banal et convaincant

 

Cette dissertation sur le vrai et le faux se déroule sur fond d’Angola après la guerre civile qui n’est jamais évoquée explicitement par l’auteur, mais dont les stigmates apparaissent pourtant clairement car ce livre est rempli de symboles : le héros principal est un nègre blanc qui peut évoquer le racisme mais qui surtout insinue le doute sur l’identité, la réincarnation du gecko peut aussi symboliser la transformation de l’Angola après la guerre, la métamorphose des espoirs révolutionnaires en réalité moins idylliques, l’intervention du gecko peut-être aussi une allusion à la spiritualité animiste, une façon aussi de voir la vie après la vie et que dans cette autre vie on se souvient de celle d’avant

 

Une façon peut-être aussi d’éluder les atrocités de la guerre en se disant que la réalité n’est peut-être pas la vérité et que le rêve est peut-être plus réel. « Dieu nous a donné les rêves pour que nous puissions jeter un coup d’œil de l’autre côté… Pour que nous parlions avec nos ancêtres. » Et, qu’ainsi la continuité soit assurée, que la guerre ne soit pas un point final et que le bonheur soit encore possible. « Le bonheur est presque une irresponsabilité. Nous sommes heureux pendant les brefs instants où nous fermons les yeux. » Pour mieux  rêver la vie que l’on désire ?

 

Le porc épique - Manuel Rui (1941 - ….)

 

Temps de cochon en Angola où les grandes puissances mondiales manipulent à qui mieux mieux les populations et les tribus afin de jouer à un jeu que les pauvres Angolais ne comprennent pas et qui ne les concerne pas vraiment. Comment s’y retrouver entre les factions aux idéologies sibyllines et les rites ancestraux, surtout quand il faut penser d’abord à nourrir la famille. Le cochon est une solution séduisante puisqu’il peut engraisser en mangeant des restes et des détritus. Mais quand il faut tuer le cochon, les tracasseries et les aléas se multiplient en un vaste imbroglio digne d’une administration et d’une gestion du pays qui partent  à vau l'eau

 

Malgré l'état de délabrement politique et économique avancé du pays, Manuel Rui nous maintient juste au dessus de la limite du sordide et du désespérant avec un humour décapant et une franche dérision.

L’esprit des eaux Pepetela (1941 - ….)

 

A Luanda en Angola, dans les années 80, des événements extraordinaires affectent un quartier : les immeubles s'effondrent, curieusement sans faire aucune victime. Ce que les observateurs étrangers appellent le "syndrome de Luanda" semble la parfaite allégorie du système politique, économique et social d’une Angola en plein chaos.

 

Membre du MPLA, Pepetela a été aussi vice-ministre de l’éducation, il écrit pour fédérer les différentes ethnies du pays en une véritable nation angolaise. Ce livre est une parabole de ce qu’est devenu l’Angola après les longues luttes de l’indépendance : le paradis de la corruption, des opportunistes, des envieux, de tous les avides de richesse et de pouvoir. Un pays que les forces ancestrales réfugiées sous la terre ne peuvent plus tolérer et souhaitent détruire. Une façon de rappeler aux Angolais qu’ils doivent revenir aux valeurs fondamentales de leur pays s’ils veulent sortir de la spirale infernale.

 

Clandestine : le journal d’une enfant sans papiers Loriane K (12993 - ….)

 

Noël 2005, Loriane, 15 ans, fille d’une famille de réfugiés cabindais, ouvre son journal alors que les démarches de la famille ont échoué une nouvelle fois et qu’ils peuvent être expulsés à tout moment hors de France. Alors, la vie clandestine s’organise avec ce que cela comporte : la précarité, la pauvreté, la honte, la gêne, la différence, la fierté qui empêche d’avouer, de réclamer, de demander et même seulement de dire. Depuis six ans, la famille fait des efforts énormes pour s’intégrer, le père travaille au noir, les enfants sont scolarisés, Loriane est une brillante élève, mais la mère reste seule à la maison dans sa dépression

 

L’humanité ne peut pas se réfugier toute entière en Occident mais ceux qui gouvernent l’ensemble des peuples ont certainement le devoir de faire en sorte que ces enfants puissent vivre libres et heureux dans leur pays et ne se déplacent plus que pour le plaisir, la découverte des autres cultures et l’enrichissement intellectuel. Mais, voilà, « nous, on ne décide de rien. Jamais. On subit depuis le départ. On n’a pas le choix.

 

Denis BILLAMBOZ  -  à la semaine prochaine pour  la suite de notre périple littéraire sur le continent.

 

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 08:30

 


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"Le sillage s'étire, blanc et dense de vie le jour, lumineux la nuit comme une longue chevelure de rêve et d'étoiles. L'eau court sur la carène et gronde ou chante ou bruisse, selon le vent, selon le ciel, selon que le couchant était rouge ou gris".  (  La longue route )

 

En 1968, un suprême défi excite les marins : le tour du monde à la voile en solitaire et sans escale. Plusieurs navigateurs s'apprêtent à tenter l'aventure imaginée par un hebdomadaire britannique. Bien qu'il ait exprimé son désaccord sur cette initiative qui, selon lui, ôte toute pureté à ce qui devrait être avant tout une quête d'absolu, le français Bernard Moitessier ( 1925 - 1994 ) s'engage. Né en Indochine, où il a vécu les vingt-six premières années de sa vie, cet amoureux de la mer a appris à naviguer avec les pêcheurs du golfe de Siam et reste imprégné de sagesse orientale. La révolte du Viêt-minh lui a infligé une blessure jamais cicatrisée : les compagnons de jeu de son enfance sont devenus des ennemis. Parti en solitaire sur une jonque, Moitessier est arrivé en France en 1958 démoralisé par la perte de deux bateaux. Avec une rare énergie, il s'est construit un ketch en acier, simple et robuste, dans le but de réussir à réaliser en solitaire un premier tour du monde sans escale qui serait comme une revanche sur les déceptions qu'il vient de subir.
Neuf navigateurs prennent avec lui le départ, mais cinq abandonnent très vite devant les difficultés qui incombent à un homme seul face aux éléments, si bien que Moitessier, plus rapide que les trois autres survivants, est en passe de l'emporter. Il a doublé trois caps et il ne lui reste plus qu'à remonter l'Atlantique pour aller recueillir, des mains des organisateurs, le prix de son exploit : un globe en or et cinq mille Livres Sterling. Surtout, il sera sacré le meilleur marin de son temps.


