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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 08:48

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Chaque année, et pour la 16e édition, Deauville, lors des vacances pascales, a rendez-vous avec la musique. Ce rendez-vous 2012, avec 9 concerts d'une qualité exceptionnelle animés dès l'origine par de jeunes solistes venus des quatre coins de la planète et qui communient tous dans le même amour de la musique, a eu lieu du 14 au 29 avril. Au début, ils étaient quatre : Renaud Capuçon, Jérôme Ducros et Jérôme Pernoo, tous trois présents cette année, et Nicholas Angelich, dont on sait le parcours qu'ils ont accompli depuis lors. Convié à explorer l'immense territoire de la musique instrumentale, "chacun d'eux" - nous dit Yves Petit de Voïze leur mentor, " fut prié de laisser son égo de soliste à la porte",  afin de partager un merveilleux voyage au coeur de la musique instrumentale, du trio jusqu'à l'orchestre. Depuis 1996, nombreux sont ceux qui ont rejoint le groupe initial, ainsi Bertrand Chamayou, Jonas Vitaud, Lise Berthaud, Adrien Boisseau, Stéphane Bridoux, Jérôme Comte, Yann Dubost, Clara Izambert, David Kadouch, Adam Laloum, Alexandra Soumm, Mi-Sa Yang, le quatuor Ebène, l'ensemble Initium, le quatuor Zaïde, l'ensemble Le Balcon, enfin l'Atelier de musique devenu l'orchestre du Festival de Pâques de Deauville. Cet atelier s'est donné pour tâche de revisiter le répertoire peu connu mais vaste des sérénades et transcriptions, alliant voix, cordes, vents, claviers et percussions. Grâce à cette réserve inespérée de talents, les Pâques musicales de Deauville jouissent désormais d'une renommée mondiale.

 

Cette saison s'ouvrait le samedi 14 avril avec "L'heure espagnole" de Ravel, un opéra en un acte où le compositeur explique avoir voulu redonner vie à l'opéra-bouffe dans un esprit franchement humoristique, opéra suivi par Vocalise-étude pour piano et voix où les interprètes nous guident vers l'Orient sur des thèmes inspirés par Henri de Régnier, Mallarmé et Paul Morand. Ravel y dévoile sa passion pour la fantaisie avec autant de malice, d'invention que de virtuosité.

 

Les autres concerts nous ont proposé des oeuvres de Antonin Dvorak, Bohuslav Martinu, Alban Berg, Arnold Schönberg, Johannes Brahms, Josef Suk, Béla Bartok, Olivier Messiaen, Gabriel Fauré, Franz Schubert, César Franck, Alexander von Zemlinsky, Mozart, Richard Strauss et ses merveilleuses Métamorphoses et mené dans leurs clairs-obscurs, leurs pirouettes, leurs arpèges vertigineux, leurs panoramas multiples, leurs mélodies insouciantes, la houle de leurs trémolos, leurs déclarations passionnées, leurs sombres déplorations, leurs élégies ailées. Ces concerts ont été une succession de moments rares où la musique, dans son exigence, nous a donné à vivre les émotions les plus graves, les plus tendres, les plus accomplies, riches heures qui font de Deauville, durant ces deux semaines, le rendez-vous incontournable d'une jeunesse talentueuse et innovante.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE 

 

 

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                  Renaud Capuçon

 

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                   Bertrand Chamayou                                                       

 

 

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 08:27

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Le mot tolérance recèle une part d'ambiguïté dans la mesure où l'on peut se demander où commence la permissivité et où finit la tolérance. Tolérer, c'est fatalement accepter que l'autre soit autre dans sa différence morale et physique et s'interdire d'entraver sa liberté de penser et d'agir. C'est aussi reconnaître à chacun la faculté de vivre selon ses convictions propres qui ne sont pas obligatoirement les miennes. Cela suppose que la personne, qui se montre tolérante, fasse preuve, selon les circonstances, soit d'indulgence et de compréhension, soit n'obéisse qu'à son inclination à la passivité et à l'indifférence, d'où l'ambiguïté du mot qui se décline selon des modes variables. C'est la raison pour laquelle Karl Popper parle  du " paradoxe de la tolérance " et qu'André Comte-Sponville écrit qu' une tolérance infinie serait la fin de la tolérance. En effet, dois-je tolérer la violence, le fanatisme, l'exclusion, la misère d'autrui ? D'où la vigilance constante que nécessite ma propre tolérance, afin qu'elle reste tolérable et, qu'en l'exerçant, je fasse acte civilisateur ; une tolérance bien comprise devenant alors une véritable vertu à pratiquer quotidiennement. Sans oublier qu'il y a un seuil de tolérance à ne pas dépasser. 

Il est vrai aussi qu'il y a deux façons d'être tolérant comme il y a deux manières de fraterniser : celle qui est dictée par l'amour et celle qu'inspire l'intérêt ? L'une et l'autre n'ayant ni la même valeur, ni la même finalité. La tolérance par amour est une disposition du coeur à la clémence et à l'indulgence et une propension naturelle à pardonner. Cela sous-entend un véritable goût des autres, une vraie disposition à la bonté, à la compréhension sensible d'autrui. Mais on peut tolérer aussi par indifférence, c'est alors le laisser faire, le laisser agir de celui qui est détaché des êtres qui l'entourent. On peut, d'autre part, tolérer par politesse, ruse, calcul, mépris, voire lassitude. C'est le tout ou rien  de l'intolérant qui use d'une intolérance raide et abstraite dans les aléas d'une existence souple et impure. Aussi, pas d'autre moyen, pour sortir de cette conception de la tolérance, que d'avoir recours au respect, le respect que l'on doit à autrui et que l'on se doit à soi-même, en faisant un effort pour mieux comprendre, c'est-à-dire pour entrer dans une relation plus étroite qui s'apparente à l'ordre de la charité.

P
eu de mot plus dévalué que celui-ci en notre époque matérialiste où tout ce qui a une connotation spirituelle est entaché de suspicion. Et pourtant, charité se définit comme le principe du lien spirituel et moral qui pousse à aimer de manière désintéressée des hommes considérés comme des semblables, selon ce que Saint Paul a exprimé dans l'une de ses plus belles Epîtres :


" Quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas la charité, tout cela ne me sert de rien. La charité est patiente, elle est bonne. La charité n'est point envieuse, la charité n'est point inconsidérée, elle ne s'enfle point d'orgueil, elle ne fait rien d'inconvenant, elle ne cherche point son intérêt, elle ne s'irrite point, elle ne tient pas compte du mal, elle ne prend pas plaisir à l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité. Elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout. La charité ne passera jamais".  ( I. Cor. XIII 1-8 )

Quelle plus belle leçon de tolérance ! Et puisque nous en sommes aux citations, considérons ce que d'autres sages ont écrit à ce sujet. Cela peut nous aider à affiner notre jugement et nous encourager à pratiquer dans la vie courante cette tolérance attentive et aimable, mais point faible et aveugle.

