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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 08:34
La fraternité est-elle une utopie ?

 

Fraternité, un mot qui orne les frontons de nos édifices publics, l'un des plus beaux de notre vocabulaire, mais, à dire vrai, que recouvre-t-il, qu'en est-il de la fraternité de nos jours ? Est-elle véritablement pratiquée de par le monde et l'a-t-elle jamais été, parvient-elle à fédérer les peuples, à polir les moeurs, à unir les hommes, où n'est-elle, hélas ! qu'une belle utopie ? Poser la question, c'est déjà tenter d'y répondre, aussi je compte sur mon groupe fidèle de visiteurs pour reprendre la balle au bond et élargir le propos que je vais essayer d'initier de mon mieux.

 

 

Au commencement l'idée de fraternité était conjointe à l'idée de filiation. Nous étions frères parce que nous étions fils, les fils de Dieu. Pour la raison que nous étions les enfants d'une grande famille, une famille qui se déployait sur la terre, unie par un semblable destin, nous nous devions naturellement aide et secours. Le Père, qui avait donné la vie, était le ciment de cette fraternité universelle. Les hommes bénéficiaient tous du même don à l'origine : leur nature humaine et sa dimension spirituelle. De là, la force particulière que prenait dans la pensée chrétienne les notions de dignité humaine et d'égalité entre les hommes. Non qu'on ne puisse nier les inégalités circonstancielles, mais ce qui unissait alors les sociétés était la recherche d'un bien commun, ce qui signifiait qu'une cité, qu'un pays se composait d'organisations unifiées par une finalité identique, à la fois celle de chacun et celle de tous. " La cité est une communauté de semblables, et qui a pour fin la vie la meilleure possible " - écrivait déjà Aristote dans Politique ( VIII, 7 ).

 

 

Le Nouveau Testament n'allait faire qu'amplifier le sentiment de respect et de sollicitude qu'il nous était recommandé de vouer à autrui, cet être qui ne devait pas être considéré comme autre mais comme proche, un prochain que l'on avait le devoir d'aimer comme soi-même. La notion de fraternité n'était donc pas limitée à la fratrie familiale mais à la fratrie humaine dans son ensemble, c'est-à-dire à tous les autres, eu égard à leur ressemblance avec nous-mêmes. Nous n'étions plus seulement des semblables mais des proches. Ainsi la communauté humaine était-elle envisagée comme une communauté d'amour qui s'adressait, non plus à des individus, mais à des personnes.

 

 

Puis, les temps ont changé et, du communautaire, nous sommes passés, après la Révolution française, au collectif. Dieu était mort ou moribond, et les fils, n'ayant plus de Père, n'avaient plus de frères, mais des contemporains, des égaux, des semblables. La société des hommes était relayée par la société des citoyens. Cependant, contre toute attente, le mot de fraternité fut conservé, bien que celui de solidarité eût mieux convenu et semblait mieux adapté à cette idée neuve de communautarisme, ce qui laissait sous-entendre que la vie de la personne devait progressivement s'effacer derrière le collectif. Au lieu d'être tournées les unes vers les autres, les sociétés portaient leur regard vers l'oeuvre commune, au point que la communauté d'amour devenait une communauté d'intérêt qui s'adressait à des individus et était, par la force des choses, plus sélective. Nous verrons d'ailleurs apparaître et fructifier les associations, les cercles, les groupes, les corporations, les confréries.

 

 

Néanmoins, l'idée de fraternité ne disparaitra jamais pour trois raisons : d'abord parce qu'elle est en soi une aspiration profonde de chacun vers cet autre qui peut être, tout autant, le semblable que le différent, l'inconnu que le familier, le proche que le lointain ; ensuite, parce qu'elle est le lien qui relie ce que la vie tente de séparer et, enfin, parce que ce qui fonde la fraternité n'est, ni plus, ni moins, ce que l'on partage : la famille, la patrie, les souvenirs, le passé. Nous savons tous qu'un peuple disparaît lorsqu'il n'a plus de mémoire, qu'un être meurt quand il n'a plus de souvenir. Davantage que sur un avenir possible, la fraternité s'établit, se construit, s'érige sur un passé commun. C'est la traversée du temps qui noue les liens et les renforce. Cette fraternité-là existera quoiqu'il arrive dans le temps et hors du temps. Elle sera, tour à tour, une fraternité de douleur ou une fraternité d'espérance, ni tout à fait utopique, ni tout à fait réelle.
 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 08:27

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Histoires d’Ibères

Quittons l’Italie et, d’un coup d’aile, traversons la Méditerranée pour atterrir en Espagne où la littérature a littéralement explosé depuis la disparition du franquisme, livrant une pléthore d’œuvres toutes plus intéressantes les unes que les autres et il nous faudra bien effectuer deux séjours dans ce pays pour apercevoir une infime parcelle de cette richesse littéraire. Nous réserverons cette première étape à la jeune génération qui a commencé à publier après la mort de Franco et pour débuter à Elia Barcelo qui nous propose un petit roman construit avec une très grande habilité pour nous perdre dans les méandres du temps. Notre deuxième visite sera réservée à Antonio Soler, auteur d’un roman fascinant qui entraîne le lecteur dans les dédales du vice. La dernière visite sera pour Manuel de Prada et son roman fleuve qu’il a publié à vint cinq ans à peine et qui pourrait annoncer un très grand écrivain … mais pour cela il faut renouveler l’exploit plusieurs fois. Pour nous guider au sein de cette foule d’écrivains talentueux, nous avons choisi Manuel De Lope auteur lui aussi d’un livre à la construction assez complexe qui ravira les amateurs d’histoires écrites entre les lignes.

 

Une complicité

Manuel De Lope (1949 - …)

Restons complices de cette histoire que Manuel De Lope esquisse, plus qu’il ne l’écrit, dans un long cheminement, presque aussi long que la lecture de son récit, depuis le viol de Maria Antonia, très jeune fille qui vivait alors dans une taverne sur les bords de la Bidassoa, au moment où « cette guerre qui commençait sans savoir que c’était vraiment une guerre », jusques à l’arrivée, plusieurs décennies plus tard, de Manuel Goitia dans la maison de Maria Antonia qu’elle partageait avec Isabel, la grand-mère de Manuel.  Isabel, qui eut le malheur d’épouser cette même année, 1936, un militaire qui choisit le mauvais camp et meurt fusillé par les vainqueurs quelques mois après son mariage, laissant sa femme éplorée et enceinte. Maria Antonia, après avoir subi ce viol, quitta sa maison pour rejoindre un protecteur attentionné qui lui demanda de venir servir Isabel isolée dans sa maison en bord de mer après le décès de son mari.

L’histoire, le destin, réunit ces deux femmes qui font partie des dégâts collatéraux de cette guerre fratricide et aveugle qui assassine et martyrise les innocents, laissant Maria Antonia violée et Isabel veuve, mettre leur malheur en commun pour construire une autre vie que l’auteur ne nous contera pas mais que nous pourrons imaginer après le récit du séjour de Manuel chez Maria Antonia pour préparer ses examens, plusieurs décennies plus tard, quand Isabel est décédée et Maria Antonia est devenue une vieille femme renfermée. Sous le regard du Docteur Castro, le voisin des deux femmes depuis toujours, l’histoire se dessine, s’esquisse, et on pourrait reconstituer la vie de ces deux femmes avec Veronica la mère de Manuel partie vivre à la ville.

