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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 09:25

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Atteint de tuberculose dès sa petite enfance, Raoul Ruiz, né à Santiago du Chili en 1941, est nourri très tôt de littérature. C'est un lecteur avide de beaux textes qui s'orientera à l'adolescence vers des études de droit et de théologie, tout en dirigeant le ciné-club de l'université et en commençant à rédiger ses premières pièces de théâtre : il en écrira plus d'une centaine.

 

Installé à Paris en 1973, il tourne Dialogue d'exilés que lui inspire son expérience de réfugié politique. Amoureux de toutes les formes d'art et proche du surréalisme, il consacre un film à la peinture : L'hypothèse du tableau volé, mais il lui faudra attendre Trois vies et une seule mort en 1996 pour accéder à la notoriété. En 1998, il relève le défi d'adapter Le temps retrouvé de Marcel Proust, ce qu'avait tenté de faire Visconti, projet auquel il renonça finalement -  film qui connut un succès mérité par sa mise en scène superbe, sa savante écriture et une interprétation de qualité.

En début de projection, nous voyons l'écrivain sur son lit, feuilletant les images de son passé et se remémorant les heures les plus marquantes d'une vie bouleversée par l'irruption de la Grande Guerre. Or cette vie quelle est-elle, sinon celle de son oeuvre ?  Dans le film, les personnages du roman et ceux de la réalité se croisent et viennent  hanter la mémoire d'un Proust parvenu au seuil de la mort, comme s'ils se refusaient à quitter celui qui leur avait donné vie une seconde fois, vie que la littérature perpétue au-delà du temps, faisant du temps perdu un temps retrouvé.

 

Parmi ceux-ci, apparaissent les personnages clés de La Recherche : Charlus, Odette, Morel, Saint-Loup, Gilberte, Madame Verdurin ; Swann et Albertine ne feront que de courtes apparitions, le cinéaste n'abordant dans son film que le dernier volume de l'ouvrage, ce qui  est, à l'évidence, une approche réductrice d'une oeuvre riche de 3000 pages. Il faut cependant reconnaître à Raoul Ruiz le mérite d'avoir restitué l'élégance de l'univers proustien et l'atmosphère d'une époque qui vivait ses dernières moments, puisque l'on sait que la guerre de 14 a enseveli définitivement dans ses tranchées un XIX ème siècle qui n'en finissait pas de mourir. Le film pourrait se contenter d'être un beau livre que l'on compulse avec plaisir, un  album du temps passé nous présentant une société raffinée, des femmes coquettes, des demeures fastueuses, un Paris du début du siècle restitué dans ses moindres détails, mais il est plus que cela.

 

Le temps Retrouvé est avant tout un film sur le temps et la mort, saisi par le regard d'un cinéaste habile et intelligent qui tente d'établir entre l'oeuvre du romancier et son propre travail des liens étroits, de façon à créer une ambiance singulière, ce, par le biais d'un film volontairement non-narratif. Ruiz, en effet, a souhaité épouser les desseins de Proust, parce qu'ils étaient proches des siens, et les a reformulés en termes cinématographiques. De même qu'il poursuit sa réflexion sur la création artistique. La force du film tient à cette volonté de s'approcher au plus près du processus d'écriture. Une extrême complexité d'élaboration l'a contraint à conjuguer une suite subtile de correspondances auditives et visuelles, véritables équivalences que mènent de conserve deux approches de la pensée poétique - celle de la plume et celle de la caméra.

 

Cette tentative est intéressante à plus d'un titre, même si elle ne comble ni le néophyte - qui ne dispose pas de suffisamment de points de repère - ni l'amateur éclairé qui s'agace de cette adaptation trop restrictive et imparfaite. Mais il faut admettre que Ruiz a osé une expérience originale. Il le dit lui-même : " Il me fallait créer un labyrinthe cinématographique qui soit l'équivalent de cette phrase proustienne, qui égare le spectateur - de façon plaisante. Or la méthode que je cherchais était une forme de liberté d'écriture qui correspondait à des passages dans le temps, des allers et venues entre un épisode et un autre. Ces portraits variaient en fonction d'un moment et ainsi on retrouvait ce fameux temps circulaire " - qui n'est autre que celui envisagé par l'écrivain.

 

Les principales faiblesse de cette expérience concernent le recours quasi systématique au flash-back, à la multiplicité des personnages qui finit par égarer le spectateur, tandis que certaines figures de style oniriques rendent l'oeuvre inaccessible aux non initiés. En définitive, cette galerie de personnages surgie de la mémoire d'un Proust mourant se contente de défiler sous notre regard, les protagonistes du roman de se croiser, se chercher, s'épier, une fois transposés sur la pellicule, sans parvenir à nous convaincre du rôle qu'ils ont réellement tenu dans la vie de l'auteur. Si l'époque et les lieux sont restitués, l'essentiel s'est évaporé et l'admirable roman n'est plus qu'une belle enveloppe vide.

Car, ce qui est possible en littérature ne l'est pas forcément sur le plan cinématographique et le flou de nombreuses scènes ajoute à la difficulté de lisibilité du film. Celui-ci, après le tournage, durait quatre heures mais, pour les nécessités de la diffusion, fut ramené à deux heures quarante. Cette amputation a probablement desservi l'adaptation audacieuse de Ruiz d'une grande part de son intérêt. Hélas !

Proust aurait-il aimé le film ? Certainement pas, ne serait-ce que parce que la littérature se suffit à elle-même, qu'elle est un art total comme le souhaitait et le désirait l'écrivain, invitant chacun de ses lecteurs à entrer en recherche avec lui. L'adaptation de Raoul Ruiz lui serait apparue comme faisant offense à l'imaginaire de chacun,  imposant une vision unilatérale de l'oeuvre, alors que la lecture, contrairement au cinéma, laisse une grande part de liberté dans l'interprétation. Le lecteur n'est jamais passif, il apporte au livre sa propre vision . La relation que Proust entendait établir avec son lecteur était trop étroite, trop intime, pour souffrir autre chose que le murmure des mots.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

autre article consacré à une mise en pellicule de l'oeuvre proustienne :

 

LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU de NINA COMPANEEZ

 

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Liste des articles de la rubrique dossier Marcel Proust

 

 

 

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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 07:38
La Recherche du temps perdu de Nina Companeez

 

 

                                                    VIDEO    et     VIDEO

 

Existe en coffret DVD 

 

Oui, Nina Companeez n'a manqué ni d'audace, ni d'un indéniable courage pour avoir porté à l'écran l'un des chefs-d'oeuvre littéraire du XXe siècle en deux épisodes de deux heures chacun, restreignant l'oeuvre à la portion congrue, et n'offrant à voir qu'une série de courtes scènes sans chronologie qui condamne ce monument à n'être plus qu'une peau de chagrin. Certes, il y a de très jolies scènes, la réalisatrice ayant eu les moyens financiers de faire une reconstitution des décors et costumes magnifiquement réussie, mais cela s'arrête là, car si le décor est planté ni les personnages, ni l'essence du roman ne sont véritablement présents, surtout dans le premier épisode. Et comment pourraient-ils l'être ? On ne transforme pas une réflexion philosophique sur le temps, la mémoire involontaire, en images d'Epinal, ce n'est pas possible et on ne peut rendre en quelques heures la teneur si subtile, si complexe d'une oeuvre de ce gabarit. On sait qu'un immense cinéaste avait envisagé de faire cette transposition, Visconti, mais qu'il abandonna le projet, que Raoul Ruiz  résuma de façon souvent habile Le temps retrouvé, aussi aurait-il été préférable d'en rester là, La Recherche ne se prêtant nullement à une adaptation de par son ampleur et son contenu. L'oeuvre de Marcel Proust, c'est avant tout des phrases ciselées, une symphonie de mots, une pensée philosophique approfondie, une construction solide et une galerie de personnages qui sont ici à peine esquissés, virant très vite à la caricature et à la préciosité. Enfin c'est une oeuvre colossale de plus de 3000 pages qui se voit ainsi réduite à une suite de tableaux le plus souvent plaisants ( les passages filmés à Cabourg sont enchanteurs ), mais ne donnent du roman que ce que la restauration rapide donne à la grande cuisine : à peine un avant-goût.



Après un premier épisode décevant où le narrateur se substitue à Proust lui-même, ce qui est une profonde erreur, La Recherche étant un roman à part entière et non la biographie de son auteur, le second épisode se détache par une réalisation qui prend davantage en compte le texte et nous en restitue quelques bribes savoureuses ou émouvantes, surtout à la fin avec le grelottement ferrugineux de la petite cloche qui annonçait l'arrivée de Swann et le personnage d'Albertine adorablement campé par la jeune actrice Caroline Tillette.  Mais rien ne subsiste, en dehors d'une imagerie nostalgique ou cruelle, de ce qui constitue le socle de l'oeuvre, les pages merveilleuses sur l'enfance, le baiser maternel et l'inquiétude du petit garçon guettant l'arrivée de sa mère, l'importance de l'art, qui est plus que la vie, et dont le court dialogue dans l'atelier d'Elstir ne nous donne aucune idée ; ne sont pas davantage suggérées les considérations de Proust au sujet de l'affaire Dreyfus, non plus  que celles sur la guerre de 14/18, enfin l'importance de l'imaginaire dans la vie de chacun de nous et les pages consacrées non seulement à l'éloge de la beauté et aux phénomènes de la mémoire involontaire, mais aux exigences de l'intelligence et de la morale, tant il est vrai que La Recherche s'inscrit dans une démarche rédemptrice, l'art arrachant l'homme à sa médiocrité.

 

 

Cette réalisation télévisée de Nina Companeez, qui n'est certes pas dénuée de qualités, donnera-t-elle à notre jeunesse l'envie de se plonger dans l'oeuvre proustienne ? Je n'en suis pas persuadée, pour la simple raison que le personnage du narrateur nous apparaît d'autant plus décalé dans le film qu'il est joué par l'acteur Micha Lescot de façon trop inhibée, trop maladive, nous imposant la présence envahissante d'un être craintif, timide et pour le moins coincé, parlant peu et n'ayant ni étoffe, ni relief, alors que Proust jeune était gai, drôle, et que sa conversation étincelante en faisait un interlocuteur d'exception. Cela n'est guère apparent dans le film, simplement parce qu'en attribuant à l'auteur le rôle du narrateur, on rend l'oeuvre bancale, d'où ce paradoxe d'un être en retrait qui n'est ni tout à fait le narrateur du roman, ni tout à fait l'écrivain Marcel Proust. Ainsi le film réduit-il cette Recherche à un livre d'images, certes agréable aux yeux, mais d'où l'esprit est absent, le 7e Art étant un art différent de la littérature et le rendu de l'image différent du rendu des mots. Je ne prendrai pour exemple que la mort de la grand-mère que l'image inflige d'une façon unilatérale, alors que celle relatée par l'ouvrage littéraire respecte la vision que chacun peut en avoir et lui autorise toutes les libertés de la pensée et de l'interprétation. Cette différence est capitale. Là où le cinéma expose, la littérature suggère. Si bien que ces deux épisodes n'aboutissent qu'à circonscrire La Recherche dans le registre du snobisme d'une société aristocratique décadente, aux relations qui se tissent avec la bourgeoisie en pleine ascension sociale et à l'homosexualité, donnant lieu à quelques scènes racoleuses et ne présentant de Proust qu'une vision joliment passéiste.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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10 septembre 2011 6 10 /09 /septembre /2011 08:59
Le Lubéron ( les bories )

Le Lubéron ( les bories )

 

C'est après Montélimar que la Provence se découvre dans l'éclat de sa lumière, avec ses champs de lavande, ses villages perchés sur des éperons rocheux, la chaîne dentelée de ses Alpilles, ses collines calcaires et pierreuses, ses bois de chênes qui ont survécu jusqu'à nos jours, ses rangées de vigne, ses vastes oliveraies, ses cyprès et le chant de ses cigales.


