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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 10:16

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J'ai tendu des cordes de clocher à clocher,
Des guirlandes, de fenêtre à fenêtre,
Des chaînes d'or d'étoile à étoile,
Et je danse.
                      
( Rimbaud )

Oui, pourquoi ne pas faire l'éloge de nos clochers que les poètes et les écrivains n'ont cessé d'évoquer et de chanter. Non seulement ils font partie du paysage mais la vie des villages s'est organisée, depuis des siècles, autour des églises qu'ils coiffent élégamment et de leurs cloches qui ont sonné, au fil du temps, les simples heures et les grands événements. Ainsi le glas annonçait-il les guerres, les carillons, les pâques et les victoires. Jusqu'alors les étapes de l'existence, du baptême à l'enterrement, étaient liées aux offices religieux qui rassemblaient les communautés de quartier ou de village soudées dans la joie comme dans la peine. Or il est question aujourd'hui, faute de moyens financiers, sur 15000 églises rurales recensées d'en démolir 2800* que les mairies et les communes ne sont plus en mesure d'entretenir. Et ne dit-on pas, ici et là, qu'il vaudrait peut-être mieux construire à la place des salles des fêtes puisque, dorénavant, il n'y a plus suffisamment de prêtres et de paroissiens pour assurer leur permanence ? Ainsi envisage-t-on, prudemment certes, la progressive disparition de ces clochers qui ont contribué à forger le visage de la France. Et quelle sera-t-elle sans eux ? Quelle France subsistera après leur disparition ? Une France qui aura tourné le dos à son passé, à ses tailleurs de pierre, à ses modestes artisans, à ses pèlerins de Compostelle, alors que, sur l'ensemble des continents, des peuples, soucieux de préserver et de perpétuer leur patrimoine, reconstruisent ou rénovent leurs temples et leurs mosquées. Partout on sent cette vitalité qui anime et soude des populations entières autour d'un objectif exaltant et fédérateur : celui de maintenir envers et contre tout l'héritage des anciens. La France serait-elle la seule, de par le monde, à accepter de rompre avec près de 2000 ans d'histoire ? On n'ose y penser !

 

Que l'on soit croyant ou non, une civilisation a un sens, elle s'est fondée sur un patrimoine spirituel et moral autant que matériel et sur des actes autant que sur des engagements. Il se trouve que la nôtre, qui est celle de l'Europe, a été imprégnée jusqu'en ses fibres les plus intimes par le Christianisme, comme les Indes par l'Hindouisme et le Boudhisme, le Moyen-Orient par l'Islam. C'est ainsi. Et nous avons toutes les raisons d'en être fier, car la part de civilisation qui nous vient du Christianisme nous a valu un art rayonnant. Cet art a élevé et enluminé nos cathédrales, inspiré nos peintres et nos sculpteurs, fait retentir nos grandes orgues, semé des calvaires au long de nos routes. L'abandon est toujours un signe de décadence : abandon de la foi, de l'espérance, de la permanence. Et que lègue-t-on en contrepartie, sinon du fatalisme, du détachement, de l'indifférence. Là où certains de nos jeunes mouraient pour une cause ou pour leur patrie, des adolescents, aujourd'hui, se suicident pour rien et c'est désespérant. 

 

En 1903, voici ce qu'un de nos plus grands auteurs, Marcel Proust, que l'on ne peut taxer de militantisme catholique, écrivait à l'un de ses amis**, propos qui me paraissent d'une actualité stupéfiante :

 

 "Mais je vous dirai qu'à Illiers, petite commune où mon père présidait avant hier la distribution des prix, depuis les lois Ferry on n'invite plus le curé à la distribution des prix. On habitue les élèves à considérer ceux qui les fréquentent comme des gens à ne pas voir et de ce côté-là tout autant que de l'autre, on travaille à faire deux France et moi qui me rappelle ce petit village tout penché vers la terre avare, et mère de l'avarice, où le seul élan vers le ciel, souvent pommelé de nuages mais souvent aussi d'un bleu divin et chaque soir transfiguré au couchant de la Beauce où le seul élan vers le ciel est encore  celui du joli clocher de l'église, moi qui me rappelle le curé qui m'a appris le latin et les noms des fleurs de son jardin, moi surtout qui connais la mentalité du beau-frère de mon père, adjoint anti-clérical de là-bas qui ne salue plus le curé depuis les " décrets" et lit L'intransigeant, il me semble que ce n'est pas bien que le vieux curé ne soit plus invité à la distribution des prix comme représentant dans le village quelque chose de plus difficile à définir que l'Office social symbolisé par le pharmacien, l'ingénieur des tabacs retiré et l'opticien, mais qui est tout de même assez respectable, ne fusse que pour l'intelligence du joli clocher, spiritualisé qui pointe vers le couchant et se fond dans ses nuées roses avec tant d'amour et qui tout de même à la première vue d'un étranger débarquant dans le village a meilleur air, plus de noblesse, plus de désintéressement, plus d'intelligence et ce que nous voulons, plus d'amour que les autres constructions si votées soient-elles par les lois les plus récentes".

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

* selon la direction du Nouvel Observatoire du patrimoine religieux -

** Lettre à Georges de Lauris en date du 29 juillet 1903 -

 

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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 09:27

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Autorité, du mot Auctoritas, vient du verbe augere qui signifie augmenter. Elle est la capacité de se faire obéir avec le consentement de celui qui obéit. L'idéal est d'obtenir cette obéissance sans menace et de ne l'exercer que dans le but de sécuriser. Car le vide d'autorité engendre vite l'affolement et le désarroi. Or, en ce début de XXI ème siècle si prompt à tout remettre en cause, posons-nous la question : l'autorité a-t-elle conservé sa légitimité, est-elle toujours recevable, est-elle toujours d'actualité ?


Nous ne sommes plus, en effet, en un temps où le peuple, illettré et privé de savoir, reconnaissait volontiers son incompétence et acceptait d'être dirigé par les puissants de ce monde. Là où la société d'antan se fondait sur l'obéissance, celle d'aujourd'hui privilégie la concertation et l'autonomie individuelle. Ainsi a-t-on transposé peu à peu, dans la réalité quotidienne, le principe d'égalité entre les hommes et le droit accordé a chacun d'accéder, selon ses mérites, aux fonctions les plus hautes, sans discrimination d'origine et de race. Les idées démocratiques ont fait leur chemin et le droit de vote n'est pas autre chose que la participation du peuple aux affaires de l'Etat. Car nul n'est définitivement soumis au cours inexorable de l'histoire : les hommes peuvent toujours, grâce à leurs actions, changer le monde. Pour reprendre un propos d'Hannah Arendt :"Chacun a le droit d'exercer sa liberté en participant au pouvoir politique".


D'où la difficulté de l'exercice pour ceux qui sont mandatés : politiques, magistrats, enseignants. Car, peut-on soumettre à l'autorité un homme qui, par essence, est libre ?
Cependant, aussi libre soit-il, il n'en est pas moins intégré dans un tissu social, une communauté d'appartenance et se doit d'agir de façon telle qu'il ne puisse nuire à la liberté d'autrui. C'est ce que nous pourrions considérer comme une astreinte normale au bien public. Aussi, n'y a-t-il aucune raison probante d'envisager  la disparition de l'autorité et de supposer que nous sommes parvenus à un moment de l'histoire où elle ne serait plus bénéfique à la société des hommes. De toute évidence, non ! l'autorité est encore et toujours nécessaire, parfois même souhaitée.

 
Parce que l'homme vit en communauté et que cette communauté a besoin d'un chef comme l'enfant d'un maître, quelqu'un qui, avant d'être celui qui commande, est celui qui réfléchit, juge et décide... pour le bien des autres. C'est ainsi que l'on fait régner l'ordre et, par voie de conséquence, la paix. Il n'y a pas d'accomplissement humain sans une portion d'autorité admise et reconnue. L'autorité nous autorise à être et à ...faire être ceux qui nous sont proches. C'est alors que l'autorité bien comprise et bien exercée devient service. On remplit une fonction et les responsabilités qui s'y rapportent ; on assume une charge et les conséquences qui s'en suivent. Et l'autorité est d'autant mieux exercée qu'elle est consentie.


Il ne faut pas oublier non plus qu'il y a plusieurs formes d'autorité : de l'autorité personnelle, parentale, éducative à l'autorité politique, morale, spirituelle, et qu'il est préférable de remettre chacune d'elles à sa place avant de les distinguer dans leur singularité. Il appartient, en effet, à chaque époque de ré-organiser les autorités qui lui sont propres. L'erreur serait de réduire l'autorité à un pouvoir, ce pouvoir à une  autocratie, cette autocratie à une tyrannie illégitime et abusive.


Pour que l'acte d'autorité soit accepté, encore faut-il qu'il soit appliqué de façon exemplaire ; c'est seulement dans ces conditions que l'autorité se justifie et s'accrédite par sa capacité à produire et  maintenir des normes de comportement reconnues de tous. L'autorité est admise alors comme une règle qui fait autorité et référence, pose sa légitimité comme un droit. Cela permet d'établir aux yeux de chacun un critère de valeurs, une hiérarchie entre ce qui est bien et ce qui ne l'est pas, entre l'usage supérieur et l'usage inférieur de l'action, de l'intelligence, du langage, de la force, entre ce qui est acceptable et ce qui ne peut être accepté. 


L'autorité a donc obligation de refaire sans cesse la preuve de sa légitimité. Mais on ne peut s'en passer, car, en face d'une absence de repères, l'homme est pris de vertige. Une route non balisée risque fort de ne mener nulle part. L'autorité implique évidemment le respect du groupe, du système et des liens qui se tissent à l'intérieur de cette collectivité afin de former le tissu social dont je parlais plus haut. Les émeutes de banlieue, les réglements de compte, par exemple, inspirés par la tentation de disqualifier ce qui est en place, signent la perte de la croyance dans le bien-fondé de l'autorité et cette perte de respect débouche fatalement sur une perte du respect de soi. C'est alors que la morale a toutes les chances d'être désirée et de nous sembler bonne et, d'autant plus, si l'homme s'emploie à la promouvoir avec sagesse et équité. "Une âme juste est guidée par sa connaissance du Bien ; cette disposition consiste à se gouverner selon la raison ; par suite, une âme juste maîtrise ses passions ; enfin, une telle âme peut être dite harmonieuse, belle, forte et en bonne santé, parce qu'elle se tient à l'écart de l'injuste et du dérèglement des passions" - écrivait Platon. Qui pourrait remettre en cause une aussi belle profession de foi ? Foi en l'homme, foi en l'exercice d'une autorité au service du citoyen et de la nation. Le mieux serait que cette autorité suscite non l'obéissance mais le consentement, s'organise autour de références qui permettraient à l'individu de se réaliser dans un environnement favorable, contribueraient à accroître ses facultés et justifieraient parfaitement le sens premier du mot autorité : celui  d'augmenter, qui exhorte à la promotion ou à la régénérescence d'un idéal.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 09:20
Haïti, un destin singulier

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Une fois encore frappée par le destin, cette île mérite notre compassion et notre sollicitude.      