Ce récit tout en allusions, suggestions, détails anodins mais explicites, nuances, couleurs, odeurs, et sons, s’il effleure l’histoire que ces deux femmes auraient pu vivre, raconte surtout la généalogie de Miguel telle que le voisin l’a vue se construire. Certes ce récit est d’une grande finesse mais il ressemble un peu trop à un exercice de style tant il fait devoir appliqué et studieux d’un premier de la classe qui veux épater son professeur. Le récit est lent et répétitif, l’intrigue est éventée et prévisible dès le début. Elle n’est d’ailleurs pas l’élément central du récit mais seulement le prétexte à une narration studieuse et étudiée sur la fatalité, les aléas de la vie que les hommes, en la circonstance plutôt les femmes, ne maîtrisent pas et surtout sur la façon dont deux être malmenés par le sort arrivent à construire un possible en mélangeant deux vies devenues impossibles dans une complicité nouée à huis clos et partagée avec le seul témoin nécessaire, le voisin docteur protagoniste passif. Une vie où « la quantité nécessaire de dissimulation et de mensonge pour que le dommage que la vie avait infligé à ces deux femmes soit d’une certaine façon compensé. »

Ce texte est aussi un message d’espoir pour tous ceux qui doivent faire face à l’injustice du sort  mais qui peuvent toujours espérer voir un coin de ciel bleu dans leur avenir. Et aussi, peut-être, une réflexion sur la vérité qu’il n’est pas toujours nécessaire de connaître pour construire un avenir serein, rempli d’espoir.

 

Le secret de l’orfèvre – Elia Barcelo (1957 - ….)

Voilà encore une belle démonstration qui prouve avec talent que la quantité n’est pas forcément nécessaire à la qualité. En effet, ce petit livre, tout petit même, nous entraîne dans un voyage sur les pas d’un jeune ibérique devenu orfèvre de renom à New York qui, passant par son village natal, entreprend sans le savoir, a priori, un voyage dans le temps plein de surprises et de révélations. En prenant le train pour rejoindre l’avion qui le conduira en Amérique, il ne peut résister à l’envie de redécouvrir le village qui l’a vu naître, il y a bien longtemps déjà. Mais, à son réveil, il découvre avec surprise qu’il est maintenant en 1952 et qu’il vit dans son village natal comme il était à cette époque là alors que lui est désormais en 1999. Ainsi Elia nous entraîne avec habilité, finesse et malice dans un jeu de piste où l’un va essayer de conjuguer l’avenir de l’autre avec son passé et en reconquérant la femme qui l’a initié aux plaisirs de l’amour quand il était un jeune homme encore naïf. Mais l’histoire, même quand on mélange les temps avec la plus grande adresse, est bien difficile à réinterpréter et réserve parfois bien des surprises

Les héros de la frontière – Antonio Soler (1956 - ….)

Une histoire qui pourrait être sordide mais que l’auteur à su rendre plutôt truculente malgré  l’ambiance dans laquelle elle se déroule et malgré les événements qu’elle comporte. Un misérable qui a échoué dans un quartier populaire d’une ville espagnole fait la lecture du journal à l’aveugle du coin qui lui raconte comment, depuis sa chambre, il partage les ébats amoureux de la voisine et de son brutal mari. Il devient ainsi le témoin d’un acte criminel qui lui permet de faire chanter la belle dont il est tombé amoureux, et c’est au tour du lecteur de journal de se faire voyeur et maître chanteur jusqu’à l’éclatement du drame. Un sujet scabreux mais un roman passionnant et très habilement construit.

Les masques du héros – Juan Manuel de Prada (1971 - ….)

Un roman fleuve dont l’intrigue se déroule dans les milieux littéraires de Madrid, dans le premier tiers du XXe siècle, où l’on peut croiser Bunuel, Dali, Garcia Lorca, Borges, Gomez De la Serna, ... qui se mêlent aux personnages fictifs inventés par de Prada. Le héros, fils d’un homme déchiré par la mort prématurée de sa femme et qui laisse sa fortune s’évanouir, se réfugie dans le milieu des artistes madrilènes où il rencontre une faune baroque et déjantée qui va l’entraîner dans des aventures rocambolesque,s où l’auteur va laisser libre cours à son imagination débordante pour mettre en scène la rivalité qui oppose un poète doué mais miséreux à un arriviste qui rêve de faire carrière dans la littérature, quitte à utiliser les méthodes les moins recommandables. Un gros, un grand roman, foisonnant de créativité et de personnages tous plus étonnants le uns que les autres, une véritable immersion dans un monde à la limite du fantastique.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre voyage littéraire dans la Péninsule Ibérique  -

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 10:11

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                                                                               Virginia peinte par Roger Fry  


Les oeuvres romanesques de Virginia Woolf font leur entrée dans la Pléiade, consécration suprême pour l'un des grands écrivains britanniques du XXe siècle, hommage aux variations impressionnistes d'une plume qui se plaisait en une alternance savamment dosée de transparence et d'opacité. Femme douée d'hypersensibilité, Virginia Woolf passait sans transition de la dépression la plus totale à l'exaltation la plus vive, demeurant dans son imaginaire en un halo de songes et de réminiscences très proustiennes comme elle l'exprime dans "Vers le phare" ( 1927 ), où l'on voit une petite fille perdue au beau milieu " de cette spacieuse cathédrale " qu'est l'enfance. Elle n'en sortira jamais, captive en permanence du flux et reflux de sa vie intérieure, "ces moments d'être" - précisait-elle en un style délié et ondoyant qui savait si bien dire l'essence des choses, les inflexions de l'âme, les détresses de l'esprit et les caprices du monde.

Née en 1882 dans une famille recomposée et érudite, entourée de livres, tout, en effet, la prédisposait à la littérature à laquelle son père, éminent critique et lecteur assidu, l'entrainera très vite. Sa première épouse n'était autre que la fille de William Thackeray, l'auteur des "Mémoires de Barry Lyndon". Ainsi  Virginia croisera-t-elle, dès son jeune âge, des personnalités comme Henry James à qui elle sera redevable de la technique narrative dite "le courant de conscience" et de quelques autres sommités de l'époque.

Peu après le décès de son père en 1904, elle s'installe à Bloomsbury, un quartier bohême londonien où, chaque jeudi, elle recevra quelques-uns des artistes les plus prometteurs, dont le romancier E.M. Forster, le biographe Lytton Strachey, les peintres Roger Fry et Duncan Grant et l'auteur Léonard Woolf qu'elle épousera sans l'aimer pour autant. Tous deux formeront le "Bloomsbury Group", cénacle et foyer d'incubation des arts avant la Grande Guerre avec un côté anti-conformiste affirmé et volontiers hippie avant l'heure. La promiscuité s'y prêtant, les liaisons homosexuelles se multiplieront auxquelles Virginia cédera, ayant connu de nombreuses amitiés féminines dont certaines se transformeront en amour, ce sera le cas avec Katherine Mansfield et Vita Sackville-West qui lui inspireront l'une et l'autre la biographie imaginaire d'Orlando ( 1928 ), créature androgyne et baroque à la croisée des genres.

Son mari sera pour elle un père plus qu'un amant, père tyrannique l'accusera-t-elle à tort, car cet homme, ayant renoncé à sa propre carrière littéraire qui s'annonçait prometteuse, se consacrera entièrement à elle, devenant son infirmier, son aide-soignant et lui évitant probablement l'internement. Ensemble, ils lanceront en 1917 l'une des plus fécondes aventures éditoriales de la première moitié du XXe siècle : la Hogarth Press qui publiera des auteurs comme Freud, Eliot, Rilke et quelques autres de même pointure, sans oublier Virginia évidemment.