De la Provence romaine à la Provence médiévale, de celle des petites abbayes cachées dans la verdure à celle fastueuse et solennelle des anciennes demeures papales, le pays s'annonce riche et complexe, extrêmement varié et attaché à ses traditions millénaires. Région multiple de par sa physionomie et son caractère, celle-ci se singularise par sa langue ( l'occitan ou langue d'oc ) qu'utilisaient les troubadours dans leurs chansons et leurs poèmes d'amour, par son fleuve tumultueux - le Rhône - ; par son vent - le mistral - qui ne souffle nulle part ailleurs et balaye la vallée jusqu'aux rivages corses ; par la blancheur et la pureté du calcaire du mont Ventoux ou le rouge presque sanguin de l'argile de Roussillon. Dans ce contexte original, un peuple s'est forgé au long des siècles un caractère trempé et répète à travers le temps les mêmes gestes, les mêmes rythmes venus de loin. En effet, l'histoire du pays méridional se perd dans les brumes d'un passé très ancien. La légende veut que le chef de l'expédition phocéenne, Protis, séduit par une calanque profonde entourée de collines généreuses, y fonda en l'an 600 av. J.C. Massalia devenue plus tard Marseille, capitale du sud de la France. Mais Marseille ne figure pas dans notre itinéraire. Ce sont davantage les  petites cités, les bourgs, les villages que nous souhaitons visiter, à l'exception d'Avignon, ville culturelle importante à laquelle nous consacrerons notre dernière journée, tant le charme de ses rues, la splendeur de ses monuments, la richesse de ses musées ne peuvent que captiver le visiteur le plus blasé.


Nous voilà le  premier soir installés dans le charmant mas où j'ai pris la précaution de retenir l'une des 3 chambres dès fin mai, et qui dispose, par ailleurs, d'un joli jardin et d'une piscine. Les maîtres de maison ne sauront que faire pour rendre notre séjour agréable, mettant à notre disposition livres et documents, fruits frais cueillis le jour même et le matin, sous la tonnelle, un petit déjeuner où se côtoient divers pains délicieux, des salades de fruits, du miel de pays, des laitages et des confitures maison. De Althen-des-Paluds, proche de L'Isle-sur-la-Sorgue posée comme par magie sur les différents bras de la rivière et appelée, à tort ou à raison, la Venise paysanne, nous allons rayonner autour des points d'ancrage que nous nous sommes fixés, Arles, le mont Ventoux, le massif du Lubéron et Avignon.


Ce sera Arles en premier, la petite Rome des Gaules, qui connut 3 empereurs : Auguste, Antonin et Constantin et se pare de quelques-uns des plus beaux monuments antiques de France : son amphithéâtre, son théâtre, ses thermes et son forum, reflets de ce que fut la civilisation romaine à son apogée. Son déclin coïncidera avec les invasions barbares des Wisigoths entre 426 et 480 de notre ère. Comment décrire cette ville si belle qui allie la perfection des structures romaines à la splendeur romane de son église et de son cloître Saint-Trophine. C'est dans cette église que le bon roi René épousa Jeanne de Laval et que Louis II d'Anjou se lia à Yolande d'Aragon. L'arène d'Arles, qui ressemble à celle de Nîmes, compte parmi les plus anciennes du monde romain et fut peut-être construite sous le règne d'Hadrien. Elle peut contenir jusqu'à 24.000 personnes et sert aujourd'hui encore pour des spectacles et des courses de taureaux. On comprend que la beauté de la ville ait pu inspirer autant d'artistes dont Vincent van Gogh qui y réalisa un grand nombre de toiles et de dessins. C'est dans l'ancien hôpital, où l'artiste fut interné à plusieurs reprises, qu'a été aménagé un espace culturel à son nom. Mais la plus envoûtante image que nous laisse Arles est sans nul doute le jardin des Alyscamps, une antique nécropole célèbre dès les Gaulois où furent enterrés des Phéniciens, des Celtes, des Gaulois, des Grecs, des Romains. Une légende médiévale veut que le corps de Roland tué à Roncevaux fut porté sur ces lieux et Arioste dans Le Roland furieux situe ici, sous les arbres centenaires et parmi les tombes millénaires, le duel entre Roland le paladin et les Sarrasins. En novembre 1888, Vincent van Gogh et son ami Gauguin peignirent le jardin mais leurs toiles sont totalement différentes : celle de Gauguin plus délicate et douce ; celle de Van Gogh plus vive en couleur et intense en émotion.

 

1252324237_vincent-van-gogh-paintings-from-the-yellow-house.jpg          La toile de Van Gogh

 

 

Dans Arles, où sont les Alyscamps,
Quand l'ombre est rouge, sous les roses,
          Et clair le temps,
Prends garde à la douceur des choses.
Lorsque tu sens battre sans cause
          Ton coeur trop lourd ;
Et que se taisent les colombes ;
Parle tout bas, si c'est d'amour,
           Au bord des tombes.

                                                         

                                             Paul Jean TOULET


Au retour, nous faisons une courte halte à Fontvieille pour apercevoir le moulin de Daudet qui ne l'habita jamais, mais imagina de situer dans ce cadre  bucolique la rédaction de ses fameuses lettres. Lui demeurait chez des amis au château de Montauban. On accède au moulin, dont le mécanisme fonctionne toujours, par une allée ombragée de pins, où l'auteur aimait à se promener, à flâner et à bavarder avec le meunier. Si l'huile n'est plus pressée ici, elle n'en reste pas moins la principale ressource de la région des Baux, dont la terre est particulièrement propice à la culture de l'olivier et fournit une huile d'une saveur remarquable et, à mon avis, insurpassable, car je ne me souviens pas avoir goûté en Grèce, en Turquie ou en Crète une huile aux arômes si subtils. Pour finir la journée, un autre arrêt s'impose à Saint-Rémy de Provence, où l'arc et le cénotaphe sont admirablement conservés et se parent, à l'approche du soir, d'une légère tonalité ambrée. Ces deux monuments ont miraculeusement échappé aux outrages du temps et des hommes et se caractérisent par leurs imposantes proportions et la qualité de leurs sculptures ( principalement pour le cénotaphe ). Plus loin Glanum fut fondée au VIe siècle av. J.C. sur la route où se croisaient la voie Domitia et celle qui descendait des Alpilles. La ville devait être imposante avec ses riches habitations, ses nombreux autels votifs dédiés à Hercule. Il est toujours émouvant de marcher ainsi dans des ruines dispersées parmi les oliviers et les cyprès, lieux qui n'ont pas manqué d'évoquer pour moi Pergame en Anatolie ou Olympie dans le Péloponnèse.



1252325437_roussillon01.jpg      Le village de Roussillon

 

 

Nous décidons de consacrer notre troisième journée aux villages les plus typiques du Lubéron  et à l'abbaye de Sénanque en empruntant la route touristique qui contourne la chaîne des montagnes et nous découvre à l'ouest une douce série de collines et à l'est le Mourre Nègre qui profile les 1125 m des sombres courbes de son relief. Les paysages sont aussi variés que pittoresques avec les villages qui grimpent et s'étirent le long des éperons rocheux, chacun hissant à son sommet une citadelle ou un campanile, rappelant un passé de guerres, de sièges et d'incursions. Le versant sud est plus doux, plus intime, plus à même de recueillir les espaces boisés et verdoyants qui couvrent les pentes indolentes de la Durance. Si Gordes est le village le plus connu, le plus touristique, il s'est sophistiqué à l'excès et je ne retrouve plus le charme qu'il dégageait lors de ma première visite, il a une trentaine d'années, mais, par chance, Roussillon a su conserver intacte sa séduction avec sa terre ocre dont les nuances vont du blanc doré au jaune clair, du jaune safran au pourpre et jusqu'au marron brûlé. Les hommes de la préhistoire utilisèrent cet ocre pour tracer les dessins rupestres de leurs cavernes. Ce fut surtout à la fin du XVIIIe siècle, sous l'impulsion de Jean-Etienne Astier, que naquît un florissant marché de l'ocre avec l'Orient. De nos jours, le bourg ne vit plus que du tourisme et pointe son clocher carré au sommet d'une coupole d'or, comme offerte à la pluie de lumière qui la fait chatoyer comme un calice. Plus loin, il y aura Ménerbes, Oppède-le-vieux, Lacoste et le château de Sade, Ansouis, demeure de la famille Sabran, Lourmarin où repose Albert Camus, autant de haltes comme les boules d'un chapelet précieux d'ambre que l'on égrène dans des paysages cernés de collines âpres et sauvages. Et voilà enfin, entre Gordes et Sénanque, le village des Bories qui n'est pas sans susciter des analogies avec d'autres constructions de la zone méditerranéenne comme le nuragh sarde ou le tholos grec. Et comment ne pas penser à la voûte en coupole de la tombe d'Agammenon ou le Trésor des Atrides de Mycènes ?

 

 ( Voir mon article sur  Le Peloponnèse  )

 

Les cabanes en pierres sèches ont surtout été utilisées comme bergerie, plus rarement comme habitation. Plus bas, dans le creux d'un vallon solitaire, parmi une végétation abondante, apparaît, austère et puissante, l'abbaye de Sénanque fondée à la fin du XIe siècle par l'Ordre monastique des Cisterciens. La beauté sévère du paysage s'accorde parfaitement à l'austérité propre à l'architecture cistercienne : d'abord une église en croix latine à trois nefs et cinq absides surmontée d'une coupole octogonale à la croisée du transept, puis le monastère qui comprend la salle du chapitre, les dortoirs et le cloître d'un goût nettement provençal, où les arcades se succèdent sans hâte autour d'un petit jardin dominé par le clocher. Tout cela s'accorde à l'esprit de simplicité d'un Ordre qui a toujours privilégié le silence, le recueillement, la prière, le dévouement au prochain et qui réunit encore quelques moines, alors que l'on comptait 350 communautés à la fin du Moyen-Age. La sobriété du site et des bâtiments, la qualité exceptionnelle du silence, le dépouillement général rendent encore plus prégnantes les lignes épurées de l'architecture et nous plongent, pour quelques instants, dans l'harmonie la plus parfaite et l'intériorité spirituelle la plus intense, devenues l'une et l'autre si étrangères à notre monde en constante effervescence.