Mais alors qu'on l'attend pour un accueil triomphal, le vainqueur surgit le 18 mars 1969 dans la baie de Cape Town et, d'un coup de lance-pierres, projette sur le pont d'un cargo en patrouille ce message stupéfiant : " Je continue sans escale vers les îles du Pacifique, parce que je suis heureux en mer, et peut-être aussi pour sauver mon âme". L'annonce de cette décision fait l'effet d'une bombe : ainsi le navigateur tourne le dos à l'argent, à la célébrité pour poursuivre seul une aventure pleine d'embûches...Mais pour cet homme-là, sa course dans les océans les plus dangereux du monde a pris une dimension philosophique. Dans l'intimité de la mer et du ciel, il a noué des liens avec la Création, comme il le dira lorsque, arrivé à Tahiti après un tour du monde et demi, il écrira son livre, véritable bible qui suscitera des vocations de coureurs et d'aventuriers des mers sur plusieurs générations : La longue route.


Son refus de revenir vers L'Europe et ses faux dieux est riche de signification. Il a compris, dans son périple en osmose avec les éléments, que le monde moderne détruit notre planète et piétine l'âme de l'homme. Notre fonction sur terre, estime-t-il, est de participer à la création permanente du monde, d'oeuvrer dans le gigantesque combat de l'intelligence contre l'imbécillité. Bénéficiant de son aura de marin hors du commun, Moitessier milite pour la désescalade nucléaire et préconise la plantation, dans les villes et villages, d'arbres fruitiers à la disposition de tous, symbole de partage et de générosité et doux rêve d'un idéaliste irréductible. Installé dorénavant dans un atoll des Tuamotu, il y vit avec sa famille en contact intime avec la nature, espérant, par son exemple, encourager les Pomotus à mieux gérer les ressources de leurs îles. Il conseille l'enseignement des caractères chinois, moyen de communication universel. Malgré l'incompréhension, les échecs, la difficulté à vaincre l'apathie et la routine, il ne se décourage nullement et gagne le surnom que lui donnent les Polynésiens "Tamata ", ce qui signifie " essayer". Ce sera le titre du livre qu'il publiera peu de temps avant sa mort survenue le 16 juin 1994 "Tamata et l'Alliane", message de fraternité où, enfin en paix avec lui-même, il délivre cet ultime enseignement : " On ne se trompe jamais en pardonnant".


"Le beau voyage est presque au bout du long ruban d'écume. Et moi, je suis presque au bout de moi-même. Et Joshua aussi. Là-bas dans le Sud, c'était l'automne, puis l'hiver déjà. Huit coups de vent depuis Bonne-Espérance, en trois mois. Et deux chavirages dans l'océan Indien, avant l'Australie. Deux encore dans le Pacifique, après la nouvelle-Zélande. ( ... ) Les haubans sont fatigués dans l'ensemble, Joshua est fatigué lui aussi. Moi, je ne sais pas si je suis fatigué ou pas, ça dépend comment on regarde les choses. Et il faudra que je fasse ses yeux à mon bateau, quand nous serons arrivés ensemble dans l'Ile paisible de l'Alizé, là où on a le temps de faire les choses qui comptent. Et je ne risque plus d'aller trop loin, ni pas assez. Car le rêve est allé d'abord jusqu'au bout du rêve...ensuite il a dépassé le rêve".  ( La longue route )

 

 

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                                   Joshua, le voilier de Moitessier

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 07:54

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Zimbabwe, Zambie, Botswana, Namibie

 

Lire entre Lusaka et Harare

Avec cette étape, nous abordons la partie centrale de l’Afrique méridionale, celle qui se situe entre la République du Congo et l’Afrique du Sud. Je pensais y assembler le Zimbabwe, la Zambie, le Namibie et le Botswana dans une même et seule étape mais, hélas, au jour de la rédaction de ce texte, je n’avais trouvé que des lectures d’auteurs zimbabwéens. C’est donc Nozipo Maraire qui nous guidera à la rencontre de ces concitoyens : Yvonne Vera, emportée trop tôt par le SIDA, Tsitsi Dangarembga qui s’illustre aussi dans le cinéma, et Chenjerai Hove, trois auteurs qui nous proposent des lectures poignantes, émouvantes et parfois même bouleversantes.

Souviens-toi, Zenzélé

Nozipo Maraire (1966 - ….)

 « C’est le privilège d’une vieille femme de transmettre sa sagesse. Je n’ai rien d’autre à te donner » - écrit cette mère zimbabwéenne issue de la nouvelle bourgeoisie noire aisée, dans un longue lettre comme Mariama Bâ, à sa fille partie aux Etats-Unis pour poursuivre de brillantes études. Elle veut écrire cette lettre pour dire ce qu’elle n’a pu, su dire avant ou que sa fille n’a pas voulu écouter.

Elle raconte ses origines, sa vie dans un petit village de la brousse, les difficultés quotidiennes mais aussi la communion avec la nature qui, elle, ne triche jamais, afin que sa fille sache bien d’où elle vient, où sont ses racines le jour où elle désirera les retrouver. « Tous ces souvenirs-là t’appartiennent, tout ce trésor de nos petites traditions. Que tu les acceptes ou les rejettes, ils sont le fondement de ton être. Ce sont tes racines. Dans les années à venir, tu t’en nourriras. »

Elle lui raconte aussi la colonisation, l’humiliation, la ségrégation, la honte qui ont engendré la rébellion qui, elle, a fini par déboucher sur la victoire, la libération, l’indépendance, la liberté de disposer de soi-même. Mais elle dit aussi que les autochtones n’ont pas su imposer leur identité, leurs valeurs, qu’ils n’ont pas su créer une nation unie et solidaire, qu’ils se sont contentés d’imiter, de singer les blancs et finalement de sombrer dans le travers des dictatures. « Nous présentions tous les symptômes du syndrome postcolonial, endémique en Afrique : besoin d’acquérir, d’imiter, et manque d’imagination. Nous ne faisions que nous précipiter sur tout ce que détenaient les coloniaux ». 