En tant qu'écrivain, elle sera à l'aise dans tous les registres : critique, biographie, lettre, roman, autobiographie, récit, servi par un style fantasque qui sait épouser tous les prismes de couleur et se livrer sans retenue à la poésie comme à la fiction, aux descriptions de la nature comme aux aveux intimes. Ainsi couche-t-elle sur le papier, et selon son inspiration et les circonstances, les perfidies humaines et les vérités profondes, cédant tantôt aux désespoirs les plus fous, tantôt aux éblouissements les plus enfantins, avec cette grâce d'écriture qui n'appartient qu'à elle. Sa sensibilité vibrante et sa fragilité assumée lui permettront d'illuminer ses pages de la magie de l'illusion comme l'exprime le titre de l'un de ses ouvrages "La traversée des apparences" ( 1915 ). En définitive, il ne se passe preque rien dans ses livres, l'action est reléguée au second plan au bénéfice des monologues intérieurs, des rêveries précieuses, des réflexions sur le quotidien, le vain, l'inutile, qui tout à coup s'octroient une importance troublante. Si Virginia Woolf a retenu l'insignifiance des choses, c'est qu'elle la considérait comme signifiante de la condition humaine.

Chez elle l'écriture était une résurrection, une tentative d'exister et de se perpétuer au-delà de soi. Cet univers étonnamment désincarné évoque l'aquarelle où se promeneraient, à peine visibles, des personnages évanescents, en apesanteur dans un monde qui seul fixe le trait. Dès son adolescence, Virginia se sentira à l'étroit dans une société édouardienne où le rôle des femmes était encore mal défini. C'est ce qui fera d'elle une féministe confirmée qui ne se privera pas de venger son sexe comprimé par les mâles victoriens. Ainsi en sera-t-il dans "Une chambre à soi" ( 1929 ) et "Trois Guinées" ( 1938 ) qui, sans constituer l'essentiel de son oeuvre, lui a mérité la quasi béatification de la part des mouvements féministes d'aujourd'hui.

Mais ne la réduisons pas à cela, l'essentiel de sa production romanesque ne met en avant aucune thèse particulière. Ce qui la singularise n'est-ce pas davantage sa féminité étrange, l'imprégnation du mystère qu'elle dégage et la puissance de ses évocations poétiques ? Plus que féministe, elle est intensément féminine et jamais plus que dans ses livres où l'on sent si bien se dessiner les frontières qui séparent les hommes des femmes. L'idée d'être incomprise, tout ensemble futile, subjective et délaissée baigne la plupart de ses oeuvres. Il y a chez elle une délectation morose, mais comment en serait-il autrement de la part d'une femme qui n'a cessé de monologuer avec la mort depuis sa jeunesse ! Cette mort qu'elle rejoindra volontairement le 28 mars 1941 à l'âge de 59 ans. Elle qui avait goûté à l'ivresse et à la folie se savait parvenue au terme de son voyage terrestre et s'accordait l'ultime liberté de choisir son moment et son heure pour quitter le monde des apparences pour l'autre. Lestée de lourdes pierres, elle se laissera glisser dans l'onde glacée d'un cours d'eau, afin de se dissoudre dans l'élément liquide, elle qui avait écrit dans son ultime ouvrage "Entre les actes" ( 1941 ) cette phrase prémonitoire : "Puisse l'eau me recouvrir". Ainsi disparaissait physiquement pour mieux renaître littérairement cette femme-enfant que Marguerite Yourcenar, autre grande dame des lettres, décrivait ainsi : "Un pâle visage de jeune Parque à peine vieillie, mais délicieusement marquée des signes de la pensée et de la lassitude".

 

Oeuvres romanesques de Virginia Woolf - Gallimard/La Pléiade - 2 volumes ( 1552 pages ) 120 euros jusqu'au 31 août.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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 260px-Virginia_Woolf_with_her_father-_Sir_Leslie_Stephen.jpg Virginia avec son père

 

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 07:48

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Je me souviens d'une journée de printemps où, me trouvant à Illiers-Combray, je marchais dans les chemins creux, qu'enfant, le grand écrivain avait parcourus seul ou avec sa famille. Dans cet environnement miraculeusement épargné, où tout semble en place pour que le temps retrouvé vienne refermer la boucle parfaite du temps perdu, je découvrais intacts la mare de Montjouvain, les sources de la Vivonne, l'église de St Ayman, le Pré Catelan de l'oncle Amiot, la plaine bornée d'arbres, enceinte végétale qui propose aux moissons son ombre tutélaire. Sans oublier les fleurs qui abondent en cette saison : les cytises, les lilas, les rhododendrons, les pivoines, les luxueux candélabres des marronniers, les pommiers et leurs boutons tendrement roses, les glycines qui s'épandent au-dessus des tonnelles et surtout les aubépines et leur parfum enivrant.

 

C'est un chemin semblable qui musarde au-dessus de chez moi à Trouville. Depuis le manoir des Finaly, où Proust séjourna à deux reprises, il borde le plateau en surplomb sur la mer. Le soir, il est agréable de l'emprunter quand la tiédeur vespérale exhale les parfums multiples et que les oiseaux, les merles, les grives musiciennes, les rouges-gorges célèbrent à leur façon la fin du jour. En évoquant l'écrivain qui, sans nul doute, s'y promena lorsqu'il  vint en 1891 et 1892 aux Frémonts chez son ami Jacques Baignières d'abord, chez les Finaly ensuite. Ce seront pour lui des moments inoubliables où, en compagnie de ses amis, il se promenait dans la campagne ou bavardait sur les terrasses, tandis que la nuit posait sur le paysage sa beauté crépusculaire. Presque rien n'a changé depuis plus de cent ans, alors que la nuit tombe sur la terrasse des Frémonts et que les conversations deviennent plus sourdes, au moment où les oiseaux de nuit émettent leurs cris monotones et où l'air se charge de l'odeur composite de la terre et des arbres. Aux longues trainées rouges qui marquent le ciel, on sait qu'il y a peu d'heures que le soleil s'est allongé sur cette imperceptible ligne d'horizon qui fonde les noces de la terre et du ciel. A gauche, le grand large ; à droite, les champs quadrillés de pommiers. La Normandie a ce privilège que la campagne vient y vagabonder jusqu'à l'extrême bord des eaux. On se sent ainsi le familier d'un double paysage : les yeux perdus dans les lointains et proches, à la fois, de la commune ordonnance des choses. Proust m'accompagne depuis si longtemps que mon présent s'éclaire à son passé. Ses phrases rythment de leurs allégros et de leurs andantes les divers temps de ma vie. L'écrivain avait de l'éternité la vision la plus juste : celle que seul le superflu disparaît. De l'essentiel, il s'était fait le chantre. Il avait lancé ses filets si loin, que ce qu'il en avait retiré était les vestiges de mondes enfouis, les débris de galaxies inconnues, les éclats de mémoires fossiles.

 

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Personne n'a sans doute mieux évoqué cette nature printanière que le petit Marcel dans les pages consacrées à son enfance à Illiers et à ses séjours trouvillais, alors que Jacques-Emile Blanche réalisait de lui un portrait au crayon qui sera suivi l'année suivante d'un portrait à l'huile, dont le jeune homme était fier car il y figurait dans la fraîcheur de ses vingt ans. Aussi  ne puis-je renoncer au plaisir de vous proposer une flânerie dans les sentiers bordés d'aubépines, comme un instant de beauté :

 
" ...Il me fallut rejoindre en courant mon père et mon grand-père qui m'appelaient, étonnés que je ne les eusse pas suivis dans le petit chemin qui monte vers les champs et où il s'étaient engagés. Je le trouvai tout bourdonnant de l'odeur des aubépines. La haie formait comme une suite de chapelles qui disparaissaient sous la jonchée de leurs fleurs amoncelées en reposoir ; au-dessous d'elles, le soleil posait à terre un quadrillage de clarté, comme s'il venait de traverser une verrière ; leur parfum s'étendait aussi onctueux, aussi délimité en sa forme que si j'eusse été devant l'autel de la Vierge, et les fleurs, aussi parées, tenaient chacune d'un air distrait son étincelant bouquet d'étamines, fines et rayonnantes nervures de style flamboyant comme celles qui à l'église ajouraient la rampe du jubé ou les meneaux du vitrail et qui s'épanouissaient en blanche chair de fleur de fraisier. Combien naïves et paysannes en comparaison sembleraient les églantines qui, dans quelques semaines, monteraient elles aussi en plein soleil le même chemin rustique, en la soie unie de leur corsage rougissant qu'un souffle défait !