   

"Le partage ne divise pas. Au contraire, il rassemble ce qui a été séparé, divisé. On sort de soi-même pour aller vers les autres avec bienveillance, contentement et modestie. Retrouve cette humilité joyeuse, animé du désir de servir le monde. C'est toi-même que tu recevras en partage, ta réalité profonde, en accord avec la réalité harmonieuse de l'univers".     Dugpa Ripoché 

"Ceux qui brûlent des livres finissent tôt ou tard par brûler des hommes".  Heinrich Heine

 

"J'ai honte de nos hommes enivrés de cette sotte humeur de s'effaroucher des formes contraires aux leurs : il leur semble être hors de leur élément quand ils sont hors de leur village. Où qu'ils aillent, ils se tiennent à leurs façons et abominent les étrangers".  Montaigne
                                                                                                                
"
Ne pas railler, ne pas déplorer, ne pas maudire, mais comprendre".    Spinoza

 

"Le respect de la différence  - qu'elle soit de race, de croyance, de sexe ou d'ethnie - se fonde sur l'alliance de modestie et d'exigence que chacun doit appliquer à soi-même et aux autres".   Federico Mayor

 

"Il ne s'agit pas de penser beaucoup, mais de beaucoup aimer".     Thérèse d'Avila

 

"Abstenons-nous de tout courroux et gardons-nous de jeter des regards irrités. Et n'ayons nul ressentiment si les autres ne pensent pas comme nous. Car tous les hommes ont un coeur et chaque coeur a ses penchants. Ce qui est bien pour autrui est mal pour nous, et ce qui est bien pour nous est mal pour autrui. Nous ne sommes pas nécessairement des sages et les autres ne sont pas nécessairement des sots. Nous ne sommes tous que des hommes ordinaires".   Prince impérial Shôtoku - Japon An 604

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 07:48

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Lectures pour que l’Autriche se souvienne

Après un long périple dans les Balkans, nous retraversons l’ex-rideau de fer pour pénétrer au cœur de ce qui fut le Saint Empire romain germanique et qui est redevenu l’Autriche après un épisode nazi bien malheureux qui a laissé des traces très profondes dans la littérature autrichienne. Et, déjà, notre premier hôte, Arthur Schnitzler, dès la fin du XIX siècle attirait notre attention sur l’antisémitisme  qui sévissait à Vienne et qui annonçait déjà des lendemains ténébreux. Ces lendemains, nous pourrons en mesurer les stigmates, mal refermés, qu’ils ont laissés dans la population autrichienne qui n’a jamais pu, ou su, évacuer ses démons, dans les œuvres de nos deux autres hôtes, Hans Lebert et le Prix Nobel de littérature local, Elfriede Jelinek, qui s’efforcent de faire sortir la vérité de la gangue dans laquelle elle est engluée et ou certains veulent la maintenir. Pour accomplir ce chemin plutôt douloureux, pour faire vivre la mémoire de ceux qui ont tant souffert, nous prendrons la compagnie d’un des plus grands intellectuels autrichiens, Robert Musil, qui a tellement contribué à la compréhension des hommes et de leur comportement sans toutefois que nous puissions encore comprendre l’inacceptable qui fut.

 

Les désarrois de l’élève Törless

Robert Musil (1880 – 1942)

 « Je ne veux pas faire comprendre, mais faire sentir » annonce Musil dans une lettre mise en préface dans l’édition que j’ai lue. Il veut nous faire sentir tout ce que ressent ce jeune aristocrate autrichien que ses parents placent dans une école réservée aux fils de bonnes familles tout là-bas aux confins de l’Autriche, vers l’Est.

Le jeune Törless débarque dans cette pension où il ne connaît rien, ni personne, et doit faire le deuil de son passé, couper le cordon ombilical avec son pays, sa famille, son enfance et toutes les cajoleries dont il a été l’objet dans une famille aimante et attentionnée. Il doit faire face à une nouvelle vie avec des amis dont beaucoup sont ses aînés, dans une forme de huis clos où il devra trouver sa place en s’affranchissant de son enfance. « Il voulait se débarrasser ainsi de son ancien bagage, comme s’il s’agissait maintenant de porter son attention, libre de toute gêne, sur les pas qui lui permettraient de progresser. » Je n’ai pu, à cet endroit du livre, éviter de penser à Julien Green et au héros de « Moïra » que j’ai lu récemment, qui doit lui aussi s’intégrer dans un monde universitaire  totalement étranger.

Et, dans cet univers de jeunes mâles en pleine maturation, Törless découvre des notions et des sensations qui ne faisaient pas partie de sa vie antérieure, la sexualité, l’obscénité, le désir, la tentation, la culpabilité mais aussi la compétition, l’amitié, la tromperie, la trahison, … toutes notions qui contribuent à affirmer sa personnalité et sa place dans la meute où se manifeste un véritable attrait pour la virilité allant jusqu’à la brutalité et même au sadisme.

Ces rites initiatiques qui marquent le passage à l’âge adulte perturbent le jeune étudiant qui ne comprend pas ce qu’il va devenir, comment il va le devenir et avec qui il va le devenir. Il a l’impression de ne pas comprendre ce qui lui arrive et de ne pas trouver d’explication aux mécanismes qui règlent la vie. Il manque de repères et s’interroge sur l’éducation qu’on lui prodigue. « De tout ce que nous faisons ici, toute la journée, qu’est-ce donc qui nous mène quelque part ? » Interrogation d’un adolescent qui mute vers l’âge adulte, mais aussi interrogation d’une génération qui a bien conscience d’appartenir à un monde en voie de disparition, à une civilisation qui s’éteint comme on peut le voir dans les œuvres de Schnitzler notamment. 

Mais, le vrai sujet du roman, à mon sens, réside dans les interrogations de Törless sur l’origine de nos comportements et, de ce fait, sur ce qui gouverne les êtres et le monde plus généralement. Il ne sait pas interpréter ce qu’il ressent mais il sait que cela contribue à sa prise de conscience des phénomènes qui le dirigent. La sensualité qu’il ressent dans les contacts physiques lui apporte des certitudes que les mathématiques ne peuvent pas démontrer et que même les théories de Kant ne peuvent expliquer. « Il y avait des moments où il avait si vivement l’impression d’être une fille qu’il jugeait impossible que ce ne soit pas vrai. » Et c’est là que siège son désarroi dans cette impression qu’il y a une source de certitude qui ne provient ni de la science, ni de la connaissance, ni de la raison mais d’un ailleurs qui pourrait être l’âme.

Alors dans son esprit germe une théorie qui mettrait en opposition un monde extérieur matériel et  un monde intérieur spirituel, le rationnel et l’irrationnel, la connaissance et le ressenti, l’acquis et l’inné, la raison et la croyance, la science et la prescience. « Une grande découverte ne s’accomplit que pour une part dans la région éclairée de la conscience : pour l’autre part, elle s’opère dans le sombre humus intime, et elle est avant tout un état d’âme. » C’est la raison pour laquelle, il faut associer l’âme à la raison et ne pas oublier que des initiés, même si Musil n’emploie pas le terme, ont apporté beaucoup à la connaissance du monde et des hommes.

Dans ce roman dont Musil dit que ses contemporains y on vu comme « l’affirmation d’une « génération » nouvelle ; une contribution essentielle au problème de l’éducation, enfin le coup d’essai d’un jeune écrivain dont on pouvait beaucoup attendre, moi, j’ai surtout senti cette explication essentielle sur la complémentarité entre la science et la prescience dans un texte un peu fin de siècle qui traîne encore quelques relents de romantisme. Le malaise, la nausée, l’écœurement font encore très jeunes filles qui défaillent bien que nous soyons au milieu de jeunes mâles en ébullition. Je reviendrai aussi sur les intentions de Musil qui prétend nous faire sentir plutôt que comprendre mais, pour ma part, je trouve que le roman est trop rationnel, trop cérébral, trop intellectuel, pas assez charnel, pas assez sensuel, pas assez sentimental, pour que l’objectif soit pleinement atteint.

