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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 11:18

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Oscar - Venceslas de Lubicz Milosz, né à Czeréïa en 1877, n’occupe pas la place qui devrait être la sienne dans l’histoire de la poésie française. Ce grand seigneur lituanien, arrivé dans notre pays à l’âge de douze ans, est de ceux qui furent mal aimés et mal perçus de leur vivant et dont le parcours atypique demeure obscur, aujourd’hui encore, à la plupart de nos contemporains. Comme Rimbaud, il avait compris très tôt que la poésie ne pouvait être une fin en soi ; pour lui, elle ne fut jamais que l’attestation de sa quête ou son support et, pour cette raison, il se refusera à toute ambition littéraire, mais, différemment de l’homme aux semelles de vent, il ne fit pas de son existence «  un pur témoignage de perdition »  ; au contraire, il imprimera à la sienne les stigmates de la sainteté.

Son enfance, sans amour, passée dans un château entouré de trente mille hectares de terre et parcouru par une armée de laquais, lui communique l’étrange sentiment d’être tombé, par hasard, dans une fête incompréhensible et de ne savoir, de ce fait, ni d’où il vient, ni où il va.

 

Car je n’ai jamais eu, ô Nourrice, ni père, ni mère,
  Et la folie et la froideur erraient sans but dans la maison. "

                                                                             ( Symphonie de Septembre )

 

Ce monde dépersonnalisé, où rien ne lui semble vrai, le désoriente au point qu’il écrit : « Toute cette belle mobilité, depuis le nuage et la rivière jusqu’à l’oiseau de la vieille allée et la fourmi dans le gazon, était libre et courait où la vie l’appelait. Moi seul je rampais vers la cité hantée de mon désir avec la lenteur des mousses rongeuses dont les pieds s’enfoncent dans le bois et la pierre. »


Ainsi est-il atteint en son âge le plus tendre de cette "lèpre" de l’angoisse existentielle et du goût précoce de la mélancolie et du secret. Sans désespérer de son salut, il le cherchera longtemps dans une errance qui l’égarera à bien des reprises dans des labyrinthes ésotériques auxquels sa mère, israélite convertie, familière des spéculations kabbalistiques, l’avait probablement initié. Mais il n’est pas le seul. Des écrivains comme Huysmans et Léon Bloy passèrent par le tunnel inquiétant de l’occultisme et ne trouvèrent le catholicisme qu’après maints détours. Avec l’admirable Cantique de la Connaissance, qui date de sa quarante-cinquième année, il semble que le pont soit traversé entre le versant profane et le versant sacré de son œuvre. Ce ne sont plus les bois silencieux du domaine paternel, où court la nostalgie propre au pays d’enfance, qui le captivent mais, selon un crescendo logique, son inspiration accompagne dorénavant l’ascension progressive qui mène des nuits de l’âme aux heures ensoleillées de Dieu.


 " Je ne m’adresse qu’aux esprits qui ont reconnu la prière comme le premier entre tous les devoirs de l’homme. / Les plus hautes vertus, la charité, la chasteté, le sacrifice, la science, l’amour même du Père, / Ne seront comptées qu’aux esprits qui, de leur propre mouvement, ont reconnu la nécessité de l’humiliation dans la prière."

La longue pratique des hommes de tous genres et de tous pays lui a appris comment ils aimaient, comment ils pleuraient, et il ne s’est pas privé de stigmatiser leur détresse - nous lui devons quelques-uns des cris les plus poignants de notre misère terrestre : les terrains vagues où le mystère, offusqué par les fêtards, se tapit dans l’ombre, les splendeurs défuntes, le gouffre infini des tentations, l’infamie, l’adultère, le blasphème, les scandales, les faux amours vécus dans la boue et la luxure. Il a pour ainsi dire répertorié tout ce qui prive l’homme de sa ressemblance avec Dieu, ce qui le mutile dans son âme elle-même, l’entrave dans sa quête de l’amour « immense, ténébreux et doux ».


On lui reprochera d’avoir préféré l’amour à la lutte sociale, la réflexion à l’action. Mais cet homme, qui avait été spolié de son héritage familial, avait connu les méfaits et les excès du marxisme, était naturellement prudent à l’égard des engagements idéologiques. Il travailla néanmoins, sa vie durant, à la renaissance de son pays.

 

 Il est vrai aussi que, dès sa jeunesse, il s’est situé hors du temps, hors des catégories sociales qui réduisent l’homme. Celui dont il parle, et auquel il s’adresse, n’appartient qu’à Dieu. C’est le frère en esprit et en communion, le frère d’oraison et le frère de peine. Le poète dépasse de beaucoup le cercle étroit de ses contemporains. D’ailleurs, Platon, Pascal, Goethe ont-ils jamais écrit pour les hommes de leur temps ? « C’est à la patience qu’on mesure l’amour », écrit-il et c’est par la prière que l’on force le repaire du «  Dieu caché » de Pascal, sensible au cœur, non à la raison, et dont le poète n’hésite pas à dire qu’Il aime être « importuné ». Il a donc fallu traverser quarante-cinq années de tentations, de doutes, d’atermoiements, parmi les faux - semblants de l’amour et de l’espérance, pour que Milosz, exigeant maintenant les pleins pouvoirs, imprime sa marque et, envers et contre les théosophes et les augures, aspire à établir sa propre conscience. Faut-il renoncer à la parole pour mieux céder à la prière, faut-il suspendre le chant pour célébrer l’Homme qui s’est levé et approche ?

 
Il ne lui importe plus guère de savoir d’où il vient et où il va, il…EST, puisqu’il AIME. La pensée qui, selon Descartes, constitue la dignité de l’être, son seul mérite et en laquelle il voit la preuve péremptoire de notre existence, Milosz - qui l’avait acclamée en son temps - la dépasse et affirme son existence sur un autre registre, se décline sur une autre octave. Au   Je pense donc je suis, il propose son  J’aime donc je suis. Et il ajoute : "Le cerveau n’est que le satellite du cœur ".  Il faut donc aimer avant de comprendre, proclamer avant de croire.

 

Milosz n’est plus désormais «  un pleureur du passé », il est tout près de la réintégration au royaume du Père et le prône dans son dernier poème : "Le Psaume de l’étoile" 


Voici les choses sont ce qu’elles sont / profond profond est Cela/ devant celui qui se prosterne/ on se prosternera. 

Les murailles de Jéricho sont-elles enfin tombées pour lui et entre-t-il dans les Arcanes avec «  la clef d’or » de l’adoration ? Il faut prier, telle est sa conclusion, la consécration d’une vie qui a cherché ses concepts supérieurs aussi bien dans ses propres cendres que dans la bibliothèque sacrée de tous les âges, n’a dédaigné ni les rites initiatiques, ni les débordements de l’âme aux prises avec elle-même. Mais l’heure est venue de faire de l’agapè le véhicule de la grâce, de poser la plume, de fermer l’encrier, d’entrer dans le silence où tout est murmure, où le cœur se plait à accompagner le recueillement de Dieu.
Monsieur de la mangeoire, cet oiseleur au profil de héron, qui donne la becquée aux oiseaux, est un homme qui, entre l’intelligence et l’amour, a choisi l’amour.


« Tous les oiseaux le connaissaient. Ils volaient par centaines au-devant de lui dès qu’ils le voyaient paraître dans l’allée des Boulingrins » - dira le propriétaire de l’Aigle, la pension où il se retire en 1926, à Fontainebleau. Lui, qui avait été si inquiet de savoir d’où il venait et où il allait, a enfin trouvé son point d’amarre en Dieu. 
L’immuabilité du suprême Amour, c’est la Foi - écrira-t-il. La mienne m’attendait au terme de quelle course aride ! 