... Je poursuivais jusque sur le talus qui, derrière la haie, montait en pente raide vers les champs, quelque coquelicot perdu, quelques bluets restés paresseusement en arrière, qui le décoraient çà et là de leurs fleurs comme la bordure d'une tapisserie où apparaît clairsemé le motif agreste qui triomphera sur le panneau ; rares encore, espacés comme les maisons isolées qui annoncent déjà l'approche d'un village, ils m'annonçaient l'immense étendue où déferlent les blés, où moutonnent les nuages, et la vue d'un seul coquelicot hissant au bout de son cordage et faisant cingler au vent sa flamme rouge...

 

...Au haut des branches, comme autant de ces petits rosiers aux pots cachés dans des papiers en dentelle dont aux grandes fêtes on faisait rayonner sur l'autel les minces fusées, pullulaient mille petits boutons d'une teinte plus pâle qui, en s'entrouvant, laissaient voir, comme au fond d'une coupe de marbre rose, de rouges sanguines, et trahissaient, plus encore que les fleurs, l'essence particulière, irrésistible, de l'épine, qui, partout où elle bourgeonnait, où elle allait fleurir, ne le pouvait qu'en rose. Intercalé dans la haie, mais aussi différent d'elle qu'une jeune fille en robe de fête au milieu de personnes en négligé qui resteront à la maison, tout prêt pour le mois de Marie, dont il semblait faire partie déjà, tel brillait en souriant dans sa fraîche toilette rose l'arbuste catholique et délicieux."

 

                                 Du côté de chez Swann ( Combray )

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 08:17

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                                                                    Encore un doigt de chianti

Deuxième étape dans cette terre de littérature et c’est bien peu tant il y a de livres dont il faudrait parler parmi les lectures italiennes que j’ai eu l’occasion de faire au cours de ces deux dernières décennies. Il est bien difficile de ne pas revenir périodiquement vers cette source des belles lettres pour voir ce qu’il y a de nouveau ou essayer de combler une des nombreuses lacunes que j’ai commise au cours d’une vie bien trop courte pour ne déguster même qu’une infime portion de cet énorme banquet littéraire. Alors, il a fallu choisir, mais pas éliminer, car tout mériterait de figurer et j’espère bien revenir ici un jour prochain pour vous parler d’autres livres que j’ai aimés, des livres représentatifs de certains courants, de certaines époques, de certaines régions…. Lors de ma première présentation, j‘ai parlé des îles, la Sardaigne, la Sicile, du Sud. Je parlerai donc plus des auteurs du Nord ou de l’Italie centrale : Umberto Eco qui n’avait peut-être pas besoin de cette publicité supplémentaire mais il est si grand, si érudit, si cultivé, il nous regarde de tellement haut qu’il n’est pas possible de ne pas le saluer en passant, Rosetta Loy, c’est l’Italie engagée qui dénonce  et il faut aussi lui donner la parole, et enfin Rossana Campo, la nouvelle génération, celle qui  est née dans les années soixante, celle de la révolte, celle des années « rouge ». Et pour guide, j’ai eu recours à une Italo-irlandaise, un héritage gage d’un tempérament de feu, qui ne fait aucun cadeau et aucune concession et qui ne laisse pas beaucoup de place à un quelconque espoir… mais on verra !

 

Antenora

Magaret Mazzantini (1961 - ….)

Quand sa grand-mère décède, elle se souvient de cette vieille femme qui se désagrégeait au milieu de ses amies toutes décaties, « Tu as vu comme elles sont vieilles, mes amies ? Mon dieu, dans quel état elles sont ! ». Après avoir évoqué cette grand-mère, elle nous emmène en excursion dans son arbre généalogique à la découverte de ces ancêtres, riches terriens, qui ont dilapidé leurs biens, incapables de tirer quelques fruits de leur immense domaine. Quelques générations de femmes mal mariées, souvent trop tard avec des maris de circonstance pour ne pas rester veuves et faire perdurer l’héritage, incapables de donner suffisamment d’amour à leur mari, souvent trop faibles, et à leurs enfants qui ne leur ont apporté que douleur et peine. Toute une ascendance qui ne recèle que la misère sentimentale et affective avant de subir la vraie misère matérielle et physique quand vient le fascisme et son cortège de malheurs : la guerre, les privations, les choix et leurs conséquences, …

Fille d’Irlande et d’Italie, Mazzantini livre un portrait sans complaisance aucune de cette famille où l’amour tant affectif que physique n’existe pas ou presque pas, où les femmes ne sont pas aimantes, où les mères ne sont pas maternelles, où les époux sont résignés. Un monde que les odeurs identifient bien et qui prennent une place prépondérante dans le récit. « Le premier souvenir que j’ai d’elle est olfactif : l’odeur de la naphtaline des vêtements dans lesquels ses aisselles éternellement humides transpiraient ; l’odeur de sa bouche, quand elle montrait les dents toutes identiques de sa prothèse pour me faire la fête ; l’odeur âpre de la paume de sa main qui serrait mon visage. »

Un récit d’un grand pessimisme sur l’existence, aussi sombre que la vie de sa grand-mère « Elle mâche ses paroles, se raconte sa peine, le calvaire qu’est pour elle la guerre, et celui que sont ses fils. Ses fils qui ne lui ont donné que de la douleur ». Et cette vie de douleur et de frustration n’est qu’un prélude à une dégénérescence inéluctable vers les affres de la vieillesse et de la solitude. Cette vieillesse qui pue et qui emmerde tout le monde, gâchant la vie de ceux qui pourraient encore en profiter. « Non, la vie est un souci qu’on ne devrait pas avoir. »

Un livre sombre un peu trop scatologique et parfois étonnamment grandiloquent dans ce contexte misérabiliste. Un livre à déconseiller aux pessimistes et aux anxieux.

 

Le pendule de Foucault – Umberto Eco (1932 - ….)

Fallait-il parler de ce roman célébrissime ?  Certes, tout le monde connaît maintenant ce livre presque aussi médiatisé que « Le roman de la Rose » et Umberto Eco a envahi les écrans de la télévision comme une starlette du show business, mais j’ai éprouvé un tel intérêt pour ce roman qui est peut-être à l’origine de l’engouement pour les oeuvres de ce genre, Millenium par exemple, qui ont abondamment garni les rayons des librairies ces dernières années, que j’avais envie de dire que ce livre n’avait justement rien à voir avec ses successeurs et qu’Umberto Eco est un grand érudit, un grand intellectuel, un Pic de la Mirandole de notre époque et qu’il ne faut pas le ranger au rang des  pourvoyeurs de romans à succès. Dans les méandres de ce roman foisonnant où le lecteur s’égare sur les multiples pistes tracées par l’auteur, chacun peut étoffer sa culture et mieux comprendre notre histoire en passant par des chemins rarement empruntés.

