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16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 08:27
Le continent des oubliés

Ami d’un jour, ami d’un soir
J’ai conservé le mince espoir
Un jour ou l’autre de te revoir.
Dans ma pensée, tu as tracé
Un lien ténu, vite dénoué,
Un souvenir en pointillé.

  

De mon rivage endeuillé
Où nos heures se sont écoulées
Je vois pointer à l’horizon
La caravelle  des illusions.


Que nos désirs soient mis en gerbe
Pour les lendemains de disette
Et que les peines soient remisées
Au continent des oubliés.

 

Amour d’un jour
Amour d’un soir
Que ma mémoire tente d’occulter
Et qui au fond de ma pensée
Ne cesse plus de se raviver.

 

Faut-il que j’aille l’ensevelir
Au cimetière des délaissés
Pour que mon cœur se délivre
De cette peine inconsolée.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE   (inédit)

 

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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 09:28
L'archipel d'une autre vie d'Andreï Makine

La sortie d’un roman d’Andreï  Makine est toujours un événement tant cet écrivain rare a un sens  de l’espace et du temps qui n’appartient qu’à lui, que sa prose est toujours parcourue par de grands vents et que la vie ne cesse d’y être une poursuite haletante. D’ailleurs ne reproche-t-il pas aux romanciers  français de se complaire dans les petits détails de leur existence quotidienne au point que leurs minces ruisselets n’ont que bien peu de choses à voir avec les immenses fleuves romanesques russes qui charrient le meilleur et le pire avec une violence apocalyptique.

 

 

Avec ce dernier ouvrage « L’archipel d’une autre vie » publié au Seuil, Makine fait à nouveau souffler la bourrasque romanesque et nous entraine dans les dernières années de l’empire soviétique et la ville de Tougour, au bord de l’océan Pacifique. Mais rien ne sera pacifique dans cette histoire où l’on fait la connaissance d'un jeune orphelin, envoyé par le régime, pour suivre une formation et où l’adolescent entre en relation avec un trappeur et s’enfonce à sa suite dans les profondeurs de la forêt. C’est alors que le livre change d’orientation, le premier narrateur n’étant là que pour introduire le second. A partir de ce moment, le récit principal nous dévoile, sans omettre les détails les plus cruels, les grandes heures de l’existence de Pavel Gartsev, cet enfant orphelin mal remis des horreurs dont il a été le témoin lors de « la grande guerre patriotique », trahi par sa fiancée et mobilisé comme réserviste pour participer aux exercices destinés à simuler un futur conflit nucléaire. Puis, mal vu par ses supérieurs hiérarchiques, il est contraint d’adhérer à une petite troupe chargée de traquer dans la taïga un prisonnier évadé d’un goulag. Désormais le roman se focalise sur le récit de cette traque, les ruses déployées par le fugitif pour échapper à ses poursuivants et la pénible progression de ceux-ci dans une nature âpre et sauvage, la complication permanente des itinéraires empruntés par leur cible qui leur mène la vie dure en ne cessant de se dérober. Ainsi sommes-nous au cœur d’un véritable western qui tient le lecteur en haleine et dont le suspense aurait troqué les canyons de l’Arizona pour les étendues glacées et désolées de l’Extrême-Orient russe. Bien vite Pavel va se sentir plus proche de la proie que des commissaires politiques qui ont mission de le ramener devant les tribunaux soviétiques.

 

 

Cette poursuite physique et implacable se double d’un itinéraire moral où l’on voit Pavel se remettre en cause, analyser les lâchetés et les docilités ignominieuses de ces hommes complices des plus basses aspirations et soumis passivement aux ordres d’un gouvernement dominé par l’orgueil, la convoitise et la violence. Face à une nature indomptée, le protagoniste se livre à son introspection et condamne ce qui subsiste en lui des malveillances criminelles de son temps, soucieux de se rénover et de revenir à l’essentiel, à se dévêtir de la peau, encore empreinte de servilité, du vieil homme. La nature est ici porteuse d’un message de rédemption et d'une dimension exaltante qui délivrent de la haine et de la servitude et donnent crédit aux vraies valeurs éclipsées par une politique aveugle et inhumaine, nous laissant espérer qu'une autre vie est toujours possible.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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ANDREI MAKINE OU L'HERITAGE ACCABLANT

 

 

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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 07:53
Les demeurées de Jeanne Benameur

Un petit livre par la taille mais un grand livre par son sujet et la manière de le traiter. Jeanne Benameur, avec ce texte, a voulu rendre à ceux que nous prenons pour des « abrutis », leur juste place dans la société car s’ils n’ont pas l’intelligence académique, ils ont souvent une sensibilité très aiguisée qui est, elle aussi, une forme d’intelligence.