 

Désormais Milosz se tait et se tient à l’abri sous la mante maternelle de l’orthodoxie catholique. Si le silence de Rimbaud avait été celui d’un ange déchu qui se retire en grondant, celui du poète lituanien est d’autre nature : le silence d’un repenti qui juge inutile de chanter, quand il convient de se prosterner.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

autres articles consacrés à des poètes :

 

 

Paul-Jean TOULET ou une poésie fantasque

 

Joe Bousquet ou l'horizon chimérique

 

René-Guy Cadou ou la rêverie printanière

 

Marie Noël ou la traversée de la nuit

 

Yves Bonnefoy ou recommencer une terre

 

Patrice de la Tour du Pin ou la liturgie intérieure

 

 

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 09:34

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Lectures francophones au Canada

Nous pourrions encore séjourner aux Etats-Unis pendant plusieurs semaines et jeter un regard sur la littérature juive américaine, sur la littérature du Montana, sur la littérature indienne, etc… Mais, comme Kérouac, la route nous appelle et nous nous dirigeons toujours vers le nord pour entrer cette fois au Canada et faire une première pause avec la littérature canadienne francophone qui ne concerne pas seulement le Québec mais d’autres provinces comme l’Acadie ou des provinces anglophones où séjournent encore des Canadiens d’origine française ou francophone. Pour cette étape, à tout seigneur tout honneur, nous réserverons notre premier rôle à Michel Tremblay qui a si bien écrit sur Montréal en particulier. J’ai choisi de vous présenter « Le trou dans le mur » car je l’ai lu récemment et, surtout, parce que j’ai beaucoup aimé ce livre un peu, et même beaucoup fantastique, mais tellement réaliste sur le fond. J’aurais pu aussi vous parler d’une autre de mes lectures de cet auteur : « La nuit des princes charmants » qui est très connue mais que j’ai un peu moins aimée, un peu seulement. Et, pour compléter ce tour d’horizon, nous resterons en compagnie d’auteurs confirmés : Gabrielle Roy qui peut paraître désuète aujourd’hui mais à qui je trouve beaucoup de charme et de tendresse malgré la noirceur du roman dont je vous parle, Antonine Maillet  que l'on ne présente plus mais qui est la véritable ambassadrice de l’Acadie et enfin le plus Montréalais des Canadiens Yves Beauchemin.

 

 Le trou dans le mur

Miche Tremblay (1942 - ….)

« Il ne voyait pas la porte ! La porte n’existait que pour moi ! » François Laplante qui erre sur la Main, à Montréal, pour meubler un dimanche après-midi d’ennui, remarque pour la première fois une porte dérobée sur la façade du Monument National et il ne peut résister à la tentation de l’ouvrir et de descendre l’escalier qu’elle dissimule. Au bas de celui-ci, il trouve un étrange tableau composé de tous les anciens traîne-misère qui ont vécu sur la Main à la grande époque où ce quartier était à la mode. A son approche ce tableau s’anime et les personnages lui demandent d’écouter leur confession car sans celle-ci, ils ne pourront pas obtenir la rémission de leurs péchés et accéder à leur paradis, celui des fantômes du théâtre, à l’étage supérieur. Tous veulent y aller car « en haut c’est l’avenir, la vie qui continue » et quitter ce sous-sol  "parce que là se trouve la pire punition de ce maudit endroit on y vieillit comme ailleurs, mais sans espoir de jamais mourir. » Et ainsi, il va recevoir la confession d’une chanteuse ratée, d’un joueur de « ruine babines » miséreux, d’un comédien déchu, d’un travesti lamentable et pathétique et de leur cruel bourreau, celui qui les a expédiés dans ce purgatoire avant d’y être lui-même envoyé.

Avec cet habile procédé littéraire qui mêle fiction et fantastique, Tremblay évoque, à travers ces cinq portraits, le quartier de la Main, à Montréal, à l’époque où la vie y grouillait, animée par tous les marginaux, les « nobodies » de la ville, ceux qui vivaient de tous les trafics possibles, y compris de la vente de leurs charmes, ou de celui des autres, que souvent ils n’avaient plus et, parfois, n’avaient même jamais eus. « Tous des pauvres hères, filles et garçons, qui se sont sauvés de chez eux trop jeunes et qui croient atteindre la liberté en tournant le coin de la Main et de la Catherine, alors que c’est la plupart du temps dans l’esclavage, celui du cul, celui de la drogue, celui de la boisson, qu’y plongent. »

Ce livre évoque aussi avec adresse le problème de la faute, du péché, du pardon et de la rédemption qui passe nécessairement par la confession. Mais ce livre va un peu plus loin et traite aussi d’une certaine fatalité, comme une forme de déterminisme, qui affecte les plus démunis ou ceux qui n’ont pas reçu le petit coup de pouce de la chance au moment nécessaire et qui basculent dans la marginalitéet tout ce qu’elle implique. Ou ceux qui ont voulu provoquer la chance en cherchant une gloire artificielle comme revanche sur la vie.

En tout cas, un excellent livre construit avec une grande habilité, sur un très bon rythme, et à l’aide d’une langue goûteuse qui fait revivre intensément tout un quartier et toute une époque, on se croirait sur les « Fortifs » à l’époque de Maurice Chevalier, à travers ces cinq scènes qui sont comme cinq petits films en noir et blanc ou en couleur selon qu’on évolue dans la vie réelle ou dans l’autre vie. Et la vie finalement n’est-elle pas un film dont le scénario serait écrit à l’avance et nous échapperait totalement ?  

Bonheur d’occasion– Gabrielle Roy (1909 – 1983)

Gabrielle Roy est née dans le Manitoba mais après un passage en Europe, elle s’installe à Montréal où elle écrit ce premier roman qui sera publié en 1945, pendant la guerre. C’est un roman de la misère et de la pauvreté qui raconte l’histoire de ces pauvres hères qui vivaient en marge de la société et aux marges de la ville, fournissant de la chair à canon pour la guerre qui se déroulait en Europe. C’est aussi un roman sur les femmes qui, seules, ont pu maintenir un semblant d’humanité dans ces quartiers. Beaucoup de misère mais aussi beaucoup de tendresse pour ces déshérités dans ce roman.

Pélagie-la-Charrette– Antonine Maillet (1929 - ….)

Difficile de parler de ce livre qui a tellement défrayé la chronique et qui parle de la déportation par les Anglais qui convoitaient leurs terres, « le grand dérangement », des Français du Québec vers la Louisiane. En 1755, Pélagie se révolte et décide d’entreprendre, avec quelques autres, un long périple qui devrait les ramener sur leurs terres d’origine. Un périple épique, rempli d’aventures et d’avatars que vous dégusterez dès que vous aurez domestiqué le français ancestral utilisé par Antonine Maillet.

Le matou– Yves Beauchemin (1941 - ….)

Une histoire étrange, truculente et un peu fantastique que celle de ce jeune couple qui achète un restaurant en plein cœur de Montréal avec l’aide financière d’un étrange personnage qui s’avère en fait être un type néfaste et méchant qui verra finalement ses plans échouer face à la malice du matou de Monsieur Emile, un enfant pris en affection par ce couple. Un livre goûteux comme la cuisine de « La Binerie », le restaurant de Florent et Elise.

Denis Billamboz  -  à lundi prochain pour une nouvelle étape littéraire

 

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 09:16

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Lire des auteurs américains nobélisables

Après une première étape consacrée à la littérature de l’esclavage et de la négritude, nous ferons une seconde halte aux Etats-Unis car ce pays est si vaste et si riche en écrivains qu’il génère, chaque année, une littérature surabondante qui fait l’objet de multiples traductions dans notre langue. Nous réserverons cette deuxième séquence américaine à des auteurs à la notoriété suffisamment établie pour qu’ils figurent parmi les candidats sérieux à l’attribution du Prix Nobel dans les années prochaines, même si leur nombre trop élevé nuit certainement à la désignation de l’un d’entre eux comme lauréat de ce suprême prix. Nous prendrons donc, comme guide, Russell Banks qui nous conduira à la rencontre d’autres candidats très sérieux : Joyce Carol Oates, régulièrement citée parmi les favoris de ce prix, Philip Roth, favori lui aussi depuis plusieurs années et Paul Auster qui pourrait être un outsider très sérieux. Une brochette d’écrivains comme nous n’en rencontrerons peut-être pas à chaque étape de notre périple.

