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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 09:02
La petite gamberge de Robert Giraud

Une balade truculente dans le Paris de l’après-guerre avec une petite bande de malfrats pas très doués, un retour dans une littérature démodée mais toujours aussi jouissive.

 

 

La petite gamberge

Robert Giraud (1921 – 1997)

 

Encore un ouvrage tiré du cimetière des livres oubliés par le Dilettante, encore une balade dans les rues de la capitale, une croisière dans les rades de la Rive Gauche à la Bastille, de la Moufte à la Rambute, un livre comme je les affectionne, une verve qui rappelle Blondin, Audiard, Fallet et quelques autres encore, un roman de Robert Giraud publié en 1961. L’histoire d’une bande de petits truands aux maigres ambitions, trop émotifs pour supporter l’alcool que ses membres ingurgitent, le venin qui glisse dans la mécanique de leur amitié, le grain de sable qui va remettre en cause leur belle assurance et leur avenir insouciant.

 

Comme l’écrit le préfacier, Olivier Bailly soi-même, biographe de l’auteur : « La Petite Gamberge est un éloge de l’errance. Bob (pseudonyme de Robert Giraud) peint ses personnages avec tendresse. Il les regarde évoluer, échouer lamentablement dans leur entreprise. Mais, il ne les juge jamais ». « Pour une équipe, c’était une belle équipe. Oui, de première, cinq bons gorilles, tous bien potes, qui s’occupaient ensemble et ne se quittaient jamais. Dans le milieu ils n’étaient que de vulgaires voleurs de lapins, mais parmi leur entourage à eux, ils étaient quelqu’un ». Un roman qui commence comme ça, je ne peux pas le lâcher facilement, j’ai envie de savoir qui sont ces petits malfrats et comment ils vont se prendre les pieds dans le tapis des combines mal ficelées.

 

A la Vieille Treille, rue Mouffetard, autour de la table qui leur était réservée dès la fin de la matinée, il y avait là Bouboule, le boss, celui qui dégotait et combinait les bons coups, ceux qui devaient les rendre riches à jamais ; le Manchot qui n’avait pas perdu son bras à la guerre comme il le racontait mais qui savait causer aux serrures les plus récalcitrantes ; Roger-perd-son-froc, toujours fagoté comme l’as de pique avec le bénard en berne ; la Douleur avec son air miséreux et pleurnichard mais aussi avec sa camionnette si précieuse pour le transport des marchandises ; enfin Pierrot la Tenaille, le petit jeunot, celui par qui la poisse a dégouliné sur la bande.

 

Bouboule a monté le plus beau coup de la bande, tout a fonctionné comme prévu, La Douleur a planqué la marchandise nul ne sait où, la petite bande festoie et attend le moment opportun pour liquider les trophées. Mais, les poulets pistent Roger, personne ne croit au hasard, les soupçons naissent, épaississent, se focalisent, accouchent d’une certitude, le drame se noue, la tragédie est jouée.

 

Giraud a écrit l’histoire de l’une de ces petites bandes de truands qui hantaient les bistrots de certains quartiers parisiens, des pauvres gars issus de la guerre sans y avoir brillé, les poches vides, à la marge, pas encore à la cloche, mais pas très éloignés tout de même. Cette classe sociale haute en couleur, forte en gueule, qui a fait le bonheur de quelques écrivains et de certains metteurs en scène.

 

Comme Modiano, « Le Dilettante » prend plaisir à balader ses lecteurs dans les vieux quartiers de Paris, dans ses bouges et ses rades, dans les pas des gens simples et souvent démunis, dans des textes de Mérindol, Calet et autres... Bouboule aurait pu croiser Monsieur Jadis entre le Bar Bac et la Vieille Treille et Robert Giraud a certainement partagé un gorgeon, et même plusieurs, avec Antoine Blondin et sa bande d’assoiffés.

Denis Billamboz

 

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29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 08:15
Dictionnaire amoureux de Saint-Pétersbourg de Vladimir Fédorovski

Ceux qui aiment Saint-Pétersbourg ou rêvent de s’y rendre un jour se doivent de se procurer ce merveilleux dictionnaire amoureux qui leur révélera, à la suite de chapitres éclairants, l’histoire de la ville, ses beautés cachées, les événements qui ont marqué son existence depuis qu’elle a été édifiée par Pierre le Grand au tout début du XVIIe siècle. « Tsar génial, cruel, tendre et sauvage » - nous dit l’auteur Vladimir Fédorovski, « dont l’imagination et la volonté ont transformé son pays en empire et fait jaillir sa nouvelle capitale des marécages en 1703. » En fondant Saint-Pétersbourg, ce Romanov donnait sa réponse à cette question essentielle : d’où vient la Russie et vers quoi veut-elle aller ? En offrant à son immense pays cette ville miraculeuse, il faisait entrer la beauté, la culture au bord du golfe de Finlande ouvert sur les vents de la Baltique, cette mer qui avait vu à de nombreuses reprises la marine du roi de Suède affronter celle des tsars russes. Pays où les femmes ont tenu des rôles éminents, bâtisseuses comme le furent l'impératrice Elisabeth, fille de Pierre le Grand, ou Catherine II qui contribuèrent grandement à parachever l’œuvre entreprise et parèrent Saint-Pétersbourg et ses environs de palais fabuleux dont le Palais d’Hiver et celui de Tsarkoïe Selo, œuvres de l’italien Francesco Rastrelli « qui inventa son propre style, associant dans une heureuse symbiose des composantes à première vue incompatibles en alliant le rococo autrichien, le goût décoratif à la française et la tradition russe inspirée des églises de Novgorod ». Et cette alliance produisit un décor d’une splendeur à couper le souffle, décor qui se mire dans les eaux de la Neva en un incomparable faste et une féerie inattendue de couleurs qui est la caractéristique de la ville.