Et malgré tout, je trouve que la transgression comme rituel initiatique donne plus d’humanité à ce roman, « quelque chose en est resté à jamais : la petite dose de poison indispensable pour préserver l’âme d’une santé trop quiète et trop assurée et lui en donner une plus subtile, plus aigüe, plus compréhensive. »

 

Vienne au crépuscule - Arthur Schnitzler (1862 – 1931)

C'est une belle image de la fin de l'empire des Habsbourg avec ces dandys qui déambulent sur le Ring à la conquête des jolies Viennoises sans se soucier du quotidien qui leur est assuré.
C'est l'image de la déliquescence d'une civilisation en fin de cycle qui est déjà minée par les tares qui lui seront fatales. C'est l'image d'une société qui n'a pas vu le monde changer et qui vit encore au siècle où les rois et les empereurs régnaient, selon « l'étiquette », en maîtres absolus sur l'Europe.
C'est la montée en puissance des fléaux qui accableront le XXe siècle de leurs malheurs et notamment de l'antisémitisme. C'est le reflet, dans le miroir, de nos faiblesses devant les responsabilités individuelles (reconnaissance de l'enfant conçu dans la frivolité) ou collectives (abandon tacite des familles juives qui sombrent lentement dans la bordure sociale).

Un très beau livre, très bien écrit, dans un excellent style mais aussi un document historique de première qualité pour les historiens de la période.

La peau du loup - Hans Lebert (1919 – 1993)

Une lecture qui me hante toujours plus de trois ans après avoir refermé le livre. L’histoire d’un matelot qui débarque dans un village encerclé par les montagnes autrichiennes où la nature se déchaîne, vent, pluie, neige et froid soumettent les habitants à de fortes tensions alors qu’ils vivent déjà dans une ambiance délétère où personne ne veut rien dire, bien que des événements étranges les intriguent et les inquiètent. Dans ce village au nom évocateur, silence en allemand, le matelot et une compagne de circonstance essaient de percer le mystère qui entoure l’ancienne briqueterie malgré la réprobation des notables du village qui se réunissent régulièrement autour d’une table au bistrot local. Ce livre est le symbole du mutisme des Autrichiens qui ont jeté très pudiquement un voile de plomb sur leur passé pendant la période nazie et qui veulent maintenir ce passé dans l’ombre la plus épaisse au risque de voir le monstre ressurgir.

Les exclus - Elfriede Jelinek (1946 - ….)

Le Prix Nobel autrichien s’est inspiré d’un fait divers réel pour écrire l’histoire de ces quatre jeunes qui rejettent la société dans laquelle ils vivent et dont ils ne veulent plus. Gosses de riches, petits bourgeois ou prolétaires, ils sont les enfants de cette Autriche qui n’a pas évacué ses démons, qui n’a pas su, ou pas voulu, faire le ménage après la période nazie au risque de mettre sa jeunesse dans une situation impossible avec un héritage trop lourd à porter. Et, nourris des thèses de Camus ou de Sartre, ces jeunes trouvent l’existence absurde et transforment leur révolte en une rage assassine qui les conduit à des actes extrêmes. C’est l’histoire d’une génération qui rejette un passé de bons catholiques comme il faut, ne veulent pas assumer leur passé, c’est l’histoire de ces soldats sanguinaires qui perpétuent leur violence au sein de leur famille et c’est aussi le récit de ceux qui ont été persécutés dans les camps de la mort. Enfin, c’est l’histoire de l’Autriche qui est toujours en proie aux démons qu’elle na pas su mater et qui hantent toujours les coulisses du pouvoir.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la poursuite de ce voyage littéraire à travers l’Europe, avant de le poursuivre ensuite à travers le reste du monde

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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 08:06

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Lettres d’exilés croates et slovènes

Terminons notre voyage dans les Balkans en parcourant la Croatie et la Slovénie réunies dans un même article pour cause de manque de lectures slovènes dans mon stock. Ces deux pays ayant une bonne partie de leur histoire commune, ils peuvent être abordés sans difficultés majeures dans une même approche, surtout si l’on considère que les écrivains que nous rencontrerons lors de notre périple croato-slovène, sont tous des expatriés qui ont quitté leur pays pour fuir la guerre, la dictature, la violence ou autre misère. Bora Cosic réside désormais en Allemagne qu’il a rejointe en 1992 pour fuir le régime de Milosevic à Belgrade où il résidait depuis la fin des années trente. Dubravka Ugresic vit aux Pays-Bas depuis qu’elle a été accusée de nuire aux intérêts de son pays. Marica Bodrozic vit, elle aussi, en Allemagne où ses parents l’avaient précédée pour trouver un emploi. Et enfin, notre guide, Brina Svit, la seule Slovène de notre sélection, vit, elle, à Paris où elle écrit désormais directement en français. Con Brio, son premier roman, comme le suivant, a été écrit en serbo-croate puis traduit en français.

 

                                                                 Con Brio

Brina Svit (1954 - ….)

"Elle au printemps lui en hiver", Tibor "joue la comédie du vieil amant qui rajeunit "comme dans la chanson que Pierre Delanoë a écrite pour Serge Reggiani mais il n’a pas compris "Qu’au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable" (Romain Gary) et qu’il n’est qu’un clown en train de faire son dernier tour de piste. Kati-Katarina-Grusenjka cherche autre chose, un autre amour … dans ce livre-film où chaque chapitre est une scène, où les mains sont les acteurs, où chaque plan détaille le décor de la robe jaune à tulipes, de la culotte négligemment jetée sur le tapis jusqu’aux objets soigneusement choisis par l’antiquaire ex-compagne. Mais ce livre-film respire plus le Montparnasse quand les artistes du monde entier y traînaient leur nostalgie et leur désespoir et bouffaient la vie à pleines dents en rêvant de gloire et d’immortalité, que le quartier de l’Étoile, des touristes et hommes d’affaires en tout genre, même si Balzac a laissé son nom à la rue de Tibor.

 

Le rôle de ma famille dans la révolution mondiale – Bora Cosic (1932 - ….)

Dans ce court roman un petit garçon de dix ans raconte la deuxième guerre mondiale et la révolution qui a suivi. Il raconte comment il rédige ses rédactions, les menus faits qui affectent la vie quotidienne de cette famille victime de tous les tourments qui sévissent dans la région, la guerre bien sûr mais aussi les chefs révolutionnaires qui contestent à cette famille le rôle qu’elle prétend avoir joué dans le triomphe de la révolution en la reléguant dans une seule pièce pour réquisitionner le vaste appartement qu‘elle occupait auparavant. Une description qui ne se départit pas d’une certaine forme d’humour pour raconter cette famille peu stimulante où le père alcoolique, la mère défaitiste, le grand père sceptique et l’oncle coureur de jupons encadrent deux jeunes tantes amoureuses d’un célèbre acteur américain. Un regard original sur toutes les misères qui ont affecté cette région depuis le début des hostilités en 1939.

Le musée des redditions sans condition – Dubravka Ugresic (1949 - ….)

Dans ce roman, Dubravka Ugresic campe douze brèves histoires qui s’articulent paritairement  autour de deux thèmes. Le premier concerne la difficulté de vivre des exilés qu’elle construit à travers son expérience personnelle et le second, le passé de la Yougoslavie et la tentative panslave conduite d’une main de fer par Tito. Constitué d’une mosaïques d’histoires, de souvenirs et d’anecdotes, ce roman met en scène une galerie de personnages pris entre deux cultures, déchirés entre deux mondes : celui où ils vivent et celui d’où ils viennent. Le musée des redditions sans condition existe réellement à Berlin où il a été fondé par les Soviétiques.

