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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 07:38

1201197379 profil a montmartre    

 

 

Au commencement était la poésie. Elle a illuminé mon enfance et, dès que j'ai su écrire, elle a été mon premier lieu d'expression, ma terre d'accueil et une évasion privilégiée pour l'enfant unique que j'étais, souvent livrée à la solitude. A 18 ans, alors que je suivais les cours de l'école du journalisme, je rédigeais Terre Promise que l'année suivante j'osais lire à mon père. Ce dernier m'encouragea à adresser le manuscrit à des éditeurs. C'est ainsi que je fis mes premiers pas dans le monde littéraire. J'avais 20 ans.

 

 

TERRE PROMISE      Ed. REGAIN ( épuisé )

 

Ce long poème a charge de rendre compte du regard qu'une adolescente pose sur le monde et la vie, d'énoncer l'interrogation qui se précise, d'exprimer le duo, quasi inséparable, de l'inquiétude et de l'enthousiasme. Comment naître à soi, comment se ré-apparaître dans le miroir trompeur où les apparences mènent le bal ? Apparences qui nous résument si mal que l'enfant -poète préfère jeter la sienne dans le fleuve, afin qu'elle coule avec la ville et ses bruits. Créer, n'est-ce pas d'abord se créer ? L'adolescente sait également que l'on ne peut exister sans les autres, qu'on ne se sauve pas seul. Terre Promise ne se réduit pas à une quête égocentrique du soi, mais se veut une quête de soi dans le regard de l'autre. Le qui suis-je devient alors le qui suis-je pour l'autre ? Ou mieux : puis-je être sans l'autre ?

 

 

" Je regarde cette rue de village
 Où erre la lueur vagabonde
 Et ce chat maudit perdu sur la chaussée
 Devenue immense,
 Sanctuaire d'ombre et d'épouvante.
 Je regarde les façades closes, lisses et immobiles,
 Et je me regarde marcher seule, toute seule,
 Mon pas inscrit des révoltes.
 J'irai au bout de la rue
 Et je serai au bois obscur,
 Là où prophétisent des dieux de mousse
.

 Je me réfugierai dans l'insouciance
 Et les cloches des villages
 Blasphémeront horriblement.
 La musique de foire fait pleurer
 Et les hommes, dans la plaine, marchent
 Comme des géants.
 C'est l'heure des tavernes magiques
 Et des prières basses
 Et c'est le grand soir de la fin du monde.
 Les routes ont mêlé leurs origines
Et l'horizon a confondu les éléments.
Je me suis assise sur un banc
Derrière Notre-Dame
Et je regarde passer la Seine.
Je me souviens alors de t'avoir rencontré.
Je suis de celle pour qui le soir est un retour."

 

Ce que les critiques ont écrit :

 

" Il est rare de touver une voix féminine apte à des rythmes aussi rigoureux, des images aussi vastes. Il y a là une poésie d'inspiration et d'expression originale, un paysage moyenâgeux développé avec souffle et ferveur." 

                                                                            Pierre SEGHERS

"
Terre Promise m'a beaucoup plu et pour le sens du rythme et pour la beauté des images et pour la force, l'intensité et la profondeur des émotions qui s'y expriment. Ces vers révèlent plus qu'un talent d'amateur, un véritable don d'invention poétique, un sens cosmique qui joint la largeur des vues à la précision du détail".


                                                                            Professeur Van TIEGHEM

 

 

Ce poème a été entièrement repris dans  PROFIL DE LA NUIT  ( voir plus bas comment se le procurer )

 

 

 

INCANDESCENCE       Ed. St GERMAIN- des-PRES  (1983 ) épuisé   

                                           

Ce recueil cherche à replacer l'homme dans sa dimension spirituelle.
Confronté à la guerre, à l'usure du temps, il est gagné par le sentiment de l'irrémédiable. Ces poèmes sont empreints d'une grande mélancolie. Ce, d'autant plus, que le silence de Dieu  ajoute encore au doute qui étreint le poète. Jusqu'à ce que la parole humaine, retrouvée neuve au fond de l'irrémédiable, s'identifie, sans  se confondre, avec la parole divine. Un espoir vague est alors proposé aux pauvres humains que nous sommes, secoués dans les tempêtes et les ténèbres de l'Histoire.  Car, au-delà ou en-deçà de la Parole retrouvée demeure la Source de la Parole et, de façon ultime, la source de toute parole divine et humaine.

 

 

O terre, il était écrit dans le livre sacré
à la page où se lèvent les aurores
que tu serais pour le promeneur attardé
un havre de repos et de paix
un lieu privilégié, un jardin
où les fleurs par grappes s'épandent
Où agenouillés dans l'intensité de nos prières
nous accordons nos coeurs et nos pensées.
....


O terre que ravinent fleuves et affluents,
cluses profondes et rides altières à ton front,
Tu fermentes les germes de tes phantasmes
et tes marnes te font l'haleine mauvaise.
Tu as l'âge de tes fièvres et de tes cancers.

....


Homme, ô homme, sauve-toi de ton humanité.
C
e vêtement étroit te rend le coeur amer.
La terre te fut donnée comme un poste avancé
aux confins des déserts, au centre le plus au centre
du cosmos ramassé sur cette seule pierre.
Ton esprit sur les flots se devait de souffler
et les villes naissaient comme autant de sanctuaires.
Des prières savantes aux lèvres pharisiennes
se brodaient d'adjectifs et de superlatifs.
Les pauvres se taisaient.
...


Peuple, il n'est plus de larmes pour pouvoir te pleurer,
il n'est plus de révolte pour vouloir te venger.
Les semailles formeront de grandes gerbes d'or,
les épis moissonnés feront vide le champ
et le grand chant du monde ne sera pas chanté...

Ce que les critiques ont écrit :

 

 

" La poésie féminine se différencie-t-elle de la poésie masculine ? Dans la préface au beau recueil de Armelle Hauteloire " Incandescence ", Marc-Antoine Costa de Beauregard essaie de répondre  à cette question : " La femme - dit-il - a été plus souvent muse et l'homme poète. Mais elle est appelée aussi à être poète, porte-parole ; grand mystère de la femme porteuse du Verbe, enceinte et mère du Verbe... Son destin n'est pas de s'exprimer elle-même. Sa vocation est d'énoncer la Parole. Ceci est très frappant dans "Incandescence". L'écueil était de s'exprimer. Armelle Hauteloire a su y renoncer pour manifester une parole qui n'est pas la sienne mais celle de tous les humains. C'est la poésie. "
Armelle Hauteloire nous dit qu'elle a tenté un pèlerinage aux sources de l'amour, transfiguration du désir en offrande. Son chant profond émeut, bouleverse. Dans les palpitations de son coeur, elle découvre les douleurs et les aspirations de tous les hommes. En se dépassant, l'auteur a rencontré Dieu. Pour elle, il n'y a pas de doute, le problème des espoirs humains est lié à la foi. Elle le crie de toutes ses forces. Une telle certitude devrait ébranler les hommes et les femmes qui tâtonnent dans la nuit.

 

                     Maurice MONNOYER  ( Nord-Eclair du 27 février 1984 )

 

" Remettre l'homme debout, voilà bien le propos d'Armelle Hauteloire. Son recueil " Incandescence " est celui d'une parole qui se déplace dans les zones d'ombre ou de gel de la destinée humaine et qui appelle une dimension où la beauté intemporelle, l'amour en ses sources vives, la transfiguration du désir en offrande font partie de l'humain voyage. Dans une belle langue sobre et imagée, le poète fait, au long de ces pages, pèlerinage vers le Verbe qui est le Seigneur Lui-même.

 

                       Luc NORIN  ( La voix du Nord - 1984 )

 

 

 

LE CHANT de MALABATA

                                                                
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Ed. Guy CHAMBELLAND / LE PONT de l'EPEE  ( 1986 )
    Couronné par L'ACADEMIE FRANCAISE en 1987
Réédité par LES CAHIERS BLEUS en 2001
Interprété au château du BARRY à LOUVECIENNES en
Mai 1987 et à l'émission de Pascal PAYEN APPENZELLER
sur Radio-Courtoisie le 2 Juillet 2004.

 

Au commencement, rejeté par la vague océane, Malabata, l'Adam éternel, gît, vassal de la terre et de la nuit. Seul. Des ténèbres qui embrument son âme, il cherche à percer le mystère. Il appelle et croit entendre :  Un pas léger, un glissement sur le sable / Quel coeur m'appelle, quel coeur semblable ?  Quel homme n'est pas en attente d'un ailleurs idéal, qui ne soit pas seulement un rêve ou qui ne déçoive pas son rêve le plus ardent ? Or voici que  dans l'aurore radieuse et  l'envol blanc des mouettes belliqueuses - une femme s'avance. Elle se nomme Géha. L'homme la découvre, la contemple. L'amour comme un parfum s'épand ou plutôt comme une haute vague s'élance. Et Géha  femme aux rives immortelles l'accueille. L'amour éclate dans toute sa plénitude et le secret de la chambre nuptiale. Mais, déjà, la nouvelle Eve a compris que cette offrande ne suffirait pas à combler leurs âmes exigeantes.   La lumière s'attise à de plus hauts flambeaux...Ensemble nous dépasse(rons ) nos visions éphémères. Car Géha n'est pas seulement l'épouse de Malabata, elle est aussi la Femme éternelle, voulue par Dieu pour accomplir la promesse de l'amour... à la fin des Temps. L'homme ne le comprend pas, tout d'abord. Il s'afflige et se révolte de cet  amer exil  qui le mutile dans sa chair, avant que ne viennent l'apaisement et la célébration de la beauté.  Cet embrasement, surgi du tréfond de lui-même, va lui ouvrir les yeux sur  l'aurore nouvelle et la finalité d'un amour qui dépasse de beaucoup la finitude de la condition humaine.



 

Je t'ai couchée ce soir dans ma mémoire
et ton sommeil oscille, douce lumière qui veille.
Tes paupières ont enclos l'infini sous leurs ailes,
je me délecte à la seule vue de ta beauté.
Sur la vie tu règnes, plus faste qu'un été,
irradiant de fraîcheur une terre assoiffée.
Songeuse, tourne un peu ton visage.
Mais tu dors ? Oui, repose, qu'à tes pieds
je puisse, sans te faire de tort,                                            
déposer mes présents de pure gratuité.
 
Je ne connais plus la couleur de tes yeux,

ouvre-les un instant, un instant pour nous seuls,
que je m'y perde un peu et que je me souvienne.
Ton regard, rends-le moi, l'éternité y coule
lentement ses eaux bleues.
Pour un pacte d'amour qui n'a plus de durée,
je romps le cercle de servitude
où notre histoire s'enlise et où l'ingratitude                     
cueille les fleurs pauvres de l'infidélité.
Vers quelle source obscure en moi-même supposée,
remonterai-je en vain ?
Quelque chose se déchire, se brise à tout jamais,
une écluse relève ses vannes de tristesse
et libère mon être de sa charge de doute et de perplexité.
  

 

                           Chant de Malabata - Stance III 

 

 

 


Ce que les critiques ont écrit :

 

 

" Je dirai l'écho proprement musical qu'a laissé en moi la lecture de ces grands versets où me semble se déployer la genèse de l'homme tout autant que celle du poème. Je vois en MALABATA l'incarnation du Poète au sens grec, celui qui re-crée le monde en le célébrant ".


                                                           Pierre SEGHERS

J'ai cru relire le Cantique des Cantiques que j'ai tant admiré, aimé. Avec des accents neufs, plus intimes encore. 

                                                           Jean GUITTON


" L'auteur n'hésite pas à créer et animer un mythe, comme le fit autrefois Patrice de la Tour du Pin, pour mettre en scène une ascension spirituelle. Elle réussit à gagner ce difficile pari en évitant les écueils de l'emphase et de la sentimentalité. Armelle Hauteloire utilise une langue très musicale d'inspiration classique, sur un ton lyrique et chaleureux". 


                                                              Georges SEDIR

" L'auteur perpétue un lyrisme, un souffle, une anima qui tendent assurément à se perdre dans notre temps d'hyper-intellectualité. Mais j'ajouterai ceci : la qualité pour moi de ce texte n'est pas seulement dans son déroulement harmonieux, mais dans cette sorte de paradoxe que l'élévation de la pensée et du sentiment se garde de déboucher sur un langage trop philosophique et s'accompagne au contraire d'une expression limpide, simple, transparente. Le poète réussit l'équilibre entre la pulsion et l'ordre, la passion et la raison, l'écologie du coeur et l'économie du langage". 