 

 

En lisant ce dictionnaire, vous saurez tout sur les personnages incontournables qui ont bâti son histoire, l’ont illustrée, des tsars comme Alexandre Ier, l'empereur mystique, qui combattit Napoléon et occupa Paris après la bataille de Leipzig en 1814 sans commettre de pillages tant il aimait et admirait la France – fait remarquable que soulignera Chateaubriand dans ses Mémoires d’Outre-Tombe – puis Alexandre II qui initia l’abolition du servage mais n’en fut pas moins assassiné par un groupe de jeunes terroristes. Par la suite, on élèvera la cathédrale « Saint Sauveur sur le sang Versé » sur les lieux du crime avec les deniers de la famille impériale. Quant à son fils Alexandre III, il abolira, dès son investiture, la plupart des  réformes libérales de son père. Nicolas II débutera son règne sous de funestes présages, dont le pire est celui qui se produisit le jour même de son sacre. Au cours d’une bousculade incroyable 1389 personnes périront piétinées par la foule et  1389 seront blessées. Ce souverain tourmenté et indécis ne pourra effacer cette faute originelle. Par ailleurs, ce dictionnaire vous fera découvrir des personnalités diverses et souvent hautes en couleur, le danseur Nijinski, les poètes Alexandre Pouchkine mais également Maïakovski ou Anna Akhmatova, dont l'existence fut une tragédie de tous les instants, le premier ministre de Nicolas II Piotr Stolypine qui voulait moderniser l’empire russe mais fut renvoyé par le tsar trop faible ; le flamboyant Potemkine, grand amour de Catherine II et l’un des plus grands hommes d’état de la Russie : « Potemkine, c’était la Russie même, la Russie colossale et riche, capable du meilleur et du pire, qui oscille entre la fécondité rapide, l’exubérance de l’été et le long et stérile repos de l’hiver ». N’oublions pas non plus des personnages plus étranges et inquiétants comme Grigori Raspoutine, l’âme damnée de Saint-Pétersbourg et de la malheureuse impératrice Alexandra, ou le Chevalier d’Eon qui fut un incontestable mystificateur ; enfin entrons dans les jardins, ceux des palais sont toujours d’une grande harmonie et d’une subtile beauté, irradiés de tulipes et de lilas lors des nuits blanches et pourquoi pas au théâtre Mariinsky, baptisé ainsi  en hommage à Marie, fille du tsar Alexandre II, où Marius Petipa créera ses plus belles chorégraphies. En soixante années de présence, il composera soixante ballets et élargira le lexique de la danse en créant d’innombrables pas. Attardons-nous enfin sur les ponts, pas moins de 342, tant la ville est parcourue par les eaux dont celles de la Neva qui enlace les îles de son cours sinueux avant de se perdre dans la Baltique, si bien que l’on peut considérer la ville comme un musée des ponts. Ces ponts sont tantôt légers ou monumentaux, bossus, énormes ou petits, œuvres d’art possédant chacune sa propre expressivité artistique et procurant à la ville son cachet incomparable. Enfin n'oublions pas Saint-Pétersbourg, ville martyre lors du siège de Léningrad - nom de la ville à l'époque stalinienne - qui subit un siège de 29 mois du 8 septembre 1941 au 27 janvier 1944, après que le Führer eut donné l'ordre de la raser parce qu'elle était le symbole du "génie slave". Confrontée à la famine, la population fera preuve d'un courage exceptionnel, mais ce blocus causera la mort de 1 250 000 habitants dans une ambiance apocalyptique. Durant ces trois années, la population affamée, affaiblie, sacrifiée survivra dans des conditions extrêmes. L'armée allemande avait occupé les résidences impériales autour de la ville ; en les quittant, elle fera brûler ces grands palais, sauter la cascade de Peterhof et pillera les collections. A peine libérée, la cité entreprit un travail de restauration qui est sans doute sans précédent dans l'Histoire par son ampleur et sa minutie. 

 

Voici un aperçu des mystères et secrets qui vous seront révélés par cet ouvrage sur une ville qui ne ressemble à aucune autre, vagabondage en des lieux magiques chargés d’épreuves et également d’innovations sublimes, lourds d’un passé qui, tour à tour, fut glorieux et tragique, et d’une architecture dont les murs conservent jalousement la mémoire.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter mes articles sur la ville de Saint-Pétersbourg et ses palais environnants, cliquer sur leurs titres :
 

SAINT-PETERSBOURG OU LE SONGE DE PIERRE

PETERHOF OU LA MAISON DE PIERRE

TSARSKOIE SELO OU LA SPLENDEUR IMPERIALE

PAVLOVSK OU LE SOURIRE d'UNE NUIT d'ETE

   

 

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Dictionnaire amoureux de Saint-Pétersbourg de Vladimir Fédorovski
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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 08:14
L'argent de Charles Péguy

Personne n’a oublié Péguy romancier et Péguy poète, mais bien peu doivent se souvenir que cet auteur majeur a été aussi un essayiste qu’on devrait peut-être relire en cette période d’élection sur fond de crise économique.

 

 

                                         L’argent

Charles Péguy (1873 – 1914)

 

Les différentes crises, qui ne sont que les épisodes d’une même et profonde dépression qui affecte l’économie mondiale depuis la fin des Trente Glorieuses, ramènent cet essai de Charles Péguy sur l’argent au cœur de l’actualité. Ce texte publié en 1913, juste avant le conflit mondial qui sera fatal à son auteur, nous rappelle que cet affrontement est aussi l’aboutissement d’une grande effervescence sociale et économique. Il serait donc profitable de méditer ce que Péguy pensait à cette époque avant de se projeter dans un avenir bien incertain.

 

En essayant de comprendre les arguments de Péguy, j’ai eu l’impression de me retrouver dans certains cours d’histoire, juste après 68, où des professeurs très politisés essayaient de faire entrer les idées, les événements, les mouvements de pensée,… dans des grilles de lecture prédéfinies permettant de justifier leur propre engagement politique. J’ai eu ainsi la nette impression que l’auteur se servait de sa propre expérience, de son vécu, pour construire une théorie pouvant servir de fondation à une action politique capable de sortir le monde de la situation dans laquelle il était englué en 1913.

 

La théorie de Péguy est audacieuse, elle cherche à combiner les forces et les idéaux des deux institutions les plus puissantes du pays : les hussards noirs de la République et l’Eglise, deux institutions idéologiquement opposées mais, d’après Péguy, complémentaires dans leur mission. Je n’oserai aucun jugement sur cette théorie, je me contenterai de constater ce que l’auteur a écrit et chacun, après la lecture de cet essai, pourra se faire sa propre opinion. Nombreux sont ceux qui ont cherché à comprendre Péguy mais chacun a eu un avis différent, ce que le préfacier explique dans une note : « on a tourné sur tous les modes autour de l’insaisissable Péguy, nationaliste, libertaire, catholique, socialiste, anticlérical, dreyfusard, réactionnaire… »

 

Dans cet essai, Péguy fait l’apologie d’un temps où le travail n’était pas une vulgaire marchandise, où il était souvent un art, où il n’avait pas encore connu les transformations liées au productivisme et à la rentabilité. Lui-même a connu l’artisanat dans sa famille et le travail qu’il prétend noble. « Travailler était leur joie même, et la racine profonde de leur être. Et la raison de leur être ». Il présente le travail comme un mode de vie, le travail pour le travail, pour le travail bien fait, pour l’honneur, pas pour l’argent ou un quelconque avantage.

