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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 09:50

 trouville plage (WinCE)

 

Trouville, contrairement à Deauville, a eu l’avantage d’être découverte, non par des financiers et des promoteurs, mais par des artistes. En ce coin privilégié du littoral, ils se sont toujours sentis chez eux ; ce, depuis le temps où la mère Ozerais accueillait Alexandre Dumas. A sa suite, d’autres artistes s’y sont installés, y ont résidé, peint, écrit, tourné des films, photographié, construit. Autre avantage, qui n’est pas l’un des moindres, Trouville a su grandir sans se défigurer. Cela grâce aux personnalités éclairées qui se sont succédées pour lui donner le visage qu’elle a aujourd’hui : Couyère l’artisan des premiers travaux d’infrastructure, le comte d’Hautpoul, le baron Clary et, à partir de 1935, le bienfaiteur de la ville, dont le quai porte le nom, Fernand Moureaux. Quant au nom de Trouville, d’où provient-il ? Sans doute d’un toponyme hybride, mi-roman, mi-scandinave. Le trou ou Thörulfr dériverait du nom du possesseur du lieu,  à l’origine un Viking prénommé Turold, l’un de ces nombreux et fameux navigateurs qui descendirent des brumes de Norvège ou du Danemark à bord de leurs drakkars et surent faire souche en épousant des jeunes filles du cru, nous donnant l’exemple d’une assimilation parfaitement réussie.

 

A une heure du matin, le samedi 4 janvier 1549, le sire de Gouberville quitta Honfleur avec chevaux et valet. Il partait en pleine nuit pour «avoir la grève », c’est-à-dire profiter de la marée basse pour atteindre Trouville au passage de la Touques. Dans l’ombre nocturne, les cavaliers avaient à éviter les moulières et roches noires, mais le chemin était plus aisé, plus court que les mauvaises routes de l’époque. Il s’agit bien de Trouville où le bac et ses passeurs étaient utilisés lorsque l’heure tardive et le flot, grossi par la marée montante, incitaient à la prudence. Mais le jour, on n’était point contraint à cela. Les cavaliers passaient la rivière à gué et les piétons utilisaient la barque de traversée. A marée haute, un bateau passager de plus grande taille embarquait les uns et les autres.

 

Aux alentours de 1600, Trouville était déjà un havre, c’est-à-dire un abri, un refuge pour les navires. En 1599, Robert Esnault d’Hennequeville arme un bâtiment pour aller s’approvisionner en sel jusqu’aux rivages de Galice et il n’est pas rare que d’autres armateurs envisagent des courses jusqu’en Ecosse, au Portugal, au Pays-Bas et à Terre-Neuve. A Trouville, en ces temps anciens, on pouvait être à la fois cultivateur, propriétaire de saline, maître et bourgeois de navire. Au XIXe siècle, Flaubert parlera d’une falaise surplombant des bateaux. Avant d’être reine des plages, Trouville fut d’abord et avant tout …un port. Quand la population commença de s’accroître à la fin de l’ancien régime, le village initial, aux masures couvertes de chaume, était devenu trop étroit au pied du vallon de Callenville. Désormais les demeures ne cesseront plus de gagner sur la dune et d’occuper les étendues sableuses de la péninsule de la Cahotte. C’est ainsi qu’un certain Pierre Grégoire Ozerais fait l’acquisition d’une portion de terrain en herbe le 17 mai 1783 pour y construire une maison, qui deviendra peu de temps après l’auberge du Bras d’or, tandis que la bourgade de pêcheurs poursuit tranquillement son développement. La construction navale prospère et le quai ne sert plus seulement à l’accostage des barques de pêche, mais au déchargement des navires marchands.


Mais voilà que par une journée de l’été 1825 arrive d’Honfleur, à marée basse, par le chemin de grève, un peintre de 19 ans qui va poser son chevalet et planter son parasol sur les bords de la Touques. Il s’appelle Charles Mozin et il est tellement séduit par le paysage qu’il décide de résider là un moment et prend pension à l’auberge du Bras d’or. Bien que celle-ci ne soit pas particulièrement confortable, le lieu l’enchante et le jeune peintre ne se lasse pas de dessiner Trouville sous toutes ses facettes : ses collines verdoyantes, ses pêcheuses sur la plage, ses barques dans la tempête, son estuaire au flux ou au jusant et, par-dessus tout, les ciels qui varient de couleur et d’intensité à chaque heure. Mozin vient de lancer Trouville sans le savoir. Il est bientôt rejoint chez la mère Ozerais par Eugène Isabey, Paul Huet, Alexandre Decamps et Alexandre Dumas. Si bien que le monde élégant n’a plus qu’à suivre, après qu’il y ait été encouragé par les descriptions de Dumas et les toiles de Mozin.

Une des premières personnalités à acquérir une demeure sera la comtesse de Boigne, célèbre mémorialiste, qui achète en mars 1850 quarante ares d’une propriété qui faisait autrefois partie du presbytère de l’église Saint Jean-Baptiste, acquise par un cultivateur lors de la vente des biens du clergé. Elle et son ami le duc Pasquier, ancien conseiller d’état et préfet de police de Paris, membre de l’Académie française, seront les personnalités influentes qui contribueront à la prospérité de la région.

 

Le 1er juillet 1847 a lieu l’ouverture du nouveau Salon des bains de mer sur un terrain ayant appartenu au docteur Olliffe, ce même docteur qui avait incité le frère de l’empereur, le duc de Morny, à s’intéresser aux étendues marécageuses qui se déployaient à perte de vue de l’autre côté de la Touques… Mais pour lors, Deauville n’existe pas et Trouville brille déjà de tous ses feux. Les bains de mer sont à la mode,  la petite ville ayant pris le relais de Dieppe lancé par la duchesse de Berry. En 1845, le comte d’Hautpoul est élu maire. Il est le fils du général d’Hautpoul, tué à la bataille d’Eylau et de la princesse de Wagram, fille du maréchal Berthier. C’est lui qui  va marquer le paysage architectural de la ville, alors que son épouse s’emploiera à des tâches charitables. Tandis que le comte termine les travaux de l’église Notre-Dame des Victoires, offrant sur sa cassette personnelle le maître-autel, l’une des cloches et la décoration picturale, la comtesse Caroline inaugure des orphelinats et des maisons ouvrières. A ce moment, Trouville a doublé sa population qui s’élève au respectable chiffre de 3.504 habitants. Aux aristocrates du début, qui ont bâti les premières grandes villas, ainsi la villa persane de la princesse de Sagan, celles de Monsieur de la Trémouille ou de la marquise de Montebello ou encore de Gallifet, s’ajouteront, à partir de 1860, la villa de Formeville, celle du docteur Olliffe, voisine de la villa de Monsieur Leroy d’Etiolle, tant et si bien que le modeste petit port est devenu un lieu de villégiature recherché par des estivants tout autant épris de sport et de grand air que de confort et de mondanités.

Les activités sportives constituent, en effet, un élément majeur de la vie balnéaire qui se doit d’être une fête permanente. Aux bains de mer, appréciés pour leurs vertus thérapeutiques et aux courses de chevaux pratiquées dans une région qui a la réputation d’être le paradis de ce noble animal, s’ajoute la plaisance qui séduit une clientèle de plus en plus large. C’est à Trouville qu’est créée la Coupe de France en 1891 et en 1906 les épreuves de régates dureront deux jours et seront remportées par une équipe allemande. Trouville aura aussi son vélodrome et, en 1893, le premier Paris-Trouville sera patronné par le Journal et ouvert aux vélopédistes comme aux tandémistes. Comment s’ennuyer à Trouville dont la municipalité met sur pied une fête des fleurs avec un défilé de 300 voitures, des tournois de lutte, un championnat international de catch ? Enfin il y a le casino qui a été complété par une salle de spectacle, si bien que cette fin du XIXe voit la cité au faîte de sa renommée.

 

C’est l’époque des artistes et des peintres et Dieu sait qu’ils seront nombreux à apprécier ce village de pêcheurs qui avait tant séduit Mozin, du temps où il était inconnu, mais qui ne leur déplait pas aujourd’hui qu’il a été rattrapé par le succès. Dans les rues montantes couronnant sa colline, sur la plage ou la jetée, on croise Boudin, Courbet, Whistler, Monet, Corot, Bonnard, Charles Pecrus, Degas, Helleu, Dufy, Marquet, Dubourg, pour ne citer que les plus prestigieux. Davantage que le pittoresque, c’est la qualité de la lumière qui fascine, le duo subtil de l’eau et du ciel, les masses de couleurs distribuées par l’ocre des sables et les toilettes des femmes, les jeux d’ombres perpétrés par les parasols et les ombrelles qui deviendront emblématiques de l’impressionnisme. Tous essaieront de rendre sensible les vibrations de la lumière, les glacis fluides qui l’accompagnent et cet aspect  porcelainé dont parlait Boudin. Sans doute doivent-ils à cette atmosphère quelques-unes de leurs plus belles toiles. Mais les peintres ne sont pas les seuls à être subjugués par la beauté des lieux : les écrivains ne sont pas en reste. Au manoir de la Cour Brûlée d’abord, ensuite dans celui des Mûriers qu’elle fera construire, Madame Straus, veuve du compositeur Bizet, transporte et prolonge, à la saison estivale, son salon parisien. Après Flaubert, qui était tombé amoureux à Trouville de la belle Madame Schlésinger : "Chaque matin, j’allais la voir se baigner. Je la contemplais de loin sous l’eau ; j’enviais la vague molle et paisible qui battait ses flancs et couvrait d’écume sa poitrine haletante ; je voyais le contour de ses membres sous les vêtements mouillés qui la couvraient. Et puis, quand elle passait près de moi, j’entendais l’eau tomber de ses habits" - écrira-t-il de celle qui lui inspira le personnage central de son roman   « L’éducation sentimentale » - après Alexandre Dumas qui appréciait à Trouville sa belle chambre à l’hôtel du Bras d’or et les repas copieux qu’on lui servait pour un prix dérisoire, apparaît, comme le familier du salon de Geneviève Straus, Marcel Proust. Certes, il avait déjà séjourné avec sa mère à l’hôtel des Roches-Noires, mais ce seront les vacances passées auprès de ses amis Straus et Finaly qui lui laisseront le souvenir le plus prégnant.  Il y retrouvera ses camarades du lycée Condorcet, Jacques Bizet, Jacques Baignières, Fernand Gregh, Louis de la Salle, et se plaira à être l’un des habitués de ce cercle «Verdurin-sur-mer». Le soir, on s’attardait à bavarder sous les tonnelles où couraient les ampélopsis et les chèvrefeuilles, tandis que Mme Straus, bien campée sur son  trône en rotin, bavardait avec Edgar Degas et Anna de Noailles, Guy de Maupassant et Abel Hermant, Léon Delafosse et Charles Haas.

