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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 08:26

apocalypse-climatique-01.jpg   Jour de colère

                             VIDEO

 

Quel est l'événement qui inspira à l'apôtre Jean la description si précise de l'Apocalypse ? La question s'est posée et il n'est peut-être pas irréaliste d'établir un rapprochement entre le récit des Evangiles et le désastre survenu dans le sud de la péninsule italienne peu de temps auparavant...

 

 

Voici le Vésuve, autrefois verdoyant de vignes ;
Ici, le raisin doré a coulé dans les barils.
Voici la montagne que Bacchus aima plus que les collines
de Nisa, sa patrie ;
Sur cette montagne, aujourd'hui, les Satyres dansent.
Elle fut la maison de Vénus préférée à Sparte,
Ce lieu était illustre parce qu'il portait le nom d'Hercule.
Tout gît, enseveli sous les flammes et le terrible incendie !
Les dieux eux-mêmes n'auraient pas voulu que ceci leur soit attribué !

 

Ainsi parle le poète Martial dans un épigramme célèbre rédigé en l'an 88 de notre ère, relatant la terrible désolation et l'anéantissement de deux cités prospères : Pompéi et Herculanum le 25 août 79, après qu'une pluie de feu et de lave se soit abattue sur elles, sous l'effet d'une éruption d'une telle violence que le conduit volcanique fut déplacé et la morphologie du relief modifié pour acquérir celle qu'on lui connaît aujourd'hui.


Ce 25 août, à l'aube, on dit qu'une lumière sale éclairait la ville de "Misène" où demeuraient Pline l'Ancien et son neveu Pline le Jeune. La terre avait tremblé si fort durant la nuit que personne, dans la belle villa patricienne, n'avait fermé l'oeil. Soudain, la mer s'était retirée loin et des poissons avaient échoué sur les sables. Du côté du volcan, une nuée noire effrayante, puis des traînées de flammes et une épaisse fumée s'étaient mises à dévaler les pentes à la vitesse d'un torrent. Le spectacle était fascinant et l'oncle, saisissant l'importance de l'événement en train de se produire, avait demandé que l'on armât un bateau afin d'observer le phénomène de plus près. Victime de sa curiosité, il mourra asphyxié par les gaz dans les bras des deux esclaves qui l'accompagnaient, alors que son neveu, plus prudent, contemplait le spectacle à 30 km de là, voyant le cône du volcan se soulever et une colonne de cendres et de gaz, comme le tronc d'un arbre immense, s'élever jusqu'à 26 km d'altitude, créant des explosions en rafales et un grondement ininterrompu.

C'est l'historien Tacite qui demandera à Pline le Jeune de décrire les jours funestes dont il avait été le témoin, faisant de lui le seul et unique historien officiel de ce qui est considéré aujourd'hui comme l'une des éruptions les plus violentes de l'histoire et, de ce témoignage, le plus ancien document de volcanologie.


Et qu'écrit-il en 106 après J.C. dans ses deux lettres adressées à Tacite, alors que l'univers s'assombrissait alentour et qu'il percevait les cris de ceux qui mouraient sous un déluge de pierres incandescentes ?  " Je pourrais me vanter qu'au milieu de si affreux dangers, il ne m'échappa ni une plainte ni une parole qui annonçât de la faiblesse ; mais j'étais soutenu par cette pensée déplorable et consolante à la fois que tout l'univers périssait avec moi. "
Lorsque la lumière reparut trois jours plus tard, le jeune homme découvrit un paysage inconnu, comme si tout ce qui l'environnait avait été recouvert d'un immense suaire gris et qu'il ne restait plus du volcan, jadis haut de près de 2000 mètres, que le rebord. Celui-ci sera rehaussé de 90 m lors de l'éruption de 1944 et s'élève aujourd'hui à une altitude de 1276 mètres.


Pendant dix-sept siècles Herculanum et Pompéi et leurs populations vont reposer sous cette couche de cendres, comme pétrifiées, figées à un moment précis de leurs activités et de leurs vies, n'existant plus que dans les souvenirs relatés par l'historien latin. Des fouilles seront entreprises de façon désordonnée dans un premier temps ; puis, à la vue de l'importance des découvertes, se mettra en place une organisation plus contrôlée qui permit à notre monde moderne de voir ré-apparaître, devant ses yeux subjugués, cette grande cité de Pompéi qui s'étendait sur 3 km environ, prospère, dynamique, riche de grandioses édifices publics, de temples, d'un théâtre et d'un amphithéâtre, d'avenues, de maisons particulières, d'échoppes et de boutiques, après qu'elle ait dormi intacte, à l'écart du monde vivant, sous ses sept mètres de cendres.


Cette apocalypse qui, en quelques heures, avait rayé de la carte deux villes splendides, les enterrant vives sous le feu de ses nuées ardentes, a-t-elle influencé Jean l'Evangéliste, lorsqu'en 95, à Patmos, soit seize ans après l'événement, il écrivait : " Il se fit un grand tremblement de terre et le soleil devint noir comme un sac de crin, et la lune devint comme du sang. Et les étoiles du ciel tombèrent sur la terre, comme un figuier, agité par un grand vent, jette ses figues vertes. Et le ciel se retira comme un livre qu'on roule ; et toutes les montagnes et les îles furent ôtées de leur place. "


Si rien ne permet d'affirmer quoi que ce soit, on ne peut s'empêcher de faire le rapprochement entre le texte de l'historien et celui de l'apôtre. Alors même qu'une autre hypothèse nous vient à l'esprit : cette éruption volcanique, par son ampleur et ses conséquences, ne nous rappelle-t-elle pas ce que furent, plus proches de nous, les fins atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki ? Et l'apocalypse, qui hante toujours l'imaginaire de l'homme, si elle se produisait, ne risquerait-elle pas de ressembler à cette pluie de feu et de cendres dépeinte par le témoin ?  " Déjà sur ses vaisseaux volait une cendre plus épaisse et plus chaude, à mesure qu'ils approchaient ; déjà tombaient autour d'eux des éclats de rochers, des pierres noires, brûlées et calcinées par le feu ; déjà la mer, abaissée tout à coup, n'avait plus de profondeur." (  La mort de Pline l'Ancien racontée par Pline le Jeune )

 

Car si les séismes causés par la nature peuvent être terribles, ceux, dont l'homme menace l'homme, pourraient se révéler plus effroyables encore... Pensons aux armes chimiques, par exemple.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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LES-RU-1.JPG    Pompéi aujourd'hui

 

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 09:10

Cathedrale_Sofia.jpg   Cathédrale de Sofia

 

 

Entre Rhodopes et Mer Noire

Quittons l’Albanie et les rives de l’Adriatique, pour la Bulgarie et les plages de la Mer Noire, en passant par le massif des Rhodopes à la rencontre d’une littérature peu fréquentée mais qui m’a cependant procuré de bien belles lectures. Je me souviens particulièrement de ma rencontre avec Anton Dontchev à travers son magnifique roman, « Les cents frères de Manol » qui est certainement, pour partie au moins, responsable de mon engouement pour la littérature étrangère et de ma quête de ces livres qui vous transportent dans l’espace et le temps, mais aussi dans les émotions et les épopées. Nous rencontrerons aussi Angel Wagenstein représentant de la littérature juive dans les Balkans et Victor Paskov qui est venu à la littérature en passant par le cinéma. Et, pour nous conduire à la rencontre de ces grands auteurs, nous prendrons la compagnie d’une jeune femme, Rouja Lazarova, qui a eu le bon goût d’effectuer une résidence d’écrivain à Salins-les-Bains, petite cité de caractère de ma région.

 

Mausolée

Rouja Lazarova (1968 - ….)

Roman …, l’éditeur nous indique qu’il s’agit d’un roman mais, à la lecture, on a bien l’impression de lire la biographie de ces trois femmes, Gaby, la grand’mère, Rada la mère et Milena, la fille. Ou, peut-être, s’agit-il de la saga balkanique de cette famille sofiote à travers trois générations à l’ombre du mausolée érigé en l’honneur du père fondateur de la République socialiste, Gueorgui Dimitrov, de la construction de celui-ci à sa démolition, de l’instauration du régime communiste à sa chute en deux épisodes, de la fin de la deuxième guerre mondiale à l’avènement du deuxième millénaire de notre ère.