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Russel Banks (1946 - ….)

Russel Banks se glisse dans la peau d’Hannah/Dawn/Ariane pour dérouler le fil qui relie les différents lieux où les hommes s’opposent et s’affrontent avec la plus grande bestialité. C’est un livre sur la relation entre les êtres car  « si l’on compare les relations entre hommes et femmes aux relations entre Blancs et Noirs, ou entre handicapés et non handicapés,  primates humains et primates non humains on peut établir d’utiles parallèles. » Dans ce sens le personnage créé par Banks et plus un fil conducteur qu’un personnage de femme à la probabilité trop aléatoire.

Après avoir lu « De beaux lendemains », un livre plein de finesse et de sensibilité, un oasis de fraîcheur et de sagesse au milieu d’un monde ou l’intérêt pécuniaire domine, je suis resté sur ma faim avec cette aventure américano-africaine. Dans « De beaux lendemains » Banks nous parle d’un monde qu’il connaît très bien, celui de l’Amérique du Nord-Est, alors que dans « American Darling » il s’aventure sur des chemins qui semblent lui être beaucoup plus étrangers, le monde parallèle des contestataires, l’Afrique de la fin du XXe siècle avec toutes ses tares, ses extravagances et ses excès …, ce qui donne à son roman un goût de documentation puisée dans des revues spécialisées. Ca sent un peu le lieu commun, le truisme et le déjà vu, ça manque de vécu ! On ne peut s’empêcher de penser à des gens comme Moses Izegawa, Ken Saro-Wiwa, Nega Mezlekia ou d’autres… qui ont écrit la vie et la misère de l’Afrique avec leur sueur, leur sang et leurs tripes. L’Afrique de Banks ressemble trop à celle qu’on peut découvrir dans le National Geographic ou d’autres revues du même style et son Amérique de la marge a peut-être la couleur mais n’a pas le goût de celle des Kerouac, Shelby et autres Vonnegut, Vollmann and co.

J’ai aussi un doute sur la capacité de Banks à se conjuguer aux féminins, l’exercice n’est pas forcément facile, il y parvient assez bien seulement car il avoue : « J’en suis arrivée à penser que même l’homme le mieux intentionné, celui qui tente réellement de comprendre ce qu’éprouve une femme, demeure néanmoins incapable de savoir comment la femme ressent les relations entre hommes et femmes. »

Et tout cela dans un livre trop gros, trop touffu, rempli de redites et d’explications superflues qui rendent le récit lourd et indigeste ce qu’il confesse d’ailleurs. « Bien que je sache que vous risquez de prendre mes propos pour des foutaises spiritualistes, d’y voir une forme louche de baratin new- age, je vous raconte ces choses parce que je commence à avoir confiance en votre patience, votre bienveillance et votre esprit d’ouverture. » Et, il nous en a fallu !

Amours profanes – Joyce Carol Oates (1938 - ….)

Dans ce roman, Oates dresse le portrait sans concession, d’un petit groupe d’universitaires qui noie son ennui et essaie d’oublier ses aigreurs et ses frustrations dans les petites mesquineries de la vie quotidienne d’une minable université américaine qui va être troublée par l’arrivée, pour un séjour prolongé, d’un grand poète anglais. Chacun essaie de s’attirer les grâces de cet éminent personnage qui n’est en fait qu’un vieillard déjà usé. Un regard ironique et impitoyable sur le monde des intellectuels qui ont perdu le contact avec les valeurs essentielles de la vie.

La musique du hasard – Paul Auster (1947 - ….)

Nashe a rompu avec toutes les contraintes de la vie, il a abandonné femme et enfant et se retrouve libre comme le vent pour sillonner l’Amérique. C’est alors que le hasard, dont il écoute la musique, l’amène à rencontrer des personnages qui l’entraînent dans un jeu dans lequel il s’enferme comme « Le joueur » de Dostoevski. Une réflexion sur le hasard qui peut conduire aux limites du fantastique, dans un monde où tout peut se jouer sur un seul coup qui décidera de l’avenir du héros.

Zuckerman délivré – Philip Roth (1933 - ….)

Zuckerman devient riche et célèbre après avoir écrit un roman à succès qui fait la part belle aux prouesses sexuelles du héros. Mais ce succès a son revers, d’aucuns lui reprochent une certaine facilité, d’autres voient en l’auteur le héros aux performances sexuelles alléchantes, d’autres  encore lorgnent sur son argent. Mais, tout bascule quand les paparazzis dévoilent sa vie privée et mettent sa famille en péril. Une réflexion sur la richesse qui n’est pas forcément celle que confère l’argent.

Denis Billamboz 

 

à lundi prochain pour l'étape suivante de notre tour du monde littéraire

 

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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 08:18

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Milan Kundera appartient au petit nombre de ceux qui sont entrés de leur vivant dans la Pléiade, sacre absolu pour un écrivain, mieux que l'Académie et le Panthéon réunis. La raison en est que l'écrivain s'est imposé comme l'un des derniers auteurs à avoir une audience mondiale et à offrir une oeuvre d'une étonnante solidité. Quinze volumes couvrent les années 1960 à 2000 qui tous constituent un " cosmos en soi "et semblent avoir obéi à un dessein initial d'une formidable cohérence. Et puis Kundera a cela de particulier qu'il est un survivant de l'ancien monde, celui de derrière le rideau de fer, sorte de préhistoire mentale désormais si lointaine d'un pays envahi tour à tour par les chars allemands et les chars soviétiques, avant d'être démembré en 1992 comme le fut l'empire austro-hongrois.

 

C'est à Brno, au sud de la Tchécoslovaquie, que Kundera naît en 1929, héritier d'une lignée d'auteurs pluriséculaire qui remonte à Rabelais et Cervantès et dont il assume l'héritage avec force, celui d'une littérature universelle. Ce qu'il appelle "le grand contexte" par opposition au "petit contexte" constitué par le peu de choses que l'on sait à propos de sa vie personnelle. Installé en France en 1975, c'est son oeuvre et elle seule qui occupe sa vie, une vie retranchée dans la solitude qui peut apparaître hautaine à certains. C''est le printemps de  Prague qui va le faire connaître du grand public avec La plaisanterie, démystification saisissante de la raison historique, tout ensemble légère, ludique et amère. Car pour lui l'histoire ne doit être qu'un prétexte, au risque de faire courir au livre l'inconvénient majeur de dater. Ce que Kundera cherche à raconter, ce sont d'abord et avant tout des comédies intemporelles, caustiques et désenchantées, inspirées par des faits réels que l'on retrouve au cours des siècles comme dans La valse aux adieux de 1976 ou dans L'insoutenable légèreté de l'être de 1984, qui lui vaudra une audience internationale.