 

Mais les temps ont changé et les valeurs ont été bouleversées. "Le monde a moins changé depuis Jésus-Christ qu’il n’a changé depuis trente ans". Avec la révolution industrielle, une nouvelle classe  s’est fortement renforcée : la bourgeoisie a pris le pouvoir, tous les pouvoirs. « C’est parce que la bourgeoisie s’est mise à exercer un chantage perpétuel sur le travail de l’homme que nous vivons sous ce régime de coups de bourse et de chantage perpétuel que sont notamment les grèves ». Et il enfonce fermement le clou : "Tout le mal est venu de la bourgeoisie. Toute l’aberration, tout le crime. C’est la bourgeoisie capitaliste qui a infecté le peuple".

 

Péguy rêve de ce temps où « On ne gagnait rien ; on ne dépensait rien ; et tout le monde vivait. » « On ne gagnait rien, on vivait de rien, on était heureux ». Ce temps où l’argent était seulement le fruit du travail, l’argent nécessaire à la vie en société mais pas le maître du monde. « L’argent est plus honorable que le gouvernement, car on ne peut pas vivre sans argent, et on peut très bien vivre sans exercer un gouvernement. L’argent n’est point déshonorant, quand il est le salaire, et la rémunération et la paye, par conséquent quand il est le traitement. Quand il est pauvrement gagné. Il n’est déshonorant que quand il est l’argent des gens du monde. »

 

Il conviendrait donc de revenir vers ce temps où l’argent n’avait pas, selon l’auteur, encore pourri le monde. Ce temps où les hussards noirs de la République se contentaient d’enseigner ce qu’il leur rappelle vertement : " Apprenez-leur donc à lire, à écrire et à compter. Ce n’est pas seulement très utile. Ce n’est pas seulement très honorable. C’est la base de tout " - estimant que, depuis un certain temps, ils auraient failli à leur mission essentielle pour s’intéresser davantage à la politique et au syndicalisme.

 

Le modernisme, sous l’impulsion de la bourgeoisie, aurait perverti la société. « Le modernisme est un système de complaisance. La liberté est un système de déférence. Le modernisme est un système de politesse. La liberté est un système de respect ». Il conviendrait donc de revenir à des valeurs ancestrales pour oublier les turpitudes crées par l’argent trop facile. La figure emblématique de cette perversion est Jaurès qui l’accuse de tous les maux, notamment de celui de la capitulation sous toutes ses formes. Péguy, fils d’artisan pauvre, pur produit de l’Ecole Normale, pense que le travail à la mode artisanale, l’enseignement intègre et honnête sans pollution politique, le retour aux valeurs traditionnelles pourraient sauver le pays. C’est sa vision, même si elle n’est pas forcément très judicieuse, très pertinente, ni totalement empreinte de justice et d’égalité, chacun jugera et appréciera. En attendant, Louise Bottu a eu diablement raison de nous rappeler que Péguy n’était pas qu’un poète un peu oublié.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 09:35
William Faulkner ou l'homme entravé

Il y a quelque temps de cela, j’avais consacré une année entière à la littérature américaine et ce qui m’avait le plus surprise en découvrant la richesse des œuvres était que ces écrivains participent bien peu à ce que l’on a appelé « le rêve américain ». Pour la plupart d’entre eux, nous avons à faire à des auteurs en proie au pessimisme le plus sombre, à une vision de l’Amérique déchirée entre ses diverses populations européennes, africaines et indiennes condamnées à une existence sociale chahutée et à l'ivresse des bas-fonds. L’un de ceux qui m’a le plus marquée est probablement William Faulkner, né dans l’Etat du Mississippi en septembre 1897 et mort dans ce même Etat à Byhalia en juillet 1962, petit homme au physique à la Charlot, issu d’une famille aisée mais dont le père alcoolique a sûrement eu sur ses jeunes années une influence négative.

 

Faulkner a débuté sa carrière par la poésie, considérant qu’un romancier n’est jamais qu’un poète égaré. Lui-même connaîtra plusieurs comas éthyliques. Quant à sa vie publique, il l’illustre dans un premier temps par des petits boulots, sa plume n’étant  pas en mesure de le nourrir, alors même que sa vocation d’écrivain est précoce. Il sera aide-comptable dans la banque de son grand-père, gardien de nuit dans une université, enfin postier ; jobs divers dont il sera licencié les uns après les autres, sans doute faute d’enthousiasme à les assumer.  Sa première oeuvre publiée sera Monnaie de singe, puis en 1921 il publie Moustiques et part faire un voyage initiatique en Europe, principalement en Italie, en France et en Grande-Bretagne. Est-ce cela qui lui inspire un conte féerique L’arbre aux souhaits  dédié à sa future épouse : Estelle Franklin ? En 1929 parait un ouvrage qui aura un plus grand retentissement Le bruit et la fureur puis l’année suivante  Tandis que j’agonise  et en 1931 Sanctuaire . Après trois romans de cette importance en trois ans, sa renommée commence à se faire dans le monde de l’édition et de la culture, cela grâce à sa capacité à forger des personnages atypiques et à dépeindre le clivage qui existe entre race noire et race blanche. En 1939,  il part pour Hollywood écrire des scénarii, lieu où il ne se plaît guère, considérant ce monde de l’apparence totalement factice.  En 1933 sort néanmoins un film tiré de Sanctuaire, si bien que Howard Hawks le rappelle à Hollywood et lui offre un contrat de 1000 dollars la semaine. C’est ainsi qu’il rencontre la secrétaire du cinéaste qui deviendra sa maîtresse, amour qui durera une quinzaine d’années, son mariage avec Estelle Franklin ayant été un désastre.

 

En 1949, le prix Nobel de littérature le projette au premier plan de l’actualité littéraire mondiale et, à la suite de cela, la sortie de chacune de ses œuvres sera un événement. Il en sera ainsi en 1953 pour la publication de Requiem pour une nonne  adapté au théâtre par Albert Camus. Les Européens n’ont-ils pas reconnu, plus vite que les Américains, son incontestable talent ? Faulkner aime d’ailleurs la France et Gallimard devient son éditeur attitré pour tout ce qui paraît en traduction française. Il sera d’ailleurs décoré de la Légion d’Honneur. Fragile des poumons, il mourra d’un œdème pulmonaire à l’âge de 65 ans. L’ensemble de son œuvre est important, pas moins de 54 romans, de 126 nouvelles et de 6 recueils de poèmes, la plupart d’entre eux déroutants et déconcertants. Ce mythomane a su pointer du doigt presque tous les drames psychologiques d’une humanité sur laquelle il pose un regard pessimiste, fruit d’une observation d’une extrême tension. Comme Balzac, il a promené la plupart de ses personnages dans plusieurs de ses romans, usant ainsi d’une clé de lecture et d’une continuité psychologique, La condition humaine  étant l’une de ses œuvres de référence.