Tito est mort – Marica Bodrozic (1973 - ….)

Ce livre est un recueil de nouvelles qui sont des sortes de portraits tirés du monde paysan qui est resté figé depuis des lustres dans cette campagne croate où est née Marica. En vingt-quatre histoires, ce livre reconstitue, avec une fraîche candeur, l’atmosphère archaïque de ces villages de la côte dalmate dans un monde idyllique où la nature est, certes, restée intacte mais les paysans étriqués, peu ouverts et souvent agressifs. Un livre plein d’une poésie qui pourrait évoquer un reliquat de romantisme fossilisé comme ces paysans croates dans leur campagne originelle.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre périple littéraire en Europe centrale  -

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 08:03

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Il y a des jours où il fait bon se laisser aller à ses humeurs et, en les partageant, à s'en mieux guérir. Cet article a été rédigé en 2012 et aujourd'hui, soit trois ans plus tard, qu'en est-il ? Eh bien, c'est pire et son actualité n'a, hélas ! pas pris une ride. Elle en a même gagné quelques-unes ! L'enseignement, la santé, la justice, tout va à vau-l'eau et à une allure vertigineuse et nos valeurs sont de plus en plus battues en brèche. Alors ?

 

Je le reconnais volontiers, je n'aime pas mon époque. Elle me gâte l'humeur. La violence, la bêtise, la vulgarité, le mensonge, les manipulations en tous genres se taillent la part trop belle. Là où autrefois il y avait débat, il y a affrontement ; là où il y avait dialogue, il y a diatribe. La parole a été confisquée au profit d'un discours consensuel ou idélogique qui n'a pour ambition que de nous brouiller l'esprit. Il semble que les citoyens que nous sommes n'ayons d'autre utilité que de payer nos impôts et nos contraventions, de donner notre bulletin de vote à des illusionnistes qui se sont emparés du pouvoir et ne le lâchent plus et de ployer l'échine devant les décisions qu'ils prennent à notre place, sans nous avoir demandé notre avis.

 


Ayez l'esprit citoyen, nous disent-ils, ce qui signifie en langage décodé : soyez sourds, aveugles et muets, nous pensons pour vous et agissons malgré vous. Et acquiescez, puisqu'à l'évidence nous vous garantissons un enseignement qui forme des illettrés à la pelle, une télévision qui, à coup sûr, vous abêtit, des hôpitaux qui, bientôt, ne seront plus en mesure de vous soigner, une économie qui vous endette chaque jour davantage. Alors bon peuple soyez heureux, puisque tel est notre bon plaisir. Le bonheur, que nous vous proposons, n'est-ce pas de vivre à crédit, de payer votre 32m2 le prix d'un 100m2 d'autrefois, de n'être en sécurité nulle part, de partager le fruit de votre labeur avec votre voisin qui n'en a cure, d'être spolié chaque matin par un Etat qui se veut... providence. Et à quoi bon désormais aller voter : tout est plié d'avance, les médias ont fait les élections à votre place. Mais j'arrête là mon propos car je crains d'être victime de la censure, alors même que notre vie privée est déjà mise sur écoutes.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 08:10

mstislav_rostropovich2.jpg   1927 - 2007



                          VIDEO

       

Lorsqu'un violoncelle se tait, il semble que le monde devient soudain silencieux, que quelque chose a changé imperceptiblement. C'est la musique qui est en deuil. Ce fut le cas lorsque le violoncelliste Mstislav Rostropovitch mourut le 27 avril 2007 et que l'un des plus prestigieux archets du monde se tut à tout jamais. Rostropovitch possédait un toucher unique, une musicalité qu'il devait à une technique parfaite et à une extraordinaire capacité d'interprétation. Rarement violoncelle n'aura chanté aussi bien, n'aura émis de phrasés aussi subtils et profonds. Heureusement, les disques nombreux enrégistrés par l'artiste nous permettent aujourd'hui de ré-entendre quelques-unes de ses plus admirables exécutions de la musique ancienne et contemporaine, car Rostropovitch s'était aventuré dans les partitions les plus diverses.

 
Homme d'engagement et de convictions, ami fidèle de deux compositeurs critiqués par Staline, Prokofiev  et  Chostakovitch,  il accueillera également chez lui en septembre 1970 l'écrivain dissident Alexandre Soljenitsyne et n'hésitera pas à défendre sa cause par une lettre ouverte qui lui vaudra sa disgrâce en URSS et le contraindra à l'exil. Déchu de sa nationalité soviétique, il gagnera l'Europe avec son épouse, la célèbre soprano Galina Vichnievskaïa, et deviendra citoyen du monde occidental, donnant dans toutes les capitales de nombreux concerts. Il ne reviendra dans son pays natal qu'en 1990 et y sera enterré avec tous les honneurs, le régime ayant changé.


Né à Bakou en mars 1927, Rostropovitch commence très jeune l'étude du piano, puis du violoncelle, avant d'entrer au conservatoire de Moscou, où il suit les cours de Chostakovitch. Distingué rapidement pour ses dons exceptionnels, il remporte les concours les plus prestigieux et sera même gratifié du Prix Staline en 1951 et 53 et du Prix Lénine en 1964 et 66 comme " Artiste du peuple de l'URSS".

Pour autant, le musicien ne se contente pas d'être le plus grand violoncelliste de la seconde moitié du XXe siècle, mais s'attache également à la direction d'orchestre et met son talent au service des oeuvres issues du patrimoine russe. Lors de ses 80 ans, et très peu de temps avant sa mort, il sera  invité par Poutine et entouré de 800 invités. Les temps ayant changé, n'était-il pas considéré dès lors comme l'une des gloires de la Russie ?


Aussi se souvient-on de lui à plus d'un titre : comme musicien remarquable mais, tout autant, comme homme de courage qui osa défier la dictature communiste. Il restera dans l'histoire un défenseur des libertés et personne n'oubliera sa silhouette improvisant un concert devant le Mur de Berlin en novembre 1989 dans une atmosphère de liesse et de recueillement. En lui s'unissaient, en une harmonie rare, le musicien de génie et l'homme de coeur.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 08:03

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Lettres de sang en Bosnie

Au coeur des Balkans, après avoir visité la Serbie et les républiques voisines, récemment   indépendantes, nous obliquerons vers l’ouest pour rejoindre l’épicentre du grand conflit balkanique des années quatre-vingt-dix, la Bosnie, où nous découvrirons une littérature fortement marquée par toutes les guerres et tensions qui ont jonché l’histoire dans cette région. Les auteurs que nous découvrirons évoquent tous le sang qui a coulé en abondance dans ce pays maudit et la cruauté qui fut souvent l’argument principal des belligérants. Notre première rencontre sera réservée au Prix Nobel local, Ivo Andric, grand maître es lettres qui, à coup sûr, trône au panthéon de mes écrivains préférés. Son ouvrage, « Le pont sur la Drina », contient déjà presque toutes les clés nécessaires pour aborder avec de solides arguments l’histoire des Balkans et des conflits qui y ont abondamment fleuri. Nous rejoindrons ensuite deux auteurs, nés tous les deux en 1964, qui ont fui la Bosnie lors du dernier conflit  en direction de la France pour Velibor Colic et des Etats-Unis pour Aleksandar Hemon. La guerre qui affecta leur pays les a profondément marqués et leur œuvre en témoigne explicitement. Pour accomplir ce voyage, nous prendrons la compagnie d’un écrivain que je n’ai découvert que récemment, Miljenko Jergovic, qui pourrait être considéré comme un digne héritier d’Ivo Andric.