à Albert et Mireille Chancy

 

Les amoureux, dont je suis, nomment cette perle noire "Magic Haïti " non en raison de son apparence extérieure, car on pourrait tomber naïvement dans la nébuleuse de l'ensorcellement vaudou, mais simplement parce qu'il se  dégage d'elle un charme envoûtant, une fraîcheur à laquelle nous ne sommes plus habitués. Haïti, tout en appartenant à ce patchwork de couleurs et de parfums exotiques, ne ressemble à aucune autre de ses voisines, ce chapelet d'îles qui forme un arc de plus de 1400 km, appelé l'arc caraïbe. Et lorsque l'on y accoste ou que l'on y atterrit, on est très vite conquis par sa population souriante, où le brassage des sangs témoigne d'un passé nourri par des aventures multiples qui ont imprimé à ce petit territoire un destin particulier et tragique, marqué au fer rouge par les vicissitudes de l'esclavage et les conquêtes subies, mais également par de fabuleuses épopées humaines.
Il faut évidemment remonter aux premières heures de sa découverte pour en comprendre la complexité ethnique, car Haïti n'est pas seulement l'Afrique aux Antilles, elle est née d'un mélange plus subtil. Les premiers témoins  nous la décrivent comme un écrin de beauté, un paradis terrestre où la mer venait déposer ses poissons, où l'arbre laissait tomber ses fruits, le soleil ses rayons. Ces premiers témoins, des marins qui naviguaient à bord de trois caravelles, jetèrent l'ancre un soir dans la baie de Saint-Nicolas. Le lendemain matin, on imagine sans peine la lumière d'or qui inondait la baie et la nature qui s'éveillait dans une lente douceur. Le destin d'Haïti frappait soudain à la porte des peuplades Arawaks qui n'en croyaient pas leurs yeux, interloquées par ces extra-terrestres blancs qui semblaient débarquer d'une autre planète et leur rendaient une visite qu'ils imaginaient courtoise, amène et bienveillante. Les indiens Taïnos ayant eux-mêmes enterrés la hache de guerre avec leurs voisins des tribus ciguayiennes qui occupaient les régions montagneuses et les forêts profondes, ne manifestèrent aucune réticence à accueillir ces visiteurs qui ne devaient qu'à une erreur de navigation ( l'astrolabe n'ayant pas la précision qu'aura plus tard le sextant ) d'avoir accosté ici. Christophe Colomb et ses hommes venaient de poser le pied sur une plage immaculée bordée de cocotiers et découvraient avec émerveillement la beauté sauvage de cette nature enserrée dans un écrin de verdure avec ses montagnes bleutées et ses hauts plateaux ceints par une mer émeraude. Colomb, en cet instant, ne pouvait certes pas imaginer combien cette merveille allait susciter d'appétits voraces, d'esprit de conquête et d'appropriation sanguinaire. Lorsqu'il ré-embarqua pour l'Espagne, afin de rendre compte à ses souverains de sa découverte, le 14 janvier 1493, il laissait sur l'île une trentaine d'hommes avec pour consigne de veiller à instaurer une harmonieuse entente avec la population indigène qui n'avait manifesté aucune hostilité à leur encontre. Hélas ! ses ordres ne seront pas respectés et l'irréparable se produira. Cette poignée d'espagnols se livre, dès les caravelles disparues au large, à des razzias, pillages, exactions au point de soulever une révolte bien compréhensible de la part des îliens qui, sous la direction de leur chef l'intrépide Caonabo vont déterrer la hache de guerre et monter à l'assaut du fort de la Nativité où se sont installés les envahisseurs. Pas un seul ne survivra, pas une pierre du fortin ne subsistera.


Pendant ce temps, Christophe Colomb est nommé vice-roi des Indes et amiral par Isabelle la Catholique et chargé d'une nouvelle mission ; aussi ré-appareille-t-il sans plus tarder avec une flotte de dix-sept vaisseaux et 1500 hommes à bord. Les ordres sont clairs : rallier ces terres lointaines à la couronne d'Espagne. Lorsqu'il débarque dans l'île le 27 novembre 1493, Colomb mesure aussitôt l'ampleur du désastre. Tous ses hommes sont morts et, cette fois, il n'est plus question de gagner la sympathie des autochtones. C'est un combat sans merci qui est livré pour la conquête totale du territoire. Caonabo est fait prisonnier, ses guerriers capitulent devant les armes à feu et bientôt le drapeau du Royaume d'Espagne flotte au gré du souffle tiède des alizés. Lorsque treize ans plus tard, un traité de paix est enfin signé avec le dernier cacique indien d'Haïti, la population d'un million d'âmes, qui vivait paisiblement dans cette île, ne compte plus que six-cents survivants que l'on regroupe à Boya, près de Santo-Domingo, désastreux bilan qui voulût que le combat cessât faute de combattants et que la conscience humaine s'infligeât une blessure ineffaçable. Mais comment allait-on faire désormais, sans main- d'oeuvre et sans bras, pour exploiter les richesses de l'île ?


C'est alors qu'un moine dominicain émet l'idée, qui n'est pas dénuée de bon sens, de faire venir d'Afrique des travailleurs noirs qui ont l'habitude des climats tropicaux, loin de subodorer les conséquences honteuses qui en découleront. C'est ainsi que le Père Bartholomée de Las Casas devient, tout à la fois, le père des Indiens et le premier négrier d'Occident. Une population nouvelle s'apprête à en remplacer une autre. En ce début de XVIe siècle, l'expansion coloniale liée aux progrès scientifiques récents ouvrent des voies maritimes, développent des comptoirs commerciaux, si bien que les grandes puissances se trouvent en concurrence les unes avec les autres pour la maîtrise des mers. L'Espagne et le Portugal avaient ouvert les routes océanes, s'y engouffrent dorénavant l'Angleterre, la France, la Hollande et la Scandinavie. Le monde occidental, en pleine effervescence, va bousculer l'histoire, tant les appétits s'aiguisent à l'idée des fabuleux trésors que recèlent ces pays inconnus. Ainsi les Etats s'organisent-ils pour armer les navires qui assurent le commerce dit triangulaire entre l'Afrique, les Caraïbes et l'Europe. L'Espagne, ayant finalement porté son dévolu sur l'Amérique centrale et du sud, les Français trouvent champ libre aux Antilles et, bientôt, des corsaires, des flibustiers investissent les mers pour leur compte personnel, attaquant les navires marchands et faisant de l'île de la Tortue, toute proche d'Haïti, leur centre de ralliement.
Pendant ce temps, la traite des noirs s'organise. Le commerce des esclaves est devenu libre et déverse chaque année sur les quais de St Domingue trente mille africains, soudanais, guinéens, bantous. Il semble que le monde civilisé, prenant sans doute pour référence et excuse que les grandes civilisations - égyptienne, grecque, romaine - l'avaient pratiquée avant eux sans vergogne, s'accommode avec une parfaite indifférence de ce monstrueux système. En 1665, la colonie française s'implante officiellement en Haïti et Bertrand d'Ogeron devient le premier gouverneur d'une terre où affluent bretons, normands, gascons, basques, attirés par sa prospérité. Esclaves affranchis et blancs vont peu à peu mêler leur sang, leur savoir, leur courage et développer les cultures de cacao, de canne à sucre et de café. Tout pousse sur ce sol riche et le commerce ne cesse de s'intensifier. Le port du Cap Haïtien s'encombre de magnifiques vaisseaux assurant le transport des marchandises entre l'île et la France. Grâce à ces efforts, Haïti couvre à elle seule les 3/4 de la production mondiale de sucre et le lancement du café devient un support économique non négligeable. La richesse est telle que Cap Haïtien devient le petit Paris des Caraïbes. La ville voit s'élever de magnifiques demeures, se dessiner des avenues et des jardins et la vie s'y révèle agréable et brillante. Comme il n'existe pas de préjugés sexuels entre français et africains, dont un grand nombre ont été affranchis, les unions légitimes et illégitimes se multiplient et apparaît une infinie variété de nuances et de demi-teintes, au point qu'Haïti offre, au regard de l'étranger d'alors, le plus extravagant spectre de coloris humains ( seule l'île Maurice présente aujourd'hui encore un semblable bouquet ).


En 1697, par le traité de Ryswick, l'Espagne reconnaît officiellement à la France la partie occidentale de St Domingue, ainsi que l'ïle de la Tortue, terre flibuste où il était préférable de ne pas accoster. Mais voilà qu'en 1791, Bouckman un noir au verbe magnétique, prêche la révolte sainte !  Cette subversion courageuse ne débouchera sur rien de concret, car elle sera réprimée vigoureusement et Bouckman et ses lieutenants trouveront la mort dans une embuscade. N'empêche, les noirs viennent de prendre conscience de leur pouvoir....  

 

1227283023_palacedesanssouci.jpg    La citadelle Laferrière

 

LES HEROS DE L'INDEPENDANCE

 

Evénement d'importance, le 8 mai 1790, l'Assemblée nationale constituante vote une résolution qui reconnaît aux affranchis le droit d'être nommés à n'importe quelle fonction dans l'administration de Saint-Domingue, à condition qu'ils possèdent les capacités requises. Cet acquis, non négligeable, allait être néanmoins assombri par les conséquences que ne pouvaient manquer d'avoir la phrase imprudente que prononcera dans le même temps Robespierre, inspiré par son fanatisme révolutionnaire : que périssent les colonies ! Ce souhait n'allait pas tarder à produire des effets désastreux, non seulement sur l'économie elle-même, mais plus spécialement sur Haïti, qui se voit frappée de plein fouet par la progressive diminution des échanges commerciaux avec la métropole.


1793 se révèle être une année de confusion. La France est en proie à la Terreur, l'échafaud répand des torrents de sang, les guerres s'entrecroisent et l'Espagne, maîtresse de la partie orientale de l'île, profite des circonstances pour attaquer les positions françaises, si bien que tout le monde se bat contre tout le monde. Les blancs ont repris l'offensive : attaque surprise du quartier général des affranchis, massacre simultané dans les villes. Mais les troupes mulâtres savent se battre, bien qu'elles ne soient pas toujours conscientes de leur force et de leurs objectifs. Dans la plus riche des colonies françaises, parvenue, semblait-il, à un certain équilibre et à une indéniable prospérité, ce ne sont désormais que crépitements d'incendie et fusillades. L'Angleterre, trouvant l'occasion belle d'intervenir pour affaiblir les positions de la France et de sa puissance maritime, entre en scène. Sonthonax, un révolutionnaire blanc, appelle les noirs à la rébellion et lève une armée de six mille hommes qui prend la ville du Cap Haïtien. Son nom est bientôt sur toutes les lèvres avant que la population, exaspérée par  ses positions  outrancières et ses propos, ne le reconduise dans ses foyers. D'autant qu'une autre étoile monte au firmament de la renommée.  Elle y brillera longtemps d'un incontestable éclat, marquant à jamais la mémoire des Haïtiens. C'est Toussaint Louverture, un enfant du pays, petit-fils de Gaou- Guinou, roi africain des Aradas, descendant d'un haut lignage, qui a supporté  quarante années d'esclavage. Il n'en est pas moins un homme instruit. Mais s'il inspire respect et estime, comment reconnaître en cet être chétif, renfermé, silencieux, maigre et prématurément vieilli, un lutteur, un irréductible, le chef qui tiendra tête à un empereur ?  Lent à se décider, il est prompt à agir et le prouve, dès 1791, en préparant la grande révolte de ses frères d'esclavage. Dans un premier temps, il passe avec armes et bagages au service de la France et ne tarde pas à reconquérir la plupart des localités du nord tombées entre les mains des Espagnols et des Anglais, si bien que la Convention l'élève au rang de général de brigade et, qu'en 1797, il devient général en chef de l'armée de Saint-Domingue. Ayant subi beaucoup de pertes, les Anglais renoncent à poursuivre la lutte et se retirent. Toussaint est alors au faîte de sa gloire ; tout semble le désigner pour assurer le destin de son île. Mais ce serait  compter sans Bonaparte, Premier consul, qui a une vision des choses différente de celle des pères de la Révolution. Il veut restituer au Consulat ce que la Révolution a perdu : les colonies. La reconquête d'Haïti lui parait primordiale et il entend la mener - comme toutes ses actions - au pas de charge, aussi n'est-il pas bon, en de telles circonstances, d'entraver sa route. C'est pourtant ce que Toussaint a le projet de faire. Il affrontera les armées du Premier consul, droit dans ses bottes.