                                                               Guy CHAMBELLAND

 

"Voici construit comme un office religieux avec Prologue, Graduel, Antienne, Stances, Final, le livre sacramentel de l'amour humain, transcendé, magnifié par le chant lyrique du don mutuel, prolongé bien au-delà du temps où il s'accomplit. Car il ne s'agit pas ici d'un recueil présentant des poèmes réunis pour constituer un ensemble, mais d'un ouvrage bâti dans sa totalité sur une ligne de pensée bien établie, sur des données terrestres et métaphysiques qui en constituent, de la première à la dernière page, la trame, l'armature, l'ossature... Ouvrant la porte à une vision plus vaste de l'amour, qui englobe à la fois le vouloir humain et le dessein divin, en une fresque lyrique où " les mots de la tribu " ont pris cette fois encore, leur sens le plus pur et le plus exaltant. "

 

                                                            Jehan DESPERT  ( Les nouvelles de Versailles )


" Il y a dans cette sorte de saga de l'âme quelque chose du souffle qui anime le Lamartine de " La chute d'un ange " mais aussi de la méditation du Vigny de " La maison du berger ", le tout baignant dans un lyrisme proche de St John Perse. Parfois, l'auteur a des accents de ferveur dignes du " Cantique des Cantiques " et il faut la louer à une époque où l'érotisme le plus vulgaire envahit tout, d'avoir su évoquer la rencontre de Malabata et de la Femme avec une admirable pudeur. C'est elle qui donne la vision d'un amour nouveau, en invitant l'homme et la femme à dépasser ensemble " leurs visions éphémères ". Et cela donne naissance à cette magnifique recréation de la salutation angélique que je tiens pour ma part pour un des points culminants du livre. Oui, ce poème révèle une grande élévation de pensée, une spiritualité profondément inspirée, servies par une sensibilité qui se traduit, à la fois, par la musique des vers et par le foisonnement des images, nouvelles et belles. "

 

                                                             Raoul BECOUSSE ( poète, écrivain et critique )



"Nous sommes très loin ici d'un divertissement léger ou précieux. LE CHANT DE MALABATA est parole inspirée, haute incandescence, rumeur de ciel entrouvert (... ) Par quelle intuition profonde, éblouissante, Armelle Hauteloire a-t-elle pu exhumer ce chant d'amour somptueux qui ressemble à une épopée de l'âme humaine ? La grâce est au rendez-vous de sa poésie. Sa langue rejoint celle du Cantique des Cantiques et du Château de l'âme de Thérèse d'Avila. Lisez ce grand texte à haute voix. Tendez l'oreille. Sa musique vient de très loin." 

                                                              Jean-Yves BOULIC  ( journaliste à Ouest-France et écrivain )

 

"En main vos ouvrages. Restez personnelle si cela fait partie de votre inspiration. Surtout si cela doit donner d'aussi beaux fruits que LE CHANT DE MALABATA et CANTATE POUR UN MONDE DEFUNT. Ils sont parfaitement contenus par la mesure et l'élévation du ton, avec ces accents contemplatifs, ce mouvement inflexible - qui empruntent par moment à l'épique - les purifient du rauque accent personnel. Au demeurant, la poésie peut être élégiaque ou rester au bord de l'élégie, avec plus ou moins de saisons et d'oiseaux migrateurs. C'est un genre à part entière de grande mémoire. Nos joies et nos peines méritent d'être exhaussées. Par le rythme réglé sur le sentiment qui nous apprend à être triste. L'esprit dominant toujours comme un bon navire sur la vague. Par l'espérance aussi qui nous prépare à être des enfants de la Promesse. La poésie peut être prise de nostalgie pour reconstituer le mythe primitif, en deçà de la diaspora des formes culturelles. Affaire d'équilibre. Les dangers (dont vous êtes heureusement indemne)  : sans doute la confusion, la capture". 


                                                                            Francis Jacques

                                                        (Professeur émérite à la Sorbonne - Philosophe )
 

" La nuit, les peurs enfantines, le vent, l'éclair, le foyer clos, la luxuriance des sèves, les parfums entêtants inspirent Armelle Hauteloire. Elle est le poète des sensations, des mouvements, des chuchotements à  " quelque oreille si réellement cosmique et attentive". De Terre Promise ( 1959 ) à Incandescence ( 1983 ) et Le Chant de Malabata ( 1986 ) un sens éveillé de l'accueil des choses dans un lyrisme envoûtant".  

 
                                                                           Robert SABATIER

                                          (  Histoire de la Poésie française - XXe siècle - Tome III )

  

Ce poème a fait l'objet d'une lecture sur Radio-Courtoisie dans l'émission de Pascal Payen-Appenzeller et d'un spectacle au château du Barry de Louveciennes en 1986

 

Poème cité dans l'oeuvre du philosophe Francis Jacques " L'arbre du texte " ( Vrin 2007 )

 

 LE CHANT DE MALABATA a été entièrement repris dans PROFIL de la NUIT.

Pour se procurer PROFIL de la NUIT ( un itinéraire en poésie ),  cliquer    ICI 

 

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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 06:46

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Notre quête de l'identité, notre volonté d'être une pensée sans cesse en action, qui se pense et s'essaie à penser, nous oblige à prendre conscience de nos limites et aussi de la mort, car la mort fait de la vie une interrogation, une inquiétude. La signification de ma vie, de la vie en général, installe immédiatement le doute et l'inquiétude qui est la fonction essentielle de la pensée. Car disait Cioran, l'âme étouffe dans le corps. Le corps est en somme trop petit pour l'esprit et cette limitation dans l'espace-temps concentre en lui l'essentiel de notre drame humain. Reprenons donc ce dialogue avec Cioran, un philosophe que les jeunes apprécient car il a pris en compte la plupart de leurs problèmes : la solitude, la peur, le désespoir, le sens de la vie, la marche du temps. On ne saurait toujours dire, ce que c'est qui enferme, ce qui mure, ce qui semble enterrer, mais on sent pourtant je ne sais quelles bornes, quelles grilles, des murs ( ...) et puis on se demande : mon Dieu est-ce pour longtemps, est-ce pour toujours, est-ce pour l'éternité ?

Son scepticisme tonique, sa lucidité vigilante nous aident à sortir des sentiers battus, à nous évader de cette pensée unique que l'on tente de nous imposer. Au je est un autre de Rimbaud, le philosophe écrit que l'humain n'est possible que dans l'existence du je qui est celle de la conscience. Cette réflexion sur le vide l'a amené à vivre jusqu'au bout l'orgueil de la solitude et en cela il n'avait qu'un rival : Dieu. Il ajoutait qu'il préférait le terme penseur à celui d'écrivain ou de philosophe ou alors qu'il aurait pu se nommer philosophe hurleur. Pour lui, le désespoir n'était en aucune façon la déprime, car ce qui est douloureux est vivant. Puisque le sens de la vie est dans la vie, le désespoir est une dimension de la vie et la lucidité, grâce au vide qu'elle permet d'entrevoir, se convertit en connaissance. L'homme n'a pas d'autre posture que de penser par rapport à lui-même, ce qui le place dans une situation anthropocentriste. Vivre est une expérience traumatisante mais c'est la seule. La pensée de la mort aide à tout sauf à mourir, écrivait-il, mais comme j'aime me contredire, je dirai que d'avoir toujours accepté la mort comme compagne m'a beaucoup aidé à vivre. Pour lui, tout était capitulation sauf l'inquiétude, sauf la soif inétanchée de la vérité. Alors lisons certains de ses aphorismes sur le sujet :

Ne dure que ce qui a été conçu dans la solitude, face à Dieu, que l'on soit croyant ou non.

Les obsessions sont les démons d'un monde sans foi. Il tombe sous le sens que Dieu était une solution, et qu'on n'en trouvera jamais une aussi satisfaisante.

Avec du sarcasme, on peut seulement masquer ses blessures, sinon ses dégoûts.

Nombreux sont ceux qui s'apprêtent à vénérer n'importe quelle idole et à servir n'importe quelle vérité, pourvu que l'une ou l'autre leur soient infligées et qu'ils n'aient pas à fournir d'effort de choisir leur honte ou leur désastre.

Il est des moments où, si éloignés que nous soyons de toute foi, nous ne concevons que Dieu comme interlocuteur. Nous adresser à quelqu'un d'autre nous semble une impossibilité ou une aberration. La solitude, à son stade extrême, exige une forme de conversation extrême elle aussi.

Quand on est seul, on est illimité, on est comme Dieu. Dès que quelqu'un est là, on se heurte à une limite, et bientôt on n'est plus rien, tout juste quelque chose.

Ce n'est pas en parlant des autres, c'est en se penchant sur soi, qu'on a chance de rencontrer la Vérité. Car tout chemin qui ne mène pas à notre solitude ou n'en procède pas est détour, erreur, perte de temps. En dehors de l'extrême solitude, où nous sommes complètement réduits à nous-mêmes, nous vivons d'imposture, nous sommes imposture.
Si fort que soit notre désir d'anonymat, nous n'aimons cependant pas qu'on ne parle plus du tout de nous. Nous rêvons d'un oubli parfait, mais s'il intervenait vraiment, nous serions bien en peine de nous en accommoder.

Ce qui est rassurant, c'est que nous aurons passé sans que personne ne devine ni la somme ni l'intensité de nos souffrances. Ainsi notre solitude sera-t-elle à jamais préservée.

Je suis pris parfois d'un désir de solitude tel que l'image du désert apparait spontanément à mon esprit. Saint Antoine est resté vingt ans complètement coupé du monde. Vingt ans ! Pourrait-on supporter un pareil isolement sans le secours de la foi ? En dehors de mes insuffisances spirituelles, ce qui me rend impropre à la vie d'ermite, c'est mon régime. Il n'y a pas de maisons de diététique dans le désert.

Il n'y a, en dernière instance, que deux recours : le doute ou le désert. Comment choisir ? les deux formules me conviennent et m'attirent également. Par malheur, on ne peut les vivre simultanément. Tel que je suis, si j'adoptais l'une d'elles, je regretterais aussitôt l'autre. Cependant, soyons honnête, il est plus aisé d'être sceptique qu'ermite.
Se résigner à être méconnu, il y faut une certaine élévation d'âme ; on n'y arrive qu'après avoir épuisé les fonds d'amertume dont on dispose.

Dès qu'on se sent radicalement seul, tout ce qu'on éprouve relève plus ou moins de la religion.

Pour la paix de l'esprit, et, à plus forte raison, pour la méditation, il n'y a rien de tel que d'être oublié. C'est la meilleure condition, si on veut se retrouver. Plus personne entre soi et ce qui compte : on est de plain-pied avec l'essentiel. Plus les autres se détournent de nous, plus ils travaillent à notre perfection : ils nous sauvent en nous abandonnant.

Quand on est seul, même si on ne fait rien, on n'a pas l'impression de gaspiller son temps. Mais on le gâche souvent en compagnie. Je n'ai rien à dire ? Qu'importe ! Ce rien est réel, est fécond, car il n'existe pas d'entretien stérile avec soi. Quelque chose en sort toujours, ne serait-ce que l'espoir de se retrouver un jour.

A un certain degré de solitude ou d'intensité il y a de moins en moins de gens avec qui on puisse s'entretenir ; on finit même par constater qu'on n'a plus de semblables. Parvenu à cette extrémité, on se tourne vers ses dissemblables, vers les anges, vers Dieu. C'est donc faute d'interlocuteur ici-bas, qu'on s'en cherche ailleurs. Le sens profond de la prière est celui de l'impossibilité de s'adresser à qui que ce soit, non parce qu'on vit à un niveau spirituel élevé mais par sentiment d'abandon.

Il n'y aurait pas d'absolu si l'homme pouvait supporter un degré extrême de solitude. Il ne s'agit pas de la solitude de l'abandon ; au contraire il peut, à cette extrémité, y avoir une plénitude dans la solitude ; mais cette plénitude même est insupportable, car trop grande pour un moi : l'extase crée Dieu presque automatiquement ; sans quoi elle le tuerait, car justement trop pleine, trop vaste pour un seul. Il faut qu'il y ait une majuscule, que ce soit Dieu, que ce soit le Vide - suprême personne ou suprême impersonnalité - toute majuscule surgit d'un paroxysme.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

autre article concernant Emile Cioran :

 

Le silence selon Emile Cioran

 

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 08:40

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"La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent et si un citoyen pouvait faire ce qu'elles défendent, il n'aurait plus de liberté, parce que les autres auraient tout de même ce pouvoir" - écrivait MONTESQUIEU.

 

"La liberté concrète est celle qui assume courageusement et joyeusement la loi de l'oeuvre qui est la loi du fini : donner forme, et en donnant forme, prendre forme, voilà la liberté".

Paul RICOEUR

 

 

Aussi posons-nous cette question : que signifie être libre ?

 

C'est tout d'abord la liberté de faire. Mais souvenons-nous que la liberté était autrefois un privilège réservé au maître par opposition à l'esclave. Il faudra attendre que le christianisme confirme les affirmations des stoïciens en faisant d'elle un principe spirituel et moral pour réaliser que la dignité de l'homme relevait de sa liberté. En effet, je ne suis libre d'agir que lorsque rien ni personne ne m'en empêche. Cette liberté est appelée la liberté d'action. Elle est la seule dont on ne puisse contester ni la réalité, ni le prix, bien qu'elle ne soit en aucune façon absolue. Par ailleurs est-on libre de vouloir ce que l'on veut ? C'est sans doute le problème le plus épineux, car puis-je n'être que moi ? Et étant moi, puis-je vouloir autrement que moi ? Il ne s'agit plus alors de la seule liberté d'action, mais de la liberté de décision ou de volonté. Volonté au sens où Epicure et Epictète la définissaient, c'est-à-dire liberté qui ne dépend que de moi puisque je suis libre de vouloir ce que je veux. Mais suis-je libre de vouloir autre chose que ce que je veux ? - pourrait ajouter malicieusement Diderot dans "Jacques le fataliste".