 

 

Les demeurées

Jeanne Benameur (1952 - ….)

 

 

Un tout petit roman, une longue nouvelle, un conte philosophique, je ne sais … ce petit livre est un peu tout ça à la fois. Il commence comme un texte de poésie en vers racontant la vie d’une mère et de sa fille affectées de la même tare, elles ne sont pas très intelligentes, elles sont même carrément demeurées, « abruties ». « Quand on s’adresse à La Varienne, elle s’agrippe du regard à la bouche de celui qui parle. Ses lèvres à elle marmonnent, imitantes et muettes. Luce ne supporte pas. Luce se tait. Le silence entre elles tisse et détruit le monde ». Le livre évolue progressivement, même le style change, la poésie s’étiole pour faire place à un discours plus moral, plus prosaïque, qui évalue, plaide, juge. On pourrait penser que ce livre a été écrit  en deux temps, l’auteure aurait laissé une première version dans un tiroir avant de la reprendre pour la conclure dans un style moins elliptique, plus direct, plus concret, plus démonstratif.

 

 

Ce texte, c’est l’histoire de La Varienne et de sa fille Luce. Elles sont toutes les deux, selon le terme même de l’auteure : « abruties », à la limite de l’autisme et de l’anorexie pour la fille : « La Varienne pousse les tartines plus près du gros bol plein, comme on donne aux bêtes à l’étable. Mais la petite n’a qu’un seul estomac et l’appétit de l’alouette du matin ». Elles vivent esseulées au bout de village. La mère travaille chez des bourgeois pendant que sa fille laisse couler le temps en jouant avec des petits riens, en regardant le monde qui l’entoure sans s’interroger, juste en regardant. Cette vie sans histoire et sans relief butte sur la loi, la loi est formelle, la petite doit-être scolarisée. La mère accompagne donc sa fille à l’école où l’institutrice est résolue à l’instruire, à lui apprendre à lire. Mais, l’enseignante butte sur le mur de l'incompréhension totale, sur le manque de volonté absolu. Luce ne veut pas apprendre, les mots lui font mal, elle tombe même très malade. Ce blocage physiologique détruit les belles convictions que l’institutrice a apprises à l’école des maîtresses, elle n’accepte pas cette défaite. A son tour, elle somatise son échec. La fillette a cependant enregistré ce qu’elle a appris et elle peut le restituer par le dessin ou la broderie. L’enseignante comprend alors qu’il n’y a pas que le savoir académique, d’autres formes de savoir existent. La Varienne connait les plantes, elle est un peu guérisseuse ; la petite est habile de ses mains et elle a une bonne mémoire.

 

 

Un texte qui remet en question les fondamentaux de l’école primaire. Cette femme et sa fillette ne sont peut-être pas intelligentes à la manière définie par l’Académie, mais elles ont une intelligence innée, animale, une intuition aiguisée, elles connaissent la nature et ses secrets, elles transmettent par une sensualité affective ce que d’autres transmettent par la parole. « A l’intelligence, il faut un espace pour se poser. Il faut des mains, de l’air pour la craie et l’encre. L’abrutie n’a rien ». Elles ne disposent pas dans leur cervelle de cet espace mais elles ont une sensibilité très fine qui leur permet de déchiffrer, d’apprendre et de transmettre différemment. L’auteure s’applique à nous faire comprendre que l’humanité n’est pas coulée dans un seul moule, qu’il y a des êtres différents qui méritent eux aussi notre considération et notre respect.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 08:51
Journal d'une Verviétoise des Boulevards d'Edmée de Xhavée
Journal d'une Verviétoise des Boulevards d'Edmée de Xhavée

Les éditions Irezumi  ont eu l’intelligente initiative de créer une collection qui a pour ambition d’aborder, sous diverses formes, « Les expériences de vie ». L’ouvrage d’Edmée de Xhavée « Journal d’une Verviétoise des Boulevards », le troisième publié par cette maison a pour objet de nous conter, d’une plume alerte et précise, le vécu d’une grand-mère paternelle, la charmante Suzanne Houben, plus souvent appelée le petit Zon, née en 1893 et décédée en 1943 à l’âge de 50 ans. Une vie qui se déroule en grande partie dans le lieu familial de Verviers, en Belgique, en ces années agitées par deux terribles guerres. Ce travail lui a été inspiré par le journal que son aïeule s’était appliquée à rédiger de 1908 à 1943, journal où elle retrace avec simplicité une existence quotidienne tressée étroitement avec les grands événements de l’Histoire.