Le train à voie étroite ramenait chaque été son lot de villégiaturistes. Les passagers descendaient enveloppés dans des pelisses, les femmes dissimulées sous des voilettes qui les protégeaient des escarbilles. Les calèches attendaient devant la gare, inaugurée en 1863, trois ans après le pont de la Touques et qui, dorénavant, reliait Trouville à Deauville, sa cadette. Après-midi embaumés sous les vérandas, siestes rêveuses derrière les jalousies, promenades dans les sentes qui longeaient la mer, d’où l’on respirait le parfum mêlé de feuillées, de lait et de sel marin. «  Nous étions sortis d’un petit bois et avions suivi un lacis de chemins assez fréquentés dans la campagne qui domine Trouville et les chemins creux qui séparent les champs peuplés de pommiers chargés de fruits, bordés de haies qui laissent parfois apercevoir la mer, (…) le plus admirable pays que l’on puisse voir dans la campagne la plus belle avec des vues de mer idéales ».  (Marcel Proust - Lettre à Louise de Mornand - 1905 )

 

Quant à Deauville, elle commençait de s’émanciper et la période 1910-1912 sera décisive pour les stations des deux rives de la Touques. Trouville n’était plus la seule à capter l‘attention ; il fallait compter avec Deauville. La lutte fut d’autant plus rude que s’y mêlèrent politique, lutte des classes et rivalités de personnes. Ce fut entre autre la guerre des casinos. Les joueurs et les milieux mondains s’amusaient à parier sur l’un ou sur l’autre, selon la montée ou la baisse de leurs actions…Mais bientôt la mise fut remportée par le magicien de la nuit Eugène Cornuché qui entraîna les initiés dans le somptueux établissement qu’il inaugurait à Deauville. Les Trouvillais n’avaient plus que leurs larmes pour pleurer ; mais voilà que des nuages s’accumulaient à l’horizon et que le tocsin s’apprêtait à retentir dans toutes les églises de France : la déclaration de guerre, cette guerre née de la compétition des grandes puissances européennes, eut lieu durant l’été 14, si bien que les casinos rivaux se virent réquisitionnés comme « hôpitaux complémentaires » et  les joueurs relégués à d’autres tâches.

 

Lorsqu’au début de 1916 les blessés furent transférés à la caserne Hamelin de Caen, les casinos furent rendus à la vie civile et, dès septembre 1916, certaines personnalités politiques et mondaines s’activèrent pour redonner vie au vieux casino-salon dans le but de ramener une partie de la haute société. Le 13 juillet 1917 au soir, la salle était comble et l’édifice cerné de lumière et, bien que la guerre perdura, les festivités avaient repris dans les deux stations. En 1922, Cornuché,  qui avait fait la gloire du casino de Deauville, reprenait pied à Trouville. L’empereur des jeux mettait un terme à la compétition des deux casinos en les gérant l’un et l’autre et en faisant en sorte de les rendre complémentaires. Mais une station comme Trouville pouvait-elle se contenter du seul produit des jeux ? Certes non !  Par chance, deux hommes se proposaient de se consacrer à sa modernisation et à son embellissement ; un maire Fernand Moreaux ( 1863-1956 ) et un architecte Maurice Vincent. Moureaux écrivait ceci : «  Avec sa plage et son décor de verdure, notre cité devrait être une station estivale de premier ordre. Si cette ville était dirigée par des hommes, artistes de goût, vous verriez un joyau de prix inestimable et rare ». Le prix, il le paiera souvent de ses deniers, en mécène éclairé et d’une folle générosité, qui ambitionnait de redonner au petit port, découvert par Mozin, fréquenté par Musset, Hugo, Flaubert, Gounod, Thérèse de Lisieux, son caractère et son charme, tout en l'actualisant, car il faut bien vivre avec son temps ; cela, sans omettre de renchérir sur son pittoresque. Ainsi vont s’élever sur les quais rénovés et d’après les plans de Maurice Vincent, la nouvelle poissonnerie avec criée et se réaliser la normandisation des maisons qui bordent la Touques. En 1935 sort également de terre l’établissement des Bains de mer, la piscine bleue. La reine des plages entend se rendre plus conviviale et y réussit, puisque arrivent, par cars entiers ou trains surprises, les nouveaux vacanciers, impatients de bénéficier de l'air vivifiant du littoral. Il est vrai que la population balnéaire a changé : celle du XIXe siècle était relativement homogène, constituée principalement par l’aristocratie, les propriétaires et rentiers. Au début du XXe, et surtout après la guerre de 14, la noblesse s’est appauvrie et elle est peu à peu remplacée par des hommes d’affaires, banquiers, industriels, directeurs de journaux, clientèle plus active et mobile. Ainsi le brassage amorcé à la Belle Epoque trouve-t-il son plein épanouissement. Cela a un coût : l’obligation de s’adapter aux exigences de ces nouveaux estivants en agrandissant et en réhabilitant le capital hôtelier. Trouville possède bien deux hôtels de classe internationale, celui des Roches-Noires, peint par Monet, où Proust a séjourné, et l’hôtel de Paris, mais ce potentiel est insuffisant ; aussi vers 1910 inaugure-t-elle le Trouville-Palace qui réunit les caractéristiques du palace moderne : façade monumentale, larges fenêtres et chambres claires équipées de salles de bains.

 

C’est alors que la seconde guerre mondiale s’annonce et que Trouville  passe, sans transition, de l’heure des fêtes et des palaces, des bains de mer et des salles de jeux, à l’heure allemande. Le 19 juin 1940, dans une ville presque déserte, les premières troupes montent à l’assaut des rues comme une sombre marée et, durant quatre années, Trouville et ses habitants vont connaître la vie rude et austère des occupés. Officiers et sous-officiers  réquisitionnent immédiatement les hôtels, les villas, les immeubles, tandis que les avions anglais, qui tentent des raids, provoquent les tirs des batteries ennemies. En 1942, lorsque commence la construction du mur de l’Atlantique en vue de repousser un éventuel débarquement, barrages, blockhaus se dressent et les  ouvertures des villas et demeures du front de mer sont murées. Beaucoup de maisons seront évacuées et les habitants tenus à chercher asile ailleurs. En juillet 1943, les Allemands détruisent la jetée- promenade qui permettait l’accostage des bateaux à vapeur en provenance du Havre. En 44, les bombardements s’intensifient, entraînant des destructions importantes dans le patrimoine immobilier. Le 4 juin, on annonce que le débarquement est pour bientôt. Le 6 juin à 6 heures du matin, les Allemands font sauter les écluses du port de Deauville et un immeuble, rampe Notre-Dame à Trouville, est détruit parce qu’il gêne les tirs des canons installés à l’arrière, ce qui, du même coup, pulvérise les vitraux de l’église toute proche, là où la petite Thérèse se plaisait à aller prier lors de ses vacances trouvillaises. Le 21 août, c’est au tour du pont reliant Trouville à Deauville de sauter, causant de nombreux dégâts. Mais les alliés arrivent et le 24 août a lieu la libération. Les premiers à enjamber la Touques, sur les débris du pont, seront les combattants belges de la brigade Piron. Hélas, la semaine suivante, le Havre est écrasé sous les bombardements alliés. Comment oublier autant d’épreuves ? Cette guerre a laissé des traces durables; la Normandie a souffert plus qu’aucune autre région, les plaies seront longues à cicatriser. Le généreux maire Fernand Moureaux, l’haussmann trouvillais, président-fondateur de l’apéritif SUZE, avance sur ses fonds personnels ceux nécessaires à la destruction des blockhaus. Il ne faudra pas moins de douze années pour réparer les dommages immobiliers, déminer et redonner à la cité son cachet. Beaucoup de changements vont s’avérer inévitables : les grands hôtels seront reconvertis en appartements, un complexe nautique remplacera les bains bleus et la magnifique jetée-promenade ne verra pas aboutir, hélas ! les plans élaborés pour sa reconstruction.

 

Dès 1950, l’hôtel des Roches-Noires, après avoir servi d’hôpital militaire, devient une résidence privée où Marguerite Duras acquiert, en 1963, un appartement, ayant eu le coup de foudre pour ce village où tout le monde se connaît et dont elle disait qu’il possédait un charme très violent, immédiat. Le flux et reflux de la mer, qu’elle aimait à observer de ses fenêtres, lui rappelaient le mouvement des eaux dans l’Indochine de son enfance. L’écrivain avait avec elle une relation intime, viscérale, et avouait que lorsqu’elle quittait Trouville, elle perdait un peu de lumière. Elle y  séjournera souvent et y écrira "La vie matérielle", "L’été 80", "Yeux bleus, cheveux noirs" ; elle souhaitait d’ailleurs qu’on l’appelât Marguerite Duras de Trouville.

Il est vrai que les artistes n’ont jamais manqué à Trouville. A Flaubert, Maxime Du Camp, Maupassant, Proust succédèrent des écrivains comme Duras, Modiano, Louis Pauwels ou Jérôme Garcin ; à Boudin et Corot, des peintres comme Hambourg, l’humoriste Savignac, le photographe Lartigue ; à Yvette Guibert et Loïe Fuller, qui faisaient les beaux jours de L’Eden-Théâtre, des actrices et acteurs, tels qu’ Emmanuella Riva, Gérard Depardieu, Annie Girardot, Antoine de Caunes. Chacun a aimé ou aime à marcher, à la fin du jour, sur la plage livrée aux seuls oiseaux de mer où « dans cette atmosphère humide et douce s’épanouissent, le soir, en quelques instants, de ces bouquets célestes bleus et roses, qui sont incomparables et qui mettent des heures à se faner ». ( Marcel Proust - La Recherche )  

Chacun y a ses habitudes : les fruits de mer aux Voiles ou aux Vapeurs pour les uns, les pâtisseries de Charlotte Corday pour les autres, les pulls en cachemire de la "Petite Jeannette" ou les vêtements marins du "Loup de mer", ou encore une nuit dans un 5 étoiles à l'hôtel des Cures Marines. De même que chacun a son trouville :  rues étroites et pentues, quartiers pittoresques pour y flâner,  lieux de solitude pour y rêver. Dans une ambiance bon enfant se mêlent les résidents, les pêcheurs, les saisonniers. Parce qu’on l’aime pour mille raisons, la France s’est émue lorsque sa célèbre halle aux poissons a brûlé à l’aube du 24 septembre 2006. Les messages de sympathie et les dons affluèrent en si grand nombre que la municipalité a réagi avec une louable promptitude. Cette halle a été reconstruite à l’identique pour que le visage de Trouville, si familier et apprécié, ne soit pas défiguré et que l’œuvre de Maurice Vincent, Halley et Davy retrouve sa splendeur passée, ainsi qu’il convient à un édifice inscrit à l’inventaire des monuments historiques. Le destin de Trouville ne s’est-il pas inscrit dans la durée ?