 

Cette liberté de la volonté suppose, en effet, que je puisse vouloir autre chose que ce que je désire, c'est ce que certains nomment la liberté d'indifférence ou le libre arbitre, liberté envisagée dans ce sens par des philosophes comme Descartes, Kant et Sartre. Elle suppose que ce que je fais n'est pas déterminé par ce que je suis. Selon Sartre l'existence précède l'essence et si l'homme est libre, c'est qu'il n'était rien à l'origine et n'est, en définitive, que ce qu'il se fait. Je ne suis libre qu'à la condition, certes paradoxale, de renoncer à être ce que je suis pour être ce que je ne suis pas, mais cela à condition de le définir moi-même. C'est ce que ce penseur considère comme liberté originelle. Elle précède tous les choix et tous les choix en dépendent. Cette liberté est absolue ou bien n'est pas. Elle est le pouvoir indéterminé de se déterminer soi-même. Car réfléchir, c'est déjà se libérer. "Il est impossible de concevoir une raison qui, en pleine conscience, recevrait pour ses jugements une direction du dehors"- confirme Kant. La loi morale intérieure, la conscience morale est l'acte de la raison, elle m'indique que je suis libre, puisque sans liberté je ne saurais me contraindre à agir bien. Et Kant ajoute : " Si la loi morale n'était d'abord clairement conçue dans notre raison, nous ne consentirions pas à admettre une chose telle que la liberté." C'est également la raison qui nous permet de nous libérer des pressions ou influences extérieures. Mon intelligence est un filtre qui m'autorise à user de mon libre-arbitre et d'agir selon ma détermination propre.

 

Ce troisième sens de la liberté, la liberté de pensée ou liberté de raison est envisagé comme compréhension et nécessité de nos choix. Etre libre de n'être soumis qu'à sa propre nécessité. Ces trois libertés, action, décision, raison ont en commun de n'exister qu'en relation les unes avec les autres, car on ne naît pas libre, on le devient. Que nous soyons libre ou que nous ne le soyons pas physiquement ou, de façon plus inquiétante psychiquement et moralement, cela ne peut nous dispenser, selon Nietzsche, de devenir ce que nous sommes. Alors réfléchissons à cela et lisons quelques maximes pour mieux nous éclairer sur le sens profond de la liberté, dont nous ne faisons pas toujours le meilleur usage:

 

Mais le tyran enchaînera...quoi ? ta jambe. Mais il tranchera...quoi ? ta tête. Qu'est-ce qu'il ne peut ni enchaîner, ni retrancher ? Ta volonté. EPITECTE

 

 

Et ainsi j'appelle libre un homme dans la mesure où il vit sous la conduite de la raison, parce que dans cette mesure même, il est déterminé à agir par des causes pouvant être connues adéquatement par sa seule nature, encore que ces causes le déterminent nécessairement à agir. La liberté, en effet, ne supprime pas, mais pose au contraire la nécessité de l'action.  SPINOZA

 

Nous sommes libres quand nos actes émanent de notre personnalité entière, quand ils l'expriment, quand ils ont avec elle cette indéfinissable ressemblance qu'on trouve parfois entre l'oeuvre et l'artiste. BERGSON

 

 

La liberté n'est pas dans une indépendance rêvée à l'égard des lois de la nature, mais dans la connaissance de ces lois et dans la possibilité donnée par là même de les mettre en oeuvre méthodiquement pour des fins déterminées. Cela est vrai aussi bien des lois de la nature extérieure que de celles qui régissent l'existence physique et psychique de l'homme lui-même. ( ... ) La liberté de la volonté ne signifie donc pas autre chose que la faculté de décider en connaissance de cause.  ENGELS

 

 

Que veut dire ce mot être libre ? Il veut dire pouvoir, ou bien il n'a point de sens ( ... ) Où sera donc la liberté ? Dans la puissance de faire ce qu'on veut ? Je veux sortir de mon cabinet, la porte est ouverte, je suis libre d'en sortir. Mais dites-vous, si la porte est fermée, et que je veuille rester chez moi, j'y demeure librement. La liberté sur laquelle on a écrit tant de volumes, n'est donc, réduite à ses justes termes, que la puissance d'agir. Dans quel sens faut-il prononcer ces mots : l'homme est libre ? Dans le même sens qu'on prononce les mots de santé, de force, de bonheur. L'homme n'est pas toujours fort, toujours sain, toujours heureux. Une grande passion, un grand obstacle, lui ôtent sa liberté, sa puissance d'agir. Le mot de liberté, de franc arbitre est donc un mot abstrait, un mot général comme beauté, bonté, justice. Ces termes ne disent pas que tous les hommes soient toujours beaux, bons et justes ; aussi ne sont-ils pas toujours libres.  VOLTAIRE

 

 

Les hommes se trompent en ce qu'ils se croient libres ; et cette opinion consiste en cela seul qu'ils ont conscience de leurs actions et sont ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés. Ce qui constitue donc leur idée de la liberté, c'est qu'ils ne connaissent aucune cause de leur action. SPINOZA

 

 

La vraie liberté, c'est pouvoir toute chose sur soi.  MONTAIGNE

 

 

Maintenant à chacun de se faire son opinion sur le sujet. C'est la liberté de raison. Alors bonne raison à tous.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 08:21

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Photos Yves Barguillet

 

La Bretagne a toujours eu un double visage : tantôt brutale, barbare, hérissée par la force de ses vents, de ses solitudes, de ses ajoncs,de ses rocs et de ses caps ; tantôt colorée et maternelle, grâce à la tiédeur de ses chaumes, de ses baies, de ses sentes et de ses plages. Le Golfe du Morbihan appartient à cette Bretagne colorée et maternelle. Il y a sans doute plus de huit mille ans que l'homme s'est enraciné ici et, qu'au gré des marées, le rivage s'est dessiné d'un trait gracieux avec, en abondance, des bois, des vallons, des escarpements, des dolmens nichés dans les bruyères, des villas blanches ensevelies sous les lauriers et les hortensias, des calvaires de granit, des moulins en ruine, des murets de pierre dans lesquels s'arc-boutent les figuiers et les aloès, des chemins capricieux et des vasières mauves. Inlassablement, le flux et le reflux ont façonné des centaines d'îles et îlots et une extraordinaire mer intérieure de 11500 hectares.

 

En ce lieu, un grand nombre d'espèces végétales et animales cohabitent malgré la présence de l'homme et, ce, dans une harmonie si remarquable que l'on se doit de le souligner. Car l'homme demeure sur ces terres depuis longtemps ; la preuve en est les sites mégalithiques uniques au monde que l'on peut recenser comme le tumulus de Gravinis et le dolmen de Locmariaquer, nommé table des marchands ou table de César, couvert de caractères et de dessins. Il est vrai qu'aucun département ne nous transporte - de par son histoire - à des âges aussi reculés ; aucun ne possède de souvenirs plus nombreux d'époques inconnues, de peuples oubliés, n'ayant laissé pour traces que ces pierres étranges, ces alignements inexplicables ( Carnac ), que les bretons - plus épris de légende que de science - considèrent comme des armées de géants pétrifiées par la parole de Saint Cornély.

 

Aujourd'hui, la thèse la plus vraisemblable apparente ces objets à des pierres tombales dressées par un peuple qui regardait ces demeures comme étant celles de l'éternité, ce qui expliquerait leur importance et leur ampleur. Depuis, beaucoup d'eau est passée sous les ponts du Bono et d'ailleurs, apportant avec elle le sel pour les paludiers, le courant pour les meuniers, les poissons pour les pêcheurs, les coquillages pour les ostréiculteurs, la brise pour les plaisanciers et la beauté pour les promeneurs venus s'enchanter de ces rivages.

 

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Peu d'endroit au monde ne dégage une telle impression d'harmonie, aucune union de mer, de végétation, de lumière et de ciel ne semble avoir trouvé d'accord plus parfait. Sont réunis - pour offrir au visiteur une suite de paysages variés, qui se découvrent au hasard des promenades - des baies et rivières tranquilles, des points de vue immenses, des jeux de lumière vaporeux, une déclinaison de couleurs subtile. Là tout n'est que contraste, changement, renouvellement. Au rythme des marées s'ajoute celui des saisons, afin qu'à chaque instant, selon les pluies, les nuages, les ensoleillements, rien ne soit jamais semblable et que l'on passe, sans transition, d'une atmosphère écossaise à une atmosphère méditerranéenne et latine.

 

Bien qu'en transit, les oiseaux migrateurs y paraissent chez eux. L'escale est appréciée par la bernache de retour de sa Sibérie natale, le canard Souchet, la bécassine des marais, l'échasse blanche, la sterne, l'hirondelle et l'avocette, ou bien la spatule blanche qui ne s'arrête qu'un moment entre l'ouest africain et les colonies hollandaises.

 

La légende veut que le Golfe est autant d'îles que de jours dans l'année. En vérité, seules quarante d'entre elles méritent l'appellation d'îles habitable, car bon nombre sont privées ou interdites à la visite. Les deux plus grandes sont Arz et l'Ile-aux-moines. La légende, encore elle, dit qu'il y a très longtemps ces deux îles ne formaient qu'une seule terre. Les gens d'Arz étaient connus pour être des pêcheurs, ceux d'Izénah ( L'Ile-aux-moines ), marins de père en fils, bénéficiaient d'une réputation plus flatteuse de Seigneurs de la mer. Il arriva que l'un d'eux s'éprit d'une jeune fille d'Arz au grand désespoir de ses parents qui, dépités et en proie à la fureur, le firent enfermer dans le monastère. A la nouvelle, la jeune fille s'en vint chaque jour chanter sous les murs du couvent, ce qui eut tôt fait d'exaspérer le prieur. Il en appela aux esprits marins afin qu'ils fassent en sorte que cette amoureuse éplorée ne vienne plus troubler la sérénité de la vie monastique. Il semble que les esprits entendirent sa requête, car un flot puissant vint séparer les terres, faisant de ces étendues deux îles soeurs mais distinctes.

 

L'Ile-aux-Moines est de toutes les îles du Golfe la plus grande et la plus visitée. Il est vrai qu'à elle seule, elle rassemble les contrastes et les charmes de cette région privilégiée. On ne peut rester insensible à la profusion de ses fleurs et de ses parfums, aux plages animées et aux criques secrètes, aux landes parcourues par les vents et aux souriantes baies ombragées de pins centenaires. En suivant les venelles, en longeant les jardins, rêve et réalité se mêlent au gré des rencontres : vieilles croix rongées par les embruns, chaumières, fontaines, menhirs perdus, autant de monuments qui n'ont d'autres atouts pour nous séduire que leur simplicité séculaire. Bâti à flanc de coteau, le bourg regroupe la majorité des demeures, s'étoile en ruelles bornées de jardins clos. L'église, qui protège l'ensemble, est dédiée à Saint-Michel. En hiver, l'île ne compte que sept-cents habitants. En été, la population décuple. Des moines l'habitaient dès le XIe siècle et une moitié de l'île fut, par la suite, propriété du monastère de Saint-Gildas du Rhuys, tandis que revenait aux nonnes de Saint-Georges de Rennes l'autre moitié. La Révolution, en nationalisant les biens du clergé, fit partir les dernières communautés et l'Ile-aux-Moines redevint au XVIIIe une île de pêcheurs et de meuniers.

 

 

Quant à Arz, elle ressemble à une étoile de mer. Ramassée entre ses multiples pointes, elle a une superficie de 313 hectares à marée haute, le double - dit-on - à marée basse. C'est un merveilleux belvédère, d'où l'on peut contempler le Golfe dans son ensemble. Plus discrète que sa voisine, Arz redoute le tourisme et les promoteurs, soucieuse de conserver sa tranquillité et son autonomie. Sur ses rivages, comme sur ceux des terres environnantes, les légendes courent leur train comme le vent sur les ajoncs et les bruyères, et l'esprit des îliens est hanté de fantômes, de voix funèbres et de visions mystérieuses. On ne vit pas impunément sur des terres aussi anciennes, nourries de messages intraduisibles, sans avoir le coeur chargé de contes et de fables, de mythes et de superstitions. La vérité du Golfe réside là, dans cette équation quasi insoluble entre un passé qui se perd dans la nuit des temps et un devenir qui s'ouvre avec crainte aux lumières trop crues du présent.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Le cycle arthurien et la forêt de Brocéliande
 

Houat ou la Bretagne insulaire


De Perros-Guirec à Ploumanac'h - le sentier des douaniers


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Paimpol et ses environs - l'échappée bretonne

 

 

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 08:03

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L'esprit celte aime s'attacher à la mémoire des lieux. La ville de Glastonbury a beau se trouver en Angleterre, elle fait ancestralement partie du royaume celtique et fut assimilée au XIIe siècle avec l'île mythique d'Avalon. Elle a vu depuis sa renommée décupler, la légende arthurienne venant se greffer sur des traditions d'une remarquable pérennité religieuse.
Au sud-ouest de l'Angleterre, dans l'ancienne Domnonée des Bretons, une éminence naturelle, visible de très loin, frappe l'oeil : un tertre verdoyant surplombe la ville de Glastonbury. Ce relief énigmatique, qui domine la plaine basse des Somerset Levels, a pris le nom de tor, mot d'origine celtique désignant une colline ou une crête rocheuse. Au sommet de cette prédominance trône aujourd'hui la seule tour qui a survécu aux aléas des siècles.