 

 

Cette évocation est un pur enchantement. Toute une époque surgit de ce canevas serré où la douce et primesautière jeune fille se fiance, se marie, s’installe momentanément en Uruguay avec son époux, devient mère d’un unique fils, le père d’Edmée, puis revient au pays natal pour y vivre la seconde guerre où son mari reprend du service comme officier et sera fait prisonnier par les Allemands, avant de la rejoindre très vite dans l’éternité. (1943 –1944)

 

 

Jeune fille attachante, femme verticale, Suzanne était de celles qui font face, savent composer avec la réalité et les épreuves, coudre à petits points une vie sage et probe, favoriser les amitiés fidèles, élever avec tendresse et fermeté son enfant, entretenir en usant de mille intentions les liens familiaux et apprécier tout ce qui relève de la culture, une culture favorisée par de nombreux voyages. En somme une vie lumineuse au cœur d’une bourgeoisie aimablement installée, sans faux pas, conduite avec grâce et droiture, texte que l’on partage avec d’autant plus de plaisir que l’on y contemple avec émotion un passé qui a la matité de ces photos anciennes à peine jaunies par le temps. Immersion dans ces existences qui nous ont devancés et ont contribué à nous faire ce que nous sommes, passé qui fortifie notre présent et coopère à sa pérennité en fixant, dans une actualité permanente, les grandes heures de jadis. A coup sûr, un beau livre.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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Journal d'une Verviétoise des Boulevards d'Edmée de Xhavée
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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 07:47
Il est minuit Monsieur K de Patrice Franceschi

Un huis clos à couper le souffle, une intrigue apocalyptique, un débat philosophique sur le mensonge et la vérité, une réflexion étonnante sur l’humanité, sa nature et son fonctionnement, un polar qui est beaucoup plus que ça.

 

 

 

Il est minuit Monsieur K

      Patrice Franceschi (1954 - ….)

 

 

Quand Monsieur O pousse la porte du bar de la Dernière Chance, on s’attend à voir entrer Humphrey Bogart tant le lieu évoque celui qui a servi de décor au film  « Casablanca », mais il ne s’agit que d’un bar perdu à l’autre bout du monde, à Fort-Dauphin au sud de Madagascar. Monsieur O vient dans ce bar avec la ferme intention de récupérer un dossier ultra-sensible, le plus sensible que la Centrale n’a jamais eu en sa possession, le dossier alpha qui contient des informations suffisantes pour mettre en danger l’avenir de l’humanité. Ce dossier a été dérobé par un agent de la Centrale, Monsieur K, qui est entré en cavale, Monsieur O le poursuit depuis vingt ans et peut enfin espérer récupérer le fameux dossier.

 

Un huis clos digne de celui qui rassemble Lino Ventura et Michel Serrault dans « Garde à vue », s’installe alors entre les deux hommes qui s’affrontent durant la nuit avec, pour enjeu, la récupération du dossier pour Monsieur O, sa peau pour Monsieur K. Les deux agents précisent les règles du duel, le vainqueur devra triompher par la qualité dialectique de ses arguments. Le voleur est acculé, son bar est cerné par des collègues de Monsieur O, il ne peut pas s’évader, son adversaire ne peut pas l’éliminer sans avoir récupéré le dossier, il serait trop dangereux de laisser un dossier aussi explosif dans la nature.

 

Monsieur O propose alors au dissident tout ce que le monde peut offrir : une fortune colossale, l’amour, le bonheur, le pouvoir le plus élevé … mais Monsieur K refuse de céder le dossier dont il ne veut absolument pas se séparer, jugeant que cela serait trop dangereux pour l’humanité. Les deux protagonistes engagent une joute oratoire au sujet du mensonge et de la vérité, l’un accusant l’autre d’être un fieffé menteur, l’autre lui rétorquant qu’il n’est qu’un naïf manipulé par le pouvoir supérieur. Monsieur K essaie de convaincre Monsieur O, il lui explique que si la vérité était brutalement révélée, le monde serait en danger. « C’est la vérité qui vous intéresse ? Mais que voulez-vous que je fasse de cette chose insaisissable, moi ? Le mensonge, au moins, est toujours maîtrisable. Il est précis, circonstancié, fabriqué, décorticable, mesurable ; chacun peut en faire ce qu’il veut… » Il souhaite lui faire admettre que le monde n’est que mensonges, apparences, habillage, que des masques cachent toujours la vérité. « La vérité et le mensonge, c’est une affaire autrement plus compliquée que celle du bien et du mal… »