 


1252342515_dentelles-de-montmirail.jpg   Dentelle de Montmirail

                                                                       

 

Notre quatrième journée va nous conduire au mont Ventoux qui culmine à 1912 mètres et propose un panorama grandiose sur les Alpes, les Cévennes, les Pyrénées et la mer que l'on devine vacillante dans son halo de lumière. Cette montagne doit son nom au vent ( le mistral ) qui y souffle avec une violence extrême, ayant arasé son sommet qui n'est plus qu'une calotte de pierraille blanche que l'on pourrait prendre de loin pour une couche de neige ou de glace. De tous temps, ce mont a attiré la curiosité des botanistes car on y trouve des fleurs et des arbres d'espèces diverses : du thym méditerranéen au saxifrage du Spitzberg, de même que des pins, des cèdres, des sapins, des hêtres, si bien que ce décor fascinant a également attiré les artistes et les poètes séduits par cette montagne dressée, comme par hasard, au milieu du grand jardin provençal. Le premier homme à l'avoir escaladé n'est autre que Pétrarque qui quitta le village de Malaucène avec son frère le 26 avril 1336 pour s'acheminer lentement vers le sommet. Les abords du mont sont magnifiques avec leurs pentes couvertes de vignes, leurs villages, leurs  fontaines, les murs couleur de miel, les façades contre lesquelles s'appuient les cyprès comme des rangées de candélabres et les dentelles si célèbres de Montmirail. Détour en revenant chez nos hôtes au ravissant bourg de Fontaine-de-Vaucluse, lieu poétique par excellence où nous retrouvons la présence de Pétrarque, l'écho de ses vers et son amour pour Laure. C'est là qu'il conçut ses oeuvres les plus importantes, c'est là qu'il chanta son amour éternel et idéal qui le tint pendant vingt ans... si " ardent". Laure de Noves, épouse de Hugues de Sade, à qui elle donna 11 enfants, mourut jeune, emportée par la terrible peste noire qui sévit dans le pays en l'an 1348. Un petit musée rassemble quelques souvenirs du doux poète et le village lui-même ne peut manquer d'enchanter par le murmure de ses eaux, la sobre ordonnance de son église Saint Véran, son château en ruines et cette rivière Sorgue à l'onde si bleue qui jaillit du fond d'un hémicycle naturel avec un débit qui peut dépasser les 22 mètres cubes/seconde.

 


1252346496_avignon0pq.jpg   Avignon : le pont et le palais des Papes

 

 

 

Notre cinquième et dernière journée sera toute entière consacrée à Avignon, après un bain matinal dans la piscine afin d'emmagasiner un peu de fraîcheur avant nos pérégrinations en pleine chaleur dans la cité papale. Lorsque l'on débouche du parking souterrain sur la Place du Palais, c'est évidemment le choc. La grandiose silhouette de celui-ci se détache sur le ciel d'un bleu intense avec ses puissantes murailles, ses tours, ses voûtes, sa cathédrale Notre-Dame des Doms et, sur la gauche, l'élégante architecture du palais des archevêques, tout cela dans une harmonie sublime. Le soir, sous une presque pleine lune, la vision sera peut-être plus belle encore, plus magistrale dans l'expression de sa majestueuse magnificence.Construit sous le pontificat de trois papes, ce château féodal a l'aspect d'une forteresse mais sans sa pesante lourdeur, grâce à ses murs hauts, percés de quelques fenêtres, ses arcs en ogive et ses vastes mâchicoulis qui rendaient jadis le palais imprenable lors des assauts ennemis. L'intérieur, bien que remanié à maintes reprises, conserve sa structure ancienne avec sa cour impressionnante, la salle de la grande audience, celle du consistoire et, plus intime, la chambre du pape ou celle des cerfs qui renferment l'une et l'autre des fresques et des pavements en carreaux de céramique. On déplore bien évidemment les graves dégâts causés ici, comme ailleurs, lors des sombres années de la Révolution. Le clou de la visite reste la terrasse d'où l'on jouit d'une vue panoramique sur le Rhône, le pont Saint Bénézet et la tour de Philippe le Bel, sise sur l'autre rive du fleuve, à Villeneuve-les-Avignon. Le pont d'Avignon est lié à une très belle légende, celle de saint Bénézet qui, enfant, alors qu'il gardait ses brebis, entendit une voix céleste lui ordonner de se rendre à Avignon et d'y construire un pont à travers l'impétueux cours du Rhône. L'enfant, qui n'avait jamais quitté ses collines, rencontra en chemin un ange qui le conduisit auprès de l'évêque ; celui-ci le mit à l'épreuve en lui faisant soulever une pierre tellement lourde que 30 hommes ne seraient pas parvenus à la déplacer. Bénézet, doté alors d'une force miraculeuse, la souleva sans peine et alla la déposer au bord du fleuve pour qu'elle fût la première pierre du futur pont. Quels que fussent les antécédents légendaires, la construction eut bien lieu et le pont achevé en 1185. Il comportait alors 22 arcades. Presque entièrement démoli lors de la chute d'Avignon en 1226, l'ensemble fut reconstruit en partie, puis définitivement abandonné en 1680. Il reste de nos jours quatre arcades avec, sur le second pilier, une chapelle à deux étages, l'un roman, l'autre gothique, qui abrita un moment les restes de saint Bénézet, transportés ensuite dans l'église des Célestins.

 

Mais pour s'immerger plus totalement dans l'ambiance avignonnaise, il faut flâner dans les rues, goûter à son atmosphère cosmopolite, monter au jardin des Doms d'où la vue est également magnifique, entrer dans la cathédrale recueillie, visiter les musées qui recèlent des merveilles, dont une vierge à l'enfant de Botticelli, enfin dîner sur la place du Palais alors que tombe le soir et que la lune se positionne entre les tours de la forteresse. La place entièrement piétonne plonge soudain dans une atmosphère quasi irréelle, dernière image d'une échappée enchanteresse.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 07:49

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Si le paradoxe conserve son actualité, c'est bien parce qu'il a obéré notre capacité de jugement, agissant de telle sorte que le discernement et le bon sens semblent parfois déserter les préoccupations de nos sociétés contemporaines ; alors que discernement et bon sens restent des notions essentielles face à ce principe qui prend  le contre-pied des certitudes logiques de la vraisemblance. De par leur complémentarité, le discernement et le bon sens impliquent la réflexion, la méditation, l'expérience, la lucidité. Relevant du domaine de la spéculation abstraite, ces notions sont au coeur du raisonnement et du questionnement humain. Depuis la nuit des temps, de la maïeutique de Socrate, la théorie des Idées de Platon jusqu'au positivisme d'Auguste Comte, en passant par la logique cartésienne, il semble que discernement et bon sens soient allés de conserve.

 

Tout en accordant une valeur préférentielle au discernement que les sages et  les penseurs ont toujours envisagé comme la capacité supérieure de l'esprit, la faculté de synthèse et d'analyse en mesure de formuler le concept et de distinguer ce qu'il y a d'intelligible dans le sensible, ils n'ont pu éliminer les ressources du bon sens et faire l'impasse sur le paradoxe qui pose les assises de la contradiction, ainsi le paradoxe de Socrate : " subir l'injustice vaut mieux que de la commettre". Les premiers obstacles à franchir seront donc la crédulité naïve et le goût du confort intellectuel qui font préférer l'esprit de certitude à l'esprit de vérité. De là dérivent la mauvaise foi, le fanatisme et les violences. Le doute méthodique est donc une saine et souhaitable pratique si, faisant la part des choses, nous ne cédons pas à un scepticisme réactionnel. Il est bon de se rappeler que la vérité se montre davantage qu'elle ne se démontre et que l'homme la distingue fréquemment sans être capable de la prouver.

 

Quant au bon sens, il  apparaît comme un outil que le peuple, d'instinct, s'est plu à utiliser et dont il a fait bon usage en regard de ses expériences propres. Plus ressenti que pensé, il rejoint l'esprit logique et prémunit des dangers où les idéologues et utopistes risqueraient de l'entraîner. Il est donc un contre-poids nécessaire aux divagations abusives et perverses, car l'homme de bon sens perçoit naturellement ce qui est bon de ce qui est mal, ce qui est juste de ce qui ne l'est pas, guidé par cet instinct qui l'avertit des égarements toujours possibles de l'intelligence. C'est  ce qu'il conviendrait de nommer "le jugement droit".


Le paradoxe semble s'immiscer comme un dé-régulateur, un empêcheur de tourner en rond, un trouble-fête qui exploite à plaisir nos ambiguïtés, nos divergences, nos excès ; nécessaire, il mise sur l'objection pour nous obliger à remettre en cause le procédé de nos réflexions et combinaisons les plus élaborées.  Ainsi le paradoxe pose-t-il un doigt insidieux sur nos contradictions, se ressouvenant qu'il existe entre le concept et le jugement la même différence qu'entre l'intuition intellectuelle et  l'affirmation réfléchie. Par ailleurs, il a également son utilité lorsqu'il soumet à notre discernement des opinions qui vont à l'encontre de celles communément admises. Proust, en fin psychologue, ne craignait pas d'affirmer que  les paradoxes d'aujourd'hui seraient les préjugés de demain. 

 
En faisant obstacle au parti-pris, le paradoxe repose l'interrogation, en maniant et en jouant adroitement de la réfutation et de la protestation. Mais dans certaines circonstances, il nous accule, sans complaisance, jusque dans nos retranchements et peut alors nous conduire, si nous sommes faibles et influençables, à nous déjuger et, s'il est gouverné avec habileté et éloquence, à nous inciter à des compromis et à un désaveu regrettables. Tout dépend de nos certitudes. Arrivés à ce point de non retour, nous ne sommes plus seulement en phase avec le bon sens et le raisonnement, mais avec notre intime conviction, voire avec notre foi. Le domaine de l'évidence intellectuelle est étroit. Et la nature humaine si complexe, qu'elle ne mène pas obligatoirement à des solutions simples et des réponses évidentes. Si aujourd'hui, le paradoxe sévit en permanence, il serait temps de lui adjoindre bon sens, discernement et conviction, que nous avons trop souvent laissés sur le bord du chemin. Ainsi retrouverions-nous la sérénité de jugement, ne serait-ce que pour combattre le nivellement de la pensée qui nous guette,  la désinformation qui nous assourdit, l'abêtissement qui nous menace. Les exemples sont légion, le débat est ouvert.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 10:16

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J'ai tendu des cordes de clocher à clocher,
Des guirlandes, de fenêtre à fenêtre,
Des chaînes d'or d'étoile à étoile,
Et je danse.
                      