De 10.000 à 8.000 avant J.C., sous l'effet du réchauffement climatique de la fin de la dernière glaciation, se produisit une formidable remontée des eaux océanes. Les plaines furent totalement submergées et, pendant cinq millénaires, Glastonbury compta parmi les rares îlots qui parvinrent à faire surface. Lorsque la mer commença de se retirer, une végétation de bois et de landes recouvrit la région marécageuse et permit peu à peu la formation de vastes tourbières. Vers 4.000 avant notre ère, des peuples chasseurs investirent les lieux et fondèrent des cités lacustres. Ce caractère singulier de sanctuaire naturel suscitera le sentiment du sacré que possédaient d'instinct les populations pré-indo-européennes du néolithique. Situé au centre d'un important maillage de sources d'eau souterraines et de lignes telluriques, le Tor connut très tôt  la ferveur cultuelle. Quand les Celtes s'installèrent en Bretagne insulaire durant le premier millénaire, l'île devint le foyer d'un collège druidique, comme le mentionneront plus tard les textes médiévaux des Triades galloises.


Au VIIe siècle de notre ère, les Saxons conquièrent le Somerset et poursuivent le drainage des terres, sans omettre d'ériger un oratoire au sommet du Tor. Ainsi Glastonbury devient-il le siège d'une importante abbaye. Bien que ruiné par les invasions des vikings danois du IXe siècle, des moines, venus d'Irlande, parviennent à exhumer le Tor de ses ténèbres, au point que le cimetière de Glastonbury abritera bientôt  les tombeaux des princes et des saints. C'est également à cette époque que l'on bâtit au sommet du Tor une église dédiée à Saint-Michel. Le culte de l'archange, protecteur de l'Occident, renoue avec le très ancien culte celtique du dieu de la Lumière.
Au moment de la conquête normande de 1066, le lieu est à son apogée et possède le plus riche monastère du pays. Cherchant à asseoir la réputation du saint lieu, les moines passent commande d'une histoire institutionnelle de la fondation de l'abbaye. L'île de verre des croyances anciennes correspondant aux descriptions de l'île d'Avalon, la ville de Glastonbury s'identifie à la résidence des rois de l'Autre Monde. Au même moment, le moine Caradoc de Llancarfan produit une Vie de saint Gildas.

 

 Pour la première fois, le roi Arthur est mis directement en relation avec Glastonbury. Arthur y serait venu délivrer Guenièvre, enlevée par Melwas, roi du Somerset, et retenue prisonnière dans la place forte du Tor. Plus tard, mortellement blessé à la bataille de Camlann, Arthur sera porté sur l'île d'Avalon pour y recouvrer la guérison. Son mythe est alors si fortement ancré dans la croyance populaire que le roi des Bretons est censé revenir d'Avalon pour mener les Celtes opprimés à la victoire contre l'envahisseur. Mais un dramatique incendie va totalement embraser l'abbaye en 1184, réduisant les bâtiments en cendres, abbatiale et cloître compris. Tout est à néant et le coût de la reconstruction s'annonce exorbitant. Les reliques étant compromises, le nombre des pèlerins diminuera fortement.

Au cours des travaux de restauration en 1191 survient un événement d'importance : les moines mettent à jour une ancienne sépulture. Celle-ci, profondément enfouie, est découverte entre les deux pyramides du cimetière. Il s'agit d'un sarcophage creusé dans un tronc de chêne, contenant les restes d'un prince guerrier couvert de blessures ; à ses côtés, repose son épouse dont la chevelure étend encore ses tresses d'or. Surmontant les dépouilles, une croix de plomb porte en creux l'inscription suivante :  Ici repose l'illustre roi Arthur dans l'île d'Avalon. La découverte de ces reliques va apporter à l'abbaye un prestige retentissant. La dynastie Plantagenêt met aussitôt à profit la légende. Arthur mort, il ne reviendra plus. C'est là mettre un terme à l'espoir breton de la survivance du souverain tutélaire et opérer, par la même occasion, un transfert de légitimité. Les restes d'Arthur et de Guenièvre sont solennellement remis en terre un siècle plus tard, en présence du roi Edouard Ier d'Angleterre. Glastonbury, transformé en sanctuaire de la royauté britannique, devient également la gardienne de la mémoire arthurienne.


Mais le 13 septembre 1275, de violentes secousses telluriques vont traverser le Tor, anéantissant l'église accrochée à sa cime. La rénovation s'avèrera de courte durée. En 1539, l'abbaye est rasée de nouveau sur ordre du roi Henri VIII. Rien ne subsistera des huit cents communautés catholiques de Grande -Bretagne ; le roi, ayant rompu son alliance avec le pape pour le motif que celui-ci se refusait à annuler son mariage avec Catherine d'Aragon, va provoquer un schisme d'où naîtra l'Eglise anglicane. La sépulture d'Arthur, profanée, disparait à jamais et, durant trois siècles, le Tor et l'illustre abbaye gisent lamentablement, abandonnés de tous. Il faudra attendre la fin du XIXe siècle pour que l'on renoue avec l'histoire des lieux et que l'archéologue britannique Arthur Bulleid découvre les vestiges du village lacustre qui témoigne du peuplement celte de l'âge du fer, tandis que des érudits français entreprennent le difficile travail d'authentification des manuscrits fondateurs. Leurs recherches n'empêcheront pas le Tor de compter nombre d'interprétations fantaisistes, mais, désormais, Glastonbury va faire l'objet de nouvelles fouilles et ce patrimoine fabuleux susciter des études historiques, littéraires, archéologiques sérieuses. C'est ainsi que, puisant dans la nostalgie de son ascendance galloise, l'écrivain John Cowper Powys va insuffler au Tor la puissance d'une colline inspirée et placer le mythe du Graal au centre de son chef-d'oeuvre romanesque A Glastonbury romance ( Paris/Gallimard 1975-76 - 4 vol. ), renouant avec le fil jamais rompu des légendes qui hantent encore nos mémoires.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

sources / Yann Le Gwalc'h - N.R.H.   et   Geoffrey Ashe ( The Story of Glastonbury )

 

 http://www.isleofavalon.co.uk/avalon-intro-fr.html

 

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 07:51

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Habituée des croisières maritimes à la voile, une escapade fluviale sur le Rhin était une première qui a su me convaincre du bien fondé de ces voyages au fil de l'eau et de ces parcours au coeur de grands pays que nous découvrons ainsi de façon originale et reposante. Une fois installé dans votre cabine, vous n'avez plus qu'à vous laisser envoûter par la contemplation de ces rivages inconnus qui se dévoilent à vous sous des angles peu habituels. C'est un enchantement d'autant plus appréciable qu'à bord tout est organisé pour votre bien-être et que des guides confirmés vous narrent en détails l'histoire des lieux, commentant les images qui défilent depuis les salons panoramiques au fur et à mesure de cette navigation lente et régulière.


Embarqués à Strasbourg, notre voyage commence véritablement à Mayence au moment où le fleuve nous propose la part la plus belle et la plus touristique de son cours. Ce n'est pas sans raison que cette partie a été baptisée " le Rhin romantique", bien que personnellement je préférerais " le Rhin légendaire", tant histoire et légende se mêlent étroitement, qu'il devient difficile de faire la part de l'une et de l'autre. Ce Rhin romantique n'est, en définitive, qu'une invention des poètes, peintres et artistes qui, enthousiasmés par les paysages magnifiques qu'ils découvraient, se plurent à en vanter les charmes. Les écrivains allemands Clemens von Brentano et Heinrich Heine allèrent jusqu'à créer le personnage de la sirène Lore von der Ley, appelée aujourd'hui Lorelei, qui pare le fleuve d'une aura romanesque. C'est ainsi qu'au 19e siècle, le romantisme rhénan s'affirma comme un courant d'art, ralliant à sa cause des personnalités comme Byron, Turner, Victor Hugo et Wagner. Et la raison pour laquelle autant de châteaux furent rénovés et parfois reconstruits n'est autre que les rêveries romantiques des aristocrates prussiens.

Si le Rhin est de nos jours la voie fluviale la plus importante d'Europe, arrosant un territoire de 252.000 km2 sur une longueur de 1320 km, son exploitation remonte à l'an 55 av. J.C., lorsque les Romains le découvrent et bâtissent des villes le long de ses rives pour favoriser les échanges commerciaux. Par la suite, des générations de commerçants, pécheurs, négociants, meuniers, douaniers vécurent au bord de ces eaux souvent enveloppées par les brumes. Les archevêques de Cologne, de Mayence et de Trèves furent chargés, pendant plusieurs siècles, de la sécurité des riverains. Or, la navigation était rendue difficile à cause des courants et hasardeuse en raison des chevaliers pillards qui se plaisaient à dévaliser les bateaux et à extorquer des rançons. A tel point que les rives, de part et d'autre du fleuve, ne cessèrent de retentir du tonnerre des canons et furent le théâtre d'innombrables combats, ce qui n'a rien de romantique, n'est-ce pas ?


1242547904_picture-0001.jpg    La cathédrale de Mayence


Notre première escale sera la ville de Mayence, capitale de la Rhénanie-Palatinat, qui fut, dès l'an 13 av. J.C. un camp militaire romain, puis une capitale de province, avant d'être détruite à l'époque des migrations barbares. A partir du XIIIe siècle, elle devint un centre important de l'empire des princes électeurs. Bien que détruite à 80% pendant la guerre de 39/45, elle est aujourd'hui une ville universitaire très plaisante avec ses places ombrées, ses ruelles et maisons imposantes, sa cathédrale St Martin au choeur double, consacrée en 1036, dont les voûtes furent le témoin de plusieurs sacres et le pilier de la chrétienté du nord des Alpes. La place est superbe avec sa fontaine renaissance, sa colonne monolithe commémorative du millième anniversaire de sa cathédrale, ses cafés où, ce jour-là, les visiteurs et habitants profitaient du soleil radieux et de la température clémente pour se rafraîchir sous l'auvent des terrasses, tandis que nous suivions, à travers le méandres des rues, les traces du personnage emblématique de la cité : le typographe de génie Johannes Gutenberg.


Revenus à notre bateau, amarré devant le château du prince électeur, imposant palais de grès rouge, la navigation peut reprendre son cours. Voici Wiesbaden où Goethe venait prendre les eaux et qui est, aujourd'hui encore, l'une des villes les plus élégantes du bord du Rhin. Wagner, après Goethe, l'apprécia et s'y reposa dans les jardins nombreux qui font de cette ville d'eau un univers de verdure. Des romains comme Plinius Secundus mentionnaient déjà les effets bienfaisants des sources thermales chaudes qui ont fait la réputation de Wiesbaden.
A partir de Niederwalluf, les rives s'ensauvagent. Ce ne sont plus que des abords festonnés d'arbres et arbrisseaux, des saules d'un vert tendre plongeant leurs arceaux dans les eaux sans doute moins limpides que jadis. Quelques jolies villas, des bourgs serrés autour de leur église et, au loin, les reliefs qui profilent les croupes arrondies de leurs vallonnements. Plus on avance, plus l'aspect des rives se fait  âpre, comme si la nature l'emportait enfin sur la civilisation, comme si nous remontions le cours de l'histoire et revenions au temps des mythes et des légendes, à l'époque où les Romains découvraient la beauté du fleuve. Nous passons devant Erbach, bourg moyenâgeux, datant du VIe siècle et illustre pour ses roses. Par moments les berges s'inclinent, les reliefs s'infléchissent, des îles se forment, tapissées d'une abondante végétation. On surprend dans la diversité des paysages des clochers en forme de bulbe, des petits ports, de jolis coteaux vinicoles et d'innombrables châteaux, les uns rudes forteresses, les autres gracieux palais. Ainsi, celui de Johannisberg érigé en 1715 sur ce qui avait été un cloître, est considéré comme le plus ancien domaine du riesling, pour la simple raison que l'on y cultive ce précieux breuvage depuis l'an 817. Plus loin, Rüdesheim, sa tour des aigles et sa ruelle, célèbre dans le monde entier, baptisée Drosselgasse, avec ses 144,5 mètres de long, qui offre au passant tout ce qu'il désire : aux uns une gaieté débordante dans les nombreuses tavernes où ils se plairont à boire, rire et chanter ; aux autres une atmosphère romantique à souhait, surtout à la tombée du soir, lorsque les lanternes confèrent à la rue un caractère médiéval rehaussé par son carillon.