 

 

Et quand Monsieur O, dans un final inattendu découvre le contenu du dossier, il comprend que l’humanité se bat depuis l’origine contre les mêmes démons qu’elle ne vaincra jamais. « Tout coule, tout naît pour mourir, tout disparaît… » Ce livre est un magnifique huis clos, un véritable essai sur la vérité et le mensonge mais aussi une profonde réflexion sur la nature intime de l’humanité, sur la  cupidité, l’envie, la trahison…  « Préférez les hommes qui se battent pour de l’argent, vous n’aurez jamais de mauvaises surprises. L’âpreté au gain et la cupidité sont d’une stabilité pour ainsi dire stupéfiante. Les idées, en revanche … comme instabilité… »

 

 

La révélation généralisée de la vérité ouvrirait la porte sur une autre forme de vie sur terre, mais l’humanité a choisi sa forme de vie et ne pourra jamais en changer. « … avez-vous songé à toutes ces possibilités de la vie dont nous ne faisons rien ? » Une question qui reste sans réponse, le néant semblant la seule destinée des hommes. « Etre nulle part est le lot de tout le monde. Seul le mensonge est partout. On pourrait bien appeler ça le néant… »

 

Denis BILLAMBOZ

 

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 07:58

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Née Elisabeth de Caraman-Chimay le 11 juillet 1860, mariée au richissime comte Henry Greffulhe, cette femme de grande beauté sera une inspiratrice dans toute l’expression du terme par sa grâce, son élégance, sa position sociale et son intelligence à savoir s’entourer des gens éminents de son époque. Elle méritait, de par son influence incontestable sur son temps, qu’un ouvrage  lui soit consacré et c’est chose faite grâce à la plume de Laure Hillerin qui publie chez Flammarion  « La comtesse Greffulhe », nous ouvrant les portes de la vie  intime, mondaine et culturelle de celle qui fut surnommée « l’archange aux yeux magnifiques ». Biographie qui a le mérite de faire défiler devant nos yeux, non seulement  le bottin mondain de la Belle Epoque, mais les personnalités les plus remarquables que cette reine du Faubourg Saint-Germain se plaisait à réunir rue d’Astorg. Parmi les invités, on croisait aussi bien Nicolas II et Edouard VII, Reynaldo Hahn ou l’abbé Mugnier que des savants et des hommes politiques comme Clémenceau, si bien qu’un diplomate avait affirmé qu’elle était « une reine conciliatrice entre l’ancienne noblesse et la IIIe République ». Elle soutiendra plus tard Léon Blum au point que le murmure courut qu’elle était à l’origine de la naissance de l’Entente cordiale.

 

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Malheureuse en ménage, son mari étant un grand amateur de courtisanes, Elisabeth Greffulhe saura se consoler en pratiquant les arts comme la peinture et la musique (le piano), non seulement en amateur mais avec un vrai souci de la perfection comme elle l’aura  envers tout ce qu’elle entreprenait. En octobre 1899, elle organise la première représentation parisienne de « Tristan et Isolde » de Richard Wagner, se lie d’amitié avec Liszt et Fauré et fonde la « Société des grandes auditions musicales », favorisant également la venue des Ballets Russes à Paris avec l’aide de la princesse Edmond de Polignac. Par ailleurs, grâce à son cousin Robert de Montesquiou, qui inspirera à Marcel Proust le personnage de Charlus, elle fréquente assidûment des écrivains et poètes, ainsi les Goncourt, Mallarmé, Heredia, Anatole France et fera même de l’abbé Mugnier son intime. Quant à son mari Henry Greffulhe, il apparaîtra sous les traits assez grossiers du duc de Guermantes dans La Recherche, un Jupiter tonnant que Cocteau considère comme monstrueux avec son épouse, épouse qui ne se gênait pas de dire : "Quelques amis que l'on voit de temps en temps tiennent plus de place que celui qui ronfle près de vous."

Amie de Marie Curie, Elisabeth Greffulhe s’intéresse à ses travaux et la soutient moralement et financièrement lors de la création, après la mort de son mari, de l’Institut du Radium qui deviendra plus tard l’Institut Pierre et Marie Curie. Elle fera aussi la connaissance d’Edouard Branly et  ne cessera de l'interroger sur les expériences en cours tant elle était consciente que la Science s’apprêtait à changer le monde. Nullement satisfaite de sa seule position sociale, de sa simple beauté et de sa considérable fortune, cette femme fut une fund raiser avant l’heure, souligne Laure Hillerin, levant des fonds pour organiser des spectacles, encourageant la recherche fondamentale, aidant et épaulant les artistes dont elle interprétait les œuvres musicales, accrochait les tableaux  dans ses salons et dévorait les livres. Ainsi a-t-elle mis à l’honneur Wagner, patronné Fauré, promu les travaux d’Edouard Branly, sans oublier que cette dreyfusarde philanthrope a rédigé de sa plume, vers les années 1904, un manuscrit intitulé «  Mon étude sur les droits à donner aux femmes ».