A travers toute une série de petites scènes de la vie courante ou de la narration d’événements moins ordinaires, Rouja nous promène au sein du régime communiste et de toutes les aberrations et inepties qu’il a inventées pour réduire les Bulgares à une vie de misère et de trouille ponctuée d’événements tragiques comme la disparition de Peter, le père que Rada ne connaitra jamais, en 1944, ou celle de Sacho le violoniste en 1964. « Par son activité de jazzman, Peter Zakhariev a contribué au divertissement des nantis capitalistes, au pourrissement de l’esprit prolétarien, à l’aveuglement des masses ouvrières. » Et certains croient que la connerie aurait des limites !

Rouja ne nous apprend pas grand chose de nouveau sur le régime communiste. « De la bêtise ou de la méchanceté ? La question que nous nous sommes posés quarante-cinq ans durant, jusqu’à perdre toute notion de ce qu’était la bêtise ; la méchanceté en revanche, on la connaissait de mieux en mieux. » Et, de nombreux écrivains de l’Est nous l’ont déjà raconté dans d’excellents ouvrages, même si Jivkov et ses sbires ont été particulièrement dociles aux ordres de l’ours voisin et particulièrement zélés dans l’application des théories les plus absconses. L’omerta bolchévique, la honte, l’impuissance, la colère contenue qui se déverse au sein de la famille, l’humiliation, cette paranoïa qui s’instaure jusqu’au creux de l’âme, tout cela nous l’avons déjà lu … mais il faut le dire encore pour ne pas l’oublier.

Plus intéressante est l’analyse de la transition qui s’opère au sommet de l’état au moment du changement de pouvoir, quand les apparatchiks deviennent de vrais voyous et font régner la terreur pour s’enrichir sans vergogne aucune. Plus intéressante encore est la dissection de la paranoïa dont « … nous ne pourrons jamais nous (en) débarrasser. Nous la portons comme une modification définitive de l’ADN. » Cette plaie béante, ces stigmates portés de la fleur de la peau jusqu’au fond du cœur ne supportent plus l’évocation des bourreaux et  n’acceptent pas que des gens, prétendus amis, aient pu croire en ce régime de détraqués. Décidément la révolution exprime toujours un sentiment de trop, d’insupportable, une volonté de changement, de bouleversement, mais ce ne sont pas toujours les mêmes qui oppressent et sont oppressés … Montaigne, l’avait bien dit, autre temps, autre lieu, … « Je ne pouvais supporter le mot « communiste » employé aussi souvent … A Paris, les attributs et les emblèmes de nos bourreaux étaient devenus des gadgets à la mode. »

Il ne manque qu’une bonne intrigue à ce roman pour en faire un bon livre et qu’on ne confonde pas sans cesse l’auteur et l’héroïne qui ne sont après tout, peut-être, qu’une seule et même personne ? L’auteur est trop impliqué dans ces scènes de la vie communiste pour ne pas les avoir vécues … au moins partiellement.

 

Les cent frères de Manol – Anton Dontchev (1930 - ….)

Ce livre raconte l’islamisation forcée du massif du Rhodopes dans l’actuelle Bulgarie par les troupes du Sultan. C’est une histoire à deux voix rapportée par l’un des personnages de chacun des deux camps en présence : un pope bulgare et un prisonnier français converti à l’islam pour sauver sa peau. C’est un grand roman épique, un monument de la littérature bulgare hélas ! trop peu connu en France, un livre qui m’a enthousiasmé et  incité à explorer la littérature mondiale en quête de telles pépites. Mais, ce livre n’est pas seulement un formidable moment de lecture, c’est aussi une page essentielle de l’histoire des Balkans qui peut nous aider aujourd’hui à mieux comprendre les problèmes que cette région connait depuis cette époque. Lire Dontchev et Andric c’est déjà pénétrer au cœur du problème des Balkans et commencer à analyser cette inextricable question.

Abraham le Poivrot – Angel Wagenstein (1922 – ….)

Berto Cohen, juif bulgare qui s’est expatrié en Israël, regagne son pays d’origine pour assister à un colloque dans la belle ville de Plovdiv où il retrouve les traces de son enfance et notamment la mémoire de son grand-père Abraham, personnage hors normes, poivrot grandiose, affabulateur génial et maître ferblantier de son état qui a assisté à la fin d’une époque quand les exterminateurs se sont abattus sur le peuple juif d’Europe. Berto va alors mêler son passé au présent pour s’opposer à une spéculation immobilière conduite par un pouvoir corrompu qui profite de la chute du communisme pour faire main passe sur les richesses potentielles du pays.

Ballade pour Georg Henig Victor Paskov (1949 - ….)

En fouillant dans des vieux papiers, l’auteur retrouve le document que sa famille avait reçu quand Georg Henig est décédé dans une maison de retraite. Alors les souvenirs affluent et l’auteur essaie de se remémorer ce jour où le vieux luthier est décédé alors qu’il n’avait que onze ans. Des souvenirs  bien difficiles à  revivre tant la Bulgarie a connu des jours sombres depuis cette journée lointaine qui devait être ensoleillée. Ce livre touchant raconte l’histoire de l’amitié entre un vieux luthier désintéressé et un gamin qui ne vivent que pour la musique, celle-ci constituant la toile de fond de l’histoire et du roman.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre périple littéraire autour du monde   -

 

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Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 09:07

1217752170_gb3.gif   1884 - 1962

 

                                                                                                                        


Philosophe atypique, Gaston Bachelard est avec Heidegger, l'un des derniers de ces rêveurs qui partirent à la découverte des origines et des pouvoirs du langage sans se croire, pour autant, autorisés à légiférer à propos de l'impalpable, de l'invérifiable. Sans nier que des structures fondamentales pussent sous-tendre et articuler le réel, ils étaient de ceux qui accordaient à l'intuition, à l'affectivité, aux sens, leur part d'initiative. Il semblait à ces philosophes que parler de la vie pouvait se faire à l'intérieur de la vie. "Il est vrai que les chemins où nous convie Bachelard sont davantage remplis de mûres, de papillons, de lueurs furtives, écrit Gil Jouannard, que d'éclatantes vérités vérifiables par la théorie ... Mais la poésie aide à bien respirer, et cela nous ouvre un grand appétit. La lecture de Bachelard est une lecture de gourmands, pour gourmands." Aussi laissons-nous emporter par ses mots. C'est alors tout un monde qui nous hèle, nous tire à grand effort vers des sommets défendus par des ronces. Des éclairs surgissent, des lueurs se discernent à peine, des pistes s'ébauchent à travers une végétation qui aussitôt les réabsorbe, ne leur octroie que la mesure du désir inassouvi.

 

 

  -  LA SOLITUDE - LA NUIT -

 

 

"J'irai donc ce soir méditer sur ma terrasse, j'irai voir travailler la nuit, je me donnerai tout entier à ses formes enveloppantes, à ses voiles, à l'insidieuse matière qui comble tous les angles. J'essaierai de sentir une à une les heures de cet automne, ces heures encore actives pour mûrir le fruit, mais qui perdent peu à peu la force de défendre les feuilles qui quittent l'arbre. Ces heures, elles sont vie et mort, ensemble.
Une feuille qui tombe dans la nuit, est-ce un souvenir qui veut l'oubli ? Vouloir l'oubli, c'est la manière la plus aiguë de se souvenir. Une petite souffrance que l'on détache comme une feuille fanée, est-ce vraiment la preuve que le coeur s'apaise ? Au niveau du tilleul qui caresse la terrasse, près du murmure des branches, j'oublie ma tâche humaine et les soucis du jour ; je sens se formuler en moi la méditation oublieuse, une méditation qui laisse envahir les objets par la brume, qui, dans la nuit, se désintéresse de ses exemples. Suis-je heureux de voir l'univers se simplifier ? Suis-je heureux d'être moins près de mes images, plus isolé par une vision feutrée, plus seul ? Suis-je heureux d'être seul dans l'automne de ma vie?... La solitude dans le monde est tout de suite une vieillesse d'âge.