Ainsi les châteaux s'égrennent-ils comme les grains d'un chapelet, certains piqués sur un éperon semblable à des oiseaux de proie ; les autres se dressant fièrement au bord des rives, tantôt refuges des chevaliers pillards, tantôt forteresses dont la mission était de protéger les populations des bandes organisées qui se chargeaient de piller la région. Et voici Bacharach qui séduit les visiteurs pour sa position pittoresque à l'entrée de la vallée de Steeg. Ici le temps semble s'être arrêté. Les véhicules motorisés sont priés de rester sur les parkings, afin de sauvegarder le calme intemporel du village avec ses tours, ses portes, ses escaliers, ses ruelles, ses remparts coiffés par le château de Stahleck, vestige d'un passé sombre et témoin de la persécution des juifs au XIIIe siècle. Quant à Pfalz, on pourrait le comparer à un bateau en pierre échoué par hasard sur une île du Rhin. En 1327, le roi Louis de Bavière le fit élever pour être un poste de péage. Ce qui ne plut pas aux bateliers : ils s'en plaignirent en haut lieu et entre autre au pape qui  rappela les seigneurs à un ordre non divin mais plus... humain. C'est à cet endroit que le général prussien Blücher traversa le fleuve avec son armée et mit en déroute celle de Napoléon.


La navigation se poursuit et nous approchons de St Goarhausen, le rocher massif qui semble s'opposer au passage de ce fleuve impétueux. En effet, le fleuve forme ici une boucle étroite surplombée d'à pics rocailleux et d'épaisses plaques de roches granitiques comme chargés de dramatiser le décor, d'autant que les courants sont forts. Passage qui était une véritable aventure pour les bateliers du Moyen-Age. Aussi l'écho qui s'y forme était-il considéré comme la voix des esprits. Ce sont les poètes du 19e qui ont imaginé le personnage de la sirène Lorelei; dont on voit plusieurs statues, l'une au bord du fleuve, l'autre en haut du rocher, d'où le panorama est stupéfiant de beauté. Notre bateau n'ira pas plus loin. Dans la nuit, alors que nous dormons, il fera demi tour et commencera sa remontée vers Strasbourg avec une ultime étape à Spire.


1242555889_0018a16a.jpg    La cathédrale de Spire


Cette ville est tout simplement splendide, surtout sous le soleil qui ne nous a pas quittés depuis cinq jours. Sa cathédrale est la plus ancienne du monde médieval et se dresse majestueuse et puissante au milieu des jardins, vigile et témoin de l'histoire de la vieille Europe, de sa grandeur et de son génie, cathédrale impériale qui comptait, à certaines époques, jusqu'à 70 ecclésiastiques et fut considérée par le poète Reinhold Schneider comme le bâtiment le plus sublime du sol allemand.. Sa construction remonte au Xe siècle et sa symétrie, sa structure, sa complexité architecturale de grande ampleur sont saisissantes. Sous la cathédrale, la crypte à plusieurs nefs suscite elle aussi l'admiration pour son étonnante harmonie. C'est ici que reposent une dizaine de rois et d'empereurs, ainsi que les impératrices Berthe et Béatrice et Agnès la fille de Frédéric Barberousse. Tout d'abord les empereurs saliques, puis les familles régnantes des Hohenstaufen, Habsbourg et Nassau, monuments qui étaient chargés d'une signification sacrale et attestaient de la pérennité du royaume et de l'empire. 
Maintenant notre bateau remonte vers Strasbourg et glisse dans l'éclat de la lumière printanière, alors que les paysages se succèdent au long des rives et que les châteaux semblent former une garde royale. Au loin, les collines se couvrent de vignobles et de bois et  les saules, qui bourgeonnent, plongent leurs ramures dans les eaux tranquilles. On comprend mieux que la beauté de cet environnement aient pu inspirer  Goethe, Victor Hugo et Henrich Heine et que le mythe de l'enchanteresse Lorelei y soit toujours vivant :


Je ne sais pas ce que veut dire en moi
Cette tristesse si grande
C'est une très vieille légende
Dont le souvenir me hante
L'air est frais et la nuit tombe
Paisiblement coule le Rhin
Le sommet de la montagne flamboie
Dans les reflets du soleil couchant.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

1239013110_0000000915_1.jpg    Lorelei

 

 

Spécialiste des Croisières Fluviales :  CROISI EUROPE

 


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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 12:22

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On ne se lasse jamais de rediriger ses pas vers la Grèce et le Péloponnèse, ces lieux qui ont vu la naissance de notre civilisation, ce pays dans lequel le passé se pare de toutes les grâces :

 

" La colline au pied de laquelle je me trouvais était donc la colline de la citadelle de Sparte, puisque le théâtre était adossé à la citadelle ; la ruine que je voyais sur cette colline était donc le temple de Minerve- Chalcioescos, puisque celui-ci était dans la citadelle ; les débris, et le long mur que j'avais passé plus bas, faisaient donc partie de la tribu des Cynosures, puisque cette tribu était au nord de la ville. Sparte était donc sous mes yeux ; et son théâtre que j'avais eu le bonheur de découvrir en arrivant, me donnait sur-le-champ les positions des quartiers et des monuments. Je mis pied à terre, et je montai en courant sur la colline de la citadelle.
Comme j'arrivais à son sommet, le soleil se levait derrière les monts Ménélaïons. Quel beau spectacle ! mais qu'il était triste ! L'Eurotas coulait solitaire sous les débris du pont Babyx ; des ruines de toutes parts, et pas un homme parmi ces ruines ! Je restai immobile, dans une espèce de stupeur, à contempler cette scène. Un mélange d'admiration et de douleur arrêtait mes pas et ma pensée ; le silence était profond autour de moi : je voulus du moins faire parler l'écho dans des lieux où la voix humaine ne se faisait plus entendre, et je criai de toute ma force : Léonidas ! Aucune ruine ne répéta ce grand nom, et Sparte même sembla l'avoir oublié."

 

Chateaubriand ( Itinéraire de Paris à Jérusalem )

 

De l'antique Lacédémone ( Sparte ), il est vrai qu'il ne reste plus grand chose. De ce peuple qui fit trembler les Athéniens, de la ville de Pausinias, de la maison de Ménélas, l'époux d'Hélène, du tombeau de Léonidas, rien d'autres ne subsiste que quelques colonnes, les vestiges de l'ancien sanctuaire d'Artémis Orphia, un lion rugissant, les assises du théâtre de l'époque romaine, cela enseveli dans une vaste étendue d'oliviers, au coeur de la vallée de la Laconie arrosée par l'Eurotas et dominée par les cimes du Taygète. Les lois qui furent instituées par Lycurgue, illustre législateur, et prévalurent sur la Cité de Sparte, en firent une ville austère, un lieu où l'éducation des jeunes et la coordination sociale s'appuyaient sur des critères essentiellement militaires. Cette organisation qu'imposa Lycurgue conduisit la ville à s'affirmer de façon autoritaire dans tout le Péloponnèse, puis peu à peu à instaurer son hégémonie sur l'ensemble de la Grèce, enfin à vaincre Athènes elle-même. Mais la gloire fut de courte durée et bientôt la ville fut supplantée par Thèbes, avant de plier sous le joug romain. Du grand commandant spartiate Léonidas, qui s'illustra par son courage et mourut vaillamment dans le défilé des Thermopyles ( portes chaudes ) en Thessalie, où il opposa une défense héroïque avec ses 300 guerriers contre l'armée perse de Xerxès Ier, il ne reste qu'une statue en marbre exposée dans le musée local et que l'on identifie romantiquement au héros, ainsi qu'un petit temple hellénique hors de l'acropole. Sparte s'est endormie pour toujours et c'est l'impression qu'elle donne. On s'y sent en état de veille comme devant un tombeau.


" Si des ruines où s'attachent des souvenirs illustres font bien voir la vanité de tout ici bas, il faut pourtant convenir que des noms qui survivent à des Empires et qui immortalisent des temps et des lieux, sont quelque chose. Après tout, ne dédaignons pas trop la gloire ; rien n'est plus beau qu'elle, si ce n'est la vertu."    ( Chateaubriand )

 

     

           MYCENES OU LE TEMPS LEGENDAIRE


La nécessité de convaincre avant de commander aiguisa l'esprit des Grecs dès les temps les plus reculés. Libres dans leur organisation politique, ils l'étaient plus encore dans leur organisation religieuse. Point de prêtres ou mieux pas de clergé constitué et point de livre saint, ce qui signifie pas de doctrines consacrées. Néanmoins, la superstition étant l'un des instincts les plus naturels de l'homme, ce peuple n'eut de cesse de se référer à des devins, des mages qui voyaient le monde invisible et interprétaient les signes célestes par des convulsions, des gémissements, des sentences, comme le faisait la Pythie de Delphes qui sentait le dieu remuer en elle et exprimait ainsi ses volontés. Les Grecs croyaient tellement en leurs prophètes qu'ils les consultaient en toute confiance.

Par ailleurs, il est curieux de constater que l'étude de l'histoire primitive du pays nous ramène constamment à l'Asie, où les Grecs semblent avoir découvert la plupart de leurs dieux. Une légende, celle du Crétois Minos, confirme le fait de ces relations étroites entre l'Asie et la Grèce. Peut-être venaient-ils de ces lointains pays ces mythiques cyclopes qui sont sensés avoir édifié les fondations de Mycènes, la ville de Persée, ce personnage légendaire né de l'union de Zeus et de Danaé. A sa suite, le pouvoir se transmit à Atrée et Thyeste qui se réfugièrent dans la ville, après avoir subi la malédiction paternelle, et y fondèrent la dynastie glorieuse et maudite des Atrides. Cette dynastie s'attira, en effet, les foudres divines après le funeste banquet qu'Atrée se crut devoir offrir à son frère, en lui servant la chair de ses propres enfants. On dit que le soleil se retira alors, pour ne pas éclairer un forfait aussi atroce.
Agamemnon, le héros d'Homère et d'Eschyle, chef de l'armée achéenne, n'était autre que le fils d'Atrée et résume à lui seul, au travers de sa fin tragique, le sort de cette famille. Après qu'il eût combattu à Troie pour venger l'honneur d'Hélène, épouse de Ménélas, enlevée par Pâris, sacrifié sa fille Iphigénie pour obtenir des vents favorables à sa flotte encalminée à Aulis, il revint à Mycènes pour y être assassiné par Egisthe, l'amant de sa femme Clytemnestre. A leur tour, huit ans plus tard, les amants périront de la main du fils de Clytemnestre, Oreste, qui  souffrira mille tourments pour avoir commis ce parricide. Avec lui disparaissaient la famille des Atrides et leur sombre destin.

 

J'étais d'autant plus curieuse de découvrir Mycènes, d'où le roi Agamemnon s'était embarqué pour Troie, que j'avais visité, il y a de cela une trentaine d'années, ce qui reste en Asie mineure de cette ville qui fut le théâtre d'une semblable épopée. Selon certains, mais cette hypothèse est par ailleurs controversée, nous devons à l'archéologue Schliemann, non seulement la découverte des ruines troyennes, mais les fouilles des glorieuses tombes de l'acropole mycénienne. Il rêvait depuis longtemps d'extraire, de cette accumulation de ruines, les vestiges des mythiques dynasties homériques et il y parvint en dégageant du sol de nombreux objets, dont le masque d'or que l'on pense être celui du roi Agamemnon et qui se trouve, aujoud'hui, au musée national d'Athènes.

 

 

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Tholos d'Atrée ou tombe supposée d'Agamemnon       



On pénètre dans la citadelle par la Porte des Lions, symbole de la puissance des Atrides. La porte est le seul exemple de  sculpture de l'époque ( 1400 à 1200 av. J. C. ), représentant  deux  fauves se faisant face et que sépare une colonne centrale. De la Porte des Lions, on monte ensuite, en empruntant la grande rampe, jusqu'au palais, dont l'intérieur s'articule autour d'une vaste cour. On peut alors se diriger vers la porte arrière, celle qu'avait franchi Oreste après qu'il eût tué sa mère, accomplissant ainsi le tragique destin de la maison royale d'Atrée.

 

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                       La porte des Lions 

 

Au-delà de la citadelle, qui domine la vallée de sa puissance, on accède aux tombes d'Egisthe et de Clytemnestre et on termine la visite de Mycènes par la Tholos d'Atrée, l'un des exemples les plus représentatifs de la sépulture royale d'âge antique. Autant Sparte inspire la mélancolie, autant Mycènes impressionne le visiteur par la force qu'elle dégage encore, volonté forcenée de ceux qui édifièrent ces murailles et assemblèrent ces pierres gigantesques comme pour défier le ciel et les dieux.