 

En 1929, lorsque paraît Le bruit et la fureur aux Etats-Unis, le fiasco est total auprès d’un public  sans doute mal préparé à recevoir un tel ouvrage. Ce, à l’exception d’une poétesse qui rédige un éloge de six pages, ayant deviné la puissance incroyable de ce texte. Peu d’amour, il est vrai, dans cette œuvre mais beaucoup de haine et de violence et souvent une description de personnages handicapés. Le mal de vivre fait ici son entrée en  pleine page. Ce roman n'est-il pas né d’une image mentale et le titre emprunté à  Shakespeare, soit une histoire vue et racontée par un simple d’esprit, un idiot. Les événements nous parviennent par le biais de monologues intérieurs. La traduction de la plupart des romans de Faulkner sera rendue d’autant plus difficile que l’auteur use d’un vocabulaire d’une incroyable richesse. Par ailleurs, pas de logique affirmée, William s’octroie toutes les libertés d’images et de visions avec une attirance inéluctable pour le néant.

 

Sanctuaire  sera son premier succès commercial sans être pour autant un best-seller. Ce livre est inspiré d’un sordide fait divers : un viol. Tragédie grecque et fable vénéneuse où Jane, une collégienne fugueuse, se retrouve dans une ferme, puis se fait agresser avant de  finir dans une maison close. Récit plus linéaire chronologiquement, ce qui n’est pas toujours le cas de ses autres romans où le temps ne cesse de se contracter, de se crisper dans un climat obsédant. Temps d’un cauchemar éveillé qui laisse un goût amer et durable dans l’esprit du lecteur. Popeye, être maléfique, gringalet, étriqué, monstre hybride aux frontières de l’artifice et de l’humain. Il y a en lui de l’automate et de l’animal dans son désordre permanent. Dans cet ouvrage, les mâles sont des voyeurs et des violeurs en puissance. Tout se passe dans le regard : on s’espionne, on se dénonce et, au final, tout est faux. Chacun porte un masque et la malédiction apparaît partout, entre autre celle qui a nourri et marqué la guerre de Sécession. Pas de regard moral non plus pour condamner l’un ou l’autre des personnages, le romancier laissant une liberté de jugement total à son lecteur.

 

Faulkner considérait que les Noirs devaient avoir les mêmes droits que les Blancs, à une époque où cela n’était pas encore dans  la perspective morale du peuple américain. Mais il n’était pas moins profondément un homme du Sud où l’on pensait que les maîtres étaient blancs et les domestiques noirs. Sa littérature peut se résumer par le grand écart qu’il s’impose entre grandeur et dérision, grand écart qui empêche l’homme de se réaliser pleinement, aussi ses récits ne cessent-ils de prouver que tout accomplissement est un jour ou l’autre empêché, si bien que son  œuvre est proche de la psychanalyse puisque l’on y voit l’homme en proie à des aspirations impossibles, entravées en permanence dans leur réalisation.

Faulkner est publié dans la collection de la Pléiade chez Gallimard depuis 1977 ou 4 tomes sont consacrés à son œuvre romanesque.
 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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William Faulkner ou l'homme entravé
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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 07:54
Soudain j'ai entendu la voix de l'eau de Hiromi Kawakami

Hiromi Kawakami, une japonaise d’une cinquantaine d’années, raconte avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse une histoire d’amour qui réunit un frère et une sœur. Une histoire qui n’a rien de scandaleux si on considère seulement l’amour qui unit ces deux êtres.

 

 

Soudain, j’ai entendu la voix de l’eau

Hiromi Kawakami (1958 - ….)

 

 

« Soudain, j’ai entendu la voix de l’eau », de l’eau que même la Muraille de Chine n’a jamais pu arrêter, de l’eau qui compose nos corps, de l’eau que Ryô répand dans le corps de sa sœur Miyakô. Miyakô et Ryô, un frère et une sœur vivent ensemble depuis que leur mère est morte et qu’ils n’ont pas voulu rester seuls chacun de leur côté. Miyakô, l’héroïne et la narratrice de cette histoire, entraîne le lecteur dans une introspection au sein d’un huis clos familial composé d’elle, la fille aîné de la famille qui travaille à la maison, de Ryô le frère cadet qui vit avec elle, de la mère qui décède trop tôt, du père qui s’éloigne après le décès de la mère, de Takejei celui qui a toujours aimé la mère sans jamais pouvoir l’épouser et d’une seule et unique amie.

 

Miyakô nous conte l’histoire de cette famille dans un texte doux, délicat et tendre sans aucune violence, une prose qui coule paisiblement comme l’eau qui baigne les corps. Totalement plongée dans le passé de cette famille, sans jamais essayer d’entrevoir l’avenir, elle essaie de comprendre comment elle est tombée amoureuse de son frère et comment ils en sont venus à partager leur vie. La mère, qui préférait le frère, rayonnait et attirait l’amour et la sympathie tout en fascinant sa fille qui l’admirait. « Maman était morte mais elle continuait à vivre en moi. Si bien que même si j’étais seule, je ne pouvais pas être seule ». La mère disparue, la fille a reporté cet attachement viscéral sur le frère qu’elle a toujours aimé tendrement et plus encore après qu’ils ont appris que leur père n’était pas leur père biologique.

 

Une réflexion sur la raison d’être, l’amour, la famille, la vieillesse et la mort, une réflexion totalement détachée du contexte historique et social, sauf de la guerre que la narratrice n’a pas vécue mais dont elle connaît bien les méfaits qu’elle a causés à la famille et de l’attentat au gaz sarin en 1995 qui aurait pu être fatal au frère. Une réflexion qui l’amène à penser que le hasard joue un grand rôle dans ce que nous devenons et ce que nous vivons. « Nous ne sommes pas constitués de la signification que revêtent les événements, les choses qui se sont passées. Nous existons simplement au gré de ce qui nous arrive, nous sommes ce que nous sommes par hasard, pas la peine d’aller chercher plus loin ». Si bien que l’existence n’est qu’une évidence simple que les hommes se complaisent à complexifier. «Tu ne crois pas que le monde serait plus supportable si les êtres humains étaient capables de dominer leurs sentiments ?»