 

 

 Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 

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Trouville, le havre des artistes
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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 09:44

Seoul_Gyeongbokgung_01.jpg  Séoul

 

 

Lire entre Pyongyang et Séoul

Après une longue traversée de l’immensité chinoise, nous rejoignons la Corée et, à dessein, conservons le singulier car il n’y a aucune raison valable d'évoquer deux Corée, en littérature du moins. Il serait tellement dommage de chercher des lignes de fracture dans cette littérature tellement riche qui puise désormais abondamment dans l’immense souffrance que ce pays a connue et connait encore, au nord. La souffrance n’est ni du sud, ni du nord, elle est pour les pauvres Coréens qui ont subi l’invasion japonaise, les dictateurs, aussi fous au sud qu’au nord. Si Hwang Sun-Won évoque les malheurs des paysans du nord lors de la réforme agraire, Hwang So-Yong, lui, nous parlera des malheurs des pauvres étudiants et ouvriers qui voulaient lutter contre la dictature au sud. Et, comme si la misère n’était suffisante en Corée, Chang Rae-Lee est allé en chercher un supplément sur les champs de bataille du Sud-est asiatique avec les Coréens de la diaspora émigrés aux Etats-Unis. Pour visiter ces différentes faces de la littérature coréenne, nous voyagerons avec Kim Won-Il comme Monsieur Lee voyage dans le roman de cet auteur.

 

Le voyage de Monsieur Lee

Kim Won Il (1942 - ….)

Quand Monsieur Lee rencontre Choi, c’est Ouranos qui rencontre Chthonos, le nomade qui croise le sédentaire, le yang qui se confronte au yin, l’activité qui s’oppose à la tranquillité. En effet, Lee, trop pauvre pour vivre dans son village, quitte son pays pour un périple qui le conduira de Mandchourie en Sibérie, puis en Chine, pour un long voyage, et enfin au Japon avant de revenir en Corée, à Ipam, où il se fixe définitivement auprès de la femme du bistrot. Ce périple, qui ne l’a point enrichi, lui a valu mille misères et mille aventures, la faim, le froid, la guerre, la mort des compagnons, la torture, l’errance, … avant de connaître un peu de repos auprès de la veuve qui l’a accueilli dans sa couche. Mais à présent, il sent son corps se décomposer et la mort rode dans ses nuits d’insomnie, alors il décide d’organiser sa postérité en choisissant le lieu de son tombeau avec le concours de son ami Choi, le géomancien qui n’a jamais quitté son village où, en bon fils aîné, il a cultivé la terre de ses ancêtres malgré son désir de voir le monde.

A travers la rencontre de ces deux personnages, Kim aborde le thème du sens de la vie et du bilan que l’on fait au moment de partir pour l’autre monde. Il explore les deux possibilités : une vie d’errance et de quête où le plaisir a plus de place que l’effort mais où la douleur et la souffrance ont, elles aussi, une place non négligeable, et une vie paisible de labeur et de dévotion sur la terre des ancêtres. Les deux solutions engendrent leur part de frustration et d’inquiétude et la rédemption n’est pas acquise à priori. Le passage dans le monde des morts fait aussi partie de la vie, « mourir, c’est seulement changer de façon de vivre », et il faut trouver le bon chemin vers un monde meilleur, mais quel est-il ? Celui de Bouddha ou celui de Jésus ou ni l’un ni l’autre ? Lee et Choi s’interrogent sur le sens de leur vie et sur l’avenir de leur âme à travers les expériences qu’ils ont vécues, les souffrances qu’ils ont endurées, les efforts qu’ils ont consentis, mais aussi les péchés et les fautes qu’ils ont commis.

Lee et Choi peuvent aussi être considérés comme le symbole de la Corée divisée en deux, le Sud - Lee, plus enclin à l’ouverture sur le monde et aux plaisirs malsains qu’on y rencontre et le Nord - Choi, solidement ancré et enfermé dans son territoire où il est incapable de faire vivre ses enfants. C’est l’histoire de toutes les souffrances subies par la Corée depuis les guerre d’indépendance et l’invasion, puis à nouveau la guerre et la partition qui a séparé les Coréens, comme la destinée qui éloigne ces deux êtres qui ne peuvent se quitter mais que tout oppose. 

 

Les sombres feux du passé - Chang-Rae Lee (1965 - ….)

Très belle lecture que ce livre de ce Coréen émigré aux Etats-Unis qui raconte l'histoire d'un autre Coréen qui s'est installé lui aussi en Amérique après la guerre de 1945, et qui a fait tout ce qu'il convient de faire pour s'intégrer dans sa nouvelle patrie et devenir un citoyen américain respectable. Mais tout dérape lorsque sa fille adoptive, qu'il  a sans doute mal élevée en la gâtant trop, quitte la maison pour rejoindre ses amis marginaux.

Hata, notre Coréen, perd peu à peu pied et détruit sa maison, symbole de sa réussite américaine et surtout symbole de son triomphe sur un passé qu'il avait tenté d'oublier mais qui le rattrape au moment où sa fille s'enfuit. Il se souvient du rôle qu'il a joué dans un hôpital militaire où des filles indigènes étaient offertes aux soldats envahisseurs.

Un livre sur l'émigration et l'insertion mais surtout sur la culpabilité et la rédemption.

Les descendants de Caïn - Hwang Sun-Won (1915 – 2000)

Né en Corée du nord, Hwang Sun-Won est l’une des figures majeures de la littérature coréenne, de même qu’il est l’un des témoins privilégiés des bouleversements sociaux et économiques qui ont affecté le pays au cours du siècle dernier. Dans ce roman, il raconte la vie d’un jeune propriétaire qui hésite à fuir vers le sud car il est follement épris de la fille de son intendant, mais il ne sait pas faire face à cet amour ni comment approcher la belle.

C’est aussi l’histoire de la Corée du nord qui bascule dans le stalinisme et de la réforme agraire qui risque de poser bien des problèmes à ce jeune propriétaire. Un document très intéressant sur les vicissitudes qui ont accompagné ce changement politique et sur la fracture qui partage ce pays de plus en plus largement. Une très belle lecture.

Le vieux jardin - Hwang Sok-Yong (1943 - ….)

Après dix-huit ans de détention, un opposant au régime dictatorial en Corée du Sud recherche son dernier amour qui, hélas, est mort depuis un certain temps. Il se réfugie alors dans la maison de celle qu’il a aimée et lit les lettres et documents qu’elle lui a laissés. Ainsi, revit-il  les années de lutte, les années qu’il a passées avec elle et le parcours de cette femme quand elle était jeune encore et s’était engagée dans l’opposition active au régime. Ce récit entremêle leurs deux destins et, notamment, son séjour en prison qu’il décrit par le menu jusqu’à en faire un véritable manuel du parfait petit détenu.

Un beau livre qui plonge au cœur de l’âme humaine, conduit aux limites de la vie et navigue de la tendresse la plus douce à la cruauté la plus sévère.

Denis BILLAMBOZ  -  exceptionnellement, en raison des fêtes,  mes articles de cette semaine et de la semaine prochaine sont publiés un mercredi au lieu d'un lundi, alors à mercredi prochain pour la suite de notre périple littéraire  -

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Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

 

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 09:38

 

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Nous en rêvions depuis longtemps. S’envoler un jour vers ces îles lointaines qui semblent posées sur l’océan et serties comme des perles précieuses dans l’anneau émeraude des lagons, connaître la couleur du Pacifique, le parfum des fleurs de tiaré avec leurs corolles blanches et cireuses, celles du jasmin, de l’ylang-ylang et du frangipanier que les navigateurs d’autrefois respiraient avant même de discerner les contours des îles, comme une fragrance envoûtante. Puis, découvrir, ainsi qu’ils le faisaient, les paysages somptueux avec Mooréa au premier plan, Tahiti au fond, le bleu dur de la mer, le liserai d’écume qui ourle le littoral, surplombé par la masse sombre des montagnes, auxquelles s’accrochent les nuages, avant d’entrer en contact avec une population dont la légende veut qu’elle soit d’origine améridienne, arrivée en Polynésie à bord de ses pirogues depuis les rives sud-américaines, il y a de cela plusieurs millénaires. Aujourd’hui, il semble plus probable que cette population soit austronésienne, les Océaniens poursuivant leur lente avancée dans le Pacifique plus d’un millier d’années avant J.C. Excellents navigateurs, ils connaissaient déjà les ciels nocturnes et leurs moindres constellations et le langage de la houle et des vents. En un millénaire, ils s’implantèrent dans la Polynésie centrale et orientale, des îles Cook et de la Société à Hawaï et à l’île de Pâques. Oui, nous désirions connaître cela et, pour y parvenir, nous n’avons pas hésité à casser notre tirelire, d’autant plus que le franc pacifique, en cette année 1984, était le double du franc métropole. Aussi le voyage se ferait-il dans des hôtels ou pensions de famille au coût raisonnable, avec un seul repas par jour et les caboteurs chargés du courrier et du ravitaillement comme moyen de transport entre les îles, à l’exception de Bora-Bora, trop éloignée de Tahiti et, pour laquelle, nous serions tenus de prendre l’avion.

 

C’est un 21 juillet que nous avons décollé de Roissy pour Los Angeles dans un boeing 747. Douze heures de vol par le sud du Groenland, la baie d’Hudson et une partie des Etats-Unis, avec l’immensité des champs de céréales découpant géographiquement le sol en plaques de couleur. A Los Angeles, escale de 4 heures, ce qui paraît long en pleine nuit et ré-embarquement sur un DC 10 pour Papeete. Lorsque nous descendons de l’avion à Faa, je suis pieds nus, tant mes chevilles ont gonflé durant ces 22 heures de voyage. Le parcours en car depuis l’aéroport jusqu’à notre modeste hôtel, en pleine nuit, ne nous laissera aucun souvenir. Il faudra attendre le lever du soleil pour que nous découvrions les premiers paysages et au loin l’île de Mooréa se découpant dans la brume nacrée de l’aube. Pas question de dormir. Nous ne voulons pas passer au lit notre première matinée polynésienne. Une douche effacera les fatigues de ce long voyage. Le petit déjeuner avalé, nous nous enquérons d’une plage pour aller prendre notre premier bain dans le Pacifique. Mais les Maoris ne sont guère loquaces. Un battement de cil très fiu vous tiendra lieu d’explication. Comme il n’y a pas de truck le dimanche, nous voilà partis à pied vers une hypothétique plage que nous imaginons immaculément blanche. Mais il y a peu de belles plages à Tahiti, île volcanique. Par chance, nous sommes logés au sud de Papeete, non loin de Punaania qui est l’une des plus belles, frangée de bois de fer et de cocotiers. Ce premier bain dans le Pacifique n’en est pas moins décevant. Si la plage est sublime, la baignade est rendue difficile par l’abondance des coraux qui abondent jusqu’aux abords du sable.