 .
          LA GRECE SOURIANTE
 

 

CORINTHE, située à l'ouest de l'isthme du même nom, est le chef-lieu de la Corinthie en Argolide. Les ruines se trouvent rassemblées au pied de l'Acrocorinthe, rocher de 575 mètres qui s'élève comme une imposante forteresse, témoignant de l'emplacement de la ville antique, une cité opulente qui contrôlait l'isthme, c'est -à -dire le trafic maritime de l'époque entre la mer Ionienne et la mer Egée. La tradition fait de Sisyphe le fondateur de la cité, qui se nommait alors Ephyre. Ce héros de la mythologie grecque était représenté comme le plus rusé des hommes et on alla jusqu'à lui donner pour fils Ulysse, tant il y avait de ressemblance entre eux. Ce fut lui qui dénonça au fleuve Asopos le rapt de sa fille Egine par Zeus. Furieux, Asopos lui envoya Thanatos, mais le rusé Sisyphe parvint à enchaîner le dieu des morts et il fallut l'intervention d'Arès pour le délivrer. Cette fois Sisyphe dut subir son destin, mais, avant de mourir, il recommanda à sa femme de ne pas lui rendre les honneurs funèbres. A peine arrivé aux Enfers, il s'empressa de dénoncer à Hadès la négligence de celle-ci et lui demanda de revenir un moment sur terre pour la punir. Rendu à la lumière et à la vie, Sisyphe se refusa à retourner au royaume des Ombres. Hermès dut se déplacer en personne pour ramener au bercail le mort récalcitrant. Pour pénitence, Sisyphe fut condamné à rouler sur la pente d'une montagne un énorme rocher qui redescendait chaque fois qu'il approchait du sommet. Bien entendu, ce rocher ne peut être, pour les habitant de l'Argolide, que l'Acrocorinthe.
C'est au VII et VIe siècle avant J.C. que la ville affirma sa puissance et fonda les colonies de Corcyre, Potidée et Syracuse. En perpétuelle compétition avec Athènes pour la maîtrise des mers, à laquelle elle dut renoncer lorsque Sparte s'assura l'hégémonie sur les Grecs, elle fut ensuite rasée et humiliée par les troupes romaines du consul Mummius. Rebâtie sous César cent ans plus tard, Corinthe redevint une cité florissante, dont la réputation de luxe et de plaisir était connue de tout l'Empire. Les anciens poètes, nous dit Thucydide, l'appelaient Corinthe la riche. Ce sont dans ses chantiers que fut construite la première trirème en l'an 700. Corinthe fut aussi la première ville à mouler des figures et elle précéda les autres cités grecques dans l'art du dessin. Plus tard, elle donnera son nom au plus riche des ordres d'architecture, cet art corinthien végétal qui exprime la grâce et l'insouciance.

 

 

Depuis Corinthe, quand le temps est serein - et c'était le cas pour nous ce jour-là - on découvre par-delà la mer de Crissa les cimes de l'Helicon et du Parnasse et, au nord, le mont Oneïus couvert de myrtes. Mais on ne voit pas de la ville antique la mer Saronique, il faut, pour l'apercevoir, monter sur l'Acrocorinthe. C'est - disait Spon - l'une des plus belles vues de l'univers. On sait que Paul l'Evangéliste y passa avec ses compagnons Crispus et Caïus et qu'il y prêcha ses célèbres Epitres, afin de ramener les habitants, perdus dans les effluves de vin et d'alcool, vers des préoccupations plus spirituelles. Il faut croire qu'il y réussit, car la Grèce est restée très profondément chrétienne, malgré quatre siècles de domination ottomane, et l'Argolide est couvert de monastères et de chapelles, comme ceux de Mistra et de Monemvassia.
Les ruines de Corinthe, dont le temple d'Apollon, sont majestueuses. Ce temple servit de modèle à celui d'Athéna sur l'acropole d'Athènes. Ensuite, on gagne l'agora en empruntant la route du Lechaion bordée de portiques, de boutiques et de bains publics qui, jadis, conduisait à l'ancien port. On peut imaginer ce que ce devait être, lorsque les voiles des trirèmes claquaient au vent... Plus loin encore se trouve l'un des plus beaux monuments de l'époque impériale : la fontaine Pirène. Elle  doit son nom à la jeune Pirène qui, ayant versé tellement de larmes à la mort de son fils, fut changée en fontaine.

 

           EPIDAURE

 

Le théâtre d'Epidaure est peut-être ce que j'ai vu de plus beau dans le Grèce antique, une merveille que l'on peut à peine décrire, car les mots manquent pour exprimer ce que l'on ressent, lorsque, presque seule au centre de cet amphithéâtre, ceint par un cirque de montagnes à l'abondante végétation, dans  le silence recueilli de la nature, à l' heure du soir où la lumière est blonde et rose, on le contemple dans sa splendeur intemporelle. On comprend que Pausanias, extasié à sa vue, le définit comme la construction la plus harmonieuse réalisée par les Grecs. Il fut élevé au IVe siècle avant notre ère par le même architecte que la tholos, Polyclète le jeune, et comprend un orchestre circulaire et 34 rangées de gradins. Ce théâtre bénéficiait, et bénéficie aujourd'hui encore, d'une acoustique exceptionnelle, au point que le moindre soupir est perçu du spectateur placé au plus haut des gradins.
D'une perfection absolue de par son architecture, il jouit d'autre part d'une parfaite insertion dans l'environnement naturel. Quel génie eurent les hommes de cette époque de savoir à ce point marier leur oeuvre de bâtisseur à l'oeuvre des dieux ! Le choix du lieu ne pouvait être meilleur, plus grandiose, mieux adapté à ce que l'on voulait y vivre et y représenter : ce compagnonnage intime avec les voix secrètes de l'univers.

Le théâtre avait beaucoup d'importance pour les Grecs, car, hormis le drame satirique et la comédie, il était, grâce aux oeuvres des grands auteurs tragiques, une école de morale. Les représentations dramatiques furent à l'origine des fêtes religieuses. On croyait la prospérité de la ville intéressée à ce que les solennités fussent célébrées avec une magnificence qui plût aux dieux. Du milieu des glorieuses manifestations de la pensée et de l'art qui se produisirent alors, la place d'honneur n'en revient pas moins à la poésie qui semble habiter le génie de ce peuple.
On peut établir deux périodes qui résument l'histoire générale du théâtre grec : dans la première les mystères ou drame religieux ; dans la seconde, le drame humain. Euripide appartenait à la seconde. Il a annoncé le théâtre moderne en portant sur la scène les passions de tous les temps. L'un des traits caractéristique de sa tragédie est la place qu'il réserve aux femmes et à l'amour.
Q
uant à la comédie, qui était née aux fêtes de Dionysos, elle fut dans les mains d'Aristophane une arme de combat avec laquelle il frappa surtout la philosophie et la science, les généraux les plus braves et les orateurs les plus éloquents. Il ne manqua à ce grand rieur devant l'éternel que de rire de lui-même. Il alla même jusqu'à malmener les prophètes et les devins, ce qui prouve l'avancée intellectuelle qu'avait effectuée la Grèce de l'époque.
La danse était aussi très présente dans les spectacles, parce qu'elle faisait partie des solennités religieuses. On attribuait au corps, à sa beauté, une grande importance et la danse était une façon d'exalter les perfections que les dieux avaient accordé aux hommes. L'art des choeurs comprenait le chant et la danse. Platon écrit à ce propos dans son Traité des lois : " Ces divinités qui président à nos solennités nous donnent le sentiment de l'ordre, de la mesure, de l'harmonie ; et ce sentiment qui, sous leur direction, règle nos mouvements, nous apprend à former par nos chants et nos danses une chaîne qui nous enlace et nous unit." Loin de craindre les exercices qui, en d'autres temps, ne servent qu'au plaisir, le philosophe les regarde comme nécessaires au bon ordre des cités et des âmes.

 

1153219684 g10    Le temple d'Hera à Olympie

                                  

  

     OLYMPIE

   

Si Epidaure représente l'harmonie à son plus haut degré de perfection, Olympie m'est apparue comme le sourire de la Grèce antique. Il y règne une paix à nulle autre pareille. On y voit partout des colombes, on y perçoit des roucoulements, on s'y sent dans une pastorale si pleinement sereine, comme si le temps s'arrêtait un moment pour écouter battre le coeur de la terre. Cette plénitude vous envahit dès que vous pénétrez dans ce site bucolique de l'Elide, baigné par le fleuve Alphée, et qui fut voué au culte de Zeus et d'Hera, son épouse. Fière de sa vertu, la reine de l'Olympe supportait mal les infidélités de Zeus, et ses vaines révoltes lui valurent de rudes châtiments. Parce que la fille de Laomédon, Antigone, s'était vantée d'avoir une chevelure plus belle que la sienne, Héra changea sa chevelure en serpents. De même qu'elle ne pardonna pas au Troyen Pâris de lui avoir préféré Aphrodite, lors du fameux concours des trois déesses sur l'Ida, et sa rancune ne fut satisfaite que lorsque toute la race des Troyens eut été anéantie.

Toujours selon la légende, les jeux furent créés par le mythique Pélops, qui, pour obtenir la main d'Hippodamie, usa d'un stratagème et tua le père de celle-ci lors d'une course de chars.  Les jeux Olympiques furent donc célébrés pour la première fois en l'honneur d'un roi mort. Ils furent ensuite abandonnés et rétablis plus tard par Héraclès. La date officielle du début des jeux se situe en 776 avant J.C. Cette année-là, Iphitos roi d'Elide, contemporain de Lycurgue, suivant les conseils de l'Oracle de Delphes, réorganisa les jeux pour mettre fin aux fléaux et aux divisions politiques qui dévastaient la Grèce. Cette grande fête sportive, dédiée à Zeus et à laquelle tous les hommes du pays pouvaient participer, avait lieu tous les quatre ans. Ces fêtes Olympiques commençaient avec la pleine lune. Les plasirs pouvaient donc se poursuivre durant ces nuits de Grèce plus lumineuses que bien des jours nordiques. "Les dieux, disait Pindare, sont amis des jeux". Ceux de Delphes et d'Olympie éclipsaient tous les autres.

 

1153220813_g9.jpg  Entrée du stade à Olympie

                                                                    

Ni l'or, ni l'argent, ni l'airain ne récompensaient les victoires si vivement disputées. Une couronne de laurier ou d'olivier sauvage était la récompense du vainqueur. Mais, à quelque jeu que ce fût, c'était un insigne honneur de vaincre. Pour le vainqueur lui-même, mais également pour sa Cité. A son retour, on le recevait avec faste, ou lui donnait l'immunité d'impôt et le droit de s'asseoir aux premières places dans les spectacles ; les poètes le chantaient, les sculpteurs reproduisaient son image. Des pères moururent de joie en embrassant leur fils victorieux.

La zone sacrée, dite de l'Altis, est délimitée par deux enceintes, l'une datant du IV ème siècle av. J.C., l'autre de la période romaine. Hors de l'enceinte, on passe un portique et un gymnase, puis un palestre avec un portique à double colonnade, le Theokoléon construit pour accueillir les hauts fonctionnaires, un atelier ( ergasterion )où Phidias travailla avec ses élèves. Plus loin, le temple de Zeus, construit en 471 - 456 av. J.C., illustre l'apogée du style dorique. L'intérieur devait être dominé par la statue monumentale de Zeus, une oeuvre de Phidias. Une maquette, à l'entré du musée, permet de se représenter ce que devait être Olympie du temps des Jeux et de l'illustre Phidias. On peut admirer encore l'endroit où brûlait la flamme olympique et le stade où se déroulaient les épreuves. Dans le musée, parmi les magnifiques objets que les archéologues ont pu retrouver lors des fouilles, figure le célèbre Hermès tenant Dyonisos enfant sur son bras, oeuvre attribuée à Praxitèle et dont la beauté vous coupe le souffle. Me revenaient alors en mémoire dans ce site mémorable d'Olympie et après avoir eu la chance d'admirer tant de merveilles, cette phrase de Cicéron :
" Souvenez-vous, Quintius, que vous commandez à des Grecs qui ont civilisé tous les peuples, en leur enseignant la douceur et l'humanité, et à qui Rome doit les lumières qu'elle possède."

  

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans ESPRIT des LIEUX
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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 11:32

1222953447_crete_5.jpg     Knossos

 

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Ce qui frappe, tout d'abord, c'est la lumière, celle intense de la mer, cette Méditerranée qui a choisi d'être passionnément bleue, de ce bleu profond que l'on nommait autrefois le bleu roi. Car elle est royale, qu'on le veuille ou non, la mer qui a vu naître, au long de son littoral, les civilisations européenne, africaine, asiatique, mis au monde ce qu'il y a eu, au cours de toute l'histoire et de tous les temps, de plus raffiné, de plus abouti, de plus admirable, de plus puissant, de plus captivant. Arriver à Héraklion, ce n'est certes pas poser le pied sur une terre nouvelle mais sur la plus ancienne, un monde qui n'est autre que l'ancêtre du nôtre par l'écriture, la culture, si bien qu'on y vient pour remonter le cours de l'histoire, boire à la source, ré-écouter les légendes qui ont bâti des univers et fécondé des mondes, le nôtre en particulier.
Mais l'île ne se livre pas en quelques jours. Ici il faut du temps, de l'attention, de la curiosité. Ce n'est pas en quinze jours que vous pourrez la connaître tant elle a de replis secrets, une si longue histoire, tant de blessures à cicatriser, mais également tant de merveilles à offrir. La Crète, il est nécessaire de l'aborder sans à-priori, d'y flâner, de s'y attarder, d'y méditer dans les sentiers muletiers qui découvrent sans cesse des panoramas surprenants, d'y contempler les jours autant que les nuits, les ciels autant que les terres, d'en gravir les roches et les collines, d'y réapprendre à vivre.