 

La narratrice, et peut-être même l’auteure, essait de nous faire comprendre que la vie serait une chose douce et facile si nous acceptions de la prendre comme elle nous est offerte par le hasard et façonnée par notre passé. L’avenir, il suffit de l’affronter et de l’accepter. « Le mot de vieillesse est un mot avec lequel nous n’arrivons pas à nous familiariser. C’est comme s’il ne nous restait plus beaucoup de temps, une impression de ce genre. C’est peut-être aussi que nous ne voulons pas y penser, une sorte de préjugé, une illusion. » Et la famille n’est pas un débat, c’est comme ça, car les sentiments ne se gouvernent pas, pas plus que le cours de l’eau ne peut être entravé. « Dans la mesure où nous sommes ensemble depuis l’enfance, nous formons une famille, non ? »  A chacun sa vie, à chacun ses amours !

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Soudain j'ai entendu la voix de l'eau de Hiromi Kawakami
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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 16:40

 

  faberge3.jpg

 

Voilà Pâques et ses carillons, ses bouquets de fleurs, quelque chose dans l'air d'allégé, dans les vitrines des pâtisseries les gros oeufs en chocolat, enrubannés de couleurs vives. Lorsque j'étais petite fille, j'achetais toujours à ma mère un lapin en nougat, parce que j'étais sûre qu'elle le partagerait avec moi. Une fois, je n'avais pu résister et osé croquer l'une des oreilles. Mes parents avaient ri sous cape, puis, gentiment admonestée pour ma gourmandise.

 

 

J'aime à évoquer les Pâques de mon enfance. Curieusement, dans mon souvenir, il faisait toujours beau. Est-ce parce que j'étais en vacances et que nous nous réjouissions à l'idée de découvrir, cachées dans les bosquets, les friandises que les adultes y avaient déposées. Il suffit de peu de choses pour enluminer le passé. La mémoire s'y emploie avec brio. Je me souviens que les pelouses se piquetaient de coucous et de jonquilles, que les cerisiers et les prunus étaient en fleurs et que les cloches, qui carillonnaient, annonçaient la plus belle des résurrections : celle de la nature.

 

 

Pour ceux qui croient au ciel, ce jour est différent des autres. Et pour cause : quelqu'un est venu leur dire que la Création était le fruit d'un projet, que la vie avait un sens et que la mort n'était qu'un passage obligé. C'est réconfortant, même si la Science a décrété que l'on ne pouvait croire qu'à ce qui était vérifiable. Or l'homme qui croit au ciel pense que tout n'est pas vérifiable. L'univers existe, bien que nous ignorions son origine, ne puissions contrôler chacun des éléments qui le composent, ni même nous assurer de l'ampleur de l'espace-temps qu'il occupe. Tant de données et de paramètres nous échappent. Notre esprit est encombré de suppositions et de conjectures qui resteront à jamais à l'état d'hypothèse. Alors, puisque nous sommes si souvent contraints aux postulats, une transcendance souhaitée, à défaut d'être assurée, n'est-elle pas la plus noble des espérances, le pari de Pascal revisité, un peu de rêve tenu en haleine, auquel les humains que nous sommes, cernés de tous côtés par le mystère, aspirent en secret ?

 

 
Je reproche à notre époque son refus du sacré, refus comme institutionnalisé qui suscite fatalement de profondes divisions entre les êtres. Nous vivons dans une société  dont le socle fondateur se fissure. On évoque à tous propos les guerres de religion, mais c'est au nom du refus du religieux et du sacré que les guerres de demain risquent de se produire. Le sacré représentait un refuge, assurait une stabilité. Un refuge opposé au néant qui engloutit, anéantit, annihile. " Le néant conçu comme une absence de tout" - écrivait Bergson. Et il est vrai que le matérialisme n'ouvre aucune perspective... Une société matérialiste n'a d'autre aspiration que de satisfaire au mieux  ses envies et de jouir des biens de consommation qui lui sont proposés. Cela dans l'immédiat sans parvenir à inclure cette fiction permanente dans la durée. Ainsi va-t-elle dans le sens de l'asservissement qui, tôt ou tard, lui sera imposé par les tenants d'un pouvoir qu'elle subira sans broncher, puisqu'elle n'a ni ambition, ni idéal. Les grands trusts l'ont compris et savent où placer leur intérêt : ils la tentent, la flattent et l'assurent que tout se monnaye, qu'il suffit d'y mettre le prix ... Mais l'amour, la foi, l'espérance s'achètent-ils ?

 


Pâques pour celui qui croit au ciel est la conviction intime que rien n'est définitivement fermé et que ce que l'église appelle la communion des Saints est d'abord et avant tout la communion des Vivants, à l'égard desquels nous avons chacun un devoir et une responsabilité, afin que ces vivants nous deviennent proches, nous deviennent frères, et que ma liberté ne soit jamais que l'assurance de la leur.

Alors à ceux qui croient au ciel et à ceux qui n'y croient pas  JOYEUSES  PAQUES !

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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Pâques au son des nouvelles cloches de Notre-Dame

 

Les Pâques de mon enfance au Rondonneau

 

 

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Joyeuses Pâques
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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 07:52
La lanterne de l'aubépine de Seamus Heaney

Encore un peu de poésie et encore un Prix Nobel, l’Irlandais Seamus Heaney distingué en 1995, qui propose un chant de paix et de réconciliation à ses compatriotes divisés depuis près d’un siècle maintenant.

 

 

La lanterne de l’aubépine

  Seamus Heaney (1939 – 2013)

 

 

Dans ce recueil de poésie, Seamus Heaney chante sa famille, ses amis, son village perdu dans la campagne, l’Ulster, l’Irlande, les héros mythiques fondateurs de cette nation éclatée après l’intrusion du voisin saxon. Il n’oublie pas les racines mythiques de ce peuple fier, cherchant ses références aussi bien dans la Bible, Beowulf ou les poètes et prosateurs des siècles derniers dans un œcuménisme littéraire qui pourrait réconcilier les comtés séparés.

J’étais le dernier comte à cheval dans le courant

Parlementant toujours, à portée de voix de ses pairs.

 

Un peuple fier et courageux mais aussi très bagarreur, croyant facilement en tout ce qu’on peut lui faire croire.

que le percement du canal de Panama

provoquerait l’écoulement de l’océan

et la disparition de l’île par agrandissement.

Un peuple divisé qui n’arrive pas à oublier les vieilles haines qui ont opposé leurs ancêtres.