 

Ses oeuvres n'en sont pas moins jalonnées de quelques grands motifs, véritable condensé de l'existence où l'art de la désillusion est pratiqué de façon quasi médicale, ainsi que le serait un "sérum de vérité". Kundera définit ainsi l'acte d'écrire : " la grande forme de la prose où l'auteur, à travers des égos expérimentaux ( personnages ), examine jusqu'au bout quelques grands thèmes de l'existence ". Il est vrai que quittant l'Est pour l'Ouest, comme le fit Soljenitsyne, il est passé sans transition d'un monde dur à un monde mou, de la conjuration du silence à celle du bruit, ainsi qu'il l'a expliqué lui-même. Moraliste désabusé, l'écrivain pose sur les êtres et les choses un regard sans concession et surtout sans illusion. Il y a longtemps qu'il a liquidé ce qu'il appelle "l'âge lyrique de la vie", âge des illusions meurtrières auquel nombre de poètes ont prêté une éternité trompeuse. Il l'a consigné dans un réquisitoire implacable La vie ailleurs ( 1969-1970 ) où le rire seul peut encore sauver du désenchantement. Voilà quel est le prix à payer pour que l'ironie pallie à l'amertume ! Oui, rien dans cette oeuvre n'aura été laissé au hasard et nulle improvisation hasardeuse n'aura été tentée, tant il s'agit de décrire le monde tel qu'il est, sans recourir à des images triomphantes, sans céder à la sensualité capricieuse de l'amour et en ne perdant jamais de vue que l'écrivain se doit d'être un démystificateur honnête, dont la responsabilité ultime est de faire prendre conscience à ses lecteurs de l'insignifiance des choses.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 10:13

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Littérature de la négritude et de l’esclavage 

Après notre dernière étape mexicaine, nous nous glisserons entre Cuitad Juarez et El Paso, par la porte étroite comme aurait pu dire André Gide, pour pénétrer chez le grand voisin américain où nous ferons une première escale consacrée à la littérature noire. Notre guide sera l’incontournable Harriet Beecher-Stowe qui, bien qu’entrée désormais dans l’histoire, reste toujours une référence pour aborder ce sujet qui demeure  immuablement dans d’actualité depuis plus de deux siècles. Pour avoir un aperçu de cette littérature tout au long de ces deux siècles, nous compléterons ce tour d’horizon littéraire en évoquant des lectures d’Ernest J Gaines, Valerie Martin et Robert Penn-Warren. Tous les trois se sont penchés sur la condition des Noirs dans le vieux Sud, le Coton Belt, en traitant aussi bien de l’esclavagisme que du racisme ambiant qui ne disparaît pas aussi vite qu’on pourrait le penser.

La case de l’oncle Tom

Harriet Beecher-Stowe (1811 – 1896)

Pour réparer un oubli de jeunesse, je me suis lancé dans « La case de l’oncle Tom » ! Une certaine amie m’avait averti : « tu verras c’est un peu niais !» C’est vrai cette littérature est pathétique comme un livret d’opéra italien dont elle a la finesse et la subtilité. C’est « bouldume » comme on disait dans ma jeunesse ! Mais une lecture plus attentive permet de constater qu’Harriet Beecher-Stowe soulève aussi des problèmes plus profonds, autant de prétextes à de nombreux débats ultérieurs.

Ainsi, elle évoque le problème de l’âme des Noirs qui nous ramène à la célèbre « Dispute de Valladolid » et pose la question de leur éducation civile et religieuse qui est la clé de leur émancipation et de leur intégration. Ce thème nous renvoie évidemment à toutes les lectures sur la décolonisation. En corollaire à cette dispute, elle nous adresse aussi un message sur la culpabilité des Blancs et sur la justification qu’ils donnent à leur attitude. « Tant que vos illustres parents en achèteront,…, je pourrai bien en vendre ! » Qui créé le marché ? Celui qui achète ou celui qui vend ? Mais les Blancs ne sont pas tous coupables, il y a, comme chez Marek Halter, des « justes ». Ce problème traité avec un réel manichéisme met déjà en évidence les oppositions très tranchées qui portent les ferments de la Guerre de Sécession.

Ce roman soulève aussi la question du rapport de l’esclave au maître et du maître à l’esclave qui se manifeste sous différentes formes. L’attachement au maître qui peut aller jusqu’à la dévotion quand celui-ci est bon. Mais quand il est mauvais, qu’il ne sait pas user de la carotte et qu’il utilise le bâton sans considération, la soumission, l’acceptation de la douleur, la fatalité peuvent conduire la brutalité à l’impuissance et même remettre en cause les fondements même des principes du « dressage ». Et, l’auteur n’hésite pas à mener son héros sur le sentier de la sainteté pour sauver tous les Noirs mais surtout les Blancs qui ont péché en infligeant le martyr.

L’ouvrage montre aussi que comme les empereurs romains et les sultans ottomans, les Blancs ont bien su utiliser les esclaves pour leurs qualités dans la gestion des plantations mais n’ont jamais accepté de reconnaître leur talent pour ne pas les considérer comme des égaux. Même une certaine forme de reconnaissance a été plus souvent le fait d’un paternalisme condescendant tout aussi dégradant que certains traitements plus virils.

Harriet Beecher-Stowe a ouvert des portes pour ceux qui voulaient en finir avec ce problème déshonorant et ceux qui voulaient témoigner à travers la littérature comme Ernest J Gaines, Edwidge Danticat, Caryl Philip et d’autres ou se lamenter sur la misère des Noirs dans les vieux blues. Et on croirait, en lisant ce livre, entendre Ray Charles chanter « Old man River » à la mémoire du vieux Tom décédé sur les bords de la Red River Valley.

 Catherine Carmier – Ernest J Gaines (1933 - ….)

Pour  notre première lecture, j’ai choisi Gaines car il est, à mon avis, l’un des grands écrivains américains dont le talent dépasse la cadre de la littérature noire pour en faire tout simplement un grand de la littérature. J’aurais pu vous présenter « Par la porte étroite » mais j’ai préféré vous parler de ce livre qui est le premier de Gaines, car il comporte déjà toutes les tensions qu’il met si bien en scène dans ses ouvrages. Dans celui-ci, il nous parle d’un jeune étudiant qui revient au pays où Catherine, une belle métisse, affole tous les jeunes mâles du secteur. La concurrence est rude surtout quand on est Noir face à la meute des Blancs excités. L’affrontement sera inévitable …

La maîtresse – Valerie Martin (1948 - ….)

Valerie Martin reprend l’éternel thème du rapport entre le maître et l’esclave en nous entraînant dans le Sud des Etats-Unis au début du XIX° siècle où une belle et riche propriétaire délaissée voit son esclave préférée prendre peu à peu son rôle et sa place jusqu’à intervertir leur statut respectif. Alors, qui est la victime et qui est le bourreau ?

L’esclave libre – Robert Penn-Warren (1905 – 1989)

Robert Penne-Warren considéré longtemps comme un grand écrivain de la lignée des Faulkner et autres, avec qui il rivalisa, est un peu oublié aujourd’hui et je voudrais lui rendre hommage à travers la lecture de ce livre qui raconte l’histoire d’une belle et riche sudiste qui découvre à la mort de son père qu’elle est métisse et qu’elle ne peut donc pas hériter des biens de celui-ci. Un long chemin de croix commencera alors pour elle…

Denis BILLAMBOZ         à lundi prochain pour une nouvelle étape littéraire

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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 07:34

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Dix jours de vagabondage au pays breton pour ressourcer son imaginaire, cela fait un bien fou au moral et au physique, car cette province française n'offre pas seulement son arrière-pays et son littoral à notre curiosité, mais le semis de ses îles sauvages et belles. Le dépaysement est garanti à l'extrémité de cette terre tournée vers le nouveau monde, qui n'a cessé de faire alliance avec la mer.  A tel point qu'au bout de deux ou trois mille ans, nombreuses furent les villes qui avaient disparu. Ces disparitions eurent des causes diverses. La principale d'entre elles fut d'ordre géographique. La péninsule armoricaine est, en effet, l'objet d'un perpétuel assaut des éléments. Les vents y connaissent des humeurs variables et le bris des vagues sur les rochers est la symphonie permanente des grands caps en vigile sur les flots. Dans tous les cas d'ailleurs la légende s'est emparée de la réalité et l'a transformée à sa guise. Mais un autre facteur est intervenu : celui du mythe de la mort et de la résurrection : la cité engloutie n'est pas détruite à jamais, elle subsiste et un jour la chance tournera en sa faveur et la ramènera au grand jour. On retrouve ici le thème du déluge que maintes religions ont développé et exploité. La plus célèbre de toutes ces villes est celle d'Ys dont la légende veut qu'elle ait été immergée dans la baie de Douarnenez, au voisinage des grèves de Ris, de Tresmalouen et de Sainte-Anne de la Palud.