Pour moi ce livre comporte deux parties, une première qui évoque avec beaucoup de lucidité l’Afrique authentique et originelle avec ses qualités et ses défauts, l’Afrique dont chaque Africain devrait être fier et pour l’avenir de laquelle il lui faudrait s’investir sans retenue, l’Afrique qui devrait s’épanouir grâce à toutes ses richesses humaines et naturelles. Et une seconde partie beaucoup moins originale, hélas, qui reprend le discours habituel, incontournable, obligatoire bien sûr, mais qui n’apporte plus rien au débat, le fameux discours sur l’esclavage, la ségrégation, la colonisation, la néo-colonisation, cette longue lamentation que tout le monde a bien compris depuis longtemps, cette forme de jérémiade qui sclérose toute autre forme d’action. A force de vouloir stigmatiser les autres, certains intellectuels, vivant souvent en Europe ou en Amérique, ont fini par oublier qu’il fallait aussi agir. Et Nozipo Maraire est tombée, elle aussi, un peu dans ce piège, elle n’a pas su rester sur l’élan de sa première partie où elle intimait à sa fille : « Ne permets à personne de te définir, ni de définir ton pays. » J’attendais cette affirmation d’une Afrique africaine gouvernée par des Africains et non cette Afrique laissée aux mains des médiocres qui trafiquent avec tous les exploiteurs de la planète pour épuiser le pays. Nozipo n’a pas suivi Léonora Miano jusqu’au bout du chemin qui aurait conduit ce continent vers sa vraie libération et son épanouissement.

On pourrait aussi reprocher à Nozipo d’avoir voulu chercher des responsables ailleurs en oubliant ce que des intellectuels comme Ibrahima Ly nous ont appris depuis longtemps, que le commerce des esclaves ne commençait pas à Gorée, ou autres ports d’embarquement, et que les esclaves n’arrivaient pas par hasard dans ces ports.

Cependant ce livre reste un excellent témoignage sur ce que l’Afrique a vécu depuis un demi-siècle, sur la situation dans laquelle elle est aujourd’hui et que, si elle va mal, c’est peut-être aussi parce que : «Si nos esprits les plus brillants s’en vont pour ne jamais revenir, il n’est pas étonnant que nous n’ayons que des chefs médiocres pour guider nos nations, … » Voilà un début de réponse qui aurait mérité un plus long développement et une mise en perspective plus constructive que l’éternel discours sur la faute des plus forts.

Cette lettre est aussi une lettre d’une femme à une autre femme qui lui parle de sentimentalité, de sexualité, de la place de la femme dans l’Afrique d’avant et dans celle de maintenant. Une confidence en forme de confession sur son manque de courage, sur sa résignation, mais également les excuses qu’elle peut faire valoir comme fille aînée en charge de la famille aux côtés de la mère. Et, pour finir, elle s’en remet à Dieu  comme tous les Africains car « de tous les peuples de Dieu, nous sommes celui qui a renoncé, avec le plus de constance à la vie sur cette terre pour mettre ses espoirs dans l’autre monde. Mais, si cet autre monde ne devait jamais venir ? » Et si cet autre monde n’existe pas, « l’Afrique sera ce que toi et tes semblables en feront. » Zenzélé connait la mission qui lui est assignée par sa mère, elle sait désormais qu’elle appartient à deux cultures et qu’un jour elle devra revenir à ses origines.

 

Papillon brûle – Yvonne Vera (1946 – 2005)

Un livre très poignant qui raconte l’histoire d’une jeune femme au Zimbabwe quand l’ex-Rhodésie du Sud n’était pas encore totalement délivrée des relents du colonialisme et de la ségrégation. Un jour, en sortant d’un bain dans la rivière, telle une ondine de la couleur des rochers riverains, elle rencontre un homme d’âge mûr et c’est le coup de foudre entre la jeune femme et l’ouvrier malgré leur grande différence d’âge.  L’idylle ne dure pas très longtemps, la jeune femme se lasse vite d’une relation qui ne lui promet qu’une triste vie dans un bidonville. Elle voudrait devenir infirmière et exercer dans une grande ville mais une grossesse non désirée brise rapidement son rêve de liberté et de promotion sociale. Une tentative d’avortement insupportable mettra une fin tragique à tous ses espoirs.

A fleur de peau – Tsitsi Dangarembga (1959 - ….)

Dans la jeune république zimbabwéenne, une jeune fille profite du décès de son tyrannique frère pour obtenir le droit de faire des études dans une école appartenant à une mission et dirigée par son oncle. Elle croit ainsi échapper au triste sort que sa mère a connu, la soumission totale à un mari lâche et autoritaire, mais elle déchante vite en découvrant que, malgré le luxe qui l’éblouit, sa tante et sa cousine n’ont pas des vies très heureuses. L’oncle dirige sa famille d’une main de fer provoquant la rébellion permanente de sa fille qui, malgré les corrections, ne fléchit jamais et finit par se réfugier dans l’anorexie. La jeune paysanne croira longtemps que l’instruction lui permettrait d’échapper à la soumission et à la domination des hommes mais l’expérience de sa cousine lui ouvrira définitivement les yeux et mettra en berne ses espoirs d’émancipation. Peut-être le livre le plus tragique que j’ai lu, à coup sûr un livre magnifique.

Ombres – Chenjerai Hove (1956 - ….)

"Ombres est né il y a longtemps, le jour où j'ai vu deux jeunes gens, qui s'aimaient, choisir de mourir au lieu de vivre. J'ai décidé alors qu'un jour j'écrirais leur histoire". Chenjerai Hove met en scène cette tragédie familiale zimbabwéenne où un père de famille s’oppose violemment à l’amant de sa fille. Vaincu, le prétendant éconduit se pend et la jeune fille boit à la bouteille un produit qui semait la mort dans les champs, incapable d'avoir su lire la notice. Ce qui a provoqué le drame des amants errera longtemps dans la campagne. Le père, abandonné de tous, hanté par les fantômes et les souvenirs, mourra victime d’une bande de rebelles. Une tragédie en forme de fable écrite dans une langue proche de l’oralité, poétique, incantatoire, qui donne de l’intensité au drame et acère la douleur.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre périple africain  -

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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 09:46

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Je ne vous dissimulais pas dans mon article sur la poésie - La poésie - Quel avenir ? -  l'inquiétude que m'inspirait la désaffection progressive du public à son égard. Je pourrais établir d'ailleurs un rapprochement avec le sort, assez comparable, réservé à la nature, objet d'un semblable détachement. Est-ce parce que nous ne disposons plus d'assez de temps pour surprendre la beauté là où elle se cache et que, pris dans l'engrenage d'une réalité en perpétuelle accélération, nous ne consacrions plus à la poésie et à la nature l'intérêt et l'attention qu'elles méritent, qu'elles s'éloignent l'une et l'autre de nos pôles d'attraction ? Or la sagesse nous invite expressément à redevenir les jardiniers de notre espace et les chantres de nos muses, si nous ne voulons pas mourir d'ennui et de soif dans un désert... Que serait un monde qui ne saurait plus fleurir, que saurait un langage qui ne saurait plus chanter ? Aussi parlons et reparlons de la poésie et de ceux qui l'ont servie avec ferveur et honorée avec modestie. Parlons de Joë BOUSQUET.