 

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Cette ouverture d’esprit, elle la devait à ses parents, à son père le prince de Caraman-Chimay, malheureux en argent mais issu d’une grande lignée de mécènes et de mélomanes et à sa mère, Marie de Montesquiou, musicienne et lettrée, qui saura éviter à sa fille le carcan rigide de l’éducation classique, d’une affligeante pauvreté intellectuelle qui était celle que l’on réservait alors aux jeune filles de bonne famille.

 

Sa correspondance, qui mériterait d’être publiée, nous révèle son esprit curieux, sa nature égocentrique certes mais pleine de charme, d’originalité et d’intuition. Elisabeth ne s’est pas contentée d’inspirer le plus grand écrivain du XXe siècle qui fera d’elle l’inoubliable comtesse de Guermantes, mais beaucoup d’autres auteurs ou peintres et fut probablement la femme la plus admirée et recherchée de la Belle Epoque. «  Tous ceux qui regardent la comtesse restent comme fascinés par ces yeux infinis, remplis de rayons et d’ombres, et d’un crépuscule qui chante, devant sa beauté parfaite, devant sa grâce absolue de divinité » - écrira un Marcel Proust pâmé devant cette inaccessible déité. Ils correspondront jusqu’en 1920, la comtesse se rapprochant de lui au fur et à mesure que, son miel engrangé, Proust s’éloignait d’elle, requis par le souci de l’immortaliser dans son œuvre et de lui ouvrir les portes d’une renommée intemporelle. Les cahiers de brouillon de l’écrivain démontrent que ses rêveries sur les familles Montesquiou et Caraman-Chimay, dont les origines remontent à l’époque médiévale, ont inspiré la découverte du nom magique de « Guermantes » d’où naîtra La Recherche. Si bien que l’ombre des Guermantes a finalement relégué dans l’obscurité cette femme qui avait géré son image comme une œuvre d’art, raison pour laquelle Laure Hillerin n’a pas impunément donné pour titre à son livre : La comtesse Greffulhe – L’ombre des Guermantes.

Elisabeth mourra à l’âge de 92 ans le 21 août 1952.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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La Comtesse Greffulhe de Laure Hillerin
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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 07:16
Fausse route de Pierre Mérindol

De temps à autre, j’aime bien extraire des oubliettes de la littérature des auteurs dont on a totalement perdu la trace, on ne sait même plus s’ils sont encore en vie. Pierre Mérindol est, lui, décédé en 2013 et la réédition de son roman « routier » est l’occasion de rendre hommage à sa mémoire.

 

 

 

                                                        Fausse route

Pierre Mérindol (1926 – 2013)

 

 

« L’histoire de cette histoire commence au comptoir… », comment bouder un livre qui commence au comptoir, même s’il ne s’agit que de la préface, une préface goûteuse comme une assiette de charcuterie dégustée à l’heure du casse-croûte sur le zinc d’un bar, avec un pichet de brouilly ou de côte du Rhône. Un morceau d’anthologie qu’il ne faut surtout pas éluder. Cette histoire sent le cambouis, le gasoil, la goldo froide ou fumante selon les moments, le chou, le poireau ou un autre légume encore selon le chargement transbahuté à l’arrière et, les jours de bonne fortune, les relents des étreintes passagères. C’est un road movie des années cinquante, une histoire de routier qui s’ennuie à longueur de journée dans un camion poussif qui se traîne entre Marseille et Paris pour garnir le ventre affamé de la capitale.

 

 

Avec son pote Edouard, le narrateur, fait la route sillonnant la France selon l’axe nord-sud, où l’inverse, en faisant halte dans des auberges ou des hôtels dont les tenanciers sont, à la longue, devenus des amis. La nourriture, que  l’on sert, est riche et goûteuse, les vins ne sont pas frelatés, le gîte est bon et la patronne pas toujours farouche. La route est leur résidence, l’hôtel et l’auberge un lieu de passage indispensable  pour satisfaire les besoins élémentaires. Une vie simple, sans histoire, réglée par l’obligation de livrer à une heure bien précise la marchandise que l’on transporte, une vie qui laisse le temps de flâner le soir, le dimanche et les jours sans frets.