(...)


Je croirai donc ce soir au repos des choses dans la nuit. Je donnerai mon bonheur et ma paix à cet univers simple et tranquille. Mais, tandis que je rêve si doucement, quelques souffles réveillent une peine endormie. Vais-je douter avec ma peine, comme un coeur cartésien, en donnant à un regret perdu un sens universel ? O coeur, défends ta paix ! ô nuit, défends ta certitude !
Mais où travaille-t-il donc, ce doute qui vient de sourdre ? D'où sort-elle, cette voix qui, du fond de la nuit, murmure posément : Pour tout cet univers, tu n'es qu'un étranger !

 


(...)

 
Voici que je doute au-dessous même du minimum de doute, en un doute informulé, en un doute inconscient, matériel, filtrant, qui trouble une matière tranquille. La nuit noire n'est plus clairement noire. La solitude, en moi, s'agite. La nuit te refuse sa solitude évidente. Tu es repris par un chagrin ancien, tu reprends conscience de ta solitude humaine, une solitude qui veut marquer d'un signe ineffaçable un être qui sait changer. Tu croyais rêver et tu te souviens. Tu es seul. Tu as été seul. Tu seras seul. La solitude est ta durée. Ta solitude est ta mort même qui dure dans ta vie, sous ta vie.


(...)

 
...Oui, cet arbre, ce tilleul frémissant est plein de branches, plein de feuilles, encore vivantes - et pas une pour toi ! Pour qu'une seule de ses feuilles soit pour toi, il faudrait qu'un être humain la cueille et te la donne. Tout don vient d'un tu. Le monde entier sans un tu ne peut rien donner. Les souffles du soir passent sur toi. Tu es seul, seul dans la nuit noire.
L'âme romantique en moi ne va-t-elle pas se détendre ? Quand les images s'éteignent, on entend si facilement un monde de murmures ! Cette nuit a aussi des voix charnelles. Comment ne pas entendre dans les jardins voisins tous ces bruits d'ailes, l'amour des oiseaux de la nuit ?

 

(...)


La preuve de ta solitude vient en cette heure où tu communies avec la paix des choses en une nuit paisible. Elle tient en cet instant subtil, cruel, net comme l'absurde - une flèche ! - où l'ondulation de la solitude heureuse et de la solitude malheureuse... Le coeur le plus tranquille devant la nuit la plus indifférente vient de creuser son abîme. Pour rien, sur rien, en mon coeur apaisé, le petit mot de la solitude, le mot seul vient de virer d'humeur. Ils sont rares, mais combien humains ! les mots dont la double sensibilité soit si nette, dont la valeur soit si fragile !


(...)


Voilà donc ton message de vie, ô pauvre songe creux ? Ton destin de philosophe est-il de trouver ta clarté dans tes contradictions intimes ? Es-tu condamné à définir ton être par ses hésitations, ses oscillations, ses incertitudes ? Dois-tu chercher ton guide et ton consolateur parmi les ombres de la nuit ?

 

 

             Gaston BACHELARD  ( Le droit de rêver )

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 07:07

voyagebretagneBrehat49-20bis.jpg

 

                                         

Bréhat a déjà été affublée de tous les superlatifs et il semble qu'ils se soient usés à célébrer la beauté incomparable de cette île qui se trouve à quelques encablures de Paimpol et dont un bateau assure le passage presque à chaque heure et en seulement dix minutes. Un saut de puce qui est aussi un pas de géant, tant Bréhat est différente du continent de par son microclimat qui fait d'elle, au coeur de la Bretagne nord, un jardin exotique. Elle a été baptisée de toutes sortes de façon : île des fleurs, île de beauté, havre des artistes ; personnellement je la nommerai la "Perle rose" à cause de cette ceinture de rochers qui la noue d'une teinte évanescente dès que le soleil apparaît. Perle aussi de par sa végétation luxuriante, ses essences méridionales de palmiers, de mimosas, d'eucalyptus et de figuiers qui confirment la douceur de son climat. En empruntant les venelles et les sentiers interdits aux véhicules, à l'exception de ceux des pompiers et aux tracteurs, on part à la découverte d'un silence oublié, d'un monde clos sur sa paix, sa douceur et sa poésie. Ici, on se sent loin de tout, dans un paradis parfumé et enluminé où les phares, les amers, les moulins trahissent sa vieille appartenance marine. Déjà connue des Romains, Bréhat fut habitée par les moines, qui trouvaient là une terre appropriée à la prière, envahie par les Anglais qui la pillèrent, fortifiée par Vauban et peuplée par les Bréhatins qui participèrent à l'épopée des pécheurs d'Islande et furent dès le XVe siècle de valeureux marins.

 

100691-1.JPG

 

Au fil des siècles, elle ne cesse de se dépeupler ; alors qu'elle comptait 1500 habitants en 1800, elle n'en a plus guère que 400 aujourd'hui, dont une trentaine d'enfants scolarisés dans le primaire. Bien entendu, les touristes s'emploient à en gonfler le flux et ce ne sont pas moins de 5 000 d'entre eux qui débarquent l'été pour admirer les lieux et lui prêter un faux air de fête foraine. Mais, hélas ! il semble bien que le danger la guette et que, sous l'influence de quelques poids lourds de l'immobilier, elle finisse par perdre le restant de sa population régionale, se transformant, au fil des ans, en une réserve de nantis et, pour des raisons bassement matérielles, sorte ainsi de l'Histoire. Même chose qu'à Ré, où les taxes foncières et d'habitation sont devenues si exorbitantes qu'elles obligent les îliens de souche à s'expatrier. Ce serait le pire scénario car elle perdrait alors son authenticité et ne serait dès lors qu'un jardin posé sur la mer.

 

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Ne dramatisons pas, mais ce danger existe que de vieilles femmes du pays nous ont confirmé. L'île n'en reste pas moins belle et, ce, sous les éclairages capricieux d'un été maussade, avec des ciels tourmentés et aussi mouvants que les flots et l'on comprend sans peine pourquoi Gauguin et Matisse aimaient à poser ici leur chevalet. Aux sentes frangées de fleurs, souples et odorantes, succède le littoral aigu et chaotique, succession de roches qui disent le travail incessant du vent et de l'océan et créent des paysages maritimes d'une fière adversité, formant sur quelques kilomètres à la ronde une alliance inattendue de force et de grâce.

A l'origine, Bréhat était composée de deux îles avec une partie au nord sauvage et minérale - c'est là que se trouve l'imposant phare du Paon dont la chaussée surplombe la mer au centre d'une fabuleuse agglomération de rochers roses - et la partie sud riante dans sa généreuse expansion végétale où l'on distingue, en un désordre réjouissant, des camélias, agaves, aloès, échiums, agapanthes, dont les bleus sont sans doute plus beaux que nulle part ailleurs, et les éternels bosquets d'hortensias, emblématiques de la Bretagne.