 

Le palais en noyer

Miljenko Jergovic (1966 - ….)

Tomasi di Lampedusa aurait dit qu’il existe deux types d’écrivains, les gros et les maigres, ceux qui expliquent en long, en large et en travers et ceux qui procèdent par soustraction, se fiant surtout à l’implicite et au non-dit. Manifestement, Jergovic appartient à la catégorie des gros, et même des dodus, si j’en juge par ce seul livre que je connais de sa plume. Dans ce roman long mais pas monumental, il fait preuve d’une telle densité et d’un tel foisonnement dans le récit de la vie de ses personnages qu’il mérite bien de figurer aux côtés des gros célèbres comme Balzac, Proust ou Thomas Mann.

En quinze chapitres mis en pages de quinze à un, Jergovic raconte l’histoire de la famille Delavale-Sikiric, principalement celle de Regina Delavale qui épousa Ivo Sikiric dont elle fut rapidement la veuve. Le récit commence au moment où la fille de Regina essaie de persuader la police que le jeune médecin hospitalier n’est en rien responsable du décès de Regina Sikiric qui est morte à quatre-vingt-dix-sept ans après une véritable crise de démence destructrice. Et l’histoire remonte le temps, la fin de la vie de Regina, la naissance et l’adolescence de sa petite-fille, la vie et la mort du mari de sa fille, pour aller jusqu’à la mort des grands-parents de Regina en embrassant toute l’histoire du XXe siècle dans les Balkans et s’achever par une jolie petite fable qui essaie de nous faire croire que la vie aurait pu être belle dans cette région au cours de cette période. Chaque chapitre est une histoire presque indépendante de l’un des membres de la famille, ou d’une personne rattachée à la famille, pour mettre en évidence un moment de l’histoire ou un fait important de la vie des habitants de ce coin de l’Europe, comme les relations entre communautés, les guerres, la haine, l’exil, la question juive, le sort des femmes abandonnées par les hommes partis au combat … Et chaque chapitre est mis en perspective à partir d’un événement historique plus ou moins important : la mort de Staline, la mort de Tito, l’incendie du Reichstag, l’incendie du Hindenburg, etc.

Mais en définitive, c’est surtout l’histoire des Balkans que Jergovic veut nous raconter à travers la saga de la famille Delavale-Sikiric et plus précisément la vie des Bosniaques, Herzégoviens et Croates qui se croisaient dans région de Dubrovnik, à cette époque, sous la croix orthodoxe ou catholique, sous le croissant musulman ou sous la kipa juive. C’est le sort de ces communautés qui ont essayé de vivre ensemble et qui n’ont jamais pu maîtriser leur histoire, toujours coincées entre des empires trop puissants pour les laisser en paix. « Là les massacres se pardonnent mais ne s’oublient jamais. ». Il essaie de nous faire comprendre que les haines accumulées depuis des lustres sont trop lourdes pour être oubliées, même le temps d’une guerre contre un ennemi commun. « Il était impossible de fraterniser avec celui qui massacrait ta famille, il était impossible de construire une demeure commune avec celui qui ne cherchait qu’à trancher la gorge. Dans ces conditions, on n’avait plus qu’un choix : mourir ou tuer son assassin potentiel. » Et, c’est cette forme de fatalité qui finit par peser sur ces peuples qui ont même inventé une légende qui explique l’origine du malheur qui les frappe depuis la nuit des temps. « Tout avait disparu parce que la reine avait mal agi en ouvrant avec la clé le cœur qui appartenait à un autre. Voilà comment a disparu la forêt au bord de la mer et comment sont apparus les gens sans cœur et comment le malheur s’est emparé du monde. »

Et, cette fatalité est devenue bestialité, sauvagerie, sadisme sanguinaire qu’on ne voudrait pas entendre si « Le couteau » de Vuk Draskovitch ne nous avait pas montré le chemin de la gorge du voisin, si le grand Ivo, Andric, n’avait décrit avec un tel luxe de précision l’empalement d’un condamné, si Branimir Scepanovic ne nous avait pas raconté comment les petites filles peuvent finir sur le barbecue. Tout cela est beaucoup trop mais tout cela est ! Et, qui a commencé ? La reine des fées ? Où est maintenant l’espoir ? Dans son numéro de Noël, Courrier International intitule l’un de ses articles : « A Sarajevo, le Père Noël n’est plus le bienvenu », mais en qui peuvent-ils croire Miljenko ?

 

Le pont sur la Drina - Ivo Andric (1892 – 1975)

Près de cinquante ans avant la destruction du pont historique de Mostar, Ivo Andric, nous racontait l’histoire des Balkans en situant son récit sur le pont de Visegrad – localité frontalière entre la Bosnie et la Serbie où il a passé une partie de son enfance. Ce pont est le symbole des Balkans, le lieu – la kipia – où se rencontre les communautés religieuses qui composent la population de cette région en ébullition récurrente : les musulmans, les chrétiens orthodoxes et les juifs mais aussi les diverses nationalités qui se mêlent dans la région : Serbes, Croates, Bosniaques, Autrichiens et autres peuplades venues du monde islamique.

Ivo Andric rêvait d’un peuple balkanique uni mais devait bien imaginer en écrivant son roman que les remous de l’histoire rattraperaient bien un jour ces peuplades périodiquement massacrées par la puissance dominante du moment. Le pont sur la Drina, c’est le lieu de rencontre ou d’affrontement,  selon les périodes, entre le Saint Empire Germanique et l’Empire Ottoman et, même après l’effondrement de ces empires, leurs reliques ont perpétué les mœurs ancestrales et les conflits endémiques.

C’est une œuvre magnifique que livre Ivo Andric, une œuvre qui permet de comprendre tous les problèmes que cette région connaît régulièrement mais aussi l’histoire d’un peuple multiple où tous les excès et toutes les exactions ont été commis.

Les Bosniaques – Velibor Colic (1964 - ….)

Velibor Colic, enrôlé dans l’armée bosniaque, s’est retrouvé militaire au pire moment de l’horrible guerre qui ravagea son pays. Il a connu les tranchées, la purification ethnique, les camps, … avant de s’évader en mai 1992. Après quelques avatars, il a pu se réfugier en France où il vit toujours. C’est sans doute la guerre qui a fait de lui le témoin qui a écrit pour rendre hommage à ceux qui sont morts sans sépulture, victimes comme bourreaux réunis dans la même terre.

Les Bosniaques, qu’il décrit dans ce livre, sont ces soldats différents qui ne rejoignent les autres que dans la mort. En trois temps, Hommes, Villes et Barbelés, Colic dépeint la violence, l’horreur et l’absurdité qui ont déferlé sur les Balkans à la fin du dernier millénaire et son témoignage a certainement plus de poids que n’importe quelle analyse car il a vécu ces événements tragiques. Et, peut-être que le poète, avec ses mots, peut ramener un peu d’humanité dans ce monde où elle fit si cruellement défaut en ces instants douloureux.

De l’esprit chez les abrutis – Aleksandar Hemon (1964 - ….)

Aleksandar Hemon a, lui aussi, fui la Bosnie en 1992 mais pour poursuivre ses études à Chicago où il apprit à écrire en anglais car il ne parvenait pas à le faire dans sa langue maternelle. A travers ce recueil de nouvelles, il conjugue la douleur qui s’est déversée sur la Bosnie pendant cette horrible guerre avec les fantômes du passé qui ne sont pas forcément innocents devant ce présent si tragique et si cruel. Même si ces récits conservent un côté burlesque, ils contiennent néanmoins les stigmates de cette affreuse guerre que l’insouciance devant les obus et les affres de la guerre ne  parvient pas à faire oublier.