 

 

Et pourtant, un jour, Edouard arrête le camion pour prendre à bord une jeune femme seule sur le bord de la route. Il n’attend d’elle qu’une étreinte passagère mais la fille s’installe bientôt à bord pour faire la route avec les deux amis, s’incrustant de plus en plus dans l’existence d’Edouard au point que ce dernier finit par acheter un bar à la Moufte afin d’installer sa belle à demeure. Ainsi va la vie jusqu’à ce qu’un ancien pote d’Edouard débarque à Paris pour lui demander d’accueillir son fils venu suivre ses études à Paris. Le jeune homme donne un coup de main à la tenancière du bar pendant que le routier sillonne la France mais celui-ci n’est pas tranquille, il a flairé l’embrouille, le drame se noue…

 

 

Le préfacier, Philibert Humm, prévient : « Le roman justement, puisque c’est de lui qu’on cause, n’est pas un chef-d’œuvre inconnu. Autant vous le dire tout de suite. Et c’est précisément ce qui nous plaît ». Non, ce roman n’est peut-être pas le livre inoubliable qu’on imposera aux potaches de France et de Navarre, c’est une histoire simple, une banale tragédie domestique dont regorgent les journaux,  évoquant les gens simples qui se démenaient pour construire une vie décente après avoir traversé une guerre horrible. C’est aussi un portrait de la France de l’après-guerre avec ses bistrots, ses stations-service, ses hôtels de préfecture, ses routes sinueuses et ses lourds camions que nous guettions, sur le bord des routes, avec une grande curiosité. C’est la France de la reconstruction, l’aube des trente glorieuses, une bouffée de nostalgie qui évoque l’enfance de ceux de ma génération. C’est aussi la preuve qu’il ne faut pas laisser les auteurs, comme Mérindol, enterré à jamais dans le cimetière des écrivains oubliés. Rappelons-nous que cet auteur, avant de faire une longue carrière journalistique au Progrès de Lyon, a traîné sa misère du côté de Montparnasse avec Robert Giraud et Robert Doisneau avant que ce dernier devienne célèbre et laisse ses camarades de bohème orphelins.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 07:48
Qu'une étoile se lève...

Qu’une étoile se lève au large de la mer
je te la dédierai,
qu’une lune pose sur l’horizon l’orbe rousse des songes
je l’entretiendrai de toi,
que, sous la cendre bleue, le feu couve
et les légendes se mettent à causer, ô mon prince !
Pareil au seigneur, étranger à son empire,
tu descends parmi les saules et les lentilles,
le cours du temps amoureux de la terre noire.
En quelle ère lointaine, inconnue de la mémoire,
es-tu né pour offrir à la postérité ce visage immuable ?
Semblable au potier, tu modèles ta pensée,
pareil à César, tu effaces les traces
des heures trop vite ensevelies sous la poussière.
Au passé, tu refuses cette épopée du deuil
qui tente parmi les ombres un ultime passage,
comme si la mer, amarrée à sa lande,
s’était engagée à la victoire. Mais non, il faut attendre !
Mon prince résolu n’a point encore armé de flotte pour la conquête,
il regarde les ténèbres se faner dans sa main,
rose funèbre, effeuillée, sans parfum.
Est-il trop tôt, est-il trop tard,
pour que la terre, oublieuse de sa genèse,
se libère des entrailles nocturnes qui la tiennent,
dépréciée et sans règne,
et que, dans un sursaut, elle renaisse enfin,
hors de l’espace et hors du temps,
toute d’espérance et délivrée, ô mon prince,
selon ta volonté et selon ta promesse,
prête à appareiller vers le Royaume
accessible seulement à l'esprit ?

 

 

J’entends des rumeurs :
des voix nous disent
que le temps a achevé son œuvre.
Ne craignons pas,
tout le fini s’efface. Ce n’est plus l’heure
du doute et de l’effroi.
Quels feux illuminent nos saisons,
quelle brume cache le provisoire à nos yeux ?
Et pourquoi nos paupières seraient-elles lasses,
alors que l’on surprend des rires et des chants,
que pas à pas nous avançons
dans l’ivresse sainte du pardon ?

 

Armelle Barguillet Hauteloire Extraits de « Profil de la Nuit – Le temps fragile »

 

 

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Qu'une étoile se lève...
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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 09:35
De gauche à droite : Edmée, Armelle et Adèle.
De gauche à droite : Edmée, Armelle et Adèle.

De gauche à droite : Edmée, Armelle et Adèle.