 

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Vauban, en reliant les deux îles par un pont que les fortes marées parviennent à recouvrir, a permis l'accession à l'une et l'autre, celles-ci formant un tout de trois kilomètres de long et un kilomètre et demi de large, la mer n'étant jamais loin du regard. Bien que petite, Bréhat ne propose pas moins d'une trentaine de kilomètres de chemins étroits, bordés de maisons de granit et de haies de fleurs, qui se plaisent à vagabonder sur la lande où pointent à l'envie des arbres séculaires, cèdres du Liban, araucarias et de somptueux palmiers qui colorent ainsi les paysages d'une touche méditerranéenne. Si bien que nous ne ferons pas moins de 7 heures de marche afin de ne rien laisser au hasard des aspects les plus secrets, les plus insolites de l'île, laquelle, à chaque tournant, nous propose des points de vue uniques, des panoramas époustouflants. Car inutile de perdre son temps dans un restaurant qui ne vous servira qu'un repas quelconque. Il est préférable d'emporter son panier  pique-nique et d'acheter des fruits frais au marché du village. Bréhat n'est certes pas une étape gastronomique. Elle laisse ce privilège au continent, se contentant d'être florale et belle.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

autres articles que j'ai consacrés aux îles :

 

Les îles ou le rêve toujours recommencé      Venise et les îles de la lagune

 

Houat ou la Bretagne insulaire           Lettre océane - les Antilles à la voile

 

Les Grenadines à la voile

 


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Published by Armelle BARGUILLET - dans ESPRIT des LIEUX
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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 15:33
Proust et le miroir des eaux

 

Pour quelle raison choisir de parler d'une oeuvre comme celle de Marcel Proust en prenant l'eau comme thème de réflexion ? Parce que jusqu'à ce jour, je n'ai pas eu connaissance d'un ouvrage qui traitait de ce sujet, alors que l'eau me parait habiter l'oeuvre ou, plus précisément, la parcourir, ainsi que le feraient un ruisseau, une rivière un fleuve, de même qu'elle la codifie et l'explique. Oui, cette recherche, qui se referme sur elle-même, cet univers clos n'est pas sans évoquer la configuration d'un lac qui, lentement, déroulerait ses berges imaginaires dans une lumière déjà gagnée par les ombres du passé, temps retrouvé qui viendrait boucler le cercle parfait du temps perdu.

 

 

A la suite de cette constatation, il m'a paru intéressant de m'interroger sur la place que tient l'eau dans le roman, sur le message qu'elle délivre, sur la force imaginante qu'elle anime, surtout si l'on tient compte que cet élément produit un type particulier d'inspiration. Déjà le titre retient l'attention : la recherche du temps perdu. Le temps qui passe n'est-il pas, en effet, pareil à l'eau qui coule et chacun de nous, dans le courant de sa vie, ne subit-il pas l'inexorable sort de l'eau qui s'épanche et fuit ? Ainsi l'eau coule comme nos jours, symbolisant mieux que les autres éléments la traversée, le voyage, la pureté, les profondeurs abyssales. Jamais l'homme ne se baigne deux fois dans le même fleuve, parce qu'ayant un destin identique au sien, il est à chaque seconde de sa vie semblable et différent. Et l'eau n'est-elle pas, par excellence, le symbole de ce qui se dérobe ? Prenons deux images : celle de la rivière qui s'égare définitivement dans le fleuve, celle du fleuve qui s'épuise à jamais dans la mer. L'eau est vouée à se perdre. Contrairement à la terre, elle est l'élément qui oublie de prendre forme. Elle favorise autant une rêverie du mouvant, du changeant, du transitoire, qu'elle s'associe au vertige de l'homme au prise avec l'insondable. Elle est enfin et surtout l'eau réfléchissante qui modifie jusqu'à l'apparence du monde. Le mouvement romanesque de La Recherche, épousant celui de l'eau, va osciller et s'inscrire dans l'espace qui se développe entre l'instant vécu et celui de sa mue poétique, entre la réalité de la vie et celle de la littérature, de manière à redoubler, comme le ferait un miroir, l'illusion créatrice et pour que cet univers réfléchi soit reformé par l'esprit. L'oeuvre ne prend définitivement son sens qu'au moment où elle s'affranchit de l'ordre du temps et de la vie et se métamorphose en une substance modifiée qui est celle de l'art. A l'art revient la mission de ré-imaginer la réalité, de la ré-inventer, de chercher à apercevoir sous de la matière, sous de l'expérience, sous des mots, quelque chose de différent, de façon à ce qu'elle ne soit ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, ainsi que le paysage reflété n'est ni tout à fait réel, ni tout à fait vrai.

 

 

A l'évidence, l'eau parcourt l'oeuvre, donnant aux lieux, aux émotions leur coloration, leur lumière, leur expression, nous les offrant comme des visages aimés. Ce sont Combray et sa rivière fleurie de nymphéas, Balbec et la mer que le soleil brûle comme une topaze, la faisant fermenter, devenir blonde et laiteuse comme de la bière, écumante comme du lait, tandis que, par moments, s'y promènent çà et là de grandes ombres bleues que quelque dieu parait déplacer en bougeant un miroir dans le ciel. C'est encore Venise et ses canaux, comme la main mystérieuse d'un génie qui conduirait le poète dans les détours et lacis de cette ville d'Orient, semblant au fur et à mesure qu'il avance lui ouvrir un chemin creusé en plein coeur.

 

 

Dans Venise, ville d'illusion, où tout est reflet et mirage, où la terre n'est autre que de la vase solidifiée, Proust sent bien que chacun de nous est une suite de dédales et d'impasses où notre psychisme se meut en des espaces inexplorés. En suivant les calli, d'où les brouillards montent comme de la cendre humide, devant ces palais désertés, ces façades embrumées, l'écrivain poursuit un songe automnal fait de re-souvenirs et de nostalgie. On s'explique mieux que sur un être aussi sensible à la douleur, aussi marqué par l'écoulement du temps, un environnement aquatique ait laissé une empreinte indélébile et des images qui chargent le réel de son propre reflet et le retourne à ses ombres. L'eau est devenue l'eau-mère du chagrin comme elle fut jadis celle de la rêverie douce, de la souvenance maternelle, de la jeunesse impatiente. La rêverie commence devant l'eau courante d'un ruisseau, l'eau dormante d'un étang, l'eau imprévisible de la mer, elle s'achève au sein d'une eau ténébreuse qui transmet d'étranges et funèbres murmures. L'écrivain y respire l'atmosphère qui sera celle de son roman, ce monde qui s'enfonce lentement dans la mort, cette société qui s'évanouit dans les splendeurs décadentes de la dernière matinée chez la princesse de Guermantes mais qui, grâce à la plume de l'écrivain, renaîtra un jour, remontera à la surface comme un reflet retrouvé.

 

 

Toujours est-il qu'à Venise, l'eau y est plus qu'ailleurs toute entière consacrée à ses reflets, à ceux qu'elle donne d'elle-même et de sa ville, cette ville qui ne serait pas sans elle et cette eau qui ne serait pas semblable sans sa ville. Parvenu à ce point du roman, La Recherche prend une autre dimension : construction en boucle, en spirale, où chaque scène accentue sa force narratrice, où chaque personnage se dévoile et s'épaissit, construction topographique comme un pavage de mosaïque et topologique comme le colossal Evangile de Venise - la réminiscence la met sur une orbite où la mémoire devient pour l'homme ce que le reflet est pour l'eau.

 

 

Le message est simple et grandiose. Il peut se circonscrire de la façon suivante : ainsi que le miroir des eaux, La Recherche tend à chacun de ses lecteurs la vision réfléchissante de sa propre vie. Tout est vrai et rien n'est pareil. En effet, l'écrivain trouve dans l'eau substantielle l'équivalent à sa propre démarche qui est de rendre au monde la vision de lui-même non déformée mais transformée, ou mieux transmuée, car qui sait si de nos noces avec la mort ne naîtra pas notre consciente immortalité - écrit-il.

 

 

Ainsi l'oeuvre, comme l'eau, participe-t-elle à ce que j'ose appeler " la liturgie de la rénovation". A l'union du sensible et du sensuel vient s'ajouter une composante supplémentaire, la compassion, afin que l'homme, penché au-dessus de cette psyché, ne se voit pas seulement tel qu'il est, mais tel qu'il peut être, tel qu'il pourrait être. Si bien que ce double miroir donne accès à une réalité nouvelle, où la mémoire involontaire et le reflet jouent un rôle identique : en introduisant le passé dans le présent, ils suppriment cette grande dimension du Temps où la vie ne cesse de se briser.

                                                                                                                             

Armelle Barguillet Hauteloire  Extraits de  "  Proust et le miroir des eaux "  Ed. de Paris

 

 

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Marcel Proust ou les eaux enfantines

 

Proust et les eaux marines

 

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La vue de la mer depuis le manoir des Frémonts où Proust séjourna en 1881 et 1882.