C'est ainsi que le 14 décembre 1801, Napoléon met la dernière main à son plan de bataille et place, sous les ordres de l'amiral Villeret de Joyeuse, une armada de 79 navires avec 22.000 soldats à bord. Leclerc, général en chef, beau-frère du Premier consul, sera du voyage, accompagné de son épouse, la ravissante Pauline Bonaparte. Elle sera la seule note frivole et gracieuse de cette expédition et rapportera de l'île, qui a su l'enchanter, un talisman vaudou chargé de lui conquérir les coeurs, ce qu'elle ne manquera pas de vérifier dès son retour en Europe.
Quant à Toussaint et à ses lieutenants Dessalines et Chistophe, ils vont faire le nécessaire pour s'opposer au débarquement de l'armada en occupant les ports. La flotte française se voit ainsi dans l'obligation de se détourner jusqu'à Port-Margot et ce n'est que dans la nuit du 5 février que Leclerc et son avant-garde se présentent enfin aux portes de la ville du Cap, mise à feu par Christophe, dans le but de retarder leur avancée. N'importe, le nombre est du côté des français et, malgré le courage des marrons, Toussaint se voit tenu à présenter sa soumission au général Leclerc qui la reçoit avec force honneur. Peu de temps après, il est arrêté, embarqué sur Le héros et emprisonné au fort de Joux dans les montagnes jurassiennes. Il y meurt misérablement le 7 avril 1803, sans avoir eu la possibilité de plaider sa cause auprès de Bonaparte. Victor Hugo, le représentant en Vercingétorix noir, écrira : " En me renversant, on n'a abattu à Saint-Domingue que le tronc de l'arbre de la liberté des Noirs. Il repoussera par les racines, car elles sont nombreuses et profondes".


Cette belle figure rebelle disparue, d'autres vont assurer la relève : Pétion et Dessalines continuent le combat au point que l'armée française, à la suite de ces affrontements, passe de 22.000 hommes à 4000 et, après la décisive bataille de Vertières, mettant aux prises Dessalines et Rochambeau, ré-embarque depuis le Môle de Saint- Nicolas, le lieu où, trois- cent- onze ans plus tôt, Christophe Colomb avait posé le pied. En 1790, la République avait proclamé la libération des esclaves, mais le 1er janvier 1804, réunis sur la grande place de Gonaïves, ce sont les chefs de l'armée marron victorieuse, Dessalines en tête, qui proclament solennellement l'INDEPENDANCE. Saint-Domingue redevient Haïti le 18 mai et Dessalines se fait nommer empereur des Haïtiens sous le nom de Jacques Ier. Grisé par sa réussite, il ne tarde pas à verser dans la mégalomanie et le despotisme. Il encourage le massacre des Français restés dans l'île et, se voulant le défenseur des masses, réprime dans le sang une révolte de son propre peuple. Il sera tué dans une embuscade, inaugurant la longue liste des tyrans qui prendront successivement le pouvoir pour le plus grand malheur des Haïtiens.


Pour le moment, c'est son second, Christophe, qui lui succède. Caractère puissant, ce lieutenant de Toussaint subordonne son intérêt personnel à l'amour de l'indépendance. Illettré, il fait en sorte de s'instruire, d'acquérir des manières civiles, de s'exprimer avec profondeur et courtoisie. Obstiné et réaliste, brave jusqu'à la témérité, ce personnage complexe aura toujours le respect de la parole donnée, mais mêlera d'orgueil et de susceptibilité sa loyauté et sa franchise. Tel est l'homme qui reprend le flambeau après la mort de Dessalines, sans savoir que, pour parer aux inconvénients suscités par le caractère de Jacques Ier, empereur brutal, l'Assemblée a pris soin de limiter ses pouvoirs. Humilié Christophe tente de les reconquérir par la force, mais se heurte au général Pétion, tant et si bien que l'Assemblée, préférant la sagesse de Pétion, le nomme président de la République, ce qui aura pour conséquence la division du pays pour plus de treize ans : Christophe gardant le contrôle des régions du nord, Pétion celles de l'ouest et du sud. Le mérite de Christophe est d'appliquer une administration souple, d'encourager l'industrie et d'inaugurer un sérieux code rural ; celui de Pétion de jeter les bases d'une administration qui perdurera jusqu'à l'occupation américaine de 1915. Alors que l'un, Christophe, fait construire l'orgueilleuse citadelle Laferrière, symbole de la résistance, Pétion a le souci de développer l'instruction pour arracher son peuple à l'ignorance. Mais ce dernier se heurte à de puissantes forces d'opposition qui minent ses actions et ont raison de sa santé. La maladie l'emporte le 29 mai 1819.


Quant à Chistophe, il finit par susciter l'hostilité de son entourage par ses violences et une sorte de guérilla reprend. La fin de ce Pierre le Grand des tropiques mérite d'être contée : ayant appris la défaite de son armée face à ses grands barons ( rien de nouveau sous le soleil ! ), il se tire une balle en or dans le coeur dans son palais Sans-Souci, après avoir embrassé sa femme et ses enfants et renvoyé ses domestiques.
Aussi est-ce  sous la pression militaire que sera élu le second président de la République, le général Jean-Pierre Boyer, hautain, méprisant, mais honnête. Il eut à faire face à une opposition qui ira en se durcissant avec des chances diverses durant les 25 années de son gouvernement. Mais ses sarcasmes finissent par le rendre si impopulaire qu'il est renversé et meurt à Paris en 1850 dans la gêne et l'oubli. C'est sous son mandat que fut reconnue officiellement par Charles X l'indépendance haïtienne. Malgré l'accouchement brutal de 1804, les Haïtiens se sont toujours sentis en osmose avec les Français par les liens mêlés du sang, de l'esprit et des intérêts. Peut-être est-ce notre goût de l'insoumission et de la liberté qui, par-delà l'océan, ne cesse de nous unir ?   

 

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 DE L'ERE DUVALIER A NOS JOURS 

                                            

 Si les personnages que nous avons rencontrés dans le précédent chapitre sont cocasses, dignes parfois d'une comédie de boulevard et, par ailleurs, émouvants dans leur désir louable de faire de leur île le premier territoire noir indépendant, l'histoire haïtienne, par elle-même, est un drame. Attentats, misère, souffrances, assassinats se succèdent monotones et lugubres. Le thème du général révolutionnaire victorieux devenu chef d'Etat revient comme un leitmotiv ou un fastidieux cliché. Les meurtres, jacqueries qui ensanglantent les avenues du pouvoir sont monnaie courante et rien ne paraît en mesure de contenir de tels débordements. Oui, pendant un demi-siècle, l'histoire de l'île ne sera que bruit et fureur, jusqu'au 28 juillet 1915 où les Etats-Unis, prenant prétexte de l'assassinat du président Vilbrun Guillaume Sam et des désordres qui s'ensuivent, débarquent sur l'île. Mais cette occupation américaine, bien qu'elle donne à l'économie haïtienne un sérieux coup de rigoise ( nerf de boeuf ), va réveiller l'instinct nationaliste de ce jeune état. La présence de ces étrangers divise bientôt le peuple en deux clans : celui des mulâtres soutenu par l'église qui accepte de participer avec eux pour accélérer le développement du pays, comprenant que l'Amérique est un partenaire puissant capable de favoriser son économie et de coopérer à sa stabilité, et celui des cacos, appuyé par les intellectuels haïtiens réunis autour du docteur Price-Mars, qui, soucieux de valoriser la culture africaine, publie des ouvrages en créole, s'oppose sans cesse au clergé - s'inspirant de l'anticléricalisme en vogue en France depuis 1905 - et renoue, de ce fait, avec les vieilles habitudes d'instabilité passionnée.
La seconde guerre mondiale va stopper net les ambitions et les vélléités de lutte des classes des intellectuels. Après la visite du président Roosevelt, la désoccupation du territoire est décidée, mais le retrait des marines  ne met fin qu'à l'occupation militaire, les Etats-Unis contrôlant encore l'économie par l'intermédiaire des grands bourgeois de Port-au-Prince. Le dernier d'entre eux sera Magloire. Il est renversé en 1956, ce qui suscite une nouvelle période de troubles et provoque une dictature militaire de juin à octobre 1957.
L'ordre étant rétabli, des élections présidentielles ont lieu et le choix des urnes se porte sur la personne de François Duvalier, un médecin déjà très engagé en politique. La classe dirigeante pense qu'elle pourra aisément le manoeuvrer... Il n'en sera rien, car, peu à peu, le nouveau président remplace les mulâtres par le petit peuple et anéantit la puissance de l'armée, fer de lance de la bourgeoisie haïtienne. Des persécutions de tous sortes ne vont plus cesser de s'abattre sur cette classe sociale, l'incitant à quitter les lieux et à s'installer au Québec et en Floride, où la diaspora haïtienne est, de nos jours, encore importante et active. L'église catholique sera traitée de même façon : Mgr Poirier, archevêque français et breton de Port-au-Prince est expulsé, tandis que les Jésuites sont priés de quitter le pays minu militari.


Quand le calme revient enfin, Duvalier s'est statufié en un tyran qui craint tant pour sa vie ( il a été victime de plusieurs tentatives d'attentat ) qu'il n'hésite pas à recourir à la force et se livre à une répression terrifiante, grâce à la formation d'une milice policière, les fameux tonton-macoutes. Le virus de la puissance l'a frappé et, bien qu'il ait été au départ imprégné d'un certain idéal social, il ne va pas moins s'imposer comme un monarque tout puissant, s'inspirant de Mustapha Kémal, seul modèle qu'il s'autorise. Par ses soins, trois mille biographies de l'homme d'état turc seront achetées et distribuées à son entourage. Silencieux, discret, cet homme de taille moyenne, d'une élégance sobre, à l'allure de clergyman, mais ne vivant pas moins dans un palais qui est la réplique ( en plus petit ) de la Maison-Blanche - observe froidement et tranche sans appel. Au début des années 70, François Duvalier, appelé familièrement Papa doc, jouissait d'un bilan exclusivement en sa faveur : il s'était promu président à vie, avait asservi la presse, baîllonné son opposition et commis tant d'exactions, de fusillades, de tortures, que l'on pouvait se demander comment le bon médecin de campagne de jadis, qui avait pris fait et cause pour son peuple, pouvait en être arrivé là ... Haïti vivait dans une terreur muette, surveillée en permanence par une milice sur le pied de guerre. Alors qu'en 1957, le programme de gouvernement du nouvel élu promettait un bouleversement radical en faveur des classes moyennes, des masses urbaines et de la paysannerie ; treize années plus tard le projet était resté à l'état de voeu pieux, le peuple ayant été ni plus, ni moins, spolié, persécuté et maintenu dans des conditions d'existence précaires. Le seul élément positif de cette dictature paternaliste, où sévissait la corruption la plus répugnante, était les retrouvailles avec la France. Entre elle et l'île, c'est une vieille histoire d'amour, faite d'estime et d'admiration, que le temps n'a pu affaiblir. La langue française, tout d'abord, que la majorité des haïtens parlent avec un rien de préciosité, cette langue que les poètes emploient plus volontiers que le créole et qui s'exalte en un français ré-enchanté, comme s'il était revenu à un état d'enfance. Fraîcheur, naïveté, oui, ce peuple, qui a été la proie de tant de violences, les a conservées et n'est-ce pas cette forme d'innocence qui séduit dès l'abord ? La peinture naïve, la poésie naïve; on remonte à nos sources, on retrouve ici quelque chose qui évoque notre passé et rassure notre avenir.


En Haïti, la culture ne s'est pas momifiée, elle ne cesse de s'inventer, et c'est peut-être cela le miracle haïtien. Du moins, ce l'était en cette année 1980 où j'y séjournais à deux reprises avec mon mari. Bébé doc ( Jean-Claude Duvalier ) avait succédé à son père mort en 1971, premier maillon d'une dynastie que papa doc avait cru bon d'instituer, et venait de se marier à une jeune fille de la haute société de Port-au-Prince. Une période de transition plus clémente semblait s'instaurer, en même temps que le jeune président vivait sa lune de miel. Fragiles moments, certes, où planait la sensation feutrée d'une liberté en sursis. L'île venait de s'ouvrir aux touristes et ils arrivaient en nombre par la voie des airs, s'émerveillant de trouver des paysages que la modernité n'avait pas encore dénaturés. Vues d'avion, les terres ocres et noires d'Haïti ressemblent à des bras amicaux qui enserrent une masse épaisse de verdure comme un bouquet sauvage, cernées par la mer des Caraïbes. Cette mer aigue-marine a sculpté l'île, ciselé ses baies, ses criques. Ici l'homme est partout, mais le plus souvent invisible dans sa case noyée sous les efflorescences, les replis, les vallonnements. Et cela n'est rien en comparaison des plages qui semblent l'archétype du rêve. Frangées de cocotiers, désertes, inexploitées, elles tendent l'arc parfait de leur sable corallien à perte de vue, ce qui avait provoqué, jadis, l'exclamation fameuse de Christophe Colomb, débarquant sur l'une d'elles : es una maravilla !