( Rimbaud )

Oui, pourquoi ne pas faire l'éloge de nos clochers que les poètes et les écrivains n'ont cessé d'évoquer et de chanter. Non seulement ils font partie du paysage mais la vie des villages s'est organisée, depuis des siècles, autour des églises qu'ils coiffent élégamment et de leurs cloches qui ont sonné, au fil du temps, les simples heures et les grands événements. Ainsi le glas annonçait-il les guerres, les carillons, les pâques et les victoires. Jusqu'alors les étapes de l'existence, du baptême à l'enterrement, étaient liées aux offices religieux qui rassemblaient les communautés de quartier ou de village soudées dans la joie comme dans la peine. Or il est question aujourd'hui, faute de moyens financiers, sur 15000 églises rurales recensées d'en démolir 2800* que les mairies et les communes ne sont plus en mesure d'entretenir. Et ne dit-on pas, ici et là, qu'il vaudrait peut-être mieux construire à la place des salles des fêtes puisque, dorénavant, il n'y a plus suffisamment de prêtres et de paroissiens pour assurer leur permanence ? Ainsi envisage-t-on, prudemment certes, la progressive disparition de ces clochers qui ont contribué à forger le visage de la France. Et quelle sera-t-elle sans eux ? Quelle France subsistera après leur disparition ? Une France qui aura tourné le dos à son passé, à ses tailleurs de pierre, à ses modestes artisans, à ses pèlerins de Compostelle, alors que, sur l'ensemble des continents, des peuples, soucieux de préserver et de perpétuer leur patrimoine, reconstruisent ou rénovent leurs temples et leurs mosquées. Partout on sent cette vitalité qui anime et soude des populations entières autour d'un objectif exaltant et fédérateur : celui de maintenir envers et contre tout l'héritage des anciens. La France serait-elle la seule, de par le monde, à accepter de rompre avec près de 2000 ans d'histoire ? On n'ose y penser !

 

Que l'on soit croyant ou non, une civilisation a un sens, elle s'est fondée sur un patrimoine spirituel et moral autant que matériel et sur des actes autant que sur des engagements. Il se trouve que la nôtre, qui est celle de l'Europe, a été imprégnée jusqu'en ses fibres les plus intimes par le Christianisme, comme les Indes par l'Hindouisme et le Boudhisme, le Moyen-Orient par l'Islam. C'est ainsi. Et nous avons toutes les raisons d'en être fier, car la part de civilisation qui nous vient du Christianisme nous a valu un art rayonnant. Cet art a élevé et enluminé nos cathédrales, inspiré nos peintres et nos sculpteurs, fait retentir nos grandes orgues, semé des calvaires au long de nos routes. L'abandon est toujours un signe de décadence : abandon de la foi, de l'espérance, de la permanence. Et que lègue-t-on en contrepartie, sinon du fatalisme, du détachement, de l'indifférence. Là où certains de nos jeunes mouraient pour une cause ou pour leur patrie, des adolescents, aujourd'hui, se suicident pour rien et c'est désespérant. 

 

En 1903, voici ce qu'un de nos plus grands auteurs, Marcel Proust, que l'on ne peut taxer de militantisme catholique, écrivait à l'un de ses amis**, propos qui me paraissent d'une actualité stupéfiante :

 

 "Mais je vous dirai qu'à Illiers, petite commune où mon père présidait avant hier la distribution des prix, depuis les lois Ferry on n'invite plus le curé à la distribution des prix. On habitue les élèves à considérer ceux qui les fréquentent comme des gens à ne pas voir et de ce côté-là tout autant que de l'autre, on travaille à faire deux France et moi qui me rappelle ce petit village tout penché vers la terre avare, et mère de l'avarice, où le seul élan vers le ciel, souvent pommelé de nuages mais souvent aussi d'un bleu divin et chaque soir transfiguré au couchant de la Beauce où le seul élan vers le ciel est encore  celui du joli clocher de l'église, moi qui me rappelle le curé qui m'a appris le latin et les noms des fleurs de son jardin, moi surtout qui connais la mentalité du beau-frère de mon père, adjoint anti-clérical de là-bas qui ne salue plus le curé depuis les " décrets" et lit L'intransigeant, il me semble que ce n'est pas bien que le vieux curé ne soit plus invité à la distribution des prix comme représentant dans le village quelque chose de plus difficile à définir que l'Office social symbolisé par le pharmacien, l'ingénieur des tabacs retiré et l'opticien, mais qui est tout de même assez respectable, ne fusse que pour l'intelligence du joli clocher, spiritualisé qui pointe vers le couchant et se fond dans ses nuées roses avec tant d'amour et qui tout de même à la première vue d'un étranger débarquant dans le village a meilleur air, plus de noblesse, plus de désintéressement, plus d'intelligence et ce que nous voulons, plus d'amour que les autres constructions si votées soient-elles par les lois les plus récentes".

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

* selon la direction du Nouvel Observatoire du patrimoine religieux -

** Lettre à Georges de Lauris en date du 29 juillet 1903 -

 

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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 09:27

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Autorité, du mot Auctoritas, vient du verbe augere qui signifie augmenter. Elle est la capacité de se faire obéir avec le consentement de celui qui obéit. L'idéal est d'obtenir cette obéissance sans menace et de ne l'exercer que dans le but de sécuriser. Car le vide d'autorité engendre vite l'affolement et le désarroi. Or, en ce début de XXI ème siècle si prompt à tout remettre en cause, posons-nous la question : l'autorité a-t-elle conservé sa légitimité, est-elle toujours recevable, est-elle toujours d'actualité ?


Nous ne sommes plus, en effet, en un temps où le peuple, illettré et privé de savoir, reconnaissait volontiers son incompétence et acceptait d'être dirigé par les puissants de ce monde. Là où la société d'antan se fondait sur l'obéissance, celle d'aujourd'hui privilégie la concertation et l'autonomie individuelle. Ainsi a-t-on transposé peu à peu, dans la réalité quotidienne, le principe d'égalité entre les hommes et le droit accordé a chacun d'accéder, selon ses mérites, aux fonctions les plus hautes, sans discrimination d'origine et de race. Les idées démocratiques ont fait leur chemin et le droit de vote n'est pas autre chose que la participation du peuple aux affaires de l'Etat. Car nul n'est définitivement soumis au cours inexorable de l'histoire : les hommes peuvent toujours, grâce à leurs actions, changer le monde. Pour reprendre un propos d'Hannah Arendt :"Chacun a le droit d'exercer sa liberté en participant au pouvoir politique".


D'où la difficulté de l'exercice pour ceux qui sont mandatés : politiques, magistrats, enseignants. Car, peut-on soumettre à l'autorité un homme qui, par essence, est libre ?
Cependant, aussi libre soit-il, il n'en est pas moins intégré dans un tissu social, une communauté d'appartenance et se doit d'agir de façon telle qu'il ne puisse nuire à la liberté d'autrui. C'est ce que nous pourrions considérer comme une astreinte normale au bien public. Aussi, n'y a-t-il aucune raison probante d'envisager  la disparition de l'autorité et de supposer que nous sommes parvenus à un moment de l'histoire où elle ne serait plus bénéfique à la société des hommes. De toute évidence, non ! l'autorité est encore et toujours nécessaire, parfois même souhaitée.

 
Parce que l'homme vit en communauté et que cette communauté a besoin d'un chef comme l'enfant d'un maître, quelqu'un qui, avant d'être celui qui commande, est celui qui réfléchit, juge et décide... pour le bien des autres. C'est ainsi que l'on fait régner l'ordre et, par voie de conséquence, la paix. Il n'y a pas d'accomplissement humain sans une portion d'autorité admise et reconnue. L'autorité nous autorise à être et à ...faire être ceux qui nous sont proches. C'est alors que l'autorité bien comprise et bien exercée devient service. On remplit une fonction et les responsabilités qui s'y rapportent ; on assume une charge et les conséquences qui s'en suivent. Et l'autorité est d'autant mieux exercée qu'elle est consentie.


Il ne faut pas oublier non plus qu'il y a plusieurs formes d'autorité : de l'autorité personnelle, parentale, éducative à l'autorité politique, morale, spirituelle, et qu'il est préférable de remettre chacune d'elles à sa place avant de les distinguer dans leur singularité. Il appartient, en effet, à chaque époque de ré-organiser les autorités qui lui sont propres. L'erreur serait de réduire l'autorité à un pouvoir, ce pouvoir à une  autocratie, cette autocratie à une tyrannie illégitime et abusive.


Pour que l'acte d'autorité soit accepté, encore faut-il qu'il soit appliqué de façon exemplaire ; c'est seulement dans ces conditions que l'autorité se justifie et s'accrédite par sa capacité à produire et  maintenir des normes de comportement reconnues de tous. L'autorité est admise alors comme une règle qui fait autorité et référence, pose sa légitimité comme un droit. Cela permet d'établir aux yeux de chacun un critère de valeurs, une hiérarchie entre ce qui est bien et ce qui ne l'est pas, entre l'usage supérieur et l'usage inférieur de l'action, de l'intelligence, du langage, de la force, entre ce qui est acceptable et ce qui ne peut être accepté. 


L'autorité a donc obligation de refaire sans cesse la preuve de sa légitimité. Mais on ne peut s'en passer, car, en face d'une absence de repères, l'homme est pris de vertige. Une route non balisée risque fort de ne mener nulle part. L'autorité implique évidemment le respect du groupe, du système et des liens qui se tissent à l'intérieur de cette collectivité afin de former le tissu social dont je parlais plus haut. Les émeutes de banlieue, les réglements de compte, par exemple, inspirés par la tentation de disqualifier ce qui est en place, signent la perte de la croyance dans le bien-fondé de l'autorité et cette perte de respect débouche fatalement sur une perte du respect de soi. C'est alors que la morale a toutes les chances d'être désirée et de nous sembler bonne et, d'autant plus, si l'homme s'emploie à la promouvoir avec sagesse et équité. "Une âme juste est guidée par sa connaissance du Bien ; cette disposition consiste à se gouverner selon la raison ; par suite, une âme juste maîtrise ses passions ; enfin, une telle âme peut être dite harmonieuse, belle, forte et en bonne santé, parce qu'elle se tient à l'écart de l'injuste et du dérèglement des passions" - écrivait Platon. Qui pourrait remettre en cause une aussi belle profession de foi ? Foi en l'homme, foi en l'exercice d'une autorité au service du citoyen et de la nation. Le mieux serait que cette autorité suscite non l'obéissance mais le consentement, s'organise autour de références qui permettraient à l'individu de se réaliser dans un environnement favorable, contribueraient à accroître ses facultés et justifieraient parfaitement le sens premier du mot autorité : celui  d'augmenter, qui exhorte à la promotion ou à la régénérescence d'un idéal.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 09:20
Haïti, un destin singulier

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Une fois encore frappée par le destin, cette île mérite notre compassion et notre sollicitude.      