 

Le réseau routier tahitien est limité au littoral, car l’intérieur des terres est occupé par le relief montagneux qui aligne ses flancs escarpés couverts d’une abondante végétation de pandanus, de bancouliers et de purau et que zèbrent une profusion de cascades. De là-haut les vues sont superbes mais difficilement accessibles, sinon à dos de mulet ou en 4x4 et cela coûte cher. Nous en seront réduits à quelques excursions pédestres, épuisantes par la chaleur, mais toujours récompensées par des points de vue d’une étonnante beauté.

 

C’est non loin de Punaania que Gauguin vécut de 1897 à 1901 et produisit une soixantaine de toiles dont  D’où venons-nous qui se trouve au musée de Boston. Dans les scènes familières, qu’il a croquées, comme  La siesteLe silence, Le repos, l’artiste a su saisir les essences parfumées de l’île, les survivances des croyances ancestrales et l’insouciance lasse des femmes aux postures alanguies. Il est amusant de souligner que presque toutes les jeunes filles du coin disent descendre du peintre, leur grand-mère ayant été son modèle et son amante. Alors Dieu sait qu’il a dû en avoir !

 

Mais Tahiti ne parviendra pas à nous captiver, peut-être par son absence de chaleur humaine et les barrières infranchissables qui existent entre les diverses communautés : les Maoris, les Chinois et les Européens vivant les uns à côté des autres sans parvenir à dialoguer. Il n’y a qu’au marché de Papeete, le matin de bonne heure, que l’on est gentiment apostrophé par la gouaille des matrones qui vendent des chapeaux, des paréos, des fleurs, des multitudes de fruits et légumes, sans oublier les poissons aux écailles argentées. Il y a là une atmosphère bon enfant inoubliable, un parfum de vanille, des couleurs étincelantes et un petit quelque chose qui vous donne soudain l’impression d’être un peu moins loin de la mère patrie.

 

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                                                                Mooréa

 

Il faudra attendre Mooréa pour que nous ressentions le premier choc, lorsque le bateau, après un long travelling le long des côtes, approche de la merveilleuse baie de Cook ( Pao Pao ), d’une beauté à couper le souffle. Elle se détache majestueuse avec ses pitons rocheux comme d’altières sentinelles, dominant l’arc parfait d’une anse ceinturée de cocotiers d’un vert profond, rehaussée par l’intense indigo du la mer. Nous débarquons à Vaiare et retrouvons d’un coup le charme d’un univers paisible où défilent, dans le désordre, les plages d’or, les villages blottis à l’ombre des manguiers et des filaos, les églises coquettes, les taches vert-de-gris que font les plantations d’ananas ou celles plus sombres des forêts de calfata, heureusement égayées par les toits rouges des farés, qui jettent leur éclat sur la fastueuse déclinaison des verts polynésiens. Mooréa, en 1984, était un véritable paradis, à l’abri du tourisme de masse et des laideurs commerciales et industrielles, dont le rythme de vie s’avérait lent et la population plus hospitalière. Ici, nous allons beaucoup marcher, afin de découvrir les coins propices à goûter la vie polynésienne dans ce qu’elle a de plus authentique. Empruntant les sentiers, nous aimions à accéder aux belvédères et apercevoir les baies se profilant dans de larges échancrures marines, contempler la montagne transpercée par la flèche de Pai ( Mont Mauaputa ), parcourir des lieux humanisés par les cultures soignées des vanilliers ou assister aux sorties des messes du dimanche lorsque les paroissiens s’échangent des nouvelles et des salutations et que les vaches se prélassent insouciantes dans les rues. Au loin, des pirogues dessinent leurs sillages blancs sur l’eau étale, tandis que l’air saturé du parfum enivrant de la fleur de tiaré vient à vous dans un souffle tiède et que quelques cumulus s’attardent à auréoler les sommets.

 

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                                                                                       BORA-BORA

 

Mais ce qui nous attend sera plus beau encore, s’il est possible, arrivé à ce degré, d’ajouter un superlatif au superlatif. Car l’île mythique par excellence, le havre de paix, la nature même du rêve dans sa perfection quasi indépassable, est sans aucun doute l’île de Bora-Bora. Il suffit de la survoler pour que les mots chargés de la décrire deviennent subitement impuissants. Oui, comment dépeindre cette merveille sortie des entrailles océanes et que l’on survole ébahi, avec l’impression d’apercevoir un territoire perdu dans l’immensité de l’océan, île nue comme devait l’être Vénus sortant de l’onde, paradis mis à l’abri  par un dieu protecteur, comme un saphir étincelant.

  

Après l’avoir découverte d’avion, nous en ferons le tour à bicyclette, puis en pirogue, afin d’aller donner à manger aux requins dans les passes qui séparent les lagons de la mer et irons même passer une journée entière sur un motu, mais comme le paradis n’existe pas, nous y serons dévorés par les no-no, minuscules moustiques blancs très friands de chair humaine. A l’époque où nous y séjournions, Paul-Emile Victor résidait encore dans le sien, le motu Tane, avec sa femme et son fils, et les touristes étaient peu nombreux, surtout en juillet, qui est la basse-saison ( hiver ) en Polynésie. Aussi aucune affluence à déplorer et partout une tranquillité débonnaire qui nous sied à merveille. La seule chose, que nous redoutions, était de recevoir sur la tête une noix de coco, car toutes les routes de Bora-Bora sont ombragées de cocotiers, arbre emblématique par excellence. Ils sont tellement chez eux ici qu’ils parviennent à monter à l’assaut du Mt Pahia, festonnent les plages, ombrent les bungalows recouverts de pandanus et s’agitent, sous le moindre alizé, pareils aux longues chevelures des vahinés.
 

Vaitape, la capitale, semble sortir d’un conte de fée. On y entend sans cesse des rires, des chants, on surprend des couples en train de danser avec leurs couronnes de fleurs sur la tête, comme si la fête était l’occupation principale de cette population insouciante et enjouée. Sur la place du bourg ( car cette capitale n’est jamais qu’un délicieux petit bourg ), un ahu évoque le souvenir du navigateur solitaire Alain Gerbault qui aima tant et tant l’endroit qu’il demanda à y être enterré. Ce qui fut fait. A Bora-Bora, nous n’aurons manqué ni les danses villageoises, ni le repas des requins, ni la douceur languissante d’une journée sur un motu, ni la vision des poissons multicolores qui se déplacent par bancs et font miroiter l’eau à chacun de leur passage, ni les couchers de soleil solennels et somptueux comme des apothéoses, ni les veillées la nuit pour voir le ciel se peupler de milliers d’étoiles, au point de ne plus savoir où commence le ciel et où finit la terre et ce qui relève du rêve et ce qui requiert de la simple réalité.  IA ORANA.

 

Armelle BARGUILLET

 

Autres articles évoquant les îles :

 

Les Grenadines à la voile

 

Haïti, un destin singulier

 

Les îles ou le rêve toujours recommencé

 

Lettre océane - les Antilles à la voile

 

 

 

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 10:15

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Ton ombre est restée prisonnière des saules

dans la nuit musicale où les ténèbres parlent à mon oreille.

Le temps a mis en gerbes ses moissons

disjoint les pierres qui jaunissent au soleil.

Tout avait commencé, ainsi tout va finir,

le vent comme la pluie scelleront en nos mémoires de tragiques espoirs.

Nous saurons un matin nous éveiller ensemble,

sans rien attendre de l'empire des songes,

nous tisserons notre destin qui nous fera aigle ou colombe.

 
(...)

 

D'un élan, tu es autre, loin de la maison pieuse,

loin de la lampe qui cristallise les objets.

Victimes d'un long oubli,

nous demeurons égaux dans le sommeil,

nous devinons nos visages qu'un souffle disperse et efface.

Autrefois, tu éprouvas la plénitude des choses,

tu sus te souvenir de ce qui ne fut pas.

La tension abolit la distance,

la forêt prend mesure de l'arbre,

nos pas ajustent le chemin.

De part en part, se situent les terres où le visible nous condamne.

 

(...)

 

Quelle clarté nocturne s'est aventurée dans tes yeux,

alors que je te contemple, que l'ombre te redessine,

que peut-être je t'invente, que sans doute je te fais roi ?

Car nous régnerons, nous qui avons épousé la jeunesse de l'eau.

Nous régnerons dans l'immobile noyau de notre songe.

Probablement est-ce là que les choses cesseront d'être mortelles,

que l'éternité prendra feu, que ta royauté me fera reine.

 

(...)

 

Ici, nous avons cru la nuit définitive,

peuplée de grands ducs et de dames blanches.

Crois-moi si je te rappelle que l'enfance

a le goût des cerises et des pommes sures.

Crois-moi si je t'évoque le parc empli de mystères

où s'empannent les ailes des oiseaux nocturnes.

La demeure resplendit comme une châsse

au bout de la nef d'arbres centenaires,

un peuple de fantômes s'y ébat

à la lueur mourante des chandelles.

Entends le bruit de leurs bottines

qui claquent sur les dalles de marbre noir !

Non, nous ne pouvons plus vivre ici,

trop obsédante est l'attentive sollicitude des branches,

le frémissement des trembles alors que passe l'étranger.

Et puis, au large de la plaine, le ciel a la couleur de l'ambre.

 

(...)

 

Ne dis rien. Préservons ensemble le temps qui dort,

tenons à l'abri la songeuse espérance.

Au-dehors, laissons le bruit battre à la vitre,

l'horloge égrener son chant funèbre,

écoutons le râle de la mer et les vents venus d'ailleurs

nous bercer de la complainte des lointaines terres.

 

Regarde-moi, dans ce demi-jour ou cette demi-nuit

me chauffer au feu qui décline,

me taire pour te mieux entendre,

pour te mieux connaître me recueillir dans ton absence.

Tout en moi se fait l'écho de toi.

C'est une vibration intime qui s'exaspère,

un prolongement irrésistible ; de l'un à l'autre vers ce qui recule et s'espère.

 

Deviner ton pas quand tu viens,

quand tu pars le supporter qui s'éloigne,

à chaque instant te découvrir,

te rejoindre en chaque pensée,

dans l'aube qui se défroisse,

ô songeuse espérance,

ne point laisser place à l'angoisse.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE     ( Extraits de "Profil de la Nuit " )

 

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 09:14

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La naissance d’une nouvelle littérature chinoise

Lors de notre précédent périple en compagnie de Xu Xing, nous avons rencontré trois pères fondateurs, trois icônes de la littérature chinoise et, pour ce deuxième séjour que nous effectuerons, cette fois, avec Ye Zhaoyan pour guide, nous partirons à la rencontre de ces jeunes Chinois qui ont osé braver la tradition et le pouvoir afin d’imposer un nouveau ton, une nouvelle forme d’expression, des thèmes encore tabous il n’y a pas si longtemps dans leur quête irrépressible de la liberté. Notre première rencontre sera pour Hong Ying qui évoque les émeutes de la place Tienanmen et ce qui en a découlé au regard d'une jeune femme éprise de liberté. Nous prendrons ensuite plaisir à passer un moment avec la sulfureuse Weihui qui, à même pas vingt ans, a défrayé la chronique au-delà de la littérature, dans le monde entier, avec son premier roman. Et nous terminerons notre séjour avec Qiu Xiaolong qui, à travers un polar à la mode chinoise, cherche à solder l’époque Mao en réglant quelques vieux comptes personnels.