La vue de la mer depuis le manoir des Frémonts où Proust séjourna en 1881 et 1882.

Les eaux de la Vivonne.

Les eaux de la Vivonne.

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 07:24

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D'où vient cette légende qui a frappé l'imaginaire de générations de lecteurs, passionné savants et écrivains et peuplé le folklore celtique de ses principaux thèmes d'inspiration ? Spécialiste du moyen-Age anglais et historien rigoureux, Alban Gautier s'est attelé à cette rude tâche afin de faire revivre l'une des plus attachantes figures d'épopée du monde occidental. Car, c'est bien un univers qui vibre dès que l'on évoque le cycle arthurien : merveilles de Brocéliande, forêts mystérieuses, landes désolées, fées belles et redoutables, damoiselles éplorées, chevaliers vaillants, magiciens facétieux, châteaux nimbés de brume, rois glorieux et reines ardentes. Et les premières questions qui se posent sont celles-ci : Qui est le roi Arthur ? D'où vient-il ? Est-ce un personnage historique et si oui, quels documents nous renseignent à son sujet ? Ou est-ce simplement une création littéraire d'un auteur hors du commun ? La question s'impose d'autant plus que les textes nous apportent des éclairages très divers sur le personnage : " tantôt enfant débrouillard et prédestiné, tantôt guerrier solaire, tantôt roi faible et rejeté, tantôt homme fragile et sensible, tantôt vieillard héroïque affrontant la trahison, tantôt espoir de tout un peuple croyant à son retour glorieux ".

Il y a de quoi aborder le sujet avec une certaine perplexité. Mais Alban Gautier n'a pas été découragé par les milliers de titres qu'il a eu à consulter, puisque l'on sait que les ouvrages concernant ce héros et ses légendaires compagnons sont pléthore. Pour Arthur, la piste la plus identifiable fut celle de L'Histoire des rois de Bretagne, rédigée entre 1135 et 1138 par l'évêque Geoffroy de Monmouth. Cet Arturus, né à la fin du Ve siècle dans un château de Cornouailles, aurait été le fils du roi Uter Pentragon et d'Ingerna et pouvait s'honorer d'une ascendance prestigieuse : petit-fils et neveu de rois, il aurait même eu du sang de l'empereur romain Constantin. Devenu roi ( des Bretons) à quinze ans, il aurait épousé la princesse Guenhuuara et soumis les Saxons qui avaient envahi la Bretagne ( future Grande-Bretagne ), si bien que les souverains de Gaule, de Germanie, d'Irlande et de Sandinavie n'avaient pas tardé à le reconnaître comme leur suzerain. 

Mais, hélas ! tout cela est faux, archi-faux, car Geoffroy de Monmouth, qui a vécu six siècles après cet Arturus, n'a jamais écrit qu'un récit romancé, légendaire et enjolivé. Néanmoins, il n'a pas tout inventé et a eu recours à des textes attribués à Nennius  Historia Brittonum, composés vers 830 au pays de Galles par cet auteur qui avait lui-même utilisé des textes préexistants comme les Annales galloises, composition littéraire témoignant déjà de l'existence d'un personnage légendaire. Aussi, à la suite de ces révélations, trois hypothèses de travail sont-elles possibles : soit Arthur est un personnage complètement imaginaire appartenant au folklore des peuples britanniques ; soit il a existé mais les sources des Ve et VIe siècles le connaissent sous un autre nom ; soit encore,  ces sources ne le mentionnent que parce qu'elles ne voulaient pas le mettre en avant ?
La première hypothèse a la faveur de la plupart des chercheurs. La racine celtique semble indiquer qu'Arthur est une figure quasi mythologique, d'autant que le héros est à rapprocher d'un conte populaire qui se nomme "Jean de l'Ours", dont les racines plongent au plus profond de la culture indo-européenne*. Cela renvoie aux thèmes des "hommes-ours", dont Arthur serait une incarnation,  avatar de ces croyances immémoriales liées aux calendriers des astres et des saisons.* Et n'oublions pas que le nom d'Arthur est associé à  des lieux baignés de mystères, liés aux anciens cultes ou à des pratiques religieuses à peine christianisées.* Il peut également s'agir  d'un modèle de folklorisation qui aurait agrégé autour d'un personnage réel des motifs remontant à la nuit des temps.*


Enfin ultime possibilité : Arthur serait bel et bien un personnage historique que la légende se serait plue à idéaliser. C'est la raison pour laquelle Alban Gautier a souligné qu'il écrivait la possible biographie d'un possible Arthur.  Une chose reste certaine : ces récits n'en finissent pas de nous enchanter, "comme si le charme jeté par Merlin poursuivait son action au-delà des années".*

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

* Alban Gautier " Arthur " Ed. Ellipses

 

autres articles concernant le roi Arthur et la légende du Graal :

 

A-t-on retrouvé le tombeau du roi Arthur ?

 

Le cycle arthurien et la forêt de Brocéliande


  

A voir ou revoir, quelques-uns des films qui se sont inspirés de la légende arthurienne :  Lancelot du lac  de Robert Bresson  -  Perceval le Gallois  d'Eric Rohmer  -  Le roi Arthur  d'Antoine Fuqua  -  Excalibur   de John Boorman  -  Excalibur, l'épéé magique  de Frédéric Du Chau.

 

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Liste des articles "Les questions que l'on se pose"

 
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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 08:13

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Lire sur l’Acropole

Après cette traversée littéraire du Maghreb, survolons une nouvelle fois la Méditerranée pour atterrir, cette fois, dans l’autre patrie de la littérature, après l’Italie que nous avons déjà visitée, la Grèce des temps modernes. Car, bien sûr, nous nous limiterons là aussi aux auteurs des derniers siècles, nous ne visiterons pas la Grèce des grands auteurs classiques des périodes hellénique ou hellénistique. Ce travail pourrait faire l’objet d’un autre travail que je ne saurais pas conduire car, hélas, je n’ai pas fait mes humanités et je ne connais pas la littérature ancienne, ou si peu. Je me contenterai donc de vous proposer la lecture de trois auteurs qui sont à peu près du même âge et évoquent tous les trois les temps où la Grèce connut, comme une bonne partie de la planète à cette époque, les affres de la guerre avec son cortège de souffrances, de malheurs, d’injustices, de règlements de compte et plus généralement toutes les douleurs qu’on rencontre dans des conflits aussi sauvages. Et, pour nous guider sur ce rude chemin, nous prendrons la compagnie de Panos Karnésis qui nous conte l’odyssée d’une troupe grecque en perdition dans la région de Smyrne lors d’un autre conflit. Une odyssée qui rejoint les légendes grecques.

 

Le labyrinthe

Panos Karnésis – 1967 - ….)

La présentation du livre « évoque, bien sûr, le Désert des Tartares de Dino Buzzati » et son armée vaine et puérile mais aussi, et surtout, « un formidable roman épique où résonne l’écho d’une geste plus ancienne ». Le labyrinthe est en fait l’épopée tragique et grotesque d’une brigade grecque défaite en 1919 dans la guerre contre la Turquie, en Anatolie, et qui erre dans le désert pour chercher une issue vers la mer et vers la mère patrie. Cette épopée est retracée à travers quelques personnages qui constituent la théogonie de cette troupe en déroute : le général morphinomane écrasé par l’humiliation de la défaite et le décès de sa femme, le colonel, homme de guerre, qui a perdu sa motivation militaire et ne croit plus ni en sa hiérarchie, ni dans le pouvoir en place, le prêtre qui a vu s’égarer ses ouailles et persiste à conserver sa foi, le médecin militaire qui garde confiance en la science mais qui, peu à peu, désespère des homme et, enfin, un caporal, candide au milieu de ceux qui ont le pouvoir, qui ne pense plus qu’en l’amour d’une belle, bien hypothétique là-bas au pays. Cette petite troupe défaite, accablée par la malédiction et les éléments, traîne sa misère sous un soleil de plomb avec un vilain secret dans ses bagages qui pèse aussi lourd sur les consciences que sur le moral de ces soldats en déroute.