Paysage depuis le manoir des Frémonts.

Paysage depuis le manoir des Frémonts.

Cela fait plusieurs années, que chaque été la Belgique vient visiter la France sous les traits d’une ambassadrice de charme Edmée de Xhavée. Elle ne vient pas seule, toujours accompagnée d’une amie d’enfance, tout aussi Belge qu’elle, mais qui demeure en France depuis de longues années : Adèle. Ces retrouvailles sont toujours un moment d’exception. Je vous en avais déjà parlé l’an passé, lorsque mon mari et moi sommes allés leur rendre visite, non loin de Caen, dans une maison typiquement normande, au charme envoûtant, enclave de verdure au centre d’une large plaine. Cette année, ce sont elles qui sont venues nous voir à Trouville, et l’occasion s’est trouvée de nous replonger dans l’ambiance proustienne qui pare notre colline d’un attrait supplémentaire. Les manoirs, qui nous entourent, ont tous été le lieu privilégié d’un grand nombre de rencontres entre Proust lui-même et quelques-unes  des personnalités qui ont inspiré son roman « A la recherche du temps perdu ». C’est au manoir des Mûriers - que son mari fit construire après qu’elle ait  loué plusieurs années celui de la Cour-Brûlée à Mme Aubernon - que Madame Straus, veuve de Bizet, se plaisait à tenir son salon d’été que fréquentaient Proust, bien entendu, mais également Fauré, Maupassant et bien d’autres ; c’est ici,  au manoir des Frémonts, que  la famille Finaly et la ravissante Marie que Proust, jeune alors, couvait d’un regard attendri, ont reçu en 1891 et 1892 ce jeune homme ébloui par les trois vues que lui offrait la propriété, l’une  sur la mer et les deux autres sur la campagne environnante, si bien que cette demeure est devenue en littérature celle de la Raspelière, à jamais immortalisée par les mots coulés, comme à dessein, dans un style incomparable :

 

« De la hauteur où nous étions déjà, la mer n’apparaissait plus, ainsi que de Balbec, pareille aux ondulations de montagnes soulevées, mais, au contraire, comme apparaît d’un pic, ou d’une route qui contourne la montagne, un glacier bleuâtre, ou une plaine éblouissante, situés à une moindre altitude. Le déchiquetage des remous y semblait immobilisé et avoir dessiné pour toujours leurs cercles concentriques ; l’émail même de la mer, qui changeait insensiblement de couleur, prenait vers le fond de la baie, où se creusait un estuaire, la blancheur bleue d’un lait où de petits bacs noirs, qui n’avançaient pas, semblaient empêtrés comme des mouches. Il ne me semblait pas qu’on pût découvrir de nulle part un tableau plus vaste. Mais à chaque tournant une partie nouvelle s’y ajoutait, et quand nous arrivâmes à l’octroi de Doville, l’éperon de falaise qui nous avait caché jusque-là une moitié de la baie rentra, et je vis tout à coup à ma gauche un golfe aussi profond que celui que j’avais eu jusque-là devant moi, mais dont il changeait les proportions et doublait la beauté. »

 

 

Malheureusement les pommiers n’étaient pas en fleurs. Autrement, poursuivant notre promenade sur la colline, qui ne cesse de nous découvrir de merveilleux horizons, ceux-ci ne cessant de se parer des lumières les plus diverses, nous aurions pu admirer, comme Proust le fît, les pommiers dans leur efflorescence :

 

«  L’horizon lointain de la mer fournissait aux pommiers comme un arrière-plan d’estampe japonaise ; si je levais la tête pour regarder le ciel entre les fleurs, qui faisaient paraître son bleu rasséréné, presque violent,  elles semblaient s’écarter pour montrer la profondeur de ce paradis. Sous cet azur, une brise légère mais fraîche faisait trembler légèrement les bouquets rougissants. Des mésanges bleues venaient se poser sur les branches et sautaient entre les fleurs, indulgentes, comme si c’eut été un amateur d’exotisme et de couleurs qui avait artificiellement créé cette beauté vivante. »

 

 

Cette visite de nos deux amies était donc frappée du sceau de la littérature et comment en aurait-il été autrement pour des amoureuses de cet art qui donne des ailes aux mots tracés, du cœur aux phrases suspendues, de l’encre aux souvenirs assoupis dans la mémoire. Ainsi la journée s’est-elle achevée avec le soir qui descend doucement sur la mer, avec les lueurs vespérales qui apaisent les reliefs et fondent en une douceur voluptueuse les clartés trop vives du jour. A l’année prochaine, chères amies, et que la vie vous soit douce et sereine …

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Manoirs de la Cour-Brûlée et des Mûriers où Madame Straus, veuve de Bizet, demeura et tint son salon d'été.
Manoirs de la Cour-Brûlée et des Mûriers où Madame Straus, veuve de Bizet, demeura et tint son salon d'été.