Dans ces neuf nouvelles, on voit défiler un proche de Goebbels, une victime des camps staliniens, les snippers qui exercent leurs talents dans les avenues de Sarajevo, Sorge, l’espion préféré de Staline, … des ombres qui toutes pourraient se confondre avec celles qui ont ensanglanté le quotidien de Sarajevo pendant l’abominable guerre de Bosnie. Des textes où l’absurdité est presque aussi évidente que celle qui a présidé au déclanchement des hostilités.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour une nouvelle destination littéraire européenne  -

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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 09:19

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La littérature hongroise était, il n'y a encore que quelques années, peu connue en France. Pourquoi ? D'une part, parce qu'il existe peu de traducteurs magyars ; d'autre part, parce que de nombreux auteurs furent censurés du temps du communisme. Sandor Maraï, lui-même, l'une des plus grandes voix de la littérature européenne, ne fut découvert que dans les années 90. Et, ce, pour une raison supplémentaire : en 1956 les Soviétiques ayant écrasé le soulèvement des insurgés hongrois, il s'était refusé à ce que ses ouvrages soient publiés en Hongrie aussi longtemps que ceux-ci y demeureraient. Heureusement sa renommée a, depuis lors, rattrapé le temps perdu et il est devenu un classique pour les nouvelles générations. Aujourd'hui, ses romans ne cessent de rencontrer une audience de plus en plus large et d'être re-publiés.

 

Né à Kassa en 1900, dans une famille de la grande bourgeoisie d'origine allemande, il fit ses études à Leipzig, puis vécut à Francfort et Berlin, avant de rentrer dans son pays. Confession d'un bourgeois, son premier livre, lui valut une célébrité immédiate en Hongrie. Il y raconte la vie d'un monde en train de disparaître. Vision prémonitoire de ce qui se prépare : l'invasion des armées allemandes et les crimes du nazisme. Il écrivit ensuite des poèmes, des nouvelles, des pièces de théâtre et des récits de voyage, mais se garda bien d'appartenir à une quelconque coterie littéraire. Il fera toujours cavalier seul.


Opposé à toute forme de domination politique, il se refusera avec détermination à une Hongrie alliée à l'Allemagne nazie et envisagera très tôt de voyager dans une Europe qui, sous ses yeux, commençait à se défaire. Journaliste, il choisit une vie d'errance et se fait d'ores et déjà le mémorialiste d'une société perdue et le chroniqueur de la décadence austro-hongroise. Il saura décrire d'une plume nostalgique, mais sans complaisance, le milieu provincial et bourgeois très cultivé dans lequel il était né.

Durant l'hiver 44-45, l'Allemagne vaincue, c'est au tour des chars russes d'entrer dans Budapest et d'y écrire une nouvelle page sombre. En 1948, désespéré, l'écrivain choisit l'exil, d'abord en France et en Italie, puis en Californie où il s'installera définitivement. Il mourra à San Diego en 1989.

 

Sortie de son purgatoire, l'oeuvre flamboyante de ce hongrois ne cesse de nous frapper par la perspicacité de ses observations sur les peuples de la vieille Europe, la justesse de son trait, la fascinante complexité de ses personnages et l'élégance majestueuse  de son style. Peu d'écrivains ont eu cette précision de plume, cette justesse de ton, inspiré par un sobre désespoir. Il écrira : "L'Europe centrale est un laboratoire de crépuscule ".  D'où le titre de mon article.
 
Les Braises, l'un de ses livres les plus connus, raconte les retrouvailles de deux vieillards qui furent dans leur jeunesse amoureux de la même femme. Au terme de leur existence et au coeur d'un château gothique passablement délabré, il se retrouvent, après plus de trente ans, pour un ultime face à face. Dialogue nourri de silences et de non-dits d'une force pathétique où s'affrontent deux conceptions de la vie, deux témoins d'un désordre annoncé. Roman sur l'amitié égarée, les amours impossibles, la douleur du vieillissement.

Métamorphoses d'un mariage nous décrit le conflit passionnant entre trois personnages, le mari, l'épouse et la servante. Peter, mal à l'aise dans son costume de bourgeois, se cherche une raison de vivre, bien qu'il ne soit pas prêt à se détacher de son héritage moral et matériel. Ce récit n'est pas pour autant un roman à thèse. Chacun des héros est rongé par le doute et l'écrivain y apparaît tour à tour comme le critique et le défenseur d'un monde qui s'écroule.
 
L'héritage d'Esther est un court texte d'une élégance et d'une sobriété admirables. L'héroïne vient de fêter ses cinquante ans et coule des jours paisibles dans sa demeure vétuste, lorsqu'une lettre de Lajos, son ancien amant, lui parvient. Il y a plus de vingt ans qu'il l'a quittée pour épouser sa soeur. Son retour n'en est pas moins pour elle facteur d'interrogations et d'émotions. Portraitiste éclairé, Maraï se livre, dans cet ouvrage, à une évocation poignante du passé dans un décor suranné qui nous plonge dans une ambiance intensément poétique. Un chef-d'oeuvre.
 
Divorce à Buda décrit les affres d'un divorce durant lequel vacillera l'amitié de deux hommes et où aura lieu une révélation en mesure de changer le cours d'une vie. Dans ce récit, l'écrivain révèle une fois de plus sa connaissance clinique de la nature humaine.
 
Mémoires de Hongrie, mon préféré avec L'héritage d'Esther, furent rédigées 20 ans après les événements évoqués et composent une fresque saisissante de la Hongrie et de son Histoire. Maraï y raconte l'entrée victorieuse des chars soviétiques et l'instauration du régime communiste avec un regard détaché de toute idée préconçue. Il nous apprend de quelle façon, après les horreurs du nazisme, le communisme vint parachever une oeuvre de déshumanisation.
 
" Les Russes et les communistes - écrit-il - pourtant nous les avions vu de près...sans rencontrer parmi eux des hommes animés d'un véritable esprit messianique : sous couvert de justice sociale, ceux-là ne nous avaient apporté que de nouvelles formes d'exploitation. Pouvait-on espérer que cet ultimatum, agissant comme un catalyseur, donnerait naissance, à côté de deux grandes puissances, les Etats-Unis et l'Union Soviétique, apparues sur la scène de l'Histoire à l'issue de la Seconde Guerre Mondiale, à une autre Europe, véritable réserve d'humanisme dans un monde dominé par l'industrialisation et le militantisme, et prouvant, par sa seule existence, que le Tout est plus grand que les parties qui le composent ?"
 
Il y poursuit une réflexion éthique sur le rôle de l'écrivain face à l'histoire " arbitraire, capricieuse et imprévisible". Une méditation empreinte d'une constante remémoration qui convoque sur la scène culturelle quelques-uns des plus grands écrivains et poètes européens avec une lucidité jamais prise à défaut qui révèle sa maîtrise du récit et sa rare intelligence des situations.
 
"Et en toile de fond, grandissait sans fin, l'ombre de Proust, son oeuvre émerveillante, redoutable, infernale, dont les fumées sulfureuses couvraient jusqu'aux horreurs du siècle. Proust assurément le sommet de ce qui avait fleuri au cours du siècle dans la grande génération de la littérature française. Pourtant, et manifestement, le livre n'était plus ce qu'il avait été : ce lieu privilégié qui naguère faisait encore autorité et avait voix au chapitre dans les grandes affaires de l'humanité. ( ... ) Non seulement parce que dans la conjoncture favorable de l'après-guerre, quelques mercantiles affamés de profits jetaient par wagons entiers du papier imprimé sur le marché. Mais aussi, parce que, selon le constat ultérieur de certains sages, et quelque fût le contenu du livre, la liturgie même de la lecture avait déjà été supplantée par celle, combien profane, de l'image."
 