Ce récit serait trop improbable si Karnézis ne nous invitait pas, par des allusions régulières, à lire cette histoire comme une épopée antique avec ses héros et ses traîtres, ses exploits et ses viles bassesses et tous ces preux guerriers en quête d’une gloire quelconque, militaire, religieuse, scientifique, ou plus simplement populaire. Même l’aviateur, qui aurait pu sauver la troupe qu’il a repérée dans le désert, se brûle les ailes en tombant du ciel comme un Icare, mais en sens inverse, brûlant les siennes en voulant s’évader lui aussi de son labyrinthe. Et le général reste convaincu qu’« il est regrettable de ne pas connaître l’histoire de son propre peuple. Mais presque criminel d’ignorer sa mythologie… Car la mythologie est plus que de l’histoire, … , c’est aussi de la science. »

En ressuscitant l’épopée des dieux de l’Olympe, Karnézis a voulu montrer la puérilité des guerres qui régulièrement enflamment ce qu’on appelait encore le « Levant » à l’époque où l’auteur fixe son récit, mais également les travers de l’humanité où l’homme, confronté aux limites de son existence, retrouve  les instincts et les vices qui le rapprochent d’un monde animal aux abois. Caleb, le chien du prêtre, semble avoir plus d’humanité que les hommes qui l’entourent. Il ressort de cette épopée comme une fatalité qui rend  les bonnes volontés vaines et inutiles face à l’impitoyable destinée de chacun.

Quand l’armée, après avoir retrouvé la ville et l’espoir, prend le chemin de la mère patrie, bien que la défaite et le remord assomment toujours un peu plus le général, la presse construit, à partir de cette retraite salvatrice, une légende où cette « équipée et celle des Dix Mille de Xénophon » auraient certaines analogies.

A l’aube de cette nouvelle légende, dans cette armée fuyant Smyrne avec sa population chrétienne, on croit voir, parmi les civils qui ont choisi le chemin de l’exil, les ancêtres grecs que Jeffrey Eugenides a fait revivre dans Milddlesex.

 

Le récit des temps perdus - Aris Fakinos (1935 – 1998)

Fakinos raconte l’histoire du couple le plus atypique, au moins l’un des plus atypiques, de la littérature, un couple tout droit issu de la mythologie grecque, Vanguélis le fermier qui loue ses bras de ferme en ferme, et Sophia, la fille d’un riche propriétaire, qui a embauché le tâcheron pour abattre un arbre gigantesque. Vanguélis narre à son petit-fils l’histoire de la vie qu’il a menée avec cette femme exigeante dont le souci a été de maintenir leur union au-dessus des aléas de la vie, des escapades de son mari  volage, et, surtout, des malédictions de la guerre. Une ode à la vie simple et courageuse de ces paysans grecs qui, à force de courage et d’opiniâtreté, arrachent leur subsistance à une terre souvent infertile. Un livre que j’ai bien aimé car il est bourré d’humour et rempli de clins d’œil, un livre frais mais profond qui puise ses racines dans les légendes antiques.

L’enfant de chienne - Pavlos Matessis (1931 – ….)

Matessis confie sa plume à une vieille comédienne ratée qui, après avoir connu la mendicité, la prostitution innocente - elle a préservé sa virginité - et mille tribulations depuis qu’elle a quitté son petit village d’origine à la suite du décès de son père, héros sur le front albanais, et de la déchéance de sa mère qui a sacrifié son honneur auprès des soldats italiens pour remplir le ventre creux de ses enfants. Elle n’oubliera jamais les Italiens joviaux, les Allemands brutaux et les bourgeois grecs méprisants et corrompus, mais surtout sa mère, fière, promenée toute une journée par le « bon » peuple, tel le bouc émissaire de toutes les turpitudes que la Grèce connut pendant la guerre de 39/45, sous les huées de la foule, les jets d’œufs et les coups des boyaux utilisés en guise de fouets. Lorsqu’une troupe de comédiennes passe dans le village, sa vocation éclot rapidement et elle part pour une longue vie d’errance avant d’écrire, comme un testament, ces quelques lignes à la mémoire de sa mère si injustement châtiée.

Gioconda - Nikos Kokàntzis (1930 - …)

Kokàntzis n’est pas un écrivain, il n’a écrit que ce livre, un petit livre, mais un livre si poignant, tellement émouvant que c’est une véritable œuvre littéraire. Inutile de vous dire que j’ai beaucoup aimé ce livre grâce auquel l’auteur nous raconte son premier amour, en 1943, avec Gioconda une jeune et belle juive qui un jour disparaitra, emportée par la folie barbare des nazis. Et, ce n’est qu’en 1975, que Kokàntzis raconte cette histoire comme s’il l’avait vécue quelques semaines auparavant, tant elle est empreinte de fraîcheur, de simplicité et d’émotion. Une de ces belles histoires d’amour qui jalonnent la littérature et qui ne peuvent pas laisser indifférent surtout quand elles sont, comme celle de Gioconda et Nikos, vraies et tragiques. Une « love story » grecque sur fond du génocide juif par les nazis.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre périple littéraire autour du monde  -

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 07:39

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Dans les dédales des textes tunisiens

Difficile la rencontre avec la littérature tunisienne quand on quitte la culture algérienne si riche et si diversifiée. Mes lectures ne sont peut-être pas très représentatives de cette littérature mais j’ai eu bien des difficultés à trouver des livres pour remplir le texte que je me fais fort de vous présenter à chacune des étapes que j’ai choisie d’illustrer par les lectures que j’ai faites. J’ai intégré dans cette présentation Collette Fellous qui est certainement tout autant Française que Tunisienne mais comme elle est née à Tunis et y a vécu jusqu’à l’indépendance, j’ai pensé qu’elle pouvait être  représentative de la culture juive tunisienne qui eut un grand rayonnement dans le monde au cours des siècles passés. J’ai aussi lu Meddeb et Belhaj Kacem, Cancer et Phantasia, deux ouvrages plutôt difficiles d’accès et même très controversé en ce qui concerne « Cancer », mais nous en reparlerons plus bas. Et, ô miracle ! j’ai croisé, par hasard, la route d’un livre d’Habib Selmi, « La nuit de l’étranger », sur la table de notre salon et j’ai ainsi pu compléter cette étape littéraire avec un ouvrage très facile d’accès, mais voyez vous-mêmes ci-dessous :

 

La nuit de l’étranger

Habib Selmi (1951 - ….)

« … des souvenirs, des événements, tout un passé, reviennent … hanter » ce jeune Tunisien qui, réveillé, ne retrouve pas le sommeil dans une minable chambre parisienne. Il voudrait appeler quelqu’un mais qui au cœur de la nuit ? Il prend son répertoire et regarde la liste des numéros qu’il inscrit depuis un certain temps déjà, et redécouvre des personnes qu’il a oubliées ou des personnes qu’il a fréquentées assidûment mais qui ne font plus partie de son entourage. Hamouda et Hadhrya,  ce couple venu du bled où ils vivaient très bien du produit de leur champ, de leurs arbres et des activités commerciales du mari, qui est venu à Paris suivre un traitement nécessaire pour assurer sa descendance. Souad, la petite putain, on l’appelait ainsi car elle voulait vivre libre, oublier un père dédaigneux et ne pas subir la loi des hommes qui lorgnaient son physique avantageux. Et Adel, celui qu’il a rencontré dans l’avion et que la police a retenu pour une histoire pas très claire, qui, le premier, lui a fait découvrir ce bistrot tunisien caché au fond d’une ruelle pour ne pas attirer l’attention. Où les émigrés tunisiens « parlaient comme pour retenir ce qu’ils ne voulaient pas laisser s’enfuir, ils parlaient pour ne pas oublier ce qu’ils vivaient, pour que leurs joies et leurs peines ne leur échappent pas comme les jours qui leur filaient entre les doigts. » Adel avait de grandes ambitions et voulait honorer celles que son père qui, n’en ayant plus pour lui-même,  avaient placées en lui, alors qu'il laissait filer ses études.