Cette cité disparue est considérée par la tradition comme la capitale de Gradlon, roi de Cornouaille. Elevée sur un polder, elle était protégée de la mer par une digue. Des écluses s'ouvraient à marée basse afin d'évacuer les eaux des rivières et se refermaient lors du flux. Certaines variantes de la légende parlent aussi d'un puits de l'abîme, expression d'une antique croyance celte : sous le sol sont amassées les eaux inférieures qui, à tous moments, risquent de surgir et de noyer les humains et leurs cités. En certains endroits, elles forment à la surface de la terre des lacs que retiennent d'épaisses chaussées. En d'autres, elles grondent au fond d'un puits que ferme une bonde sacrée, menhir ou autre mégalithe. 

 
Ys était sans nul doute menacée par l'océan, mais toutes les précautions avaient été prises pour l'en protéger. Les portes de la mer ne pouvaient s'ouvrir qu'au moyen de lourdes clefs déposées dans une cassette dont le roi conservait la clef d'or sur sa poitrine. Ys n'aurait couru aucun danger si, par malheur, elle n'avait été la proie de moeurs dissolues ; la fille de Gradlon donnant le pire exemple de la débauche. Saint Gwenolé tentait bien, lorsqu'il venait prêcher, de ramener tout ce monde à la raison, mais en vain. Et puisque les hommes persistaient à ce point dans le mal, Dieu, lassé, les avait abandonnés à leur maître Satan.

  
Sous l'apparence d'un beau jeune homme, celui-ci s'introduisit au palais de Gradlon et parvint à séduire Dahud. Dans la nuit qui suivit, il obtint d'elle qu'elle dérobât à son père la clef d'or qui ouvrait la précieuse cassette. La marée était alors à son plein lorsque les écluses furent ouvertes. Les flots libérés s'engouffrèrent dans les rues, dévalèrent tout alentour, surprenant les gens dans leur sommeil. Mais Dieu permit que le roi fut réveillé à temps par Saint Gwenolé. Comprenant le danger, il enfourcha son cheval, plaça sa fille en croupe et prit la fuite. Mais tandis que Saint Gwenolé filait comme le vent, la monture de Gradlon, alourdie par le poids de la pécheresse, s'essoufflait, tant et si bien que le flot ne cessait de se rapprocher. Gwenolé conseilla alors au roi de se séparer de sa fille, ce que le souverain se refusa de faire ; l'océan s'étant encore rapproché vint frapper les sabots de son cheval. Gwenolé renouvela son exhortation et cette fois le souverain accepta de l'entendre. Aussitôt le cheval bondit délivré et les vagues ralentirent leur course, ce qui permit aux deux hommes d'atteindre promptement la terre ferme. Derrière eux la mer avait déjà recouvert les toits et les plus hauts monuments de la ville.


Mais si la ville est engloutie, elle n'est pas détruite. Les pêcheurs de Douarnenez, quand l'océan est calme, entendent parfois sonner les cloches des cathédrales ensevelies sous les eaux. Parfois aussi ils ramènent dans leurs filets de curieux objets. Ys, la disparue, était la plus belle capitale du monde. Si Lutèce a vu son nom changer en Paris, c'est pour la raison que Par Ys signifie en breton pareille à Ys.  Un proverbe l'illustre bien :

Depuis que fut noyée la ville d'Ys,
On n'en a point trouvé d'égale à Paris.

 
Jusqu'à ces dernières années, la rivière qui passe à Port-Rhu s'élargissait à l'endroit maudit que l'on appelle le trou de Dahud et où celle-ci disparut lorsque son père la rejeta de sa monture. Plus loin, un rocher porte l'empreinte d'un sabot, celui du cheval de Gradlon quand il eut atteint la terre ferme.
Ainsi les légendes courent-elles sur les landes bretonnes avec autant de vigueur que les vents. L'un des itinéraires les plus empreints des mystères du passé suit, entre Vannes et Saint-Anne d'Auray, le tronçon de la voie romaine qui menait jadis à la cité Vénète de Hennebont. Une légende, parmi d'autres, raconte que le seigneur de Garo tomba aux mains des Sarrasins. Ceux-ci l'enfermèrent avec son page dans un coffre de bois qu'ils jetèrent à la mer. Mais il se trouve qu'un aigle, qui passait par là, intervint, s'empara de l'épave et l'emporta jusqu'à Béléan où il la laissa choir.( Béléan est situé à 5 km de Vannes ) Miraculeusement sauvé, le chevalier, reconnaissant, fit élever sur les lieux une chapelle à la Vierge ( Notre-Dame de Béléan ).


Voilà qui ressemble étrangement encore au mythe de la mort et de la résurrection. En effet, Garo signifie cerf en breton, et l'on sait que cet animal était en relation avec le culte des morts. De plus, le trépas est envisagé en Armorique comme une traversée nautique, le passage d'un gué ou d'un bras de mer. Le symbolisme de la légende est clair : l'homme mort, enfermé dans son cercueil, est magnifiquement métamorphosé en cerf, de la même manière que l'Egyptien antique était assimilé à Osiris. Il est sauvé des eaux de la mort par l'oiseau solaire, le messager de Belen qui, en son temple, provoque la réincarnation ou la résurrection des défunts. Ainsi la péninsule armoricaine est-elle autant pétrie de lumière que de légendes, oiseau planant au ras des eaux, ailes déployées au-dessus d'elles, prenant le large et le recevant, s'ouvrant à l'avenir et recueillant le passé.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


autres articles consacrés aux légendes :

 

Le cycle arthurien et la forêt de Brocéliande

 

Le roi Arthur, héros légendaire ou personnage historique ?

 

L'Atlantide et le mythe atlante

 

A-t-on retrouvé le tombeau du roi Arthur ?

 

La Crète minoenne ou l'histoire revisitée par la légende

 

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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 08:00

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Lectures de pistoleros

Quittant l’Amérique centrale, nous restons cependant dans une littérature empreinte de violence en nous dirigeant directement vers le Nord, vers le vaste Mexique, où la révolution et les pistoleros constituent une véritable institution, un mode de vie, une façon de prendre et d’exercer le pouvoir… et, bien sûr, un puits d’inspiration littéraire inépuisable. Pour ce voyage dans cette littérature remplie de violence, nous prendrons la compagnie de Guillermo Fadanelli dont les nouvelles que j’ai lues sont un excellent exemple de l’expression de cette brutalité gratuite que seul un immense désespoir peut expliquer à défaut de la justifier. Et pour compléter cette étape dans pays aride et brutal, nous visiterons un candidat aux prix Nobel depuis plusieurs années, le grand écrivain mexicain Carlos Fuentes, un grand chantre de la révolution Paco Ignacio Taibo II et un écrivain méconnu mais talentueux, Jorge Ibarguengoitia dont le nom évoque, à n’en point douter, des origines basques même si elles sont lointaines.

 

Un scorpion en février

Guillermo Fadanelli (1963 - ….)

Guillermo Fadanelli, auteur mexicain né en 1963, écrit des nouvelles comme Schubert compose de la musique : en morceaux très courts, les fameux Stücke Musik. Mais les morceaux littéraires de Fadaneilli, que l’on ne peut qualifier de nouvelles tant ils sont brefs, n’ont absolument rien de romantiques, bien au contraire, ils n’évoquent que la violence gratuite, la médiocrité de la vie et la puérilité des êtres qui s’efforcent d’exister dans un monde sordide où l’amour n’est qu’un exercice charnel exécuté des plus perverses façons : pédophilie, viol, nécrophilie, etc. … Toutes les horreurs figurent dans ce bref recueil de cent trente pages pour dix-neuf récits où deux ou trois nouvelles ont tout de même un caractère un peu plus émouvant et même assez pathétique malgré une ambiance toujours aussi sordide.