Aujourd'hui Haïti ne se porte pas mieux qu'hier, hélas ! Agitations, révolutions manquées, cyclones, inondations, déforestation ont eu raison de son moral, de son économie et même de sa beauté. Son visage s'est marqué de cicatrices profondes et la joyeuse anarchie d'antan s'est à nouveau figée dans la douleur. Des amis restés là-bas se battent sans relâche afin de l'arracher à la misère dans laquelle elle ne cesse de retomber, faisant en sorte, de leurs maigres mains, que l'inlassable rêve de ses peintres, de ses musiciens, de ses poètes devienne un jour réalité. La France a un rôle important à jouer pour aider ce petit pays à se relever, en favorisant le tourisme et l'agriculture. Le tourisme avait commencé à s'amorcer avec succès dans les années 80, bénéficiant du décor splendide des plages et de l'incommensurable gentillesse des autochtones. Mais les coups d'état successifs, l'instabilité permanente ont même amené le Club Med. à se retirer de l'île. Aujourd'hui certains de nos concitoyens adoptent des enfants haïtiens avec les meilleurs sentiments du monde, mais est-ce la solution ? La seule ne reste-t-elle pas d'aider sur place la population à exploiter ses ressources - et les ressources humaines ne sont pas des moindres - et principalement à croire à nouveau en son destin.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 19:49

1217845447_alexandre-soljenitsyne.png    1918 - 2008

 

 

Par sa vie consacrée au service de la littérature, Soljenitsyne a été tout ensemble un témoin et un prophète.

 

C'est dans la nuit du 3 au 4 août 2008, dans sa datcha des environs de Moscou, que l'écrivain dissident Aleksandr Soljenitsyne a quitté à jamais l'empire des ombres, victime d'une insuffisance cardiaque. Alors que Hegel, Marx, Nietzsche avaient proclamé la mort de Dieu, que les campagnes russes, puis celles de Chine, de Cuba, du Cambodge avaient entériné la mort de l'homme, une voix s'était élevée dans le silence préservé par le rideau de fer, celle d'un homme qui venait d'échapper à l'enfer du goulag et entendait s'exprimer au nom des millions de victimes que le régime totalitaire soviétique venait de perpétrer en toute impunité. Et cette leçon ne devait pas valoir que pour l'indicible horreur de l'Est, elle allait s'appliquer au stupide bonheur de l'Ouest, à la sotte idolâtrie de l'Occident "qui confondait les biens et le Bien, l'argent et l'ordre, la jouissance et l'honneur", nous dit Jean-François Colosimo. Ce Dante des temps nouveaux, comme le nommait Philippe Sollers, a tour à tour enthousiasmé et irrité l'Occident, simplement parce qu'il refusait les opinions courantes, les consensus de bon aloi, les banalités médiatiques. Partout où il est allé - et aux Etats-Unis en particulier - il a dénoncé la violence révolutionnaire( parce qu'elle déchaîne les instincts de la plus élémentaire barbarie ) et exalté le courage, l'humilité, tout en rappelant les sages vertus qui concourent à la conception et l'organisation de la vie.

 

C'est probablement là que se trouve la source du malentendu entre l'écrivain et ses contemporains. Les uns ne voulant pas admettre que le communisme asservissait et détruisait l'homme, alors que Soljenitsyne - même s'il ne fut pas le premier - s'employait  avec L'archipel du goulag à l'ébranlement décisif de ce régime, ce qu'ils ne lui pardonnèrent pas. Quant aux autres, qui auraient aimé voir l'écrivain se transformer en un chantre du libéralisme, ils ne purent qu'être déçus lorsque celui-ci dénonça l'affaiblissement moral, l'hédonisme matérialiste, la sous-culture marchande qui rongeaient déjà implacablement notre société occidentale. D'autant plus que l'écrivain, fervent chrétien ( ce qui là encore ne plaisait pas à tout le monde ), conscient que le temps de la vérité est un temps qui prend du temps, appelait à la compassion, à la modestie, à la fraternité, à la patience, à l'endurance et à l'aptitude au repentir. Tout ce qu'il fallait de nos jours pour en agacer plus d'un ...

C'est précisément cette illusion qu'il serait possible de régénérer et modifier l'homme qu'il a combattue. La soudaine disparition de cet homme-là dans l'homme russe, mais tout aussi bien dans l'homme universel, est le sujet central de La roue rouge. Dira-t-on alors qu'en voulant réhabiliter l'homme dans sa pleine dimension humaine, il a cédé à une sorte d'anti-intellectualisme ou, qu'au contraire, il a lucidement repéré une faiblesse de l'intelligentsia ? Je crois que la réponse est positive et que les générations à venir puiseront dans son oeuvre immense de quoi alimenter leur réflexion et éclairer leur route, tout en confirmant leur avenir.

 

Né le 11 décembre 1918 à Kislovodsk (Russie), Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne passa son enfance à Rostov-sur-le-Don, au sud de la Russie, où il fit des études de sciences et de lettres, avant d'être mobilisé pendant la seconde guerre mondiale et de servir comme capitaine d'artillerie. Puis il sera instituteur avant d'être arrêté et condamné aux camps de travail pour complot anti-soviétique, à la suite d'une lettre destinée à l'un de ses amis, où il osait plusieurs remarques irrespectueuses à l'intention de Staline, surnommé "l'homme à la moustache". Soljenitsyne y laissait entendre également que le gouvernement de l'URSS et Staline lui-même portaient une plus grande responsabilité que Hitler dans les ravages causés par la guerre au peuple soviétique. C'est ainsi qu'il passera sept ans dans les steppes interdites du Kazakhstan, puis trois ans en exil intérieur en Asie centrale. Il relatera son expérience du goulag dans un court roman, Une journée d'lvan Denissovitch, dont Khrouchtchev lui-même autorisera la parution en 1962, dans le but évident de prendre ses distances avec les abus de la période stalinienne. Cet ouvrage lui confèrera rapidement la notoriété.

 

Toutefois, après l'éviction de Khrouchtchev en 1964, Soljenitsyne est victime d'une campagne de harcèlement de la part du KGB et de dénigrement de la part de ses pairs qui l'expulsent de l'Union des écrivains soviétiques. Mais il continue à écrire tout en gagnant sa vie comme professeur de mathématiques dans la ville provinciale de Riazan. Il obtient le prix Nobel de littérature en 1970, alors que sa carrière littéraire débute à peine. Il ne sera pas autorisé à se rendre à Stockholm pour y recevoir son prix. Finalement déchu de sa nationalité, il s'exile d'abord en Suisse puis aux Etats-Unis.

 

Rescapé du goulag et du cancer ( il écrivit à ce propos Le pavillon des cancéreux ), l'écrivain a forgé son destin dans l'épreuve et la souffrance. Inspiré de Tocqueville, il croyait en la démocratie locale et au pouvoir associatif. Alors que certains le prenaient pour un nationaliste, il se voyait simplement comme un patriote conscient qu'il fallait un pouvoir central fort pour assurer la bonne marche d'un état. Auteur de près d'une quarantaine de livres, il est le continuateur d'un Tolstoï, dont il a la puissance et l'ampleur dans la vision historique. On a parlé de l'écrivain comme d'une grande conscience politique. Je préfère le considérer comme l'une des grandes consciences morales du XXe siècle, comme le fut Jean-Paul II, qui contribua avec lui à l'effondrement du totalitarisme marxiste, car la politique n'a ni conscience, ni morale. S'il avait apporté son soutien au Président Poutine, il n'avait pas hésité à dénoncer la guerre en Tchétchénie et s'inquiétait toujours du sort de ses compatriotes. Il n'était que trop conscient que la Russie était brisée moralement et socialement et que c'est toujours les humbles, les besogneux, qui tiennent à bout de force le monde sur leurs épaules.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 10:17

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Roman de Fédor Dostoïevski ( 1821 - 1881 ), les Frères Karamazov est l’œuvre capitale de ce grand écrivain russe, moins bien construite sans doute que Crime et Châtiment, mais d’une intensité de conception et d’analyse remarquable. Le livre se présente sous la forme d’une chronique narrant l’histoire de la violente inimitié qui oppose, dans le cadre d’une petite ville russe, un père et ses fils. La famille Karamazov se compose du vieux Fédor et de Mitia, Ivan et Aliocha ses fils légitimes, ainsi que de Smerdiakov, son fils illégitime. Ce dernier, victime d’une lourde hérédité, est un cynique libertin qui vit en serviteur chez son père et dont l’exemple se révèle être des plus néfastes pour ses frères. Aliocha est le seul qui semble être exempt des tares paternelles. Il est élevé dans une atmosphère très religieuse par le moine Zosime. L’aîné, le lieutenant Mitia, est un impulsif, orgueilleux, cruel et sensuel, mais capable également d’actes de générosité et d’élans de bonté et de sacrifice. Ayant appris que son supérieur, le père de la belle Katia dont il est amoureux, avait soustrait une grosse somme à la caisse du régiment, il fait savoir à la jeune fille qu’il est prêt à sauver son père, mettant cette somme d’argent à sa disposition, à condition qu’elle vienne la chercher elle-même, de façon à la mettre dans une situation de dépendance vis-à-vis de lui. Toutefois, quand Katia se présente, il s’émeut et s’effraye de sa propre bassesse et lui remet la somme promise sans rien exiger. Mais, bientôt, il est bouleversé par un nouvel amour, purement sensuel, envers une femme capricieuse et infidèle du nom de Groucha que le vieux Fédor aime aussi.

 

Contrairement à son frère Mitia, Ivan est un être raffiné, violemment sceptique, niant l’existence de Dieu et l’intérêt de la charité envers son prochain, bien qu’animé inconsciemment d’une foi latente. Il aime Katia dont il partage la complexité de caractère, mais il se refuse à admettre cet amour. Ce sentiment fait naître chez le jeune homme une haine secrète envers son frère Mitia, lequel lui abandonne volontiers la jeune fille. Quant à Smerdiakov, épileptique et irresponsable, il représente, explique et illustre les raisons des sinistres théories d‘Ivan.

 

Ces rapports complexes et inconciliables forment le pivot du roman. Toutefois la haine à l’égard du vieux père réussit à établir un certain lien entre les trois frères. Le vieux Fédor est pour Mitia un rival, pour Ivan un être méprisable, pour Smerdiakov un maître autoritaire et dédaigneux et, pour tous les trois, celui qui détient l’argent qui leur fait tant défaut. Bientôt l’idée d’un parricide se dessine au plus profond de la conscience froide d’Ivan. Avec sa prescience de malade, Smerdiakov le devine et Ivan, sachant tirer profit de son intuition, le poussera à l’action. Peu après avoir accompli ce crime téléguidé, le malheureux se suicidera. Mais les apparences se révèlent être contre Mitia que l’on interne à tort. C’est alors qu’Ivan, sortant de son étrange torpeur spirituelle, va tout tenter pour sauver son frère des travaux forcés. Aliocha qui, dans le projet initial de l’auteur, devait être le héros principal, ne joue en définitive qu’un rôle de spectateur. C’est lui qui recevra la confession de ses frères, mais, bien que comprenant leurs drames, ne parviendra pas à les aider. Quand, par la suite, il se consacrera aux bonnes œuvres, ses initiatives se révèleront plus heureuses.

 

 

Ce roman est représentatif de ce qui, après le déclin du naturalisme, fut appelé le   roman d’idées et servit de tremplin aux inquiétudes de l’esprit européen. Mieux qu’en aucune autre de ses œuvres, Dostoïevski y démontre que la littérature doit servir à révéler les innombrables problèmes que l’homme porte en soi sans se les avouer, ni oser les affronter. Dans son ensemble, Les frères Karamazov sont une vaste analyse de l’âme humaine considérée uniquement sous l’angle de la morale. Mitia formule ainsi cette opinion : « Le cœur des hommes n’est qu’un champ de bataille où luttent Dieu et le diable ».