Il y a de cela très longtemps, une île avait jailli de nulle part au milieu de la mer. Les dieux l'avaient aussitôt polie de leurs mains, de leurs yeux, y avaient aimé des déesses et des reines, conçu des intrigues, élevé des palais dont les ruines constituent l'une des merveilles du monde. L'histoire de l'île s'est tissée à deux fils, celui de la légende et celui de la réalité, en un point si serré que l'on ne peut les dissocier l'un de l'autre. Pensez, les premières traces du peuplement humain remontent à 6000 ans av. J.C. Si un noyau primitif existait en des temps plus reculés, il est probable que le peuplement s'est accompli par l'apport de populations venues de l'extérieur. Les Phéniciens entre autres y apportèrent des éléments de leur civilisation. C'est en 2800 av. J.C. que la Crète entre dans une période florissante qui durera 15 siècles et sera d'un niveau de civilisation exceptionnel. A cette époque a lieu la construction du premier palais de Knossos, ainsi que ceux de Phaistos, Malia, Haghia, Triada qui témoignent tous d'une vie confortable et évoluée avec, notamment, des salles de bains et des systèmes de canalisation amenant l'eau potable de très loin. La vie artistique, quant à elle, révèle un niveau culturel élevé ; de même que l'apparition d'une première forme d'écriture hiéroglyphique. Par ailleurs, l'intensité des échanges commerciaux avec des pays proches ou lointains incitent les Minoens à accroître leur flotte et à devenir une importante puissance maritime.
Les premiers palais seront détruits par une catastrophe naturelle, sans doute une série de séismes fréquents dans l'île, vers 1750 à 1700 av. J.C. Cependant, après cette catastrophe, les palais seront reconstruits et d'autres verront le jour à Tylissos, Praissos, Zakros et on assiste à une expansion économique sans précédent. Les villes se développent et se multiplient, l'écriture linéaire A apparaît et l'influence de cette civilisation se répand sur l'ensemble des îles de la mer Egée et jusqu'au Péloponnèse. Et cette civilisation a cela de surprenant qu'elle pose, sur le monde qui l'entoure, un regard réjoui et émerveillé, qu'elle est subjuguée par la beauté et ne se lasse pas de l'exalter dans ses fresques et ses poteries. Ce ne sont, en effet, que débauche de coquillages, poissons, oiseaux, lys, papyrii ; un univers transcrit et magnifié fait d'ombelles, d'orbes, d'oves, de tentacules, de méandres, de spirales " comme un labyrinthe de tiges et de bras où la beauté est prise au piège" - écrit Jacques Lacarrière dans L'été grec.


Et, il est vrai, que cet art est une ode à la vie dans la forme et la couleur et rend compte d'une philosophie et religion heureuses où les dieux ressemblent aux hommes, ce qui est attestée par leurs fanatastiques hauts faits, dont beaucoup se situent en Crète même ( rappelons-nous le minotaure, Ariane, Thésée, le géant Talos, Icare, Parsiphae, Phèdre etc. ) D'autre part, c'est un monde spirituel complexe et organisé que nous dévoilent les sépultures, dont les trousseaux funéraires confirment une croyance en une vie supraterrestre, après une traversée assez longue de la mort qui nécessite l'aide des vivants ( nourriture, vêtements ) jusqu'au moment où le défunt, totalement détaché du monde terrestre, entre définitivement dans le monde divin.

 A la suite du premier tremblement de terre, l'ère mycénienne ( 1450 - 1100 av. J.C. ) succède à l'ère minoenne, les populations venues du Péloponnèse n'ayant eu aucune difficulté à s'implanter et à conquérir les villes d'une Crète brutalement affaiblie et à se couler dans le prolongement de la civilisation minoenne qui l'avait largement influencée. Cette ère fut d'ailleurs pour l'île une période de splendeur et de puissance et c'est de ce temps-là que datent les récits épiques et les mythes relatés par Homère dans L'iliade et l'Odyssée. C'est également à ce moment qu'apparaît l'écriture linéaire B.


Vers 1050 av. J.C., l'invasion de populations de souche dorienne marque la fin du mycénien et le début de la civilisation classique grecque. Occupant une position stratégique, la Crète poursuit ses relations avec l'Orient et les intensifie. Aussi est-ce chargée d'un potentiel remarquable de traditions qu'elle tombe, dès le 1er siècle av. J.C., aux mains des Romains, les nouveaux maîtres de la Méditerranée et que le consul Métellus place l'île sous la domination de la ville éternelle. A partir de là, l'île des dieux convoitée par tous les peuples, l'île heureuse entre dans une période plus confuse, entachée de perpétuelles agressions. Annexée comme le reste de la Grèce en 324 par l'empire byzantin, elle est conquise en 823 par les Arabes jusqu'à ce que la Sérénissime parvienne, à son tour, à la faire sienne. Sa longue mais prospère domination durera plus de 4 siècles ( 1204 - 1669 ). Afin de consolider sa conquête, Venise divise la Crète en 200 fiefs qu'elle distribue à de nobles vénitiens auxquels il incombe de la défendre mais aussi de livrer à la sérénissime République la quasi totalité de sa production agricole. Pour cela, on met en place un statut juridique centralisé avec imposition de corvées, service obligatoire aux galères, sans parler d'une oppressante fiscalité qui ne vont pas tarder à susciter de vives résistances et contraindre Venise à des concessions. Mais les révoltes ne cesseront pas pour autant et aboutiront finalement ( surtout lorsque se profilera le danger ottoman ) à un rapprochement entre les archontes crétois et les autorités vénitiennes. Si bien que le 16e siècle voit le retour à la paix qui permet à l'île de connaître un grand moment de prospérité.


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                         Le port de Réthymnon


Mais la menace ottomane se fait de plus en plus inquiétante et les Vénitiens entreprennent, dès 1550, des travaux de défense. Les fortifications de Héraklion, de La Canée, de Réthymnon en sont les précieux vestiges. Cela a pour résultat de tenir les Ottomans en respect durant un certain temps, mais leur avance en Méditerranée est inexorable. Le 23 juin 1645, la Crète, dernière colonie vénitienne, est attaquée par l'armée du sultan Ibrahim qui débarque dans la baie de La Canée. L'année suivante, Réthymnon tombe à son tour et en 1647 les Ottomans se rendent maîtres du reste de l'île, à l'exception de la ville de Candie ( l'actuelle Héraklion ) qui résiste toujours. Son siège, célèbre par sa durée et l'émotion qu'il inspirera à l'Europe chrétienne, fera de nombreuses victimes. En 1669, l'armée ottomane parvient à investir la forteresse et les Crétois, malgré leur résistance héroïque, seront soumis à leurs impitoyables dominateurs qui auront tôt fait d'expédier enfants, jeunes filles et jeunes femmes à Constantinople pour y être vendus comme esclaves.

Comme est changeant le cours des choses ! / Il est pareil aux eaux d'un fleuve / qui s'écoulent et fuient / à jamais, sans retour, / il est pareil à la pluie qui tombe. / N'en cherchez pas loin les exemples : / qu'il vous suffise de songer aux calamités, / au châtiment que la Crète a subis / et de pleurer sur son sort.     Gérasime Palladas

 

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                         Moni Arkadiou


Hauts lieux de cette résistance, la grotte de Mélidoni et le monastère d'Arkadiou, que l'on ne peut visiter sans avoir la gorge nouée. A l'automne 1866, partisans et moines sont assiégés au monastère par l'armée ottomane. Un premier assaut est repoussé, mais un second pulvérise l'entrée du monastère. Plutôt que de se rendre, les assiégés préfèrent se donner la mort en détruisant leur ultimes munitions auxquelles ils mettent le feu. L'explosion est entendue dans le monde entier et nombreux sont ceux qui épousent la cause de l'indépendance crétoise, parmi lesquels Garibaldi et Victor Hugo. La grotte de Mélidoni est tout aussi émouvante. A la fin de septembre 1823, alors que la région est ravagée par l'armée turque commandée par Hussein pacha, 370 personnes y trouvent refuge, essentiellement des femmes, des enfants et des vieillards. Les assiégés, refusant de se rendre, l'entrée de la grotte est obstruée avec des broussailles auxquelles les assaillants mettent le feu, asphyxiant ainsi les malheureux rebelles. Les ossements des martyrs sont aujourd'hui conservés dans un ossuaire. Mais la résistance ne faiblit pas. Avec le soutien de l'Europe, la Crète proclame son indépendance en 1896 et, finalement, grâce à la puissante influence d'une personnalité hors du commun, Elefthérios Venizélos, elle se rattachera à la Grèce en 1913. Mais ses malheurs ne sont pas terminés pour autant : elle tombe aux mains des Allemands lors de la seconde guerre mondiale et subit d'importants bombardements aériens qui auront raison des villes crétoises, évacuées les unes après les autres par les Anglais qui ont subi de lourdes pertes. La résistance, une fois encore, s'organise, harcelant l'occupant jusqu'à la libération.
Ainsi s'est écrite l'histoire d'une île que les épreuves n'ont pas épargnée et qui a connu successivement la lumière la plus éclatante et les ténèbres les plus profondes. A l'image du taureau, qui fut l'emblème de Zeus, dont on dit qu'il avait trouvé refuge enfant dans une grotte du mont Ida, elle a défié la mort et justifié la légende qui voulait qu'elle sorte victorieuse de tous les combats.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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La Crète éternelle

 

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 11:17

1222502843_img_5748.jpg   La Crète des bergers

 

 

 

 Septembre 2008   

 

 

Kaliméra, bonjour en grec moderne, puisque je rentre de Crète après 18 jours d'absence et un voyage qui m'a conduit vers le rivage souriant et ensoleillé de la terre la plus extrême de l'Europe : la Crète. La Crète, cette île belle et légendaire qui est, de par sa situation, le trait d'union entre la civilisation classique de l'aire méditerranéenne et celle millénaire de l'Egypte et de l'Asie mineure. L'île antique du roi Minos est donc un pont idéal jeté entre trois continents : l'Asie, l'Afrique et l'Europe, et fut de tout temps un territoire convoité qui eut à subir agressions et occupations de la part de ses oppresseurs, principalement des Vénitiens et Ottomans. Des douleurs de la Crète, maints poètes les ont chantées avec des accents émouvants :

 

Elle était comme une fleur épanouie,
comme un soleil radieux,
qui éclairait toutes les villes ;
de la terre elle était le joyau,
du monde entier.
Ses beautés n'étaient point matérielles :
c'étaient les ornements de l'esprit,
la culture et la pureté et toutes les autres vertus.
Mais voici qu'elle est tombée, comme un château s'écroule,
voici qu'elle s'est éteinte comme une bougie soufflée par le vent.


écrit Gérasime Palladas, évoquant le siège de Candie ( aujourd'hui Héraklion, capitale de la Crète actuelle) et les 25 ans de conflit, depuis le premier débarquement turc de 1645 jusqu'à la capitulation en 1669, poème qui rejoint celui épique d'un autre poète crétois Tzanès Boulianis, aristocrate de Rethymnon qui exalta, pour sa part, le courage de la résistance crétoise et les terribles souffrances que le peuple eut à endurer des occupants.

 
Si convoitée, en effet, que l'île traversa plusieurs périodes, comme des temps séparés, du paléolithique jusqu'à son rattachement à la Grèce en 1913, ainsi y eut-il la Crète minoenne ( 2700 à 1200 av. J.C. ), la Crète hellénique ( de 330 à 67 av. J.C. ), la Crète byzantine ( de 330 à 1204 de notre ère ), la Crète vénitienne ( 1204 - 1669 ), la Crète ottomane ( 1669 - 1898 ) et enfin, grâce à la puissante influence de Elefthérios Vénizélos - et après une courte période d'autonomie - la Crète redevint hellénique, renouant avec son passé légendaire et mythique.

 

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C'est peut-être parce que ses côtes découpées en une succession de baies et d'anses aisément accessibles que les navigateurs, qui sillonnaient la Méditerranée à la recherche de nouvelles terres à exploiter et conquérir, appréciaient de trouver ici des abris sûrs. L'histoire tourmentée de l'île témoigne de l'intérêt, pas toujours pacifique, hélas !, qu'elle inspira depuis la nuit des temps. Calanques, vallées, collines et hauts plateaux sont dominés par le mont Ida ( 2460 m ) visible de presque tous les coins de l'île, enneigé  4 ou 5 mois par an, et berceau de la mythologie.