 

Nankin 1937, une histoire d’amour

Ye Zhaoyan (1957 - ….)

Le premier janvier 1937, Ding Wenyu assiste au mariage de la belle Yuyuan dont, au premier regard, il tombe follement amoureux, comme il est tombé éperdument amoureux de la sœur de cette dernière, dix-sept ans plus tôt. Wenyu est un quadragénaire original et fortuné qui a acquis une grande expérience des femmes  lors d’un long séjour en Europe et grâce à la fréquentation assidue de prostituées qu’il préfère à la femme froide et hautaine qu’il a épousée et qu’il n’aime pas. Il va alors courtiser sans vergogne et avec ténacité la jeune épouse au risque de se rendre ridicule et de la compromettre aux yeux de son mari qui, étonnamment, n’est pas inquiété par cette situation insolite et grotesque. Yuyuan rejette fermement le bouffon qui ose l’importuner de son amour compromettant, elle la femme mariée et tellement plus jeune que lui, mais son mari s’éloigne d’elle progressivement et tombe dans les filets d’une belle étudiante. La jeune épouse repoussée et isolée devient ainsi une proie de plus en plus facile à capturer pour le prédateur qui guette le meilleur moment de s'en saisir, d'autant que lui-même a répudié sa femme.

L’amour fou et inconditionnel de ce dandy chinois se heurte alors violemment à l’indifférence, puis au refus et enfin à la fierté de la jeune femme. Mais l’histoire de cet amour impossible va rapidement se confondre avec les événements se déroulant à Nankin au cours de cette année 1937 qui s’achève par la tragédie du 13 décembre que nous ne pourrons jamais oublier. Ainsi l’histoire de la Chine va-t-elle  conduire ces deux êtres sur un chemin qu’ils ne pensaient pas emprunter. Mais si les hommes proposent, l’Histoire dispose.

A travers ce récit, Ye nous propose avant tout un roman d’amour comme les Occidentaux en ont produit des quantités au cours des siècles précédents. Mais si son héros s'apparente à  un Julien Sorel veule et sans ambition, son roman, même s’il a la longueur des romans occidentaux, conserve la lenteur du récit chinois et devient vite un peu ennuyeux à lire. L’auteur s’efforce bien d’activer les tensions que comporte la tragédie qu’il a mise en scène, mais il jongle difficilement avec les sentiments et les émotions et il ne se meut pas avec suffisamment d'aisance dans le monde de la psychologie. Il a omis d'explorer le champ du romantisme, du lyrisme, de la sensibilité, de la tendresse et même de la haine pour donner vie à ses héros. Les protagonistes ressemblent davantage à des archétypes qu’à des êtres de chair et de sang confrontés à des émotions et des sentiments violents. Il semble que l’auteur n’ait pas su exprimer la dimension qu’il semblait avoir dans un autre roman, « La jeune maîtresse » et en tout cas il n’a pas la finesse, la puissance, la violence et la maîtrise dont fait preuve Weihui dans « Shanghai Baby » notamment.

Ce roman propose aussi une lecture de la Chine de 1937 qui ressemble quelque peu à la Chine d’aujourd’hui, où la réussite personnelle passe par l’argent mais aussi par l’honneur ancestral qu’il ne faut jamais bafouer. Et le héros apparaît en contrepoint de cette image avec toute sa faiblesse, ses défauts et ses vices, comme l’incarnation de l’humanité soumise à la chair et à ses plaisirs, prête à tout pour atteindre « l’inaccessible étoile » comme chantait Brel. Si bien que la clé de ce livre pourrait résider dans ces deux phrases : « Il comprit alors que les hommes ne sont jamais satisfaits. Un homme comblé n’est certainement plus un homme. »

 

L’été des trahisons - Ying Hong (1962 - ….)

Ying Hong appartient à cette génération d’auteurs qui a fait entrer la littérature chinoise dans l'ère moderne. Grâce à elle, le récit rompt avec les références aux traditions de la Chine éternelle. Cette nouvelle vague d’écrivains élude la traditionnelle nostalgie de l'Empire du milieu pour décrire une Chine moderne secouée par les spasmes de l'ouverture de son économie sur le monde extérieur.

Dans ce livre, Ying Hong campe un très beau personnage de femme qui affronte la répression policière sur la place Tienanmen en 1989 et s'efforce avec courage et volonté d'affirmer sa personnalité et sa féminité dans un monde qui est encore réservé aux hommes. On ressent très fort la violence que supporte cette jeune femme mais on éprouve aussi de la tendresse pour sa fragilité face à ces épreuves.

Shanghai baby - Weihui (1973 - ….)

En écrivant ce livre alors qu’elle n’avait même pas vingt ans, Weihui a jeté un véritable pavé dans la mare de la littérature chinoise qui avait encore certaines difficultés à sortir de son carcan ancestral malgré les efforts de nombreux jeunes auteurs. Elle ose la transgression avec le personnage d'une jeune fille qui a à peu près son âge et ne craint pas d’aimer deux hommes en même temps, le pauvre jeune paumé qui ne peut la satisfaire et le bel aryen puissant qui l’emmène au septième ciel. Un raccourci pour exprimer la Chine qui explose à la vitesse des lumières qui illuminent Shanghai, la ville de toutes les fortunes et infortunes, où la chandelle se brûle par les deux bouts, où tout va trop vite.

Le cri du cœur, l’appel de la chair d’une jeune chinoise née avec le boom économique de son pays, mais aussi de grandes pages de tendresse sur fond de triomphe économique, qui ne peuvent qu’émouvoir les lecteurs, j’en suis convaincu.

La danseuse de Mao – Qiu Xiaolong (1953 - ….)

A travers cette enquête de l’inspecteur principal Chen, Qiu habille Mao pour un bon bout de postérité. En effet, si le roman raconte comment ce brave inspecteur est chargé d’une enquête ultra secrète sur les agissements d’une belle mystérieusement enrichie, la vraie histoire semble bien se dérouler dans la vraie vie. La belle n’est autre que la petite-fille d’une star du cinéma des années cinquante qui eut le privilège de danser avec Mao avant de connaître les affres de la Révolution Culturelle et d’en mourir, comme le fera sa fille, la mère de la belle d’aujourd’hui qui laissait son enfant totalement démuni.

Tout au long de sa recherche, Chen, l’inspecteur poète, va tenter de faire revivre la Chine ancestrale avec sa littérature, sa poésie, sa peinture et sa gastronomie et essayer d’expliciter son enquête qui trempe ses racines dans la Révolution Culturelle, mais n’en dénonce pas moins la Chine nouvelle et moderne toute aussi perverse et superficielle, où les Gros-Sous ont remplacé les cadres du parti mais où les privilèges et les inégalités sociales sont encore plus criants.

Denis Billamnboz  -  à lundi prochain pour une prochaine étape de notre tour du monde littéraire  -

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Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 10:26

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Les romans, relatant l'épopée du roi Arthur et de ses chevaliers, sont à peu de choses près l'équivalent, pour le nord de l'Europe,  de ce que L'Illiade et l'Odyssée est pour la civilisation méditerranéenne, à la différence que ce trésor culturel tomba trop vite dans l'oubli et ne fut pas suffisamment diffusé hors des frontières de l'ancien monde Celte. Ils prennent forme dans la littérature au XIIe siècle et relatent l'histoire d'un chef Celtique qui, au Vème siècle, aurait mené la lutte contre les Saxons. Mais il n'est pas impossible non plus que Guillaume le Conquérant et la fameuse bataille d'Hastings ( 14 octobre 1066 ), où le Normand battit les armées de Harold II, n'aient inspiré les auteurs de ce cycle romanesque. Ces oeuvres sont à la fois imprégnées de civilisation médiévale, de féerie et de mythes celtiques. L'idéal profane et courtois de la chevalerie et l'idéal religieux et mystique le plus pur s'y côtoient sans cesse.

 

La cour du roi Arthur, coeur de toutes les actions, d'où partent et où s'achèvent les diverses aventures, apparaît comme le modèle de la société féodale. Il y règne un code de chevalerie rigoureux dont chacun est tenu d'apprendre et de respecter les droits et les devoirs. Il existe même un code délicat d'amour courtois, selon lequel le chevalier doit à sa dame ce que le vassal doit à son suzerain. C'est sur cette riche toile de fond que s'inscrivent les cérémonies, les tournois, les fêtes, les adoubements, les amours des preux chevaliers et de leurs damoiselles, au long de ce qu'il est convenu de nommer le cycle arthurien.

 

Proche de ce monde marqué par la violence des réalités guerrières et l'ardeur des passions humaines, un autre monde surnaturel s'ouvre aux personnages de cette suite de romans : la forêt de Brocéliande, royaume des fées et des magiciens. Les eaux profondes du lac de Diane abritent l'enfance de Lancelot et retentissent de l'écho de fêtes étranges. Les amants de Morgane - la maléfique - s'égarent dans le Val-Sans-Retour. Merlin l'enchanteur abandonne peu à peu ses pouvoirs à la fée Viviane et se laisse enfermer dans une prison d'air auprès de la fontaine de Barenton. Un sanglier imprenable entraîne la chasse royale dans une course éperdue depuis les étangs bleus de Paimpont jusqu'au Golfe du Morbihan.

 

Un autre thème se mêle aux précédents et lui confère une dimension mystique : il s'agit de la quête du Saint-Graal. Le Graal est la coupe précieuse qui servit à la célébration de la Cène et dans laquelle Joseph d'Arimathie recueillit le sang du Christ au soir de la Passion. La recherche du Graal est la plus haute aventure qui puisse s'offrir à la chevalerie du roi Arthur. C'est pour rassembler les chevaliers dignes de s'engager dans cette quête que Merlin instaure la Table Ronde, clair symbole d'égalité entre les Preux, puisque nul n'a préséance.