à Albert et Mireille Chancy

 

Les amoureux, dont je suis, nomment cette perle noire "Magic Haïti " non en raison de son apparence extérieure, car on pourrait tomber naïvement dans la nébuleuse de l'ensorcellement vaudou, mais simplement parce qu'il se  dégage d'elle un charme envoûtant, une fraîcheur à laquelle nous ne sommes plus habitués. Haïti, tout en appartenant à ce patchwork de couleurs et de parfums exotiques, ne ressemble à aucune autre de ses voisines, ce chapelet d'îles qui forme un arc de plus de 1400 km, appelé l'arc caraïbe. Et lorsque l'on y accoste ou que l'on y atterrit, on est très vite conquis par sa population souriante, où le brassage des sangs témoigne d'un passé nourri par des aventures multiples qui ont imprimé à ce petit territoire un destin particulier et tragique, marqué au fer rouge par les vicissitudes de l'esclavage et les conquêtes subies, mais également par de fabuleuses épopées humaines.
Il faut évidemment remonter aux premières heures de sa découverte pour en comprendre la complexité ethnique, car Haïti n'est pas seulement l'Afrique aux Antilles, elle est née d'un mélange plus subtil. Les premiers témoins  nous la décrivent comme un écrin de beauté, un paradis terrestre où la mer venait déposer ses poissons, où l'arbre laissait tomber ses fruits, le soleil ses rayons. Ces premiers témoins, des marins qui naviguaient à bord de trois caravelles, jetèrent l'ancre un soir dans la baie de Saint-Nicolas. Le lendemain matin, on imagine sans peine la lumière d'or qui inondait la baie et la nature qui s'éveillait dans une lente douceur. Le destin d'Haïti frappait soudain à la porte des peuplades Arawaks qui n'en croyaient pas leurs yeux, interloquées par ces extra-terrestres blancs qui semblaient débarquer d'une autre planète et leur rendaient une visite qu'ils imaginaient courtoise, amène et bienveillante. Les indiens Taïnos ayant eux-mêmes enterrés la hache de guerre avec leurs voisins des tribus ciguayiennes qui occupaient les régions montagneuses et les forêts profondes, ne manifestèrent aucune réticence à accueillir ces visiteurs qui ne devaient qu'à une erreur de navigation ( l'astrolabe n'ayant pas la précision qu'aura plus tard le sextant ) d'avoir accosté ici. Christophe Colomb et ses hommes venaient de poser le pied sur une plage immaculée bordée de cocotiers et découvraient avec émerveillement la beauté sauvage de cette nature enserrée dans un écrin de verdure avec ses montagnes bleutées et ses hauts plateaux ceints par une mer émeraude. Colomb, en cet instant, ne pouvait certes pas imaginer combien cette merveille allait susciter d'appétits voraces, d'esprit de conquête et d'appropriation sanguinaire. Lorsqu'il ré-embarqua pour l'Espagne, afin de rendre compte à ses souverains de sa découverte, le 14 janvier 1493, il laissait sur l'île une trentaine d'hommes avec pour consigne de veiller à instaurer une harmonieuse entente avec la population indigène qui n'avait manifesté aucune hostilité à leur encontre. Hélas ! ses ordres ne seront pas respectés et l'irréparable se produira. Cette poignée d'espagnols se livre, dès les caravelles disparues au large, à des razzias, pillages, exactions au point de soulever une révolte bien compréhensible de la part des îliens qui, sous la direction de leur chef l'intrépide Caonabo vont déterrer la hache de guerre et monter à l'assaut du fort de la Nativité où se sont installés les envahisseurs. Pas un seul ne survivra, pas une pierre du fortin ne subsistera.


Pendant ce temps, Christophe Colomb est nommé vice-roi des Indes et amiral par Isabelle la Catholique et chargé d'une nouvelle mission ; aussi ré-appareille-t-il sans plus tarder avec une flotte de dix-sept vaisseaux et 1500 hommes à bord. Les ordres sont clairs : rallier ces terres lointaines à la couronne d'Espagne. Lorsqu'il débarque dans l'île le 27 novembre 1493, Colomb mesure aussitôt l'ampleur du désastre. Tous ses hommes sont morts et, cette fois, il n'est plus question de gagner la sympathie des autochtones. C'est un combat sans merci qui est livré pour la conquête totale du territoire. Caonabo est fait prisonnier, ses guerriers capitulent devant les armes à feu et bientôt le drapeau du Royaume d'Espagne flotte au gré du souffle tiède des alizés. Lorsque treize ans plus tard, un traité de paix est enfin signé avec le dernier cacique indien d'Haïti, la population d'un million d'âmes, qui vivait paisiblement dans cette île, ne compte plus que six-cents survivants que l'on regroupe à Boya, près de Santo-Domingo, désastreux bilan qui voulût que le combat cessât faute de combattants et que la conscience humaine s'infligeât une blessure ineffaçable. Mais comment allait-on faire désormais, sans main- d'oeuvre et sans bras, pour exploiter les richesses de l'île ?


C'est alors qu'un moine dominicain émet l'idée, qui n'est pas dénuée de bon sens, de faire venir d'Afrique des travailleurs noirs qui ont l'habitude des climats tropicaux, loin de subodorer les conséquences honteuses qui en découleront. C'est ainsi que le Père Bartholomée de Las Casas devient, tout à la fois, le père des Indiens et le premier négrier d'Occident. Une population nouvelle s'apprête à en remplacer une autre. En ce début de XVIe siècle, l'expansion coloniale liée aux progrès scientifiques récents ouvrent des voies maritimes, développent des comptoirs commerciaux, si bien que les grandes puissances se trouvent en concurrence les unes avec les autres pour la maîtrise des mers. L'Espagne et le Portugal avaient ouvert les routes océanes, s'y engouffrent dorénavant l'Angleterre, la France, la Hollande et la Scandinavie. Le monde occidental, en pleine effervescence, va bousculer l'histoire, tant les appétits s'aiguisent à l'idée des fabuleux trésors que recèlent ces pays inconnus. Ainsi les Etats s'organisent-ils pour armer les navires qui assurent le commerce dit triangulaire entre l'Afrique, les Caraïbes et l'Europe. L'Espagne, ayant finalement porté son dévolu sur l'Amérique centrale et du sud, les Français trouvent champ libre aux Antilles et, bientôt, des corsaires, des flibustiers investissent les mers pour leur compte personnel, attaquant les navires marchands et faisant de l'île de la Tortue, toute proche d'Haïti, leur centre de ralliement.
Pendant ce temps, la traite des noirs s'organise. Le commerce des esclaves est devenu libre et déverse chaque année sur les quais de St Domingue trente mille africains, soudanais, guinéens, bantous. Il semble que le monde civilisé, prenant sans doute pour référence et excuse que les grandes civilisations - égyptienne, grecque, romaine - l'avaient pratiquée avant eux sans vergogne, s'accommode avec une parfaite indifférence de ce monstrueux système. En 1665, la colonie française s'implante officiellement en Haïti et Bertrand d'Ogeron devient le premier gouverneur d'une terre où affluent bretons, normands, gascons, basques, attirés par sa prospérité. Esclaves affranchis et blancs vont peu à peu mêler leur sang, leur savoir, leur courage et développer les cultures de cacao, de canne à sucre et de café. Tout pousse sur ce sol riche et le commerce ne cesse de s'intensifier. Le port du Cap Haïtien s'encombre de magnifiques vaisseaux assurant le transport des marchandises entre l'île et la France. Grâce à ces efforts, Haïti couvre à elle seule les 3/4 de la production mondiale de sucre et le lancement du café devient un support économique non négligeable. La richesse est telle que Cap Haïtien devient le petit Paris des Caraïbes. La ville voit s'élever de magnifiques demeures, se dessiner des avenues et des jardins et la vie s'y révèle agréable et brillante. Comme il n'existe pas de préjugés sexuels entre français et africains, dont un grand nombre ont été affranchis, les unions légitimes et illégitimes se multiplient et apparaît une infinie variété de nuances et de demi-teintes, au point qu'Haïti offre, au regard de l'étranger d'alors, le plus extravagant spectre de coloris humains ( seule l'île Maurice présente aujourd'hui encore un semblable bouquet ).


En 1697, par le traité de Ryswick, l'Espagne reconnaît officiellement à la France la partie occidentale de St Domingue, ainsi que l'ïle de la Tortue, terre flibuste où il était préférable de ne pas accoster. Mais voilà qu'en 1791, Bouckman un noir au verbe magnétique, prêche la révolte sainte !  Cette subversion courageuse ne débouchera sur rien de concret, car elle sera réprimée vigoureusement et Bouckman et ses lieutenants trouveront la mort dans une embuscade. N'empêche, les noirs viennent de prendre conscience de leur pouvoir....  

 

1227283023_palacedesanssouci.jpg    La citadelle Laferrière

 

LES HEROS DE L'INDEPENDANCE

 

Evénement d'importance, le 8 mai 1790, l'Assemblée nationale constituante vote une résolution qui reconnaît aux affranchis le droit d'être nommés à n'importe quelle fonction dans l'administration de Saint-Domingue, à condition qu'ils possèdent les capacités requises. Cet acquis, non négligeable, allait être néanmoins assombri par les conséquences que ne pouvaient manquer d'avoir la phrase imprudente que prononcera dans le même temps Robespierre, inspiré par son fanatisme révolutionnaire : que périssent les colonies ! Ce souhait n'allait pas tarder à produire des effets désastreux, non seulement sur l'économie elle-même, mais plus spécialement sur Haïti, qui se voit frappée de plein fouet par la progressive diminution des échanges commerciaux avec la métropole.


1793 se révèle être une année de confusion. La France est en proie à la Terreur, l'échafaud répand des torrents de sang, les guerres s'entrecroisent et l'Espagne, maîtresse de la partie orientale de l'île, profite des circonstances pour attaquer les positions françaises, si bien que tout le monde se bat contre tout le monde. Les blancs ont repris l'offensive : attaque surprise du quartier général des affranchis, massacre simultané dans les villes. Mais les troupes mulâtres savent se battre, bien qu'elles ne soient pas toujours conscientes de leur force et de leurs objectifs. Dans la plus riche des colonies françaises, parvenue, semblait-il, à un certain équilibre et à une indéniable prospérité, ce ne sont désormais que crépitements d'incendie et fusillades. L'Angleterre, trouvant l'occasion belle d'intervenir pour affaiblir les positions de la France et de sa puissance maritime, entre en scène. Sonthonax, un révolutionnaire blanc, appelle les noirs à la rébellion et lève une armée de six mille hommes qui prend la ville du Cap Haïtien. Son nom est bientôt sur toutes les lèvres avant que la population, exaspérée par  ses positions  outrancières et ses propos, ne le reconduise dans ses foyers. D'autant qu'une autre étoile monte au firmament de la renommée.  Elle y brillera longtemps d'un incontestable éclat, marquant à jamais la mémoire des Haïtiens. C'est Toussaint Louverture, un enfant du pays, petit-fils de Gaou- Guinou, roi africain des Aradas, descendant d'un haut lignage, qui a supporté  quarante années d'esclavage. Il n'en est pas moins un homme instruit. Mais s'il inspire respect et estime, comment reconnaître en cet être chétif, renfermé, silencieux, maigre et prématurément vieilli, un lutteur, un irréductible, le chef qui tiendra tête à un empereur ?  Lent à se décider, il est prompt à agir et le prouve, dès 1791, en préparant la grande révolte de ses frères d'esclavage. Dans un premier temps, il passe avec armes et bagages au service de la France et ne tarde pas à reconquérir la plupart des localités du nord tombées entre les mains des Espagnols et des Anglais, si bien que la Convention l'élève au rang de général de brigade et, qu'en 1797, il devient général en chef de l'armée de Saint-Domingue. Ayant subi beaucoup de pertes, les Anglais renoncent à poursuivre la lutte et se retirent. Toussaint est alors au faîte de sa gloire ; tout semble le désigner pour assurer le destin de son île. Mais ce serait  compter sans Bonaparte, Premier consul, qui a une vision des choses différente de celle des pères de la Révolution. Il veut restituer au Consulat ce que la Révolution a perdu : les colonies. La reconquête d'Haïti lui parait primordiale et il entend la mener - comme toutes ses actions - au pas de charge, aussi n'est-il pas bon, en de telles circonstances, d'entraver sa route. C'est pourtant ce que Toussaint a le projet de faire. Il affrontera les armées du Premier consul, droit dans ses bottes.