Historien de formation, j’ai particulièrement apprécié l’immense culture d’Eco et son art de mettre en scène son intrigue. Quel talent pour faire vivre cet énorme enchevêtrement de personnages et  d’événements qui représentent ce qu’est notre histoire et tous ses méandres !

Madame Della Setta est aussi juive – Rosetta Loy (1931 - ….)

Dans cette brève histoire, Rosetta Loy raconte comment sa voisine juive a été arrêtée et a disparu à tout jamais dans l‘Italie fasciste. Mais ce livre est avant tout un réquisitoire sans concession contre le Vatican qui, selon Rosetta, connaissait bien le sort réservé aux juifs par les forces de l’Axe. Elle démontre, point par point, la position du Vatican, citant tous les documents publiés par l’Église catholique faisant allusion à cette douloureuse question et, in fine, elle nous laisse pour toute conclusion la culpabilité du pape et de son entourage qui n’aurait rien fait pour tenter de sauver le peuple juif de l’extermination. Une démonstration sans émotion, ni détours inutiles, efficace, difficile à contredire…. Accablante.

L’amour des fois, quand ça s’y met – Rossana Campo (1963 - ….)

Elles sont un brin désabusées ces filles qui sont les petits-enfants des sixties et qui ne croient plus à grand-chose après avoir usé et abusé des amours de passage, du sexe expéditif et des plaisirs éphémères. Mais, quand l’amour se présente pour de bon, l’amour romantique, l’amour des années d’avant l’aventure de la libération sexuelle, elles craquent, elles fondent comme des midinettes … et le monde, soudain, est à nouveau beau et plein de soleil et de joie. Et oui, il suffit d’un peut d’amour pour que tout change et la vie n’est peut-être pas aussi sombre qu’on aurait voulu nous le faire croire…

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de nos pérégrinations littéraires à travers l’Europe

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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 09:12

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Dans un livre paru il y a assez peu de temps, Peter Silverman nous raconte une histoire, comme il s'en écrit une par siècle, celle de la découverte d'une oeuvre oubliée de Léonard de Vinci. Au centre d'une rude bataille d'experts, le merveilleux profil de Bianca Sforza a pu être authentifié par les spécialistes du peintre de la Renaissance. Le plus incroyable est que ce tableau, en vente chez Christie's en janvier 1998, était  passé inaperçu, y compris par l'auteur du livre, un collectionneur expérimenté. A l'époque, on avait considéré que l'oeuvre était d'origine allemande et datait du XIXe siècle. Bien qu'il l'ait ratée par crédulité à la vente de Christie's, Peter Silverman continuait d'être hanté par ce profil à la beauté délicate fixé à tout jamais par le gaucher le plus célèbre de la peinture et qui frappe désormais par l'harmonie indicible des proportions. C'est dans une galerie new-yorkaise que Peter Silverman va de nouveau croiser ce portrait et l'entrelacs caractéristique de la coiffe et de la manche qui l'apparente irrésistiblement à "La dame à l'hermine" du même Léonard. Certain que ce tableau est du XVe, Silverman ne résiste pas à l'acquérir pour la somme de 19 000 dollars. L'examen au carbone 14, auquel il fait procéder sans tarder, indique que le profil est bien de la Renaissance mais cette preuve est encore insuffisante pour l'attribuer à Vinci. Conforté par l'examen au carbone, l'acquéreur s'adresse à Mina Grégori, une experte sans égal de la peinture florentine. Elle se rend chez lui accompagnée de Catherine Goguel, une spécialiste du dessin au musée du Louvre. Celle-ci prononce une remarque lourde de sous-entendu : Peter, il me semble que l'artiste soit un gaucher. D'autre part, si le vêtement est lombard, la délicatesse du visage est florentine. Il faut donc chercher un artiste florentin ayant travaillé à la cour du duc de Milan et qui, de surcroît, soit gaucher.  C'est alors que la science va venir au secours de l'art grâce à un laboratoire de radiographie qui va numériser le portrait avec une caméra multispectrale. Or d'étonnants points de convergence se révèlent avec l'autre portrait de Léonard, celui de La Dame à l'hermine.


 

Mais, jusqu'alors, le profil n'était attribué à personne. En effet, quelle est cette très jeune femme  présente à la cour des Sforza  au même moment que le peintre ? En procédant par élimination, excluant celles dont la physionomie était connue, les experts vont tomber sur Bianca Sforza, la fille illégitime de Ludovic Sforza pour lequel Léonard travaillait. Le père, pour caser cette fille encombrante, lui fait épouser le commandant de ses armées Galeazzo Sanseverino. Malheureusement, la jeune femme, seulement âgée de 13 ans, mourra vraisemblablement des suites d'une fausse couche. Une telle découverte aurait dû provoquer l'enthousiasme du milieu culturel et c'est tout le contraire qui se produisit. La nouvelle suscita un véritable déchaînement médiatique, certains spécialistes ne pouvant accepter de s'être trompés à ce point. Aussi feront-ils courir le bruit qu'il s'agit d'un faux, que le tableau en lui-même n'a aucune qualité esthétique et, surtout, que Léonard n'a jamais travaillé sur parchemin et encore moins à la craie, au crayon et à l'encre. Or, on sait que Vinci fut surtout et avant tout un artiste qui n'a cessé d'expérimenter toutes les techniques possibles. Et que ce parchemin s'explique d'autant mieux qu'il provient d'un codex, l'une des quatre Sforziades à la gloire du duc de Milan, le mécène de Léonard dans lequel il était incéré et dont on retrouve la page manquante à la bibliothèque de Varsovie. C'est en tremblant que les experts présentèrent le dessin dont les dimensions et les trous dans la reliure coïncidaient irrévocablement. Désormais, l'acquéreur dispose de toutes les preuves que la princesse perdue a été retrouvée et que ce portrait est bien de la main gauche du maître italien. 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE



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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 07:22

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                                                              Lectures latines 

Grimpons le Simplon, ou un autre col alpestre, et déboulons dans une vallée italienne pour pénétrer dans le pays de la littérature, peut-être le pays où a été inventé la littérature telle que nous la lisons actuellement, pas tout à fait tout de même car les Grecs avaient déjà pas mal écrit depuis Homère. Mais, l’Italie reste, et restera encore longtemps, comme le berceau d’une immense littérature que nous ne pourrons qu’effleurer et que je n’ai abordée que sur les marges, si l’on considère l’ampleur de la production depuis la période romaine. Nous consacrerons donc deux étapes à ce pays des livres et nous n’explorerons pas les textes venus de temps par trop anciens. Pour cette première rencontre nous irons à la découverte de Grazia Deledda, titulaire du Prix Nobel de littérature 1926, qui a écrit magnifiquement sur son île d’origine, la Sardaigne. Nous nous dirigerons ensuite vers Levi, Carlo et non Primo qui l’a souvent éclipsé et nous nous tournerons, pour achever ce premier séjour en Italie,  vers un écrivain plus jeune, Eraldo Baldini. Et, pour ne pas nous égarer dans les dédales de cette littérature foisonnante, nous prendrons la compagnie de l’inspecteur Montalbano avec son père littéraire, Andrea Camilleri. Certains diront peut-être que le roman policier est un genre mineur, mais moi je l’aime bien Andrea car ses livres se dégustent presque autant qu’ils se lisent et nous balaierons ainsi une grande partie de l’Italie, de la Sardaigne aux plaines du Pô, en passant par la Sicile et la Basilicate.

 

Chien de faïence

Andrea Camilleri (1925 - ….)