 

Aujourd'hui encore la forêt de Paimpont ( la Brocéliande légendaire ) ne compte pas moins de 8000 hectares de landes, taillis,  fougères,  pinèdes, égayés de nombreux étangs fleuris de nénuphars et festonnés de joncs. Le site le plus caractéristique est le Val-Sans-Retour, auquel on accède par des sentiers depuis le village de Tréhorenteuc. Des remparts et une porte fortifiée à demi enfouie sous la végétation sont les anciennes défenses du Château de Comper, hélas profondément remanié au XIXe, mais dont l'étang, qui se love à ses pieds, est selon la tradition celui où la fée Viviane recueillit le jeune Lancelot, fils de roi abandonné par sa mère, et l'éleva secrètement dans un palais de verre jusqu'à l'âge de dix-huit ans. Non loin, Le pont du Secret n'est autre que celui où Lancelot osa avouer son amour à la reine Guenièvre, épouse du roi Arthur. Mais le lieu peut-être le plus mythique est la fontaine de Barenton.

 

Bien qu'elle ne soit plus aujourd'hui qu'une maigre source au fond d'un bassin, on ne peut manquer d'évoquer les rendez-vous galants que la fée Viviane accordait en cet endroit à l'enchanteur Merlin. Ce dernier, dans sa naïveté d'amoureux, lui divulgua un jour ses secrets et se retrouva prisonnier d'un mur d'air qu'il ne put jamais franchir, symbole du génie dominé par la ruse. C'est également en ce lieu qu'apparut un cerf blanc au collier d'or, que se déroula le combat victorieux d'Yvain, un des Chevaliers de la Table Ronde contre le Chevalier noir, gardien de la fontaine et, ici encore, qu'Yvain offrit au roi Arthur et à ses six mille compagnons un repas pantagruélique qui dura trois mois.

 

 

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L'HISTOIRE

 

Au coeur de la forêt de Brocéliande, Merlin l'enchanteur s'éprend de la fée Viviane. En témoignage d'amour, il lui offre une fête magique. Alors qu'en son royaume de Vogres, Arthur procède à l'adoubement de jeunes chevaliers devant la cour rassemblée. Il rappelle à chacun ses devoirs dans l'ordre de la Chevalerie, tandis que Merlin leur prédit les plus hautes et nobles aventures. Fils du roi Bau de Bénoïc, Lancelot, enfant délaissé par sa mère, est élevé par la fée Viviane. Il grandit auprès d'elle au fond des eaux du lac de Diane, dans un palais de verre. Lorsqu'il atteint l'âge de 18 ans vient, pour lui, l'heure d'accomplir sa vie d'homme et de se séparer de celle qui l'a recueilli et protégé.

 

A la cour du roi Arthur, Saraïde, messagère de la fée Viviane, requiert du souverain qu'il arme Lancelot chevalier. Après son adoubement, celui-ci obtient de la reine  Guenièvre de pouvoir la servir. Les premiers élans d'un amour réciproque s'éveillent en eux.

 

Pour les Chevaliers du roi Arthur, le temps est venu de se consacrer à la quête du Saint-Graal. Seul le meilleur Chevalier du monde sera digne de retrouver la coupe qui servit à la Cène et recueillit le sang du Christ. Merlin réunit les Chevaliers autour d'une Table Ronde où nul n'a préséance. Les Preux font serment de vouer leur vie à la victoire du Bien sur le Mal.

 

Près de la fontaine de Barenton, en forêt de Brocéliande, Merlin dévoile à Viviane les secrets de ses pouvoirs. La fée tisse alors autour de lui les murs d'air d'une prison magique qui le retiendra à jamais. Désormais seule sa voix parviendra à la conscience du roi Arthur et de ses Chevaliers pour inspirer leurs actions.

 

Lancés sur les chemins hasardeux de la Quête du Graal, les Chevaliers de la Table Ronde s'égarent à de multiples reprises, victimes d'infortunes diverses en cette recherche spirituelle qui s'avère d'une exigence terrible et met leur courage et leur volonté à rude épreuve. Alors que Lancelot, plus chanceux,  s'illustre par de nombreuses prouesses. Saraïde le prévient contre la tentation d'orgueil et lui rappelle les devoirs qui incombent au meilleur Chevalier du monde.

 

La cour de la reine Guenièvre réunit demoiselles, pages, dames, poètes, musiciens. Tandis que veille Morgane, la soeur du roi Arthur, dont le coeur est envieux et mauvais. Lancelot et Guenièvre se font l'aveu de leur amour, se rejoignent au Pont du Secret et se livrent à leur passion.

 

De nombreux Chevaliers ont déjà péri au cours de la Quête. Perceval, le naïf Gallois, sent naître en lui la vocation de la chevalerie. Mais il subit les quolibets d'une foule bigarrée et joyeuse. Plus tard, adoubé et accueilli dans l'ordre des Chevaliers, il recevra la vision lumineuse du cortège du Saint-Graal.

Lancelot se désespère de sa faiblesse. Il a osé aimer la femme de son roi. Mais la voix de Merlin lui rend l'espoir en l'assurant que son fils Galaad deviendra le maître de la Quête. C'est Lancelot lui-même qui l'armera chevalier. Auréolé de lumière divine, Galaad est bientôt considéré comme le meilleur chevalier du monde et prend sa place autour de la Table Ronde.

 

La passion qui lie Lancelot et Guenièvre les a égarés. En leurs âmes, le doute et l'espoir, le péché et la grâce s'affrontent tels deux chevaliers, l'un vêtu de noir et l'autre de blanc, en un combat incertain entre le mal et le bien. Comme eux les Chevaliers de la Table Ronde livrent souvent de vains combats et se perdent dans la nuit du doute et du découragement. Seuls trois élus, montés à bord d'une nef, vont mener la Quête à son terme : Perceval le vierge, Bohor le chaste et Galaad le pur. De retour à la cour du roi Arthur, Bohor fait le récit de cette ultime aventure : Galaad a été comblé par la révélation du Saint-Graal.


Resté en présence de Guenièvre, Lancelot renonce à son amour pour elle et supplie la reine de s'engager avec lui sur la voie du repentir.

 

La Quête du Graal achevée, que reste-t-il aux Chevaliers de leurs appétits terrestres, si ce n'est de s'épuiser dans la poursuite d'un sanglier imprenable ? Dans son manoir, Morgane dévoile avec perfidie au roi Arthur les images peintes jadis par Lancelot et qui, toutes, retracent ses amours pour Guenièvre. Parce que l'honneur du roi l'exige, le sort de Guenièvre doit se décider au cours d'un tournoi. Un mystérieux Chevalier accepte d'être son champion. Sa victoire sur Gauvain, le champion du roi Arthur, innocente la reine. Mais, lorsque celui-ci relève son heaume, tous le reconnaissent : c'est Lancelot qui disparait avant que rien ne puisse être tenté contre lui.

 

Une nouvelle épreuve attend le roi Arthur : son fils Mordret a levé une armée de félons contre lui et revendique la couronne du royaume de Logres. Les Chevaliers de la Table Ronde s'engagent à le combattre aux côtés de leur souverain.

 

Au soir de l'ultime bataille, Guenièvre et Arthur se font leurs adieux. L'image de Merlin vient visiter le roi et l'exhorte à renoncer à une guerre sans espoir. Durant le gigantesque affrontement de la bataille de Salesbières, les héros de la chevalerie arthurienne sont décimés et le roi Arthur mortellement blessé. A l'instant de rendre l'âme, il demande à ce que son épée Escalibur, symbole de la justice et de l'unité perdues, soit jetée dans un lac. Seul un héros digne de ressusciter les prodiges de la Chevalerie du roi Arthur sera en mesure de la faire réapparaître.

 

Quant à Lancelot, dépouillé des symboles de la chevalerie, il s'avance solitaire, disant : " Je ne puis conserver en moi que l'ombre des souvenirs de cette terre provisoire ". Ainsi le veut le destin de l'homme, de tout homme sur cette terre, dans l'attente et l'espérance d'un monde meilleur...

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

autres articles concernant le roi Arthur et la légende du Graal :

 

A-t-on retrouvé le tombeau du roi Arthur ? 

 

Le roi Arthur, héros légendaire ou personnage historique ?  

 

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 10:50

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Nous voici, aujourd'hui 12 décembre, à quelques jours de Noël, aussi est-il plus que temps que je vous adresse ma lettre, en espérant que vous accepterez de réaliser certains de mes voeux, car, cher Père Noël, consciente que la conjoncture est difficile pour vous comme pour nous en ces semaines de crise et de récession, ce ne sont pas des présents auxquels j'aspire, mais des souhaits que je formule en vous priant de bien vouloir tenter de les exaucer.

 

Car, comme vous le savez probablement depuis votre lointaine étoile, la terre des hommes ne se porte pas bien. Avec les années, les choses ne se sont pas arrangées, hélas ! L'homme, qui n'est pas raisonnable, malgré les efforts de Descartes et de quelques autres, n'en finit pas de retomber dans les mêmes erreurs : les plus forts réduisent à l'impuissance les plus faibles, les plus riches se soucient comme d'une guigne des plus pauvres. Mais ce qui m'inquiète davantage est que la violence, elle, ne fait jamais récession. Elle se propage à la vitesse de l'éclair aux quatre points cardinaux, additionnant les morts et les blessés et semant la terreur. Alors, cher Père Noël, plutôt que de charger votre hotte en denrées périssables ( huîtres, foie gras, saumon, chocolats ) ne pourriez-vous pas la rendre moins pesante et distribuer dans les foyers, les administrations, les palais présidentiels, ministériels et autres, des denrées non périssables comme la bienveillance, le désintéressement, l'humilité, la modestie, le discernement, la tolérance, la compassion, la générosité, la courtoisie, le bon sens, qui auront ainsi le mérite d'alléger votre bagage et votre bourse. Ne pensez-vous pas qu'il y a urgence ?

 

Non, ne jetez pas au panier ma missive et tendez un peu votre oreille vers notre pauvre planète, d'où montent tant de plaintes, où sévissent tant d'injustices, où meurent et souffrent tant d'oubliés, où pleurent tant de malades, où s'affolent tant de coeurs et apportez-nous, je vous en supplie, en ces heures de l'Avent, non seulement la lumière mais la paix et l'amour.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 09:43

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Lire sur la place Tian an Men

Dégringolant les marches du gigantesque escalier qui descend du toit du monde, nous arrivons dans l’immense « Empire du milieu », comme le pensent les Chinois, pour partir à la rencontre d’une littérature vivante et foisonnante qui reprend vie après une longue hibernation sous le joug de Mao et de ses sbires. Pour cette première étape en terre chinoise, nous prendrons la bicyclette pour suivre Xu Xing dans son périple qui devrait nous conduire auprès de trois grands piliers de la littérature moderne chinoise : Gao Xinjiang, le Prix Nobel de littérature du pays (avant la nomination de Mo Yan en octobre dernier), Mao Dun, longtemps ministre de la culture de Mao, qui a laissé son nom à un célèbre prix littéraire chinois et, enfin, Lao She qui peut-être considéré comme le père de cette littérature moderne plongeant ses racines dans une culture ancestrale particulièrement riche  imprégnant encore de nombreuses oeuvres contemporaines.