Un pavé lancé il y a un siècle

Continue de me parvenir, première pierre

Jetée au front d’une arrière grand-mère renégate.

Le poney bronche et c’est l’émeute.

 

Deux clans qui ne parviennent plus à communiquer, où, à l’époque où Heaney a écrit ses vers, il était encore bien difficile de passer d’une partie à l’autre de l’île.

 

Et soudain tu es au-delà, suspect mais libre,

comme ayant gagné au travers d’une cascade

le sombre courant d’une route asphaltée.

 

Heaney, catholique, né dans la partie protestante de l’île, implore dans ses vers ses concitoyens d’oublier les vieilles querelles et de refonder la belle et fière nation qui peuplait l’Irlande avant l’arrivée des Saxons.

 

Aussi, avant de quitter ta maison bien rangée,

Prions. Que l’humus et le guéret,

Noircis par le sang des Celtes et des Saxons ...

 

Seamus a été entendu, en partie au moins, son chant ne s’est pas perdu dans les landes de la verte Erin même si certains peinent encore à oublier et à pardonner.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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La lanterne de l'aubépine de Seamus Heaney
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7 avril 2017 5 07 /04 /avril /2017 08:31
A Chenonceau, il y a quelques années.

A Chenonceau, il y a quelques années.

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Voir Chenonceau ou le revoir, voilà un but d'excursion toujours apprécié. Et comment ne pas se laisser séduire par la beauté des ciels, l'élégance du site, le miroir des douves...

 

 

Chenonceau est sans nul doute le plus délicat des châteaux de la Loire. Partout les raffinements de la galanterie ont guidé la main des architectes et des jardiniers. Une inspiration féminine s'y fait sentir. Celle de Catherine Briçonnet qui sur un moulin fit bâtir un château ; celle de Diane de Poitiers qui sur le Cher fit construire un pont ; celle de Catherine de Médicis qui sur le pont édifia un palais. Ainsi naquit une demeure pleine de grâce et de légèreté.  

 

 

Implanté au coeur du Val de Loire, dans un lieu où tout conspire à la promenade et à la rêverie et où le souvenir de Léonard de Vinci, de Rabelais, Ronsard et du Bellay perdure, Chenonceau apparait penché au-dessus des eaux vertes du Cher dans les marbrures dorées des aurores ou les étreintes fulgurantes des crépuscules comme un rêve de dame.

 



Ce rêve fut d'abord celui de Catherine ou Katherine Briçonnet. La première dame de Chenonceau héritait d'une vieille forteresse que son époux Thomas Bohier s'empressa de détruire et à la place de laquelle cette femme de goût et d'autorité va élever un logis rectangulaire agrémenté de quatre tourelles.  La construction sera placée sous la responsabilité de Pierre Trinqueau qui, par la suite, sera l'un des architectes de Chambord. Le pont-levis d'origine donnait accès à une vaste terrasse qui menait à un portail ouvragé où se trouvaient gravées les initiales des époux bâtisseurs TBK, ainsi que leur devise : " S'il vient à point, me souviendra ". Lorsqu'ils meurent en 1524 et 1526, François Ier est roi de France et, au cours de ses séjours prolongés dans la région, apprécie tant le charme de Chenonceau qu'il en fait don à son fils Henri II, époux de Catherine de Médicis, mais surtout amant de la belle Diane de Poitiers qui ne va pas tarder à s'éprendre des lieux et à se les faire attribuer par lettres patentes. Elle en deviendra propriétaire au printemps 1555 et, sous la conduite de Philibert de l'Orme, architecte du roi, s'emploiera à construire le pont qui relie les deux rives du Cher. Ensuite, elle se consacre avec passion à ses jardins et y dépense des sommes considérables. Il ne faudra pas moins de 14000 journées d'ouvriers, de maçons, de jardiniers, pour mener à bien cette entreprise et créer les allées obliques qui divisent le parc en huit triangles, aligner arbres, fleurs, parterres, bassins, fontaines.

 

 

Lorsqu'en 1559, Henri II meurt des suites d'une blessure reçue lors d'un tournoi, Catherine de Médicis, qui veillait dans l'ombre, a tôt fait de prendre la tête du royaume au nom de son fils François II marié à la délicieuse Marie Stuart et, reléguant sa rivale à Chaumont, de devenir la nouvelle châtelaine de Chenonceau. Italienne, la reine ne l'est pas seulement d'inspiration. Pour son château, chèrement acquis, elle déploie autant de goût que d'audace et entreprend de faire construire une galerie à deux étages sur le fameux pont de Philibert de l'Orme. Commencés en 1576, ces travaux ambitieux ne s'achèvent qu'en 1581. Henri III est alors roi de France, après la disparition de ses deux frères François II et Charles IX, et la reine ne cesse de donner à son intention des fêtes somptueuses qui se clôturent par des feux d'artifice et des spectacles allégoriques en espérant que, distrayant la cour, elles feront oublier les tensions entre catholiques et protestants. Dès cette époque, le château et ses jardins ont déjà la configuration qu'ils ont aujourd'hui. A la mort de Catherine, Louise de Lorraine, sa bru, qui enterre la même année sa belle-mère et son époux Henri III, hérite des lieux mais elle est trop affligée par ses épreuves ( elle sera appelée la reine blanche car toujours vêtue de blanc selon l'étiquette du deuil royal ) pour envisager de changer quoi que ce soit à la demeure, d'autant qu'elle est accablée de soucis financiers. Après elle, César de Vendômois, fils légitimé d'Henri IV et de Gabrielle d'Estrées s'attachera à perpétuer le rêve de la reine de coeur et de la reine de France, si bien que le château et ses jardins conservent leur tracé italien avec les allées en berceau et les promenoirs. En 1650, le jeune roi Louis XIV sera le dernier hôte d'un château bientôt déserté par l'administration royale et la Cour. Dès lors, la résidence ne vit plus qu'avec ses fantômes. Comme sont loin  les fêtes pastorales d'antan où, devant les yeux admiratifs de la petite reine Marie Stuart, des fontaines jaillissaient à chaque détour, où se dressaient des autels antiques au long des allées, où des personnages glissaient entre les arbres et les parterres de fleurs dans des costumes rehaussés d'or, ainsi qu'il convient à un rêve de dame ! Le château, acheté par la famille Meunier, a retrouvé toute sa splendeur et ouvre ses jardins et ses appartements aux visiteurs sous le charme de cette grâce souveraine. 

 

 

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Je me rêve un instant en dame de Chenonceau.