« O que passa » Andrea ? L’âge, la fatigue, le blues ? » On dirait que l’appétit s’en va, ce livre est moins gourmand que le précédent que j’ai lu ! C’est peut-être à cause des collègues de Gènes qui ont joyeusement tabassé de paisibles manifestants endormis, que Montalbano n’est pas content et qu’il a moins d’appétit. Oui certainement, il y a un peu de tout ça dans cette histoire mais il y a surtout ce gamin, ce « minot » qui a pris sa main et qu’il a conduit vers sa mère, qui n’est peut-être pas sa mère, et que l’on a retrouvé mort, renversé par une voiture. Le commissaire se sent un peu responsable de la mort de ce gamin, alors il veut savoir et il cherche, même s’il n’y a aucune enquête officielle d’ouverte, et il trouve des indices qui le conduisent vers des trafics « dégueulasses », inhumains…

C’est toujours le même plaisir de fouler le sol de Sicile avec le commissaire Montalbano, là où il connaît tout le monde, où tout le monde participe à l’enquête, où le trafic fait partie de la culture, où la cuisine sent si bon et réjouit les papilles, là où on ne se contente pas de se nourrir, où on mange. Mais quand on touche aux « minots » « il dottore », il aime pas du tout et il devient méchant.

Certes, Andrea, c’est un bon scénario, bien tricoté où tu laisses poindre toute ta répugnance et ta révolte devant ses trafics odieux, mais pourquoi, vers la fin, as-tu voulu transformer notre bon commissaire qui travaille surtout avec « sa coucourde », en James Bond décati et poussif ? Ca tient pas la route cette histoire, t’imagines l’inspecteur Maigret transformé en Hubert Bonnisseur de la Bath ? Pas crédible du tout ! Alors, au lieu d’être féroce et vengeur notre commissaire n’est que pathétique. Dommage, jusques là, je m’étais régalé !

 

Braises – Grazia Deledda (1871 – 1936)

Originaire de Sardaigne, titulaire du Prix Nobel de littérature, Grazia Deledda fait partie de la littérature classique italienne, « Braises » n’est peut-être pas son œuvre majeure mais n’en demeure pas moins un livre important dans lequel elle brosse un portrait de son île à laquelle elle semble vraiment attachée. « Braises »  est l’histoire d’un enfant de l’adultère, abandonné très tôt par sa mère et qui est obsédé par cette mère absente qu’il hait et qui lui fait honte. Comme l’auteur, l’enfant, devenu adulte, quitte l’île pour construire sa vie sur le continent mais garde toujours en lui cette image de la mère qu’il veut sauver et après bien des épreuves, il trouvera peut-être, sous les cendres de son passé, une nouvelle raison d’espérer et de construire une vie plus paisible.

Le Christ s’est arrêté à Eboli – Carlo Levi (1902 – 1975)

Bien que quelque peu éclipsé par son homonyme Primo à l‘extérieur du pays, Carlo Levi est tout de même un écrivain très célèbre dans la Botte. Antifasciste notoire, il a été déporté par Mussolini dans le sud de l’Italie et assigné à résidence dans un petit village à proximité d’Eboli. Et, c’est là qu’il situe  ce roman qui est plutôt une peinture de cette Italie du sud écrasée par le soleil où il ne se passe à peu près rien, où les jours s’écoulent lentement au rythme des saisons, où les gens sont trop pauvres pour payer des soins et où Carlo Lévi a passé son temps d’exil à soigner ses populations abandonnées de tous. Ces pauvres ères qu’il a fini par aimer comme il a aimé ce pays au point d’en faire le portrait sans oublier ceux qui se sont enrichis en partant travailler en Amérique ou en s’engageant sous la botte mussolinienne. Un portrait émouvant de ces populations fossilisées qui vivent encore comme au Moyen Age dans la peur, les croyances ancestrales, la saleté, la malaria, l’ignorance et la misère qui ont fini par l’émouvoir au point qu’il a failli poursuivre volontairement son exil.

Mal’aria – Eraldo Baldini (1952 - ….)

Dans les années trente, dans la plaine du Pô, la malaria sévit durement et les enfants sont particulièrement touchés. Quarante sont décédés des suites de cette fièvre sans que l’administration hospitalière soit informée. Le gouvernement décide alors de nommer un médecin pour évaluer la situation réelle et, éventuellement, les mesures à prendre. Le jeune médecin détaché par le ministère découvre une situation opaque, inquiétante, aggravée par la chaleur asphyxiante qui règne dans cette région. Plusieurs responsables médicaux sont décédés étrangement et même le curé a quitté les lieux. Baldini, qui est originaire de cette région, évoque le silence pesant qui règne dans le population, les croyances qui sont plus fortes que la science et la superstition qui fait œuvre de religion. Sans oublier la clique mussolinienne qui n’est jamais bien loin et qui pourrait bien tirer quelques ficelles au moins.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi pour la suite de ces lectures latines  -

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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 08:26

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Lectures helvètes

De l’Autriche à la Suisse, il n’y a même pas un jet de carreau d’arbalète, il suffit d’enjamber la frontière pour pénétrer dans ce pays multilingue qui comprend au moins quatre cultures différentes sans compter, bien sûr, tous les intellectuels réfugiés en cette terre d’asile. Pour cette étape, j’aurais voulu mettre en évidence un écrivain de chacune des quatre langues officielles du pays mais, à ce jour, je n’ai toujours pas rencontré un écrivain suisse italophone et je n’en connais pas, lacune regrettable que vous voudrez bien me pardonner. Je me contenterai donc de vous présenter un écrivain germanophone, Peter Stamm, qui a longuement bourlingué avant de s’adonner à la littérature, un écrivain francophone, le grand auteur vaudois Charles Ferdinand Ramuz et un écrivain romanche, ce qui n’est pas très fréquent, et je suis assez heureux de pouvoir vous présenter une œuvre de Cla Biert qui a beaucoup écrit dans la langue de sa région d’origine, l’Engadine. Et pour vous présenter ces différentes cultures, j’ai pris l’attache de Pascal Mercier que j’ai découvert assez récemment et qui m’a pas mal interloqué avec le livre que je présente ci-dessous et que je considère comme l’un des meilleurs livres que j’ai lus. Pascal Mercier et un pseudonyme, il est en fait Suisse Allemand et, contrairement à ce qu’on constate habituellement, il n’est pas réfugié en Suisse, mais exilé en Allemagne, à Berlin, où il enseigne la philosophie.

 

Train de nuit pour Lisbonne

Pascal Mercier (1944 - ….)

« S’il est vrai que nous ne pouvons vivre qu’une partie de ce qui est en nous – qu’advient-il du reste ? » Est-ce cette question que Gregorius, le Pic de la Mirandole bernois, le professeur de langues anciennes, rigoureux jusqu’à la caricature, s’est posée en traversant un pont par un matin des plus ordinaires et qu’il a vu cette femme effondrée lisant une lettre, prête à se jeter à l’eau, c’est du moins ce qu’il a craint ? Cet incident comme un battement d’aile de papillon sur Rio peut déclencher un ouragan en mer de Chine, réveille brutalement Gregorius qui considère subitement qu’il n’a vécu qu’une toute petite partie de la vie qui est en lui. Il décide donc de tout plaquer en plein milieu de son cours et de partir pour le Portugal d’où est originaire cette inconnue éplorée, après avoir acheté un livre du poète Amadeu de Prado qui le bouleverse. « Il s’était enfui sans se retourner hors de sa vie si sûre, si pénible » pour «découvrir Amadeu de Prado en se frayant une voie dans son passé.  Et, petit à petit comme on construit un puzzle, il reconstitue la vie du poète en essayant de trouver les réponses aux différentes énigmes qu’elle comporte et aux différents mystères qui masquent encore les raisons de son comportement. S’enfonçant de plus en plus au cœur du personnage pour ne pas le voir de l’extérieur mais être lui, « je voudrais savoir comment c’était d’être lui. »

Ce roman dense, un peu touffu parfois, et très épais met en scène un homme qui a déjà avancé dans sa vie, qui atteint l’âge des premiers bilans et  prend conscience qu’il n’a vécu qu’une toute petite partie de ce qui est au fond de lui, de ce qu’il est réellement. Il constate alors que son entourage ne le voit que comme le professeur érudit et un peu maniaque qu’il apparaît et non pas comme l’homme qui est au fond de son être comme les habitants de la caverne de Platon ne voient que… et c’est un incident banal, fortuit, aléatoire qui va décider de son avenir. La réflexion n’est pas le moteur de son action, c’est le hasard, le destin, la conjugaison d’éléments anodins : une femme portugaise en pleurs, un livre d’un poète portugais à un moment opportun de la sa vie qui vont tout faire basculer car rien n’est définitif, tout est relatif mon cher Montaigne. Et ces petits choix véniels, que nous faisons chaque jour, construisent notre avenir ou au moins l’être que notre entourage pense que nous sommes.