Le crabe à lunettes

Xu Xing (1956 - ….)

Le « Kerouac chinois », ainsi le présente un peu abusivement son éditeur sur la quatrième de couverture de ce recueil de cinq nouvelles , où Xu Xing déverse son immense désespoir. « Quand, au bout des alcools et des lumières de ce continent, tu te retrouves dans un crépuscule enivrant et que dans ton cœur il n’y a plus que la solitude, tu ne peux plus avancer. Tu croyais qu’il y aurait toujours bien quelque chose, un infini, qui te forcerait à aller plus loin, qui réveillerait un soupçon de soif pour le mystérieux enfoui au fond de ton âme. Mais voilà, à présent tu sais ce qu’on peut savoir, voilà ce qui reste, pas la peine de te fatiguer, voilà tout ce qui reste et tout ce qui reste est pour toi… »

Xu dépeint la Chine des années quatre-vingt à travers la vie d’un serveur de restaurant qui préfère l’être au paraître, le «road movie» à vélo de deux jeunes Chinois qui mesurent l’étendue de la misère du pays, la promiscuité et le manque d’espace dans les logements, l’internement de ceux qui ne pensent pas comme les autres ou ne peuvent pas vivre comme les autres, et le désespoir d’un jeune Chinois condamné à la solitude. Mais, « quelle importance ? Et alors ? »

Si Xu trouve son bonheur sur le chemin comme Kerouac trouvait le sien « Sur la route », ce n’est pas le plaisir du voyage dans l’espace et dans les sensations qu’il éprouve mais le besoin de fuir un quotidien trop sinistre car « en chemin le ciel est toujours bleu, la lumière éclatante du soleil découpe toute chose en contrastes aussi nets que noir et blanc. Quoi qu’il arrive, le soleil se lève toujours. Que la terre soit anéantie, et il se lèvera encore ; que je vienne à mourir, et il se lèvera encore ; je suis tombé malade, et il s’est encore levé. Mon existence est tellement infime et débile, jamais je ne serai capable de me protéger… »

Après la révolution culturelle, après Tian an Men, il n’y a toujours pas de place pour les paumés en Chine et Xu contrairement à Kerouac qui s’évadait vers les grands horizons, à l’aventure, au son de la trompette de ces vieux bluesmen qui enchantaient l’Amérique de nos rêves et de nos espoirs, lui ne trouve pas d’issue à sa vie -  « comment voudrais-tu qu’un homme tombé là par hasard, un homme aux joues haves chaussé d’une vieille paire de godasses défoncées puisse continuer à vivre ? » - dans un monde où la seule musique présente et celle qu’une vieille folle fait sortir de sa platine.

 

La montagne de l’âme – Gao Xinjian (1940 - ….)

C'est le genre de livre qu'on est content d'avoir lu mais qui ne passionne pas forcément quand on le lit. Le livre est long et il est difficile de rentrer dans le système narratif de l'auteur. Gao s'y entend à merveille pour nous égarer sur les chemins qu'il arpente pour nous faire découvrir cette Chine si diverse et profonde. Certains passages m'ont complètement aspiré alors que d'autres m'ont moins intéressé.

Une véritable quête humaine, une recherche des racines de la Chine actuelle à travers les légendes, traditions, chants populaires, mais aussi des peuples et des paysages. Une méditation sur le moi à travers un jeu sur les pronoms qui déconcerte un peu : je, toi, moi, il, selon les circonstances. Une odyssée à travers la Chine éternelle pour retrouver la paix intérieure, la liberté et donner un sens à la vie.

Un livre qui valut le Prix Nobel de littérature à son auteur.

Les vers à soie du printemps – Mao Dun (1896 – 1981)

Mao Dun a été pendant près de quinze ans ministre de la culture de Mao, mais il avait été auparavant un compagnon de lutte de Tchang Kaï-Chek avant de fuir au Japon puis de revenir en Chine pour lutter contre le…Japon. Il est un des grands auteurs de la littérature chinoise du XXe siècle et un prix littéraire très important en Chine a été créé à sa mémoire.

Dans ce roman, une famille se lance dans l’agriculture spéculative en misant des fonds importants sur l’élevage des vers à soie mais rien ne va comme prévu, la guerre vient perturber le projet et le père doit vendre sa production à perte pour avoir de nouveaux moyens à investir dans l’aventure pour « se refaire » comme au casino.

Une illustration des déboires qui pourraient bien attendre ceux qui s’aventurent sur la piste de la spéculation. Une morale qui doit bien faire sourire en Chine aujourd’hui.

Le pousse-pousse – Lao She (1899 – 1966)

Lao She que certains présentent comme le père de la littérature moderne en Chine, dresse le portrait d’un pousseur de pousse-pousse qui a quitté sa campagne pour réaliser son rêve en ville : travailler dur pour gagner assez d’argent et acheter son propre véhicule et pourquoi pas plusieurs afin de monter une petite entreprise. Mais la réalité rattrape bien vite le rêve et le transforme tout aussi vite en un véritable cauchemar.

Un roman morose, sombre, pessimiste, qui laisse croire que les petites gens, qui gagnent difficilement leurs quelques grains de riz quotidien, sont condamnés à ce sort jusqu’à la fin de leurs jours. Et c’était avant le communisme, dans les années vingt et trente, à Pékin….

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour le second volet de notre étape chinoise  -

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 11:30

cid_7110.jpg sabinesicaud_lereve-197x300.jpg   1913 - 1928

 

Sabine Sicaud ou l'enfant aux sortilèges poétiques pourrions-nous dire, tant ce talent éblouissant est un cas unique dans l'histoire de la littérature française. Sabine n'était pas née avec des doigts de fée, mais avec un esprit féerique, un don inouï pour la poésie qu'elle s'était mise à composer dès l'âge de 8 ans, faisant preuve d'une incroyable maturité dans l'alliance des mots, le rythme savant des phrases et une pensée déjà très structurée. A 11 ans, en 1924, elle remporte le second prix du "Jasmin d'argent" pour son poème Le petit cêpe et l'année suivante "Les jeux Floraux" pour son poème Matin d'automne rédigé à l'âge de 9 ans, stupéfiant les jurés comme le poète et académicien Jean Richepin et la célébrissime Anna de Noailles.

 

Peut-être un hérisson qui vient de naître ?

Dans la mer, ce serait un oursin, pas bien gros...

Ici, la boule d'un chardon - peut-être -

Ou le pompon sournois d'une bardane

Ou d'un cactus ? Mais non, dans le bois qui se fane,

Dans le bois sans piquants, moussu, discret et clos,

Cette chose a roulé subitement, d'en haut

Comme un défi...parmi les feuilles qui fanent.

 

Si bien qu'Anna de Noailles, enthousiaste et éblouie, présente ses Poèmes d'enfant  en 1926, disant ses ruses charmantes, ses compositions pleines de grâce et sa vision du monde  qui ne manque ni de malice, ni d'espièglerie. Car cette petite fille, élevée dans un milieu lettré - son père est avocat, ami de Jean Jaurès, et sa mère, ancienne journaliste, écrivait elle-même de la poésie - baigne très tôt dans un univers où la culture est prioritaire, si bien que son existence se partage entre la bibliothèque de la maison familiale " La Solitude", sise à Villeneuve-sur-Lot dans le Lot-et-Garonne, et le jardin où elle aime à passer de longs moments de méditation à observer la nature.

 

Non, pas une glycine. Au lieu des grappes mauves,

     Ce sont des grappes d'or...

On dirait des pendants d'oreille de jadis, en bel or fauve...

Ou des pastilles d'ambre, ou des confettis d'or

Qui joncheraient, pour un grand mariage,

Le tout petit sentier... C'est le décor

Où des torches s'allument. Vois flamber le paysage !

 

Durant l'été 1927, à la suite d'une blessure au pied, la fillette est atteinte d'ostéomyélite mais refuse d'être transportée à Bordeaux pour des soins plus intensifs, si bien que le mal empire et gagne tout le corps, provoquant d'intolérables souffrances qu'elle exprimera dans ses derniers poèmes qui sonnent tragiquement comme un cri. Elle s'éteint le 12 juillet 1927. Elle a 15 ans et laisse une oeuvre brève mais foudroyante comme sa vie.

 

Ah, laissez-moi crier, crier, crier...

Crier à m'arracher la gorge,

Crier comme une bête qu'on égorge,

Comme le fer martyrisé dans une forge,

Comme l'arbre mordu par les dents de la scie,

Comme un carreau sous le ciseau du vitrier,

Grincer, hurler, râler. Peu me soucie

Que des gens s'en effarent, j'ai besoin

De crier jusqu'au bout ce qu'on peut crier.
Les gens
? Vous ne savez donc pas comme ils sont loin,

comme ils existent peu, lorsque vous supplicie

Cette douleur qui vous fait seul au monde.

 

Heureusement ses poèmes nous restent et ont fait l'objet de quelques publications, insuffisantes pour lui offrir la place qu'elle mérite dans les lettres françaises, alors qu'elle a, dès l'enfance, manifesté les dons les plus accomplis, donnant - malgré son jeune âge - une leçon de fraîcheur à bien des poètes enfermés dans le carcan des rimes. Que serait-elle devenue si la mort ne l'avait fauchée si tôt ? Aurait-elle pu conserver cette spontanéité bouleversante, ce pouvoir d'émerveillement et aurait-elle su résister aux pressions et aux modes ? On ne le sait,  mais ce qu'elle nous lègue de ses joies, de ses peines, de ses souffrances, rien ne peut être retranché. Ce météore était bien tout entier composé de lumière. A l'heure où tant de jeunes ne savent plus aligner trois phrases et dont le vocabulaire ne cesse de se réduire à une peau de chagrin, relisons Sabine Sicaud, la petite magicienne des mots.

 

Sentez-vous cette odeur fauve et rousse

de beau cuir neuf, chauffé par l'automne qui flambe ?

Tous les cuirs du Levant sont là, venus ensemble

de souks lointains saturés d'ambre et de santal.

Des huiles et des gommes d'or les éclaboussent.

 

En de jaunes parfums d'essences et de gousses,

tous les cuirs précieux d'un faste oriental,

cuirs gaufrés et gravés, pointillés de métal,

peints et damasquinés sont là. Ceux de Cordoue

s'allongent en panneaux où la lumière joue

comme dans l'escalier d'un palacio ducal ;

ceux de Russie ont des reflets de pourpre ardente ;

ceux de Venise la douceur d'épais velours,

et ceux de Flandre aux blonds rares, aux bruns sourds,

semblent chez le bourgmestre attendre une kermesse.

 

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 09:28
Le désert du Wadi Rum, une splendeur que le tourisme de Jordanie tente de promouvoir avec raison.

Le désert du Wadi Rum, une splendeur que le tourisme de Jordanie tente de promouvoir avec raison.