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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 09:14
Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas de Imre Kertész

Dans ce livre ardu, le Prix Nobel de littérature hongrois (2002), Imre Kertész, explique pourquoi il ne comprend pas sa déportation, comme juif, dans les camps de concentration nazi. Il ne s’est jamais senti juif, il a même appris très tard sa judéité.

 

 

Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas

Imre Kertész (1929 – 2016)

 

 

L’ouvrage de  Imre Kertész explique qu’il ne récitera jamais le kaddish pour son enfant, l’oraison funèbre que les juifs récitent lors du décès de l’un des leurs,  parce qu’il n’aura jamais cet enfant, il ne veut pas lui infliger le sort qu’il a eu lui-même. Evidemment, c’est la shoah qu’il ne veut pas infliger à ce fils virtuel en lui donnant la vie, mais ce n’est pas l’argument qu’il avance en priorité dans sa démonstration.  "Jamais ne peut arriver à un autre enfant ce qui m’est arrivé dans mon enfance". Imre Kertész a eu une enfance difficile avec des parents qui ont divorcé tôt et l’ont envoyé chez un membre de sa famille à la campagne où il a découvert un autre univers.

 

Un jour, il a compris la vraie religion de sa tante, « … j’avais vu quelque chose d’horrible qui m’avait fait l’effet d’une obscénité à laquelle, rien qu’en considérant mon âge, je ne pouvais pas me sentir préparé : une femme chauve en robe de chambre rouge assise devant son miroir… ». Son père lui apprend alors que sa femme est une juive, une juive polish qui se rase la tête et porte perruque. Il découvre par la même occasion que lui aussi est juif mais pas comme son oncle et sa tante « … de vrais juifs, et non des juifs tels que nous, juifs de la ville,  juifs de Budapest, c’est-à-dire juifs quelconques, mais pas chrétiens… ». Il ne veut pas à son tour infliger une religion à son fils, surtout une religion qui peut vite devenir mortelle. « Comment peut-on obliger un être vivant à être juif » ? Supposons que l’enfant hurle : « Je ne veux pas être juif ! »

 

Le drame de Kertész, c’est d’être né juif et de rester juif même sans jamais pratiquer la religion, la judéité comme tare imposée à jamais, comme motif de mort. Il revendique donc, pour les générations à venir, sans réellement y croire, la liberté de choisir sa religion, son mode de vie, son existence… il en veut terriblement à son père de lui avoir transmis sa judéité et de l’avoir abandonné chez la tante chauve à la robe rouge.

 

Mais, comme il l’écrit, « mon enfance terrible et mes histoires abominables » ne sont pas uniquement liées à sa judéité, elles sont aussi le fait du père qui l’a abandonné, lui laissant les profonds stigmates d’un divorce mal vécu qui le marqueront tout au long de sa vie et l’empêcheront d’avoir une relation normale et pérenne avec une épouse.  " Auschwitz dis-je à ma femme, représente pour moi l’image du père, oui, le père et Auschwitz  éveillent en moi les mêmes échos, dis-je à ma femme. Et s’il est vrai que Dieu est un père sublimé, alors Dieu s’est révélé à moi sous la forme d’Auschwitz… "

 

Rejetant Dieu, il ne se réfugie pas, comme Primo Levi, dans le suicide, il se contente de détruire son lignage en refusant d’avoir un fils. Il cherche une autre voie pour donner un sens à l’existence qu’on lui a été infligée :  " Je ne sais pas pourquoi à la place de la vie qui existe peut-être quelque part, je dois vivre ce fragment qui m’a été donné par hasard…"  Il veut alors comprendre, pour ne plus entendre ceux qui prétendent qu’Auschwitz ne s’explique pas, alors qu’Auschwitz, selon lui, a été inventé par des êtres parfaitement rationnels.

 

Très longtemps, il a hésité avant de se réfugier dans l’écriture pour dire, pour témoigner mais surtout pour fuir,  « Je croyais peut-être que l’écriture était une fuite (…), une fuite et même un salut, mon salut à moi et par moi,… » Mais l’écriture n’était que son travail, la tâche qu’il devait accomplir, sa raison de vivre : « … la nature de mon travail qui, …, ne consiste qu’à creuser, à continuer de creuser la tombe que d’autres ont commencé à creuser pour moi dans l’air… » Il a cherché son salut en dehors « des religions déformantes, des églises déformantes », dans la compréhension du monde.

 

Imre Kertész a décrit ailleurs son abominable destin dans les camps de la mort, il ne l’évoque que très peu dans ce livre, il ne raconte que son dernier jour de captivité, le jour où tout changea. Le soldat allemand était devenu prisonnier, « l’ordre du monde avait changé…., la veille c’était encore moi le prisonnier, tandis que là c’était lui, et cela dissipa ma terreur… la sensation de la vie retrouvée, inoubliable et douce mais aussi prudente, car je vivais, certes, mais je vivais comme si les Allemands pouvaient revenir à chaque instant… » Et cette frayeur resta sa plus fidèle compagne jusqu’à la fin de sa vie.

 

Comment vivre avec un tel désespoir ? Comment ne plus croire en rien, accepter, seulement, accepter même de mauvaise grâce de vivre encore, de survivre un peu ? Comment prendre le risque de transmettre la vie, de se réincarner ? J’ai lu ce livre à Budapest entre une visite de la Maison de la Terreur et de la Grande Synagogue avec son cimetière des martyrs, je ne sais plus… je comprends de moins en moins notre monde.

 

« Ma judéité est restée une vague circonstance de naissance, une faute de plus parmi tant d’autres, une femme chauve en robe de chambre rouge devant son miroir ». Imre est né au mauvais endroit au mauvais moment…

Denis BILLAMBOZ

 

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2 avril 2017 7 02 /04 /avril /2017 09:17

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MARCEL PROUST, RUSKIN ET LA CATHEDRALE d'AMIENS de JEROME BASTIANELLI

 

LES LUMIERES DE SAINT AUGUSTIN d'ISABELLE PRETRE

 

RETOUR A LA PLAGE

 

THOMAS PESQUET, NOTRE PETIT PRINCE EST DE RETOUR

 

CONCERT DE MUSIQUE SACREE A BEUZEVILLE AVEC LAURA RABIA ET SON CHOEUR LYRIQUE

 

UNE JEUNE PEINTRE NOUS RACONTE HONG KONG

 

DICTIONNAIRE AMOUREUX de SAINT-PETERSBOURG de VLADIMIR FEDOROVSKI

 

JOYEUSES PAQUES

 

VERMEER OU L'ENIGME INTERIEURE

 

SUR LES CHEMINS NOIRS de SYLVAIN TESSON

 