Ce recueil est un peu comme la page de garde de toute une littérature latino-américaine qui ne trouve plus aucune raison de vivre dans un monde trop injuste et noie son désespoir et son désenchantement dans la violence et les pratiques sexuelles les plus abominables comme pour se venger de l’existence qui est imposée à ce peuple de misère. Ces récits rappellent l’atrocité de certaines nouvelles de Quiroga, le désespoir cynique de Vallejo (Fernando pas François) et bien d’autres écrivains du continent : Galeano, Onetti, Roa Bastos, Scorza, Arenas, Arriaga … ils sont aussi un hommage à la mémoire d’Arguedas qui n’a pas pu supporter cette vie qu’il a décidé de quitter prématurément. « Merde, maudite soit-elle, ça c’est la vie ! »

Tous les morceaux de ce recueil ne sont pas de la même qualité et on ne peut s’empêcher de penser que cette livraison a un peu servi à calmer l’impatience de l’éditeur.

 

Le vieux gringo – Carlos Fuentes (1928  - ….)

Dans ce roman, un peut-être futur prix Nobel de littérature raconte l’histoire d’un journaliste et écrivain américain qui s’est rendu au Mexique pour s’enrôler dans les troupes de Pancho Villa mais qui s’est vite retrouvé dans celles de son adversaire où l’on perd définitivement sa trace. Tous s’interrogent sur les motivations de ce vieux gringo qui semble avoir recherché volontairement la mort au combat ou n’importe où ailleurs. 

Le rendez-vous des héros – Paco Ignacio Taibo II (1949  - ….)

Vaincu et hospitalisé après les mouvements de mai 1968, le héros veut obtenir sa revanche et convoque à son chevet tous les héros de ces lectures anciennes. La palette est très large, elle comporte aussi bien les mousquetaires de Dumas, que les chefs indiens, la Brigade légère, les Mau-Mau, les Tigres de Malaisie, … un vaste panorama de toutes les icônes qui ont constitué les légendes héroïques réelles ou imaginaires.

Ces ruines que tu vois – Jorge Ibargüengoitia (1928 – 1983)

Ce grand écrivain, décédé dans un bête accident d’avion, n’a connu une certaine reconnaissance qu’après sa mort. Dans ce roman, il invente une ville, maintenant en ruines, qui pourrait être l’épicentre de la «mexicanité » et qui serait en fait une métaphore de la destruction des valeurs qui ont fondé ce pays et de la déchéance de l’humanité en général qui s’effrite et tombe en ruines elle aussi.

Denis BILLAMBOZ           à lundi prochain pour une prochaine étape littéraire

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11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 08:22

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La grandeur de Saint-Pétersbourg, sa beauté éternelle, sauvée miraculeusement des guerres du XXe siècle, sont inséparables du luxe des résidences des empereurs de Russie, dont Tsarskoïe Selo et Peterhof (dont je vous parlerai ultérieurement ) qui forment autour d'elle comme un diadème éblouissant. Ces ensembles constitués par de splendides demeures et de magnifiques parcs sont de véritables chroniques historiques et artistiques de la vie et de l'art russes. En même temps, chacun d'entre eux personnalise l'activité, les goûts, les prédilections et les antipathies des monarques qui l'avaient choisi l'une ou l'autre comme lieu de séjour : à Elisabeth Ier et Catherine II Tsarskoïe Selo, à Pierre le Grand Peterhof.
Tsarskoïe Selo reflète à la perfection la grâce paysagère, l'architecture, l'éclat de la poésie russe et le faste des cérémonies à la Cour impériale. C'est Catherine Ier, la femme de Pierre le Grand qui fit l'acquisition de ces terres, appartenant autrefois à la Suède, et commença d'y construire un palais. Après sa mort, la fille de Pierre, Elisabeth, devenue impératrice en 1741, avec l'envergure qui lui était propre, ne ménagea pas l'argent pour transformer les vieux bâtiments en une demeure luxueuse, autour de laquelle elle fit construire des pavillons et aménager des jardins. Les travaux furent bientôt confiés à l'architecte Bartolomeo Rastrelli qui avait déjà été en charge du Palais d'hiver ( l'actuel Ermitage ), d'où les ressemblances évidentes entre ces deux résidences, celle d'hiver et celle d'été. Pendant le règne de Catherine II, Tsarskoïe Selo va s'enrichir d'oeuvres dues à Antonio Rinaldi et Charles Cameron pour ne citer que les plus connus. Les puissantes formes décoratives déterminent l'expressivité plastique du palais, lui attribuant une majesté véritablement impériale. Cette impression est soulignée par les intérieurs dont le décor reflète les goûts ayant dominé aux diverses époques. Les préférences des empereurs et impératrices se traduisent dans l'aménagement des salles, où le luxe baroque voisine avec l'élégance du néo-classicisme.
Arrivés de bonne heure ce matin-là sous un ciel uniformément bleu, alors que les lilas embaument et que les tulipes déploient leurs colorations vives, nous recevons comme un choc l'immensité de cette façade grandiose dominée sur l'un des côtés par les bulbes d'or de sa chapelle. L'harmonie est évidente que l'on se tourne vers les bâtiments d'une somptuosité sans pareille ou vers le parc d'une grâce captivante. On commencera par la visite du parc où nous sommes presque seuls à déambuler dans les allées autour du Grand Etang qui est, en quelque sorte, le coeur du jardin. Ce dernier est décoré d'une multitude de pavillons parmi lesquels se distinguent les Bains Turcs, sorte de mosquée en miniature, le Grand et le Petit Caprice inspiré l'un et l'autre de l'art chinois très en vogue à l'époque. Souvent placés au bord du lac ou des étangs, ces pavillons se reflètent dans les eaux paisibles et peuvent être admirés de différents points de vue.


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                         Les Bains Turcs

 

L'impératrice Catherine prit une part active à l'embellissement de ces lieux et y dévoila son génie et l'élégance de son goût. Tsarskoïe Selo devint sa résidence préférée. Chaque jour, elle effectuait une promenade dans le parc accompagnée de gentilshommes et de dames d'honneur. A partir de 1763, elle y vécut une partie du printemps et tout l'été, ne rentrant à Saint-Pétersbourg qu'à l'automne, avant les premiers froids. C'est elle qui transforma le parc en une sorte de " panthéon de la gloire russe", un complexe unique d'ouvrages comprenant les colonnes de Tchesmé et Morée, l'obélisque de Kagoul qui étaient chargées de rappeler les victoires et les conquêtes de l'armée russe. Le plus intéressant reste la Galerie de Caméron avec ses murs de pierres aux coloris rares et précieux. Ces coloris rendent particulièrement originale l'architecture des cabinets de jaspe et d'agate, ainsi que celle de la Grande Salle, témoins des aspirations raffinées de l'architecte, des sculpteurs et des maîtres ciseleurs, à laquelle s'ajoutent le jardin suspendu et sa pente douce qui composent un ensemble homogène " une rhapsodie gréco-romaine"- comme le disait l'impératrice dans l'une de ses lettres. Décoré de bustes de philosophes, de grands capitaines, de dieux et de héros antiques, il forme un belvédère d'où l'on jouit d'un superbe panorama sur les paysages environnants.


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 La Galerie Cameron et le jardin privé de Catherine

 

Mais à l'intérieur du palais d'autres émerveillements nous attendent. Et tout d'abord la salle de danse ou Grande Salle que l'on doit au génie de Rastrelli et dont le volume gigantesque est encore augmenté par la multitude des fenêtres et des miroirs. C'est en 2003 que fut achevée la reconstitution de ce que l'on considérait jadis comme la huitième merveille du monde : la chambre d'ambre. En 1717, le roi de Prusse avait offert à Pierre Ier des plaques de cette pierre jaune que les gens de la Baltique nommaient " les larmes des oiseaux de mer". Translucide, cette pierre, selon la lumière, se charge de reflets de miel ou de brun rougeâtre et séduit par son éclat. Tous ceux qui eurent l'occasion de voir le salon d'Ambre furent émerveillés. Voici ce qu'en disait Théophile Gautier : " Cette chambre de dimensions relativement grandes est, de trois côtés, du sol aux frises, entièrement revêtue d'une mosaïque d'ambre. L'oeil qui n'est pas habitué à voir une telle quantité d'ambre est comme ébloui par la richesse de tons chauds qui traversent toute la gamme des jaunes, du topaze étincelant au citron clair..."