A travers ces quatre personnages, Selmi reconstitue le parcours de ces émigrés qui ont quitté le pays pour une nécessité quelconque, « … on n’émigrait pas pour partir vers un lieu mais pour fuir un lieu. » et qui ont rencontré ce que tous les émigrés trouvent dans les pays qu’ils ne connaissent pas : le dépaysement, l’étonnement, le déracinement, l’incompréhension, la peur, l’angoisse… et pour finir l’acceptation et la résignation. Et ce long parcours n’est fait que de ruptures qu’il faut assurer et assumer, ruptures avec la famille, les proches, la communauté mais aussi le pays, le climat et les odeurs qui identifient si bien le lieu d’où l’on vient.

Le parcours de ces émigrés, c’est aussi leur devenir et le lourd dilemme du retour au pays, faut-il faire ce voyage de retour pour retrouver ce qu’ils ont quitté ? Faut-il persévérer à vivoter dans ce nouveau pays qui offre tout de même certaines possibilités ? « … Hamouda était de plus en plus attaché à ce qui l’entourait, et le retour définitif, qu’il ne cessait de reporter pour une raison ou pour une autre, devenait si difficile qu’il lui semblait être tombé dans un piège… »

Rien de bien nouveau dans ce livre tant le sujet a été traité, non seulement par des écrivains mais aussi par des sociologues, des psychologues et autres gens exerçant des professions en « …logue », peut-être, cependant, un supplément de tendresse et de véracité car ces personnages sentent bien le pays et la misère de l’exil et ce n’est pas seulement une image car les odeurs occupent une place prépondérante dans ce récit où l’auteur identifie les pays et les gens aux odeurs. L’odeur des aisselles de Souad était une véritable jouissance.

Un certain désenchantement aussi mais pas franchement du désespoir, une forme de résignation plutôt, Inch Allah car, finalement, c’est le hasard qui fait se rencontrer les gens. Mais ceux qui travaillent, qui font ce qu’il faut faire pour s’en sortir avec humilité, peuvent marcher la tête haute comme le père d’Adel, « il se sentait le droit de manger parce qu’il avait travaillé et avait fait ce qu’il devait. »

 

Aujourd’hui – Colette Fellous (1950 - ….)

Colette Fellous est née à Tunis où elle est surprise, à la veille de passer son bac, par le bruit des armes à feu et les cris des hommes. C’est le début des événements qui conduiront à  l’indépendance de ce pays et à l’exode de la famille Fellous vers la capitale française. C’est cette histoire familiale, la sienne surtout, qu’elle nous raconte, entre Tunis et Paris, à travers des scènes de la vie quotidienne, des souvenirs d’enfance, les odeurs de mimosa quand on déguste le thé en écoutant chanter Dalida, … toute une nostalgie de sa jeunesse paisible mais aussi le souvenir du père décédé trop tôt. Et tout ça dans une langue chaude et sensuelle comme une poésie orientale.

Phantasia – Abdelwahab Meddeb (1946 - ….)

Il déambule dans les rues de Paris, les sens aux aguets, l’esprit en éveil, appréciant tous ces lieux chargés d’histoire, observant les différentes scènes qui l’entourent en recherchant une signification à tout cet environnement et finissant par entraîner le lecteur dans un dédale d’images, d’évocations, de réflexions, de projections, etc. dont il a du mal de s’extirper. Cette déambulation est aussi la quête de l’idéal féminin, cette Aya, insaisissable qui change sans cesse et qui n’est peut-être que la somme de ses fantasmes. L’auteur recrée un monde à la mesure de ses fantasmes dans ce roman qui pourrait-être aussi un roman de l’initiation, du passage vers un autre temps, de l’intégration d’éléments d’un avenir en contradiction avec un présent déjà passé.

Cancer – Mehdi Belhaj Kacem (1973 - ….)

Comme on le dit souvent, « un roman qui ne laisse pas indifférent » et c’est le moins que l’on puisse dire, quand on jette un œil sur les critiques qui ont accompagné la sortie de ce roman. Il est vrai que ce livre est particulièrement indigeste, pratiquement illisible pour un lecteur non averti, déconstruit, déstructuré, mais plus gênant, pour certains,  : « sans fond ». Il est vrai quand j’ai lu ce livre, il y a un certain nombre d’années déjà, je n’étais pas loin de rejoindre la cohorte des détracteurs qui fustige cet auteur provocateur qui mélange des phrases sublimes avec des évocations de la plus basse scatologie. Pour ma part, j’avais aimé cette rage très pure, très belle, mais hélas on n’exprime pas la rage avec de la dentelle, même si celle-ci est traînée dans la boue. Et, j’avais également mal compris contre qui ou quoi était tournée cette rage. Un livre réservé aux amateurs du genre qu’il faudrait que je relise pour, aujourd’hui, mieux le comprendre peut-être, mais à vrai dire je n’ai absolument pas envie.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre périgination littéraire autour du monde  -

 

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 08:28

 

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Que ferais-tu, que dirais-tu petit Prince, si une migration d'oiseaux sauvages te déposait de nouveau sur notre planète en provenance de ton astéroïde B 612 ? Quel monde découvrirais-tu avec tes yeux d'enfant ? En marchant dans le désert droit devant toi, aurais-tu la chance d'apercevoir un puits avec sa poulie, son seau, sa corde, ou la malchance de croiser des caravanes de camions et des exploitations pétrolières ? Depuis ta première visite, il y a de cela bien des années, le nombre des hommes a triplé, peut-être quadruplé sur la terre, au point que l'on compte trois fois plus de vaniteux, d'ivrognes et de businessmen. Les seuls qui ont disparu sont les rois et les allumeurs de réverbères. Ils ont été remplacés par des présidents, des commissaires, des fonctionnaires, des chefs de projets, des chargés de communication, des préposés, que sais-je encore ! Il y a mille et un noms savants de métiers à une époque où il n'y a jamais eu autant de chômage. Oui, il nous faudrait des années pour les recenser tous, comme ton géographe répertoriait les volcans, les fleuves et les montagnes.


Et plus grave que les serpents, ce qui te menacerait aujourd'hui serait le sida, la drogue, la pédophilie, la pornographie, l'analphabétisme, les mines antipersonnel, la délinquance, les guerres. Ce monde n'est plus fait pour les enfants. On leur a volé leur innocence et leurs rêves. Dès leur âge le plus tendre, on leur apprend à ne jamais demander à un inconnu de leur dessiner un mouton ou de leur offrir une friandise, et leur quotidien se vit sur fond de violence. Petit Prince, il n'y a plus rien à voir pour toi sur notre planète. Oublie-nous. Tu es si bien sur ton astéroïde B 612 avec ta rose. J'espère que tu n'omets pas de veiller aux courants d'air et de ramoner tes deux volcans, puisque le troisième est éteint. Au revoir, petit bonhomme. A plus tard, quand davantage de sagesse nous permettra à nouveau de rêver un peu avec toi.

 

ARMELLE BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 
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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 06:52

villages-tizi-ouzou-algerie-2397729755-949455-1-.jpg   Tizi Ouzou

 

 

Littérature de la terreur

La biculture arabo-française, à laquelle il ne faut surtout pas oublier d’ajouter l’apport berbérophone,  a permis à l’Algérie de développer une littérature extrêmement riche dont nous avons déjà donné un bref aperçu avec notre précédent passage. Au cours de cette seconde étape, nous rendrons hommage à l’un des plus grands écrivains algériens, Mohammed Dib, qui est aussi un des grands auteurs de la littérature francophone. Et, pour l’entourer dans cet hommage, j’ai choisi deux écrivains de la nouvelle génération qui ont dû, tout comme lui, tremper leur plume dans le sang pour évoquer cette violence qui semble accabler l’Algérie comme une fatalité inéluctable, Anouar Benmalek que certains ont classé parmi les nobélisables et Yasmina Khadra qui doit peut-être plus sa renommée à ses succès littéraires qu’à son courage politique. Et pour nous guider dans les tours et détours de cette littérature plurielle, j’ai pris l’attache de Boualem Sansal qui a lui aussi plongé au cœur de la violence, celle passée et celle d’aujourd’hui et peut-être même celle qui nous attend encore avec, il me semble, plus de courage politique que son collègue Khadra. Mais tout ça n’est qu’avis personnel, ce qui dérange, en effet, c’est cette violence récurrente et rémanente qui déverse sa haine et sa violence, son feu et ses dards, sur ce peuple accablé qui ne mérite pas un tel acharnement du sort.