LE MYSTERE DE LA JOCONDE EN PARTIE DEVOILE

 

RENAISSANCE DE L'HOTEL RITZ

 

2017 - VOEUX POUR QU'ELLE SOIT MEILLEURE QUE LA PRECEDENTE

 

CONCERT DE NOEL A TROUVILLE - LAURA RABIA ET SON CHOEUR LYRIQUE

 

MA  LETTRE AU PERE NOEL 2016

 

JOURNAL D'UNE VERVIETOISE DES BOULEVARDS d'EDMEE DE XHAVEE

 

LA GALERIE DES CARROSSES DE VERSAILLES

 

ONZE LECONS DE PHILOSOPHIE POUE REUSSIR SA VIE d'ISABELLE PRETRE

 

EXPOSITION JACQUES-EMILE BLANCHE A DEAUVILLE

 

VERONIQUE DESJONQUERES OU LE VISAGE RETROUVE

 

EUGENE BOUDIN, LE MAGICIEN DE LA LUMIERE

 

CLAUDE MONET EN NORMANDIE

 

CETTE NUIT LA MER EST NOIRE de FLORENCE ARTHAUD

 

LAURA RABIA ET LE CHOEUR de TROUVILLE EN CONCERT A TOURGEVILLE

 

LES PAQUES DE MON ENFANCE AU RONDONNEAU

 

L'OISEAU DANS LA LITTERATURE

 

L'OISEAU DANS LE FOLKLORE FRANCAIS

 

QUI ETAIT LA DUCHESSE DE MORNY ?

 

L'HIVER DES POETES

 

LA GALETTE DES ROIS - SON HISTOIRE

 

NOS TABLES GOURMANDES - HISTOIRE  DE NOS REVEILLONS

 

NOEL, L'HISTORIQUE D'UNE TRADITION

 

TANZANIE/KENYA, PAYS MASSAI

 

CONCERT DE MUSIQUE SACREE - LAURA RABIA ET LE CHOEUR DE TROUVILLE

 

CHARLOTTE CORDAY, UNE ADRESSE GOURMANDE A TROUVILLE-sur-MER

 

MA LETTRE AU PERE NOEL ( 2015 )

 

MUSEE GALLIERA : LA MODE RETROUVEE - LES TOILETTES DE LA COMTESSE GREFFULHE

 

MADAME VIGEE-LEBRUN 

 

CHARLES MOZIN, LE PEINTRE DE TROUVILLE

 

L'ETE INDIEN

 

JARDINS DE PAPIER de EVELYNE BLOCH-DANO

 

LAURA RABIA OU LE RAYONNEMENT DE L'ART LYRIQUE EN NORMANDIE

 

LA VOLUPTE DES NEIGES de VLADIMIR FEDOROVSKI

 

L'AIR DU TEMPS OU LA RONDE DES PARFUMS

 

CATHEDRALE DE STRASBOURG - LE MILLENAIRE

 

ELOGE DES OISEAUX - QUAND LES POETES ET LES PHOTOGRAPHES LES HONORENT

 

LAURA RABIA ET SON CHOEUR LYRIQUE A DEAUVILLE

 

BERTHE MORISOT, UNE FEMME QUI IMPRESSIONNE

 

LES DERNIERS MONDAINS de CAMILLE PASCAL

 

NOS GRANDS-MERES

 

ELOGE DE L'HIVER

 

MES VOEUX POUR 2015

 

Au bonheur des lettres de Shaun Usher

 

La Comtesse Greffulhe de Laure Hillerin

 

Beautiful because of your heart de Véronique Desjonquères

 

Nicolas de Stael au Havre - Lumière du nord, lumière du sud

 

L'animal est une personne de Franz-Olivier Giesbert

 

La Callas, légendaire et tragique

 

Eugène Boudin, le magicien de la lumière

 

DEAUVILLE : l'hippodrome de la Touques

 

DEAUVILLE, à l'heure du Polo

 

DEAUVILLE, cité de la voile et du cheval

 

Les impressionnistes en privé au musée Marmottan

 

La duchesse de Berry, une redoutable amazone 

 

La duchesse de Berry ( suite )


La duchesse de Berry ( suite et fin )

 

La Normandie à l'heure du souvenir

 

Humeur de Juin  

 

Le pays d'où l'on vient

 

La dame à l'hermine de Léonard de Vinci

 

Jeanne Toussaint, l'impératrice de la joaillerie française
 

 


  Eloge du printemps       

 

La cathédrale dans l'imaginaire des hommes

 

Saint-Maur, peintre nomade

 

Mes voeux pour 2014

 

Ma lettre au Père Noël ( 2013 )

 

Adieu Mandela

 

Une fin d'automne

 

Stanley Rose ou l'empire du réel

 

Félix Vallotton, l'incompris

 

Georges Braque au Grand Palais

 

Lumières d'automne

 

Retour au coeur de la matière

 

L'Atlantide et le mythe atlante

 

Pâques au son des nouvelles cloches de Notre-Dame  

 

Eugène Boudin au musée Jacquemart-André

 

Michel Ciry ou la reconquête spirituelle

 

Le flamenco enflamme les planches de Deauville

 

Il était une fois la voie lactée

 

Il était une fois l'atome - Hommage à Jean Marcoux

 

John Ruskin ou le culte de la beauté

 

VOIX

 

Eloge de la France       Mes voeux pour 2013

 

Ma lettre au Père NOEL

       

Le cycle arthurien et la forêt de Brocéliande

 

William Turner ou l'éclat insolite de la lumière

 

Frédérick Chopin, une vie vécue comme un impromptu

 

Les quatre saisons - fable

 

La cité du bonheur  

 

Pompéi - l'apocalypse selon Pline le jeune  

 

Lettre au petit Prince

  

La princesse retrouvée de Léonard de Vinci  

 

16e Festival de Pâques de Deauville

 

Quelle époque !

 

Mstislav Rostropovitch

            

Gabrielle Chanel ou l'indémodable élégance

 

Souvenir de Tivoli

 

Faisons un rêve...         Visages de mer *

 

Instants critiques de François Morel  

 

Douze mythes qui ont fondé l'Europe de Michel BLAIN


La passion des livres        Mozart à l'heure du requiem     

 

Eloge du souvenir     Eloge des petites choses         

 

Eloge des clochers      Sacha Guitry, l'indémodable     

 

La Russie, de la Volga à la Neva    

 

La Crète minoenne ou l'histoire revisitée par la légende

 

La Crète entre réalité et légende       Le carnaval de Venise

 

Haïti, un destin singulier        

 

 

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