 

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                     Le cabinet d'ambre


Dans les autres pièces, plus somptueuses les unes que les autres, on oscille entre le caractère intime de certaines inspirées souvent de l'art pompéien ou par l'abondance, parfois surchargée, des pièces de réception qui avait pour mission d'impressionner le visiteur. Je me souviens particulièrement des merveilleux poêles en faïence de Delft ou de la chambre de Maria Feodorovna, créée par Charles Cameron, avec les fines colonnettes de l'alcôve richement ornementées, rehaussées de cannelures qui leur confèrent une grâce aérienne. Et comment oublier le parquet en bois précieux du salon bleu avec son dessin géométrique d'une richesse stupéfiante.
Tsarskoïe Selo est non seulement lié au souvenir de Catherine II dont la personnalité et le caractère firent une vive impression sur  ses contemporains, femme hors du commun douée d'une grande intelligence, d'un don naturel pour l'administration et le commandement, d'un sens pratique remarquable et d'une énergie inlassable, mais également à celui du poète, si cher au coeur des Russes, Alexandre Pouchkine. A propos de Catherine, il faut rendre à la vérité historique ce qu'on lui doit. Si cette femme a marqué son temps d'un incontestable prestige, elle a eu aussi des faiblesses, inextricablement mêlées à ses qualités. La résolution pouvait facilement devenir cruauté, l'ambition nourrissait l'orgueil, voire la vanité, la propagandiste habile n'hésitait pas à affirmer des mensonges, quant à son égoïsme, il était sans limite, cette femme ne voyait rien en-dehors d'elle.Si son règne fut l'un des plus glorieux de l'histoire russe, marqué par un profond bouillonnement culturel, cette souveraine si séduisante et volontaire, qui sut oublier son origine allemande en devenant l'incarnation même de la Russie, a sacrifié à une noblesse soucieuse de conserver ses privilèges les idées généreuses que son intelligence éclairée et son intimité avec les philosophes français Voltaire, Diderot et Montesquieu lui avaient permis d'acquérir. C'est ainsi que le gouvernement de Catherine, en renforçant les privilèges de la noblesse, a contribué à la légalisation du servage en Ukraine et, pour ainsi dire, à l'uniformisation de ce fléau dans tout l'empire. Mais nous devons aussi à la vérité que les milliardaires d'aujourd'hui, nouvelle aristocratie de l'argent, seront tout aussi avides pour sauvegarder leurs acquis. L'homme n'a pas changé, c'est seulement l'argent qui a changé de poche.
Il n'en reste pas moins que son siècle fut marqué par l'influence française, d'autant mieux que l'impératrice entretenait une abondante correspondance avec Voltaire. Leurs éloges réciproques ne peuvent manquer d'amuser de nos jours par leur emphase. Voici quelques qualificatifs que Voltaire destinait à Catherine, plus flagorneur à son égard que cette dernière lui versait une pension royale. Ainsi la nommait-il  : L'incomparable, l'Etoile du nord, Le paradis terrestre - ou lui adressait-il, dans son courrier, des expressions admiratives comme celles-ci : Heureux qui voit vos augustes merveilles ! - Oh Catherine ! heureux qui vous entend ! - Plaire et régner, c'est votre talent ; mais le premier me touche davantage ; par votre esprit vous étonnez le sage, qui cesserait de l'être en vous voyant ! - De tels excès courtisans ne manquent pas de piquant de la part d'un philosophe qui entendait favoriser la suprématie de la Raison.

L'autre personnage est, comme je l'écrivais plus haut, le plus grand poète de la langue russe, Alexandre Pouchkine, créateur d'une esthétique moderne de la prose et considéré comme le symbole même de Saint-Pétersbourg. Son oeuvre - écrit Fédorovski - marque le couronnement d'un siècle de maturation de la langue littéraire russe. Homme des Lumières, il scella l'union de l'esprit entre deux siècles, le XVIIIe qui l'inspira et le XIXe où il vécut. A cette fusion s'ajoute une autre dimension : le plus grand poète russe fut aussi le plus français. Il parlait notre langue à la perfection ainsi que quelques autres dont l'espagnol et l'allemand. Il avait pour aïeul maternel un noir abyssin adopté par Pierre le Grand qui le fit général avant de le marier à une dame de la cour. De cet ancêtre, Alexandre Pouchkine tenait ses lèvres épaisses, son teint olivâtre et ses cheveux crépus. La goutte de sang tombée d'Afrique dans la neige russe - écrira à son propos Melchior de Voguë. A cela s'ajoutait le don d'écrire, de plaire et d'éblouir. Admis au lycée de Tsarskoïe Selo fondé par Alexandre Ier, il y fit ses études de 1811 à 1817 et vécut dans le parc du palais ses premiers émois amoureux, s'y attardant les nuits de pleine lune auprès de la belle Marie Charon-Laroze, jeune veuve qui traînait dans son sillage une mélancolie distinguée. Ses études terminées, le poète s'éloigna de Tsarskoïe Selo, mais y revint avec sa jeune femme Nathalie Nikolaïvna, de quatorze ans sa cadette, considérée comme la plus belle femme de Saint-Pétersbourg et qui avait fait forte impression sur la cour et sur l'empereur Nicolas Ier lui-même. Ensemble ils aimaient marcher le long de la façade du palais rehaussée par les célèbres dômes dorés de la chapelle et assister aux bals qui s'y déroulaient fréquemment. Si bien que Tsarskoïe Selo devint pour les générations futures la Terre Sainte de la poésie russe. Pouchkine n'avait-il pas consacré de nombreux vers à ce lieu exceptionnel qu'il avait profondément aimé ? En souvenir de ses années de jeunesse, lors des fêtes du centenaire de sa naissance le 26 mai 1899, dans le jardin attenant au lycée, on posa la première pierre d'un monument à sa mémoire d'après le modèle  de Robert Bach. Ce dernier fut érigé aux frais des habitants, afin de perpétuer leur amour pour le génie de la poésie russe. C'est ainsi que Tsarskoïe Selo unit tous les arts à leur degré le plus élevé.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

autres articles concernant mon voyage en Russie :

 

Pavlovsk ou le sourire d'une nuit d'été

 

La Russie au fil de l'eau, de Moscou à Saint-Pétersbourg

 

Saint-Pétersbourg ou le songe de Pierre

 

La Russie, de la Volga à la Neva


Peterhof ou la maison de Pierre

 

Alexandre Pouchkine ou l'empire des mots

 

 

1253449796_p1060321__medium_.jpg  Statue d'Alexandre Pouchkine à Tsarskoïe Selo

 

 

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 07:29

Carte Amy rique Centrale

 

 

 
                                                         Lire la violence en Amérique centrale

Après deux étapes consacrées à la littérature caribéenne, nous nous dirigeons maintenant vers le continent pour faire une première escale dans ces petits pays qui constituent l’Amérique centrale. Si ces pays sont considérés comme petits de par leur superficie, ils n’en sont pas moins grands de par leur culture et notamment de par leur production littéraire. De nombreux écrivains nés dans ces états qui ont connu souvent la rébellion, la guerre civile et la pire des violences, ont dû choisir l’exil pour pouvoir témoigner des tristes conditions de vie que les populations devaient subir. Et, c’est cette littérature de la violence et de l’intolérable que nous accueillerons dans cette rubrique en recevant comme invité principal la grand écrivain salvadorien, né au Honduras, qui a connu l’exil au Canada, au Costa Rica, au Mexique, en Espagne et aux USA, Horacio Castellanos Moya avec son roman « L’homme en arme » qui évoque directement l’interpénétration entre les mouvements de guérilla et les trafics les plus divers. Ce tour d’horizon sera complété avec les Guatémaltèques Miguel Angel Asturias et Rodrigo Rey Rosa et enfin le Nicaraguayen Sergio Ramirez.