 

En réalité, un profond manichéisme plane sur l’ensemble du récit. D’un côté nous voyons Aliocha, créature touchée par la grâce mais non à l’abri d’une hérédité paternelle qui l’affecte à maintes reprises, de l’autre un Smerdiakov envahi par la gangrène et totalement privé du sens des responsabilités et qui, néanmoins, sera apte au dernier moment à réaliser l’horreur de son crime et à se donner la mort. Entre ces deux pôles, se tiennent Mitia, le passionné, et Ivan, le tourmenté, l’un essentiellement passif, l’autre un rêveur fou et implacable, mais tous les deux incapables de justifier les raisons de leurs actes.

 

Dans ce roman touffu, intense, d’une puissance indiscutable, l’auteur exprime mieux qu’ailleurs l’idée qu’il se fait de son destin de chrétien et d’écrivain et des deux forces qui dominent sa propre âme : d’une part, la foi en la bonté cachée de la nature humaine, de cette bonté qui se révèle sous la forme chrétienne d’une solidarité humaine infinie ; d’autre part, la constatation d’une misère atavique qui tend continuellement à pousser l’homme vers l’abîme. A cette attitude pascalienne viennent se mêler des ombres maléfiques, le jeu caché du bien et du mal. Le développement ultérieur de ce roman, qui aurait dû comporter le récit de la vie d’Aliocha retiré dans un monastère et dont la seconde partie ne fut jamais achevée*, avait pour objectif de prouver le triomphe de l’état mystique, marqué du signe de la fraternité universelle, sur la logique inhumaine d’Ivan et sur le dualisme inhérent à l’homme. C’est d’ailleurs à cette fraternité universelle, au nom du Christ, que Dostoïevski aspira sa vie durant, sans pouvoir la réaliser pleinement dans son œuvre, ce qui rend celle-ci d’autant plus significative du destin chaotique et douloureux de l’homme.

 

* Dans cette seconde partie, Dostoïevski aurait exposé la genèse des faits qui devaient marquer la vie d’adulte d’Aliocha. Mais L’histoire d’un grand pêcheur, dont l’auteur conserva certains plans et quelques notes, resta inachevée.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 08:49

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Saint-Pétersbourg, février 1885 - Paris, juillet 1957

 

 

Voilà bien un auteur français qui n'aura pas connu le purgatoire où si peu ! Mort il y a plus de cinquante ans, ses pièces ne cessent d'être redonnées, ses livres republiés, et il semble que cet homme, si décrié de son vivant, soit aujourd'hui l'objet de tous les suffrages... Oui, Sacha Guitry amuse encore. Peut-être parce qu'il fait partie d'une lignée française d'esprit et de goût qui compte dans ses rangs des La Fontaine, Voltaire, Feydeau et qu'au final - et c'est rassurant - le talent ne s'use pas. Or Sacha en avait énormément, autant comme auteur dramatique et acteur que comme homme, au point qu'il mêlait étroitement sa vie et son oeuvre. Mieux encore, c'est par le truchement de son théâtre qu'il a vécu ; l'homme nourrissant l'auteur et l'auteur appronfondissant l'homme, en lui prêtant ses illusions et en projetant dans l'imaginaire sa vie réelle. N'est-ce pas dans le théâtre que Guitry a trouvé un remède aux désillusions qu'il rencontrera dans son existence et, en particulier, dans sa vie amoureuse ? Le monde qui l'entourait lui était étranger et c'est sans doute cet aveuglement qui le conduisit à commettre des imprudences qu'il payera chèrement. Gâté par la nature, la naissance, l'éducation et les dons, il vécut dans l'exception, insouciant des servitudes de la vie ordinaire, occupé à créer un univers conforme à ses goûts et à ses aspirations.


L'amour aura, dans l'ensemble de son oeuvre, une place essentielle. L'amour dans toutes ses phases, des prémices au crépuscule, en passant par les promesses, les ruptures, le désir, la passion, l'accomplissement, l'inconstance, la jalousie, la trahison, rien ne sera oublié de ce qui compose et décompose ce sentiment. Dans Faison un rêve, il y a cette phrase qui est une merveilleuse leçon de sagesse : " Nous avons mieux que toute la vie. Nous avons deux jours". Il est vrai que nous sommes là dans un registre léger, voire frivole, que bien des responsables de théâtres subventionnés ne se privèrent pas de dédaigner. Mais ce théâtre, apparemment bourgeois et hédoniste, n'en est pas moins empreint d'une mélancolie voilée qui lui confère une profondeur inattendue et d'une gravité qui a l'élégance de n'être jamais morose. Sans compter l'impertinence et la cocasserie qui sont au rendez-vous. On aime le Guitry qui laisse poindre sous la lucidité et l'ironie, parfois même le cynisme, la nostalgie d'un bonheur enfui ou inaccessible, nostalgie blessée de l'amant déçu, trompé, de l'orphelin de mère et du fils rejeté par un père trop célèbre, trop brillant, le comédien Lucien Guitry, qui vous oblige à vous faire, coûte que coûte, un prénom pour...exister. N'y a-t-il pas derrière la parade de l'esprit délié, qui semble en mesure de tout régler d'une phrase assassine ou d'un bon mot, un immense besoin d'amour et de reconnaissance qui ne fut jamais comblé ? Si bien que Sacha passa son temps à donner le change avec un brio, certes rare, mais intimement fêlé.


Les dernières années de sa vie furent surtout marquées par l'irruption de l'Histoire et le délaissement du théâtre au bénéfice du cinéma ( quinze films entre 1945 et 1957 ). A la Libération, il sera incarcéré soixante jours à Drancy, puis à Fresnes, sur dénonciation, avec un dossier si vide d'accusations que le juge d'instruction fut obligé de passer des annonces dans les journaux pour solliciter des témoignages. On n'avait certes rien à reprocher à l'homme de lettres que ses succès, son talent, sa fantaisie, son esprit. Tout cela se terminera par un non-lieu, mais la rumeur exécrable n'en jouera pas moins son rôle destructeur et Sacha Guitry en sera marqué pour le restant de ses jours. Puis vint une époque qui n'était plus la sienne ; ses films sont moqués par l'intelligentsia et les critiques qui ne voient plus en lui qu'un has been. Il est vrai qu'en cette après-guerre, il payait les conséquences de deux tares : il n'était ni universitaire ( il n'est jamais allé au-delà de la classe de sixième ), ni communiste. Seul Truffaut, toujours clairvoyant, plaidera sa cause dans les Cahiers du Cinéma. Depuis, le retard a été rattrapé et une rétrospective intégrale devait être présentée par la Cinémathèque de Paris dans le cadre de l'exposition " Sacha Guitry, une vie d'artiste "  en 2008. Juste revanche sur un sort qui endeuilla sa vieillesse. Sacha Guitry, mort le 24 juillet 1957, aura eu le dernier mot : nos rêves finissent toujours par nous rattraper.

 


                QUELQUES-UNS DE SES TRAITS D'HUMEUR ET D'HUMOUR

 

 

Elle est partie ! Enfin me voilà seul. C'était depuis des années mon rêve. Je vais donc enfin être seul ! Et déjà, je me demande avec qui ?


Avec tout ce que je sais, on pourrait faire un livre. Il est vrai qu'avec tout ce que je ne sais pas, on pourrait faire une bibliothèque.


Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d'eux, ils en diraient bien davantage.


Il n'y a pas de belle mort. Il y en a qui sont belles à raconter. Mais celles-là, ce sont les morts des autres.


Les directeurs de théâtre croient qu'ils sont intelligents quand ils ont un succès... et quand ils ont un four, ils croient que le public est idiot.


Ne cherchez pas des gens qui vous donnent des conseils. Regardez plutôt ceux qui vous donnent des exemples.


Dans " ami ", il y a l'idée d'âme et dans " relation ", l'idée que tout est relatif.

Vidal : Vous n'êtes pas fidèle à votre femme ?
Léo : Si, souvent !

 

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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 07:49

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CANTATE POUR UN MONDE DEFUNT

 

 

Editions des Cahiers Bleus / Librairie Bleue 1991


       Prix Renaissance de Poésie 1993

 

 

 

Interprétée par une comédienne de Caen en août 2005 sur une plage des environs de Cabourg dans le cadre de la Semaine de Poésie organisée par l'Association " Les Puces Gourmandes " du Calvados.

Poème lyrique, il raconte l'épopée des hommes en quête de destin. La terre, qu'ils ont aimée et cependant réduite à n'être qu'une hôtesse servile, retrouve - grâce à la parole rénovante du poète - sa virginité native et redevient le lieu de toutes les mémoires, de toutes les promesses. Si bien qu'à bord de cette terre-paquebot, soudainement détachée des Vieux Continents, va s'effectuer le passage salvateur entre l'ancien et le nouveau monde.

 

 

Vint le poète,
celui qui habitait sur l'autre rive,
le colporteur de mots, le convoyeur de songes.
Il connaissait les mystères du langage,
les messages des vents,
des eaux la pente au dur partage.
Il ouvrait une faille à la mémoire,
sondait l'invisible et les âmes.
Il arguait sur le devoir,
sur la souffrance et sur le mal.
Cet homme parlait de ce qu'il savait,
des vendanges, des moissons et des semailles.

Il venait de l'autre rive,
celle minérale et réflectante et aveuglante du désert.
Il y avait marché longtemps
dans les oscillations des dunes et des nuages,
le poudroiement de l'or et des étoiles,
à l'écoute de l'ample choeur symphonique
des orgues de basalte et de grès.
L'écho du vent tissait ses vocables
dans ce décor rendu à son épure d'éternité.
Il avait connu aussi la marche lente des caravanes
et les ergs
et la méditation grave de l'espace.

Il parlait une langue
qu'aucun des hommes présents
ne se souvenait avoir entendue, nulle part.
Ni dans les colloques des princes,
ni dans les grands amphithéâtres,
ni même dans les conclaves...
Peut-être en avaient-ils saisi des bribes
dans le murmure plaintif des galets.
Et cet homme avouait :

je suis venu assumer l'inexprimable.

 

( ... )

 

Je vous prends tous à témoins,
amis et frères, entendez-moi !
Ne vous est-il jamais arrivé, un soir,
en remontant dans les vibrations de l'herbe
et le chant mélodique des cigales,
de l'avoir contemplée dans la jubilation du pampre,
la blancheur des amandaies,
elle, la bien-aimée des hommes,
elle, la belle épouse féconde,
terre qui n'était point de jachère
mais terre à blé, terre d'amarante,
façonnée dans l'argile simple du rêve
et qui se présentait à vous dans le rythme des combes,
le vallonnement des courbes pleines,
les hauts plateaux qui lui faisaient l'épaule ronde,
l'allure altière et sa tête rejetée dans les nuées.
Fiancée de l'universel, l'âpre désir à cette approche,
ce renouement aux flancs qu'enfièvre le temps seul.


 ( ... )

Passé le dernier amer, le dernier cap,
la salutation des astres,
ils allaient selon l'allure du vent,
à son amble,
portés par les bras de la terre en croix,
portés par la lame intarissable de l'histoire.

 

Ce que les critiques ont écrit au sujet de ce recueil :

 

 

" Au début on pense AUX CONQUERANTS de HEREDIA. Pourtant cet ouvrage a bien peu à voir avec l'auteur des TROPHEES. En poursuivant un autre nom s'impose, celui d'un autre poète du XIX ème siècle, l'américain Walt WHITMAN. L'esprit et la forme du grand poème d'Armelle HAUTELOIRE rejoignent ceux de cet américain mort depuis bientôt cent ans...Je pense qu'un musicien contemporain pourrait être intéressé par ce texte. "

 

                                        Jean  DAUBY   ( Cahiers Froissart )

 

 

" Une belle langue inspirée. Du souffle. De la hauteur dans la vision. Un lyrisme qui s'apparente de loin à SAINT-JOHN-PERSE ( un indice pour faire court), une qualité sans faille d'écriture, une superbe voix. Je verrais très bien cette CANTATE lue à haute voix sur scène."

 

                                        Michel CAMUS ( Lettres Vives )

 

"Tout simplement emporté par ces versets puissants qui sont comme  le souffle de hauts rivages. Surprenant qu'une femme ait pu écrire un texte de cette vigueur, admirablement rythmé par les exclamations marines qui scandent chaque chapitre. Du grand art."