C'est ainsi que le 14 décembre 1801, Napoléon met la dernière main à son plan de bataille et place, sous les ordres de l'amiral Villeret de Joyeuse, une armada de 79 navires avec 22.000 soldats à bord. Leclerc, général en chef, beau-frère du Premier consul, sera du voyage, accompagné de son épouse, la ravissante Pauline Bonaparte. Elle sera la seule note frivole et gracieuse de cette expédition et rapportera de l'île, qui a su l'enchanter, un talisman vaudou chargé de lui conquérir les coeurs, ce qu'elle ne manquera pas de vérifier dès son retour en Europe.
Quant à Toussaint et à ses lieutenants Dessalines et Chistophe, ils vont faire le nécessaire pour s'opposer au débarquement de l'armada en occupant les ports. La flotte française se voit ainsi dans l'obligation de se détourner jusqu'à Port-Margot et ce n'est que dans la nuit du 5 février que Leclerc et son avant-garde se présentent enfin aux portes de la ville du Cap, mise à feu par Christophe, dans le but de retarder leur avancée. N'importe, le nombre est du côté des français et, malgré le courage des marrons, Toussaint se voit tenu à présenter sa soumission au général Leclerc qui la reçoit avec force honneur. Peu de temps après, il est arrêté, embarqué sur Le héros et emprisonné au fort de Joux dans les montagnes jurassiennes. Il y meurt misérablement le 7 avril 1803, sans avoir eu la possibilité de plaider sa cause auprès de Bonaparte. Victor Hugo, le représentant en Vercingétorix noir, écrira : " En me renversant, on n'a abattu à Saint-Domingue que le tronc de l'arbre de la liberté des Noirs. Il repoussera par les racines, car elles sont nombreuses et profondes".


Cette belle figure rebelle disparue, d'autres vont assurer la relève : Pétion et Dessalines continuent le combat au point que l'armée française, à la suite de ces affrontements, passe de 22.000 hommes à 4000 et, après la décisive bataille de Vertières, mettant aux prises Dessalines et Rochambeau, ré-embarque depuis le Môle de Saint- Nicolas, le lieu où, trois- cent- onze ans plus tôt, Christophe Colomb avait posé le pied. En 1790, la République avait proclamé la libération des esclaves, mais le 1er janvier 1804, réunis sur la grande place de Gonaïves, ce sont les chefs de l'armée marron victorieuse, Dessalines en tête, qui proclament solennellement l'INDEPENDANCE. Saint-Domingue redevient Haïti le 18 mai et Dessalines se fait nommer empereur des Haïtiens sous le nom de Jacques Ier. Grisé par sa réussite, il ne tarde pas à verser dans la mégalomanie et le despotisme. Il encourage le massacre des Français restés dans l'île et, se voulant le défenseur des masses, réprime dans le sang une révolte de son propre peuple. Il sera tué dans une embuscade, inaugurant la longue liste des tyrans qui prendront successivement le pouvoir pour le plus grand malheur des Haïtiens.


Pour le moment, c'est son second, Christophe, qui lui succède. Caractère puissant, ce lieutenant de Toussaint subordonne son intérêt personnel à l'amour de l'indépendance. Illettré, il fait en sorte de s'instruire, d'acquérir des manières civiles, de s'exprimer avec profondeur et courtoisie. Obstiné et réaliste, brave jusqu'à la témérité, ce personnage complexe aura toujours le respect de la parole donnée, mais mêlera d'orgueil et de susceptibilité sa loyauté et sa franchise. Tel est l'homme qui reprend le flambeau après la mort de Dessalines, sans savoir que, pour parer aux inconvénients suscités par le caractère de Jacques Ier, empereur brutal, l'Assemblée a pris soin de limiter ses pouvoirs. Humilié Christophe tente de les reconquérir par la force, mais se heurte au général Pétion, tant et si bien que l'Assemblée, préférant la sagesse de Pétion, le nomme président de la République, ce qui aura pour conséquence la division du pays pour plus de treize ans : Christophe gardant le contrôle des régions du nord, Pétion celles de l'ouest et du sud. Le mérite de Christophe est d'appliquer une administration souple, d'encourager l'industrie et d'inaugurer un sérieux code rural ; celui de Pétion de jeter les bases d'une administration qui perdurera jusqu'à l'occupation américaine de 1915. Alors que l'un, Christophe, fait construire l'orgueilleuse citadelle Laferrière, symbole de la résistance, Pétion a le souci de développer l'instruction pour arracher son peuple à l'ignorance. Mais ce dernier se heurte à de puissantes forces d'opposition qui minent ses actions et ont raison de sa santé. La maladie l'emporte le 29 mai 1819.


Quant à Chistophe, il finit par susciter l'hostilité de son entourage par ses violences et une sorte de guérilla reprend. La fin de ce Pierre le Grand des tropiques mérite d'être contée : ayant appris la défaite de son armée face à ses grands barons ( rien de nouveau sous le soleil ! ), il se tire une balle en or dans le coeur dans son palais Sans-Souci, après avoir embrassé sa femme et ses enfants et renvoyé ses domestiques.
Aussi est-ce  sous la pression militaire que sera élu le second président de la République, le général Jean-Pierre Boyer, hautain, méprisant, mais honnête. Il eut à faire face à une opposition qui ira en se durcissant avec des chances diverses durant les 25 années de son gouvernement. Mais ses sarcasmes finissent par le rendre si impopulaire qu'il est renversé et meurt à Paris en 1850 dans la gêne et l'oubli. C'est sous son mandat que fut reconnue officiellement par Charles X l'indépendance haïtienne. Malgré l'accouchement brutal de 1804, les Haïtiens se sont toujours sentis en osmose avec les Français par les liens mêlés du sang, de l'esprit et des intérêts. Peut-être est-ce notre goût de l'insoumission et de la liberté qui, par-delà l'océan, ne cesse de nous unir ?   

 

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 DE L'ERE DUVALIER A NOS JOURS 

                                            

 Si les personnages que nous avons rencontrés dans le précédent chapitre sont cocasses, dignes parfois d'une comédie de boulevard et, par ailleurs, émouvants dans leur désir louable de faire de leur île le premier territoire noir indépendant, l'histoire haïtienne, par elle-même, est un drame. Attentats, misère, souffrances, assassinats se succèdent monotones et lugubres. Le thème du général révolutionnaire victorieux devenu chef d'Etat revient comme un leitmotiv ou un fastidieux cliché. Les meurtres, jacqueries qui ensanglantent les avenues du pouvoir sont monnaie courante et rien ne paraît en mesure de contenir de tels débordements. Oui, pendant un demi-siècle, l'histoire de l'île ne sera que bruit et fureur, jusqu'au 28 juillet 1915 où les Etats-Unis, prenant prétexte de l'assassinat du président Vilbrun Guillaume Sam et des désordres qui s'ensuivent, débarquent sur l'île. Mais cette occupation américaine, bien qu'elle donne à l'économie haïtienne un sérieux coup de rigoise ( nerf de boeuf ), va réveiller l'instinct nationaliste de ce jeune état. La présence de ces étrangers divise bientôt le peuple en deux clans : celui des mulâtres soutenu par l'église qui accepte de participer avec eux pour accélérer le développement du pays, comprenant que l'Amérique est un partenaire puissant capable de favoriser son économie et de coopérer à sa stabilité, et celui des cacos, appuyé par les intellectuels haïtiens réunis autour du docteur Price-Mars, qui, soucieux de valoriser la culture africaine, publie des ouvrages en créole, s'oppose sans cesse au clergé - s'inspirant de l'anticléricalisme en vogue en France depuis 1905 - et renoue, de ce fait, avec les vieilles habitudes d'instabilité passionnée.
La seconde guerre mondiale va stopper net les ambitions et les vélléités de lutte des classes des intellectuels. Après la visite du président Roosevelt, la désoccupation du territoire est décidée, mais le retrait des marines  ne met fin qu'à l'occupation militaire, les Etats-Unis contrôlant encore l'économie par l'intermédiaire des grands bourgeois de Port-au-Prince. Le dernier d'entre eux sera Magloire. Il est renversé en 1956, ce qui suscite une nouvelle période de troubles et provoque une dictature militaire de juin à octobre 1957.
L'ordre étant rétabli, des élections présidentielles ont lieu et le choix des urnes se porte sur la personne de François Duvalier, un médecin déjà très engagé en politique. La classe dirigeante pense qu'elle pourra aisément le manoeuvrer... Il n'en sera rien, car, peu à peu, le nouveau président remplace les mulâtres par le petit peuple et anéantit la puissance de l'armée, fer de lance de la bourgeoisie haïtienne. Des persécutions de tous sortes ne vont plus cesser de s'abattre sur cette classe sociale, l'incitant à quitter les lieux et à s'installer au Québec et en Floride, où la diaspora haïtienne est, de nos jours, encore importante et active. L'église catholique sera traitée de même façon : Mgr Poirier, archevêque français et breton de Port-au-Prince est expulsé, tandis que les Jésuites sont priés de quitter le pays minu militari.


Quand le calme revient enfin, Duvalier s'est statufié en un tyran qui craint tant pour sa vie ( il a été victime de plusieurs tentatives d'attentat ) qu'il n'hésite pas à recourir à la force et se livre à une répression terrifiante, grâce à la formation d'une milice policière, les fameux tonton-macoutes. Le virus de la puissance l'a frappé et, bien qu'il ait été au départ imprégné d'un certain idéal social, il ne va pas moins s'imposer comme un monarque tout puissant, s'inspirant de Mustapha Kémal, seul modèle qu'il s'autorise. Par ses soins, trois mille biographies de l'homme d'état turc seront achetées et distribuées à son entourage. Silencieux, discret, cet homme de taille moyenne, d'une élégance sobre, à l'allure de clergyman, mais ne vivant pas moins dans un palais qui est la réplique ( en plus petit ) de la Maison-Blanche - observe froidement et tranche sans appel. Au début des années 70, François Duvalier, appelé familièrement Papa doc, jouissait d'un bilan exclusivement en sa faveur : il s'était promu président à vie, avait asservi la presse, baîllonné son opposition et commis tant d'exactions, de fusillades, de tortures, que l'on pouvait se demander comment le bon médecin de campagne de jadis, qui avait pris fait et cause pour son peuple, pouvait en être arrivé là ... Haïti vivait dans une terreur muette, surveillée en permanence par une milice sur le pied de guerre. Alors qu'en 1957, le programme de gouvernement du nouvel élu promettait un bouleversement radical en faveur des classes moyennes, des masses urbaines et de la paysannerie ; treize années plus tard le projet était resté à l'état de voeu pieux, le peuple ayant été ni plus, ni moins, spolié, persécuté et maintenu dans des conditions d'existence précaires. Le seul élément positif de cette dictature paternaliste, où sévissait la corruption la plus répugnante, était les retrouvailles avec la France. Entre elle et l'île, c'est une vieille histoire d'amour, faite d'estime et d'admiration, que le temps n'a pu affaiblir. La langue française, tout d'abord, que la majorité des haïtens parlent avec un rien de préciosité, cette langue que les poètes emploient plus volontiers que le créole et qui s'exalte en un français ré-enchanté, comme s'il était revenu à un état d'enfance. Fraîcheur, naïveté, oui, ce peuple, qui a été la proie de tant de violences, les a conservées et n'est-ce pas cette forme d'innocence qui séduit dès l'abord ? La peinture naïve, la poésie naïve; on remonte à nos sources, on retrouve ici quelque chose qui évoque notre passé et rassure notre avenir.