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 Le désert du WADI RUM - à gauche les Sept Piliers -             VIDEO   
    

Aqaba, un nom chargé d'histoire et, pour les Jordaniens, leur seule fenêtre ouverte sur la mer Rouge. L'histoire de ce port remonte très loin dans le temps, puisqu'il était déjà prospère à l'époque du roi Salomon et pendant les premiers siècles de l'Islam. Hélas ! la ville n'a conservé que peu de traces de son passé glorieux, en dehors du Qast ( le Fort ), une construction ottomane massive, flanquée de quatre tours, édifiée au XVIe siècle afin de protéger les pèlerins qui se rendaient à la Mecque. C'est sa prise, en avril 1917, par des Bédouins rebelles, conduits par le colonel Lawrence et le prince Fayçal, qui signe la défaite de la garnison turque et le début de la marche victorieuse vers l'indépendance, ainsi que la naissance de l'actuel royaume hachémite de Jordanie.
A Aqaba, nous n'avions rien à faire de particulier, sinon le tour de la ville très plaisante et fleurie, devenue également une station balnéaire de renom pour les Jordaniens privés de façade maritime, et n'avions qu'une hâte : nous rendre au plus vite dans le désert du Wadi Rum, étendue lunaire où convergent d'antiques wadis ( cours d'eau  ). Aussi incroyable que cela puisse paraître, c'est une région où les sources abondent et où la végétation est telle que le lieu était devenu, dans les temps reculés, une étape obligée pour les caravanes qui transportaient épices et encens du royaume de Saba ( l'actuel Yémen ) jusqu'aux portes de la Méditerranée. En effet, le Wadi Rum a, durant des millénaires, relié l'Arabie à la Palestine et ses pistes de sable ocre, qui cheminent entre de hautes parois de grès, étaient déjà utilisées par les Nabatéens, avant d'être exploitées plus tard par les Romains.

 

Notre jeep nous attend non loin des 7 piliers qui forment avec une majestueuse élégance le porche de cette cathédrale en plein vent, où nous allons naviguer pendant plusieurs heures - et le verbe convient parfaitement - tant la conduite sur les sables a quelque chose d'assez proche de celle sur les vagues. Les descendants des anciens habitants du Wadi Rum, dont on sait par les inscriptions rupestres découvertes en maints endroits qu'ils remontent au paléolithique, sont les Bédouins qui élèvent des chèvres et des dromadaires et dont les fils s'enrôlent traditionnellement dans la légendaire police du désert. Connu pour ses rochers aux formes étranges et la diversité de ses couleurs qui, à la tombée du soir, semblent prendre feu, ce dernier est, par ailleurs, le symbole de l'indépendance nationale jordanienne, car c'est ici que les troupes, commandées par le colonel Lawrence, plantèrent leurs tentes avant de lancer leur assaut final sur la forteresse d'Aqaba.

La lumière est intense, alors que la jeep parcourt les étendues de sable plus rouges d'être coulées sous un ciel si bleu, et traversées d'ombres, lorsqu'un pinacle rocheux, plus haut que les autres, vient à couper soudain la ligne indécise de l'horizon. On se tait. Le silence a quelque chose de solennel qu'il paraitrait inconvenant de rompre. Au loin, on discerne les silhouettes de quelques Bédouins oscillant selon le rythme lent de leur monture, coiffés de leur kefiah rouge et blanc. Ils vivent une existence austère dans des campements de fortune, existence qui n'a guère changé depuis les âges les plus reculés. Leur nombre est évalué à 45.000. Ils nous offriront le thé et quelques dattes avec une gentillesse nullement mercantile.

 

P1070052.JPG      Petra - le trésor

 

               

 VIDEO

 

 

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Après le Wadi Rum, notre seconde visite en terre jordanienne sera pour Petra, dont les légions de Trajan, en 106, prirent possession, condamnant au silence la civilisation nabatéenne. Mais qui étaient donc ces Nabatéens, qui bâtirent Petra, ville re-découverte, comme sortie d'un songe en 1812 par l'explorateur et orientaliste suisse Johann Ludwig Burckhardt, dont le séjour fut hélas très bref, les lieux étant habités alors par des tribus rivales en perpétuelles luttes les unes contre les autres. La nouvelle s'étant répandue en Occident, d'autres voyageurs et aventuriers se rendront à leur tour sur les lieux. Parmi eux, le peintre écossais David Roberts, dont les admirables dessins feront le tour du monde et sensibiliseront l'opinion sur l'importance de cette découverte. Après la vague d'explorateurs romantiques, vint celle des archéologues et des chercheurs accrédités et débuta l'exploration de la zone archéologique. Les Nabatéens, dont on parle déjà dans la Bible, n'étaient autres que des nomades issus de la péninsule arabique. Même, si aujourd'hui, leurs origines restent encore inconnues, il est certain qu'il s'agissait d'un peuple déterminé et industrieux qui sut rapidement sortir des limites de la société nomade pour s'installer avec succès dans un système plus important, fondé sur des relations politiques et économiques. En effet, dès la fin du IVe siècle av. J.C., les caravanes des marchands nabatéens se déplaçaient de l'Arabie à la Méditerranée, le long de l'axe nord-sud, et de la Syrie à l'Egypte, le long des routes directrices qui allaient de l'est à l'ouest. Ils parlaient l'araméen, la langue commerciale qui était utilisée à l'époque dans le Proche-Orient. Décrits, dans les premiers documents historiques, comme des habitants du désert, voués à l'élevage et ne connaissant pas l'agriculture, ils changèrent de mode de vie progressivement, bien que ces diverses phases d'adaptation restent assez énigmatiques. Ce qui est certain, c'est que la terre occupée par les Nabatéens disposait de peu de ressources, en dehors de quelques mines de cuivre dans le Wadi Arabah et du bitume de la Mer Morte, exporté vers l'Egypte, qui l'utilisait pour la momification des défunts.

Leur habileté commerciale était de savoir distinguer les marchandises les plus précieuses et les plus recherchées et, ensuite, de les acheminer dans des pays situés aux confins des routes de communication, en d'immenses caravanes que l'historien Strabon comparait à de véritables armées. Au sud de l'Arabie, ils achetaient la myrrhe, l'encens et les épices qu'ils revendaient à Gaza, à Alexandrie et dans les divers ports de la Méditerranée. Les autres marchandises étaient l'or, l'argent, le verre, les tissus de Damas et les soieries de Chine. Les énormes bénéfices, qui s'en suivirent, enrichirent de plus en plus les marchands nabatéens qui purent ainsi user de leur influence du Golfe Persique à la lointaine Abyssinie. Entre le troisième et le premier siècle av. J.C., il y eut une sorte de "révolution culturelle" qui entraina la naissance du royaume nabatéen et cela, d'autant mieux, que s'affaiblissait le royaume Séleucide, en conflit avec l'expansionnisme romain. C'est ainsi que, consolidant le contrôle de la région qui allait de la Palestine au désert Arabe et du Golfe d'Aqaba aux actuelles frontières de la Syrie, les Nabatéens se sédentarisèrent et instaurèrent un régime qui évolua du type tribal à celui d'une monarchie, s'inspirant dès lors du modèle helléniste contemporain. Le "Livre des Macchabées" mentionne un roi, du nom d'Aretas, que l'on considère comme le premier souverain de ce royaume. L'évolution de cette société fut probablement rapide ; des villes furent édifiées, non seulement Petra, mais également Advat, Mamshit et Shivta dans le Negev. C'est sous le règne d'Aretas IV ( 8 ans av.J.C. et 40 après ) que le royaume parvint à son apogée, contrôlant les territoires de l'actuelle Jordanie, du Negev, du Sinaï et une partie de l'Arabie, et que Petra, de par sa position stratégique, fut choisie pour capitale. Et c'est en 106 de notre ère que la ville fut annexée à l'empire romain d'Arabie par les légions de Trajan. Malgré cette annexion, Petra restera, pendant des décennies, un centre commercial florissant. A la fin du IIIe siècle, sous Dioclétien, la ville devint un épiscopat et l'on vit surgir basiliques et monastères ornés de mosaïques, tandis que de nombreux édifices rupestres étaient transformés en églises. Puis le site fut touché par deux séismes en 363 et 419 et entra en agonie, sombrant dans une obscurité quasi absolue jusqu'aux premières années du XIIe siècle, le temps d'une brève période durant laquelle la ville abandonnée fut fortifiée par les Croisés. Et à nouveau le silence, jusqu'à sa re-découverte par Burckhardt en 1812.

 

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Le site est immense. On y accède en s'engageant dans une faille profonde, causée par un gigantesque remous tellurique, faille appelée SIQ qui conduit jusqu'au Khasnè, l'édifice le plus fameux de Petra, dont l'état de conservation ne peut manquer de susciter l'émerveillement, surtout quand il vous apparaît auréolé par la lumière méridienne. Appelé également "Le trésor" pour la simple raison que les Bédouins crurent longtemps qu'il s'y cachait le fabuleux trésor d'un pharaon. Mais de trésor, il n'y eut point. On pense aujourd'hui que le Khasnè aurait été un temple funéraire consacré à la mémoire de l'empereur Aretas IV. 
Mais Petra ne se limite pas à la splendeur de ce monument et à la profondeur du canyon ocre qui y conduit ; une fois passé le Khasnè, la vallée s'ouvre subitement, découvrant une large voie où s'alignent des structures qui composent la plus admirable nécropole architecturale, structures si diverses qu'elles confirment l'hypothèse que différents modèles et styles furent utilisés au cours des âges. Magnifique témoignage laissé par une civilisation perdue, se révèlant à nous comme figé dans sa grandeur passée, succession impressionnante de tombes, de portes antiques, de fortins,de colonnades, de locaux publics, certis au coeur d'un paysage grandiose, dont on peut aisément imaginer la vie intense qui l'anima. Aujourd'hui, la vie est encore présente, assurée par les touristes, mais également par quelques familles bédouines, la plupart appartenant à la tribu Bedoul, qui s'y sont installées, nouveaux habitants de l'inoubliable ville pourpre. La majorité d'entre eux occupent des tombes rupestres adaptées à leurs nécessités et vivent de l'élevage et de petits commerces. On est frappé de leur amabilité. Aucun ne fait l'aumône. Habitués à vivre de rien, ces anciens nomades sédentarisés s'encombrent le moins possible et mènent une existence d'une étonnante simplicité et rusticité, si différente des nôtres, surchargées de superflu. Une dame, ayant apporté avec elle des jouets en bois, offrit l'un d'eux à un enfant, assis auprès de sa mère, occupée à vendre de modestes bijoux travaillés dans les pierres semi précieuses de la région. Ses yeux, subitement, s'illuminent de joie, bien qu'il n'ose pas s'en saisir. Une fierté ancestrale qui s'harmonise avec la noble beauté des lieux et émouvante image de Petra, ville ressuscitée.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

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