 

L’homme en arme  - Horacio Castellanos Moya (1957 - ….)

Juan Alberto Garcia, surnommé Robocop par son entourage, a été formaté pour lutter contre les terroristes insurgés au Salvador dans les années quatre-vingt. Ses talents de combattants lui valent rapidement une réputation flatteuse au sein des escadrons de la mort où il devient un exterminateur d’élite. Mais, quand la paix survient, le prestigieux tueur perd son emploi et la raison d’exercer ses talents comme le Capitaine Conan de Roger Vercel a vu disparaître son champ d’action et d’honneur à la fin des hostilités. C’est alors un rapide glissement de la petite délinquance vers le trafic et enfin comme tueur à gages qui attend notre héros en mal d’argent et de sensations.

Dans ce très court roman, l’écrivain honduro-salvadorien Horacio Castellanos-Moya montre la trajectoire de ces mercenaires qui ont perdu leur emploi à la fin des hostilités et qui sont allés grossir les rangs de ces milices au service de tous les trafics mais surtout de la cocaïne. Au-delà de la puérilité et de la bestialité des guerres intestines qui ravagent régulièrement ces petits états d’Amérique centrale, l’auteur a voulu montrer que l’idéologie était totalement absente de ces conflits, ou plutôt utilisée par les véritables instigateurs des révolutions que sont les trafiquants qui se disputent le monopole si lucratif des trafics illégaux en corrompant les dirigeants et en terrorisant les populations. « Il m’a expliqué les méthodes qu’ils avaient employées pour amadouer les populations et nettoyer la zone terroriste : chaque Kaibil devait violer et dépecer une fillette, puis boire son sang. »

Un livre efficace, sans aucune fioriture, sans aucun sentiment : la violence à l’état brut, l’épure de la bestialité où pour survivre le mercenaire devient un robot prêt à se vendre au plus offrant sans aucun état d’âme, en a-t-il une seulement ? Un sujet en or pour une production dont les Américains sont si friands !

 

Torotombo– Miguel Angel Asturias (1899 – 1974)

J’aurais aimé avoir une autre lecture à vous proposer pour évoquer le Prix Nobel de littérature guatémaltèque mais, je suis désolé, je ne l’ai lu que ce livre de ce grand auteur qui connut la France quand il était étudiant et, plus tard, ambassadeur et qui choisit même de se faire enterrer au cimetière du Père Lachaise à Paris. Toutefois, ce petit livre évoque bien le talent d’Asturias et sa révolte contre ceux qui exploitent le peuple sans aucune vergogne et avec les méthodes les plus violentes.

L’ange boiteux– Rodrigo Rey Rosa (1958 - ….)

Une bande de jeunes renforcée par quelques truands patentés décide d’enlever le fils d’un riche propriétaire pour obtenir une rançon mais l’affaire tourne au vinaigre quand le papa refuse de verser cette rançon et que les truands emploient des méthodes de plus en plus violentes pour faire céder le père réfractaire. Et, c’est une longue glissade au-delà de la violence qui s’amorce, à l’image de ce que ces pays ont connu.

Le bal des masques– Sergio Ramirez (1942 - ….)

Avant d’être écrivain, Sergio Ramirez a été vice-président du Nicaragua après la révolution sandiniste. Dans ce roman, il dresse un tableau loufoque des mœurs d’un petit village nicaraguayen, en 1942, où pendant que le monde s’étripe joyeusement, les habitants étalent bouffonneries et concubinages dans une parodie de stalinisme et de nazisme assez irréelle.

Denis BILLAMBOZ

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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 08:23

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Puisque tes jours ne t'ont laissé
Qu'un peu de cendre dans la bouche,
Avant qu'on ne tende la couche
Où ton coeur dorme, enfin glacé,
Retourne, comme au temps passé,
Cueillir, près de la dune instable,
Le lys que courbe un vent amer,
- Et grave ces mots sur le sable :
Le rêve de l'homme est semblable

Aux illusions de la mer.

 

Paul-Jean Toulet ( 1867 - 1920 ) fut le chef de file du mouvement fantaisiste qui, dans les années 1900- 1910, tentait de bousculer les anciennes normes établies par les symbolistes et d'édifier un univers de détachement et d'enjouement qui baignait dans une mélancolie élégiaque dissipée par le sourire. Mais qui était-il ce jeune homme qui faisait une si forte impression sur ses amis ? Par sa mère, il appartenait à la famille de Charlotte Corday, par son père il descendait d'une lignée de béarnais et de créoles établis à l'île Maurice vers laquelle, ses études achevées, il s'empressera d'aller passer trois années, afin de s'imprégner de ces parfums exotiques dont il raffolait. Revenu à Paris, il se lie d'amitié avec Debussy, Toulouse-Lautrec et Giraudoux et rencontre Maurras, puis repart pour l'Indochine où sa dépendance à l'opium ne fera que s'aggraver. Sa santé n'est pas bonne et pour cause : il est noctambule et abuse de l'alcool et de la drogue. En 1912, il se retire à Guétary, au pays basque, où il mourra d'une hémorragie cérébrale huit ans plus tard.

 


Ses poèmes ne seront édités qu'après sa mort : Les contrerimes et Les vers inédits. Ceux-ci, peu nombreux, ont apporté une forme nouvelle, savante et précieuse, à la fois forte et flexible dont Toulet joue avec un art consommé. Les coloris sont lumineux, le rythme envoûtant, surprenant, crispé, les jeux de rimes parfois frivoles, parfois sévères, se chargent d'arrêter l'esprit sur la netteté d'une impression ou d'un sentiment. C'est la conjonction d'une sensation fugitive, d'un regard sur le temps perdu, d'une pensée sur l'existence et la fragilité des choses. L'amour n'y est jamais passion, à peine libertinage, plus souvent pur badinage. La mort, elle-même, devient une réalité familière dont le goût est inséparable de l'amour. Nous sommes aux antipodes de l'aventure spirituelle des Fleurs du mal de Baudelaire, du spleen, des ivresses, de la révolte et du recours à l'au-delà. Cette poésie exprime un dilettantisme désabusé, un dandysme qui se décline en un subtil mélange d'exotisme nonchalant, de tendresse et d'impertinence et " d'un humour allant parfois jusqu'au plaisir de la mystification".


Toi qu'empourprait l'âtre d'hiver
       Comme une rouge nue
Où déjà te dessinait nue
       L'arôme de ta chair ;
Ni vous, dont l'image ancienne
      Captive encore mon coeur,
Ile voilée, ombres en fleurs,
       Nuit océanienne ;
Non plus ton parfum, violier
       Sans la main qui t'arrose,
Ne valent la brûlante rose
       Que midi fait plier.


 

Il est agréable de voyager parmi ces courts poèmes d'une remarquable concision syntaxique, d'une harmonie savante, d'un tour finement ironique. Le refus des facilités y est visible, de même que la volonté de ne pas être dupe, de ne point céder à la démesure, au sentimentalisme outrancier. Valéry, lui aussi, se méfiait des transports " qui transportent mal". L'influence de Toulet fut néanmoins modeste, faute d'avoir été publié plus tôt, aussi n'a-t-il pas fait école. Mais, sans lui, quelque chose manquerait à l'univers poétique de notre temps.


D'une amitié passionnée
Vous me parlez encor,
Azur, aérien décor,
Montagne Pyrénée,

Où me trompa si tendrement
Cette ardente ingénue
Qui mentait, fût-ce toute nue,
Sans rougir seulement.

Au lieu que toi, sublime enceinte, 
Tu es couleur du temps:
Neige en Mars; roses du printemps.

Août, sombre hyacinthe

 

 Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LITTERATURE
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