Manoirs de la Cour-Brûlée et des Mûriers où Madame Straus, veuve de Bizet, demeura et tint son salon d'été.

Manoir des Frémonts et dessein de Jacques-Emile Blanche exécuté aux Frémonts en 1891.
Manoir des Frémonts et dessein de Jacques-Emile Blanche exécuté aux Frémonts en 1891.

Manoir des Frémonts et dessein de Jacques-Emile Blanche exécuté aux Frémonts en 1891.

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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 07:37
Le bateau-usine de Kobayashi Takiji

Arrêté puis torturé à mort après la publication de ce livre, Takiji est un excellent représentant de la littérature sociale. Ce roman servit longtemps de manuel d’enseignement à l’intention des nouvelles recrues du parti communiste dans de nombreux pays.  Malgré cette connotation politique très marquée ce roman a une réelle qualité littéraire qui provoqua sa renaissance au début du XXIe siècle.

 

 

 

Le bateau-usine

Kobayashi Takiji (1903 – 1933)

 

 

 

« C’est parti ! En route pour l’enfer ! » Dès la première phrase de ce roman, Takiji annonce la couleur, on sait immédiatement où va nous emmener le Hakkô-maru, navire-usine qui quitte le port de Hakodate, un port de l’île de Hokkaido, à la pêche aux crabes dans la Mer d’Okhotsk  en défiant les  Russes encore ennemis privilégiés du Japon après la guerre russo-japonaise. La vie à bord de ces bateaux est encore pire que dans les mines décrites par Zola. Ces bateaux ne sont pas considérés comme des navires et échappent donc aux lois régissant la vie à bord et tout autant à celles réglementant le travail dans les usines, c’est un véritable espace de non-droit où même le capitaine n’est pas maître à bord, il doit subir le pouvoir de l’intendant représentant de l’armateur et véritable patron à bord après l’empereur.  Le Hakkô-maru affronte des tempêtes et des grains que Takiji décrit aussi brillamment que Joseph Conrad quand il dépeint un Typhon en Mer de Chine ou que Francisco Coloane quand il nous entraîne Dans le sillage de la baleine dans les mer du sud. Les bateaux-usines japonais sont des rafiots déglingués, vieux navires hôpitaux ou transports de troupes mis au rebut après la guerre russo-japonaise et transformés, au moindre coût, en navires-usines pour le plus grand profit des capitalistes qui arment ces navires pour la  très lucrative pêche aux crabes sans aucune considération pour la vie des  nombreuses personnes employées à bord pour la conduite du navire, la pêche et la fabrication des conserves.

 

 

Ce livre écrit par Takiji en 1929, fut immédiatement interdit et son auteur recherché par la police dans le cadre de la lutte contre les mouvements de gauche fleurissant à cette époque au Japon. Takiji fut donc contraint de se réfugier dans la clandestinité pendant deux ans, il fut finalement arrêté par la police et mourut sous la torture en 1933. La publication, en 2008, dans la presse, d’un échange entre deux éminentes figures de la gauche japonaise, évoquant ce livre dans leur propos, provoqua un véritable raz de marée littéraire. Ce texte devint alors un classique de la littérature prolétarienne japonaise et  fut édité dans de nombreuses langues. Il reste aujourd’hui un ouvrage de référence pour étudier la lutte prolétarienne contre le capitalisme galopant.

 

 

Ce livre a une réelle dimension littéraire, il n’est pas abusif de comparer certains passages, certaines scènes concernant la vie en mer, notamment quand celle-ci est mauvaise, à des textes de Conrad ou de Coloane, mais il faut bien admettre que Takiji a écrit ce roman pour démontrer l’emprise du patronat capitaliste sur le sous-prolétariat constituant la main d’œuvre à bord de ces navires et la possibilité pour celui-ci de renverser les rôles en se soulevant, à l’unisson, contre les profiteurs qui l’exploitent. L’auteur a situé ce manifeste, ce manuel de révolte, sur un navire pour disposer d’un monde clos où les deux forces en présence peuvent  s’affronter sans intervention extérieure, même si un destroyer se mêle un peu de l’affaire. Ce livre servit donc très souvent de manuel de propagande pour le parti communiste auquel appartenait Takiji sans que cela retire quoi que ce soit à sa qualité littéraire.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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