En pénétrant plus avant dans la vie du poète, il va rencontrer les rudes combats internes et externes que celui-ci a dû mener pour assumer ses actes et faire face à la culpabilité que les autres voudraient lui imposer en le jugeant sur ce qu’il a fait et non sur ce qu’il est. Cette culpabilité, il devra aussi l’assumer vis-à-vis de ce père qu’il ne peut pas aimer car il est resté, du moins en apparence, du mauvais côté de la barrière. Le conflit est lourd : choisir entre l’amour filial et la morale civile, comme choisir entre une vie et des vies éventuellement perdues, qui peut dire la morale, le père qui souffre et qui juge sous le poids de la souffrance, la religion qui n’est que haine et rejet dans un pays qui a subi l’influence d’Isabelle la Catholique et d’Ignace de Loyola, l’ami qui est plus qu’un frère mais qui est prêt au sacrifice par jalousie ? Mercier nous laisse devant toutes ces questions, confiant peut-être les réponses au libre-arbitre de chacun de nous à l’écart de l’opinion de ceux qui, de toute façon, ne verront que les apparences.

Et, même si on peut communiquer, dire, écrire, les mots sont de toute façon usés tant ils ont été galvaudés, si bien que le langage n’arrive plus à transmettre les vrais sentiments et les vraies raisons qui dictent nos actes et on reste devant la seule possibilité d’être vu comme nous apparaissons à travers les actions que nous conduisons sous le dictat des circonstances, devant notre seul jugement, face à nous même, face à la mort, face à l’indignité comme Gregorius, dans la peau du poète, face au poète.

Quand j’ai commencé ce livre, sous la pression des excellents littérateurs qui m’avaient avertis, j’ai craint pendant un bon moment avoir affaire à un livre d’intellectuel qui n’a aucun égard pour les sentiments et les émotions mais, progressivement, le personnage m’a imprégné de ses angoisses, de ses incertitudes, de ses désirs et avec lui j’ai entendu Maria Joao Pires faire courir ses doigts sur le clavier de son piano pour jouer les fameuses Variations Golberg qui ne doivent pas être à son répertoire, mais l’illusion prédomine et j’ai senti comme un désir très fort d’aller voir ce que pensaient ces fameux érudits persans : Eliphas de Témen, Bildad de Shua, Cophar de Naamat dont les seuls noms chantent déjà comme une rapsodie orientale.

 Agnes – Peter Stamm (1963 - ….)

« Agnès est morte. Une histoire l’a tuée. » Peter Stamm ne donne pas dans la dentelle, le style est minimaliste et efficace, et il le prouve dès les premiers mots de son premier roman. L’histoire, il nous la raconte, c’est celle d’un écrivain suisse qui séjourne à Chicago pour écrire un livre sur les trains de luxe et  rencontre à la bibliothèque une jeune américaine, Agnès, qui prépare un doctorat. Au fil des rencontres une relation puis une certaine forme d’amour naît entre les deux protagonistes qui décident de vivre ensemble et de raconter l’histoire d’Agnès. Peu à peu fiction et réalité se mêlent, les amoureux écrivent leur histoire puis l’histoire qu’ils vont vivre et qu’ils s’efforcent de vivre jusqu’à ce que la fiction devienne le moteur de leur réalité. J’ai failli aimer cette histoire très dépouillée mais la fin qu’on connaît depuis le début arrive sans surprise dans une mise en scène qui n’est pas très crédible. Dommage, ces personnages assez improbables dans un monde juste esquissé avaient suffisamment de mystère et d’irréalité pour nous emmener dans un voyage plus surprenant alors qu’ils nous laissent dans un monde sans espoir refusant l’avenir sous toutes ses formes.

La séparation des races – Charles Ferdinand Ramuz (1878 – 1947)

Ce livre a été inspiré à ce grand écrivain vaudois par un nom de lieu qui, selon la légende,  évoquerait un site d’une bataille entre les bergers d’une vallée germanique et les bergers d’une vallée francophone. Dans ce roman, il met donc en scène ces bergers des temps anciens qui, selon les mœurs ancestraux, enlèvent les femmes de leurs voisins pour en faire leurs épouses. Et, Firmin le Valaisan ne faillira pas à la tradition en enlevant la fiancée de Hans le Bernois. Dans le contexte suisse, avec la rivalité qui oppose la communauté francophone et la communauté germanophone, ce texte prend une toute autre dimension et même s’il a été écrit au début du siècle dernier, il illustre bien les tensions qui existaient déjà entre ces deux mondes depuis de nombreuses décennies. J’y ai vu aussi, peut-être à tort, comme une forme de dénonciation de l’intolérance et de la xénophobie ambiantes au début du XXe siècle.

Une jeunesse en Engadine – Cla Biert (1920 – 1981)

Cette enfance en Engadine, c’est la sienne que Cla Biert raconte à travers une suite de courtes histoires pleines de fraîcheur et de poésie car il ne voudrait pas que sa culture disparaisse, ils ne sont plus qu’à peu près quarante mille locuteurs à parler encore le romanche aux confins montagneux de la Suisse, dans une région austère, au climat éprouvant. Trop tôt emporté par la tuberculose, Biert était très optimiste et pensait que le romanche, en s’ouvrant aux autres cultures européennes, pouvait retrouver une certaine vitalité et c’est pour rendre hommage à son combat que ses amis on traduit son œuvre, pour qu’elle sorte du confinement dans lequel la maintient cette langue en voix de disparition.

Denis Billamboz  -  à lundi prochain pour la suite de notre parcours littéraire européen  -

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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 08:48

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Chaque année, et pour la 16e édition, Deauville, lors des vacances pascales, a rendez-vous avec la musique. Ce rendez-vous 2012, avec 9 concerts d'une qualité exceptionnelle animés dès l'origine par de jeunes solistes venus des quatre coins de la planète et qui communient tous dans le même amour de la musique, a eu lieu du 14 au 29 avril. Au début, ils étaient quatre : Renaud Capuçon, Jérôme Ducros et Jérôme Pernoo, tous trois présents cette année, et Nicholas Angelich, dont on sait le parcours qu'ils ont accompli depuis lors. Convié à explorer l'immense territoire de la musique instrumentale, "chacun d'eux" - nous dit Yves Petit de Voïze leur mentor, " fut prié de laisser son égo de soliste à la porte",  afin de partager un merveilleux voyage au coeur de la musique instrumentale, du trio jusqu'à l'orchestre. Depuis 1996, nombreux sont ceux qui ont rejoint le groupe initial, ainsi Bertrand Chamayou, Jonas Vitaud, Lise Berthaud, Adrien Boisseau, Stéphane Bridoux, Jérôme Comte, Yann Dubost, Clara Izambert, David Kadouch, Adam Laloum, Alexandra Soumm, Mi-Sa Yang, le quatuor Ebène, l'ensemble Initium, le quatuor Zaïde, l'ensemble Le Balcon, enfin l'Atelier de musique devenu l'orchestre du Festival de Pâques de Deauville. Cet atelier s'est donné pour tâche de revisiter le répertoire peu connu mais vaste des sérénades et transcriptions, alliant voix, cordes, vents, claviers et percussions. Grâce à cette réserve inespérée de talents, les Pâques musicales de Deauville jouissent désormais d'une renommée mondiale.