Avec le roi Minos, le mythe rejoint l'histoire. Minos aurait régné vers 1500 av. J.C. et été un monarque vénéré, grand législateur, estimé pour sa sagesse. Il semble que, par la suite, le nom vénéré ait été donné à l'ensemble d'une dynastie. Il y eut ainsi, en Crète, une succession de Minos comme en Egypte une succession de pharaons. C'est vers 2000 av. J.C. que les premiers édifices importants s'élevèrent à Knossos, ainsi qu'à Festos, Malia, Kato Zokros, trois petits royaumes qui, d'après la légende, auraient été gouvernés par les trois fils de Zeus, le père des dieux et des hommes, dernier né de Cronos et de Rhéa, que Gaïa avait caché dans une grotte du mont Ida afin qu'il ne fût pas dévoré par son père. Pour séduire Europe, fille d'Agénor, roi de Phénicie, la mère de ses fils, Zeus avait eu recours à un stratagème : il s'était transformé en un taureau éclatant de blancheur et était apparu dans un champ où la jeune fille jouait avec des amies. Europe, frappée par la beauté de l'animal, s'était approchée et même enhardie jusqu'à monter sur son dos. Aussitôt le taureau en avait profité pour s'élancer au-dessus des flots jusqu'à la Crète où, retrouvant son apparence humaine, il s'était uni à elle.

 
Familière des dieux et des déesses, il semble que l'île ait mérité leurs faveurs : mer poissonneuse, ciel plus limpide que nulle part ailleurs en raison du faible taux d'humidité, terre aux 300 jours d'ensoleillement, aux 30 millions d'oliviers, aux 80 espèces d'orchidées sauvages, au miel et à l'huile incomparables, le royaume de la reine Pasiphaé, du minotaure, du labyrinthe de Dédale et d'Ariane dont le fil évita la mort à l'homme qu'elle aimait, Thésée, roi d'Athènes, la Crète est bien une terre bénie par eux. Ici les merles ne sont pas noirs mais du même bleu azur que la mer. Si les montagnes sont arides - la déforestation ayant engendré des dégâts irréversibles - les fleurs abondent dans les plaines et les jardins : hibiscus, lauriers, bougainvilliers qui courent le long des façades et y jettent leur éclat purpurin, tandis que les arbres prêtent leur ombre légère à la terre saturée de chaleur : arocarias, cyprès, palmiers, eucalyptus, chênes-lièges, pins et, bien entendu, oliviers dont certains sont plusieurs fois centenaires. Nombreux sont les écrivains qui, frappés par sa douceur, ses lumières, ses collines basses et son air parfumé, n'ont pas hésité à la comparer à une femme. Ainsi Henry Miller visitant l'acropole de Phaistos en 1939, écrivit ceci dans Le colosse de Marousssi, le livre que lui inspira sa rencontre avec le ciel crétois :

 

A mes pieds, se déroulant comme un tapis magique, à l'infini, s'étendait la plaine de la Messara, ceinte d'une chaîne majestueuse de montagnes. De ces hauteurs sublimes et sereines, elle a toute l'apparence du Jardin d'Eden. Aux portes mêmes du Paradis, les descendants de Zeus ont fait halte ici, sur la route de l'éternité, pour jeter un dernier regard sur la terre, et ils ont vu, avec les yeux de l'innocence, que la terre est en vérité telle qu'ils l'avaient toujours rêvée : un lieu de beauté, de joie et de paix. Au fond de son coeur, l'homme est uni au monde entier. Phaestos contient tous les éléments du coeur. Phaestos relève de la femme entièrement. Tout ce que l'homme a pu accomplir serait perdu, n'était ce stade final de la contrition, qui trouve ici son incarnation dans le séjour des reines célestes. 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 09:54

1261153094_murano1_b__medium_--WinCE-.jpg  Murano

 

 Octobre 2010 


Comment imaginer Venise sans les îles de sa lagune, ce précieux collier qui l'enserre et qu'il faut prendre le temps de découvrir, tant chacune d'elles est une perle rare, riche d'un passé unique, d'une histoire particulière et d'une physionomie qui la singularise dans ce florilège de lumière et de beauté. S'éloigner de Venise au petit matin, dans une lumière lactescente, est déjà un enchantement car, alors, la ville n'est plus qu'une suite de dômes et de campaniles, une sorte d'échappée vers les hauteurs, une architecture qui semble un envol de pierre au-dessus du gris soyeux des eaux. Notre première visite sera pour Murano. Le vaparetto, qui nous y mène, est tenu de suivre les chenaux naturels ou creusés de main d'homme qui les relient entre eux et sont balisés par de gros poteaux goudronnés. Un court arrêt à San Michele, devenu cimetière municipal, champ de repos pour les riches Vénitiens auxquels on refuse dorénavant une sépulture dans les églises et qu'occupent également deux charmantes églises et le campanile de l'ancien monastère des Camaldules. Il est rare d'y débarquer un voyageur, car les morts ne reçoivent de visites qu'une fois l'an, d'où cette impression d'un sérail délaissé par les vivants qui s'étiole en paix dans la solitude et le silence.

 

Murano se dessine au loin, parmi le vol des oiseaux de mer, comme une banlieue très méridionale de Venise, avec ses maisons basses, peintes de couleurs claires, qui n'ont rien de commun avec l'entassement pressé de la Sérénissime, où, parfois, la lumière pénètre à peine dans les calli. On goûte ici, comme dans la plupart des autres, la plénitude du silence qui ennoblit les îles de la Lagune. Célèbre centre verrier depuis le XIIIe siècle, Murano fut fondée au Moyen-Age par les réfugiés fuyant l'avance des Lombards et connut très vite un bien-être d'autant plus enviable qu'elle bénéficiait d'une autonomie administrative. Les nobles Vénitiens ne tardèrent pas à en faire un lieu de villégiature, ce qui contribua à sa prospérité ; l'île était alors couverte de somptueux palais dont la plupart ont disparu de nos jours, remplacés par les fours et les fabriques des industriels du verre.


La naissance de l'art du verre remonte aux Byzantins de Grèce et d'Asie mineure qui étaient parvenus à donner à leurs productions la couleur des pierres précieuses. Longtemps importatrice de ces pièces rares, Venise s'inquiéta de les produire à son tour et fit venir des artisans de Constantinople. Mais la présence des fourneaux risquait de transformer la ville, où le bois est omniprésent, en un gigantesque brasier. Le Grand Conseil jugea prudent  d'éloigner les ateliers de verriers et de les transférer sur l'île de Murano.
Aussi n'était-il pas question de poser le pied sur l'île sans entrer dans l'antre d'un souffleur de verre et de voir naître, sous nos yeux, quelque objet, aérien et évanescent, de la fusion de la pâte et du feu. Travail étonnant, où l'on constate que cette matière si ductile se prête aux fantaisies les plus audacieuses et aux ornements les plus recherchés. Nous en trouvons d'éloquents témoignages dans les galeries de Murano et, bien entendu, dans les innombrables et luxueuses boutiques de Venise.
Mais le charme de l'île ne se découvre que peu à peu, lorsqu'on s'éloigne des centres verriers pour musarder le long des quais du grand canal et que l'on s'attarde un moment dans l'église Sainte Marie des Anges ou devant le palais Da Mula, le seul qui soit resté debout, avec ses décorations byzantines et son style gothique flamboyant.

 

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  TORCELLO  ( L'entrée de l'église San Fosca )

 

Le bateau repart en direction de Torcello sur ce lac somnolent où repose un paysage presque sans relief, comme celui des atolls polynésiens. Nous longeons l'île San Giacomo in Palude, minée par les eaux et le temps. Il y avait là, au XIIe siècle, un hospice réservé aux pèlerins qui revenaient de Terre sainte. Plus loin, on aperçoit une autre île, tout aussi abandonnée, et que les ans ont rongée inlassablement, l'île de la Madonna del Monte, qui abrita autrefois un monastère de bénédictins. La suivante est Torcello, que l'on atteint par un rio étroit et peu profond, ce qui oblige le vaparetto à débarquer ses passagers le long d'un sentier de berge qui conduit au seul centre habité de l'île : la place où se trouvent réunis la cathédrale Santa Maria Assenta, l'église de San Fosca, les dépendances, cinq ou six maisons paysannes et un petit musée aménagé dans deux bâtiments qui a charge de présenter des vestiges liés à l'histoire de Torcello ; enfin un hôtel pour voyageurs bien fournis en devises ou travellers'chèques, que fréquentèrent Hemingway, Ava Gardner, Giscard d'Estaing ( sans la princesse Diana ) et quelques autres... et où la table a la réputation d'être la meilleure de Vénitie.


L'histoire de Torcello, célèbre pour les admirables mosaïques de ses églises, le pavement de son presbytère, aussi précieux qu'un tapis de mosquée, et la somptueuse ornementation de l'iconostase de Santa Maria Assenta, remonte à la nuit des temps. C'était alors des milliers d'hommes et de femmes qui peuplaient l'île, à l'aube de l'extraordinaire épopée vénitienne. Il faut remonter jusqu'à l'Iliade d'Homère pour tenter de retrouver les origines des Vénitiens. Nous y découvrons un peuple indo-européen accourant au secours de Priam lors de la guerre de Troie. Ils sont alors appelés Enètes, ce qui donnera Vénètes en latin. Ayant abandonnés leur terre natale, ils s'établissent en bordure de l'Adriatique, autour de l'actuel Padoue et fondent la future Altino ( Mestre ). C'est naturellement sur la terre ferme que ces peuplements s'accroissent et se soumettent sans peine à l'ordre romain. Sous l'Empire, la région est déjà appelée Venetia ( Vénétie ). Mais, à partir de l'an 168, les invasions de peuples barbares se multiplient et s'accompagnent de l'exode d'une partie de la population vers les îles de la Lagune, qui leur garantissent une plus grande sécurité. Les hasards de l'histoire vont faire dépendre cette région de l'Empire byzantin et établir Ravenne comme la capitale de l'Empire Occidental, ayant la responsabilité d'administrer les possessions italiennes de Constantinople. L'occupation des îles deviendra permanente avec le déferlement des Lombards qui s'emparent successivement des villes d'Aquilée, de Padoue et d'Altino. Les habitants de cette dernière jugent sages de se déplacer sur l'île la plus proche qui n'est autre que Torcello, où ne demeurent alors que quelques pêcheurs. En 639, ces nouveaux occupants érigent l'église et les fortifications, dont les tours auraient donné son nom à l'île ( torcello signifie " petite tour"). Le déclin s'amorcera vers le IXe siècle, le prestige grandissant de Venise causant le départ de nombreux habitants. Ruskin, George Sand, Musset se sont délectés de ses parfums rustiques et furent impressionnés par " le silence inconcevable qui régnait sur cette nature". Ruskin se plaisait à monter au sommet du campanile pour se pénétrer de la mélancolie de cette île-fantôme où seules les pierres témoignent encore de sa gloire passée.

 

  burano.jpg      Burano

 

 

Burano est son contraire. Nous accostons à l'heure méridienne, alors que l'air est devenu doux et la lumière intense, sur une place herbue plantée de jeunes arbres où sont exposées, sur des tréteaux, les fameuses dentelles de Venise qui sont, en définitive, les dentelles de Burano. Et on ne peut qu'être séduit par la gaieté du décor composé de maisons à un seul étage qui semblent avoir été peintes par des enfants épris de couleurs vives : vert-pomme, jaune-citron, rose-corail, bleu-ciel, les portes et fenêtres encadrées de blanc de chaux, à se croire tombé au coeur d'un pueblo mexicain. Le canal, qui se prélasse entre les rives, ouvre d'amusantes perspectives et tout ici respire l'insouciance : les restaurants ouvrant de larges terrasses sur les placettes et sur les rues, les boutiques regorgeant de vêtements aux broderies ravissantes et les pâtisseries vous proposant à l'envi les fameux biscuits de Burano, les bussota buranello, qui fleurent bon l'oranger. Une des caractéristiques de Burano est sa tour penchée comme à Pise. En effet, le campanile accuse une inclinaison de 1,85. "Tombera, tombera pas !" -  c'est le jeu auquel se prêtent volontiers les touristes et les habitants.

 

Il est déjà trop tard pour penser à déjeuner, alors qu'il aurait été si bon de s'attarder plus longuement sur la place inondée de soleil où quelques enfants jouent à la marelle. Mais on ne peut tout faire : et manger et visiter. Et nous avons opté pour la seconde solution : sacrifier le repas de midi pour avoir le maximum de temps à consacrer à la découverte des lieux. Maintenant nous longeons San Francesco del Deserto où - dit-on - à son retour de Terre sainte, saint François aurait fait escale quelques semaines. Un noviciat fut bâti, par la suite, qui prit le nom du fondateur de l'ordre des franciscains. L'île aurait été abandonnée lors d'une épidémie de malaria. Ici on peut presque parler de désert, un désert bucolique et délicieux, où l'on jouit d'une vue charmante sur Burano.
Le vaporetto a pris le chemin du retour. La Lagune se peuple d'ombres et le soleil s'incline déjà sur les eaux. Au loin, on discerne les sommets enneigés des Dolomites. Il y a 3 ou 4 jours que la neige est tombée en abondance. Elle tapisse le ciel et se boursoufle comme un nuage immobile, tandis, qu'à l'opposé, Venise se profile avec ses lumières discrètes, tamisées de rose et de mauve, et que le soleil pose désormais sur l'onde pâlie les pleins feux de son sérénissime crépuscule. Cette journée dans les îles valait bien un repas.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Marcel Proust à Venise

 

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