En Haïti, la culture ne s'est pas momifiée, elle ne cesse de s'inventer, et c'est peut-être cela le miracle haïtien. Du moins, ce l'était en cette année 1980 où j'y séjournais à deux reprises avec mon mari. Bébé doc ( Jean-Claude Duvalier ) avait succédé à son père mort en 1971, premier maillon d'une dynastie que papa doc avait cru bon d'instituer, et venait de se marier à une jeune fille de la haute société de Port-au-Prince. Une période de transition plus clémente semblait s'instaurer, en même temps que le jeune président vivait sa lune de miel. Fragiles moments, certes, où planait la sensation feutrée d'une liberté en sursis. L'île venait de s'ouvrir aux touristes et ils arrivaient en nombre par la voie des airs, s'émerveillant de trouver des paysages que la modernité n'avait pas encore dénaturés. Vues d'avion, les terres ocres et noires d'Haïti ressemblent à des bras amicaux qui enserrent une masse épaisse de verdure comme un bouquet sauvage, cernées par la mer des Caraïbes. Cette mer aigue-marine a sculpté l'île, ciselé ses baies, ses criques. Ici l'homme est partout, mais le plus souvent invisible dans sa case noyée sous les efflorescences, les replis, les vallonnements. Et cela n'est rien en comparaison des plages qui semblent l'archétype du rêve. Frangées de cocotiers, désertes, inexploitées, elles tendent l'arc parfait de leur sable corallien à perte de vue, ce qui avait provoqué, jadis, l'exclamation fameuse de Christophe Colomb, débarquant sur l'une d'elles : es una maravilla !


Aujourd'hui Haïti ne se porte pas mieux qu'hier, hélas ! Agitations, révolutions manquées, cyclones, inondations, déforestation ont eu raison de son moral, de son économie et même de sa beauté. Son visage s'est marqué de cicatrices profondes et la joyeuse anarchie d'antan s'est à nouveau figée dans la douleur. Des amis restés là-bas se battent sans relâche afin de l'arracher à la misère dans laquelle elle ne cesse de retomber, faisant en sorte, de leurs maigres mains, que l'inlassable rêve de ses peintres, de ses musiciens, de ses poètes devienne un jour réalité. La France a un rôle important à jouer pour aider ce petit pays à se relever, en favorisant le tourisme et l'agriculture. Le tourisme avait commencé à s'amorcer avec succès dans les années 80, bénéficiant du décor splendide des plages et de l'incommensurable gentillesse des autochtones. Mais les coups d'état successifs, l'instabilité permanente ont même amené le Club Med. à se retirer de l'île. Aujourd'hui certains de nos concitoyens adoptent des enfants haïtiens avec les meilleurs sentiments du monde, mais est-ce la solution ? La seule ne reste-t-elle pas d'aider sur place la population à exploiter ses ressources - et les ressources humaines ne sont pas des moindres - et principalement à croire à nouveau en son destin.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 19:49

1217845447_alexandre-soljenitsyne.png    1918 - 2008

 

 

Par sa vie consacrée au service de la littérature, Soljenitsyne a été tout ensemble un témoin et un prophète.

 

C'est dans la nuit du 3 au 4 août 2008, dans sa datcha des environs de Moscou, que l'écrivain dissident Aleksandr Soljenitsyne a quitté à jamais l'empire des ombres, victime d'une insuffisance cardiaque. Alors que Hegel, Marx, Nietzsche avaient proclamé la mort de Dieu, que les campagnes russes, puis celles de Chine, de Cuba, du Cambodge avaient entériné la mort de l'homme, une voix s'était élevée dans le silence préservé par le rideau de fer, celle d'un homme qui venait d'échapper à l'enfer du goulag et entendait s'exprimer au nom des millions de victimes que le régime totalitaire soviétique venait de perpétrer en toute impunité. Et cette leçon ne devait pas valoir que pour l'indicible horreur de l'Est, elle allait s'appliquer au stupide bonheur de l'Ouest, à la sotte idolâtrie de l'Occident "qui confondait les biens et le Bien, l'argent et l'ordre, la jouissance et l'honneur", nous dit Jean-François Colosimo. Ce Dante des temps nouveaux, comme le nommait Philippe Sollers, a tour à tour enthousiasmé et irrité l'Occident, simplement parce qu'il refusait les opinions courantes, les consensus de bon aloi, les banalités médiatiques. Partout où il est allé - et aux Etats-Unis en particulier - il a dénoncé la violence révolutionnaire( parce qu'elle déchaîne les instincts de la plus élémentaire barbarie ) et exalté le courage, l'humilité, tout en rappelant les sages vertus qui concourent à la conception et l'organisation de la vie.

 

C'est probablement là que se trouve la source du malentendu entre l'écrivain et ses contemporains. Les uns ne voulant pas admettre que le communisme asservissait et détruisait l'homme, alors que Soljenitsyne - même s'il ne fut pas le premier - s'employait  avec L'archipel du goulag à l'ébranlement décisif de ce régime, ce qu'ils ne lui pardonnèrent pas. Quant aux autres, qui auraient aimé voir l'écrivain se transformer en un chantre du libéralisme, ils ne purent qu'être déçus lorsque celui-ci dénonça l'affaiblissement moral, l'hédonisme matérialiste, la sous-culture marchande qui rongeaient déjà implacablement notre société occidentale. D'autant plus que l'écrivain, fervent chrétien ( ce qui là encore ne plaisait pas à tout le monde ), conscient que le temps de la vérité est un temps qui prend du temps, appelait à la compassion, à la modestie, à la fraternité, à la patience, à l'endurance et à l'aptitude au repentir. Tout ce qu'il fallait de nos jours pour en agacer plus d'un ...

C'est précisément cette illusion qu'il serait possible de régénérer et modifier l'homme qu'il a combattue. La soudaine disparition de cet homme-là dans l'homme russe, mais tout aussi bien dans l'homme universel, est le sujet central de La roue rouge. Dira-t-on alors qu'en voulant réhabiliter l'homme dans sa pleine dimension humaine, il a cédé à une sorte d'anti-intellectualisme ou, qu'au contraire, il a lucidement repéré une faiblesse de l'intelligentsia ? Je crois que la réponse est positive et que les générations à venir puiseront dans son oeuvre immense de quoi alimenter leur réflexion et éclairer leur route, tout en confirmant leur avenir.

 

Né le 11 décembre 1918 à Kislovodsk (Russie), Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne passa son enfance à Rostov-sur-le-Don, au sud de la Russie, où il fit des études de sciences et de lettres, avant d'être mobilisé pendant la seconde guerre mondiale et de servir comme capitaine d'artillerie. Puis il sera instituteur avant d'être arrêté et condamné aux camps de travail pour complot anti-soviétique, à la suite d'une lettre destinée à l'un de ses amis, où il osait plusieurs remarques irrespectueuses à l'intention de Staline, surnommé "l'homme à la moustache". Soljenitsyne y laissait entendre également que le gouvernement de l'URSS et Staline lui-même portaient une plus grande responsabilité que Hitler dans les ravages causés par la guerre au peuple soviétique. C'est ainsi qu'il passera sept ans dans les steppes interdites du Kazakhstan, puis trois ans en exil intérieur en Asie centrale. Il relatera son expérience du goulag dans un court roman, Une journée d'lvan Denissovitch, dont Khrouchtchev lui-même autorisera la parution en 1962, dans le but évident de prendre ses distances avec les abus de la période stalinienne. Cet ouvrage lui confèrera rapidement la notoriété.

 

Toutefois, après l'éviction de Khrouchtchev en 1964, Soljenitsyne est victime d'une campagne de harcèlement de la part du KGB et de dénigrement de la part de ses pairs qui l'expulsent de l'Union des écrivains soviétiques. Mais il continue à écrire tout en gagnant sa vie comme professeur de mathématiques dans la ville provinciale de Riazan. Il obtient le prix Nobel de littérature en 1970, alors que sa carrière littéraire débute à peine. Il ne sera pas autorisé à se rendre à Stockholm pour y recevoir son prix. Finalement déchu de sa nationalité, il s'exile d'abord en Suisse puis aux Etats-Unis.

 

Rescapé du goulag et du cancer ( il écrivit à ce propos Le pavillon des cancéreux ), l'écrivain a forgé son destin dans l'épreuve et la souffrance. Inspiré de Tocqueville, il croyait en la démocratie locale et au pouvoir associatif. Alors que certains le prenaient pour un nationaliste, il se voyait simplement comme un patriote conscient qu'il fallait un pouvoir central fort pour assurer la bonne marche d'un état. Auteur de près d'une quarantaine de livres, il est le continuateur d'un Tolstoï, dont il a la puissance et l'ampleur dans la vision historique. On a parlé de l'écrivain comme d'une grande conscience politique. Je préfère le considérer comme l'une des grandes consciences morales du XXe siècle, comme le fut Jean-Paul II, qui contribua avec lui à l'effondrement du totalitarisme marxiste, car la politique n'a ni conscience, ni morale. S'il avait apporté son soutien au Président Poutine, il n'avait pas hésité à dénoncer la guerre en Tchétchénie et s'inquiétait toujours du sort de ses compatriotes. Il n'était que trop conscient que la Russie était brisée moralement et socialement et que c'est toujours les humbles, les besogneux, qui tiennent à bout de force le monde sur leurs épaules.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 10:17

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Roman de Fédor Dostoïevski ( 1821 - 1881 ), les Frères Karamazov est l’œuvre capitale de ce grand écrivain russe, moins bien construite sans doute que Crime et Châtiment, mais d’une intensité de conception et d’analyse remarquable. Le livre se présente sous la forme d’une chronique narrant l’histoire de la violente inimitié qui oppose, dans le cadre d’une petite ville russe, un père et ses fils. La famille Karamazov se compose du vieux Fédor et de Mitia, Ivan et Aliocha ses fils légitimes, ainsi que de Smerdiakov, son fils illégitime. Ce dernier, victime d’une lourde hérédité, est un cynique libertin qui vit en serviteur chez son père et dont l’exemple se révèle être des plus néfastes pour ses frères. Aliocha est le seul qui semble être exempt des tares paternelles. Il est élevé dans une atmosphère très religieuse par le moine Zosime. L’aîné, le lieutenant Mitia, est un impulsif, orgueilleux, cruel et sensuel, mais capable également d’actes de générosité et d’élans de bonté et de sacrifice. Ayant appris que son supérieur, le père de la belle Katia dont il est amoureux, avait soustrait une grosse somme à la caisse du régiment, il fait savoir à la jeune fille qu’il est prêt à sauver son père, mettant cette somme d’argent à sa disposition, à condition qu’elle vienne la chercher elle-même, de façon à la mettre dans une situation de dépendance vis-à-vis de lui. Toutefois, quand Katia se présente, il s’émeut et s’effraye de sa propre bassesse et lui remet la somme promise sans rien exiger. Mais, bientôt, il est bouleversé par un nouvel amour, purement sensuel, envers une femme capricieuse et infidèle du nom de Groucha que le vieux Fédor aime aussi.