 

Le village de l'Allemand ou Le journal des frères Schiller

Boualem Sansal (1949 - ….)

« Mon Dieu, qui me dira qui est mon père ? » Malrich (Malek Ulrich), après  Rachel (Rachid Helmut), cherche une réponse acceptable à cette question si brûlante pour de nombreux Allemands encore aujourd’hui. Mais eux sont nés d’un père allemand et d’une mère algérienne, en Kabylie, dans un douar perdu, ignoré de tous sauf des quelques habitants qui y vivent encore.

A partir d’un fait réel, Sansal construit l’histoire de ces deux Algériens émigrés en France, l’un ayant réussi de brillantes études et l’autre traînant dans la ZUSS, cherchant à occuper son trop plein de temps libre, qui sont brutalement confrontés à une vérité abominable et insupportable : leur père est en fait un tortionnaire nazi planqué au fond de la Kabylie pour échapper aux divers justiciers qui pourraient le rechercher.

Après le suicide de Rachel, son frère aîné, Malrich découvre le journal que celui-ci a laissé et par lequel il prend connaissance des activités de son père pendant la guerre dans les camps de concentration nazis. Rachel a découvert la vérité lorsqu’il est retourné au bled sur la tombe de ses parents assassinés par les islamistes. Et depuis cette découverte, il n’a eu de cesse de reconstituer le parcours de son père pour savoir, comprendre, pardonner, expier et mériter ainsi une forme de rédemption familiale.

Malrich, confronté aux problèmes des « quartiers sensibles », comme on les appelle pudiquement maintenant, et de la montée de l’islamisme, voit dans le comportement des extrémistes religieux des similitudes très concrètes avec le comportement des nazis qu’il étudie dans les livres pour comprendre ce que son père a fait et pourquoi.

Sansal a trouvé là un argument très intéressant pour construire son livre et il a habilement manœuvré ses personnages pour pouvoir traiter simultanément des questions aussi brûlantes que la shoah, les problèmes des cités et la montée de l’islamisme. Mais, hélas, il n’a pas su tirer la quintessence de cette situation et il se cantonne dans des généralités qui sont désormais trop connues pour en faire un livre vraiment important sur le sujet. Et, bien qu’il exagère sans doute quelque peu dans le parallèle qu’il dresse entre le nazisme et l’islamisme, il manifeste, toutefois, un courage réel en dénonçant violemment les exactions des extrémistes religieux en Algérie et dans les banlieues. Hosseini et Khadra, que j’ai lu récemment sur des sujets concernant Kaboul et Bagdad, n’ont pas manifesté le même courage et sont restés beaucoup plus en retrait, même s’ils ne vivent pas en Algérie comme Sansal.

Au-delà de ce parallèle intéressant bien qu’un peu scabreux, Sansal aborde un problème essentiel : celui de la culpabilité des enfants des criminels de guerre et même si Malrich pense que « nous ne sommes pas responsables, ni comptables des crimes de nos parents », « comment vivre avec ce poids sur la conscience ? » Et Rachel pousse encore plus loin la réflexion en posant la question qui n’a toujours pas de réponse aujourd’hui : « Je voulais trouver la clé, la magie par laquelle des hommes sains de corps et d’esprit comme mon père ont accepté de se dépouiller de leur humanité et de se transformer en machines de mort. » Et cette question, malgré les efforts de quelques grands écrivains, reste toujours d’actualité : comment tout un peuple a-t-il pu ignorer ou supporter l’ignominie portée à un tel degré et même y participer ?

 

L’incendie – Mohammed Dib (1920 – 2003)

Mohammed Dib, l’un des plus grands écrivains algériens de langue française ; celui dont Aragon écrivait : « Cet homme d’un pays qui n’a rien à voir avec les arbres de ma fenêtre, les fleuves de mes quais, les pierres de nos cathédrales, parle avec les mots de Villon et de Péguy » , a produit une vaste œuvre qui peut être présentée en deux parties : l’une avant 1962, l’autre après. L’incendie fait partie de ces premières œuvres dans lesquelles il dénonce la condition des Algériens sous la botte coloniale. Ce roman raconte comment, dans un tout petit village des montagnes, les fellahs, à l’ombre des riches propriétés des colons, vivent malheureusement et se réunissent pour évoquer leur triste vie. Et, une nuit, l’incendie qui ravage des gourbis d’ouvriers agricoles est mis sur le compte des grévistes dont les meneurs sont bientôt arrêtés. Un témoignage vivant sur la détresse des petits paysans algériens et sur la répression, bien souvent aveugle, qui les accablait.

Les amants désunis – Anouar Benmalek (1956 - ….)

Dans ce roman Anouar Benmalek met en scène la violence atroce, horrible, inhumaine qui régulièrement endeuille l’Algérie. Il nous emmène sur les pas de cette vieille femme qui cherche la tombe de ses enfants assassinés par le FLN en représailles à la trahison supposée de son père en 1955 dans les Aurès. Cette vieille femme, d’origine suisse, qui avait cru pouvoir vivre une belle histoire d’amour avec un jeune Algérien, après la deuxième guerre mondiale, alors même que le père de celui-ci avait déjà été abattu, en mai 1945, d’une balle dans la tête après une émeute à Sétif. Et, le présent se noiera vite dans le passé quand cette vieille femme, accompagnée d’un jeune Algérien trop mature pour son âge, devra faire face à la violence qui n’abandonne jamais l’Algérie et fond sur les plus faibles, ceux qui souvent n’ont rien à se reprocher et qui, au contraire, œuvrent pour que ce pays devienne le grand pays qu’il devrait être.

Une lecture poignante, émouvante, dérangeante, mais qu’il convient de faire car Benmalek sait expliquer ce que nous, Européens, ne pouvons pas comprendre, sans détour, sans fausse pudeur et sans crainte de déranger un quelconque pouvoir.

Les sirènes de Bagdad – Yasmina Khadra (1955 - ….)

Il n’a pas de nom parce qu’un nom est déjà un premier aveu devant les policiers, parce que sa vie risque d’être bien trop courte pour qu’on se souvienne de celui-ci, parce que tout le monde le connait dans son petit village de bédouins qu’il a rejoint quand la faculté de Bagdad a fermé ses portes au début du conflit. Et, depuis, il vit tranquillement entouré des ses sœurs attentives en passant son temps avec les jeunes désœuvrés du village. Mais la guerre le rattrape vite, une première fois quand le fils un peu simplet du ferronnier se fait abattre par les soldats quand il tente d’échapper au contrôle d’un check point, une deuxième fois quand la noce des jeunes mariés du village est écrasée par des missiles qui laissent la mort et le désastre sur la plus belle propriété de la région et enfin, une troisième fois, quand les soldats américains font irruption chez lui bousculant et humiliant femmes et enfants et surtout son père devant lequel il ne paraitra plus avant de l’avoir vengé, car l’honneur chez les bédouins se place au-dessus de la vie. Il décide ainsi de rejoindre Bagdad et les fédayins car « L’offense se devait d’être lavée dans le sang, seule lessive autorisée pour garder son amour-propre. »

Rien de nouveau sous le soleil de Bagdad après la publication de ce roman, les médias nous ayant déjà tout dit avant ce récit de Khadra, même si celui-ci nous laisse sur un message d’espoir,  sur une miette d’humanité qui pourraient faire douter ceux qui ne pensent qu’à verser le sang, peu importe d’où ils viennent !

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre périple littéraire à travers le monde  -

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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