 

Né en 1897 à Narbonne, il fut d'abord un enfant turbulent et cruel qui tuait les chats, mordait les petites filles, saccageait les vergers, avant de devenir un marginal, un  voyou solaire qui promenait dans les rues de Carcassonne, aux bras des filles de joie, sa gouaille et son insolence, les yeux noyés de drogue. La Grande guerre survient et, dès qu'il en a l'âge, l'adolescent fougueux et indocile devance l'appel et s'engage. Blessé une première fois en Lorraine, il est renvoyé dans ses foyers et rencontre une jeune femme très belle qui le bouleverse. Ce jeune homme, qui ne se plaisait que dans des aventures fugaces, est saisi par l'amour. Mais cet amour ne sera pas partagé, alors il va prendre tous les risques et repartir au front. Blessé le 27 mai 1918, il a la colonne vertébrale broyée et sera grabataire pour le restant de ses jours. Il a vingt ans.

 

Du temps qu'on l'aimait lasse d'elle-même
Elle avait juré d'être cet amour
Elle en fut le charme et lui le poème
La terre est légère aux serments d'un jour.

Le vent pleurait les oiseaux de passage
Berçant les mers sur ses ailes de sel
Je prends l'étoile avec un beau nuage
Quand la page blanche a bu tout le ciel.

Dans l'air qui fleurit de l'entendre rire
Marche un vieux cheval couleur de chemin
Connais à son pas la mort qui m'inspire
Et qui vient sans moi demander sa main.

 

Tandis que la vie s'achève, l'écriture commence ; elle sera vie par substitution, vie des mots, vie du langage, longue et lente profération.

 

Mon coeur ouvert de toutes parts
Et l'effroi du jour que je pleure
D'un mal sans fin mourant trop tard
Je ne fus rien que par hasard
Priez qu'on m'enterre sur l'heure.
(...)
Mais les ans passent sans nous voir
L'aube naît d'une ombre où l'on pleure
De quoi voulez-vous que l'on meure
La nuit ne sait pas qu'il fait noir
Tout est passé pour nous revoir
Nos pas reviennent nous attendre
On rouvre la classe du soir
Où l'on attend le roi des cendres.
(...)
Tout est trop beau pour être vu
Un amour plus grand que l'espace
Ferme les yeux qui ne voient plus
Et l'ombre que sa forme efface
Mendiant son pas mendiant sa place
Au jour mort d'un rêve pareil
Dira des ombres qui la suivent
Ma vie avait des yeux d'eau vive
Passé prête-moi ton sommeil.

 

Une urgence s'impose : recréer le monde car rien ne peut disparaître tant que les mots sont en mesure de redonner sens, de rendre vie.  Grâce à eux, le poète est tout entier rassemblé, justifié, signifié, unifié par son dire. L'acte d'écrire confère à l'événement le plus banal une dimension considérable : le tout s'incarne dans le rien. Pour le poète, les mots devancent la pensée. Ils sont vierges et chargés d'initier l'action. Ainsi que le souligne Hubert Juin, "l'idée est venue à Bousquet, homme blessé, homme réduit, homme délégué, que le langage surgit en deçà des concepts à l'intérieur desquels, ensuite, on le civilise". Les mots sont devant ce qu'ils disent : ils surprennent.

 

Ne maudis pas ces jours dont la rigueur t'assiste
ni le mal qui te broie aux redites du coeur
ils aimaient comme toi l'enfant qu'un frère triste
suivit d'un oeil pesant tout le long du bonheur.
( ... )
Tu soulevais le ciel sur l'espoir d'une voile
et plus léger qu'un saule à la nuit qu'il parcourt
charmais d'un seul regard les siècles d'une étoile
qui buvait dans tes yeux la naissance des jours.

Tu vivras d'une fin venue avant son heure
et des jours abolis en rêvant de vous deux
qui sentent dans l'air rouge où les misères meurent
leurs pleurs se détacher d'un coeur fermé sur eux.

 

Dès lors, séjournant à Carcassonne, il cherche par les mots à exhumer son moi le plus profond, il tente l'expérience de la transformation - voire de la transfiguration - par l'écriture. Elle est devenue sa justification, son cri de vivant.
Tous les hommes de lettres de l'époque passeront, à un moment ou à un autre, rue de Verdun, dans cette chambre où la pensée du poète semble avoir condensé une part de l'univers, le sien : les Paulhan, Gide, Aragon, Max Jacob. Un amour mystique éclairera la fin de sa vie et inspirera quelques-unes de ses plus belles pages : Les lettres à poisson d'or. Emporté par une crise d'urémie, il  s'éteint le 28 septembre 1950 à l'âge de 53 ans. Parmi ses oeuvres majeures : La tisane de sarments - La connaissance du soir - Le roi du sel - et sa correspondance avec Cassou et Carlos Suarès. ( Chez Gallimard )

 

Tous les poèmes cités appartiennent à son ouvrage : Connaissance du soir.