En 1989, Sandor Maraï, comme Stefan Zweig, l'illustre romancier et historien juif autrichien, auquel on l'a très souvent comparé, se suicidait à San Diego. Il n'a rien dit de la raison de cette mort choisie en toute connaissance de cause. Mais on peut la deviner : il était intolérable à un homme comme lui que cette civilisation qui avait donné naissance à Goethe, à Mozart, à Rembrandt, à Pascal et à un si grand nombre de génies ait pu enfanter deux monstres : le nazisme et le communisme et enterrer sous leurs cendres encore chaudes les 1000 ans  de son Histoire.
 
L'ensemble de son oeuvre est publié aux éditions Albin Michel
 
Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE
 
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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 08:18

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Lectures Balkaniques

Nous quittons les steppes hongroises pour pénétrer dans une vaste région montagneuse qui a connu plus de violence et de misère que de jours paisibles et agréables. En effet, nous visitons maintenant le massif balkaniques et tous les états issus de l’explosion de la Yougoslavie où nous rencontrerons de nombreux écrivains de grand talent souvent inspirés par tous ces conflits qui enflamment régulièrement la région depuis des lustres maintenant. Au carrefour des mondes musulman, slave et catholique, cette région ne pouvait guère échapper à la malédiction quand on connaît le peu de sagesse des hommes, surtout quand il s’agit de religion. Nous consacrerons ainsi une première étape à la Serbie et aux nations qui l’ont quittée depuis peu : la Macédoine, le Monténégro et le Kosovo pour lesquelles je n’ai encore que peu de lectures. Nous parcourrons ces régions avec un écrivain, Miroslav Popovic, issu d’une région toujours solidement rattachée à la Serbie, la Voïvodine, et nous irons à la rencontre de l’œuvre du Monténégrin Branimir Scepanovic et de deux Serbes : Vidosav Stevanovic et Slobodan Selenic.

 

Les loups de Voïvodine

Miroslav Popovic (1926 - 1985)

En recherchant un livre de Danko Popovic, je suis tombé sur ce roman de son homonyme Miroslav qui a retenu mon attention car il évoque une région dont on parle rarement dans la littérature, la Voïvodine, contrairement à la Croatie, la Bosnie, la Serbie, le Kosovo, etc., qui ont servi de cadre à de nombreux ouvrages.

Dans son roman, Popovic raconte l’histoire d’une petite ville de Voïvodine qui pourrait se concentrer dans l’entreprise où Frans, un Souabe, Serbe d’origine allemande, et son apprenti David, un vrai Serbe, accueillent Zurajica, qui pourrait être d’origine croate, comme le nouveau gardien des locaux de l’entreprise Albrechts, un Juif, pour lequel ils travaillent. Cette communauté multiethnique vit une vie plutôt médiocre, suite à la crise des années trente, mais relativement paisible, sans heurt particulier, quand survient la guerre qui les surprend dans la torpeur de cette vie sans relief et sans grand intérêt.

Dès le début de la guerre, les anciennes fractures ethniques se redessinent et modifient considérablement le paysage social. Les amitiés et les inimitiés se nouent désormais en fonction de l’appartenance à une ethnie et chacun se replie sur sa famille et sa nation d’origine pour se protéger et surtout éviter de se commettre avec les membres de l’un des autres clans. Les Souabes, les Folksdeutsche, retournent à leurs origines et soutiennent activement l’envahisseur allemand, alors que les Serbes raidissent leur position vis-à-vis de cette invasion et que les Juifs s’interrogent et glosent quant à leur avenir. Bizarrement Popovic n’évoque pas les Tziganes qui ont cependant payé un lourd tribut à cette occupation, ni les Islamiques qui ne semblent pas être très nombreux dans cette contrée des Balkans.

Le récit est largement encombré par de nombreuses digressions rapportant la vie des principaux acteurs de ce drame social et ethnique et stigmatise les différents comportements que l’on rencontre habituellement à l’arrière de toutes les guerres : la trahison, l’abus de pouvoir, la violence gratuite, la corruption, le vol, la spoliation, etc. Le vainqueur écrase les vaincus et abuse largement de sa force, les vaincus ploient et souffrent et les plus malheureux, en l’occurrence les Juifs, paieront très chèrement le prix de ce conflit

A travers cette fresque sociale, Popovic pose ouvertement le problème de la responsabilité du génocide et plus particulièrement de la part qu’il faut accorder à ceux qui pourraient être les loups de Voïvodine, les Folksdeutsche, qui ne se sentent peut-être pas responsables de vivre à cette époque. Toutefois, « on peut toujours remplacer les gens. Mais l’époque n’a ni mains ni jambes pour faire des choses qui ne se font pas… »

C’est aussi toute la question balkanique qui se trouve une nouvelle fois posée dans ce roman, sauf que les Musulmans ne sont cette fois pas concernés, et on retrouve toutes les démonstrations construites par Andric, Draskovitch, Jergovic, et bien d’autres… sur ces peuples qui peuvent vivre en bonne entente et se déchirer et se massacrer à la première occasion, mettant ainsi en lumière la fragilité de l’humanité qui comprend le pire et le meilleur, celui qui assassine gratuitement et celui qui va au bout de son idéal. Si on peut retirer la vie on ne peut pas tuer la dignité de celui qui accepte le sacrifice pour la justice et le respect des hommes. Et, dans ce livre, plein de haine, de violence et de misère, il y a tout de même un rayon de soleil, un juste au sens où Marek Halter l’entend.

Avec ce roman trop lourd, un peu laborieux, Popovic propose une image réaliste, dénuée de passion et d’émotion, une explication didactique, un témoignage impartial qui manque toutefois de souffle, d’émotion, d’indignation et d’humeur. Mais, c’est certainement un parti pris, une image qu’il faut accepter et admettre car cela c’est passé comme ça !

 

La bouche pleine de terre – Branimir Scepanovic (1937 - …)

Dans ce petit livre, un court roman, une grande nouvelle, peu importe après tout, cette œuvre est un concentré de tout ce que la région vivra dans les années suivantes et certains ont voulu y voir comme une prémonition. Mais cette poursuite infernale entre un homme malade qui veut rentrer au pays, le Monténégro, pour se donner la mort, et deux chasseurs qui au départ ne lui voulaient aucun mal, montre bien toute la haine, la violence et l’horreur que les hommes peuvent dispenser quand ils s‘enflamment mutuellement. Comment une simple interpellation amicale peut-elle dégénérer en une chasse à l’homme implacable et brutale ? Vous pourrez mieux le comprendre quand vous aurez lu ce livre et vous aurez peut-être aussi une meilleure idée de ce qui a généré la sauvage bestialité qui s’est déchaînée dans les divers conflits balkaniques.