 

Cette saison s'ouvrait le samedi 14 avril avec "L'heure espagnole" de Ravel, un opéra en un acte où le compositeur explique avoir voulu redonner vie à l'opéra-bouffe dans un esprit franchement humoristique, opéra suivi par Vocalise-étude pour piano et voix où les interprètes nous guident vers l'Orient sur des thèmes inspirés par Henri de Régnier, Mallarmé et Paul Morand. Ravel y dévoile sa passion pour la fantaisie avec autant de malice, d'invention que de virtuosité.

 

Les autres concerts nous ont proposé des oeuvres de Antonin Dvorak, Bohuslav Martinu, Alban Berg, Arnold Schönberg, Johannes Brahms, Josef Suk, Béla Bartok, Olivier Messiaen, Gabriel Fauré, Franz Schubert, César Franck, Alexander von Zemlinsky, Mozart, Richard Strauss et ses merveilleuses Métamorphoses et mené dans leurs clairs-obscurs, leurs pirouettes, leurs arpèges vertigineux, leurs panoramas multiples, leurs mélodies insouciantes, la houle de leurs trémolos, leurs déclarations passionnées, leurs sombres déplorations, leurs élégies ailées. Ces concerts ont été une succession de moments rares où la musique, dans son exigence, nous a donné à vivre les émotions les plus graves, les plus tendres, les plus accomplies, riches heures qui font de Deauville, durant ces deux semaines, le rendez-vous incontournable d'une jeunesse talentueuse et innovante.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE 

 

 

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                  Renaud Capuçon

 

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                   Bertrand Chamayou                                                       

 

 

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 08:27

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Le mot tolérance recèle une part d'ambiguïté dans la mesure où l'on peut se demander où commence la permissivité et où finit la tolérance. Tolérer, c'est fatalement accepter que l'autre soit autre dans sa différence morale et physique et s'interdire d'entraver sa liberté de penser et d'agir. C'est aussi reconnaître à chacun la faculté de vivre selon ses convictions propres qui ne sont pas obligatoirement les miennes. Cela suppose que la personne, qui se montre tolérante, fasse preuve, selon les circonstances, soit d'indulgence et de compréhension, soit n'obéisse qu'à son inclination à la passivité et à l'indifférence, d'où l'ambiguïté du mot qui se décline selon des modes variables. C'est la raison pour laquelle Karl Popper parle  du " paradoxe de la tolérance " et qu'André Comte-Sponville écrit qu' une tolérance infinie serait la fin de la tolérance. En effet, dois-je tolérer la violence, le fanatisme, l'exclusion, la misère d'autrui ? D'où la vigilance constante que nécessite ma propre tolérance, afin qu'elle reste tolérable et, qu'en l'exerçant, je fasse acte civilisateur ; une tolérance bien comprise devenant alors une véritable vertu à pratiquer quotidiennement. Sans oublier qu'il y a un seuil de tolérance à ne pas dépasser. 

Il est vrai aussi qu'il y a deux façons d'être tolérant comme il y a deux manières de fraterniser : celle qui est dictée par l'amour et celle qu'inspire l'intérêt ? L'une et l'autre n'ayant ni la même valeur, ni la même finalité. La tolérance par amour est une disposition du coeur à la clémence et à l'indulgence et une propension naturelle à pardonner. Cela sous-entend un véritable goût des autres, une vraie disposition à la bonté, à la compréhension sensible d'autrui. Mais on peut tolérer aussi par indifférence, c'est alors le laisser faire, le laisser agir de celui qui est détaché des êtres qui l'entourent. On peut, d'autre part, tolérer par politesse, ruse, calcul, mépris, voire lassitude. C'est le tout ou rien  de l'intolérant qui use d'une intolérance raide et abstraite dans les aléas d'une existence souple et impure. Aussi, pas d'autre moyen, pour sortir de cette conception de la tolérance, que d'avoir recours au respect, le respect que l'on doit à autrui et que l'on se doit à soi-même, en faisant un effort pour mieux comprendre, c'est-à-dire pour entrer dans une relation plus étroite qui s'apparente à l'ordre de la charité.

P
eu de mot plus dévalué que celui-ci en notre époque matérialiste où tout ce qui a une connotation spirituelle est entaché de suspicion. Et pourtant, charité se définit comme le principe du lien spirituel et moral qui pousse à aimer de manière désintéressée des hommes considérés comme des semblables, selon ce que Saint Paul a exprimé dans l'une de ses plus belles Epîtres :


" Quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas la charité, tout cela ne me sert de rien. La charité est patiente, elle est bonne. La charité n'est point envieuse, la charité n'est point inconsidérée, elle ne s'enfle point d'orgueil, elle ne fait rien d'inconvenant, elle ne cherche point son intérêt, elle ne s'irrite point, elle ne tient pas compte du mal, elle ne prend pas plaisir à l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité. Elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout. La charité ne passera jamais".  ( I. Cor. XIII 1-8 )

Quelle plus belle leçon de tolérance ! Et puisque nous en sommes aux citations, considérons ce que d'autres sages ont écrit à ce sujet. Cela peut nous aider à affiner notre jugement et nous encourager à pratiquer dans la vie courante cette tolérance attentive et aimable, mais point faible et aveugle.

   

"Le partage ne divise pas. Au contraire, il rassemble ce qui a été séparé, divisé. On sort de soi-même pour aller vers les autres avec bienveillance, contentement et modestie. Retrouve cette humilité joyeuse, animé du désir de servir le monde. C'est toi-même que tu recevras en partage, ta réalité profonde, en accord avec la réalité harmonieuse de l'univers".     Dugpa Ripoché 

"Ceux qui brûlent des livres finissent tôt ou tard par brûler des hommes".  Heinrich Heine

 

"J'ai honte de nos hommes enivrés de cette sotte humeur de s'effaroucher des formes contraires aux leurs : il leur semble être hors de leur élément quand ils sont hors de leur village. Où qu'ils aillent, ils se tiennent à leurs façons et abominent les étrangers".  Montaigne
                                                                                                                
"
Ne pas railler, ne pas déplorer, ne pas maudire, mais comprendre".    Spinoza

 

"Le respect de la différence  - qu'elle soit de race, de croyance, de sexe ou d'ethnie - se fonde sur l'alliance de modestie et d'exigence que chacun doit appliquer à soi-même et aux autres".   Federico Mayor

 

"Il ne s'agit pas de penser beaucoup, mais de beaucoup aimer".     Thérèse d'Avila

 

"Abstenons-nous de tout courroux et gardons-nous de jeter des regards irrités. Et n'ayons nul ressentiment si les autres ne pensent pas comme nous. Car tous les hommes ont un coeur et chaque coeur a ses penchants. Ce qui est bien pour autrui est mal pour nous, et ce qui est bien pour nous est mal pour autrui. Nous ne sommes pas nécessairement des sages et les autres ne sont pas nécessairement des sots. Nous ne sommes tous que des hommes ordinaires".   Prince impérial Shôtoku - Japon An 604

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

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