 

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 12:02

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Lorsque le duc de Morny, demi-frère de Napoléon III, découvre Deauville en 1858, le petit village normand n'est encore que plage et marais. Homme politique et financier, il fait le pari fou d'assécher la zone et d'y construire une station balnéaire. Eugène Boudin ( 1824 - 1898 ), qui séjourne dans la région, voyant que la station devient en quelques années le royaume de l'élégance dédié aux plaisirs de l'aristocratie impériale, assiste à l'inauguration de ce premier casino, détruit en 1895 pour cause de malversations et pratiques illégales, et ambitionne de présenter une toile au Salon de la peinture de 1865 qui se tiendra dans l'une des salles. Sa toile aura pour sujet et titre : Concert au casino de Deauville. Malgré les efforts qu'il déploie, la poésie qu'il y met, les merveilleux dégradés de gris qu'il utilise, personne ne la remarque. Découragé, l'artiste l'enlève de son châssis, la roule et la met dans un coin sans y plus penser. Trente ans plus tard, elle sera retrouvée dans le fond d'une de ses armoires et remarquée à l'exposition de l'Ecole des beaux-arts de 1789, alors que son auteur est mort l'année précédente. Peu après, la styliste française Jeanne Lanvin en fera l'acquisition, puis, à la suite de son décès, l'oeuvre sera rachetée par un collectionneur américain qui la léguera par testament à la National Gallery de Washington. Si bien que ce tableau, ignoré à Deauville, est devenu l'un des fleurons du musée d'Outre-Atlantique.

 

Boudin avait représenté l'inauguration avec, au premier plan, trois reines de l'élégance : Madame de Metternich, Madame de Galliffet et Madame de Pourtalès. Ces trois personnes de la cour de Napoléon III étaient  les figures emblématiques de la mode. Boudin n'en détaille par pour autant leur costume, seule leur gracieuse silhouette apparait. Le peintre s'attache davantage à mettre en valeur le caractère vaporeux des robes qui les font ressembler à des cygnes, duveteuses et comme ailées. Boudin avait à coeur d'être le témoin de son temps et cette image d'une scène prise sur le vif avait bien un air de modernité, où l'artiste témoignait de la mode en vogue à son époque. Quant au thème, il était l'expression de l'élégance d'alors. Seules les variations de la lumière sont hors du temps et de tous les temps. En peignant ainsi la lumière, Boudin usait d'une patte résolument impressionniste. Il le faisait par touches posées les unes à côté des autres et parait sa toile d'une atmosphère frémissante et nimbée. Derrière ces dames, on aperçoit le chef-d'orchestre et sa baguette et un rayon de soleil éclaire les invités au premier rang. Boudin oeuvre comme un photographe qui saisit, en instantané, un moment de vie. Mais cette façon suggestive et descriptive de peindre déplaît au public du second Empire. Seuls Baudelaire et Zola remarqueront et apprécieront son style novateur dont on sait quelle influence il exercera par la suite. Monet, pour sa part, reconnaîtra tout devoir à Boudin, un hommage que le maître n'entendra pas, sa vie d'artiste n'ayant été qu'une suite de difficultés et de déceptions.

 

Ce que Boudin aimait par-dessus tout était " la saveur de l'esquisse, créant une impression de plein air si contraire au goût de ses contemporains pour le fini " - écrit Laurent Manoeuvre, commissaire général de l'exposition consacrée au peintre par le musée Jacquemart-André du 22 mars au 22 juillet. Aussi le succès de ses scènes de plage sera-t-il aussi fugitif que relatif. A partir de 1869, Boudin abandonne ce thème pour se consacrer à des marines qui lui permettront de vivre à peu près décemment. Aujourd'hui, le musée Jacquemart-André *, en lui dédiant une exposition " Eugène Boudin, au fil des voyages ", offre aux Français l'occasion de revoir cette magnifique toile où la grâce du pinceau n'a d'égal que le mystère qu'il suggère.

 

* 158, boulevard Haussmann 75008 PARIS  -  01 40 62 11 59

 

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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 09:03

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Lectures de Bonne Espérance

Des îles de l’Océan Indien en passant par Maurice, il n’y a qu’un petit vol avant d’atterrir sur le continent africain en l’abordant par sa pointe sud où nous rencontrerons Karel Schoeman qui nous conduira sur les traces d’écrivains sud-africains de sa génération qui, même s’ils incarnent leur pays, n’ont pas toujours été très fidèles à leur drapeau. John Maxwell Coetzee, un des deux prix Nobel de littérature du pays, a choisi la nationalité australienne en 2006, Bessie Head a fui dès sa jeunesse la ségrégation au Botswana qui n’était encore que le Bechuanaland, un bout de brousse particulièrement pauvre, et André Brink a passé beaucoup de temps en dehors du continent africain, notamment en Europe. Mais tout cela donne néanmoins un excellent aperçu de la vaste et très diverse littérature sud-africaine.

 

Retour au pays bien-aimé

Karel Schoeman (1939 - ….)

« Retour au pays bien-aimé » pourrait paraître comme le pendant de « Pleure ô pays bien-aimé », la misère des Blancs comme contrepartie de la malédiction des Noirs. On dirait que Karel Schoeman, fervent défenseur de la cause des Noirs, a écrit ce petit roman pour attirer l’attention sur les paysans blancs de plus en plus isolés, de moins en moins riches, dans un monde qui leur appartient de moins en moins, où ils deviennent de plus en plus étrangers, où leur sécurité est de moins en moins assurée.

Georges, jeune homme blanc, vient de perdre sa mère, il a quitté l’Afrique du Sud avec ses parents, son père était diplomate, quand il n’avait que cinq ans. Après le décès de sa mère, il veut retourner au « pays bien-aimé » pour régler des affaires concernant la succession de ses parents et retrouver la ferme de ses grands-parents où il a passé de belles journées dans sa prime enfance. Arrivé sur place, il est accueilli par des voisins qui le mettent en rapport avec les autres fermiers du secteur. Une population qui vit chichement, dans la crainte, loin de la vie qu’ils menaient au temps de ses grands-parents.

Le jeune homme ne comprend pas, on ne veut pas lui montrer la ferme familiale, la tension est de plus en plus forte, les esprits sont échauffés, mais les bouches restent closes, on élude ses questions, on refuse de lui confier les raisons du malaise ambiant. Un soir, cependant, quand les fermiers se rendront à la fête qu’ils ont organisée à des fins bien précises, il comprendra ce qui s’est passé avant, ce qui se fomente et ce qui arrivera bientôt.

Un roman court, simple, poignant, émouvant qui dessine le triste destin des oubliés de l’abolition de l’apartheid, les petits paysans blancs ruinés et menacés jusque dans leur chair comme l’étaient les Noirs à une certaine époque. Peut-être le désespoir littéraire le plus profond que j’aie eu l’occasion de lire.

 

Michael K, sa vie, son temps - John Maxwell Coetzee (1940 - ….)