 

                                          Guy CHAMBELLAND

 

Pour se procurer l'ouvrage, cliquer      ICI

 

 

 


JE T'ECRIS D'ATLANTIQUE

 

 

Editions des Cahiers Froissart - Prix des Cahiers Froissart 1991 -

 

Du milieu de l'océan, la femme écrit à l'absent. Mots qui se psalmodient de façon douce-amère, donnent sens à sa solitude, force à sa faiblesse. Là se posent les interrogations les plus brûlantes, se pleurent les peines les plus vives. Puis-je être, si tu n'es plus ? Tout serait-il à re-faire, à ré-inventer, en présence d'un élément dont la réalité se fait reflet ? Tel se veut le poème qui dit la fragilité d'être...

 

 

Extraits :

 

 

Si le ciel vire ses voiles,
tu sauras que les navires, partis au crépuscule,
ont ouvert des voies d'eau sur l'infini,
que les hommes voguent vers la haute mer,
qu'ils reposent au fond des cales, sous des bâches,
la tête pleine de chimères.
Tu connaîtras l'angoisse, l'obsession,
quand tout se tord et se tend, que tout s'exaspère,
que les cordages lâchés se lovent sur les ponts.
L'air saturé d'étoiles est un miroitement sans fin.

Dans cette pénombre,
des signaux brefs nous disent
qu'ailleurs est un espace familier et meilleur.
Au loin, alors qu'un cap se profile,
notre faim s'accroît d'un dernier désir.
Les marins, l'oreille en alerte,
surprennent le bruit sourd des vents
qui remontent à leur base.
Désormais, n'y a-t-il plus d'attente à espérer ?
Ce continent nous restera-t-il inconnu ?
Où mener notre course sans céder, sans faiblir trop vite ?


( ... )

Ainsi l'image du premier jour,
ainsi l'eau à la proue parée pour le passage,
ainsi l'hésitation au bord de la houle
qu'affranchira le temps. J'ai peur,
parce que l'odeur de paille n'éveillera pas le grillon,
que le coq s'est tu,
que la cloche ignore le tintement qui l'ébranle.
Je sais que le continent brûle d'un feu dissipé,
que le ciel brille d'un éclat perdu.
S'éloigner n'a plus le même sens que jadis.
Chacun porte en soi son nouveau monde.
Les lèvres sèches, on contemple une ligne
qui n'est pas l'horizon mais une trace originelle.
La matière s'estompe enfin. A l'avant,
il n'y a plus que l'absolu à distinguer.

 


Ce que les critiques ont écrit :

 

"Quel fil lumineux ! Plein de questions et d'espoir. Réponse humble devant les grands problèmes. Un cri. Plein d'espoir, ouvert, positif et réconfortant. Avec une incantation authentique et doucement moderne. Grande voix personnelle, fraternelle, nous rappelant les lumières simples qui nous attendent."

 

                                            Daniel GELIN

 

" C'est vif, c'est ardent, c'est situé comme aurait dit Max JACOB. L'auteur excelle dans le court. Elle a un accent, un ton qui lui est propre. Je regrette que cette longue suite ne comporte pas l'autre amour, celui de l'ami évoqué, plus charnel. En revanche, j'ai beaucoup apprécié les élans, comme répétés, du spirituel, lui aussi charnel, selon PEGUY."

 

                                             Pierre OSTER

 

" Quand on s'est habitué à cette voix discrète, on la trouve très personnelle sous son apparente banalité, toujours juste dans le choix des mots et des rythmes. L'aventure spirituelle, pudiquement exprimée, y est retracée avec authenticité."

                                             Jean-Pierre LEMAIRE

 

" Une magie, un onirisme à la KOWALSKI, une nostalgie d'enfance. Un ton, une originalité, des élans convaincants."

                                               Jean ORIZET

 

La perte de la plénitude, de l'innocence, une chute si grande ; ce recueil de brefs poèmes raconte - car il y a une sorte de progression dans la prise de conscience - un apprentissage de la solitude, du temps, " d' un monde qui ne cesse plus de se défaire", puis, dans la deuxième partie, une reconquête intérieure à partir de ce " restant de lumière" qui semble correspondre aussi à un retrait de la réalité : " Nous règnerons dans le noyau immobile de notre songe".
Le propos même explique sans doute l'aspect diaphane de ces vers, cette poésie désincarnée, malgré des formules ramassées : " L' inquiétude qui nous fit prophètes " - " Ailleurs n'est jamais autre part qu'en soi " - et de belles images comme celle-ci : " La nuit venait s'éteindre à nos lampes".

 

                                                  Michel BAGLIN

 

Ce texte, épuisé en première édition, a été repris en totalité dans  PROFIL de la NUIT

 

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Lors de la remise du prix Froissart à Valenciennes en 1991.

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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 07:38

1201197379 profil a montmartre    

 

 

Au commencement était la poésie. Elle a illuminé mon enfance et, dès que j'ai su écrire, elle a été mon premier lieu d'expression, ma terre d'accueil et une évasion privilégiée pour l'enfant unique que j'étais, souvent livrée à la solitude. A 18 ans, alors que je suivais les cours de l'école du journalisme, je rédigeais Terre Promise que l'année suivante j'osais lire à mon père. Ce dernier m'encouragea à adresser le manuscrit à des éditeurs. C'est ainsi que je fis mes premiers pas dans le monde littéraire. J'avais 20 ans.

 

 

TERRE PROMISE      Ed. REGAIN ( épuisé )

 

Ce long poème a charge de rendre compte du regard qu'une adolescente pose sur le monde et la vie, d'énoncer l'interrogation qui se précise, d'exprimer le duo, quasi inséparable, de l'inquiétude et de l'enthousiasme. Comment naître à soi, comment se ré-apparaître dans le miroir trompeur où les apparences mènent le bal ? Apparences qui nous résument si mal que l'enfant -poète préfère jeter la sienne dans le fleuve, afin qu'elle coule avec la ville et ses bruits. Créer, n'est-ce pas d'abord se créer ? L'adolescente sait également que l'on ne peut exister sans les autres, qu'on ne se sauve pas seul. Terre Promise ne se réduit pas à une quête égocentrique du soi, mais se veut une quête de soi dans le regard de l'autre. Le qui suis-je devient alors le qui suis-je pour l'autre ? Ou mieux : puis-je être sans l'autre ?

 

 

" Je regarde cette rue de village
 Où erre la lueur vagabonde
 Et ce chat maudit perdu sur la chaussée
 Devenue immense,
 Sanctuaire d'ombre et d'épouvante.
 Je regarde les façades closes, lisses et immobiles,
 Et je me regarde marcher seule, toute seule,
 Mon pas inscrit des révoltes.
 J'irai au bout de la rue
 Et je serai au bois obscur,
 Là où prophétisent des dieux de mousse
.

 Je me réfugierai dans l'insouciance
 Et les cloches des villages
 Blasphémeront horriblement.
 La musique de foire fait pleurer
 Et les hommes, dans la plaine, marchent
 Comme des géants.
 C'est l'heure des tavernes magiques
 Et des prières basses
 Et c'est le grand soir de la fin du monde.
 Les routes ont mêlé leurs origines
Et l'horizon a confondu les éléments.
Je me suis assise sur un banc
Derrière Notre-Dame
Et je regarde passer la Seine.
Je me souviens alors de t'avoir rencontré.
Je suis de celle pour qui le soir est un retour."

 

Ce que les critiques ont écrit :

 

" Il est rare de touver une voix féminine apte à des rythmes aussi rigoureux, des images aussi vastes. Il y a là une poésie d'inspiration et d'expression originale, un paysage moyenâgeux développé avec souffle et ferveur." 

                                                                            Pierre SEGHERS

"
Terre Promise m'a beaucoup plu et pour le sens du rythme et pour la beauté des images et pour la force, l'intensité et la profondeur des émotions qui s'y expriment. Ces vers révèlent plus qu'un talent d'amateur, un véritable don d'invention poétique, un sens cosmique qui joint la largeur des vues à la précision du détail".


                                                                            Professeur Van TIEGHEM

 

 

Ce poème a été entièrement repris dans  PROFIL DE LA NUIT  ( voir plus bas comment se le procurer )

 

 

 

INCANDESCENCE       Ed. St GERMAIN- des-PRES  (1983 ) épuisé   

                                           

Ce recueil cherche à replacer l'homme dans sa dimension spirituelle.
Confronté à la guerre, à l'usure du temps, il est gagné par le sentiment de l'irrémédiable. Ces poèmes sont empreints d'une grande mélancolie. Ce, d'autant plus, que le silence de Dieu  ajoute encore au doute qui étreint le poète. Jusqu'à ce que la parole humaine, retrouvée neuve au fond de l'irrémédiable, s'identifie, sans  se confondre, avec la parole divine. Un espoir vague est alors proposé aux pauvres humains que nous sommes, secoués dans les tempêtes et les ténèbres de l'Histoire.  Car, au-delà ou en-deçà de la Parole retrouvée demeure la Source de la Parole et, de façon ultime, la source de toute parole divine et humaine.

 

 

O terre, il était écrit dans le livre sacré
à la page où se lèvent les aurores
que tu serais pour le promeneur attardé
un havre de repos et de paix
un lieu privilégié, un jardin
où les fleurs par grappes s'épandent
Où agenouillés dans l'intensité de nos prières
nous accordons nos coeurs et nos pensées.
....


O terre que ravinent fleuves et affluents,
cluses profondes et rides altières à ton front,
Tu fermentes les germes de tes phantasmes
et tes marnes te font l'haleine mauvaise.
Tu as l'âge de tes fièvres et de tes cancers.

....


Homme, ô homme, sauve-toi de ton humanité.
C
e vêtement étroit te rend le coeur amer.
La terre te fut donnée comme un poste avancé
aux confins des déserts, au centre le plus au centre
du cosmos ramassé sur cette seule pierre.
Ton esprit sur les flots se devait de souffler
et les villes naissaient comme autant de sanctuaires.
Des prières savantes aux lèvres pharisiennes
se brodaient d'adjectifs et de superlatifs.
Les pauvres se taisaient.
...


Peuple, il n'est plus de larmes pour pouvoir te pleurer,
il n'est plus de révolte pour vouloir te venger.
Les semailles formeront de grandes gerbes d'or,
les épis moissonnés feront vide le champ
et le grand chant du monde ne sera pas chanté...

Ce que les critiques ont écrit :

 

 

" La poésie féminine se différencie-t-elle de la poésie masculine ? Dans la préface au beau recueil de Armelle Hauteloire " Incandescence ", Marc-Antoine Costa de Beauregard essaie de répondre  à cette question : " La femme - dit-il - a été plus souvent muse et l'homme poète. Mais elle est appelée aussi à être poète, porte-parole ; grand mystère de la femme porteuse du Verbe, enceinte et mère du Verbe... Son destin n'est pas de s'exprimer elle-même. Sa vocation est d'énoncer la Parole. Ceci est très frappant dans "Incandescence". L'écueil était de s'exprimer. Armelle Hauteloire a su y renoncer pour manifester une parole qui n'est pas la sienne mais celle de tous les humains. C'est la poésie. "
Armelle Hauteloire nous dit qu'elle a tenté un pèlerinage aux sources de l'amour, transfiguration du désir en offrande. Son chant profond émeut, bouleverse. Dans les palpitations de son coeur, elle découvre les douleurs et les aspirations de tous les hommes. En se dépassant, l'auteur a rencontré Dieu. Pour elle, il n'y a pas de doute, le problème des espoirs humains est lié à la foi. Elle le crie de toutes ses forces. Une telle certitude devrait ébranler les hommes et les femmes qui tâtonnent dans la nuit.

 

                     Maurice MONNOYER  ( Nord-Eclair du 27 février 1984 )

 

" Remettre l'homme debout, voilà bien le propos d'Armelle Hauteloire. Son recueil " Incandescence " est celui d'une parole qui se déplace dans les zones d'ombre ou de gel de la destinée humaine et qui appelle une dimension où la beauté intemporelle, l'amour en ses sources vives, la transfiguration du désir en offrande font partie de l'humain voyage. Dans une belle langue sobre et imagée, le poète fait, au long de ces pages, pèlerinage vers le Verbe qui est le Seigneur Lui-même.