La neige et les chiens – Vidosav Stevanovic (1942 - …)

Un des premiers et plus tenaces adversaires du dictateur serbe Milosevic, Vidosav Strevanovic, a été aussi l’un des tous premiers à écrire sur le dernier drame balkanique. Un livre écrit à chaud, sur le fait, dans l’urgence, avec lequel il a voulu montrer l’horreur et la sauvagerie qui se sont déchaînées non seulement dans le camp des combattants mais aussi dans celui de ceux qui se trouvaient à la périphérie des combats, comme certains journalistes ou autres acteurs secondaires. Je me souviens particulièrement de deux scènes extrêmement atroces qui illustrent bien l’horreur qui a caractérisée ce conflit : l’organisation d’une agression sauvage sur des êtres sans défense pour faire plaisir à la presse qui a besoin d’images « parlantes » et comment des combattants arrivés au bout de l’humanité font griller un enfant sur un feu de campement. Nous pensions connaître le bout de l’horreur mais Stevanovic nous inflige la réalité la plus atroce pour que nous mesurions toute l’étendue de l’horreur qui s’est déversée sur les Balkans au cours de ce conflit où les hommes n’étaient plus que des bêtes … et encore les bêtes s’acharnent pour une raison qui leur est bonne. Alors que là la sauvagerie semble être devenue une fin en soi … une fuite en avant irrépressible, une négation de la condition humaine.

L’ombre des aïeux – Slobodan Selenic (1933 – 1995)

Selenic évoque, dans ce roman, cette époque au cours de laquelle le monde musulman a dû admettre la défaite de la première guerre mondiale et constater la montée des nations balkaniques, cette période qui a vu une intelligentsia slave s’imposer et acquérir certaines prérogatives et une culture comme celle du narrateur de ce livre qui a terminé de brillantes études en Angleterre où il a rencontré une jeune femme qu’il a épousée. Et au soir de sa vie, dans les années soixante-dix, reclus dans son appartement de Belgrade, il regarde la société évoluer comme un médecin regarde son patient, incertain de ses progrès, il se remémore son parcours et constate le dilemme auquel son fils doit faire face, assis entre deux cultures qu’il a du mal à concilier. Une véritable quête d’une identité à construire, comme ces nations qui cherchent un avenir dans un contexte incertain, agité, flou, perturbé, … qui contient déjà tous les ingrédients des conflits à venir. Le passé ausculté ne comporte que les ferments d’un avenir trouble.

Denis BILLAMBOZ  - à lundi prochain pour poursuivre notre pérégrination dans la littérature européenne 

 

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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 07:21

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On doit à Gabrielle Chanel d'avoir inventé l'élégance moderne en rendant au corps féminin sa liberté. Femme indépendante, s'étant ciselée une légende en se fiant à son seul goût, jamais à l'air du temps, elle a été successivement en 2008/2009 l'héroïne d'un téléfilm et du dernier opus d'Anne Fontaine et récemment l'espace qui lui est dédié rue Cambon a été entièrement rénové sur 4 étages. Gabrielle Bonheur Chanel vit le jour à Saumur le 19 août 1883 et passa les premières années de son existence sur les routes et les marchés, étant la fille d'un camelot issu d'une lignée de marchands forains cévenols et d'une humble couturière auvergnate. Lasse de suivre de foire en foire la carriole de son mari volage et ivrogne, sa mère confie Gabrielle, ainsi que ses trois frères et soeurs, à son frère avant de mourir à 33 ans. Après ce décès prématuré, Gabrielle, qui a alors 12 ans, monte pour la dernière fois dans la charrette de son père qui la conduit avec sa soeur aînée à l'orphelinat d'Aubazine en Corrèze, tandis qu'il place ses fils comme garçons à tout faire dans une ferme. Les années que Gabrielle va passer à l'orphelinat, bien qu'austères, ne seront pas malheureuses. Elle va y apprendre le dépouillement, la rigueur, et y recevoir une éducation qui sera, en quelque sorte, son seul et salutaire héritage. En effet, elle y découvre la beauté du dénuement, les lignes épurées et les contrastes d'un univers blanc et noir, celui des longs couloirs passés à la chaux que rythment les pavements, les fenêtres et les hautes portes ourlées de noir, contrastes qui contribueront à façonner son style.

 

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A dix-sept ans, elle quitte l'orphelinat pour Moulins et entre dans une maison spécialisée en trousseaux et layettes afin d'y accomplir son apprentissage de couseuse. En même temps que ses premiers pas sur la scène d'un music-hall où naîtra la légende " Coco". Très courtisée par les officiers de garnison, elle finit par faire la conquête de l'un d'eux, Etienne Balsan, qui réalise son rêve en l'emmenant vivre dans son château de Royallieu, en forêt de Compiègne. C'est là, sous l'oeil amusé de son protecteur, qu'elle va  inaugurer une garde-robe personnelle et lancer sa mode d'amazone excentrique, privilégiant les polos et esquissant une ligne dépouillée et masculine qui ne tarde pas à susciter une vive curiosité dans ce petit monde guindé et aristocratique.

Mais Gabrielle s'ennuie à suivre les chasses à coure et à participer à des réceptions auprès de gens qui ne l'ont pas vraiment acceptée, et puis elle fait la connaissance d'un ami de Balsan, Arthur Capel, prénommé Boy par les intimes, dont elle tombe amoureuse. Boy l'enlève et la convainc de son talent, payant sur sa cassette son installation au 31 de la rue Cambon sous l'enseigne Chanel modes,où la jeune modéliste s'investira d'abord dans les chapeaux. Elle en couvrira les têtes des femmes qui comptent le plus dans la capitale, remplaçant les aigrettes et les plumes d'autruches par des cloches qui feront très vite fureur. Tant et si bien, qu'elle ouvre des boutiques, bientôt à Deauville, ensuite à Biarritz, raccourcit les jupes, supprime la taille, les traînes et les longues chevelures, poursuivant sa patiente pédagogie pour libérer le corps des femmes de ces signes de soumission et substituant - comme l'écrira son ami Paul Morand - l'allure à la parure. La guerre de 14, avec son lot de pénuries, aidera Chanel à faire table rase du passé et à créer une silhouette un rien androgyne pour des femmes appelées à prendre la place des hommes partis au front. Une bataille qui lui apportera la fortune, d'autant qu'à la mode vont très vite s'ajouter les parfums et les accessoires qui sont sensés apporter un supplément d'élégance à cette mode épurée.

 

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Ayant annexé presque toute la rue Cambon, Mademoiselle - qui a renoncé au mariage après la mort accidentelle de Boy, son grand amour - est en 1939 à la tête d'une entreprise de 4000 ouvrières, contre 300 en 1918. Mais la seconde guerre va mettre un terme à cette ascension fulgurante. S'ouvre la page la plus sombre de son existence. Chanel ferme sa maison de couture, licencie son personnel, s'installe à l'hôtel Ritz et entretient de 1941 à 1944 une liaison avec un officier des services de renseignements allemands Hans Gunther von Dincklage. A la Libération, sans doute grâce à l'amitié de Winston Churchill, elle ne sera pas inquiétée. Mais il faudra attendre 1954 pour qu'elle accepte de rouvrir sa maison et, à l'âge de 71 ans, de revenir sur le devant de la scène et le monde très fermé de la Haute Couture. Si bien que les années 1960 sonneront  l'heure d'une nouvelle libération des femmes et d'une nouvelle révolution des moeurs et de la mode. Plus que jamais fidèle à sa philosophie - toujours ôter, toujours dépouiller, ne jamais ajouter- Chanel va, une fois encore, réussir à imposer au monde entier le symbole de l'élégance française : le tailleur tweed gansé assorti d'escarpins bicolores et d'un sac matelassé à chaîne dorée qui restent, en ce début de XXIe siècle, le sommet du chic et l'emblème de la femme moderne.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


A LIRE  :   L'allure Chanel  de Paul Morand   ( Folio Gallimard )

                L'irrégulière ou Mon itinéraire Chanel  d'Edmonde Charles-Roux  ( livre de poche )

 

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