Ce roman est l’une des œuvres majeures de Coetzee, une de celles qui lui valurent le Prix Nobel de littérature. Il raconte l’histoire d’un pauvre bougre un peu frustre, dont on suppose qu’il est noir, ce que l’auteur n’éprouve pas le besoin de préciser, la couleur n’est pas importante, c’est seulement les malheurs qu’on inflige à ce pauvre hère qui sont relatés comme pour relativiser l’origine du personnage. Michael remonte vers le nord pour retrouver le lieu, la ferme, dont il est originaire. Malgré bien des difficultés, il y parviendra après avoir perdu sa mère morte au cours du voyage. Sur place, il réussit à produire quelques plantes à partir de graines grappillées mais doit affronter de nouvelles épreuves qui ne parviendront cependant pas à anéantir son courage et sa volonté et surtout pas sa dignité. Une parabole de la condition humaine dans l’Afrique du Sud de l’apartheid.

Une saison blanche et sèche – André Brink (1935 - ….)

Interdit en Afrique du Sud dès sa publication, ce livre est un témoignage accablant sur les méthodes employées par la police pour éliminer les Noirs qui s’opposent au pouvoir des Blancs. Dans la région de Pretoria, un jeune homme blanc, candide et naïf n’arrive pas à croire que la police peut purement et simplement éliminer des opposants noirs. Il refuse que sa communauté puisse se rendre coupable de tels agissements et s’oppose vivement à ces actes insupportables malgré les conséquences inévitables. Un livre engagé, un livre militant, un livre combattant, un livre qui honore la dignité humaine.

La saison des pluies – Bessie Head (1937 – 1986)

Enfant du péché, fille métisse née dans un asile psychiatrique où  était internée sa mère, Bessie Head s’est réfugiée au Bechuanaland, qui n’était pas encore le Botswana, pour devenir institutrice et écrire des livres émouvants, tendres et encourageants comme celui-ci qui raconte l’acharnement d’un homme échoué dans ce pays très pauvre, encore à l’état d’ébauche. Il y rencontre un Anglais qui essaie de monter une coopérative agricole de production et à force de travail, de courage, d’acharnement, il parviendra à entretenir l’espoir d’une vie meilleure dans un pays possible.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de nos lectures autour du monde  -

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 09:03

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O vieilles pluies souvenez-vous d'Augustin Meaulnes
Qui pénétrait en coup de vent
Et comme un prince dans l'école
A la limite des féeries et des marais

En un pays mené de biais par les averses
Et meurtri dans son coeur par le fouet des rouliers
Le lit défait du garde-chasse
Les chemins creux du monde entier
C'est là que je t'attends c'est là que je te veille
Printemps comme un chanteur des rues printemps pareil
A la petite lumière d'un vélo sur la route
Voici que le plus simple entre nous s'émerveille
D'avoir entre les mains un bouquet de jonquilles
Et l'oiseau qui dormait encore se souvient
D'une fenêtre au bout du monde
Peut-être que là-bas dans les terres perdues
Une jeune fille de famille toute nue
Se dresse à la croisée ouverte et se regarde
Dans un morceau de lune triste comme un parc

Peut-être bien que c'est ainsi dans les romans
Une grosse cloche avec le printemps dedans

Mon amour tu es là comme une herbe qui penche
Sa longue écriture douce sur la page
Et je lis dans tes yeux et tu peux bien baisser
Ta paupière pareille à du genêt mouillé
J'épelle à haute voix comme un enfant qui dort
La chaude et mesurée syllabe de ton corps.

                                                           Symphonie du printemps  -  1948  -

 

 

Ainsi chante le délicat poète René Guy Cadou ( 1920 - 1951 ) depuis le pays de Brière dont il nous dévoile les solitudes aquatiques et les rouches frémissantes sous le vent. La lampe d'un sanctuaire rustique - nous dit son ami Michel Manoll - brillait toujours au bout de cette allée de légende où l'ombre féerique d'Augustin Meaulnes apaisait le feu des tournesols. Ce que René Guy  a vu, le décor dans lequel il a vécu, ces humbles choses qui constitueront son imagerie baroque, enfin les êtres avec lesquels il fera alliance, nourriront d'une sève drue une mémoire qu'il entretenait comme un arbre privilégié et qui vivait en lui tel un pommier fleuri.
Et ce poète, qui n'ira jamais plus loin que la barrière de l'octroi, ne voyageant guère que dans les livres, aura en permanence à ses côtés un jardin fleuri et printanier, n'en sera pas moins dans l'attente du voyage indicible dont il n'est pas donné au poète de pénétrer le sens obscur, mais où la mort prématurée trace déjà ses traits funèbres. Néanmoins, son esprit était suffisamment délié pour affronter la rude nuit de la maladie qui l'emportera si jeune, parce qu'il plaçait  au même degré les souvenirs des faits et ceux de ses rêves, et ensemble la présence du coeur révélateur et ses correspondances secrètes.

 

Ce matin la mésange avait lancé son chant
Plus clair que de coutume et sans notes moroses
Les papillons baisaient les pétales des roses
La nature fêtait le retour du printemps.

 

Si la poésie est d'abord une soif ardente qu'il lui faut apaiser, un univers mouvant  inaccessible comme un feu d'herbes, elle est également une voix inspirante qui jette son ferment et mêle Dieu et l'amour en une seule entité d'un bord à l'autre du monde. C'est la raison pour laquelle le poète, mieux que quiconque, nous invite à accueillir le printemps, les violettes doubles, le coq qui chante, les chiens qui rêvent, les genêts fleuris, la mer voisine, les labours plats, la maison appuyée contre la nuit, afin d'être réceptifs aux simples miracles quotidiens.

 

Celui qui entre par hasard dans la demeure d'un poète
Ne sait pas que les meubles ont pouvoir sur lui
Que chaque noeud du bois renferme davantage
De cris d'oiseaux que tout le coeur de la forêt
Il suffit qu'une lampe pose son cou de femme
A la tombée du soir contre un angle verni
Pour délivrer soudain mille peuples d'abeilles
Et l'odeur de pain frais des cerisiers fleuris
Car tel est le bonheur de cette solitude
Qu'une caresse toute plate de la main
Redonne à ces grands meubles noirs et taciturnes
La légèreté d'un arbre dans le matin.

 

Des poètes comme René Guy Cadou ne meurent qu'en apparence. Parti au printemps de l'an 1951, il ne cesse plus d'accompagner les renaissances d'une saison qui avait paré de fleurs son encrier.