 

                       Luc NORIN  ( La voix du Nord - 1984 )

 

 

 

LE CHANT de MALABATA

                                                                
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Ed. Guy CHAMBELLAND / LE PONT de l'EPEE  ( 1986 )
    Couronné par L'ACADEMIE FRANCAISE en 1987
Réédité par LES CAHIERS BLEUS en 2001
Interprété au château du BARRY à LOUVECIENNES en
Mai 1987 et à l'émission de Pascal PAYEN APPENZELLER
sur Radio-Courtoisie le 2 Juillet 2004.

 

Au commencement, rejeté par la vague océane, Malabata, l'Adam éternel, gît, vassal de la terre et de la nuit. Seul. Des ténèbres qui embrument son âme, il cherche à percer le mystère. Il appelle et croit entendre :  Un pas léger, un glissement sur le sable / Quel coeur m'appelle, quel coeur semblable ?  Quel homme n'est pas en attente d'un ailleurs idéal, qui ne soit pas seulement un rêve ou qui ne déçoive pas son rêve le plus ardent ? Or voici que  dans l'aurore radieuse et  l'envol blanc des mouettes belliqueuses - une femme s'avance. Elle se nomme Géha. L'homme la découvre, la contemple. L'amour comme un parfum s'épand ou plutôt comme une haute vague s'élance. Et Géha  femme aux rives immortelles l'accueille. L'amour éclate dans toute sa plénitude et le secret de la chambre nuptiale. Mais, déjà, la nouvelle Eve a compris que cette offrande ne suffirait pas à combler leurs âmes exigeantes.   La lumière s'attise à de plus hauts flambeaux...Ensemble nous dépasse(rons ) nos visions éphémères. Car Géha n'est pas seulement l'épouse de Malabata, elle est aussi la Femme éternelle, voulue par Dieu pour accomplir la promesse de l'amour... à la fin des Temps. L'homme ne le comprend pas, tout d'abord. Il s'afflige et se révolte de cet  amer exil  qui le mutile dans sa chair, avant que ne viennent l'apaisement et la célébration de la beauté.  Cet embrasement, surgi du tréfond de lui-même, va lui ouvrir les yeux sur  l'aurore nouvelle et la finalité d'un amour qui dépasse de beaucoup la finitude de la condition humaine.



 

Je t'ai couchée ce soir dans ma mémoire
et ton sommeil oscille, douce lumière qui veille.
Tes paupières ont enclos l'infini sous leurs ailes,
je me délecte à la seule vue de ta beauté.
Sur la vie tu règnes, plus faste qu'un été,
irradiant de fraîcheur une terre assoiffée.
Songeuse, tourne un peu ton visage.
Mais tu dors ? Oui, repose, qu'à tes pieds
je puisse, sans te faire de tort,                                            
déposer mes présents de pure gratuité.
 
Je ne connais plus la couleur de tes yeux,

ouvre-les un instant, un instant pour nous seuls,
que je m'y perde un peu et que je me souvienne.
Ton regard, rends-le moi, l'éternité y coule
lentement ses eaux bleues.
Pour un pacte d'amour qui n'a plus de durée,
je romps le cercle de servitude
où notre histoire s'enlise et où l'ingratitude                     
cueille les fleurs pauvres de l'infidélité.
Vers quelle source obscure en moi-même supposée,
remonterai-je en vain ?
Quelque chose se déchire, se brise à tout jamais,
une écluse relève ses vannes de tristesse
et libère mon être de sa charge de doute et de perplexité.
  

 

                           Chant de Malabata - Stance III 

 

 

 


Ce que les critiques ont écrit :

 

 

" Je dirai l'écho proprement musical qu'a laissé en moi la lecture de ces grands versets où me semble se déployer la genèse de l'homme tout autant que celle du poème. Je vois en MALABATA l'incarnation du Poète au sens grec, celui qui re-crée le monde en le célébrant ".


                                                           Pierre SEGHERS

J'ai cru relire le Cantique des Cantiques que j'ai tant admiré, aimé. Avec des accents neufs, plus intimes encore. 

                                                           Jean GUITTON


" L'auteur n'hésite pas à créer et animer un mythe, comme le fit autrefois Patrice de la Tour du Pin, pour mettre en scène une ascension spirituelle. Elle réussit à gagner ce difficile pari en évitant les écueils de l'emphase et de la sentimentalité. Armelle Hauteloire utilise une langue très musicale d'inspiration classique, sur un ton lyrique et chaleureux". 


                                                              Georges SEDIR

" L'auteur perpétue un lyrisme, un souffle, une anima qui tendent assurément à se perdre dans notre temps d'hyper-intellectualité. Mais j'ajouterai ceci : la qualité pour moi de ce texte n'est pas seulement dans son déroulement harmonieux, mais dans cette sorte de paradoxe que l'élévation de la pensée et du sentiment se garde de déboucher sur un langage trop philosophique et s'accompagne au contraire d'une expression limpide, simple, transparente. Le poète réussit l'équilibre entre la pulsion et l'ordre, la passion et la raison, l'écologie du coeur et l'économie du langage". 


                                                               Guy CHAMBELLAND

 

"Voici construit comme un office religieux avec Prologue, Graduel, Antienne, Stances, Final, le livre sacramentel de l'amour humain, transcendé, magnifié par le chant lyrique du don mutuel, prolongé bien au-delà du temps où il s'accomplit. Car il ne s'agit pas ici d'un recueil présentant des poèmes réunis pour constituer un ensemble, mais d'un ouvrage bâti dans sa totalité sur une ligne de pensée bien établie, sur des données terrestres et métaphysiques qui en constituent, de la première à la dernière page, la trame, l'armature, l'ossature... Ouvrant la porte à une vision plus vaste de l'amour, qui englobe à la fois le vouloir humain et le dessein divin, en une fresque lyrique où " les mots de la tribu " ont pris cette fois encore, leur sens le plus pur et le plus exaltant. "

 

                                                            Jehan DESPERT  ( Les nouvelles de Versailles )


" Il y a dans cette sorte de saga de l'âme quelque chose du souffle qui anime le Lamartine de " La chute d'un ange " mais aussi de la méditation du Vigny de " La maison du berger ", le tout baignant dans un lyrisme proche de St John Perse. Parfois, l'auteur a des accents de ferveur dignes du " Cantique des Cantiques " et il faut la louer à une époque où l'érotisme le plus vulgaire envahit tout, d'avoir su évoquer la rencontre de Malabata et de la Femme avec une admirable pudeur. C'est elle qui donne la vision d'un amour nouveau, en invitant l'homme et la femme à dépasser ensemble " leurs visions éphémères ". Et cela donne naissance à cette magnifique recréation de la salutation angélique que je tiens pour ma part pour un des points culminants du livre. Oui, ce poème révèle une grande élévation de pensée, une spiritualité profondément inspirée, servies par une sensibilité qui se traduit, à la fois, par la musique des vers et par le foisonnement des images, nouvelles et belles. "

 

                                                             Raoul BECOUSSE ( poète, écrivain et critique )



"Nous sommes très loin ici d'un divertissement léger ou précieux. LE CHANT DE MALABATA est parole inspirée, haute incandescence, rumeur de ciel entrouvert (... ) Par quelle intuition profonde, éblouissante, Armelle Hauteloire a-t-elle pu exhumer ce chant d'amour somptueux qui ressemble à une épopée de l'âme humaine ? La grâce est au rendez-vous de sa poésie. Sa langue rejoint celle du Cantique des Cantiques et du Château de l'âme de Thérèse d'Avila. Lisez ce grand texte à haute voix. Tendez l'oreille. Sa musique vient de très loin." 

                                                              Jean-Yves BOULIC  ( journaliste à Ouest-France et écrivain )

 

"En main vos ouvrages. Restez personnelle si cela fait partie de votre inspiration. Surtout si cela doit donner d'aussi beaux fruits que LE CHANT DE MALABATA et CANTATE POUR UN MONDE DEFUNT. Ils sont parfaitement contenus par la mesure et l'élévation du ton, avec ces accents contemplatifs, ce mouvement inflexible - qui empruntent par moment à l'épique - les purifient du rauque accent personnel. Au demeurant, la poésie peut être élégiaque ou rester au bord de l'élégie, avec plus ou moins de saisons et d'oiseaux migrateurs. C'est un genre à part entière de grande mémoire. Nos joies et nos peines méritent d'être exhaussées. Par le rythme réglé sur le sentiment qui nous apprend à être triste. L'esprit dominant toujours comme un bon navire sur la vague. Par l'espérance aussi qui nous prépare à être des enfants de la Promesse. La poésie peut être prise de nostalgie pour reconstituer le mythe primitif, en deçà de la diaspora des formes culturelles. Affaire d'équilibre. Les dangers (dont vous êtes heureusement indemne)  : sans doute la confusion, la capture". 


                                                                            Francis Jacques

                                                        (Professeur émérite à la Sorbonne - Philosophe )
 

" La nuit, les peurs enfantines, le vent, l'éclair, le foyer clos, la luxuriance des sèves, les parfums entêtants inspirent Armelle Hauteloire. Elle est le poète des sensations, des mouvements, des chuchotements à  " quelque oreille si réellement cosmique et attentive". De Terre Promise ( 1959 ) à Incandescence ( 1983 ) et Le Chant de Malabata ( 1986 ) un sens éveillé de l'accueil des choses dans un lyrisme envoûtant".  

 
                                                                           Robert SABATIER

                                          (  Histoire de la Poésie française - XXe siècle - Tome III )

  

Ce poème a fait l'objet d'une lecture sur Radio-Courtoisie dans l'émission de Pascal Payen-Appenzeller et d'un spectacle au château du Barry de Louveciennes en 1986

 

Poème cité dans l'oeuvre du philosophe Francis Jacques " L'arbre du texte " ( Vrin 2007 )

 

 LE CHANT DE MALABATA a été entièrement repris dans PROFIL de la NUIT.

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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 06:46

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Notre quête de l'identité, notre volonté d'être une pensée sans cesse en action, qui se pense et s'essaie à penser, nous oblige à prendre conscience de nos limites et aussi de la mort, car la mort fait de la vie une interrogation, une inquiétude. La signification de ma vie, de la vie en général, installe immédiatement le doute et l'inquiétude qui est la fonction essentielle de la pensée. Car disait Cioran, l'âme étouffe dans le corps. Le corps est en somme trop petit pour l'esprit et cette limitation dans l'espace-temps concentre en lui l'essentiel de notre drame humain. Reprenons donc ce dialogue avec Cioran, un philosophe que les jeunes apprécient car il a pris en compte la plupart de leurs problèmes : la solitude, la peur, le désespoir, le sens de la vie, la marche du temps. On ne saurait toujours dire, ce que c'est qui enferme, ce qui mure, ce qui semble enterrer, mais on sent pourtant je ne sais quelles bornes, quelles grilles, des murs ( ...) et puis on se demande : mon Dieu est-ce pour longtemps, est-ce pour toujours, est-ce pour l'éternité ?

Son scepticisme tonique, sa lucidité vigilante nous aident à sortir des sentiers battus, à nous évader de cette pensée unique que l'on tente de nous imposer. Au je est un autre de Rimbaud, le philosophe écrit que l'humain n'est possible que dans l'existence du je qui est celle de la conscience. Cette réflexion sur le vide l'a amené à vivre jusqu'au bout l'orgueil de la solitude et en cela il n'avait qu'un rival : Dieu. Il ajoutait qu'il préférait le terme penseur à celui d'écrivain ou de philosophe ou alors qu'il aurait pu se nommer philosophe hurleur. Pour lui, le désespoir n'était en aucune façon la déprime, car ce qui est douloureux est vivant. Puisque le sens de la vie est dans la vie, le désespoir est une dimension de la vie et la lucidité, grâce au vide qu'elle permet d'entrevoir, se convertit en connaissance. L'homme n'a pas d'autre posture que de penser par rapport à lui-même, ce qui le place dans une situation anthropocentriste. Vivre est une expérience traumatisante mais c'est la seule. La pensée de la mort aide à tout sauf à mourir, écrivait-il, mais comme j'aime me contredire, je dirai que d'avoir toujours accepté la mort comme compagne m'a beaucoup aidé à vivre. Pour lui, tout était capitulation sauf l'inquiétude, sauf la soif inétanchée de la vérité. Alors lisons certains de ses aphorismes sur le sujet :

Ne dure que ce qui a été conçu dans la solitude, face à Dieu, que l'on soit croyant ou non.