 

Contrairement à son frère Mitia, Ivan est un être raffiné, violemment sceptique, niant l’existence de Dieu et l’intérêt de la charité envers son prochain, bien qu’animé inconsciemment d’une foi latente. Il aime Katia dont il partage la complexité de caractère, mais il se refuse à admettre cet amour. Ce sentiment fait naître chez le jeune homme une haine secrète envers son frère Mitia, lequel lui abandonne volontiers la jeune fille. Quant à Smerdiakov, épileptique et irresponsable, il représente, explique et illustre les raisons des sinistres théories d‘Ivan.

 

Ces rapports complexes et inconciliables forment le pivot du roman. Toutefois la haine à l’égard du vieux père réussit à établir un certain lien entre les trois frères. Le vieux Fédor est pour Mitia un rival, pour Ivan un être méprisable, pour Smerdiakov un maître autoritaire et dédaigneux et, pour tous les trois, celui qui détient l’argent qui leur fait tant défaut. Bientôt l’idée d’un parricide se dessine au plus profond de la conscience froide d’Ivan. Avec sa prescience de malade, Smerdiakov le devine et Ivan, sachant tirer profit de son intuition, le poussera à l’action. Peu après avoir accompli ce crime téléguidé, le malheureux se suicidera. Mais les apparences se révèlent être contre Mitia que l’on interne à tort. C’est alors qu’Ivan, sortant de son étrange torpeur spirituelle, va tout tenter pour sauver son frère des travaux forcés. Aliocha qui, dans le projet initial de l’auteur, devait être le héros principal, ne joue en définitive qu’un rôle de spectateur. C’est lui qui recevra la confession de ses frères, mais, bien que comprenant leurs drames, ne parviendra pas à les aider. Quand, par la suite, il se consacrera aux bonnes œuvres, ses initiatives se révèleront plus heureuses.

 

 

Ce roman est représentatif de ce qui, après le déclin du naturalisme, fut appelé le   roman d’idées et servit de tremplin aux inquiétudes de l’esprit européen. Mieux qu’en aucune autre de ses œuvres, Dostoïevski y démontre que la littérature doit servir à révéler les innombrables problèmes que l’homme porte en soi sans se les avouer, ni oser les affronter. Dans son ensemble, Les frères Karamazov sont une vaste analyse de l’âme humaine considérée uniquement sous l’angle de la morale. Mitia formule ainsi cette opinion : « Le cœur des hommes n’est qu’un champ de bataille où luttent Dieu et le diable ».

 

En réalité, un profond manichéisme plane sur l’ensemble du récit. D’un côté nous voyons Aliocha, créature touchée par la grâce mais non à l’abri d’une hérédité paternelle qui l’affecte à maintes reprises, de l’autre un Smerdiakov envahi par la gangrène et totalement privé du sens des responsabilités et qui, néanmoins, sera apte au dernier moment à réaliser l’horreur de son crime et à se donner la mort. Entre ces deux pôles, se tiennent Mitia, le passionné, et Ivan, le tourmenté, l’un essentiellement passif, l’autre un rêveur fou et implacable, mais tous les deux incapables de justifier les raisons de leurs actes.

 

Dans ce roman touffu, intense, d’une puissance indiscutable, l’auteur exprime mieux qu’ailleurs l’idée qu’il se fait de son destin de chrétien et d’écrivain et des deux forces qui dominent sa propre âme : d’une part, la foi en la bonté cachée de la nature humaine, de cette bonté qui se révèle sous la forme chrétienne d’une solidarité humaine infinie ; d’autre part, la constatation d’une misère atavique qui tend continuellement à pousser l’homme vers l’abîme. A cette attitude pascalienne viennent se mêler des ombres maléfiques, le jeu caché du bien et du mal. Le développement ultérieur de ce roman, qui aurait dû comporter le récit de la vie d’Aliocha retiré dans un monastère et dont la seconde partie ne fut jamais achevée*, avait pour objectif de prouver le triomphe de l’état mystique, marqué du signe de la fraternité universelle, sur la logique inhumaine d’Ivan et sur le dualisme inhérent à l’homme. C’est d’ailleurs à cette fraternité universelle, au nom du Christ, que Dostoïevski aspira sa vie durant, sans pouvoir la réaliser pleinement dans son œuvre, ce qui rend celle-ci d’autant plus significative du destin chaotique et douloureux de l’homme.

 

* Dans cette seconde partie, Dostoïevski aurait exposé la genèse des faits qui devaient marquer la vie d’adulte d’Aliocha. Mais L’histoire d’un grand pêcheur, dont l’auteur conserva certains plans et quelques notes, resta inachevée.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 08:49

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Saint-Pétersbourg, février 1885 - Paris, juillet 1957

 

 

Voilà bien un auteur français qui n'aura pas connu le purgatoire où si peu ! Mort il y a plus de cinquante ans, ses pièces ne cessent d'être redonnées, ses livres republiés, et il semble que cet homme, si décrié de son vivant, soit aujourd'hui l'objet de tous les suffrages... Oui, Sacha Guitry amuse encore. Peut-être parce qu'il fait partie d'une lignée française d'esprit et de goût qui compte dans ses rangs des La Fontaine, Voltaire, Feydeau et qu'au final - et c'est rassurant - le talent ne s'use pas. Or Sacha en avait énormément, autant comme auteur dramatique et acteur que comme homme, au point qu'il mêlait étroitement sa vie et son oeuvre. Mieux encore, c'est par le truchement de son théâtre qu'il a vécu ; l'homme nourrissant l'auteur et l'auteur appronfondissant l'homme, en lui prêtant ses illusions et en projetant dans l'imaginaire sa vie réelle. N'est-ce pas dans le théâtre que Guitry a trouvé un remède aux désillusions qu'il rencontrera dans son existence et, en particulier, dans sa vie amoureuse ? Le monde qui l'entourait lui était étranger et c'est sans doute cet aveuglement qui le conduisit à commettre des imprudences qu'il payera chèrement. Gâté par la nature, la naissance, l'éducation et les dons, il vécut dans l'exception, insouciant des servitudes de la vie ordinaire, occupé à créer un univers conforme à ses goûts et à ses aspirations.


L'amour aura, dans l'ensemble de son oeuvre, une place essentielle. L'amour dans toutes ses phases, des prémices au crépuscule, en passant par les promesses, les ruptures, le désir, la passion, l'accomplissement, l'inconstance, la jalousie, la trahison, rien ne sera oublié de ce qui compose et décompose ce sentiment. Dans Faison un rêve, il y a cette phrase qui est une merveilleuse leçon de sagesse : " Nous avons mieux que toute la vie. Nous avons deux jours". Il est vrai que nous sommes là dans un registre léger, voire frivole, que bien des responsables de théâtres subventionnés ne se privèrent pas de dédaigner. Mais ce théâtre, apparemment bourgeois et hédoniste, n'en est pas moins empreint d'une mélancolie voilée qui lui confère une profondeur inattendue et d'une gravité qui a l'élégance de n'être jamais morose. Sans compter l'impertinence et la cocasserie qui sont au rendez-vous. On aime le Guitry qui laisse poindre sous la lucidité et l'ironie, parfois même le cynisme, la nostalgie d'un bonheur enfui ou inaccessible, nostalgie blessée de l'amant déçu, trompé, de l'orphelin de mère et du fils rejeté par un père trop célèbre, trop brillant, le comédien Lucien Guitry, qui vous oblige à vous faire, coûte que coûte, un prénom pour...exister. N'y a-t-il pas derrière la parade de l'esprit délié, qui semble en mesure de tout régler d'une phrase assassine ou d'un bon mot, un immense besoin d'amour et de reconnaissance qui ne fut jamais comblé ? Si bien que Sacha passa son temps à donner le change avec un brio, certes rare, mais intimement fêlé.


Les dernières années de sa vie furent surtout marquées par l'irruption de l'Histoire et le délaissement du théâtre au bénéfice du cinéma ( quinze films entre 1945 et 1957 ). A la Libération, il sera incarcéré soixante jours à Drancy, puis à Fresnes, sur dénonciation, avec un dossier si vide d'accusations que le juge d'instruction fut obligé de passer des annonces dans les journaux pour solliciter des témoignages. On n'avait certes rien à reprocher à l'homme de lettres que ses succès, son talent, sa fantaisie, son esprit. Tout cela se terminera par un non-lieu, mais la rumeur exécrable n'en jouera pas moins son rôle destructeur et Sacha Guitry en sera marqué pour le restant de ses jours. Puis vint une époque qui n'était plus la sienne ; ses films sont moqués par l'intelligentsia et les critiques qui ne voient plus en lui qu'un has been. Il est vrai qu'en cette après-guerre, il payait les conséquences de deux tares : il n'était ni universitaire ( il n'est jamais allé au-delà de la classe de sixième ), ni communiste. Seul Truffaut, toujours clairvoyant, plaidera sa cause dans les Cahiers du Cinéma. Depuis, le retard a été rattrapé et une rétrospective intégrale devait être présentée par la Cinémathèque de Paris dans le cadre de l'exposition " Sacha Guitry, une vie d'artiste "  en 2008. Juste revanche sur un sort qui endeuilla sa vieillesse. Sacha Guitry, mort le 24 juillet 1957, aura eu le dernier mot : nos rêves finissent toujours par nous rattraper.

 


                QUELQUES-UNS DE SES TRAITS D'HUMEUR ET D'HUMOUR

 

 

Elle est partie ! Enfin me voilà seul. C'était depuis des années mon rêve. Je vais donc enfin être seul ! Et déjà, je me demande avec qui ?


Avec tout ce que je sais, on pourrait faire un livre. Il est vrai qu'avec tout ce que je ne sais pas, on pourrait faire une bibliothèque.


Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d'eux, ils en diraient bien davantage.


Il n'y a pas de belle mort. Il y en a qui sont belles à raconter. Mais celles-là, ce sont les morts des autres.


Les directeurs de théâtre croient qu'ils sont intelligents quand ils ont un succès... et quand ils ont un four, ils croient que le public est idiot.


Ne cherchez pas des gens qui vous donnent des conseils. Regardez plutôt ceux qui vous donnent des exemples.


Dans " ami ", il y a l'idée d'âme et dans " relation ", l'idée que tout est relatif.

Vidal : Vous n'êtes pas fidèle à votre femme ?
Léo : Si, souvent !

 

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