 

 

      Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 08:37

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Lectures multiethniques

La variété de la littérature sud-africaine nous permet de prolonger notre séjour littéraire dans ce pays et, sous la conduite de Deon Meyer, un auteur de romans policiers, nous irons à la rencontre d’un écrivain afrikaans Breyten Breytenbach ayant pris la nationalité française par obligation ; d’un auteur noir passé par le Lesotho et les Etats-Unis, Zakes Mda ; et enfin d’un métis descendants des esclaves malais transplantés en Afrique du Sud, Achmat Dangor. Trois auteurs qui nous racontent la grande difficulté de vivre dans ce pays sous la partition raciale et même après l’abolition de ces clivages, tant les cloisons entre les ethnies sont étanches. Un patchwork littéraire qui contribue à la construction d’une culture d’une grande originalité.

 

Le pic du diable

Deon Meyer (1958 - ….)

Vaste entreprise à laquelle nous convie Meyer : reconstruire un puzzle en trois dimensions avec les pièces mélangées de trois histoires bien compliquées qu’il va falloir  démêler et remettre en ordre pour qu’apparaisse enfin cette aventure policière.

-         La première est celle de Thobela, un mercenaire noir formé en Allemagne de l’Est et en URSS au bon temps de la guerre froide et de l’apartheid, qui assiste, lors d’un braquage d’une station-service où il prenait de l’essence, à la mort du fils de sa femme qu’il a adopté après la mort prématurée de celle-ci. Les assassins ayant faussé compagnie à la justice, il se met en chasse et, par la même occasion, à la poursuite de tous ceux qui ont pu nuire aux enfants sans être suffisamment punis, notamment les pédophiles.

-       Vient ensuite l’histoire de Christine, une jolie blondinette, dont le père devenu mystique a bridé les envies d’émancipation et les appétits charnels et qui s’est prostituée pour élever la petite fille qu’elle a eue au hasard d’une aventure sans suite. Ce parcours, elle le raconte à un ecclésiastique comme une dernière confession avant de passer à une autre vie.

      -      Enfin, l’histoire de Benny, flic de talent mais ivrogne invétéré, qui n’a été conservé par  son administration qu’au   titre de la discrimination positive et que sa femme a mis à la porte, après qu’il l’ait tabassée une fois de trop.

Ainsi, apparait peu à peu une vaste fresque de l’Afrique du Sud d’après l’apartheid où se mêlent le meurtre sous toutes ses formes ou presque, la prostitution, le trafic de drogue, la pédophilie, la corruption, la violence au quotidien, l’insécurité chronique, l’alcoolisme, la vengeance primaire, le reclassement des combattants de la liberté et des mercenaires et, au final, les soubresauts d’une société qui se meurt et les convulsions d’une nation qui essaie de naître. Trop de choses peut-être pour un seul pays, trop de choses certainement pour une seule intrigue qui étreint mal à vouloir trop embrasser. Cette grande aventure, qui pourrait être celle d’une société multiethnique qui émerge en Afrique du Sud, est un peu longue pour une seule lecture, l’intrigue et les personnages prennent beaucoup de temps à se mettre en place et le lecteur se lasse des digressions et autres considérations qui ne sont souvent que des truismes largement véhiculés ailleurs. Toutefois, le processus narratif utilisé, qui fait alterner des paragraphes ou des chapitres courts, passant sans transition d’une intrigue à l’autre, donne un certain rythme au récit mais pas suffisamment pour faire oublier les longueurs de la première moitié du livre.

Ce roman reprend aussi l’éternel discours sur la faute, la culpabilité, le châtiment, voire l’auto punition, et le pardon. Quant à la rédemption, peut-elle être envisagée dans un tel contexte où les institutions sont encore bien fragiles, face à des violences qu’il faut pardonner, des injustices qu’il faut réparer, des frustrations qu’il faut oublier, ce qui fut et qui ne devrait plus être ? Ce roman un peu gros, certainement un peu bavard, témoigne néanmoins de la naissance dans la douleur d’une nouvelle société, avec une justice à plusieurs vitesses et trop souvent pratiquée individuellement. Si bien que, lorsque la vengeance devient justice, la partie est encore loin d’être gagnée.

 

Une saison au Paradis – Breyten Breytenbach (1939 - ….)

Lors d’un séjour en France, Breyten Breytenbach a connu une jeune Vietnamienne qu’il a  épousée, tombant ainsi sous le coup des lois de son pays qui interdisent le mariage des blancs avec des non-blancs. Condamné à l’exil, il prend la nationalité française mais peut bénéficier de son succès littéraire pour obtenir l’autorisation d’effectuer, avec son épouse, un voyage dans son pays natal. Au cours de son périple, il rédige ce livre composé de notes de voyage, de souvenirs d’enfance, de réflexions sur le régime, l’apartheid, la violence,… Un livre pour dire la beauté de son pays, la douleur de ne pouvoir y vivre et la stupidité et la cruauté d’un régime qui impose une séparation absolue des ethnies et divise ainsi la nation.

Le pleureur – Zakes Mda (1948 - ….)

Encore enfant, un jeune noir a émigré vers la ville où il réside désormais, transportant son patrimoine dans un chariot de supermarché, de la menue monnaie qu’il récupère lors des enterrements où il pleure les morts dans un cimetière. Un jour de Noël, une jeune mère particulièrement éplorée inhume son enfant et le jeune homme reconnaît, dans cette mère affligée, la jeune fille de son village qui charmait son père le forgeron de la douceur de son chant. Ces deux êtres que rien ne semblait pouvoir rapprocher se retrouvent dans la misère et la douleur, initiant une  parodie de la vie des noirs en Afrique du Sud sous l’apartheid.

La malédiction de Kafka – Achmat Dangor (1948 - ….)