Les obsessions sont les démons d'un monde sans foi. Il tombe sous le sens que Dieu était une solution, et qu'on n'en trouvera jamais une aussi satisfaisante.

Avec du sarcasme, on peut seulement masquer ses blessures, sinon ses dégoûts.

Nombreux sont ceux qui s'apprêtent à vénérer n'importe quelle idole et à servir n'importe quelle vérité, pourvu que l'une ou l'autre leur soient infligées et qu'ils n'aient pas à fournir d'effort de choisir leur honte ou leur désastre.

Il est des moments où, si éloignés que nous soyons de toute foi, nous ne concevons que Dieu comme interlocuteur. Nous adresser à quelqu'un d'autre nous semble une impossibilité ou une aberration. La solitude, à son stade extrême, exige une forme de conversation extrême elle aussi.

Quand on est seul, on est illimité, on est comme Dieu. Dès que quelqu'un est là, on se heurte à une limite, et bientôt on n'est plus rien, tout juste quelque chose.

Ce n'est pas en parlant des autres, c'est en se penchant sur soi, qu'on a chance de rencontrer la Vérité. Car tout chemin qui ne mène pas à notre solitude ou n'en procède pas est détour, erreur, perte de temps. En dehors de l'extrême solitude, où nous sommes complètement réduits à nous-mêmes, nous vivons d'imposture, nous sommes imposture.
Si fort que soit notre désir d'anonymat, nous n'aimons cependant pas qu'on ne parle plus du tout de nous. Nous rêvons d'un oubli parfait, mais s'il intervenait vraiment, nous serions bien en peine de nous en accommoder.

Ce qui est rassurant, c'est que nous aurons passé sans que personne ne devine ni la somme ni l'intensité de nos souffrances. Ainsi notre solitude sera-t-elle à jamais préservée.

Je suis pris parfois d'un désir de solitude tel que l'image du désert apparait spontanément à mon esprit. Saint Antoine est resté vingt ans complètement coupé du monde. Vingt ans ! Pourrait-on supporter un pareil isolement sans le secours de la foi ? En dehors de mes insuffisances spirituelles, ce qui me rend impropre à la vie d'ermite, c'est mon régime. Il n'y a pas de maisons de diététique dans le désert.

Il n'y a, en dernière instance, que deux recours : le doute ou le désert. Comment choisir ? les deux formules me conviennent et m'attirent également. Par malheur, on ne peut les vivre simultanément. Tel que je suis, si j'adoptais l'une d'elles, je regretterais aussitôt l'autre. Cependant, soyons honnête, il est plus aisé d'être sceptique qu'ermite.
Se résigner à être méconnu, il y faut une certaine élévation d'âme ; on n'y arrive qu'après avoir épuisé les fonds d'amertume dont on dispose.

Dès qu'on se sent radicalement seul, tout ce qu'on éprouve relève plus ou moins de la religion.

Pour la paix de l'esprit, et, à plus forte raison, pour la méditation, il n'y a rien de tel que d'être oublié. C'est la meilleure condition, si on veut se retrouver. Plus personne entre soi et ce qui compte : on est de plain-pied avec l'essentiel. Plus les autres se détournent de nous, plus ils travaillent à notre perfection : ils nous sauvent en nous abandonnant.

Quand on est seul, même si on ne fait rien, on n'a pas l'impression de gaspiller son temps. Mais on le gâche souvent en compagnie. Je n'ai rien à dire ? Qu'importe ! Ce rien est réel, est fécond, car il n'existe pas d'entretien stérile avec soi. Quelque chose en sort toujours, ne serait-ce que l'espoir de se retrouver un jour.

A un certain degré de solitude ou d'intensité il y a de moins en moins de gens avec qui on puisse s'entretenir ; on finit même par constater qu'on n'a plus de semblables. Parvenu à cette extrémité, on se tourne vers ses dissemblables, vers les anges, vers Dieu. C'est donc faute d'interlocuteur ici-bas, qu'on s'en cherche ailleurs. Le sens profond de la prière est celui de l'impossibilité de s'adresser à qui que ce soit, non parce qu'on vit à un niveau spirituel élevé mais par sentiment d'abandon.

Il n'y aurait pas d'absolu si l'homme pouvait supporter un degré extrême de solitude. Il ne s'agit pas de la solitude de l'abandon ; au contraire il peut, à cette extrémité, y avoir une plénitude dans la solitude ; mais cette plénitude même est insupportable, car trop grande pour un moi : l'extase crée Dieu presque automatiquement ; sans quoi elle le tuerait, car justement trop pleine, trop vaste pour un seul. Il faut qu'il y ait une majuscule, que ce soit Dieu, que ce soit le Vide - suprême personne ou suprême impersonnalité - toute majuscule surgit d'un paroxysme.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

autre article concernant Emile Cioran :

 

Le silence selon Emile Cioran

 

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 08:40

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"La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent et si un citoyen pouvait faire ce qu'elles défendent, il n'aurait plus de liberté, parce que les autres auraient tout de même ce pouvoir" - écrivait MONTESQUIEU.

 

"La liberté concrète est celle qui assume courageusement et joyeusement la loi de l'oeuvre qui est la loi du fini : donner forme, et en donnant forme, prendre forme, voilà la liberté".

Paul RICOEUR

 

 

Aussi posons-nous cette question : que signifie être libre ?

 

C'est tout d'abord la liberté de faire. Mais souvenons-nous que la liberté était autrefois un privilège réservé au maître par opposition à l'esclave. Il faudra attendre que le christianisme confirme les affirmations des stoïciens en faisant d'elle un principe spirituel et moral pour réaliser que la dignité de l'homme relevait de sa liberté. En effet, je ne suis libre d'agir que lorsque rien ni personne ne m'en empêche. Cette liberté est appelée la liberté d'action. Elle est la seule dont on ne puisse contester ni la réalité, ni le prix, bien qu'elle ne soit en aucune façon absolue. Par ailleurs est-on libre de vouloir ce que l'on veut ? C'est sans doute le problème le plus épineux, car puis-je n'être que moi ? Et étant moi, puis-je vouloir autrement que moi ? Il ne s'agit plus alors de la seule liberté d'action, mais de la liberté de décision ou de volonté. Volonté au sens où Epicure et Epictète la définissaient, c'est-à-dire liberté qui ne dépend que de moi puisque je suis libre de vouloir ce que je veux. Mais suis-je libre de vouloir autre chose que ce que je veux ? - pourrait ajouter malicieusement Diderot dans "Jacques le fataliste".

 

Cette liberté de la volonté suppose, en effet, que je puisse vouloir autre chose que ce que je désire, c'est ce que certains nomment la liberté d'indifférence ou le libre arbitre, liberté envisagée dans ce sens par des philosophes comme Descartes, Kant et Sartre. Elle suppose que ce que je fais n'est pas déterminé par ce que je suis. Selon Sartre l'existence précède l'essence et si l'homme est libre, c'est qu'il n'était rien à l'origine et n'est, en définitive, que ce qu'il se fait. Je ne suis libre qu'à la condition, certes paradoxale, de renoncer à être ce que je suis pour être ce que je ne suis pas, mais cela à condition de le définir moi-même. C'est ce que ce penseur considère comme liberté originelle. Elle précède tous les choix et tous les choix en dépendent. Cette liberté est absolue ou bien n'est pas. Elle est le pouvoir indéterminé de se déterminer soi-même. Car réfléchir, c'est déjà se libérer. "Il est impossible de concevoir une raison qui, en pleine conscience, recevrait pour ses jugements une direction du dehors"- confirme Kant. La loi morale intérieure, la conscience morale est l'acte de la raison, elle m'indique que je suis libre, puisque sans liberté je ne saurais me contraindre à agir bien. Et Kant ajoute : " Si la loi morale n'était d'abord clairement conçue dans notre raison, nous ne consentirions pas à admettre une chose telle que la liberté." C'est également la raison qui nous permet de nous libérer des pressions ou influences extérieures. Mon intelligence est un filtre qui m'autorise à user de mon libre-arbitre et d'agir selon ma détermination propre.

 

Ce troisième sens de la liberté, la liberté de pensée ou liberté de raison est envisagé comme compréhension et nécessité de nos choix. Etre libre de n'être soumis qu'à sa propre nécessité. Ces trois libertés, action, décision, raison ont en commun de n'exister qu'en relation les unes avec les autres, car on ne naît pas libre, on le devient. Que nous soyons libre ou que nous ne le soyons pas physiquement ou, de façon plus inquiétante psychiquement et moralement, cela ne peut nous dispenser, selon Nietzsche, de devenir ce que nous sommes. Alors réfléchissons à cela et lisons quelques maximes pour mieux nous éclairer sur le sens profond de la liberté, dont nous ne faisons pas toujours le meilleur usage:

 

Mais le tyran enchaînera...quoi ? ta jambe. Mais il tranchera...quoi ? ta tête. Qu'est-ce qu'il ne peut ni enchaîner, ni retrancher ? Ta volonté. EPITECTE

 

 

Et ainsi j'appelle libre un homme dans la mesure où il vit sous la conduite de la raison, parce que dans cette mesure même, il est déterminé à agir par des causes pouvant être connues adéquatement par sa seule nature, encore que ces causes le déterminent nécessairement à agir. La liberté, en effet, ne supprime pas, mais pose au contraire la nécessité de l'action.  SPINOZA

 

Nous sommes libres quand nos actes émanent de notre personnalité entière, quand ils l'expriment, quand ils ont avec elle cette indéfinissable ressemblance qu'on trouve parfois entre l'oeuvre et l'artiste. BERGSON

 

 

La liberté n'est pas dans une indépendance rêvée à l'égard des lois de la nature, mais dans la connaissance de ces lois et dans la possibilité donnée par là même de les mettre en oeuvre méthodiquement pour des fins déterminées. Cela est vrai aussi bien des lois de la nature extérieure que de celles qui régissent l'existence physique et psychique de l'homme lui-même. ( ... ) La liberté de la volonté ne signifie donc pas autre chose que la faculté de décider en connaissance de cause.  ENGELS

 

 

Que veut dire ce mot être libre ? Il veut dire pouvoir, ou bien il n'a point de sens ( ... ) Où sera donc la liberté ? Dans la puissance de faire ce qu'on veut ? Je veux sortir de mon cabinet, la porte est ouverte, je suis libre d'en sortir. Mais dites-vous, si la porte est fermée, et que je veuille rester chez moi, j'y demeure librement. La liberté sur laquelle on a écrit tant de volumes, n'est donc, réduite à ses justes termes, que la puissance d'agir. Dans quel sens faut-il prononcer ces mots : l'homme est libre ? Dans le même sens qu'on prononce les mots de santé, de force, de bonheur. L'homme n'est pas toujours fort, toujours sain, toujours heureux. Une grande passion, un grand obstacle, lui ôtent sa liberté, sa puissance d'agir. Le mot de liberté, de franc arbitre est donc un mot abstrait, un mot général comme beauté, bonté, justice. Ces termes ne disent pas que tous les hommes soient toujours beaux, bons et justes ; aussi ne sont-ils pas toujours libres.  VOLTAIRE

 

 

Les hommes se trompent en ce qu'ils se croient libres ; et cette opinion consiste en cela seul qu'ils ont conscience de leurs actions et sont ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés. Ce qui constitue donc leur idée de la liberté, c'est qu'ils ne connaissent aucune cause de leur action. SPINOZA

 

 

La vraie liberté, c'est pouvoir toute chose sur soi.  MONTAIGNE

 

 

Maintenant à chacun de se faire son opinion sur le sujet. C'est la liberté de raison. Alors bonne raison à tous.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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