Après l’apartheid, Achmat Dangor, un métis descendant des esclaves malais importés en Afrique du Sud, évoque cette communauté méconnue qui a souffert elle aussi de la politique séparatiste que l’abolition de l’apartheid n’a pas totalement résolue. Omar, indien musulman, se « métamorphose » en Oscar, juif et blanc, attirant sur lui et son lignage la malédiction de Kafka, la malédiction de celui qui a cherché à se transformer pour échapper à ses origines. Un livre polyphonique où le récit mêle des mots musulmans, des mots afrikaans, comme pour construire un texte métis à l’image des protagonistes. Après l’ascension sociale d’Oscar, la malédiction s’acharne sur la famille à travers des femmes toutes puissantes, aux pouvoirs mystérieux, qui ensorcellent les hommes. Une façon d’écrire la difficulté de cette communauté à trouver une identité dans des origines complexes et mêlées.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour une prochaine étape littéraire  -

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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 09:11

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Né en 1919 à la Baule, Michel Ciry occupe une place particulière et unique dans l'univers artistique contemporain et échappe à toute tentative de classification réductrice.  Doté de tous les dons, la panoplie de ses talents est impressionnante. Peintre, il est aussi un graveur marquant de la seconde moitié du XXème siècle, un dessinateur magistral de même qu'un écrivain et un compositeur. Or ces facettes formelles ne sont en rien un signe de dispersion, car Michel Ciry approfondit depuis plus de soixante ans une pensée d'une étonnante cohérence, qui s’exprime dans l’univers des arts dont il a la maîtrise. Le sillon de sa pensée forme le fil d'ariane conduisant à la compréhension d'une œuvre totale, dense, qui ne cherche nullement à séduire. Une œuvre qui se mérite.

 

 

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Cet artiste a une conception de l'art bien éloignée de celle que le XXème siècle a largement admise. S'opposant farouchement à la théorie de l'art pour l'art, il justifie son rôle de créateur par le message spirituel qu'il se sent chargé de transmettre. Profondément croyant, Ciry s'est fait le serviteur de la foi qui l'anime. Combattant la stérilité d'un art dénué de spiritualité, il aspire à traduire dans son œuvre la richesse et la beauté de l'univers du Créateur, engagement chrétien autant qu'artistique et moral. D’où les obstacles qu’il a rencontrés de la part d’un public qui, trop souvent, n’a pas souhaité le comprendre. Animant d’une lumière insolite ses toiles et ses aquarelles, Ciry confère un caractère sacré à sa production et possède une maîtrise du dessin et un sens de la couleur peu communs.

  

« Il les met en pratique pour donner à ses portraits une authenticité de vie à la limite du surnaturel et à ses paysages ( campagne normande, Venise, Provence ) un réalisme qui transcende la nature »  - écrit de lui Jean-Louis Gauthier, tandis que François Mauriac, dont il a illustré plusieurs ouvrages, écrivait à son propos :

 

« Michel Ciry traverse son époque sans en subir la contagion. Il est demeuré fidèle au visage humain. Il n’est pas de portrait, de paysage, de nature morte dans son œuvre que la même présence n’anime sourdement et c’est ce qui la rend singulière dans ce monde où la mort de Dieu, proclamée par Nietzsche, condamne à l’abstrait, et qui ne hait peut-être la figure de l’homme, que parce qu’elle lui rappelle cette âme qu’il a perdue. » 

 

 

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                     L'hiver à Varengeville

 

 

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                                          L'incrédulité de Thomas

 

Graveur, il le sera très tôt et avec une précision et une perfection qui ont fait de lui l’un des plus grands. Musicien, il le sera ensuite à l’école de Nadia Boulanger et composera jusqu’en 1958 des œuvres musicales essentiellement religieuses, ainsi que des cycles de mélodies plus souvent interprétées à l’étranger qu’en France, malgré leurs évidentes qualités. Mais la peinture et le dessin entendent occuper la place essentielle, de même que l’écriture et, ne pouvant tout mener de front, Ciry va s’y consacrer en priorité et alterner gravures, toiles, aquarelles, en même temps qu’il poursuit l’élaboration de ses mémoires, rédigeant au fil des années les 25 tomes de son journal. C’est ainsi qu’il entraine le lecteur dans le monde entier et en fait le témoin de ses réflexions, de ses doutes et de ses convictions sur lesquelles il ne transigera jamais. L'auteur n'hésite jamais à pointer du doigt et de la plume les faux-semblants et les mensonges  d’une époque qu’il considère comme déclinante. En insatiable témoin, il sonde  les sujets les plus divers d’une plume élégante et mordante qui sait aussi bien louer que châtier, brossant de notre époque un saisissant tableau, chronique saint-simonienne du XXe siècle.

 

 

 

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Depuis plusieurs décades, Michel Ciry vit à Varengeville sur Mer, village normand pour lequel il a eu le coup de foudre et où il s’est installé dans une bergerie qu’il a transformée en une gentilhommière d’une admirable pureté architecturale, quittant les vanités de la capitale et ne se consacrant plus qu’à l’élaboration d’une œuvre exigeante. Depuis peu, un musée lui est consacré où un grand nombre de ses peintures, gravures et aquarelles sont exposés dans un cadre qui les met en valeur et rendent compte d’un parcours hors du commun et d’un talent qui ne peut être remis en cause. Pour moi, les portraits de Michel Ciry peuvent être comparés à ceux d'un Philippe de Champaigne par leur profondeur, l’émotion qu’ils suscitent, cette plongée dans le monde intérieur qu’ils proposent. Les visages qu’il peint dans leur humanité touchante et leur troublante vulnérabilité ne cessent d’interroger et de transmettre quelque chose de la clarté divine. L’artiste excelle également dans l’art de l’aquarelle d’où se dégage une force antique lorsqu’il saisit un paysage d’hiver, une terre brûlée par le soleil, le dépouillement d’une côte rocheuse ou le sublime graphisme d’un arbre à la fin de l’automne. Il reconnaît volontiers avoir été marqué par Turner, le père de l’aquarelle, et il y a dans ses lumières quelque chose du grand maître. Que ce soit dans ses toiles ou ses aquarelles, on sent de sa part un engagement total, et il est évident que rien ne reste à l’état d’ébauche. Ce grand travailleur, rarement satisfait, se plaît dans la difficulté, difficulté qu’il a rencontrée dès son plus jeune âge avec la gravure, véritable travail de tâcheron. Si son oeuvre est souvent tragique, elle n’en est pas moins baignée d’espérance avec, dans son tracé, l'empreinte de l'éternité. 

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Adresse du Musée Michel Ciry : 6 Bis rue Marguerite ROLLE  76119 VARENGEVILLE sur MER

 

Pour consulter le site Michel CIRY, cliquer  ICI

 

 

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Le Christ rompant le pain et le retour de l'enfant prodigue
Le Christ rompant le pain et le retour de l'enfant prodigue

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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

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